MARIAGE D'HENRIETTE DE FRANGE
curieux de voir si Richelieu l'attendrait de pied ferme.
Celui-ci, en réalité, avait à soutenir d'étranges assauts. Louis Xnt ne s'habituait pas à cette situation nouvelle de faire la guerre au pape. La reine mère lui faisait honte, de ses soupirs et de ses larmes, et BéruUe, sans doute, remuait sa conscience. Un matin, le roi brusquement dit à Richelieu : « Il faut en finir » (mars 1625).
Hais, bien loin d'en finir, celui-ci s'endurcissait tellement que, le 25 encore, il signa le traité du Nord avec les ennemis du pape, les Danois et les Allemands.
Ce fut un coup de théâtre. Le revenu, qui diminuait tous les ans, augmenta tout à coup. Richelieu alla droit aux sources régulières, aux comptables, aux receveurs, et il se mit à compter avec eux. Us furent bien étonnés.
ferme sur sa caisse, Richelieu attendit le légat et la foudre. U painit là dans sa grandeur, mit bas l'habit de fourbe sous lequel il avait grandi. A chaque demande du légat, il opposa un non respectueux, mais ferme, fort clair et sans ambages.
Barberini avait commencé par une demande naïvement espagnole : « une suspension d'armes, » pour que l'Espagne pût réunir ses forces. Et Richelieu répondit : Non.
Bajrberini se retira sur la simple demande de la liberté du passage pour les troupes espagnoles, avec une satisfaction au pape pour la forme impolie avec laquelle ses hommes avaient été mis à la porte, mais Richelieu dit encore : Non.
Alors Barberini jeta sa barrette et pleura. Ce qui Thu* miliait le plus, c*est qu'il ne trouvait aucune prise dans le public.
Henriette A Londres. — A» iii*ladre««e« — La reine mère elle-même ne souflaitplus, ayant son âme à Londres où elle était près de sa fille. Henriette trouvait tristô et
sauvage le pays et le peuple, odieuse la simplicité grave des insulaires. Son sérieux époux, Charles l^^^ figure roidc et altière, où respirait le froid du Nord (par sa mère, il était Danois), lui plut très médiocrement. Et elle commença tout de suite la petite guerre. Elle était bien stylée d'avance, et BéruUe ne la quittait pas.
Elle n'avait nul égard au temps, au danger de son mari, qui n'achetait les subsides du Parlement que par des sévérités religieuses.
Cependant c'était elle qui se plaignait et se faisait plaindre. Tout retombait sur Richelieu. Pendant ce temps, le légat solitaire n'a de consolateur qu'un autre solitaire, (oublié dans Paris, l'ambassadeur d'Espagne, H. de Hirabel.
On rappela en hâte la reine mère, cette âme saintemeul intrigante. Bérulle saute le détroit.
Le saint homme, pour piquer le roi, prit justement la pointe dont usait si bien Richelieu, Vhonneur de la couronne. Il lui montra l'Anglais qui se moquait de lui, maltraitant Henriette, persécutant les catholiques. Cela agit Le roi jura que son beau-frère s'en repentirait, et, pour l'affaire du pape que traînait Richelieu, il dit à Bérulle d'en finir.
Avec celui-ci, la chose alla vite. Bérulle a bâclé un traité plein d'équivoques.
Les notables appâtent Rlehelien. — Richelleo
déchire le traité, en appelle à la France (il demande une assemblée de notables) et au clergé même de France. Sa prise sur le clergé, c'était une victoire qu'il venait de gagner sur le protestant Soubise avec les vaisseaux protestants d'Angleterre et de Hollande (15 septembre 1625).
Les notables, princes, ducs et pairs, cardinaux, maréchaux, délégués des Parlements, membres de TAj^emblée du clergé (qui siégeait déjà à Paris), votèrent comme un seul homme pour Richelieu.
CONSPIRATION DE CUALAIS. 889
CMispfa»aoit et mort ée Cli»lal«. — En 1626, il était
arrivé au point où parvint Henri IV en i60G. De toutes parts, on conspirait sa mort. Ses livres contre les prêtes* tanls, ses tendresses pour les Jésuites, ses ménagements pour les demi-jésuites (Oratoriens), ne lui regagnaient per* sonne. Toutes les Cours étaient travaillées contre lui.
