‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 86 sur 108 · SYSTÈME DE LAW · texte numérisé non relu

SYSTÈME DE LAW

lui des chiffres et non pas des zéros. Ses projets ne respirent que l'amour de rhumanité. Il répèle souvent que tout doit se faire en vue définitive des travailleurs, des producteurSy € qu'un ouvrier à vingt sous par jour est plus précieux à l'État qa'un capital en terre de vingt-cinq mille livres, » elc.

I<e •ystènte. — Idées fie La^v. — Révolntloii flnaii'

eiére et territoriale. — Sans lui prêter, comme on a fait, les^dées trop systématiques d'aujourd'hui, révolutionnaires ou socialistes, il est certain que par la force des choses, le Système, comme on appelait cette opération, créait une république. Cet établissement intimement lié à celui de la grande Compagnie, y trouve un appui mutuel. Les profits de change et d'escompte, les profits du commerce, ceux de l'exploitation du Nouveau Monde, voilà ce qui doit relever lÉtat.

Le 4 décembre 1718 avait eu lieu, dans la nuit, la révolution financière, la Banque déclarée royale. Autrement dit, le roi banquier.

Coup subit, tenu fort secret. Le Régent n'appela que le duc de Bourbon, Law et le duc d'Antin. D'Argenson, le garde des sceaux, qui, ayant les finances, eût dû être appelé le premier, ne sut rien qu'au dernier moment. Rival de Law avec les Duverney, il croyait bien être chassé, et fut trop heureux de garder les sceaux.

Le Roi, représenté par le Régent, rachetait les actions de la Banque, reprenait le métier de Law (qui n'était plus que son commis). Louis XV recevait des dépôts, faisait Tescompte, tenait la caisse. Mais on pouvait se rassurer : elle serait, cette caisse, bien gardée, vérifiée sévèrement, strictement fermée de trois clefs différentes (celles du Directeur, de Tlnspecteur, du Trésorier). On n'émettrait de nouvelles actions que sur un arrêt du conseil. Seul ordonnateur, le Régent. Le trésorier, finalement,

placé SOUS les yeux vigilants et du conseil et de la chambre des comptes.

Dans la hausse rapide, impétueuse, qui se fit, Law fut emporté dans les airs comme un ballon sans lest, ou rhomme qu'une trombe eût pris en plaine, soulevé, pour rasseoir à la pointe de la flèche de Strasboui^.

Il avait stupéfié, plus que vaincu, ses ennemis. Ils n'étaient pas moins là, campés autour de lui, pour le ruiner, le démolir. Armée serrée, compacte. Avec les Duverney, les meneurs de la bajsse, marchaient toute la mall6te, les fermiers généraux, leur cent mille gabeleux^ rats de cave, huissiers et recors. A ce corps régulier, ajoutez les troupes légères, les associés, intéressés, les accapareurs, fournisseurs, leurs agents, employés, mangeurs, rongeurs de toute espèce.

Law n'était pas myope. Il voyait, pour comble d'effroi, sous ses pieds mêmes et sous sa base unique, je veux dire auprès du Régent, Stairs, l'ambassadeur d'Angleterre, qui montraitle poing, et son compèreDubois, qui minait et sapait.

Contre cet affreux dogue, Stairs et ses dents, Law ne se rassurait que par un bouledogue qui valait l'autre pour la férocité. Derrière les princes, arrivait la file infinie de la mendicilé (Tépée^ les grands seigneurs qui daignaient protéger Law en tendant la main, les nobles et quasi-nobles, un monde de pauvres menaçants.

Yoilà les deux abîmes que Law vit béants à ses pieds. A droite, le précipice où la maitôte et les Anglais voulaient le faire tomber. A gauche, ce gouffre de noblesse.

