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CHAPITRE VI

BATAILLE DE PAVIE. — CAPTIVITÉ DE FRANÇOIS I"'. — MORT DU CONNÉTABLE DE BOURBON. — PRISE ET SAC DE ROME PAR LES IMPÉRIAUX.

François I*' en Italie. Prise de Slllan. Siège de

PaTie. — La retraite des impériaux faisait au roi une situation admirable. Toute la noblesse de France était venue comme à un rendez-vous d'honneur, pour témoigner sa loyauté ; elle était enivrée, fière, de se voir si grande, et (chose rare) complète. Une formidable infanterie suisse avait rejoint le roi.

Les Anglais ne menaçaient pas. Le roi alla donc en avant, sans attendre sa mère, qui venait pour le retenir.

Il passa sur trois points ; en dix jours, v^ette armée énorme se trouva de l'autre côté des Alpes. Là, toute la difficulté fut de découvrir les impériaux; ils s'étaient dispersés, cachés dans les places fortes. Le roi arriva à Milan. Les Milanais, qui n'étaient pas d'accord entre eux, avaient appelé à la fois le roi et les impériaux. Le roi ne les traita pas moins bien. Il arrèla toute l'armée aux portes, et d'abord ne laissa pas entrer un seul soldat sauvant ainsi la ville, ce ne fut que le lendemain que, refroidies, calmées, sous la ferme conduite du vieux et respecté la Trémouiile, les troupes entrèrent en grand ordre.

L'effet moral de la prise de Milan était très grand. Ve-

nise, le pape et les petits États devaient dès lors compter avec le roi. Restait à trouver les débris de Tarinée impérialey à les forcer de place en place. La bande la plus forte sous Antonio de Leyve, était enfermée dans Pavie. Le roi alla l'y assiéger (28 octobre 1534).

Il resta là quatre mois, amusé par les ingënieurSy qui tantôt canonnaient, tantôt piochaient pour détourner le fleuve, voulant prendre la ville par le côté où les eaux la gardent. Rien ne réussissait. Ce roi, vif et impatient de sa nature, cette fois paraissait peu pressé. Celte si longue campagne d*hiver c où son armée logeait à Tauberge de l'étoile, 1 c'est-à-dire sous le ciel, il s'y résigna merveilleusement. Pourquoi?!! s'amusait, donnant tout au plaisir, rien aux affaires. Un hiver d'Italie, passé ainsi, lui semblait assez doux.

L'intérêt était grand pour les hommes de François P' de faire que leur maître fût bien. Ils gagnaient gros à cette guerre oisive, comptant au roi une infinité de soldats qui n'existaient qu'en chiffres, des Suisses, des Allemands de papier, qui n'en mangeaient pas moins, n'étaient pas moins payés. Ses généraux étaient gens très avides; tous suivaient leur exemple. Le roi, qui s'amusait, dormait, sur la foi de ses chers amis, était rongé et dévoré, sans s'en apercevoir, en danger même, il y parut bientôt.

L'armée fondait, sans qu'il le vit. Les hommes mouraient de froid et de faim. Une poule coûtait dix francs d'aujourd'hui. Les seigneurs, sans feu ni abri, venaient à ses cuisines. Il apprit coup sur coup que quatre corps avaient été surpris et p^levés, et cela ne l'éveilla pas. Quelques milliers de Suisses allaient venir, et il les attendait, sans même rappeler ses dix mille hommes envoyés au midi.

Ses ennemis faisaient un grand contraste.

Pescaire montra une vigueur extraordinaire. Il contint tout à la fois généraux et soldats.

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Aux Allemands, il dit qa'il s'agissait de sauver leurs frères allemands enfermés à Pavie.

Bourbon arrivait d'Allemagne. Sa rage et sa fureur pour sa fuitede Provence lui avaient fait des ailes. Plus dur au brigandage que les vieux brigands italiens, il sut se faire de Taisent, il prit des bijoux; il porta l'écrin de la duchesse aux usuriers d'Allemagne.

Défaite de PaYie. Le roi prisonnier (février 1525).

