‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 57 sur 108 · FRONDE PARLEMENTAIRE · texte numérisé non relu

FRONDE PARLEMENTAIRE

moias courageusement toute une année le pain du peuple, landis que Mazarin était en Irain de faire la guerre aux bourses : 1^ guerre aux propriétaires. Il trouve un vieil édit fait le lendemain de l'invasion de Gharles-Quint quand on venait de craindre un siège, lequel défendait d'étendre les faubourgs. Mais Paris, en cent ans, avait grossi, grandi, débordé de tous côtés; Les pauvres logeaient dans cette banlieue^ sous des maisonnettes de boue qu'ils se faisaient euxmêmes. Un matin, les gens du roi, avec des troupes, viennent toiser ce Paris nouveau qu'on va abattre si Fon ne paye surTheure. L'effet fut si terrible, que Hazarin d'abord eut peur et recula. Coudé lui mit du cœur au ventre par sa bataillé de Nordlingen qui lui donnait la force à l'intérieur. Il reprend le marteau ; ayant mis à sec les propriétaires, on passe aux nofhpropriétaired. On firappe une entrée sur les vivres (4648).

Ventrée sur les consommations rendit la tyrannie sensible, expliqua la révolution. Paris, sans idée, sans parti, dans la torpeur de la misère, se réveilla par l'estomac.

Toutes les compagnies souveraines de Paris, soumises au même retranchement, les Aides, les Comptes et le Grand Conseil, envoient demander au parlement association, union. Une assemblée générale se formera par députes dans la chambre de Saint-Louis, et Ton y appellera les députés du Corps de ville. Le but esl posé nettement : la réformation de l'État (13 mai 1648). Il ne serait pourtant pas vrai de dire que te parlement fit la Eronde. La question sans lui se serait posée autrement. Il tint pour la reine menacée d'une révoluiion radicale du peuple ; il la protégea, suivit en toute chose grave les intérêts de la cour. Il n'y avait donc pour Mazarin qu'à prendre patience* 11 attendait 1 armée. Après un petit essai de violence qui ne réussit pas, il sentit qu'il n'y avait rien à faire, qu'à mentir et plier^ gagner du temps. La reine eut beau pleurer toule une nuit»

il toléra l'arrêt d'union, permit aux compagaies de s'assembler, de réformer l'Etat.

Le pouvaient-elles réellement? Même dans les choses bonnes, leur incapacité parut. En vertu du dernier article, elles firent précisément ce que désirait Hazarin, annulèrent ses traités»* avec les financiers. La cour n'osait faire la banqueronte. Le parlement la fit poiir elle.

Une autre faute insigne du parlement, ce fut de vouloir supprimer les inUnéanU^ la grande création du dernier r^e. Ces rois commis, il est vrai, étaient lourds, et, soas Mazarin, aussi voleurs que leur maître. Cependant, en les supprimant, qui eût pris le pouvoir? Les gouverneurs des provinces, les vieilles puissances féodales qu'avait écrasées Richelieu. Avec quelques concessions, Mazarin endormit le parlement, attendit pour le tirer de là une victoire de Coudé.

L'Espagne, accablée par ses quatre révolutions (Portugal, Catalogne, Naples, Sicile), obligée de faire face de tous côtés, n'avait pas grande force en Flandre.

Btttauie deLeiM (août 1648). — L'archiduc, cependant, ayant pris Lens, avait obligé Condé (19 août) à une retraite difficile. Le 20, il l'attaqua. Condé, voyant les Espagnols quitter leurs; bonnes positions, commanda aux Français de recevoir le feu et de ne pas donner à l'ennemi le temps de recharger. Victoire complète, cinq mille prisonniers, trois mille morts.

La reine, ivre de joie^ ayant reçu soixante-treize drapeaux espagnols, ne daigna plus rien ménager et se moqua des peurs de Mazarin. Chavigny consulté dit à la reine qu'il fallait arrêter les chefs du parlement.

Arrestation de Broiuuiel. — Journée des iMurrl-*

cadee (26 août 1648). — Des six qu'on devait arrêter, le plus populaire, Broussel, demeurait à deux pas; Comminges, un jeune homme dévoué àla reine, renlèvc.

