MADEMOISELLE DE MONTPENSIER
Tnrenne qui, de Montmartre, de Ménilmontant, de Charenton, ponvait à chaque pas le foudroyer. Coudé remit tout à la chance, et compta sur son danger méme^ pensant qu'il déciderait Paris à le recevoir, mais le contraire advint. Il frappa à toutes les portes. Aucune n'ouvrit. A la porte Saint- Denis, Turenne était là, pouvait l'écraser de boulets.
Coudé envoyait coup sur coup presser, prier Monsieur. Monsieur faisait le malade. U trouva enfin une auxiliaire inattendue.
Mademoiselle de Montpehsier, fille de Monsieur, indé* pendante de son père par sa fortune immense. Mademoiselle avait le cœur haut. Elle voulait un trône. Son rêve favori, c'était le mot d'Anne d'Autriche sur Louis XIV : — c C'est ton petit mari. i» L'enfant avait quatorze ans, elle, vingtcinq. Elle imagina que le meilleur moyen d'épouser le roi, c'était de le battre ; que Gondé, chassant Mazarin, payerait sa vaillante alliée en la faisant asseoir sur le trône de France.
Cependant Mazarin était fort tranquille. H avait sous la main Turenne, et, plus loin, la Ferté avec une seconde armée.
Mademoiselle pria, supplia son père qui enfin lui donna une lettre vague pour l'autoriser à demander à l'Hôtel de Tille les choses nécessaires. Avec ce mot, l'audacieuse princesse pouvait ce qu'elle voulait.
Elle avance bravement au bruit des canonnades dans la rue Saint-Antoine. Une seule chose pouvait sauver Condé^ c'était que la Bastille prît parti, tirât de ses tours et le reçût sous son canon.
Les Broussel tenaient laBastille. Un fils du vieux Broussel en était gouverneur. Se décida-t-ii en ce jour sans l'aveu de son père, sans l'aveu des frondeurs?
Mademoiselle a tout fait. Qui lui permit de faire? Celui qui lui baissa le pont-levis et qui la mit dans la Bas-
tille. Et qui celui-là? C'est la vieille Fronde. Elle avait à choisir entre la brutalité militaire du parti de Condé et l'infamie de Hazarin. Elle choisit et sauva Condé.
Le prévôt des marchands avait convoqué à THôlel de Ville une assemblée pour le 4 juillet, on^ pouvait prédire que la majorité serait frondeuse; mais frondeuse de quelle nuance? De celle qui voulait le rot sans Mazarin.
MaMaere de l'H4Mel 4eTtlle (4 juillet). — Le 3 juil-
lety Condé, sauvé par cette fronde, mais sentant qu'elle ne voudrait pas pour lui éterniser la guerre, prit son parti, et chargea ses soldats de faire peur à cette assemblée. On loua à la Grève quelques chambres, où l'on pratiqua dans les murs des meurtrières qui répondraient juste aux fenêtres de la salle de l'Hôtel de Ville. On jeta un mot d'ordre dans la population misérable du quartier, les maçons sans ouvrage, les bateliers qui ne naviguaient plus : on dit partout, la nuit, qu'il fallait en finir avec les Mazarins. La cha« leur était grande. Pour donner l'élan à Taffaire, on eut soin d'amener en Grève cinquante pièces devin. Condé, croyant peut-être se laver les mains de la chose en la rejetant sur un autre, avait logé le roi des halles, le mannequin Beaufort, dans une boutique des ruelles qui vont à la Grève pour surveiller l'exécution. L'affaire ne prenait pas. Quelques coups de fusil partirent bien de la Grève, tirés en haut, donc innocents, mais des soldats déguisés, qui buvaient depuis le matin avec les bateliers, ne souffrirent pas que la chose avortât. Us attaquèrent en hommes d'expérience, d'une pari tirant d'en face par les trous faits exprès sur les larges fenêtres de la salle de l'Hôtel de Ville ; d'autre part attaquant les archers de la ville; ceux-ci firent une belle résistance.
Les amis que Condé avait dans l'assemblée, fort étonnés da voir massacrer les frondeurs, se hâtent de faire un écriteau en grosses lettres, y écrivent Union, espérant désar-