— Pescaire cependant, avec ses agents italiens, travaillait habilement l'armée du roi, attirait des transfuges, décidait des défections. Un peu alarmé, le roiunit son camp, jusquelà divisé, et se fortifia. Il se croyait couvert par les faibles murailles du grand parc de Mirabella. La nuit du 8 février Pescaire y envoie des maçons qui, en une heure, en abattent trente brasses. En avant, son neveu du Guast et six mille fantassins, mêlés des trois nations, marchaient droit sur Mirabella. Après venait Pescaire, qui s'était réservé la masse des Espagnols pour le principal coup. Il avait donné larrière-garde aux Allemands, conduits par Lannoy et Bourbon.

Ceux qui marchaient en avant, passant sous les boulets français, doublèrent le pas.

Le roi, avec ses grands seigneurs, soutint quelque temps la bataille avec une vaillance qu'admirèrent les ennemis. Deux fois blessé, au visage, à la cuisse, et la face pleine de sang, sur un cheval percé de coups, il voulait gagner un pont. Le cheval s'abattit, il tomba dessous, et deux Espagnols arrivaient dessus pour le prendre ou le tuer. Mais à Hastant il y eut là à point un groupe de Français, dont l'un mit l'épée à la main pour le garder des Espagnols. C'était justement Pompéran,cedouteux personnage qui avait mené Bourbon hors de France, s'était ensuite rallié au roi pour rejoindre ensuite Bourboa. Un autre était son secrétaire naême et très intime agent, la Mothe-Hennuyer. Ils lui di-

rent de se rendre au connétable, ce qu'il refusa. On appela Lannoy, qui accourut, et qui, lui donnant son épée, reçut celle du roi à genoux.

Captivité de François I*'. — Cet homme, étourdi en bataille, fut en captivité plus fin qu'on n'aurait cru. Il ne s'était rendu qu'à Lannoy, l'homme de l'Empereur. Cela le servit fort. Il caressaaussi Pescaire. Celui-ci, parfait courtisan autant qu'habile capitaine, se présenta en deuil. François P', soit sensibilité, soit flatterie pour les Italiens, qui devinrent en effet Tépine de Charles-Quint, traita Pescaire en roi futur de l'Italie et se jeta dans ses bras.

Sa parfaite dissimulation parut le soir, au moment amer où illui fallut recevoir le connétable de Bourbon. Geloi-ci se montra modeste, présenta ses devoirs et offrit ses services. Le roi l'endura et lui fit bon visage. Un auteur assure même qu'il l'invita à sa table avec les autres généraux.

La fameuse lettre à sa mère, qu'on a toujours défigurée, témoigne assez de son abattement : c De toutes choses, ne m'est demeuré que l'honneur et la vie, qui est sauve. >

Le plus triste, ce sont ses lettres àCharles-Qaint. Elles étonnent de la partd'uu homme aussi spirituel. Elles sont d'une bassesse impolitique.

Ce héros de théâtre, dégonflé, aplati, parut ce qu'il était, un gentilhomme poitevin de peu d'étoffe.

D'abord, il se mit à jeûner et faire maigre.

Au souffle tiède d'un printemps italien, la poésie remplaça la dévotion. Le roi, à travers ses barreaux, avait regardé la campagne lombarde, le paysage si frais, si charmant en avril, et sublime, de Pavie aux Alpes, et il s'était mis à rimer une idylle virgilienne.

Ce que François P"" eût vu, s'il n'eût été myope, c'était l'impuissance et la pauvreté de l'Empereur, la jalousie de

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TAngleterre, la fermentation des Pays-Bas, les ressources faciles qu'avait la France en elle et dans ses alliés. Demain Soliman, Henri YIII, allaient armer. Mais le jour même, une amitié plus prompte, une épée plus rapide se déclara pour lui. Le petit duc de Gueldre ramassa six mille hommes et se jeta sur les Pays-Bas ; Marguerite d'Autriche qui ne pouvait lever un sou, et se mourait de peur entre rinvasionel la révolution, agit fortement à Madrid et arracha de Charles-Quint l'autorisation d'une trêve. Bourbon, eu haine de Pescaire, eût volontiers tourné le dos à Charles-Quint. Il s'offrait aux Anglais.

