‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 44 sur 108 · BUCKINGHAM A L'ILE DE RHÊ · texte numérisé non relu

BUCKINGHAM A L'ILE DE RHÊ

ner passage à la (grande armée des brigands organisée par l'Empereur.

La France le souffrait, pourquoi? Pour une raison que Richelieu se garde bien de dire. Il était encore serf; il ne se maintenait qu'en suivant secrètement la reine mère et BéruUe et les Espagnols. Ils l'obligeaient de faire un traité avec Madrid pour l'invasion de l'Angleterre, c'est-à-dire pour le renversement de la politique de Richelieu.

Les Espagnols tirèrent de nous cette pièce {W avril 1637), et, sans perdre un moment, la communiquèrent aux Anglais, afin qu'ils nous prévinssent, envahissent la France et descendissent à la Rochelle.

Interveiitloit des Anglftin eit favevr des protestants.

- BnekinfriiaiB «^ i'ii« '« Mi^* — La Rochelle forte ville de commerce et de guerre, un petit monde complet, original qui avait son pavillon à elle, renommé sur toutes les mers, que serait-elle devenue dans les mains anglaises? Buckingham, descendit à l'Ile de Rhé avec dix mille Anglais. S'il eût voulu délivrer la Rochelle, il eût descendu sur terre ferme et l'eût aidée à prendre et démolir son entrave, le fort Louis. Si Backingham eût mis seulement cent hommes à la Ro«* chelle, l'effet moral était produit et Richelieu sautait. L'Angleterre se retournait violemment vers la guerre, sa révolution intérieure était ajournée; les cent ans de la guerre anglaise recommençaient pour nous.

Richelieu, loin d'avoir des vaisseaux, n'avait pas d'ar* gent pour en faire.

En cette détresse, il dut se servir de son ennemi Bérulle. Il le fit agir pour obtenir à Rome un secours d'argent à prendre sur le clergé. Il ne trouta que lenteur, mauvaise volonté. Il pria le clergé même, lui extorqua quelques mil-» lions. Malgré cela, sans le scrupule de nos huguenots, sans Textréme répugnance de la Rochelle pour l'Anglais, Tardeur, l'activité de Richelieu n'auraient servi de rien. Les

habitants offrent, si le roi veut mettre le fort Louis entre les mains de la Trémouille ou de la Force^ de s'unir à lui pour chasser de Rhé leur défenseur suspect.

Pour réponse, on mit des canons en batterie devant leurs portes. Il fallait ouvrir ou combattre (10 septembre). Ils combattirent, mais ce ne fut que cinq semaines encore après (15 octobre) qu'ils se décidèrent à traiter avec Buekingham.

mège et prUie de la RoclieUe (1637-1628) — Le roi

était arrivé le 12 octobre. Toutes les forces militaires dont le royaume pouvait disposer étaient devant la R(h chelle, trente mille hommes d'élite et un matériel immense. Tous nos ports, du Havre à Bayonne, avaient fourni des hommes et des embarcations. Richelieu, en trois mois, par un mortel effort de volonté, avait précipité la France entière sur cet unique point.

Si Buckingham eût bien gardé la mer, la France manquant de vaisseaux, il était maître encore de la situation. Mais on fit Timprudence heureuse de lancer six mille hommes d'élite dans des barques. Ils passèrent, et il fut perdu.

Le 6 novembre, il joaa sa dernière carte, donna au fort un assaut désespéré. Il y perdit beaucoup de monde. Il en perdit encore plus à l'embarquement. Il n'avait rien prévu. Il lui fallut faire défiler ce qui lui restait de troupes sur une étroite chaussée ; on le coupa, à moitié passé, et on lui tua deux mille hommes (7 novembre 1627).

Il ne lui en restait plus que deux mille, mais sa flotte était tout entière, et il était encore maître de la mer. Les Rochellois le supplièrent de rester là, mais Buckingham avait perdu la tête.

