‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 55 sur 108 · CONSPIRATION ET MORT DE CINQ-MARS · texte numérisé non relu

CONSPIRATION ET MORT DE CINQ-MARS

ralets. Parfois, la nuit, il se sauvait de Saint-Germain, galoppait à Paris, au quartier élégant, à la place Royale.

Plus tard il prélendit avoir part aux affaires. Louis XIII tenant conseil, il resta, siégea. Le roi lui donna à conduire le corps des volontaires, toute la jeune noblesse de France au eamp d'Arras, menacé par les Espagnols. Ceux-ci, battus, regagnaient par Tintrigue ce que perdaient leurs armes. La ligue universelle des femmes était pour eux : Marie de Uédicis en Angleterre, aux Pays-Bas; la Ghevreuse à Madrid; à Lonires, les filles d*HenriIV, Henriette, Ghristine; le due de Lo. raine, le jeune Guise, archevêque de Reims, le due de Bou/^on.

En 1641, la partie fut liée à merveille. Madame de Bouillon fit de sci vieux mari goutteux le centre, la clef de voûte d'une ligue universelle. L'empereur fournit des troupes,^ t l'Espagne en promit. Mais, pour donner à l'invasion étrangère un aîrnational, un prince du sang, le comte de Soissons, réfugié chez Bouillon, prit le commandement de Tarmée. Les émigrés français, de tout parti, devaient partir de Londres et faire une descente en France. Il leur semblait faire la guerre à coup sûr ayant la cour, les vœux de la reine, ayant le cabinet du roi et son secret par son enfant gâté, Ginq-Hars, à qui il disait tout.

Richelieu, en si grand péril, fit d'abord procéder le parlement contre Guise et Bouillon. Soissons étant prince du sang, on ne pouvait le juger, mais bien le faire tuer. Soissons battit sans peine une armée qui voulait être battue.Mais il fut frappé à mort sans que l'on sût par qui (Gjuillet 1641).. Cinq-Mars étant dans l'affaire de Soissons, Richelieu le fit exclure de tout conseil, et engagea le roi à retirer le Dauphin des mains de la reine. Laisser le roi futur dans une main espagnole, c'était risquer de revoir l'étranger régner encore au Louvre.

Dernière conspiration. — Clnq*lilara, do Thon, lo

9âO ABRÉGÉ DHISTOIRE DE FRANCK.

d«e de Bo«tll*n, ISaston d*Orléaiui (1642). — Boaillon

pardonné, exilé au généralat d*Italie, était plas que janaais poussé par sa femme orgueilleuse à se venger de Richelieu.

Cinq-Mars, chassé par lui, ne songeait qu'à le faire tuer. 11 n'était pas jusqu'au roi qui ne parât contre loi. Il ne cessait de dire qu'il voudrait s'en défaire.

Auguste de Thou, fils de l'illustre historien, était jeune, candide, dévoué, honnête, non sans élévation, et l'on s'étonne de le rencontrer avec ces gens-là. Il se vit mené plus loin qu'il ne croyait. Les hommes de Gaston, spécialement Fontrailles , homme d'esprit, sans conscience, un furieux bossu, dont Richelieu s'était moqué, organisaient deux choses. D'abord, le cardinal devant suivre le roi qui partait pour la guerre d'Espagne, il fut réglé qu'on le tuerait à Lyon; Gaston devait y aller tout exprès, et, brave cette fois, donner lui-même le signal.

Fontrailles tira de lui une lettre où il s'engageait à faire livrer aux Espagnols une place forte (c'était Sedan), pour les enhardir à entrer en France.

Comment de Thou resla-t-il dans l'affaire lorsqu'elle devenait si criminelle?

Gaston, à son ordinaire, manqua de parole. Les conjurés l'attendaient à Lyon ; il resta à Blois. Les deux malades, le roi en avant, le cardinal derrière à quelques lieues, continuèrent d'avancer au Hidi. Mais, à Narbonne, le dernier craignant, sur les rapports qu'il recevait, que le roi ne permit sa mort, dit ne pouvoir aller plus loin.