Pescaire, vrai vainqueur de Pavie, traitait avec son mailre. Si l'Empereur était ingrat, il avait une chance, il pouvait espérer au désespoir de l'Italie. Elle s'était donnée presque à César Borgia; pourquoi pas à Pescaire?

Quanta Lannoy, il s'était fait le confident de François P'. Il avait sa sœur mariée en France, et, comme Flamand; il était au point de vue de Marguerite d'Autriche, craignant fort pour la Flandre, voyant les Pays Bas en pleine révolution, et très impatient de réconcilier les deux rois.

La chose n'était pas facile. Le jeune Empereur qui en publicavait affiché une modération toute chrétienne et défendu même les réjouissances, dans une lettre à Lannoy, écrite de sa main, montre à quel degré d'infatuation ce bonheur inouï avait mis son esprit.

Il veut 1" les provinces du Nord, la Picardie, la Somme, avecla suzeraineté d'Artois et de Flandre; 2"* l'Est, la Bourgogne; 3® le Midi, la Provence pour Bourbon, qui reprendra de plus ses fiefs ducentre, Auvergne, Bourbonnais, etc. Est-ce tout? Non. On fera droit aux prétentions d'Henri YIII; il est vrai, réduites : la Normandie, la Gascogne et la Guienne, — plus l'Anjou, province centrale, qui disjoindra la Bretagne et la France.

Une affaire préalable, c'était d'avoir vraiment le prison-

nier, de le tirer des mains de l'armée, de le mettre dans celles de Cliarles-Quint, en le transportant en Espagne.

On le transfère en Espagpne (juin 1525). SItaÀtlon

de i*Europe. — Le gardien et le prisonnier conspirent ensemble. Le roi prête même ses galères au transport. On part pour Naples, on arrive en Espagne (23 juin 1525). Bourbon, Pescaire, sont furieux :

Une révolution immense semblait éclater en Europe. Une? Non; mais vingt, de causes différentes, de caractères plus différents encore.

En Allemagne, c'est la sauvage révolte des paysans de Souabe et du Riiin.

Nos ouvriers de Heaux sont entrés ardemment dans la révolution religieuse.

Les ouvriers en laine d'Angleterre se révoltent en même temps, mais sans lever encore le drapeau de la Réforme.

La plus étrange révolution est celle qui couve en Italie, non des villes, non des campagnes, mais une révolution de princes, celles des souverains ruinés, désespérés, contre le brigandage des impériaux.

Même en Turquie, révolte. El c'est ce qui retarde ladiversion de Soliman en faveur de François !•'.

Charles-Quint, à lui seul, se trouvait avoir sous les pieds trois ou quatre révolutions. Mais la plus grave pour lui, la plus immédiate, celle qui le paralyse, et qui réellement aida d'abord à nous sauver, c'était celle des Pays-Bas Révolution fmancière et reli$?ieuse, où ces peuples, sacrifiés depuis cent ans à la politique étrangère, recouvraient leur sens propre, s'éveillaient, réclamaient liberté d'industrie etde conscience.

Charles-Quint ne pouvant faire la guerre à la France, la fuisait au prisonnier. Il ne faut pas croire là-dessus les historiens espagnols. Il suffit de voir les affreux logis où le roi fut claquemuré. A Madrid, c'était une chambre dans

une tour des fortifications. Petite, horrible cage, avec une seule fenêtre à double grille de fer, scellée au mur des qualre côtés. La fenêtre étant haute du côté de la chambre, il faut monter pour voir le paysage, l'aride bord du Mançanarez ; sous la fenêtre, un abîme de cent pieds, au fond duquel deux bataillons faisaient la garde jour et nuit.