JOURNÉE DES BARIIICADES. 3»

Il était fort aimé ; ses domestiques poussèrent des cris affreux ; un petit clerc se mit à courir après la voiture de CommingeSi criant : c Aux armes ! aux armes ! on enlève H. Broussel ! » le carrosse tomba en pièces. Comminges prit celoi d'une dame qui passait. Le maréchal de la Meilleraye fit tirer aux fenêtres. Une femme et deux hommes furent taés. Alors ce fut une grêle. La Meilleraye ne s'en tira qu'en tuant encore un crocheteur d'un coup de pistolet.

A point se trouvait là le coadjuteur de rarchevêque, Gondi (ou Retz), qui confessa le crocheteur agonisant dans le ruisseau. Le peuple fut toncbé et pria le prélat d'aller au Louvre et de demander Broussel.

C'était ce qu'il voulait. Il avait mis tout justement ses habits pontificaux.

Il croyait qu*au Palais-Royal on solliciterait son secours. Mais la reine se moqua de lui. Il eut le chagrin et la rage de prêcher la paix en s'en allant, quand il voulait la guerre. Il calma un moment le peuple, mais pour mieux l'exciter la nuit. Celui-ci, qui était levé, fit un ouvrage énorme, douze cents barricades en douze heures. Il n'avait guère besoin de Retz. Ce fut la sœur d'un président, femme d'un capitaine bourgeois, qui, ayant chez elle le tambour du quartier, le fit battre et donna l'exemple. Un des amis de Retz, capitaine aussi de quartier, le maître des comptes Miron, battit le tambour de son côté. La journée fut lancée.

Le 27, à six heures, la cour, audacieuse et timide, prenant l'heure matinale et croyant que Paris n'est pas levé encore, envoie le chancelier casser l'arrêt. La foule est déjà là. On le poursuit, on le pousse. Il se cache.

La Meilleraye le dégage. Poussé lui-même, en grand péril, le maladroit, d'un coup de pistolet, tua une femme qui portait une hotte. Le peuple s'empara, au quai de la Ferraille, de tout ce qui tomba sous sa main.

Cependant le Parlement, en corps, va au Palais-Royal re-

demander ses membres à la Reioe. Je les rendrai, mais morts', dit-elle avec emportement. Ils reçurent cela tête basse, ils s'en retournaient.

Un garçon rôtisseur, mettant sa broche au ventre du président Mole, lui dit : c Retourne, traître! Tu seras massacré si tu ne nous ramènes Broussel ou Mazarin. »

Les princesses, qui se mouraient de peur, se mirent à genoux devant la Reine, et Monsieur même. Mazarin tremblait et priait. Ce qui la décida, ce fut la reine d'Angletenre, qui avait déjà vu de pareilles fêtes à Londres.

Mazarin fit sceller une lettre de cachet pour délivrer Broussel.

La régente et le roi qalttent Parla. — Le ^^

septembre, Condé victorieux était revenu. Il menace le parlement, veut le forcer à accepter un chef militaire pour s'emparer de la révolution. L'armée enveloppe Paris, insultant, ravageant comme en pays ennemi. La reine, à trois heures du matin, le 6 janvier 1649, emmène le roi hors de sa capitale. Elle est libre et toute à sa vengeance. Ordre au parlement d'aller siéger à Montargis. Le parlement proteste de sa soumission et il arrête qu'on se munira d'armes et de subsistances. Mais comment résister à Condé? La première idée de Retz fut d'appeler contre lui les Espagnols; la seconde fut de lui opposer sa sœur même, madame de Longueville, qui tenait sous la main, gouvernait Conti, son jeune frère. Idée sotte. La sœur et Conti n'avaient de crédit, d'importance, que comme un reflet de Condé. N'importe. Le généralissime sera le bossu Conti, ou bien plutôt sa sœtir La fuite du roi avait effrayé le parlement, mais point U peuple. Il n'eut que de la fureur, nul abattement. Le siège de Paris dura trois mois (janvier, février, mars). Peu de combats, beaucoup d'intrigues. Condé, qui n'avait pas fait grand exploit, inclinait lui-même à la paix. Le 5 mars, on ouvre des conférences, El, brusquement, le H, le président

ARRESTATION DK CONDË. S3t

Molé déclare au parlement qu'il a signé le traité. Mazarin, qui tenait le roi, n'avait qu'à donner des paroles, nulle garantie; la Fronde étant dissoute, il allait se moquer de la crédulité des négociateurs.