Cependant Louis XIII semblait si mal, qu'on se croyait au moment décisif. De Thou, qui était à l'armée, pensa qu'il élail bon que la reine s'assurât des chefs, et, comme il était difficile de deviner de loin quelles conditions ils feraient, il la priait de lui envoyer des blancs-seings qu'il pût remplir selon les circonstances.

CONSPIRATION ET MORT DE CINQ-MARS. 83t

Mazarin put lui faire entendre que les choses n'en étaient pas où on le lui disait, que le roi vivait, que Richelieu vivait et tenait encore les armées, que le danger d'ailleurs de la future régente était Gaston.

Le roi était revenu à Narbonne quand l'homme de Richelieu, sou ombre, Chavigny, vint le trouver et lui dévoila tout. Le roi sauta au plancher.

Cinq-Mars en voyant Chavigny avait deviné sa perte. Il aurait pu encore, en $autant à cheval, passer le$ portes de Narboane. Mais il perdit la tète, et on eut le temps de les fermer.

On arrête Cinq-Mars et de Thou. Ordre envoyé à l'armée' d'Italie, où commuodait Bouillon, pour l'arrêter et l'envoyer en France (13 juin 1642).

Cta^-Mami^ de Thoii èondamnés et enéeniém. — Richelieu faisait commencer le procès sans preuves tii témoins, sur la simple révélation verbale qui lui venait de U reine. Mais il ne pouvait avouer cette source. Il parle dans ses notes comme s'il eût deviné l'existence d'un traité. ,

Avec un homme moins peureux que Gaston on n*eût rien obtenu, et Richelieu, n'ayant nulle pièce, eût été conspué, chassé pour calomnie^ poursuivi à son tour. Mais Chavigny^ qu'il lui envoya, le terrifia en assurant qu'on avait le traité, une copie du moins; « trouvée pardes pêcheurs dans une barque échouée en Catalogne >.. A lui, Gaston, de nnériter sa grâce en délivrant Torig'inal. C'est ce qu'il ne pouvait plus faire; dans sa peur, il l'avait brûlé. Mais il offrit d'y suppléer par la confession la plus complète. Il parla tout au long, et chacun de ses mots tuait, — d'abord Cinq- Mars, Bouillon, Fontrailles, puis de Thou même.

Il fallait bien au moins une tête à la justice. Qr G^sîton ne pouvait périr. Bouillon, arrêté, eut sa grâce en livrant s^ place, Sedan. Fontrailles était en fuite.

3S1 ABRÉGÉ D'HISTOIRE DE rRANCE^

Gnq-Mars essaya de nier. De Thon montra do courage lorsqu'ils allèrent à la mort.

Cinq-Mars, si beau, si jeune, de Thou, si estimé josqoelà, excitèrent dans la foule un intérêt extraordinaire. La maladresse d'un bourreau novice qu'on employa ajouta encore à rémotion. Quand la tête de Cinq-Mars tomba, il s*éle?a de toute la place un horrible cri de douleur. De Tfaou manqué d'abord et très cruellement égorgé, jeta la foule dans un accès de fureur frénétique.

Mort de BiehcUev (décembre 1642). — Richelieu avait fait lui-même sa dernière maladie en supprimant un dérivatif utile. Immédiatement un abcès parut à la main, au bras, d'autres ailleurs. Dès lors rien n'y servit; il eut beau faire; il était mort.

De toute façon, Cinq-Mars l'avait tué. Son maître le haïssait désormais sans retour. L'aulenr primitif du complot avait été le roi. Tout avait commencé par ses paroles imprudentes et, lorsque revenant au Nord, il lui fallut, à Tarascon, comparaître devant Richelieu, il y vint conime un accusé. •

Malade, on le mit sur un lit en face du malade, et, quelque soin que prit le cardinal de le rassurer, de lui donner le change, ni l'un ni l'autre dès lors ne s'y trompa. Celaient deux ennemis.

Richelieu mourut tellement redouté que le roi lui obéit d'abord de point en point.

De toutes les personnes persécutéeii la plus suspecte aa roi était la reine. Mazarin^ Chavigny, ne se maintinrent qu'en lui paraissant très contraires. Monsieur, flétri naguère, déclaré incapable de toute charge, et mal voulu de Louis XIII, n'eût pu songer à la régence. Ils dirent an roi habilement que, si on faisait la reine régente, il fallait la lier et la subordonner, lui mettre sur la tête un conseil souverain, et non destUuable.