Jeune, fort et sanguin, chasseur infatigable et toujours à cheval dans nos forêts de France, voilà tout à coup François assis et cul-de jatte. Cinq pas en long, cinq pas en large. Vivre là; mourir là; être enterré d'avance, se sentir clos et déjà dans la pierre !

Cet état fut au comble lorsqu'il sut la réponse qu'un confident de l'Empereur avait faite à sa mère. Le sens était qu'oQ n'avait que faire d'elle pour s'emparer de l'Italie, ni de François I®' pour épouser la sœur de Charles-Quint, et pour l'offre qu'elle fait de sa fille, on ne daigne même en parler.

Le cercle est fermé, sans espoir. Le roi restera là, ou satisfera l'Empereur, Henri VIII et Bourbon ; il partagera la France.

François ne trouva aucune force contre son malheur. Il tomba malade, et appela sa mère pour la voir encore.

Elle ne pouvait quitter. Elle envoya sa fille.

Charles-Quint ne se souciait aucunement de cette visite, n comprenait fort bien que, si les Espagnols s'intéressaient déjà au prisonnier, le dévouement de sa sœur, son adresse, allaient augmenter infiniment cet intérêt. Jusquelà, il tenait son homme, pouvait le resserrer dans l'ombre, exploiter son captif. Mais, si elle arrivait, la lumière se faisait, tout éclatait, les cœurs émus allaient se soulever, et l'Espagne elle-même arracher la clef du cachot.

D'autre part, l'homme était malade. S'il mourait, tout était perdu. On tira donc de son geôlier un sauf-conduit, mais vague, peu rassurant, pour la personne qui le visite-

rait. On hasarda d'envoyer Marguerite. Elle partait un peu à la légère, sans autre garantie qu'un mot obscur qui, rétracté, interprété, la faisait prisonnière. Elle allait, par un long voyage, aux mois ardents, fiévreui d'Espagne, chercher un jeune prince fort dur, à qui sa mère l'offrait à la légère, et qui n'avait daigné répondre. On la sacrifia (comme toujours). El elle-même le voulait ainsi. Sa tendresse pour son frère, accrue par le malheur, éclate, dès Pavie, dans ses lettres et ses vers.

Sfari^aeriie A Madrid. — La mère, la sœur, craignaient infmimenl pour le cher prisonnier. Le 18 septembre, quand Marguerite arriva, on désespérait de lui.

La France tout entière et la patrie entra avec elle dans cette chambre, le charme de la famille, de Tenfance et des souvenirs. Elle ne craignait pas pour le roi une émotion religieuse; elle fit dresser un autel, dire la messe, et communia avec lui de la même hostie.

11 était beaucoup moins malade qu'on ne croyait. Sa vigueur de jeunesse se réveilla par le bonheur. De corps, de cœur, il s'était vu lié, serré, et, dans cette constriction, il avait cru mourir. Une véhémente expansion, et morale, et physique, eut lieu dans tous les sens. Sa sœur, en quinze jours, fit ce miracle.

Il est visible qu'à Madrid, pour tirer d'elle des lumières, des renseignements sur les secrets alliés de la France on l'avait leurrée d'espérances qui s'évanouirent, lorsqu'à Tolède elle se trouva devant le conseil d'Espagne et le violent chancelier Gatlinara.

Le 5 octobre, elle parut devant le conseil impérial avec les envoyés de France. Galtinara y perdit toute mesure. Sans égard à la situation de la princesse et des Français, le furieux Savoyard parla comme jamais n'eût osé l'Empereur. Il cria, menaça.

Il voulait d'abord avoir la Bourgogne, il lui fallait la Pi-

cardie, la Somme. Gatlinara nous mît le genou sur la gorge, et traita sans ménagement la femme faible et passionnée qui avait cru sauver ce qu'elle aimait.

Lannoy, assez embarrassé, lui conseille doucement d'aller voir l'Empereur. Elle répond qu'elle n'ira pas sans y être invitée; que, si l'Empereur veut lui parler, on la trouveradans tel couvent. Elle y attend depuis une heure après midi. A cinq heures^ elle attend encore. On la laisse se morfondre là. L'Empereur va et vient, à la chasse, en pèlerinage, et que sais-je ! Partout. Elle, fort délaissée, elle tue les journées à errer de couvent en couvent.

