CBUTB DE LAW. — LE VISA. 42S
enricbisy des spoliations, des procès, d'un visa nouveau et peut-être d'une nouvelle Chambre de justice. Qui le premier y eût été traîne? Law sans nul doute. Et qu'eùl-il dil^ Eût-il pu se défendre sans accuser les princes, et les pro* fusions du Régent, et les brigandages de M. le Duc? Celui* ci réfléchit, arrangea le départ de Law. Dans une belle voiture de promenade à six chevaux, il .monta avec le chancelier de la maison d'Orléans.
Hors de Paris attendait une autre voiture, du duc de Bourbon, une rapide voilure de voyage pour le mener à la (lus proche frontière. Un fils de d'Argenson, intendant sur cette frontière du Nord, l'arrêta à Haubeuge, demanda à Paris ce qu'il fallait en faire. Réponse : € Le laisser pas^ ser, mais lui retenir sa cassette, > une cassette des bijoux de sa femme, dernières ressources du proscriL
Le Tiaa. — Les seigneurs qui avaient établi leurs fortunes, qui gardaient les mains pleines n'étaieul pas sans inquiétudes. Le violent Paris Duverney organisa au Louvre une vaste inquisition financière qui devait examiner et viser tout titre, tout papier (actions, billets, quittances, etc.), distinguer les bons des mauvais. On frappa coup sur coup, on annula tout papier non visé. On confisqua toute acquisition non avouée. En moins de rien on jugeaia fortune d'un million d'hommes.
de fut en bas, sur les grandes masses, sur la partie active de la population (un million de familles) que tomba louideiBent d'aplomb l'écrasement du visa. Ils avaient reçu en payement de mille manières, des papiers de toutes sortes, spécialement des papiers- monnaie qui avaient cours forcé. — Au visa tout fondit. Ils se trouvèrent n'avoir presque rien dans les mains. Et ce rien, ils ne pourront le toucher. L'État ne leur en fera que la rente à un taux misérable; rente si peu sûre que nul ne voudrait acheter.
Si.
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(i9 août 1723). — Dans cette détresse^ deux morts goufernaient le royaume, pour mieux dire, faisaient semblant. Le Régent et Dubois, vieux fripon toujours entre deux crises, pourraient à chaque instant passer demain. Dubois, avec les apparences d'une activité furieuse, reste inaccessible et s^enferme. Pour les choses pressées nul moyen d'arriver à lui, il ne fait presque rien. Combien moins le Régent dans sa torpeur apoplectique!
Après sa mort, un burin véridique (de la belle galeriede Restout) donne la triste réalité. Là il fait peine. Il est fort sombre, fort lourdement bouffi, avec de gros yeux injectés, saillants et pleins de sang, qui vous disent : c Je mourrai bientôt. »
Avec tous ses vices il n'était pas méchant, et même à cette époque où il était tombé si bas, tellement matérialisé et incapable de tout bien, il n^eût pas goûté un plaisir cruel. En cela il ne fut nullement du temps qui finit la Régence, temps àprement corrompu et cruel qui appartient déjà à l'époque de M. le Duc. Il aurait voulu être aimé. Il l'espéra deux fois, dans la réforme de Noailles et dans l'utopie do Système. Deux fois il retomba. Il adorait ses filles, voulait pour elles des mariages royaux.
Il n'y avait rien à faire en Angleterre. Les mariages étaient en Espagne. De là de grands ménagements pour cette cour. De là, servitude pour Rome, servitude aux jésuites. On fait la révérence à la bulle Unigeniius. On l'inflige an Parlement même (nov. 1720). Cascade inouïe de bêtises.
