L\SSACRE DE L'HOTEL DE VILLE
mer Fémeate; maisTëmeute était ivre de vin, de sang, n'y voyait plus.
Cependant Ciondé et Monsieur étaient entourés de personnes qui priaient, suppliaient, pleuraient pour qu'on envoyât au secoui^. Gondé et Monsieur restèrent sourds.
Il était presque jour. Paris se reconnaissait. On commençait partout à raconter la chose. Et tout retombait sur Condé. Il y eut un mouvement d'horreur.
Mazarin se prit à croire que Condé était fort, qu'il était maître de la ville, et, comme le prétexte unique et dernier de la résistance était sa présence à la cour, il fit encore la comédie de se retirer pour un temps.
Condé semblait fou de fureur, de dégoût de lui-même. Il put s'apercevoir que le respect était perdu. Tout le monde , sous ses yeux, avait quitté lapai'j/^, signe de son parti, pour mettre au chapeau le papier, le signe royaliste. Paris et lui étaient las l'un de l'autre. Les Espagnols avaient payé le duc de Lorraine pour venir le secourir. Il partit de bon cœur pour aller le rejoindre.
Voilà donc Condé et Mazarin partis. Que reste-t-il de la Fronde? Rien,matériellement, qu'une prodigieuse misère. El moralement ? Pis encore : le dégoût de l'action, l'horreur d'agir jamais.
Searron. — Qui trouvera-t-on qui rie encore ? qui garde l'esprit de la Fronde? Un seul homme peut-être. Dans un triste hôtel du Marais, non loin de Marion Delorme et de la jeune Ninon, l'Homère grotesque, le Virgile cul-de-jatte, Scarron, fait le Roman comique. Peinture divertissante et basse. Mais plus basse de beaucoup est la réalité de ce temps-là.
La meilleure farce, au reste, de Scarron, c'est celle qu'il a faite sans en deviner la portée. Je parle de son mariage avec la jeune d'Aubigné, qu'il nourrit et qu'il élève, jolie petite prude qu'il prend pour lui ; comme il
rirait s'il prévoyait qu'il la prépare pour Ift grand roî !
Torenne eontre Condé et les Espagnols. — Turenne
eut les grandes initiatives du temps. Sans lui, la cour et Mazarin lâchaient pied, cédaient tout, s'enfuyaient à Lyoo.
II arrêta la cour, effrayée de l'entrée des Espagnols qui venaient secourir Condé (juillet iÇ52). Il les inquiéta si bien qu'ils n'allèrent pas plus loin que Laon. Il prit une bonne position à Villeneuve-Sain t-Georges, et y tint un mois en échec Condé et les Lorrains (septembre). 11 donna à la cour, à la reine et au jeune roi le courage de rentrer dans PariSy les couvrant de sa présence.
Hors de la guerre, Turenne était un très pauvre homme. Ses mémoires n'indiquent pas qu'il ait jamais eu une émotion, jamais aimé, jamais hai. Les effroyables événements qu'il traverse, l'état du peuple que son armée dévore, lai sont parfaitement indifférents. Les environs de Paris, pillés, ravagés, sont empestés de cadavres innombrables d'hommes et de chevaux : ni moisson ni vendange, des hommes si faibles, qu'ils rampent comme dès lézards sur les fumiers. Ils s'y enfouissent la nuit comme des bêtes, et s'exposent le jour au soleil, déjà remplis et pénétrés de vers. On en trouve gisant pêle-mêle avec leurs morts, dont ils n'ont pas la force de s'éloigner ; ils se mangent les bras et les mains, et meurent dans le désespoir.
Turenne n'aimait pas les gaietés excessives parée qu'elles ensauvagent le soldat et le rendent indisciplinable. Luimême il instruisait les capitaines de ce qu'il y avait à bire. Il connaissait parfaitement l'ennemi et dessinait heure par heure ce qu'il faisait ou voulait faire. De même, en très bon observateur, il comprit que Hazarin finirait par revenir et prit toute précaution pour assurer son retour. Il ne se trompait pas. Le 18 décembre, on mit à Yincennes le cardinal de Retz. Alors Mazarin, rassuré, hasarda de rentrer à Paris (février 1653).
MARIAGE DE L0U16 XIY. 3;i9
Bataille des Bwbmi. — Turenne eut des succès rapides. En 1653-1654^ n'ayant encore que des moyens très faibles, il prit les places de Champagne que possédait Condé et qui étaient le vrai chemin de l'invasion. Il gagna sur les Espagnols la bataille des Dunes (14 juin 1658), qui nous donna le bel avantage de mettre les Anglais dans Dunkerque. Puis, on prit GravelineSy Ypres> Oudenarde, Menin. On était maître du chemin de Bruxelles. Ce fut alors qu'on traita.
narlaflfe de liouia XIV airee Harle-Thérèae d'Ea|iagne. — Paix dea Pjr^néea (1659). — Hori de Haaaria
(1661). — La France, naguère alliée de Cromwell qui venait de mourir, retomba dans ses attractions catholiques, dans le vieux rêve de ses reines, toujours le mariage espagnol.
Pour Anne d'Autriche, la femme prédestinée de Louis XIV était l'infante Marie-Thérèse, sa cousine. Malgré la renonciation qu'elle fit en épousant le roi de France, l'infante, n'ayant qu'un frère très frêle et maladif, pouvait hériter de l'empire espagnol.
La France garda les conquêtes de Richelieu, l'Artois, le Roussillon, mais peu ou rien des conquêtes de Mazarin. On rendit les places fortes de Flandre, le prix des victoires de Turenne.
Mazarin, par une suite de fautes, avait perdu la Catalogne. La pénurie d'argent lui fit sacrifier le Portugal. C'est la base réelle de son traité des Pyrénées (7 novembre 1659).
Après l'avoû* signé à la Bidasëoa, il tombe malade de la goutte. La poitrine se prend. Il continue au lit sa vie habi* tuelle. Le lit du moribond, couvert de cartes, est la table du jeu, le comptoir à vendre les places. Cartes et sacrements allaient pêle-mêle. La seule réparation de ses vols qu'il imagina, ce fut de tout offrir au roi, bien sûr qu'il refuserait. Ce refus le tranquillisa entièrerftcnt, et il continua en toute sécurité son jeu et ses dévotions.
Il vécut, mourut en trichant (9 mars 1661).