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BATAILLE DE STEINKERQUE

rien laisser leur vaisseau, ils aimaient mieux s'abîmer là. Il fallut que Yillette allât trouver Tourville, lui arrachât un ordre précis et le fît passer sur un meilleur vaisseau. L'ennemi était bien près. Cependant on n'eût pas été longtemps poursuivi ; nous étions bien meilleurs voiliers; seulement, il fallait de la poudre. Jacques et le maréchal Bellefonds, qui étaient là sur le rivage avec leurs troupes, n'en avaient pas. On en chercha à Valognes et à Carentan. Tourville avait ordre du roi de ne rien faire sans leur avis. On perdit la journée du 31 mai à délibérer.

Il y avait là de nombreuses chaloupes pour le transport des troupes; remplies de soldats, elles auraient gardé le rivage et les eaux peu profondes où les Anglais aussi n'auraient pu arriver qu'en chaloupes. L'obstacle fut la rivalité, antique et implacable, de la guerre et de la marine. Tourville aurait été perdu d'honneur dans le corps orgueilleux dont il était, s'il eût accepté pour se défendre le secours des troupes de terre.

Ce ne fut que le 2 juin que les Anglais hasardèrent à envoyer leurs chaloupes jusqu'à la côte. Ils en aVkient deux cents, Tourville quinze. II eût fallu au moins qu'il fût soutenu d'une vive canonnade de Bellefonds. Celui-ci tira peu et mal ; il ménagea parfaitement l'orgueil de la marine, la laissa à elle-même. Sans sortir de leurs barques, les Anglais brûlèrent cinq vaisseaux. Toute la nuit la baie parut en flammes.

Jacques et Bellefonds contemplaient ce spectacle comme un feu d'artifice, mais ils ne faisaient rien pour le lendemain. Au matin du 3, cependant, la marée ramena l'ennemi, et Tourville avec ses marins essaya de défendre les vaisseaux qui restaient. Il n'y eut jamais chose si honteuse. L'inertie de Jacques et de Bellefonds fit l'amusement des Anglais. De leurs barques ils liraient sur le roi.

Namur, où le roi était pendant cela, se rendit le 5 ju^n^

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et le 6, Louis XIY apprit le combat da 90, n'en comprit d'abord que la gloire. Ou dit : c II nous en coûte quinze vaisseaux. » Et puis, on parla d'autre chose. Pourtant c'est le grand fait du temps.

La Hogue, fort secondaire en apparence, trancha le nœud de l'avenir (1692). C'est de ce jour que date la confiance de TAngleterre, qui sur mer se crut invincible.

BàtelUe de Stelnkerque (3 au^ikt 1792). ImeeHdiedle

■eldelberiT* — Pendant que nous recevions ce coup cruel, le prince Eugène et le jeune Schomberg pénétraient en Dauphiné. Dans l'est, Luxembourg, surpris par Guillaume dans les bois de Steinkerque, et ne pouvant faire usage de son immense cavalerie, la mit à pied, et, par un grand effort, avec de grandes pertes, gagna une bataille brillante.

Le succès retentit, surtout parce que les princes, Bourbon, Chartres, Vendôme, se battirent en simples mortels.

Huit jours après Steinkerque, une honte éclatait. Guillaume faisait le procès de Grandval, l'homme envoyé de Saint- Gerinain (\i août 92). Sans torture, sans espoir de grâce, sentant quelque remords peut-être, il déclara la part que Jacques, Louvois et Barbezieux avaient eue à l'affaire.

Le roi, aigri de l'invasion du Dauphiné, du désastre de la Hogue, et de l'affaire Grandval, si honteusement démasquée, en voulait beaucoup aux princes, ses parents ou alliés, qui, honorés de mariages français, ne lui faisaient pas moins la guerre; il voulait châtier le Palatin, le Savoyard. De là les massacres du Piémont, et, sur le Rhin, Thorriblr événement d'Heidelberg.

La campagne de 93 s'ouvrit par cet événement. Celle capitale chérie du Palatin paraissait un sûr asile.