Pour Dubois et le Régent, si dépendants de l'Angleterre, la grosse question est de savoir comment elle prendra les mariages espagnols qui vont relier les Bourbons. Dubois l'endort, fait faire à Londres notre traité avec l'Espagne. Tout pour elle : 1"! seule elle aura Vassiento^ la vente des nègres ; 2* elle aura la porte de la fraude avec le Nouvean
MARIAGES ESPAGNOLS. iti
Monde. L'Espagne, ainsi livrée à la bnilalité anglaise, l'Espagne, vendue par Dubois, va être aparemment Timplacable ennemie de la France? Qu'espérer désonnais de cette cour aigrie, "ulcérée?
Ce fut tout le contraire. Étonnante lâcheté. Battue, elle devint bonne et douce, jeta tout sur Alberoni. Le roi, la reine, le chargèrent à l'envi, s'excusant bassement comme des écoliers.
Ce qui irrita beaucoup plus Alberoni que ces sottises, c'est qu'ils lui reprochaient leurs fautes, comme Tobstinationdelareineaheurtée à son Italie, àsaSicile,oùelle noya la marine espagnole, contre l'avis d'Alberoni, qui subor* donnait tout à la grande affaire d'Angleterre.
La cour d'Espagne dont il savait les secrets eût bien voulu le retenir; elle n'osa arrêter un cardinal. D'antre part, elle frémissait de le voir passer en France. Avant qa'Âlberoni eût atteint la frontière, une bande (selon lui envoyée de liladrid) lui barra le chemin pour le tuer. Hais il avait du monde, il fut brave, chassa ces coquins.
Cette cour, désolée d'apprendre qu'il n'était pas tué, de-, mandait qu'il lui fût livré. Le Régent refusa. Autant en fit la république de Gênes. En. Suisse, à Lugano, nouvelle tentative d'enlèvement ou d'assassinat. Les rois ont les bras longs. Il se|e tint pour dit. Pendant plusieurs années, sous. la protection de rÊinpereur, il se tint si caché qu'on ne . put plus le découvrir.
J'ai dit tout le danger d'une reine espagnole pour la France. Mais l'Espagne ne devait pas moins craindre les deux princesses françaises.
La future. reine d'Espagne, laissée à la servilité ignoble des nourrices, n'ayant ni tenue, ni décence, va étonner dans ce pays si grave, sera presque un objet d'horreur. Dubois brusqua l'affaire avec la reine. L'Italienne, élevée dans un grenier de Parme, et qui se sentait toujours un
peo de sa condition, quand on lui offrit à la fois ces choses énormes, de faire reine de France son bébé de quatre ans, et son petit Carlos un grand prince italien (roi d'Italie peut-être), elle ne se sentit aucune force de résistance.
Vanité et sottise. L'Escurialet le Paiais-Royal mariés! quoi de plus fou ! Un moyen sdr que l'Espagne et la France se ludssent solidement, c'était de les montrer de si près Tune à l'autre.
LMn&nte avait été reçue ici avec une pompe, des solennités incroyables. Partout des arcs de triomphe. Une dépense excessive, insensée, dans notre épuisement. On y mit des millions. On écrasa Paris.
Notre Française n'eut pas cet aimable accueil à Madrid. Elle était haïe avant de venir. Elle trouva la reine entourée de tous les ennemis de son père. Louis XY avait onze ans. Il n'était pas né gai, n'aimait personne. Quand on lui dit qu'il allait avoir une petite femme, il se mit à pleurer craignant d'être dérangé dans son ménage d'enfant.
Il était et resta sec et dur, muet. Le fond en lui était l'insensibilité, l'ennui, le rien. Il passait son temps à faire de la tapisserie, à s'entourer dès jouets de l'enfance. Et cela à trente ans. Son gouverneur, le vieux fat Yilleroi, le travaillait tout à Tenvers de sa nature. Son précepteur Fleury, vieux prêtre complaisant, n'essaya pas de l'instruire. Nulle idée morale.
