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MORT DE TURENNE

nemi s'établir en Alsace, de le rassurer pleinement en séparant, dispersant sa petite année derrière le rideau des Vosges. Ces corps épars avaient le mot pour se réunir le 27 décembre à Belfort, au point où finissent les Vosges. Par la saison la plus rude, par les neiges, les précipices, les torrents, cela s'accomplit. Et l'ennemi épouvanté vit Turenne, réuni, complet, en forte masse, fondre sur lui. m'enfonce à Mulhouse, le disperse à Colmar; dès le 11 janvier (1675), lui fait repasser le Rhin.

Le spectacle de l'Europe, c'était la lutte savante, acharnée, dé Turenne et Montecuculli dans un champ fort étroit, un espace de quelques lieues, entre Rhin et Forêt-Noire. Cette partie d'échecs très serrée avait fini en juillet par tourner à l'avantage de notre grand calculateur. Il avait gagné l'offensive, passé le Rhin; il croyait pouvoir tourner l'ennemi. Même, il s'écria : a: Je les tiens! » Il faisait une dernière reconnaissance des batteries des impériaux, lorsqu'un de leurs boulets le frappa à mort (27 juillet 1675?).

L'armée le fut du même coup. Quoique Montecuculli, malade, eût perdu deux jours, les lieutenants de Turenne, en désaccord, faillirent périr. Il nous en coûta trois mille hommes; heureusement les vieux soldats qui rapportaient le mort avec eux, se crurent encore gardés par lui, et, forts de ce palladium, réparèrent, à force de vaillance, l'ineptie de leurs généraux.

Mais en France l'abattement elles alarmessonl extrêmes. La Champagne croit voir entrer les armées allemandes. Cela pouvait bien arriver si l'orage n'était tombé sur nos Suédois que nous payions.

Le roi, dans les Pays-Bas, abandonna Liège et ses forteresses, les démantela, renonçant visiblement à garder la moyenne Meuse. Sur l'Escaut, il prit Condé et menaça Bou. chain. Quoiqu'il eût 50000 hommes et le prince d'Orange

HIST. DE FH. Temps inodcnics. lï. — 21

»bï ABRËGË D*HISTOia£ DE FRÂKGE.

35000)11 entreprit d'empêcher le siège. Occasion poar nous unique, admirable. Louvois déclara devant les maréchaux en conseil, si Ton oserait risquer la monarchie, faire bou marché du roi qui était là en personne.

Tout le monde baissa la tète. Le roi revint en plein été de cette piètre campagne (11 juillet 1696).

Paix de Ntmè^ne (1678). — Louis XIV crojalt corrompre Orange en lui offrant une de ses bâtardes avec le Lirabourg et Maestricht. Refus. — Alors, en plein hiver (février 1677), on envahit les Pays-Bas. En mars, le roi arrive. L'infaillible Yauban prend Yalenciennes, Cambrai et Saint- Omer. A Cassel, Luxembourg occupe une bonne position retranchée.

On s'exagérait fort Louis XIY. A Test, il ne put résister que par un coup désespéré. Créqui brûla l'Alsace, la dévasta. Loin que la paix soit avancée par ces succès, l'Ai^eterre s'en effraye, Charles II, traîné par son parlement, est forcé (10 janvier 1678) de signer un traité avec la Hollande, d'armer contre nous.

Le roi, comme à son ordinaire lorsqu'il est attaqué par les puissances maritimes, frappe sur l'Espagne, assiège Gand et Ypres, les prend. La Hollande croit le voir venir à elle, recommencer l'invasion. Orange a beau repousser la paix, on l'écoute d'autaiit moins que Charles II pour six millions est regagné par Louis XIY et licencie ses troupes.

Nos armées vinrent camper devant Bruxelles, et, d'autre part, ouvrirent l'Espagne par la prise de Puycerda. La France présenta des exigences et des difficultés nouvelles, tantôt l'intérêt de ses alliés, tantôt la gloire du roi, qui \oulait qu'on signât chez lui, non à Nimègue, où se faisaient les conférences.

