‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 84 sur 108 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

I.ODÎS XV. — RÉGENCE DU DUC D'oRLÉANS. — DUBOIS. - UW, LE SYSTÈME. — CONSPIRATION DE CELLAMARE. — GUERRE AVEC L'ESPAGNE. — MARIAGES ESPAGNOLS. — MORT DE DCBOIS ET DO RÉGENT. — VOLTAIRE. — MONTESQUIEU.

Louis XT (1715-1 774). — EspHt de la Régenee. — L'aimable génie de la France, lumineux, humain, généreux, éclate le lendemain de la mort de Louis XIV dans tous les actes du Régent.

Le principe d'où part son conseil de finances est celuici : Point de banqueroute^ mais de fortes réformes économiques, une juste réduction de V intérêt des rentes. Les rentiers qui n'acceptent pas la réduction seront remboursés de leurs capitaux (par termes, de six mois en six mois). On rembourse une foule d'offices onéreux pour l'État par un très juste emprunt que l'on demande à ceux qu'on ne supprime pas, et dont les charges seront d'autant plus fructueuses.

Pour la première fois, on proclame les garanties de Tavenir. Nul impôt désormais qu'en vertu de la loi (la loi d'alors, les arrêts du conseil). Plus de taxes frappées par simples lettres de ministres. Plus de vivres ou fourrages enlevés pour les troupes. Les agents qui accablent de frais les contribuables restitueront au quadruple. Chose bien

singulière, on promet récompense aux receveurs qui poursuivent le moins^ qui font le moins de frais !

Quel changement depuis le dernier roi ! et quelle différence profonde d'avec tous les rois antérieurs! Qui règne? moins un homme que le libre esprit et la grâce, le parti de f humanité.

Le Bégent avait eu un sacre singulier, un beau baptême que n'eut nul roi du monde, d'être le martyr.de la science. Il avait failli périr comme empoisonneur, pour son amour de la chimie. Son premier soin fut d'émanciper l'Académie des sciences. Il ouvrit la Bibliothèque royale au public. Il fonda dans le Louvre une Académie des arts mécaniques. Il donna sans compter, aux savants, aux artistes, aux gens de lettres. Et il donnait bien plus que de l'argent, un ravissant accueil, leur parlant à tous leur langage, leur disant des mots justes, éloquents, pénétrants, qui montraient qu'il était des leurs, des mots émus pour la science, pour eux des paroles d'ami.

SltOAtloii de la France. — Teniatt^ea de réformes.

— iVoaiiies. — Le grand roi lui laissait un terrible héri. tage, une situation contradictoire, absurde et sans issue,

— trois dangers, dont un seul pouvait être mortel pour la France :

1^ La caisse vide, la banqueroute, rien pour payer les troupes, impossibilité d'armer;

2® L'Europe irritée, l'Angleterre provoquée, la paix presque rompue, donc la nécessité iVarmer;

3^ Un testament funeste qui, en léguant le pouvoir au bâtard, risquait de le donner réellement au roi d'Espagne, dunt le duc du Maine n'eût été que le lieutenant. On croyait à Madrid, on disait à Paris, que Philippe Y, seul, sans armée, entrant de sa personne en France, comme oncle, prendrait la tutelle et déposséderait le Régent. De là, pour celui-ci , une situation chancelante, la nécessité déplo-

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rable (où Ton vit jadis Henri IV) d'acheter un à un, dans une telle pénurie, les princes et les grands qui vendaient leur fidélité.

Dans Tordre civil et financier, la grande réforme proposée dès Colbert était la faille proportionnelle y la vraie égalité qui doit être inégale, c'est-à-dire peser sur le riche. Mais quel était le riche? Le clergé, la noblesse. D s'agissait de les mettre à la taille, de les rendre taillabiés f Horrible affront dans les idées du temps. Tel était le but, la portée de cette réforme.

Le Régent et Noailles accueillirent les plans qu'on présenta, en ordonnèrent l'essai. Partout on trouva des obstacles, et dans qui? Dans le peuple aveugle et ignorant, que les privilégiés ameutaient contre tout changement.