Sa nature à onze ans eut une occasion de se montrer, Le 31 juillet 1721, il tomba très malade. Quand on le sut sauvé la joie populaire fut immense, touchante et ridicule. A la Saint-Louis, une foule énorme se porta aox Tuileries pour voir le roi. Tout cela mal reçu. Il oi lot excédé. A grand'peine il se laissa traîner au balcon. B se cachait, se tenait de cêté. Son irritation précoce éclata ailleurs dans un acte, un caprice cruel et sauvage. Il élevait une biche blanche qui ne mangeait que dans sa
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main. Il la fait mettre à distance, la tire, la blesse. La pauvre béte revient à lui et le caresse. Il l'éloigné encore et la tue (Barbier, avril, t. CGXIL). ,
■. I« Due. — Hort de Dubois. — Le duc de Bourbon
parait à l'horizon; il avance comme une sinistre comète, on va regretter le régent, que dis-je? regretter Dubois même. Celui-ci, avec tout son esprit, ses rires, ses airs d*audace, était au fond un plat petit coquin, craignant tout, n'osant dis* puter rien. Il lâcha tout au clergé, aux nobles, à la fmance, il retourna aux misérables expédients de Louis XIV! la double usure. — Dubois eût dû chercher appui dans un fort conseil de régence. Il fit le contraire, il brisa pour une question de préséance. Il exigea le pas pour les cardinaux.
M. le Duc, qui a la surintendance de l'éducation royale, compte bien Tavaler à la majorité. Dubois et le régent trouvèrent utile de mettre le roi à Versailles, et de briser, s'il le fallait, son gouverneur Villeroi. — Le 15 juin eut lieu le changement de résidence. Le roi était seul au premier avec Villeroi; au-dessous, au rez-de-chaussée, le régent plein d'égards délicats d'une paternité mêlée de respect pour le jeune roi. L'Angleterre intervint. Elle donna au régent le pouvoir et la résolution. On lu4 fit constituer un premier ministre qui concentrât tous les pouvoirs (23 août 1722). Dubois eut ses patentes avec Tassentiment de toute l'Europe. Cela rejetait loin H. le Duc. Il devait attendre deux ans l'héritage de Dubois. Mais comme surintendant de l'éducation royale; il vint prendre position sur le champ du combat,
mort du eardtnai Dvibots. — Dubois avait SOUS la main deux hommes à lui infiniment utiles, que M. le Duc le força de sacrifier. Gens de vigueur et de peu de scrupules, de main, d'épée, très bons en politique et meilleurs en police. C'étaient Leblanc, secrétaire d'Etat de la. guerre, et son jeune ami BeUisle, petit-fils de Fouquet^ H. le Duc les
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accused*avoir tripoté sur les fonds publics. En vain Leblanc, Bellisie, sont trouvés innocents (1"" juillet). M. le Due poursuit, il menace. Il les fait exiler.
Dubois ayant décidément perdu son épée de chevet, son jeune ministre de la guerre, fut forcé d'être jeune. II résolut de monter à cheval, de se faire connaître des troupes, à la revue de la Saint-Louis, de se donner auprès de la maison militaire le mérite des libéralités et des régals d'usage, de bien montrer celui dont tout avancement dépendait.
La revue le tua. Un abcès qu'il avait creva. Il aggrava le mal en le cachant. Il allait au conseil. Il faisait dire aux ambassadeurs qu*il irait à Paris. Une opération devint nécessaire et la mort la suivit de près (10 août 1723).
■lort ««récent (2décembre). — Tout retombe au Régent, et dans un état pitoyable, il tournait dans un cercle fatal, de l'impossible à l'impossible. Ceux qui lui suf|cédèreut, pour le rendre odieux, ont soutenu qu'il eût rappelé Law, qu'il pensait au papier-monnaie. Mais de cela aucune preuve. Ce qui est certain, c'est qu'il fit revenir de l'exil le duc de Noailles, le vit, le consulta.
Sa meilleure chance, c'était de laisser tout, d'échapper par la mort. Son médecin, Chirac, lui disa,it sans détour qu'il mourrait d'une hydropisie de poitrine, ou serait brusqueinenl enlevé par l'apoplexie. Il opta pour l'apoplexie, regardant une mort si prompte comme une faveur de la nature, ne faisant rien pour l'éviter et l'appelant en quelque sorte. Le 2 décembre au soir, il était en train de boire ses drogues. Tout à coup il glisse, il se raidit, il meurt.