Il en fit tant, que la Hollande et l'Angleterre dirent qu'elles se ligueraient contre lui, s'il n'avait signé le 11 août. — A la grande surprise de tous, la nuit du 10 au H|

ÉVOLUTION 1NT£R1EURI£ DK LOUIS XIY. 363

à minuit, on signa en effet le Iraité avec la Hollande. Par ce traité, dont l'Espagne supporta les conséquences, la L'^rraine nous resta. Nous gardions la Franche-Comté, C:irf<hrai, Valenciennes, mais nous lâchions à la Hollande notre ip'/'"ét commercial, industriel. Les marchandises étrangères rentrèrent chez nous pour paralyser nos manufactures. Le roi ne donnerait plus de monopole^ ce qui sacrifiait les compagnies des Indes orientales et occidentales que Colbert venait de former.

firandeiur moFale et littéraire de la Fraaee. —

Quelles que soient les misères de la France à rétranger, Louis XIY trône en Europe, non par la force seulement, mais par Vadmiration. Nos réfugiés d'Angleterre, Saint- Évremont et autres, se rendent, confessent sa grandeur. Elle éclate surtout dans l'harmonie, que présente cette monarchie équilibrée par Colbert et Louvois, par la gravité de Bossuet.

La grande époque de force étincelante, celle de Pascal et de Molière, est close par la mort du dernier (1664). Racine s'éclipse (1676) après Phèdre, Mais La Fontaine publie ses dernières fables (1679). Mais Bossuet est debout, et il soutient le faix du siècle par un livre imposant, le Discours sur T histoire universelle (1681). Sous son abri commence humblement Fénelon, qui, bientôt* s*élevant, va former avec lui la belle opposition qu'onvit dans Corneille et Racine.

Caractère deliovta XIT. — Son ëvolntloii tntérleare.

— La santé de Louis XIV, que le journal des médecins nous révèle d'année en année, réfléchit les variations de sa vie politique. Chancelant, maladif, Tannée de la reculade, il semble jeune et fort à la triomphante paix de Niniègue.

Il ne ménage rien, ni la cour, ni l'Europe. II reste armé quand les autres désarment, violente l'Espagne et l'Em-

m, ADRÊGÊ D*fllS101RE DE FfiAIiCE.

pire. Il clépeas^e cent millions «n pleine paix, rase Yer* sailles pour le rebâtir. La cour ne tenait plus dans le petit Versailles. On le refit immense. Le roi bâtit par toute la France. Elle s'entoura d'une ceinture de trois cents forteresses. On s'étonne, on frémît de voir ce roi relancé, à quarante et un ans, en pleine jeunesse. Colbert est coosterne et désespéré.

Parmi ces dépenses^ ce crescendo d'enflure et d'orgueil, la conversion du roi avançait fort sous l'influence de madame de Maintenon, gouvernante des enfants de madame de Montespan. Il appréciait cette personne sèche et sensée. Elle le prit par un certain goût de sage spiritualité et surtout par l'influence qu'elle eut sur les enfants. Madame de Maintenon travaillait quatre heures par jour à la conversion du roi. Les meilleures heures de son repos le soir, de six à dix, étaient pour elle. Personne en tiers, tous deux assis. De là invariablement elle le renvoyait à la reine, le rappelait aux habitudes régulières.

La cour avait changé d'aspect. Tout devint morne et ennuyeux, mais tendu en même temps, contraint, serré.

Rapporte avee l'Église, Assemblée du clergé (1681).

— Les quatre artieles. — Le roi devint plus âpre. N'ayant plus d'amusement de maîtresses, il mangea, but beaucoup, ce qui explique en partie sa violence, sa politique à outrance, ses actes provoquants contre toute l'Europe, sa guerre au pape, sa guerre aux protestants. Le roi est l'évèque des évéques. Il semble une sorte de patriarche. Il nomme les évéques; il nomme aux bénéfices. C'est ce qu'on appelait sa rançon.

Innocent XI (janvier 1681), par représailles, excommunie ceux que Louis XIY nomme aux bénéfices.

Le ro' n'était pas sans scrupule. Il affermit sa conscience en frappant l'hérésie. H accueillit le conseil des intendants et de Louvois qui proposaient d'exempter de

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