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DÉFAITE DE BL£NHEIM

près de l'Électeur. Il s-*agissait, pour Marlborough, de se jeter entre nos deux armées, d'y faire sa jonction avec les Allemands. Il trompa ¥ilieroiy l'amusa, marcha vers CoblentZy où il eut déjà les renforts de la Prusse et de la Hesse.

Les Anglo- Allemands se tronyèrentayoir 60 000 hommes contre 30,000 qu'avaient Marsin et l'électeur de Bavière. Harlborough, pour forcer celui-ci de changer de parti, le pillait, le brûlait, exerçait contre lui par le fer et le feu une cruelle contrainte par corps.

Il criait au secours. On lui envoie enfin Tallard. Les deux armées françaises réunies, tout était sauvé. Il n'y avait qu*à attendre. Nos ennemis n'ayant qu'un pays dévasté, et ne pouvant faire venir leurs vivres que de loin, eussent été fort embarrassés. Marlborough, venu du Rhin au secours de l'Autriche, avait l'air de ces charlatans qu'on £ût venir in extremis^ et qui n'ont à soigner qu'un mort.

L'Électeur le tira d'aiïaire. Il était furieux du ravage, furieux d'avoir reculé. Dès qu'il se vit en force, il voulut en tirer une vengeance éclatante, exigea la bataille. Tallard et Marsin obéirent. L'exemple de Yiilars, déporté aux Cevenues pour indocilité, disait assez à ces généraux courtisans ce qu'ils avaient à faire. Ils prirent précisément le champ d'Hochstedt où, l'année précédente, Yiilars avait vaincu. Ils se crurent couverts par un méchant ruisseau. Tallard mit son infanterie dans le village de Blenheim. C'est ce que Marlborough attendait pour attaquer d'ensemble avec Eugène. Alors, il passa le ruisseau. Tallard n'était pas à son poste : il y retourne en hâte. Pressé et accablé, il demande secours à Marsin qui ne peut. 11 court alors à Blenheim pour en tirer des troupes. Il est pris. Marsin, satisfait d'avoir résistéà Eugène, n'en souhaite pas plus, et emmène l'armée bavaroise. Que deviendra Tinfanterie de Tallard. entassée dans Blenheim? Elle est enveloppée de toutes paris. Douze escadrons, vingt-sept bataillons de vieilles

HIST. DE FR. Temps modemes. U. — 23

troupes sont livrés à l'ennemi. Les officiers capitulent maigre la fureur des soldats.

Défaites de BamlUies e< de Turin (1706). — Un seul

mol fait juger du coup qu'avait reçu la France : que putelle, que fit-elle dans toute Tannée suivante 1705? Rien.

Rien en Espagne. Les Anglais y avaient pris Gibraltar, qu'ils ont gardé pour eux. Rien sur le Rhin.

Rien de sérieux même en Italie, sauf la brillante affaire de CassanOy où Vendôme, surpris par Eugène, lui tua beaucoup de monde. Dans Thiverde 1706, le roi fait pourtant effort, prépare un coup. Il donne sa grande armée de Flandre à Yilleroi, avec ordre de livrer bataille. Armée de 80000 hommes. Hais on la croit trop faible encore, on lui ordonne d'attendre un énorme renfort que Marsin va lui amener. Yilleroi fut jaloux et voulut vaincre seul.

Quatre courriers du roi, envoyés coup sur coup, ne gagnèrent rien sur lui. Il n'y a pas d'exemple d'une désobéissance si obstinée. Il prit juste un terrain connu, fort désavantageux, que Luxemboui^ avait jadis soigneusement évité. Il s'arrangea si bien que toute sa gauche resta inutile, le nez dans un marais ; son centre faible et vide. Un officier général le lui dit. Yilleroi s'emporta, dit qu'il lui manquait de respect. Il est percé à jour, écrasé. Il essaye la retraite. Impossible : une panique immense emporte tout (Ramilliesy 21 mai 1706. ) Marlborough, d'un seul coup, eut Anvers, Bruxelles, Bruges, les Pays-Bas.