La profonde irritation de François I*', son aigreur et son amertume sont visibles dans les sèches réponses qu'il fil le 10 octobre aux dernières propositions de l'Empereur.

Il fît dire par son médecin que l'Empereur ferait beaucoup mieux de prendre l'argent qu'on offrait, avarU qm «0» prisonnier ne fût mort,

11 lui flt savoir encore qu'il était déterminé à user ses jours en prison et à faire couronner le Dauphin.

Le roi abdiqua (novembre); et sa sœur emporta l'abdication. Il semblait que toute la terre, de l'Irlande à l'Arabie, s'émût pour François P^ De l'Asie, de l'Arabie, de l'Egypte, cent tribus barbares venaient à l'appel du Sultan, qui, disait-il, allait marcher à la délivrance de son frère, le rot des Francs.

François I'' populaire en Espagne. — Hais nul pays ne

se déclarait pour lui plus vivement que l'Espagne. Dès son arrivée, en juin, tout le pays de Valence s'était précipité pour le voir. Le peuple du Cid et d'Àmadis courait avidement voir un héros vivant.

Le caractère espagnol, d'une ardente générosité, se révéla mieux encore quand la princesse suppliante fut si durement traitée.

La perfidie de Bourbon, qui avait eu l'affreux succès de

faire son maître prisonnier, les mettait hors de (oute mesure. Quand il arriva en Espagne, il se fit autour de lui un désert. Pas un homme ne lui dit un mot. Et TEmpereur ayant prié un des grands de l'héberger : c Je ne puis refuser, dit-il, ma maison à Votre Majesté. J'en serai quitte pour la brûler le lendemain. >

Ces dispositions admirables, si touchantes, du peuple espagnol, étaient bien propres à soutenir le courage du roi. Cependant, sa sœur partie, les jours traînant, la saison attristée ne montrant plus au prisonnier que la plaine grise de Madrid, il commença à se trouver moins bien et à retomber.

Le Parlement de Paris avait montré une extrême mauvaise humeur. Une grande partie de la noblesse tenait fortement pour Bourbon.

Il est vrai que le peuple avait des sentiments contraires. La bravoure et le malheur de François h' l'avaient ramené. Sauf Paris, fort hostile, la France fut émue. Elle se crut prisonnière en lui, et, quand madame d'Alençon arriva en Languedoc, elle fut entourée, de ville en ville, par la foule des bonnes gens qui demandaient des nouvelles du roi, et l'écoutaient en pleurant.

L'objet de ce culte pieux jouait alors un rôle étrange. Il avait pris son parti d'en sortir par un parjure. Il commençait à jouer la farce du traité de Madrid.

Voyons ce qu'était ce traité. Le roi renonçait à l'Italie, donnait la Bourgogne, épousait la sœur, rétablissait Bourbon, abandonnait ses alliés. Il livrait ses fils en otage, et, si le traité n'était exécuté, il rentrait en prison.

Le matin du 14 janvier, où il devait signer et jurer, il protesta secrètement par-devant notaire, établit par acte authentique qu'il allait faire un faux serment.

Le plus avilissant, c'est qu'il lui fallut soutenir la comédie pendant trois mois (du 15 décembre au 15 mars").

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L'Empereur Tétudia, l'observa. Sans le lâcher, et le menant toujours entre des geas armés, il le mit en rapport ftvec ses dames et sa famille. Il lui fit voir la veuve de Portugal, sa future femme, fort brune, bonne personne, à grosses lippes autrichiennes ; et, pour développer ses grâces, il lui fit danser devant le prisonnier une sarabande moresque. Le roi riait de la sœur et du frère, faisait le galant, Tamoureux.

On assure que ni Marguerite d'Autriche ni le chancelier Gattinara n'approuvèrent le traité. Les garanties matérielles y manquaient certainement. Mais Charles-Quint, c'est la seule excuse politique qu'on puisse lai trouver, en attendait un résultat moral, très important, s'il eût élé atteint : lavilissement durable du roi et de la France, placés dans ce honteux dilemme de sottise ou de déshonneur.