MORT DU ROI. BATAILLE DE ROCROY. 3f I

Mais bientôt le flot monta si fort pour elle, que le roi n'eut plus la force de soutenir la ligue. Les prisonniers sortirent, les exilés revinrent, et toute la vieille cabale à la file.

■fM^ a« roi (14 mai 1643). Lo«to U¥ (1643-1715). — Quand Louis XIII enfin meurl (14 mai 1643), le château où il expire est déjà à la reine, et le parlement, et la ville, et tout tourne à son profit. Sans qu'on sache ni comment, ni pourqucH, cette étrangère est adorée. Les favoris du dernier règne, les Gondé, gagnent une bataille à point : Rocroy.On mit toutes les forces à l'armée royale que menait Enghien, aucun renfort à l'armée d'Allemagne, oûRantzau, Guébriant venaient de gagner des batailles, de sauver les Suédois, de résister aux efforts combinés des impériaux et Bavarois. La fameuse armée de Weimar, achetée par nous, et si bien menée par Guébriant, s'usa, tomba à six mille hommes qui se maintinrent à grand*peine en Alsace.

B«i»ute de Rocroy (19 mai 1643). — Les Espagnols, sachant le roi à l'extrémité, crurent que le moment était bon, laissèrent là la Hollande, et, ramassant toutes leurs forces sous deux excellents généraux, D. Francisco de Mello et le vieux comte de Fontaine, firent mine d*entrer en Picardie; mais tournèrent, percèrent les Ardennes, enveloppèrent Rocroy.

Le 19, vers trois ou quatre heures, à l'aube, Enghien^ fort gai, passa au front des troupes, n'ayant que sa cuivrasse, sur la tète force plumes blanches. Pour mot d'ordre de la bataille, il donna son nom même, Enghien. .

La victoire de Rocroy fut la brillante préface du règne emphatique de Louis XIV. C'est l'enfant qui en a la gloire, c'est la sage régente, Anne d'Autriche. Heureuse reine qui gagne des batailles en berçant son fils!

Résemee d'Anne d'Avtrlehe. — MaBarlil* -— Ce grand

bonheur fit deux msdheurs. Il créa un héros insatiable et

insupportable, il glorifia ravènement de Mazarin, il sacra le roi des fripons.

Une concurrence sérieuse pour Hazarin fut colle de la maison de Vendôme, de leur cadet Beaufort. Ce petit-fîis de Gabrielle en avait la beauté. Il était jeune, brave, tout fleuri, en longs cheveux d'or, un Phébus Apollon. C'est celui qui bientôt sera le roi des halles,dont les poissardes raffoleront.

Moins jeune, Mazarin valait mieux. Hais il ne parut pas d*abord, et resta derrière le rideau jusqu'à ce que la reine fût régente absolue.

Dès lors il commença son éducation, enfermé toutes les soirées avec elle pour lui apprendre les affaires.

L'ancienne cabale de Monsieur, abandonnée par lui, les Fontrailies et les Montrésor, furent d'avis de tuer ce nouveau Concini.

D'accord avec les dames de Chevreuse et de Montbazon, ils mirent cela en tête de Vinnocent Beaufort. L'affaire manqua par madame de Chevreuse. Mazarin averti obtint de la reine qu'elle fit arrêter Beaufort et ses amis.

I^e prlnee de Condé. — Batnille de Frlboov^ (1 644).

Pendant que Mazarin agit à l'intérieur avec le pouvoir d'un mari, la grande scène du temps, le triomphe du faui, c'est la guerre. Le g^rand machiniste de la guerre est Condé.

 vingt-deux ans, il avait déjà tout de la guerre, le brillant le sérieux, l'élan et la réflexion ; de plus, la chose rare, très rare dans un jeune homme, une ténacité indomptable, une résolution fixe et forte qui l'enracinait au champ de bataille. Tout cela parut à Fribourg. Condé, qui avait en face la très petite armée du très grand général Mercy, voulut attaquer par le côté le plus glorieux, c'est-à-dire par l'inaccessible. Il refusa, comme indigne d'un prince,

Page 1