Tout notre espoir était en Italie. La FeuîUade allait-il an moins prendre Turin? C'était un Viiteroi, pliis jeune, de souveraine impertinence. Yaubàn s'offrit en vain pour le guider dans les travaux du siège, l'étourdi s'en moqua. Il n'avançait à rien, lorsqu'il fut menacé par le duc de Savoie et Eugène. Le jeune duc d^Orléaiis, qui avait un grand sens et du coup d'œil, dit qu'il ne fallait pas attendre. Mnis avec lui était venu au camp un personnage militaisi'

REDDITION DE ULLE. t99

d*aatorité, ceMarsinde Blenheim. Il soutint qu*il ne fallait pas aller attaquer M. de Savoie, mais se défendre contre lui, s'il attaquait. Tout le conseil de guerre qu'on assembla fut pour Marsin.

Nos lignes, peu élevées, mal garnies de soldats, malgré une vive résistance sur quelques points, furent forcées de côté par le duc de Savoie, de front par Eugène. L'indisci* pline augmenta le désordre. Marsin ne donnait aucun ordre, la Feuillade en donnait d'absurdes, et contre ceux du duc d'Orléans; Celui-ci fut grièvement blessé, Marsin tué. Eugène et le duc entrèrent à Turin. La Feuillade alors désespère, lève le camp, encloue ses canons, brûle les poudres y prend la route de France, abandonne toute TUalie.

On avait tout porté en Flandre. On n'était pas assez Tort sur le Rhin pour empêcher Eugène de le quitter et d*aller joindre encore Marlborougb, comme il Tavail fait à Blenheim. Des dissentiments éclatèrent entre Vendôme et le duc de Bourgogne, les deux partis qui divisaient l'armée.

Déffalto d'Oadenanle — Perte de LUle (1708). —

Dans l'affaire d'Oudenarde, où on se laissa surprendre, Vendôme, avec la droite seule, combattit l'ennemi, et jamais il n'obtint des conseillers du duc que la gauche le secondât. La nuit vint, nous sauva. Vendôme, exaspéré, voulait rester sur le champ de bataille, recommencer le lendemain. On lui dit qu'alors il resterait seul, ce qui lui arracha un cri de fureur. Les amis du prince, voyant la retraite se faire un peu confusément, auraient voulu qu'il prit une chaise de poste, laissât l'armée, sous le prétexte d'aller au-devant d'un renfort. Vendôme l'en empêcha. 11 sentit qu'on s'en prendrait à lui, s'il avilissait tout à fait ce jeune prince qui, après tout, était le drapeau de l'armée. Telle était la situation lorsque Eugène et Marlboruugh prirent alors le dessein d'aller saisir la porte de la France, sa barrière du Nord, la place de Lille. Pour pénétrer ainsi

en pays ennemi, il fallait tout prendre avec soi ; ramice d'Eagène^ qui arrivait derrière^ devait traîner un monde de vivres et de bagages. L'occasion était belle pour l'attaquer à part, isolée et embarrassée. Vendôme le voulait, mais oq l'empêcha de bouger.

Par deux fois, Eugène, en personne, put amener ses troupes et ses convois, le matériel immense dont un tel siège avait besoin. Le 12 août, Lille est investi. Par un dévouement admirable, le vieux maréchal de Boufflers, qui était alors près do roi pour contrôler, diriger Chamillart, quitta une position si douce, obtint de se jeter dans Lille. Sa résistance obstinée, héroïque, donna quatre mois à l'armée pour venir au secours. Et elle ne vint pas. Le prince avait près de lui, pour l'autoriser contre Ycndôme, un général sérieux, habile, Berwick, qui n'en donna pas moins de funestes conseils.

Le duc de Bourgogne semblait étranger aux choses de la terre. Il avait acheté une lunette anglaise, et s'amusait le soir à observer la lune. Quand la nouvelle vint de la reddition de Lille il jouait au volant et il n'interrompit point la parlie.

ivégroetattoiM. — Le roi reprendra-t-il Lille? En 1709, le grand pensionnaire Heinsius, notre rancuneux ennemi, calcula qu'en faisant semblant de vouloir nous entendre il amuserait en Hollande le parti de la paix, et réellement fortifierait la guerre par l'avilissement du roi.

