‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 6 sur 108 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ÎJL MAISON DE FRANCE ET LA MAISON D'AUTRIOIE. — THAHISON DU CONNÉTABLE DE BOURBON. — MORT DE BAYARD. — LES AN- GLAIS EN PICARDIE ; LES IMPÉRIAUX EN PROVENCE.

Latte entre la France et l'Antrlehe. — La longue rivalité des maisons de France et d'Autriche va se développer en deux actes, d'une incroyable longueur, Robert de la Mark avait fourvoyé Seckingen, les nobles du Rhin, au service de Charles-Quint. Il pensait bien les entraîner cette fois pour François I*'.

Charles-Quint n'avait pas un sou, point d'armée. Hais il avait la main du cardinal Wolsey. Un mot signé de cette main arrêta tout, effraya François P'; il eut peur de perdre l'amitié d'Henri YIII, ramena de gré ou de force la meute qui commençait la chasse et tenait déjà le gibier aux dents.

Le prodigue François P' était puni cruellement. Toutes ses petites ressources de créations d'pffices, mangées à mesure et laissant une masse croissante de salaires et de pensions, ne signifiaient plus rien en face des besoins infinis, de cette gueule béante et sans fond d'une interminable guerre. Il sembla comme s'éveiller, se frotter les yeux, songer qu'il y avait une France. Il prit une plume et du papier, n'ayant autre chose, et il fit une ordonnance, portant qu'immédiatement la France aurait quatre armées.

Lautrec, frère de la favorite, madame de Chateaubriant,

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conduisait la guerre d'Italie, Bonnivet, avec quelques volontaires, iitface vers les Pyrénées et surprit Fontarabie. Le roi lui-même devait garder le Nord. Hais il était seul. Pas an soldat. Pour ramasser des hommes, tels quels, il fallait un mois au moins. Bayard donna ce mois à la France Il s'enferma dans Mézières, avec quelques gentilshommes.

La canonnade impériale tirait de deux côtés ; les Brabançons, sous Nassau, tiraient d'au delà de la Meuse, et les Allemands de Seckingen, à qui on avait fait passer la rivière, étaient plus prés de la France.

Bayard s'avise d'écrire, comme à la Mark, qu'il lui vient douze mille Suisses, qu'ils vont passer sur le corps de Seckingen que Nassau a placé au poste le plus dangereux.

la lettré est prise aux avant- postes, comme Bayard l'avait prévu. Seckingen et ses Allemands croient qu'en effet Nassau veut les faire égorger là. Ils partent, Bayard ▼oyait tout, du haut des murs, et se mourait de rire.

Le roi, cependant, arrivait, avec sa gendarmerie, des Suisses, force levées nouvelles. Le 22 octobre (1531), il était en présence de l'ennemi.

Et le 22 Charles-Quint s'enfuyait, ayant à peine cent chevaux. On s'était trouvé nez à nez, le roi d'un côté et Nassau de l'autre, entre Cambrai et Yalenciennes. Le jeune Empereur, si près de l'ennemi, n'avait montré nulle curiosité. Il restait dans la ville. Nassau, harassé et n'en pouvant plus, avait en tête les nôtres, tout frais, et qui voulaient se battre. Le roi jugea qu'une armée de recrues devait être assez heureuse de voir fuir devant elle la vieille armée allemande de Nassau et de Seckingen.

On l'accusa, en présence de tant de ravages, de n'en avoir tiré vengeance. Les villages étaient en feu, tout pillé. Mais le peuple recommence aussi à prendre un souffle de guerre. Il fait bien de se défendre. Car le roi ne le défend

72 ABRÉCfi D'HISTOIRE D£ FRANCE.

guère. Il garde les places, c'est tout. La campagne est abandonnée.

En janvier 1522,- le roi convoqua à Paris un concile national pour réformer l'Église de France et pour obtenir les secours du clergé. En février, il ordonna le renouvellement des francs-archers de Charles YII et de Louis XI, pour aider aux guerres et couvrir la Guienne et la Picardie. Hais la France se défendait seule et comme elle pouvait.