Au 19 mai, la ville voit ses belles montagnes de chênes toutes hérissées d'épées et de mousquets. Le gouverneur perd tu tète, eucloue ses canons, se relire au château. Au

BATAILLE DE NEEKWINDEN. 383

fond, ne pouvant résister, il espérait pour la ville la miséricordedu roi, quelqae égard pour le Palatin son beau-frère. La foule se précipite pour entrer au château. On s'étouffe, on s'écrase aux portes. Les faibles, les dames et les eiifaots, refoulés dans la ville, s'entassent dans les églises. Le soldat entre, sans combat et à froid ; des églises on fait sortir les vrais morts, les squelettes, les cadavres demipooi-ris des anciens Électeurs. Eifroyable spectacle I Ils arrivent dans leurs bandelettes, traînés la tète en bas. Le feu étant mis vers le soir aux quatre coins de la ville, pour n'être pas brûlées, les victimes des églises durent en sortir, se traîner au château. On se rendit la nuit du 23. Ils étaient quinze mille dispersés, éperdus, ne pouvant même se rejoindre. On n'entendait que des cris de douleur.

Bataille de Meerwlnden (29 Juillet 1693), de la

iiarsaiiie (4 octobre). — L'armée du Rhin ne fit plus rien après ce bel exploit. Le roi venait de prendre le commandement des troupes de Flandre. Orange devina très bien que Louis XIY ayant pris Hons et Namur, visait Liège ou Bruxelles. Il prit poste à Louvain, d'où il était à demiroute pour secourir également les deux villes menacées. Il ne pouvait mieux faire. Mais sa situation n'était pa3 bonne. Liège, français de cœur, ne voulait pas de son secours, et, s'il en approchait, pouvait bien tourner contre lui.

L'armée du roi, au contraire, était gaie, pleine d'espoir. Les princesses étiolent à Namur avec un monde de dames, d'officiers de chambre et de bouche, de musiciens, tout un complet Versailles. Tout à coup ordre de départ. Le roi retourne. Luxembourg se jeta aux genoux du roi. II sentait bien quel serait TefTet en Europe, si, avec une armée nombreuse, on ne se battait pas.

Après le départ de Sa Majesté la bataille eut lieu. Guillaume, pour rolenir Liège, y jeta vingt mille hommes. II u en avait que cinquante mille contre quatre-vingt mille

Français. Il y fut admitabie de bravoure et d'obstination. Le village de Neerwinden, où il s'était fortifié, fut défendu, pris et repris, perdu,et pris encore par Luxembourg (29 juillet 1693).

En Dauphiné l'armée de Catinat, furieuse, incendie les villages, les granges, pour que l'hiver, l'habitant meure de faim. Elle détruit les belles villas, dont chacune était un musée. On met en pièces les statues, les tableaux. Le 4 octobre, à la Harsaille, bataille horriblement cruelle.

Les catholiques avaient la baïonnette récemment adoptée chez nous. Ils ne tirèrent pas, mais coururent, confiaots dans cette arme terrible. Ce fut une boucherie, longtemps même après la bataille. Les réfugiés, les Piémontais, les Allemands du duc de Savoie furentégorgés jusqu'au dernier.

Jean Bari. — Prise de IVamiir, par Ciuillaaiae. Paix

de Rjrswiek (1697). — La guerre, en mer, n'était pas moins terrible. L'Angleterre enragée, de plus en plus, se donna à Guillaume et lui fournit les sommes fabuleuses qui lui firent sa victoire, son traité vainqueur de Ryswick.

Ce qui exaspéra l'Anglais, c'est que, depuis la Hogue, se croyant le maître des mers, il ne pouvait cependant bloquer nos ports. Devant Dunkerque, il tenait à grands frais une escadre permanente, et Jean Bart cependant sortait à toute heure.

Ce hardi marin était d'origine normande, de Dieppe, du PoUet, ce faubourg des pécheurs. Son début fut la contrebande. Hais il avait l'ambition de servir. Il alla se donner au grand Ruyter jusqu'à vingt et un ans. Puis il revint en France. Il n'avait aucune gloriole. Ce que Forbiii, son rusé camarade, dit,qu'il le menait en laisse, le montrait comme un ours, est extrêmement vraisemblable. Devantles grandes flottes anglaises, Jean Bart entrait, sortait comme il voulait avec son Provençal Forhîn. La gaieté était dans ces deux hommes, dans leurs redoutés bâtiments. Forbln montait

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