‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 79 sur 108 · LES CAMISARDS DES CÉVENNES · texte numérisé non relu

LES CAMISARDS DES CÉVENNES

blant eût certainement rappelé ses troupes. La mobilité de rÉIecteur empêcha tout. Sur un petit échec, ce prince change de projet. Il lui passe l'idée d'aller en Franconie. Puis, il change de nouveau et se lance, bride abattue, dans la grande folie du Tyrol. Tout échoua. Le Tyrol allemand arrêta les Bavarois. Et Vendôme, de l'autre côté, trouvait mêmes obstacles au Tyrol italien, quand la défection de Savoie l'obligea de rentrer bien vite en Lombardie.

Malheur immense pour l'Europe. L'insurrection avait gagné moitié de l'empire autrichien, de la. Turquie à la Bohême. L'Empereur, aux abois, en était à acheter des Danois, à employer l'aide désespérée des bandes croates, des brigands serbes.

La France avait deux généraux, Yiliars, Vendôme, et elle n'en sut que faire. Vendôme^ sans direction, laissé à sa paresse, flotta, puis- suivit dans la vaine affaire du Tyrol ; ia Savoie se déclarant, il eut assez à faire de désarmer ce qu'il avait de Savoyards et d'entrer en Piémont. Villars, abandonné sans secours en Allemagne, ayant en face deux armées, et près même de manquer de poudre, ne se tira d'affaire qu'en gagnant une grande bataille acharnée, meurtrière, sur les troupe^ de l'Empire à Hochestedt (21 septembre 1703).

Les Camisards. — Tlllars dans les Cévennes. •—

Villars rappelé eut pour successeur le très incapable Marsin, et lui-même fut employé, par demi-disgrâce honorable, à pacifier les Cévennes?, où les calvinistes, exaspérés des rigueurs de l'intendant Basville étaient en armes depuis 1702. Villars voulait un succès rapide, quelque semblant de paix, rapporter cela à Versailles, retourner plus grand sur le Rhin. Basville s'y prêta. Il sentit les avantages d'une fausse paix pour désorganiser les insurgés, connus sous le nom de camisards.

Ils avaient eu un échec assez grave, mais ils s'en remet-

taient. Leurs redoutables chefs, Roland, Cavalier, Ravanel, étaient tous vivants et en selle. Villars, pour mieux les diviser, s'adressa, non pas à Roland, l'organisateur, le beau, noble, généreux Roland, où l'insurrection eut son idéal, mais au jeune Cavalier, qui n'avait jamais commandé que sept cents hommes. C'était le plus brillant, le plus populaire; sa défection pouvait être contagieuse. Il lui offrit de le faire colonel d'un régiment qu'il formerait de ses camisards. Il fut séduit.

Villars promit aussi ce qu'il ne pouvait pas tenir, la liberté de conscience, la délivrance des prisonniers, le retour de l'émigration.

Cavalier, un peu tard, manda tout cela à Roland qui le fit venir, lui fit honte de sa précipitation, et écrivit à Villars qu'il ne traiterait pas sans les garanties de l'éditde Nantes. Il défendit aux chefs d*obéir à Cavalier.

Mais la grande majorité protestante se déclarait ponr la paix. Villars avait abattu les gibets, écrit des choses magnifiques sur la tolérance. Ces banalités éloquentes eurent le plus grand effet. Les villes protestantes s'assemblèrent, signifièrent à Roland que, s'il ne se soumettait, elles armeraient contre lui. Donc, pour manifester quelque bonne volonté de paix, il manda encore Cavalier. Celui-ci, homroc de Villars, fut en danger dans ce camp fanatique, fortement menacé. Mais je ne sais quel souvenir d'affection, et la magnanimité naturelle à ces sauvages, le protégèrent. Il en sortit vivant.

Roland devait périr. Une tempête dispersa le secours que lui amenait La Bourlie. Les pasteurs hollandais, à qui il se recommanda, lui conseillèrent de se recommander à Die». C'est tout ce qu'il en tira.

Roland se fit tuer. Il avait trente ans, et reste le grand chef de l'insurrection cévenole. Villars revînt glorieux à Versailles, de la paix qu'il n'avait pas faite et du besoin

LES CAMISÂRDS DES CEVËNMES. 395

qu'on eut de lui. Le Languedoc resta écrasé, non pacifié, el il fallut y envoyer Berwick, bâtard de Jacques II, pour assister Basville, un bourreau avec un bourreau.

Ce qu'il y eut de roues et de potences à Montpellier, de bûchers pour brûler ces martyrs, nous ne le dirons point. M lis ceux qui, vers b soir, aux dernier» rayons du soleil, suivront la lumineuse allée du Peyrou vers la mer et le cieU verront encore leurs âmes sur la via sacra.

ciiaphrb XXII

DEVERS SUR LE RHIN, EN FLANDRE, EN ITALIE. — MORT DU DlC ET DE Li DUCHESSE DE BOURGOGNE. — VICTOIRE DE DENAIN. — PAIX D'UTRECHT ET DE RÂDSTADT. — MORT DE LOUIS XIV.

Défaite de Bienheim (1704). — Le lendemain du jour où la mort de Roland semble pacifier les Cévennes (16 août 1704), nous éprouvons en Allemagne Tépouvantable revers de Bienheim. De quatre-vingt-dix mille hommes, il en revint cinq mille. Le reste, tué, dispersé et perdu.

Juste punition d'avoir écarté Catinat et Yillars, pour donner le grand rôle aux généraux de madame de Haintenon. Le roi n'avait à cœur qu*nn général, son ami Villeroi, un acteur, un bravache, militaire de théâtre, qui, sous sou panache et ses plumes, n'ombrageait aucune cervelle. Sa ridicule affaire de Crémone ne lui nuisit pas. Le Roi, gracieusement lui permit sa revanche, et lui donna l'armée du Nord, le vis-à-vis de Marlborough.

Le moment était le plus grave de toute cette guerre. L'Autriche agonisait. Par une situation unique, Marlbjrough, dictateur en Angleterre, entraîna encore la Hollande par son ami, le puissant Heinsius, et par la haine envieillie de la France. Il obtint carte blanche pour aller joindre Eugène au fond de rAllemagne.

Taliard avait l'armée du Rhin. Marsin était en Bavière

Page 1