Qelques petites garnisons défendaient les villes. La campagne, les villages, foulés, pillés, brûlés, violés, étaient le jouet de la guerre. Les gentilshommes du pays escarmouchaient ici et là par bandes de vingt ou trente lances, méprisant fort les paysans, et toutefois n'attaquant guère que quand ils avaient avec eux quelque poignée de francsarchers. •

Les terreurs des guerres anglaises étaient revenues, et le roi, ce roi vaillant, jeune et d'un si grand éclat, ne paraissait pourtant guère plus pour la défense du peuple que l'indolent Charles YII.

Marguerite, «œiir dn rot. — Lé roi devait s'apercevoir qu'il avait été mal conseillé, que ni son chancelier Duprat, ni les amis et parents de sa favorite, n'avaient bien vu dans les affaires. Ils avaient été amusés par Charles-Quint et dupes de Wolsey. Si mal entouré, il revint avec confiance aux siens, à sa sœur, son aînée, esprit net et propre aux affaires, dont tout le monde reconnai^ait la supériorité.

Fort éclairée d'elle-même, de plus illuminée par la seconde vue du cœur, elle le conduisait alors dans la vraie voie de son règne, où il eût trouvé à la fois le nerf moral et d'immenses ressources matérielles.

Croyant toucher au but, eue faisait de grands efforts auprès de son frère, l'enveloppait d'une tendre et innocente obsession. Elle éprouvait pour lui un redoublement de tendresse, le voyant d^us un vrai péril, pour la première fois

triste et malheureux. De toutes parts, Thorizon se cernait en noir; les bois de Saint-Germain, où ils passaient l'hiver, n'étaient pas plus dépouillés, plus sombres que la situation. Point d'argent et point d'armée. L'Italie perdue ; pour nouveau pape un précepteur de Charles-Quint ; Lautrec cachant son drapeau dans les marais de Venise ; la France entamée, la Picardie brûlée, une descente anglaise imminente. Et dans cette grande crise, la résistance intérieure (chose inouïe I), Paris chicanant son roi!... Lui, le vainqueur de Marignan, revenant humilié de l'Hôtel de Ville.

Ils'ennuyait, n'échappait que par la chasse. Cet hiver, à Fontainebleau, à Saint Germain, à Gompiègne, il allait chassant et s'étourdissant. Mais, dans tous ces bois, même chose: au bout de chaque allée, la monotonie de l'hiver et l'uniformité d'ennui.

La reine mère. — La haine de Louise de Savoie contre Laulrec, l'impatience qu'elle avait de précipiter la favorite régnante lui avaient fait retenir l'argent de la guerre et perdre Milan. Chose incroyable! celui qu'avec une peine infinie on ramassa cet hiver, elle le retint encore. Telle fut son audace et sa rage ! lorsque la défaite certaine de Lautrec allait non seulement perdre Tltalie, mais ouvrir la France, envahie tout à la fois par le Nord et par le Midi !

Léon X, qui avait appelé les Français, traita avec les Espagnols. Le 1®' juillet, en consistoire, il nomma général des armées de l'Église le jeune marquis de Mantoue, Frédéricll, qui, ayant épousé l'héritière de Mo ntferrat, attendait de l'Empereur cet important fief d'Empire. Les Gonzaguc, longtemps incertains, furent dès lors fixés sans retour.

Le Connétable de Bourbon. — Leur COUSin, Bourbon

^Montpensier-Gonzague), le connétable de Bourbon, parent aussi des Croy, entre en rapport avec ceux-ci en novembre ou décembre de la même année.

B. DE FH. Temps modernes. ii — ^

Le prévoyant Louis XI avait laissé, non sans regret les Bourbons debout. Il voyait que l'aîné mourait, et au cadet Pierre de Beaujeu, pour le ruiner plus sûrement, il avait donné sa fille.

II tira de Pierre rengagement précis qu'à sa mort, tout reviendrait au roi.

Il avait calculé sans sa ûUe, autre Louis XI, non moin^ absolue que son père, qui, pensant bien que son frère, le petit Charles VIII, lui échapperait bientôt, voulut se garder un royaume dans le royaume, en maintenant celte puissance de Bourbon que, par elle, Louis XI avait compté détruire. Elle fit signer à son frère des lettres qui annulaient son contrat de mariage.