Ruiné par le Système, il écrivait en 1724 : c On a mis sur la scène l'exemple du désintéressement dans le personnage d'Ésope. Ses ennemis l'accusèrent d'avoir des trésors dans un coffre qull visitait souvent. Ils n'y trouvèrent que l'habit qu'il portait avant d'être ministre. Moi, je suis sorti nu ; je n'ai pas sauvé mon habit. Ji

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Cela est bcauy pourtant ne suffit pas. Sjditîr nu, ce n'est pas assez. L'essentiel est de sortir net. Ésope retrouva mieux que riiabit : Vhonneur. Law a4-ii retrouvé le sien? Il est mort sans parler, a abandonné sa mémoire. Il nous reste une énigme. Pourquoi? Il n'eût pu se laver que par le déshonneur des autres, et de ceux qui restaient puissants.

En Law fut, si je ne me trompe, bien moins l'invention que la concentration des idées capitales du temps. Quelles sont ces idées? J'y distingue ce que j'appellerai le plan et l'arriéra -ptoft, une révolution financière, une révolution territoriale.

Le plan, c'était : 1* L'extinction de la nialtôte, la destruction de l'épouvantable machine qui triturait la France. Peu, très peu d'employés. Quarante mille préposés de moins. Plus de pachas de la finance, plus de fermiers généraux, plus de receveurs à gros profits, qui faisaient des affaires avec l'argent des caisses. Trente petits directeurs (à 6000 francs) remplaçaient tout cela.

2^ L-extinction de la dette, la libération de l!État. Law se substituait aux créanciers en prêtant 1 500 millions à 3 pour 100, remboursait le créancier en espèces ou en actions. On était sûr qu'il préférerait ces actions en hausse, qui, revendues au bout d'un mois, donnaient un bénéfice énorme.

Ce que j'appelle Varrière-plaUj c'était non seulement Tégalité de rimp6t territorial, mais une vente des terres du clergé. A peine contrôleur général, il fit examiner au conseil un projet pour forcer le clergé de vendre tout ce qu'il av.iit acquis depuis cent vingt ans.

Le 27 août, fort inopinément, par un simple arrêt du conseil, la révolution s'accomplit; la Compagnie des Indes prend les fermes à ses adversaires, et se charp;c de lever i impôt . Toute rente sur TÉtat est supprimée ; la Compagnie

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remboursera la dette en émettant des actions rentières 1 3 pour 100 que recevront les créanciers de TÉtat.

L'anti-Système périt; Duverney est vaincu. Le Système est vainqueur, ce semble. La masse des rentiers voit brusquement fermés les bureaux des payeurs, avec quelle inquiétude!

Ni Law ni le Régent n'avaient rien à gagner à cela, qu'une immense malédiction, la ruine du présent et la honte dans tout l'avenir.

Il avait obtenu de grands résultats, et allait en obtenir d'autres. Son beau projet d'égalité d'impôt n'était nullement abandonné. Celui d'obliger le clergé à vendre une partie de ses biens ne pouvait que plaire au Régent. La Compagnie des Indes montrait une activité inouïe. Eu mars 1719 elle n'avait que seize vaisseaux, et elle en eut trente en décembre; elle en acheta douze en mars 1720. En juin, son bilan révéla qu'elle possédait ou avait en construction (vrai prodige !) trois cents navires. Elle fondait, à la fois, ici le port de Lorient, là-bas la Nouvelle- Orléans. Quelle gloire pour le Système ! et comment laisser tout cela ! Il avait, à partir d'octobre, réalisé d'un coup les vues de Boisguilbert, devancé Turgot, Necker. Les vieilles barrières des douanes intérieures entre les provinces tombèrent par enchantement, les cent tyrannies ridicules qui tenaient le royaume à l'état de démembrement permanent. La libre circulation du blé, des denrées commença. On ne vit plus le grain pourrir captif dans telle province, tandis qu'il y avait famine dans la province d'àcôlc. Les hommes aussi librement circulèrent. Le travailleur put travailler partout, sans se soucier des entraves municipales. Un maître menuisier de Paris fut maître aussi, s'il le voulait, à Lyon. Ainsi le pauvre corps de la Fiance étouffée eut pour la première fois. les deux cliuscs sans lesquelles il n'v a point de vie : circulation^

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respiration. On le vil sur-le-chainp. 11 fallut ouvrir de Ions côtés des routes immenses. Admirable spectacle !

