‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 69 sur 108 · PRÉLUDES DB LA RËYOGÀTION. 3G · texte numérisé non relu

PRÉLUDES DB LA RËYOGÀTION. 3G

que le roi. Quoi qu'il fasse, elle échappe à Golbert cette France qu'il voulait guérir, travaillée des recors, mangée des gamisaires, expropriée, vendue, exécutée.

Golbert désespéré meurt en disant : c Si j'avais fait pour Dieu ce que j'ai fait pour le roi, je serais sûr d'être sauvé, et je ne sais plus où je vais, i

Nous le savons, héros! Vous allei à la gloire, vous restez au cœur de la France...

Le roi tua la reine, comme Golbert, sans s'en apercevoir. Il l'emmena par une grande chaleur, dans un long et fatigant voyage. Elle était replète, toute ronde, fort molle. Au retour, elle mourut (30 juillet 1683). Madame de Haintenon, ne sachant pas la vraie mesure du chagrin du roi, pleurait ou faisait semblant, mais il l'en dispensa. Après deux ou trois jours il Temmena à Fontainebleau où elle occupa le grand appartement de la reine et le lit de Marie- Thérège oubliée.

Louis XIT ëpoiise madame de Hatntenoii (1685). —

Le mariage du roi eut lieu deux ans après la mort de la reine^ donc dans les derniers mois de 1685; il se fit la nuit à Versailles, dans le plus grand mystère. Les époux furent mariés simplement par le curé de la paroisse, Hébert, qu'on fit évèque pour payer sa discrétion. Le roi Louis XIV édenté et boitant, et madame veuve Scarron, dans son deuil et ses coiffes noires, s'unirent à ce moment qui, pour tant de familles, fut celui de la séparation éternelle.

Préladea de la révoeatlon. — En 1684, six centS

temples ayant été détruits, leurs biens, celui des pauvres, des maisons de charité, devaient passer aux hôpitaux catholiques. Les jésuites, le père La Chaise, confesseur du roi, surveillaient ces biens espérant les administrer, mais lacourvisaitce morceau. Les jésuites crurent prudent de demander que ces biens revinssent non aux hôpitaux.

mais au rot. Chacua fut ardent à la proie. Ce fut un gouffre ouvert, une mêlée où on se jeta pour profiter da torrent qui passait, ramasser des lambeaux sanglants.

AmèneraitH)n le roi aux rigueurs excessives d'une pros* cription générale? C'était la question. Quoique peu éclairé, il avait des côtés honnêtes, voulait être honnête homme ; il croyait sauver nombre d'enfants qu'il faisait catholiques. Le conseil, sauf Louvois, n'inclinait pas à la violence. Un grand événement avait eu lieu qui portait au plus haut la confiance du clergé et du roi : Charles II était mort, et, contre tout attente, le catholique Jacques II était devenu roi d'Angleterre (16 février 1685).

Le clergé de France, assemblé en mai à Versailles, et se sentant si fort, tint un langage modéré. Le roi était parfaitement entouré. Madame de Maintenon, ex-protestante, aurait voulu ne pas parler, mais les jésuites ne pouvaient lui permettre de s'abstenir. Elle écrivit un mémoire^pour conseiller la révocation de Tédit de Nantes.

BéToestfon de l'édlt de Nantes (1685). — La révocation, si longtemps préparée, eut pourtant tous les effets d'une surprise. Les protestants s'efforçaient de douter. Ils avaient trouvé mille raisons pour se tromper eux-mêmes. L'émigration était très difficile ; mais son plus grand obstacle était dans l'âme même de ceux qui avaient à franchir ce pas. Il leur semblait trop fort de se déraciner d'ici, de rompre tant de fibres vivantes, de quitter amis et parents, toutes leurs vieilles habitudes, leur toit d'enfance, leur foyer de famille, les cimetières où reposaient les leurs. Celte France cruelle, qui si souvent s'arrache sa propre chair, on ne peut cependant s'en séparer sans grand effort et sans mortel regret. Nos protestants, le peuple laborieux de Colbert, étaient les meilleurs Français de France. C'étaient généralement des gens de travail, commerçants, fabricants à bon marché, qui habillaient le peuple, agriculteurs

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