De ce triste mariage, il y avait pourtant une fille, faible et contrefaite. On ne la maria pas moins au second fils d'un Montpensier, Charles (Montpensier-Gonzague), orphelin de père et de mère, qu*Ânne de Beaujeu adopta, éleva, et dont elle fit rhomme brillant, dangereux et fatal, qui faillit perdre la France.

Rien ne fut plus irrégulier. La petite fille bossue, qui n'avait pas quatorze ans, fit à son jeune mari la donation de cette succession immense, qui autrement revenait à la couronne.

Charles de Bourbon, devenu souverain dans sept provinces, fut, par cette fortune monstrueuse, par une éducation de frénétique orgueil, mené au rêve atroce de mettre la France en morceaux.

Il faut voir l'énormité du royaume que ce Bourbon avait en France. Il réunissait deux duchés, quatre comtés, deux vicomtes, un nombre infini de châtellenies et seigneuries.

Son bizarre empire ne comprenait pas seulement le grand fief central et massif de Bourbonnais, Auvei^ne et Marche (plusieurs départements), mais des positions excentriques (ort importantes, le Beaujolais, le Forez, les Bombes, trois

anneaux pour enserrer Lyon, les rudes montagnes d*Ar-

dèche, Gien pour dominer la Loire, puis, tout au nord,

CieroQont en Beauvaisis.

Comme si ce monstre de puissance n'eût pas été assez à craindre, Louise de Savoie lui donna sur des finances entamées par une grande. guerre européenne, trois ou quatre pensions princières : connétable, 24 000 livres; chambrier, 14000; 24000 comme gouverneur de Languedoc; 14000 à prélever sur les tailles du Bourbonnais.

Plus sol que sa mère n'était folle, le roi le mit en Milanais, après Marignan.

En 1518, naquit un Dauphin, et alors, tournant le dos à la mère du roi, Charles voulut Renée de France, fille du roi Louis XII ; il eût pu un jour ou l'autre soutenir qu'elle représentait la branche aînée des Valois, écarter François I" qui, de la branche d'Ângoulême, n'avait que le droit d'un cadet.

Louise, désespérée, avait imaginé d'abord de supprimer ses pensions. Le roi, en 1521, soit défiance, soit jalousie, lui ôta l'un des plus hauts privilèges du connétable, le droit de mener l'avant- garde, de conduire l'armée où et comme il voulait. La trahison eut dès lors un prétexte. Les parlements de Paris, de Provence étaient favorables à Bourbon, il avait pour lui le germe du parti qu'on eût appelé, à une autre époque, le parti de la liberté.

On a voulu ne voir rien de plus que la vengeance d'une femme, dans le grand procès commencé, au nom de Louise, le 12 août 1522, comme héritière des biens de la maison de Bourbon. Sans dire qu'elle n'y fut pour rien, je suis porté à croire qu'il y eut aussi autre chose, qu'un homme, visiblement le centre des mécontents, un cousin de Charles- Quint, parent des Croy, des Gonzague, parut assez dangereux pour qu'on entreprît de le ruiner.

Cette affaire fut un grand coup pour la vieille Anne de

Beaujeu, coupable d'avoir rétabli, contre la volonté de son père, celte dangereuse puissance. Elle en mourut de rage et de dépit.

C'était à rentrée de l'Auvergne, dans le fort château de Gliantelle qui lie l'Auvergne au Bourbonnais, que la maison de Bourbon avait son trésor, ses joyaux. Le premier démembrement allait commencer, la première pierre tomber du grand édifice, grand en lui-même et plus grand comme dernière et suprême ruine du monde féodal. C'était comme une tour qui en restait au centre de la France. J'appelle ainsi la maison de Bourbon. Elle ne pouvait consentir à tomber qu*en se transformant, devenant le trône de France.

Bourbon franchit le pas que, depuis un an, sans nul doute, les Croy l'engageaient à faire; il envoya à Madrid et demanda la sœur de l'Empereur, l'invasion de la France par les Impériaux et les Anglais.

