POLITIQUE DU CARDINAL DUBOIS
sonnel, doux, aimable, cliarmant, né pour gagner lout homme. Son étrange beauté féminine (dont les portraits témoignent) n'aidait pas peu à la fascination. La laideur de Dubois, près de lui, devenait moins laide.
Law et Dubois arrivaient par la force des choses. Pourquoi? c'est que seuls ils voulaient, Law croyait, voulait, proposait. Il avait sa foi : le crédit.
p*iitMpi« pa«ifl^pi« d« Debois. — - Dubois était un croyant, à sa manière. Fripon, ambitieux, voué à l'Angleterre, flatteur de Rome, il eut pourtant certainement un idéal qui fit son âpre passion, il poursuivit (par des moyens indignes) un but très beau, très grand : le solide établissement, la fondation de la paix du monde.
Tant qu'elle n'existait pas réellement, ni la France, ni l'Europe ne pouvaient se relever. Pour atteindre ce but, il fit des choses incroyables. Lui, qui n'adorait que l'argent, il en donna [jusqu'à payer des subsides à rAutriche! jusqu'à payer le czar, pour qu'il fit grâce à la Suède.
Pour terminer l'interminable guerre, il eût fallu surtout désarmer à la fois les deux principaux combattants, l'Autrichien, TEspagno). Hais rAutriche,avec son Eugène, qui vient de gagner sur les Turcs deux grandes batailles, crève alors de force et d'orgueil. Reste l'Espagne. Dubois n'hésite pas. Il paye l'Autriche et noie l'Espagne. Tout finit. Le monde a la paix.
En travaillant contre l'Espagne, Dubois incontestablement eut pour raison suprême l'intérêt de ses maîtres, le solide affermissement du roi d'Angleterre Georges et du Régent, la fondation définitive des maisons de Hanovre et d'Orléans. Hais cette politique personnelle était le salut de l'Europe, celui de l'humanité. Supposons l'Espagne à Paris, et Philippe V régent : quelle nuit profonde, affreuse! quelle servitude épouvantable de la presse, de toute société, du clergé même!
414 ANI£GË D'BISTOIRE DE FRANCE.
L'Espagne, c'était l'ennemi. Elle conspirait contre le monde. Elle portait, ayec le Staart, le prétendant, fils de Jacques II, le drapeau de la barbarie. Les jacobites anglais voulaient solder le roi Charles XII de Suède, et, ce vrai diable aidant, faire sauter TAngleterre.
Le cardinal Alberoni, premier ministre d'Espagne, avait repris ce plan. Il ne varia pas là-dessus. Il soutint que l'affaire d'Angleterre devait précéder tout, qu'on ne pouvait agir en Italie, en France, qu'à la faveur de ce grand coup de foudre.
i.a tiartic— c ém Mmimm. — A son avènement, le Régent avait promis aux princes du sang, à H. le duc de Bourbon, fils de Coudé, qu'on ôterait aux faux princes, bâtards adultérins, le droit de succéder au trèue que leur avait donné le feu roi. Cela fut exécuté en juillet 1717, et dès lors, la duchesse du Maine, née Condé, et tante de M. le Duc, mais furieuse de voir son mari descendre, implora Tappui de TEspagne.
Elle avait des amis au Parlement (le président de Hesmes et autres). Elle en avait dans la noblesse, où deux hommes ruinés, Laval et Pompadour, étaient déjà en rapport avec Cellamare, l'ambassadeur d'Espagne. Enfin, elle s'adressa au grand trio jésuite qui avait gouverné à la fin de Louis XIV. L'un des trois, le père Tournemine, lui donna un baron Walef, aventurier liégeois, peu sûr, fort étourdi, qu'elle envoya à Philippe Y.
On voulait que ce prince mît le feu aux poudres en écrivant aux Parlements et demandant les États généraux. La lettre, ayant fait son effet, aurait été suivie 'd'une armée espagnole.