Le plan, fort simple, était que Gaston, avec Ghalais et toute sa maison, irait diner chez Richelieu au château de Fleury, et que là, à sa table, profitant de sa confiance et de son hospitalité, les gens d'épée, commodément, tueraient l'homme sans armes. Les dames (Anne d'Autriche et ma-* dame de Chevreuse) goûtaient ce plan qui se fût réalisé si Ghalais n'eût eu peur et dit tout au cardinal, au roi.
L'affaire était immense, épouvantable. Richelieu attira et arrêta les deux fils d'Henri IV, le gouverneur de Bretagne, Vendôme, et le grand prieur. Il fit signer à Monsieur une sorte de con fession où il abandonnait ses amis, et le maria de sa main. Il rélouifa dans Tor.
Monsieur se laissa marier le 5 août; mais cela ne sauva pas Ghalais, qu'on décapita le 19. Une seule tète paya pour toutes. On pria, on supplia; mais le Roi resta ferme.
Dès lors l'Espagne dut renoncer à faire de la reine un centre d'intrigues. On la mit presque en chartre privée ; elle fut humiliée, pardonnée^ séparée de la Chevreuse, qu'on exila. Cette affaii. de Chalais commençait la grande œuvre de Richelieu, le nettoiement de la cour et le balayage des princes.
Chacun sentait que celui qui frappait de tels coups donnait sa tète pour enjeu. La vie du cardinal tenait à ce fil sec, qui pouvait tous les jours casser, un roi fiévreux et valétudinaire.
Défaite d« roi de INuieiiftarek, noire allié. — La
Franee arme. — Richelieu n'était pas sorti d'affaire, qu*en ce même mois d'août 1626, deux coups viennent le frapper.
■IST DE FB. Temos modernes u. — 17
890 ÂBÏÏtCÈ D'HISTCHRE DE FIIAHG8.
1' La grande déiaite da Daoois, notre allié, chef des protestants d'Allemagne (27 août), qae Richelieu aidait d'argent, et qui se fait battre à Lutter.
^i^ L'autre coup, eo apparence minime, et ea réalité terrible, c'est la brouille complète d'Henriette et de Charles I^^**. La défaite du Dan«s et de FAUemagne protestante«rendait l'Autriche et la Bavière maltresses delà situation. Les Espagnols tenaient le Rhin. Dans le conflit maritime des États de l'ouest, devant les grandes puissances navales d'Angleterre, Hollande et Espagne, nous seuls nous n'étions pas en garde. Il fallait sans retard organiser Tarmée, créer la flotte. Et cela, avec une France ruinée, chargée d'un déficit annuel de dix millions, d'une dette exigible de cinquante-deux millions.
L'assemblée vota d'un élan la dépense colossale d une création immédiate de l'armée et de la flotte, dépense ainsi répartie: un tiers sur le trésor, deux tiers sur les provinceê.
Là se révèle la situation réelle de Richelieu. Il ne pouvait demander aux deux classes riches^ l'Église et la noblesse ; ne pouvant prendre l'argent où il était, il devait le chercher où il n'était pas. Où? Chez les pauvres.
Un magistrat s'avisa de dire qu'on devrait rendre la taille réelle^ non personnelley faire payer tous les biens, y compris les biens nobles, Richelieu n'aurait pas été ministre vingt-quatre heures s'il eût appuyé ce mot. Sorti de laruine et d'une situation gâtée et insoluble, il ne put nous sauver que par la ruine. U m' apparaît dès le premier jour ce qu'il fut et resta, ce que dit sa figure lugubre : le dictateur du désespoir.
Les défections de la France étaient les agonies de l'Europe. La Franco pouvait entendre la désolation du Rhin, la Clameur du Palatinat, ruiné, saccagé, violé, un jour par les Croates et un jour par les Espagnols. La Lorraine suivait ce mouvement) elle allait armer contre nous, bien plus^ doa«