Le 14 janvier 1523, Thomas Boleyn, envoyé d'Henri VIII à Madrid, écrit à Londres qu'on en confère. Les instructions que Wolsey envoie en réponse, reproduisant les motifs que mettait en avant Bourbon, disent c que ce vertueux prince, voyant la mauvaise conduite du roi et l'énormité des abuSy veut réformer le royaume et soulager le pauvre peuple ». Henri VUI, comme Henri Y et la pieuse maison de Lancastre, aurait volontiers travaillé avec Bourbon à cette réforme de la France. Pour amender le prodigue qui dévastait nos finances, un bon conseil de famille allait s'assembler où ne siégeraient que des Français, le Français Charles-Quint (né Bourgogne et Bourbon), le Français Henri VHI (descendu de Philippe le Bel), tous deux venant de saint Louis.

Les juges et les hommes d'épée, brouillés depuis deux cents ans, venaient d'être réconciliés par le roi même, par la cour et la haine qu'elle inspirait: la cour, institution

La Maison de frange, etc. 77

nouvelle, jusque-là inconnue, la cour qui ne voyait qu*elle et méprisait le reste, la noblesse autant que le peuple; une cour de dames surtout, toute place, toute pension donnée dans un cercle de favorites, toute la monarchie devenue le royaume de la grâce. Les parlementaires et les nobles jusque là se disputaient les biens d'Église qu'un semblant d'élection leur donnait ou à leurs valets. Le roi les mit d'accord par son traité avec le pape, donna les écailles aux plaideurs, garda l'huître. Dès lors, toute chose alla au hasard, parfois aux serviteurs utiles, souvent aux femmes aimables. En décembre 1522, au rtiilieu d'un rude hiver, d'une gi*ande misère publique, s'associant à la vive irritation de Paris, les parlementaires essayèrent par remontrances leur révolution timide, tàtërent le roi, envoyèrent des plaintes au chancelier, qui, durement, sans hésiter, mit leurs députés en prison. Le peuple ne bougea pas.

Les parlementaires ainsi repousses^ c'était aux nobles à essayer. Ils le firent en mars. Bourbon était à Paris pour solliciter son procès. On mit en avant un homme pour tâter le roi encore, Jean de la Brosse, qui avait épousé l'héritière de Penthièvre. Les La Brosse suivaient le roi comme son ombre, en réclamant toujours. Dans ce moment critique où l'on put croire qu'il faiblirait, La Brosse reproduit la demande. Le roi reproduit son refus. La Brosse alors s'enhardissant, dit: € Monseigneur, il me faudra chercher parti hors du royaume. — Gomme tu voudras^ La Brosse. » Ce fut la réponse de François !•'.

Elle dut faire plaisir à Bourbon. Beaucoup de nobles se serraient autour de lui, un Saint-Yallier, un Escars, un La Vauguyon,un Lafayette, entre autres.

La fille de Saint- Vallier, savante, accomplie (de grâce, sinon de cœur), la fameuse Diane de Poitiers, déjà fort en renom, avait épousé Louis de Brézé, petitfils de Charles VU et d'Agnès Sorei. Saint- Vallier, capitaine de cent gentils-

hommes de la maison du roi, avait, par cette charge, des occasions faciles de tuer ou de livrer son maître.

Le duc partit, mais non pas seul ; toute la noblesse le suivit.

Bourbon prit pour quitter Paris un prétexte fort populaire, celui de donner la chasse aux bandits du Nord qui empêchaient les denrées d'arriver.

A Paris même où le roi était en personne avec la cour, il y avait tumulte, des rixes et des batteries, des gens tués.

La trahison. — Depuis le mois de mai, Bourbon négociait avec l'Espagne et l^ngleterre.

Trop en vue à Moulins, au milieu de sa cour, il allait souvent en Savoie et en Bresse ; et c'est de là qu'il écrivait, là qu'il recevait les agents étrangers qui n'eussent pu pénétrer en France.

Les difficultés étaient celles-ci. L'Empereur et l'Angleterre avaient deux intérêts contraires. Et le parti français qui soutenait Bourbon en avait un troisième. Comment les concilier?

L'Empereur, avec sa sœur, eût donné deux cent mille écus d'or, mais après que Bourbon aurait agi. Sa défiance ajournait, retenait justement ce qui donnait moyen d'agir. . L'Anglais, non moins déraisonnable, eût payé sur-lechamp, mais à condition qu'il le reconnût roi de France, à condition qu'il se brouillât avec l'Empereur et avec la France même.