Arrestation de Condé. — La Fronde des Prineea. —

Mazarin fit arrêter les trois princes, Condé, Contiet Lon* gueviile. Arrêtés par Guitaut et Comminges, ils furent menés la nuit par une petite escorte de vingt hommes à Vincennes (18 janvier 1650).

La sœur de Coudé, la fière Mme de Longueville, naguère si populaire, fut trop heureuse de se sauver. La plupart des femmes étaient du parti de Coudé. La gloire sous les verrous! Le héros pris en trahison, et prisonnier : de qui? De l'abbate Hazarini. La noblesse de France ne va-t-elle passe soulever?

Bien loin de là, Mme de Longueville, qui croit remuer la Normandie, y est repoussée partout. La femme de Coudé, jeune nièce de Richelieu, tant méprisée d'abord par le prince, se sauva de Chantilly avec son fils, et alla implorer le parlement de Bordeaux. Grande fat l'émotion de la ville et du parlement de voir cette dame de vingt-deux ans, sous les habits de deuil, cet enfant innocent qui demandait se-* cours pour la liberté de son père. Les Bordelais se montrèrent intrépides, un peu troublés pourtant, de voir que les soldats allaient vendanger à leur place.

La princesse ne se maintenait que par l'appui des va-nupieds. Cet avilissement où elle tombait lui fit accepter la permission de sortir de la ville, qu'on lui donnait, avec de vagues promesses de la liberté de Condé (3 octobre 1650). Bien loin de les lâcher, Mazarin, au contraire, éloigna ses prisonniers de Paris, les transporta au Havre. La fortune semblait travailler pour cet homme.

Il ramasse en décembre tout ce qu'il a de forces au Nord, avec son armée de Guyenne, ^on homme, Du Plessis, en-

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traînant sous ses yeux cette ^osse avalanche, fond sur RetUel, la prend avant que les Espagnols eussent remué. Turenne, qui était avec eux, ne venait pas à bout de leur lenteur.

Dérision de la fortune : c'est Turenne qui est battu. Hazarin a défait Turenne! (15 décembre 1650.)

Ingrat de sa nature, Mazarin tourna le dos aux frondeurs dès qu'il eut mis ses prisonniers loin de Paris. Mais il n'y avait de force réelle que dans la Fronde. Retz et les amis de Gondé s'étaient réconciliés. ^

La vieille Fronde de Retz et des Ghevreuse adopte la nouvelle Fronde des amis de Gondé, des gens d'épée, des nobles. Les gens d'épée, en nombre, s'assemblent. Mazarin perd la tête.

DëiiarideMaj^rin (1651). — DMvranee de CMidé. —

Le 6 février, il part seul du Palais-Royal; seul, lorsqu'il pouvait sans obstacle emmener le roi. Il faut une femme pour dire qu'on doit fermer les portes de Paris; c'est la jeune Ghevreuse. Il faut une femme, celle de Monsieur, pour signer l'ordre ; il n'ose le faire. On s'agite, on s'éveille^ on s'arme la nuit du 9 ; on pénètre au Palais-Royal. Mais une femme suffît pour finir tout et endormir le peuple. La reine, avertie, a le temps de revenir, de débotter l'enrant royal, de le remettre au lit. Il dort ou fait semblant. Les innocents bourgeois admirent ce bel enfant, leur roi (déjà si bon acteur); ils retiennent leur soufQe, s'en veulent d'avoir troublé ce sommeil d'innocence, et s'écoulant sur la pointe du pied, maudissent ceux qui les ont trompés et leur font passer la nuit blanche (9 février 1651).

Mazarin courait vers le Havre, voulant devancer les fron* deurs, et lui-même délivrer les princes. A quoi bon? Ceuxci voyaient bien qu'il agissait contraint et forcé. Gondé, sorti de sa prison tel qu'il y est entré, borné, brutal, aveugle, oublie que la vieille Fronde, lui a seule ouvert la prison

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