Le Régent savait tout. Dans l'automne de 1717, il fit luimême avancer des troupes vers les Pyrénées, encouragea les grands d'Espagne qui voulaient chasser l'étranger (Alberoni, la reine), s'emparer du roi, des infants. Seule-
QUADRUPLE ALLIANCE. 4i5
ment il refusait d*autori8er le coup qui seul eût tout tranché, l'assassinat d'Alberoni.
lia quadruple aiUaaee. — Le czar était tout Espagnol en ce moment par sa haine de rAutriche, par son extrême crainte que la France ne prit avec elle des engagements définitifs. Le Régent Tamusait^ faisait croire et à TEspagnoI et au Russe qu'il n'était pas décidé à signer. Hais, dès le commencement de juillet, le comte de Stanhope, confident du roi Georges, était arrivé à Paris, et, dans une parfaite intimité, ils avaient réglé la future quadruple alliance.
Le vrai sens de ce traité était celui-ci : la France, TAngleterre et. la Hollande commandaient, au besoin exécu^ taxent la paix définitive.
L'Autriche, victorieuse des Turcs, bouffie de ses victoires, et qui rêvait toujours et l'Espagne et les Indes, on Tobligeait enfin d'y renoncer, en recevant un joli joyau, la Sicile.
Malgré l'Autriche, on assurait à la reine d'Espagne pour ses enfants j non seulement la succession de Parme, mais celle de Toscane. Clause obstinément repoussée de l'Empereur, à qui les ports de la Toscane semblaient une porte ouverte par où la France rentrerait à volonté en Italie.
L'Autriche refusa longtemps, et même, après avoir signé, elle voulait encore revenir sur ses pas. L'Espagne refusa bien plus obstinément encore. Alberoni, pressé làdessus par les Anglais, se fâcha, menaça. Il croyait les tenir par l'intérêt commercial, croyait que les ministres et les chefs politiques n'oseraient, par une rupture, compromettre les banquiers, marchands et armateurs de Londres, qui exploitaient l'Amérique espagnole.
Croerre de l'Ang^leierre avec l'£spa|[^e. — Alberoni. — Défalle de la flotte eapafi^nole (1718). — Quoiqu'il fût
hautement désirable pour le Régent que l'Espagne fût coulée à fond, quoiqu'un grand coup frappé par l'Anglais sur
4lt AMWÊGÊ, iriilSTOnK DE FRANCK.
AlberoBÎ dot aossi effrayer, abattre ici ses ennerob, il ûi, par son agent, Nancré, avertir cet aveugle an bord du précipice. Il le pria de ne pas se perdre, de ne pas lui donuer, â lui Régent, cet avantage décisif et cruel.
Naacré ne trouva àHadrid quedes sourds et des insensés. Vainqueur sans combat (3 juillet), le pavillon d'Espagne flotte à Païenne. La conquête paraissait certaine. Celte flotte d*£spagne, tout lui réussissait. Elle avait pris Palerme et elle allait prendre Messine, quand elle se vit suivre de près par Tamiral Byng, par sa flotte, plus forte en canons.
Surpris et séparés, ne pouvant même combattre, les Espagnols, avec toute leur vaillance, furent irrésistiblement poussés à la côte, ou coulés. Un de leurs capitaines irlandais s'enfuit le premier. Plusieurs vaisseaux furent mis en feu. Vingt-trois périrent ou furent pris, avec 700 canons et 5,000 hommes. Byng renvoya les officiers, s'excusant froidement c de ce malentendu, pur accident, survenu par la faute de ceux qui tirèrent les premiers. »
Cruel, déplorable désastre, — mais qui faisait la paix da monde.
CoBspiraitoB éie Ceiianuire. — Madame de MaiotenoD, dans sa pieuse retraite, octogénaire et si près de sa fin, suivait de l'œil les destinées du duc du Maine, son élève, ne désespérait pas de voir renverser le Régent. Elle accueillît avec bonheur la nouvelle des agitations de la Bretagne (24 janvier 1718). Les conjurés de Sceaux comptaient eu profiter. M. de Laval, en Bretagne, M. de Pompadour, en Poitou, voulaient créer t^ne Vendée, On revenait au plan d'Alberoni, qui méditait, avant tout, de tenter un coup sur Londres, agir en Bretagne, en Poitou. Cela n'était point foa, comme on l'a dit. Alberoni avait encore des vaisseaux pour un coup de main. L'homme d'exécution, dont le nom valait des armées, Charles XII, existait encore. Il ne fut tué qu'en décembre.