Bourbon, pour n'avoir pas de maître, s'en fût volontiers donné deux. Il semble qu'il ait cru faire deux dupes qui feraient la dépense, pour qu'il eût le profit. Le roi détrôné ou tué, le Parlement eût déclaré sans doute que la France voulait un roi français.

On promit à Bourbon qu'avant le 1°' septembre on agirait de tous les côtés à la fois.

Le 6 septembre, les Espagnols entrent en France.

Les Anglais, à Calais, restent inactifs. Les Allemands; déjà loin vers l'ouest, rétrogradent un moment vers Test, |)our n'agir pas trop tôt,

La conduite de François P' est étonnante. Dans un si grand danger, il regardait vers l'Italie. Il y appelait sa noblesse. Sa folie lui tourna bien. En appelant ce qu*il avait de force vers les Alpes, il traversait le Bourbonnais. Dans ce passage continuel de la gendarmerie française, Bourbon ne pouvait éclater. Il lui fallait attendre que le roi eût passé les monts pour se lever derrière, lui couper le retour, le tenir, l'écraser, entre la révolte et l'ennemi.

Autre chose qui servit le roi. Il n'avait pas d'armée soldée. Il avait envoyé faire des levées en Suisse. Il fallait bien attendre. Donc, il allait à petites journées, et, sans le savoir, par cette lenteur, il désolait Bourbon, qui avait cru le voir partir en août. Cela obligeait celui-ci à jouer la plus triste comédie : il s'alita, contrefit le malade.

Le roi n'était encore qu'en Nivernais, quand il reçut de sa mère la lettre la plus effrayante : c Un des plus gros personnages et du sang royal vouloit livrerTEstàt; et même ily avoit dessein sur la vie du roi. > La reine avait dans ses mains deux gentilshommes normands, nourris dans la maison de Bourbon, qu'un agent de la conspiration y avait engagés. Épouvantés des maux qui pouvaient frapper le royaume, ils s'en étaient confessés, en autorisant le prêtre à avertir Brézé, le sénéchal de Normandie. Brézé était le gendre de Saint- Vallier, l'un des plus compromis. Cependant il envoya les deux hommes à la reine.

Le roi dans le Bourbonnais. — Le roi n'avait que quel»

(jues cavaliers, et justement une compagnie très suspecte. H allendit pour avancer qu'on lui eût amené des lansque- »els. Il entra alors à Moulins, mit ses soldats aux portes, ^t alla loger chez le duc.

Le faux malade, interrogé, n'osa nier cette fois. Il avoua

que l'Empereur lui avait fait des ouvertures, et dit qu'il n'avait rien voulu écrire, mais attendre le roi pour révéler tout.

Le roi fit semblanl de le croire, le rassura, lui dit qu'il n'avait rien à craindre du procès, que, gagnant, perdant, on trouverait moyen qu'il n'y eût point dommage. Il ajouta i;aiement : a Je vous emmène en Italie, et vous y aurez l'avant'garde, comme à Marignan. » Le malade demanda quelques jours, ne pouvant supporter encore le mouvement de la litière. Le roi partit, emportant une vaine promesse écrite, et lui laissant un écuyer c pour l'informer de sa santé. »

Ce surveillant l'incommodait. Il l'écartaense mettant en route, et l'envoyant au roi. Le roi renvoya l'écuyer. A la Palisse, le malade fit le mourant ; les cris, les pleurs des serviteurs, rien n'y fut épargné. L'écuyer, réveillé par cette *nusique lamentable, se laisse encore tromper, et part pour avertir le roi. Bourbon, du lit, saute à cheval, et court, hride abattue, à son château de Chantelle qui lie l'Auvergne au Bourbonnais et où la maison de Bourbon avait ses trésors, ses joyaux. Il apprenait que le Parlement, ayant la main forcée par la dénonciation, ordonnait de saisir ses fiefi.