Trois mois dressai montrèrent que toute grande réforme politique était impossible. On dut rentrer dans le fangeui ruisseau de Chamillart et Desmarets, dans les banj^ueroutes partielles. On avoua le vide, la ruine; on déclara que le dernier roi avait mangé l'avenir même (7 décembre). On fit, comme Desmarets, de la fausse monnaie; du moins, on donna à celle qu'on frappa une valeur fictive. On annonça l'examen solennel, non seulement de ce qu'on appelait les affaires extraordinaires, mais de tous les titres publics. Il y avait lieu d'examiner certainement. Les traitants avaient agi avec le dernier roi comme avec un fils de famille à pou près perdu ; ils lui prêtaient à 400 pour 100. Ce n'est pas tout. La comptabilité était si mal tenue, qu'il y avait une infinité de doubles emplois, des titres doubles. Les receveurs généraux, sous prétexte d'avances (exagérées et mal prouvées), ne rendaient plus rien au Trésor, agio* taient avec l'argent des recettes; ils faisaient circuler un nombre infini de billets, et, sous noms supposés, prêtaient au roi son propre argent. Le grand parti de l'argent, dans ces bons sentiments, sournoisement employait son arme or-

RÉFORME DU RÉGBMT. ilt

dinaire en révolution, n'achetant rien, augmentant la misère, mettant îe marchand, l'ouvrier, au désespoir.

Ainsi exaspéré, le plus doux des gouvernements n'eut de ressources que dans les moyens de terreur. Le 12 mars 1716, on établit une chambre de justice contre les traitants usuriers, les comptables agioteurs, les munitionnaires en' graissés du jeûne de nos armées, etc. Grand bruit, force menaces. On montre la torture; on parle d'échafaud. On prétend faire payer 200 millions à 4000 personnes. Mais ces sévérités n'étaient pas de ce temps. Nombre de seigneurs charitables, des femmes spirituelles et charmantes, s'intéressent pour les financiers. On entoure le Régent des plus douces obsessions. Ce n'est pas un barbare. Il faiblit; il trouve fort doux que cette justice tourne au profit de ceux qu'il aime. Les traitants sont sucés par ces agréables vampires, sans que l'État y gagne presque rien. Noaiiles, sa chambre de justice, sont sifDés, désespèrent. En vain, dans sa fureur, il encourage les dénonciateurs, jusqu'aux laquais, qui peuvent sous des noms supposés accuser et trahir leurs maîtres. Il fait plus, il appelle à lui le paysan ; il promet aux communes où les traitants ont leur château une part dans les confiscations.

Le grand visa des titres, des rentes, etc., avait mieux réussi. Il fut fait rudement, mais avec intelligence, par quatre aventuriers du Dauphiné, les frères Paris. Ils épargnèrent autant qu'ils purent les militaires et les communes, frappèrent surtout les détenteurs de titres, passes par plusieurs mains, achetés à bas prix. La dette fut réduite à peu près à la moitié, et cette moitié convertie en titres nouveaux qu'on appela billets d'État.

Noaiiles, in extremis, déclare que, pour se relever, il faudrait un miracle, quinze ans d'économie, donc, toute une réforme morale, un gouvernement ferme, une noblesse désintéressée, plus de luxe, plus de plaisirs. Cette

vieille société, gâtée par cent années de vices monarchiques, la réduire tout à coup à la vie de Caton !

Fatalité terrible de ce siècle. Nul ne peut pour le bien, tous pour le mal. Le tableau désolant que l'on fait de la France à la mort de Louis XIV, on l'a à la mort du Régent, on l'a à la mort de Fleury, à la chute de Gboiseul. Ce que Forbonnais dit de 1715» d'Argenson le dira de 1740, et les économistes de 1760, enfin Arthur Young en 1785.

Ces vérités terribles crevaient les yeux des hommes de bon sens. Il éhit déjà évident que la réforme de Noailles ne ferait rici^, que la Régence resterait faible, bavarde, à vouloir le bien, faire le mai. La France, détendue, n'avait plus même sa ressource de 1709, la fièvre, le nerf du désespoir. Elle gisait, inerte, après l'accès. Et qu'adviendrait-il d'elle, si ses démembreurs acharnés, les deux dogues, Marlborough, Eugène, la surprenaient sur le grabat? L'Angleterre n'avait pas à la guerre un intérêt réel, puisque déjà l'Espagne, et la France bientôt, offraient sans guerre tous les avantages qu'elle désirait.

Dubois. — Law. — Il se trouva un homme qui, sans souci d'honneur, d'orgueil, vit nettement l'intérêt des deux nations, le leur fitvoir, éclaira les Anglais eux-mêmes. C'était Dubois, un intrigant et qui le fut ici utilement I

Il avait du flair, de la ruse, un pénétrant instinct. Hais, pour mentir à "aise, il feignait d'hésiter, il avait l'air de chercher sa pensée, bégayait, zézayait. Dans ses lettres, c'est tout le contraire. Il écrit de la langue nouvelle el si agile qu'on peut dire celle de Voltaire. C'est un homme d'affaires vif et pressé, entraînant, endiablé, terrible pour aller à son but; et avec cela amusant, pétillant.

Il avait fait alliance occulte avec un charlatan, puissant parce qu'il était sincère. C'était le brillant Law, Écossais de naissance, mais de génie, d'éloquence irlandaise. Un merveilleux poète en finance, et d'un singulier attrait per^

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