La H«nriade. — L'avortement de la Régence ne doit pas nous faire perdre de vue les élans d'une vie qui malgré les rechutes ne peut plus s'arrêter. La belle, très belle révolution qu'il faut surtout noter, c'est l'humanisation, radoucissement singulier des opinions, le progrès de la tolérance. Naguère encore, Bossuet et Fénelon,
LA HKiNRiÂDE. — LETTRES PERSANES. i31
madame de Sévigné^ admiraient la proscriplion des protestants. Le meilleur prince du temps, un saint, le duc de Bourgogne, excusait la Saint-Barthélémy. Douze ans après, elle fait horreur à tout le monde. La Henriadey m poème peu poétique, n'en réussit pas moins, parce qu'elle la flétrit, la maudit. Voltaire, à ce moment, le Taillant étourdi, va prendre un héros protestant. Il va chercher an fond de l'histoire un Henri lY, alors si profondément oublié, qui restait mal noté, un ennemi de l'Espagne qu'à ce moment la France épouse. Ce Henri, il l'expose, comme héros de clémence, d'humanité, d'un cœur facile et tendre, bref, comme rhomme. Ce seul mot dit tout. La merveille, c'est que le poème pâlira et tombera avec le temps et justement ; Henri IV restera. Voltaire réellement l'a refait. C'est l'idéal nouveau et accepté du siècle. D'autant baisse Louis XIV, ce funeste idéal (enflure et sécheresse), qui jusque-là remplit la tète vide des rois de l'Europe.
Le» LettrM penaaes. -^ Né en 1689, afl'ublé à 25 ans d'une perruque de conseiller, Montesquieu le fut à 27 d'un bonnet de président à mortier. Son esprit vaste, vif et doux, sous ce poids qui le contenait, n'en fut pas accablé, mais s'étendit en dessous de tous côtés.
Montesquieu resta là de 1714 à 1726, cloué par la nécessité héréditaire, la volonté des siens, par la timidité, par la convenance. Il n'osait s'arracher de cette robe, sa fatalité de famille. Qui peut douter qu'il n'en ait souffert cruellement, souffert de ce qu'il voyait, signait, faisait, souffert de son silence, et tacilurnement amassé un merveilleux fonds de haine pour ce passé atroce, ce droit maudit et son principe impie.
U faut être bien étourdi et bien léqer soi-même pour trouver son livre léger. A chaque instant il est terrible. Les satires de Voltaire sont si débonnaires à cô(c I La différence
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est grande. Voltaire est libre par le monde. Montesquieu est on prisonnier.
C*est un coup de théâtre de Toir cumme après ces cinq ou six premières lettres de femmes, matire de son lecteur, il remporte, d'une aile prodigieuse, sur un pic d'où l'on Yoit toute la terre. Les sodétés humaines ont leur nécessité : le Juste. Elles firent de lui, et sans lui elles meurent. La brève histoire des Troglodytes, où la forme un peu maniérée ne fait nul tort au fond, donne, avec cette loi de Justice, ce qui en est l'usage : le gouvernemefU liiret républicainy de soi par soi.
On a chassé le pauvre Saint-Pierre pour ses petites hardiesses. Hais on n'ose toucher celui-ci. Il dit la mort prochaine de la religion catholique. Il dit que la république est le gouvernement de la vertu. Il dit que le roi et le pape, grands magiciens, ont le talent de faire que le papier soit de l'argent, que le pain ne soit pas du pain, etc. Le haut credo surnaturel a pour lui la valeur des actions de Law après le visa.
Le régent rit, et tout le monde. Et qui sait? les évéques eux-mêmes, tous les Pères de l'Église, Dubois, Tencin, etc. La France entière rit, et TEurooc.