Bourbon s'enfnit et passe aux ennemis (septembre

1523). — Quatre mille hommes marchaient vers, Chantelle. Bourbon s'enfuit dansla nuit du 9 au 10 septembre, galopa au midi, prit l'habit de varlet, ferra ses chevaux à rebours, n'emmenant avec lui qu'un homme, Pompéran, vêtu en archer. Il resta en Comté près de trois mois : personne ne s'en doutait. Ses amis le cherchaient partout.

Les alliés avaient cru sottement n'attaquer qu'un roi. Ils trouvèrent une nation.

Du moins, la France féodale^ la France communale, s'unirent et s'accordèrent pour repousser l'ennemi.

liM Angolais en Picardie. — Le grand danger était au nord, où 15000 Anglais étaient aidés de 20000 impériaux. A cette masse énorme, la Trémouille opposa la valeur des Gréquy et autres gentilshommes, la furieuse et désespérée résistance des pauvres communes, suffisamment instruites de ce qu'elles avaient à attendre par les atroces ravages de Nassau en 1521.

Tout cela n'eût pas suffi sans les dissentiments des alliés. Hais Wolsey et son maître voulaient des choses différentes. Henri ne voulait pas qu'en pleine automne, et les routes déjà gâtées, on pénétrât en France. Il voulait un second Calais, prendre Boulogne, rien de plus. Mais ce n'était pas là l'intérêt des impériaux ; Marguerite d'Autriche voulaitlcs places de la Somme, la Picardie. Wolsey était de ce parti, étant à ce moment l'homme des impériaux et leur dévoué serviteur.

Le pape Adrien VI était mort le 14 septembre; Wolsey innocemment croyait qu'ils travaillaient le conclave pour lui. L'Empereur, qui avait vu l'insistance des Anglais à stipuler la royauté de France, n'eut garde de faire un pape anglais qui eût employé son pouvoir à replacer son roi au Louvre. Il fit nommer un Médicis.

Cette nouvelle tomba sur Wolsey au moment où malgré son maître il suivait les impériaux, et faisait leurs affaires en France, prenant pour eux la Picardie. L'hiver étau épouvantable ; les hommes gelaient, perdaient les pieds, les mains; mais on allait toujours. Tout à coup, les Anglais tournent bride et partent. « Il fait trop froid, écrit Wolsey à l'Empereur; ni homme, ni bête n'y tiendrait. Et vos Allemands, qui venaient du Rhin, sont maintenant dispersés.»

Jogement des partisans de Bourbon. — Le roi, en ce

moment critique, était très affaibli. Il demandait justice au Parlement qui fermait l'oreille. Des députés des parlements

de Rouen, Dijon, Toulouse et Bordeaux, furent mandés, pour revoir la procédure, et n'eurent garde de parler autrement que ceux de Paris. Toute la robe était liguée.

La seule justice qu'il y eut, ce fut la sentence de Saint- Vallier, et le roi paraît ne l'avoir obtenue qu'en promettant qu'il ferait grâce sur l'échafaud.

Lui-même s'était montré flottant dans cette affaire. D'abord il mit à prix la tête de Bourbon, puis s'adoucit sur une visite que lui fit la sœur de Bourbon.

Pour Saint- Vallier, de même, il varia. D'abord il s'emporta, dit qu'il tuerait ce traître, homme de conflance et de sa garde même, qui voulait le livrer. Puis il le fit juger, et se contenta d'un simulacre de supplice.

siort de Bayard (1524). — Mais, pendant ces intrigues, que devient l'armée d'Italie? Elle passa six mois sous le ciel, au pied des Alpes, consumée de misère, usée de maladies, refaite par de petits renforts. Elle se soutenait par nos réfugiés italiens ; nous en avions beaucoup, Pisans, Florentins, Bolonais, Génois, Napolitains, d'autres de Rome et de Pérouse. Le chef était un Orsini,le Romain Renzo de Cere, vaillant soldat, qui tout l'hiver assiégea Ârona. Au printemps, l'ennemi se trouva fortifié de six mille Allemands que Bourbon était allé chercher, avec l'argent de Florence et du pape. Â l'arrière- garde, Bonnivet combattit bravement jusqu'à ce qu'il fût blessé. Le pauvre chevalier Bayard, malade de ce cruel hiver, soutenait le poids du combat, quand une balle lui cassa les reins, c Jésus! dit-il, je suis mort... > On le descendit sous un arbre, et personne ne voulait le quitter, c Allez-vous-en, dit-il, messieurs, vous vous ferez prendre. i> Un moment après, passa le vainqueur, le connétable, qui dit « que c'était grand'pitié d'un si brave homme. > A quoi le mourant répliqua ces propres paroles : « Monseigneur, il n'y a porntde pitié en moy; car je meurs en homme de bien. Hais j'ai pitié do vous, de vous