Il part, ayant mangé les vivres de la Rochelle. Cette misérable ville, abandonnée de «elui qui Ta compromise, la voilà en présence d'une monarchie. Six mille hommes sans

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secours et à peu près sans Tivres, vont se défendre un an encore contre une grande armée qui a tout le royaume pour arrière-garde, qui y puise indéfiniment, répare à volonté ses pertes. L'armée entière voulait travailler à la digue; on payait aux soldats chaque bottée de pierres qu*ils apportaient. La solde en outre fut énormément augmentée. De bons et chauds habillements distribués, des vivres abon* dants.

Tout cela inutilement. Richelieu, qui le 6 octobre encore comptait sur la flotte espagnole, apprit en novembre, par des papiers de Buckingham, et par ceux d'un agent anglais qu'on saisit en Lorraine, que l'Espagne était contre lui, que. depuis un an elle organisait une coalition pour envahir la France.

L'Italie de son cAlé appelait la France. L'Allemagne et le Nord aussi l'appelaient. Notre envoyé en Suède, H. de Cbarnacé, nous fut renvoyé par Gustave-Adolphe pour dire à Richelieu que, si la France ne venait au secours par hommes ou par argent, c'était fait de l'Europe, et que la France périrait là première.

Que pouvait Richelieu? rien du tout. S'il lâchait le siège il perdait son crédit et périssait. Il devait rester là, et tous les millions de la France, si nécessaires ailleurs, il devait les jeter en plâtras dans la boue de ce port. Ces marins rochellois, qui eussent si utilement aidé contre les Espagnols, il devait les faire mourir de faim. Les flottes anglaises, ses alliées naturelles, et celles de Gustave et des protestants d'Allemagne, Richelieu devait les combattre et les détruire, s'il se pouvait!

En février, le roi brusquement lui échappe. Il s'ennuie, retourne à Paris. Coup monté, très probablement. On supposait que Richelieu suivrait, ou que, si le roi partait seul^ il s'émanciperait de son ministre.

Ce grand homme, si mal appuyé, était resté là indomp-

table sur cette triste c6te, poavant chaque matin apprendre son naufrage.

A Pâques (1628), les marias l'emportèrent sur les bourgeois proprement dits; le parti violent gouyemayet la mairie devint une dictature. Le capitaine Guiton fut élL\ malgré lui. c Vous ne savez ce que vous faites en me nom* mant, dit-il ; songez bien qu'avec moi il n'y a pas à parler de se rendre. Qui en dit un mot, je le tue. » La famioe pressait. On avait mangé tout, jusqu'au cuir qu'on faisait bouillir.

Il fallait un Guiton pour soutenir la ville contre l'horrible coup qu'elle reçut, en voyant les Anglais, tant attendus, paraître et disparaître sans rien tenter pour elle. Le 11 mai on les vit en mer; le 18, ils étaient partis. Le Parlement anglais avait pourtant rougi à la longue, et s'était réveillé. Il vota un 1res fort subside pour sauver la Rochelle. Buckingham mit la flotte en mer, mais lentement; les puritains crurent qu'il trahissait; un d'eux, Felton, l'assassina.

Richelieu avait fait offres sur offres aux assiégés, jusqu'à se réduire à faire entrer seulement le roi avec deux cents hommes, pour dire qu'il y était entré ; on eut, pour la forme, abattu l'angle extérieur d'un bastion, mais les choses étaient à ce point qu'on ne pouvait plus se rendre. Le magistrat qui eût signé eût été tué comme traître. L'imperceptible république se maintenait. Le 28 septembre, devant cette ville morte, quatre-vingt vaisseaux anglais apparaissaient, plusieurs très forts. Les Français n'en avaient que quarante-cinq petits, il est vrai, défendus par toutes les batteries du rivage.

Ce fut un grand spectacle. Tous à leur poste, le cardinal à la digue, — le roi qu'on avait fait revenir, — se montrait partout. Des dames en carrosse regardaient du haut des chaussées. Les Anglais, envoyés en avant, la sonde à la main, s'arrêtent bientôt, trouvant peu d'eau. Les gros vais-

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