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GUERRE D ALLEMAGNE

pu marcner laute de pain. » Cependant lorsque nos misérables recrues, arrachées du village, dans un hiver duRhin, sans habits, sans souliers, arrivaient en pleine Allemagne, qui les sauvait du désespoir? Un général immuablement gai, qui buvait avec eux quelque peu d'eau-de-vie, el sifflait des airs d'opéra.

Lorsque le paysan du Midi que la milice arrachait à sa mère el lançait au delà des Alpes, résigné à la mort, ayant passé les neiges, trouvait en pleine Lombardie la joyeuse armée de Vendôme ; tout était oublié.

Vendôme continuait tellement quellement, sur les champs de bataille, la vie de son château d'Ânet, mêlée de jeu, de rire et de rien faire.

Le rusé prince Eugène le surprenait parfois, mais non pas à temps pour le battre. Il avait d'éclatants réveils. D'ailleurs, sous un général si dormeur, chacun veillait pour soi, une force singulière naissait, l'initiative populaire.

La Aiierre en Allemagme. — Tillars. — Bataille de

rriediiBi^en (octobre 1702). — Vendôme, c'est le zouave de ce temps-là. Villars fut un autre homme.

Sa constitution admirable ne faiblit jamais.

Torrent de vanteries, on l'aurait jugé un comédien de campagne. Mais, sur le terrain, il payait de solides réalités. En jouant le héros, il fut le héros même.

Le roi ne tenait nul compte des distances ni des saisons. Il voulait en 1702 que Catinat, très faible, qui gardait à peine 1- Alsace, s'affaiblit, détachât Villars pour s'en aller à cent lieues, devant les armées supérieures, au fond de l'Allemagne, secourir noire faible allié, l'électeur de Bavière. Il voulait que Villars, en octobre, aux premières neiges des montagnes, passât les étroits défilés du val d'Enfer et de la forêt Noire ; qu'avec les charrois, Tarlillerie, et tout l'embarras d'une armée, il suivît ces sentiers qu'on ne passait guère que l'été, à pied, tout au plus à cheval.

Passer le Rhin, c'était déjà chose audacieuse et difflcile, devant un excellent général allemand, le prince de Bade. C'est ce que Yillars hasarda en face d'Huningae, souslefeu du fort de Friedlingen. On pouvait parier dix contre un qu'on serait battu. Deux choses animèrent les novices, Yillars, et l'arme nouvelle que personne ne maniait comme les Français, la baïonnette, réputée invincible depuis la Marsaille. Nous vainquîmes.

L'armée, sur le champ de bataille, par un grand mouvement populaire, proclama Yillars maréchal. Le roi n'eut qu'à le confirmer (octobre 1702). Ce fut encore Villars qui nous releva sur le Rhin. Avec une armée délabrée, dont un tiers seulement avait des fusils, il passe le Ûeuve près d'Huningue, et le descend sur la rive allemande. A peine il y a mis le pied, les pluies cessent, une belle gelée commence et le soleil. Le soldat, plein d'élan, de gaieté, traîne ses canons jusqu'à Kelh, une place de Yauban, qui n'en est pas moins forcée en treize jours (10 mars 1703).

Jonction avee l'électeur de Bavière. — Bataille

d'Hoehestedt (21 septembre 1703). — Au même instant, sur un ordre précis, pour sauver la Bavière, il fallut entreprendre l'immense et périlleuse traversée de la forêt Noire. Une partie de l'armée, restée au Rhin, occupait le prince de Bade. Yillars, ayant fait faire de petits chariots pour les chemins étroits, passa en onze jours, du Rhin aux sources du Danube. Enfin, à Willingen, la rencontre se fit : l'Électeur se jeta dans les bras de Yillars.

Qu'aliait-on faire? Deux partis se présentaient. L'Électeur pouvait profiter de la stupeur de l'Autriche pour percer le Tyrol, pour donner la main à Yendôme, et revenir avec une force double dicter la loi dans Yienne.

L'autre plan, bien plus raisonnable, celui auquel tenait Yillars, c'était d'aller tout droit à Vienne. Le moindre résultat aurait été de sauver l'Italie, d'où l'Empereur trem-

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