?oir servir contre vostre prince et vostre patrie et vostre serment. »

Bourbon et les impériaux en Provenee. -» BourbOQ

goûtait déjà les fruits amers de sa défection. Son maître, TEmpereur, venait de le récompenser en le subordonnant â un de ses valets, Lannoy, l'un des Croy, le vice-roi de Naples, un Flamand sans talent.

Le voilà, cet homme si fier, attelé sous Lannoy à deux bêtes de proie, le féroce Espagnol Antonio de Leyve, expalefrenier, et l'intrigant Pescaire, espion et dénonciateur de tous les généraux. Italien traître à l'Italie, cherchant de tout côté à pécher en eau trouble. Rivé ainsi entre ces gardiens, envieux, désireux de le perdre, il regardait vers rAngfleterre. Mais Wolsey, refroidi, disait qu'il n'aurait pas un sou s'il ne jurait fidélité au roi d'Angleterre et (2^ France, c'est-à-dire s'il ne se perdait auprès de l'Empereur, auprès de la France même et n'y détruisait son parti.

Etrange situation. Il entre en France, menant l'armée impériale, exige des Provençaux qu'ils fassent serment à Charles-Quint, et lui-même en secret il fait serment à Henri VIII. Le 9 août, il entra dans Âix. De là il eût voulu aller directement en Dauphiné, prendre Lyon et le Bourbonnais. Une fois là, il était chez lui, il y frappait la terre en maître, la soulevait, entraînait ses vassaux et la France r^otrale pour emporter Paris.

Qui empêcha la chose? François P'? Non, Charles- Quint. Les Espagnols lui signifièrent froidement qu'il ne s'agissait pas d'avancer, que l'Empereur voulait Marseille, port excellent, commode, entre l'Espagne et l'Italie. Us le retinrent frémissant sur la grève.

Les impériaux promirent Marseille à leurs soldats, leur montrant que toute la Provence s'y était réfugiée, qu'un immense butin y était entassé.

Le siège traîna. Et la population inflammable de Marseille prit un ardent élan de guerre, les femmes comme les hommes. Si elles ne combattirent, elles travaillèrent aux retranchements. L'unanimité de la ville imposa aux défections. Et pendant que Bourbon attendait des parlementaires, des propositions, des paroles, il ne reçut que des boulets. Bourbon s'arracha de Marseille (28 septembre 1524). On partit, mais déjà serré en queue par les Français, qui, au Var, atteignirent, détruisirent Tarrière-garde. L'armée n'arrêta pas.

Cette retraite semblait un carnaval de bohèmes déguenillés.

Cruanté de €hariea-Qaint. -rCharles-Quint avait bien mérité son revers. Il avait à la fois lancé et retenu Bourbon, le faisant combattre lié, entravé, à la chaîne. Dans l'affaire toute récente des CommuneroSy il ne confirma pas uneseule des grâces promises par ceux qui l'avaientfait vainqueur. Il envoya à la potence des hommes à qui les royalistes garantissaient la vie sur leur honneur. Cruel renversement des idées espagnoles, et qui accusait hautement un gouvernement étranger! Le roi, source sacrée de l'honneur et de la grâce, tache l'honneur des siens, ne fait grâce à personne ; il survient après la victoire, et pour se montrer seul cruel I

Les grands de son parli étaient plus irrités que d'autres. Il laissait à leur charge ce qu'ils avaient avancé pour lui dans la guerre des Communeros. Le connétable de Castille lui disait : c Pour vous avoir gagné deux batailles en deux mois, payerai-je les dépens? > Cette risée sortit le jeune Empereur de sa réserve habituelle. Il lui échappa de dire : « Mais, si je te jetais du balcon? — Je suis trop lourd; vous y regarderiez, » dit en riant le vieux soldat.

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