MORT DE COLBERT ET DE LA REINE
log^cmenls militaires les convertis, et d'en surcharger les obstinés (11 avril 1681). Premier essai des dragonnades.
L'effet fut terrible pour les familles, pour les enfants surtout qu'on faisait fuir devant les violences des soldats. Le roi venait de faire sa cruelle ordonnance, plus cruellement interprétée, pour ravir les petits enfants.
La réclamation de Colbertfit suspendre les dragonnades. Mais madame de Maintenon, flattant les tendances du roi, se déclara contre Colbert et appuya Louvois. Une ordonnance étrange déclare qu'on s'est trompé en croyant qiLe le roidéfend de maltraiter les protestants (4 juillet).
La victoire des victoires eût été de dompter le pape. Les jésuites étaient pour le roi et méconnaissaient Rome. Un moment, tout fut gallican.
Le 9 novembre 1681, Bossuet ouvrit l'assemblée du clergé. Son discours éloquent porta, au fond, sur un point où il était sûr de persuader : Que saint Pierre ne fut que le premier entre égauXy que l'unité de l'Église est surtout dans les évéques. Il dressa les quatre articles (depuis si longtemps préparés) ; 1® le pape ne peut rien sur le temporel ; 2® il ne peut rien contre les décisions des conciles; 3"* ni contre les libertés des églises nationales ; 4^ ses décisions, non sanctionnées par l'Église, peuvent être réformées.
Dix ans ne se passèrent pas sans que Bossuet ne se trouvât abandonné du roi et des évoques. Louis XI Y, qui n'aimait nulle grandeur que la sienne, ne fit rien pour celui qui avait fait l'éducation de son fils. Il le laissa simple évêque, tandis que le jeune précepteur de son petit-fils eut l'archevêché de Cambrai qui le fit prince de l'Empire.
mort de Colbert et de la reine. — Le roi, en 1683, fut
doublement émancipé, veuf et soulagé de Colbert. Il meurt surchargé de fatigue et de dégoût après un ministère de
ABRÈGE D^HISTOIRt: DK FRANGE.
vingt années. A la paix de Nimègae il allège nn moment rimpôt et cependant rembourse 90 millions. Hais le roi en dépense 100. On lui cherchait des querelles ridicules. Le roi lui reprochait la dépense de Versailles qu'il faisait malgré lui. — La balance inclinait vers Louvois. — Colbert meurt détesté, maudit, on fit des chansons, d es pon/s-neu/^ sur la mort du tyran. Tyran par la situation, le temps et la nécessité des choses. Il y eut sous Col ert trois famines en trois ans. Pour nourrir aisément les armées, les manufactures, lui-même il maintint le blé à vil prix en défendant l'exportation.
Ce grand homme de travail est aussi dévoré par trois grands peuples improductifs : le peuple nobles qui de plus en plus vit sur l'État; le peuple fonctionnaireyqne le progrès de l'ordre oblige de créer ; le troisième peuple est l'armée permanente énormément grossie.
On a vu sa subite improvisation de la marine, Tarmement des galères si précipité, si cruel. — Même véhémence impatiente dans les règlements de commerce, dans son improvisation d'une industrie française. Il fut justement indigné de voir un peuple ingénieux, et très artiste en bien des choses, attendre et recevoir d'ailleurs tous les produits des arts utiles. La fabrique est aussi une éducation, le développement spécial de telle faculté, de telle aptitude. Colbert éveilla, révéla en nous une adresse ignorée, mit le goût de l'élégance dans nos besoins d'intérieur qui relève la vie matérielle d'un noble rayon de l'esprit.
C'était beau, c'était grand en soi, on a dit à merveille la grandeur de cette création industrielle, mais pas assez de sa chute, de sa prompte décadence. Elle périt par la misère générale, l'émigration. — Les trois Terreun du fisc (tailles, aides, douanes) subsistent sous Colbert.
Il reste avec le peuple misérable serf des financiers, des fermiers généraux, des traitants, partisans plus puissants