Traité de Madrid (1526). — Gattinara jura qu'il ne signerait pas. Charles-Quint prit la plume, signa lui-même.

L'échange eut lieu à la Bidassoa, dans une barque, au milieu de la rivière. Le roi y sauta, mit ses deux enfants à sa place, et, sur le bord français, monta un cheval turc, plein de feu, qui, d'un tourbillon, le porta à Bayonne.

Boorbon à Htlan. — Bourbon, envoyé par TEmpereur, en Italie pour remplacer Pescaire, y trouva une armée étrange, nullement impériale. Tout le monde avait perdu la tète, même Venise, qui croyait recruter en Suisse, y perdait son argent.

Quand Bourbon arriva à Milan, il y eut une lueur d'espérance. Ce qui restait de notables vint embrasser ses genoux et demander grâce pour la ville. Il répondit avec douceur que tout cela n'arrivait que par défaut de solde, que s'ils pouvaient seulement payer un mois, trente mille ducats, il emmènerait l'armée ; il leur en donna sa parole. Trente mille ducats à trouver dans cette ville ruinée ! On y parvint pourtant. Et les soldats restèrent !...

96 ABRfiGC D'HISTOIRE DE FRANCE.

Bourbon avait sauvé et rançonné Morone, conGdent de Pescaire, le premier intrigant de l'Italie. Ce Morone lui parut si rusé, si pervers, qu'il le prit avec lui, en fit son homme, son conseil. Il ne voyait plus clair dans la situation, il demanda à Morone où il fallait aller. U répondit : c  Rome! >

Hais il fallait y arriver. Et ce n'était pas chose simple, à travers tant de villes fortes, sans cavalerie et sans canons, ayant en queue une armée italienne, appuyée de quelques Français, plus tard de Suisses.

Aussi Bourbon, entre Ferrare et Plaisance, eût voulu rester là. Et plus tard, en Toscane, il eût voulu rester encore. Mais le duc de Ferrare, très impatient de l'éloigner, l'aidait et le payait pour aller en avant, le poussant au midi, et lui disant : c A Rome! >

Bourbon y va fatalement; il ne peut plus ne pas y aller. Cette armée décrépite des bourreaux de Milan n'est plus que l'accessoire d'une grande force vive, furieuse avalanche humaine, qui vient de rouler des Alpes, poussée du vent du nord, et qui, sous forme d'armée, n'est pas moins que la révolution allemande.

Nous ne pouvons conter la guerre des paysans, le dur et sombre événement qui fut comme un avortement de Luther.

Georges Frondsbei^. I«ea aaxtliaires allemand»* —

De cette grande révolution, mille éléments restaient d'un6 fermentation indomptable, une flamme qui devait brûler ou se brûler. Le furieux chaos de misères et de haines, d'implacables douleurs, se rallia autour d'un vieux soldai Georges Frondsberg, figure sanguine, apoplectique, populaire par l'emportement, en qui grondait la colère des foules. Il avait apparu à Worms à côté de Luther, à Pavie pour prendre le roi, ami du pape. Il voulait cette fois faire une bonne fin et aller droit en paradis en étranglant le pape.

BATAILLE DE PAVlfc. 97

Les Vandales et les Goths revivaient, mais plus âpres, avec un amour consciencieux, de gâter, brûler, ruiner. Les Espagnols étaient trop paresseux, les Allemands ne relaient pas.' Ils ne quittaient pas un gîte sans l'incendier.

Les Allemands allaient à Rome, non ailleurs. C'est ce qu'on ne comprit pas.

Le pape, qui avait de bonnes et amicales lettres de l'Em* pereur, qui avait une trêve avec le vice-roi de Naples, ne craignit que pour la Toscane, pour le patrimoine des Médicis.

