‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 61 sur 108 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

GOUViniNEMENT PERSONNEL DE LOUIS XIV. — FOUQUET. — COL- BERT. — MOLIÈRE. — AFFAIRE AVEC LE PAPE. — GUERRE AVEC L'E9PAGNE. — PAIX D' AIX-LA-CHAPELLE. — MORT DE MADAME. — GUERRE AVEC LA HOLLANDE. — GUILLAUME d'ORANGE. — MASSACRE DES FRÈRES DE WITT.

Cloiiireriieiii«iit personnel de Iionla 3LI¥. — L'EuropO

data, non sans raison, Tavènement du roi de la mort de son ministre. Louis XIV croyait Dieu en lui. Ciomment réussit-on à opérer ce vrai miracle d'une foi si robuste , d'un tel culte du moi? lixiallut une chose, en réalité grande et rare, l'assentiment public. Ce qu'il sut très bien, grâce à la pénurie où Hazarin l'avait laissé datiTsàn enfance, c'est qu'un roi qui voulait de l'argent devait tenir les elefs de la caisse, et se foire son propre intendant. Cela lui donna une grande assiduité au conseil. Lorsqu'à la mort de Hazarin les ministres lui demandère^it à qui désormais ils devaient s'adresser, il répondit : c A moi. » E(^npeol dire que rien en Europe ne se présente qui puisse l'arrêter.

Henriette d'Ang^leterre. — Fonqnet. — L'aurore do

nouveau règne eut un succès immense ; il s'annonça par ragparition^de madame Henriette, fille de la reine d'Angle* terre et sœur de Charles IL Elle épousa Monsieur, frère de Louis XIV. Elle avait été élevée en France , était toute française, et pourtant son installation à la cour produisit

FOUQUET, SA GONDAMMATiON. 3il

tous les effets d'une douce surprise. Elle sentait les moin-^ dres nj^ancfi&^Ëlle seule sut distinguer les hommes, etjer-

înneaprès elle. A l'âge cle 57 ans, Molière, qui s'établit alors au théâtre du Palais-Royal, reçut le premier ce regard. Dès ce jour, les gens de mérite sentirent qu'ils étaientjTiig^ Le roi ne fut pas moins touché. Elle était d'une extrême bonté qui ne^st plus retrouvée en ce siècle. Elle fat toufejoïê et lumière, bonnepôur tous, même pour ses ennemis. .

A dix-huit ans, elle annonçait une maturité singulière. Elle n'aima, je crois, jamais rien que ses frères, Charles II et Jacques.

Elle avait l'attrait singulier de -ceux qui ne doivent pas vivre. Elle ressemblait au petit portrait si pâle de Charles!" qui est au Louvre. C'était l'ombre d'une ombre, comme une fleur sortie du tombeau. Pour cette personne si frêle, c'était un bonheur d'avoir un mari comme Monsieur, qui était resté enfant.

Quand Charles la vit admirée, entourée, il fut ravi pensant que sa cour deviendrait la vraie cour royale ; le roi ne pouvait plus se passer de Madame, mais on lui fit entendre qu'une personne supérieure à ce point voudrait le gouverner : cela le rendit bien pensif.

Ce premier règne de Madame dura trois mois.

Fov^piet. — Son procès, sa condamnatloii. — En

août, la Yallière succéda. Le 17, Fouquet, surintendant des finances, invita toute la cour à son château de Vaux. Il y eut une prodigieuse fête, un dîner de six mille personnes, le château était une merveille d'eaux jaillissantes, une féerie. Fouquet,qui y mit des millions, comptait, selon toute apparence, prendre son jeune roi dans cette maison. Molière y donna les Fâcheux. Fouquet se croyait fort.

Non content de voler, il aidait toute la finance à faire comme lui. A la banqueroute de 1648, Mazarin avait payé

en papiers dont on ne donnait pas 10 pour iOO ; Fouquet et ses amis les rachetaient à ce prix, et les mettant aui caisses publiques comme bons et valables, gagnaient ainsi 90 pour 100.

Pour perdre plus sûrement Fouquet, on le faisait très redoutable. Fils d'armateurs bretons, ce jeune homme plein d'esprit et de feu avait apporté aux affaires les goûts aléatoires des grands joueurs de mer. En prenant beaucoup, on pouvait créer une police qui tiendrait tout, le roi et les ministres même. Le roi voulait le faire arrêter sur l'heure, le croyant aussi son rival. A ce moment il eût été livré, où qu'il allât. Nul État ne l'aurait gardé contre Louis XIV. Le roi l'emmena jusqu'à Nantes pour l'arrêter (5 septembre).

Le Parlement montra une lenteur, une mollesse coapables à juger un procès si clair, et il le finit honteusement par un arrêt de bannissement qui eût laissé Fouquet libre d'aller s'amuser à Venise et partout en Europe. La haine personnelle de Golbert ne le permit pas. Le roi garda Fouquet et l'enferma à Pignerol jusqu'à sa mort.

Coibert. — - Colbert était le petit-fils d'un marchand de laine de Reims, à l'enseigne du Long^vétu; un esprit quelque peu pesant et dur, mais solide, actif, invincible au travail. Son ministère réunisrait les attributions de l'intérieur, du commerce, des finances.

L'ordonnance de 1662 pour liquider les dettes des villes, apurer les comptes de ceux qui en maniaient les fonds, fut un effrayant coup de tocsin pour les privilégiés.

Colbert, en deux années, diminua la taille, l'impôt des pauvres gens, de huit millions. Le revenu augmenta de cinquante millions.

Après l'achat de Dunkerque aux Anglais, l'Europe vil leroi si riche, qu'elle trembla de lui voir acheter toutes les places à sa convenance; vingt-quatre vaisseaux venaient d'être construits, lancés ; on avait préparé des galères, etc. Sous

Page 1