Sur ce leurre d'Heinsius, on envoya bien vite H. Rouillé de Harbeuf à un très secret rendez-vous, c i il trouva deux Hollandais sans instructions, sans pouvoirs, et qui n'avaient rien à lui dire. L'entrevue secrète est publiée partout. Eugène et Marlborough simulent la surprise, une grande colère contre leur compère hollandais. Nulle paix si le roi n'abandonne Philippe V. « H iabandonnet ne demande pour lui que les Deux Sicilcs. — Non, ce n'est pus

DÉFAITE DE MALPLÂQUET. 401

assez... II faut qu'il le renverse et le chasse lui-même. De pius nous gardons Lille, et nous voulons l'Alsace. »

Voilà ce qu'on avait gagné à cette démarche. Une telle négociation, en mars, avant la campagne, valait déjà la perle d'une bataille. Desmarets avoua qu'il ne pouvait plus rien. L'absence absolue de ressources où l'on était nous fit recourir aux offres suppliantes... Le roi écrivit de sa main à Rcuillé de céder sur tout, pour tout, et sans réserve. Dans sa petite maison d'où il gouvernait la Hollande, Heinsius fut bien étonné quand on lui dit quun homme était là dans son antichambre, et que cet homme était... la France, en son ministre des affaires étrangères. Autre bataille gagnée à bon marché. Eugène etMarlborough ne montrèrent aucune grandeur. Ils jouèrent comme le chat féroce avec la proie. Ils dirent qu'on pourrait bien donner un royaume à Philippe Y pour le dédommager, non la Sicile, mais un royaume en France, fourni par songrand'père, par exemple la Franche-Comté .

Le roi doit, en deux mois^ chasser son petit-fils, faire sur lui la conquête de l'empire espagnol. Il doit, à Tinstant même, détruire, combler Dunkerque. Et, à ce prix sans doute, il obtiendra la paix ? — Non, une trêve de deux mois.

Béfaite de Maipiiftqaet (i 709). — Le roi alors se releva dignement par un appel à là nation. Il pensa que ses peuples refuseraient la paix à des conditions qui blessent la justice et l'honneur.

Les fourbes qui menaient la guerre et qui venaient de refuser les offres illimitées du roi espéraient retrouver l'aventure de Blenheim. Ils avaient 130 000 hommes de vieilles troupes, et Villars 90000, en partie de recrues. Avec ce surplus énorme de 40000 hommes, avec des masses de soldats aguerris contre des corps boiteux complétés par des paysans, ils étaient sûrs de tout, et cependant, ils essayèrent de la tromperie. Yillars, qui avait entassé

dans Mons ses malades innombrables, couvrait cette Ville dans une position assez forte, un croissant dont les pointes étaient gardées de bois. Sa malheureuse armée, retardée parles vivres, avait marché la nuit, et s'était à la hâte fortifiée d'abatis, de petits retranchements.

Les Hollandais hésitaient d'attaquer. Eugène le voulait. Hariborough envoya d'abord des promeneurs qui vinrent causer et regarder. Ces promeneurs furent bien reçus des nôtres. Ils avaient l'air de dire : c pourquoi se battre? arrangeons-nous. > Yillars vit le danger. Hais ces Anglais ne voulaient pas se retirer. Pour en venir à bout, il fit tirer des coups en l'air. Quelques dessinateurs avaient eu le temps de saisir les profils de nos défenses. Ils virent que le centre était faible, et qu'en portant la grande attaque sur la droite, ils forceraient Yillars à affaiblir encore le centre oour secourir cette droite. L'impatience des souffrances, la bataille retardée deux jours, ce partage inutile et ces embrassements de Judas, avaient donné à nos soldats une violente irritation, une sombre et terrible fureur. Les mercenaires de Hollande vinrent faire contre notre gauche l'attaque secondaire pendant que les Anglais faisaient la principale à droite.

On les laissa venir à bout portant, et là les grasses légions, mitraillées, fusillées, lardées, foudirent et disparurent.

Notre droite, moins heureuse devant l'épaisse armée anglaise, avait faibli. Yillars, pour la sauver, prit des troupes au centre; il chargeait à leur tète, quand un coup de feu lui brisa le genou. On l'emporta évanoui. Heureasement, le vieux Boufflers, qui éta't venu généreusement l'aider et qui déjà avait eu ce succès de la gauche, accourt au centre. Eugène jeta là trente mille hommes qu'il avait de trop. Boufflers avec sa cavalerie, qui n'avait pas encore donné, chargea, rechargea je ne sais combien de fois. Tout

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