Il avance cependant, ce Bourbon, volontairement ou non, on ne sait, mais il avance avec son immense cohue, dispersée pour les vivres sur un vaste pays. Nul n'ose en proûter. Le duc d'Urbin, qui le suit avec des Italiens, attend les Suisses pour combattre; puis, quand il a les Suisses, il attend autre chose.

Henri VIII fait aumône au pape. La France donne à peine le quart de l'argent promis, quelques cents lances, des galères percées qui ne naviguent pas. Le pape se rassure par la trêve, par la présence du vice-roi Lannoy qu'il fait venir, par les lettres respectueuses qu'il reçoit de Bourbon lui-même.

Bourbon trompe le pape, et le vice-roi, et tout le monde.

Tout à l'heure, Clément VII était un conquérant, il voulait prendre à Charles-Quint le royaume de Naples. Maintenant que le danger approche vraiment grand et terrible, il se ressouvient qu'il est pape, inviolable; il se rassure et licencie ses troupes.

Tout à coup, Bourbon, jusque-là assez lent, prend sa course, laisse tout, bagage, artillerie. Son infanterie marche sur ftome plus vite que la cavalerie alliée qui veut le suivre. Rome est le prix de la course. Mais la fureur, la haine, l'attente du pillage, donnent des ailes aux gens de Bourbon. Les Allemands vont donc entrer dans Babylone,

H. DE Fa. Temps modernes. ii. — 6

metlre la main sur rAntichrist! Les Espagnols râvir un trésor de mille ans, saisir la dépouille du monde ! Le pape, quelque peu effrayé, essaye de réarmer.

Bourbon dewant Rome. Il est tué (6 mai 1527). —

Le 5 mai, Bourbon, campé dans les prés de Rome, envoyait un message dérisoire pour demander à traverser la ville; il allait, disait-il, à Naples. Le 6, un brouillard favorise l'approche; il donne l'assaut. Les Allemands y allaient mollement. Lui, qui dans un tel crime doit réussir au moins, il saisit une échelle et monte. Une balle Tatteint, il se sent mort : « Couvre-moi, » dit-il à Jonas, un Auvergnat qui ne Ta pas quitté. L'homme lui jette son manteau.

Prisé et aae de Rome. — La ville n'en fut pas moins emportée, et avec un grand massacre de la jeunesse romaine. Guillaume du Bellay, notre envoyé à Florence, qui était venu en poste pour avertir le pape, se mit Fépée à la main au pont Saint-Ange avec Renzo de Geri, arrêta les brigands, et donna à Glément YII le temps de s'enfuir du Vatican dans le château. Du long corridor suspendu qui faisait la communication, il vit l'affreuse exécution, sept ou huit mille Romains tués à coups de piques et de hallebardes.

Il n'y eut jamais une scène plus atroce, un plus épouvantable carnaval de la mort. Les femmes, les tableaux, les étoles, traînés, tirés pêle-mêle, déchirés, souillés, violés.

Les Allemands, qui tuèrent beaucoup d'abord, et firent des Saint-Barthélémy d'images, de saints, de Vierges, furent peu à peu engloutis dans les caves, pacifiés. Les Espagnols, réfléchis, sobres, d'horrible expérience après Milan, savourèrent Rome, comme torture et supplice.

Ghose étrange, inattendue! l'Europe est médiocrement émue du sac de Rome. Loin de là, de plusieurs côtés s'élève un rire sauvage.

L'Allemagne rit. G'est fait du pouvoir spirituel, du

mystère de terreur. Le Christ est délivré par la captivité de l'Antichrist.

L'Empereur même, le roi catholique, en rit sous cape. Il désavoue le fait, mais sa joie perce; il continue les fêtes pour la naissance de son fils. Le pape, brisé comme prince, abaissé et njaté, n'en reviendra jamais; c'est maintenant le jouet des rois.

Ceux de France et d'Angleterre sontcharmés de la chose. Superbe occasion de faire contribuer le clergé, de sanctifier la guerre, d'accuser Charles-Quint.

Ainsi cette chose inouïe et terrible, qui devait effrayer la terre et faire crouler le ciel, elle fait à peine sensation.

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