Law avait eu un moment la pensée de quitter tout, d'aller à Rome.

Ciomm/snt eût-il pu quitter, fuir sa création commencée, par faiblesse et lâcheté! C'eût été le dernier des hommes, le plus méprisé des siens mêmes. Par tous les moyens, dons, pensions, achats, etc., Law s'assure des protecteurs. C'est comme une sorte dé ligue, de confédération, qui se fait entre les seigneurs pour lui, pour le Système. Le grand distributeur est le Régent, la machim à donner, c le grand robinet des finances, ^ ouvert, et qui laisse aller tout.

Law, avait promis de ne pas augmenter le nombre des billets de banque, mais il ne pouvait faire face aux besoins qu'en en fabriquant de nouveaux (de février en mai, près de quatorze cents millions !)• Dès le 28 janvier, ii leur donna ua cours forcé, obligea de les recevoir comme monnaie. En même temps, la monnaie métallique était perséculée et par les variations qu'on lui faisait subir, et par le rappel qu'on fit des anciennes monnaies décriées. On en fit des recherches, des poursuites, des confiscations chez les particuliers et dans les couvents môme. Tout ce qu'on essayait d'exporter était confisqué.

Les riches du Système, M. le Duc, le prince de Conti, etc. , gorgés par lui, en devinrent les plus cruels ennemis, ar* dénis apôtres de la baisse, oulrageux insulleurs de Law et du papier. Bien plus, le 22 février (1720) Conti arrive avec trois fourgons dans la cour de la Banque, il vient réaliser en espèces ses actions, emporter l'or que ses légitimes possesseurs apportent avec tant de regret (une loi du 27 février avait fait défense d'avoir chez soi plus de cinq cents francs). Conti en plein jour, devant une foule ébnftie emporte quatorze millions. M. le Duc le 2 mars fond à son

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lour sur la Banque, lui protecteur de Law el le chef de la hausse. Il donne le signal de la baisse, en exigeant quNin lui change sur Theure, en or, ses vingt-cinq millions de papier. Dans leurs orgies, ne pouvant brûler l'homme, ils brûlaient des billets, pour bien convaincre le public que ce n'étaient que des chiffons.

C'est le moment où Blount, imitateur et concurrent de Law, à Londres, a présenté son plan aux Chambres. Heureuse chance pour lui. Il leur montre Paris en baisse, la ruine imminente de Law. L'enthousiasme des Communes, l'approbation des Lords accueillent le bill présenté, qn'on votera le 3 avril.

Chute de Law (1720). — Dès lors touté la spéculation s'embarque, passe le détroit. L'action de Blount monte, en mai, de 130 à 300 ! En août, jusqu'à 1 000 ! A lui maintenant le tréteau. Il crie plus fort que Law. Law promettait 40; Blount promet 50 pour 100!

La baisse fait des proportions effrayantes. Dès deux où trois heures de nuit la foule des pauvres se presse aux portes de la Banque, attendant leur payement, leur pain. Dès le 2 juin il y a eut des personnes étouffées. Le 5 on enfonçait les portes si la troupe n'eût chargé. Devant ces scènes affreuses, cette espèce de siège que soutenait la Banque, Law regarda sa femme comme veuve, et pour elli obtint du Régent, non faveur, mais restitution, le titre d'une rente exactement proportionné au capital qu'il avait apporté en France, c rente qui ne pourrait être saisie pour aucune cause » (5 avril 1727). Ainsi, nul bénéfice, nul avantage stipulé. Pour cet immense effort de cinq années, il ne réclamait rien. Cependant les Paris, ses violents ennemis, étaient revenus de l'exil. Leur faction fitsQ|H primer la Banque (10 octobre). Ils avaient obtenu le 30 une défense générale de sortir du royaume sans passe-port, annonce claire des mesures violentes dont on frapperait les

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