GUERRE AVEC L'ESPAGNE. 4f7
La noblesse de Bretagne, remuée par des femmes (absurdes, énergiques et jolies, comme sont volontiers les Basses-Breltes), fermentait et s'armait. Les papiers qu'on trouva sur l'ambassadeur d'Espagne, Cellamare, étaient peu de chose, dit-on. Au fond, on n'en sait rien ; car Dubois seul eut ces papiers. Il en ôta ce qu'il voulait. Il ne se souciait pas d'entrer dans un procès sanglant, où ni le Rége.>ni l'opinion ne l'auraient soutenu. Personne ne savait que Philippe V était un parfait Espagnol; on n'y voyait qu'un prince français. Ses adhérents ne se croyaient point traîtres. Us ne soupçonnaient pas le gouvernement monstrueux qu'ils auraient donné à la France.
Frapper le duc, la duchesse du Maine, c'était grandir H. le Duc. Bonne raison pour les épargner. On tint quelques mois la princesse emprisonnée. Richelieu, mademoi« selle Delaunay et autres, furent quelque temps à la Bastille, mais avec toutes sortes d'agréments, de douceurs.
On ne pouva't punir sérieusement. Et cependant, il y avait vraiment crime et conspiration. Le 8 décembre, les papiers saisis étant arrivés à Paris, on arrêta l'ambassadeur d'Espagne Cellamare. Pas décisif qui impliquait la guerre.
Guerre avec l'Espagne (1719-1720). On pouvait devi'
ner les résultats. Philippe Y n'apparut que pour voir tomber Tune après l'autre ses meilleures places, Fontarabie, Saint- Sébastien. Il avait cru gagner l'armée française. Et le contraire eut lieu. Les Basques espagnols demandaient à se faire Français. Cela acheva le pauvre roi.
Notre armée et la flotte anglaise, aux deux rivages, à Touest et à l'est, brûlèrent les vaisseaux commencés, les chantiers, les arsenaux. On en blâma fort le régent, comme d'une lâche complaisance pour TÂnglelerre. Mais quoi! ces vaisseaux achevés, Âlberoni s'en servait contre nous, et les envoyait en Bretagne.
Ëjm banqae de i<»w. — Law avait débuté par un bienfait qu on ne pouvait nier. li avait créé ane Banque qui n'exigeait des actionnaires qu'an quart en argent, acceptant pour le reste nos malheureux billets d'Etat, résidu de la banqueroute, dépréciés dès leur naissance. Dès lors, ils furent moins rebutés. Le crédit public fut un peu relevé. L'industrie, le commerce, reprirent du moins espoir. Cette Banque, par son escompte modéré, supprima l'usure. Celui qui prenait ces billets (valeur fixe, réglée uniquement sur un poids d'argent), n'avait pas à craindre les variations ruineuses que les monnaies subissaient sans cesse.
L'État, comme les pai'ticuliers, trouvait ces billets fort commodes. M. de Nouilles, quoique ennemi de Law, autorisa les comptables à recevoir les impôts en billets de sa Banque. Tout était libre et sûr dans cette institution. Contre les billets présentés, on vous donnait sur-le-champ des espèces. Et tout était lumière: les actionnaires euxmêmes gouvernaient la Banque républicainement. De là, modération, sagesse. Ces billets si recherchés, on n'en crée en deux ans que pour cinquante millions.
Les choses allèrent ainsi jusqu'à l'agonie de Noailles L'État alors, dans sa détresse, regarda vers cette Banque brillante et prospère, y chercha un secours.
La Compagnie d'Occidenty fondée au capital de ceat millions, quelles que fussent ses chances de ruine, pour un moment fut le salut pour nous. Elle absorba une masse de ces billets sous lesquels on pliait. Elle permit de supprimer un impôt très lourd, le dixième. Law avait trop de sens et d'expérience pour croire, en pur banquier, que tout est dans ces questions du numéraire et du papier. En véritable économiste, il sut et dit très bien que la vraie richesse d'un État est dans la population et le travail, dans Thomme et la nature. Chez ce rare financier, le génie semble éclairé par le cœur. Les hommes sont pour