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TRAITÉ DE VIENNE

Traité de Vienne (1 735). — Notre amie l'Angleterre, serieasement inquiète, se met alors devant l'Autriche, et décidément la protège. Elle se porte médiatrice (février 1735), et propose impartialement un plan tout autrichien.

Chauvelin, à l'idée d'éterniser l'Autriche, fut accablé, désespéré. Mais, loin de Técouter, Fleury envoie à Vienne un homme à lui. Que veut-il, Tinnocent? Signer, sans les Anglais, seul à seul avec l'Empereur, tout ce qu'ont dicté les Anglais. Cela se fit ainsi. Le Piémont n'avait que deux provinces milanaises : Tortone et Novarre. L'Autriche eut Parme et Plaisance, la Toscane que le traité de Turin donnait à l'un des infants d'Espagne.

Fleury était un homme modeste et sans ambition. Que la France n'eût rien, qu'on logeât Stanislas seulement dans le duché de Bar, cela lui allaita merveille. Ghauvelin s'indigna, travailla (par la reine, par tous), et il exigea pour la France, pour tant d'argent, de sang, qu'elle avait sacrifié. Il obligea Fleury d'exiger la Lorraine, dont l'héritier passerait en Toscane. Très importante acquisition, indispensable aux communications de Champagne» d'Alsace. Excellente barrière d'un si vaillant pays, si pro* fondement militaire.

Dans cette paix malsaine qu'avaient rétablie les ministres anglais, les Walpole, une chose devait les contrister ; c'est ce qui avait apparu si fortement en 1733 : La France était par elle-même.

La presse aussi a pris l'élan, ne retournera plus à l'état étouffé, muet, de 1728. Des livres forts éclatent de moment en moment.

Voltelre. — Ijettres nni^ln|se«. — ChnnYelIn. — L'his-

toire a commencé, — • narrative dans le Charles XII (1 731), — réfléchie, politique dans la Grandeur et décadence des Romains (1734). Ébauche magistrale, qui, par ce temps de petitesses, montrant dans sa hauteur la colossale

antiquité, fait rougir le présent. •— Aatre effet, et plus vif, quand les Lettres anglaises opposent à nos misères la grandeur britannique^ l'empire que l'Angleterre a pris dans les affaires humaines.

Dans ce livre. Voltaire, trop favorable à l'Angleterre, n'en établit pas moins une grande vérité qn'avaient dite les Lettrée persanes : c Le protestantisme a vaincu; en tous les sens, il a pris l'ascendant, i H tolère et fait vivre .en paix toute la variété des sectes. Il a donné l'essor au gouvernement libre, à l'activité énergique qui fait trembler les mers. — Grands efforts. Et le peuple n'en est pas écrasé. Ce peuple, si différent du nôtre, est vêtu, est nourri. Il est fier, il raisonne. Il a jugé ses rois.

Pour lancer un tel livre en 1733, Voltaire attendait, espérait la chute de Fleury. Il ne le lâcha qu'en anglais et à Londres (août-septembre). Il retenait encore l'édition française à Rouen sous la clef. Mais ce terrible livre, comme un esprit qui rit des portes et des serrures, s'envola de lui-même. En France, en Hollande et partout, il circala, pour l'effroi de Voltaire qui, dans ces circonstances toutes nouvelles, eût voulu le garder encore.

La situation générale empire en 1737. Toute liberté perd espérance avec l'homme de ruse et d'audace qui avait cm succéder à Fleury. Chauvelin est chassé (février), chassé pour toujours.

Il laissait des regrets à la cour, dans l'armée, au Parlement, partout. Il avait un parti ou deux partis plutôt : celui du bien public, et celui de la guerre. Et ce dernier sj fort, qu'il fallut l'occuper, en donnant aux Génois un secours pour réduire la (]orse, armée contre eux sous un aventurier qui se proclamait roi de l'Ile.

Avènemonl do Frodërie II en PraaMie (1740). ^

Cette année 1740 est grande. En mai, Frédéric devient 'roi. En octobre, meurt TEmpcrcur. Son héritage est dis-

AVÈNEMENT DE FRÉDÉRIC II. ii3

puté par cinq prétendants. La guerre arrive, et le héros. Le Yoici donc, le grand acteur du temps. Il reviendra de moment en monrient, et nous le peindrons par ses actes. II suffira de dire ici que personne ne l'avait prévu, qu'on ne supposait pas qu'un artiste, musicien, poète, qui, longtemps prisonnier et longtemps solitaire, n'aimait que les arts de la paix, qui déjà à trente ans avait l'embonpoint d'un autre âge, déployât tout à coup l'activité du militaire, qu'instruit par ses succès, instruit par ses revers, il serait peu à peu le plus grand général du siècle. Étonnant caractère qui, parmi ses défauts, ses fautes, n'en donna pas moins à son temps la plus haute leçon : le triomphe de la volontét

Le piquant, dans sa destinée, c'est qu'en réalité l'Autriche, par ses persécutions cruelles et ses intrigues, fit ce grand ennemi qui faillit la détruire. Son mauvais génie à Berlin avait été, vingt ans durant, 1^ rusé Seckendorff, ambassadeur d'Autriche, chargé spécialement d'étouffer son enfance et de l'empêcher de régner. Vienne en lui redoutait un prince absolument français, élève de nos réfugiés. On irritait son père, un brutal Allemand, contre ce Français^ ce marquis. Il faillit lui couper la tête, fit mourir ses amis, l'accabla, l'écrasa, le força d'épouser une parente de l'Autriche. Il ne fut épargné que quand il parut méprisable, enfermé dans l'étude des arts, qu'on croit futiloF ; s'il faut le dire enfin, avili par les dons de l'Autriche même.

Déjà gras et fiévreux, seul aux marais du Rhin, dans cette pitoyable situation (qui Teût cru?), il amassait une force, il entassait en lui un trésor d'énergie, de volonté puissante. L'heure sonne. Il apparaît d'airain.

Ce scribe, cet ami de Voltaire, faiseur de petits vers, et bon joueur de flûte (c'était sa grande prétention), mène tout droit Tarmée à la bataille... Il a peur, mais la gagne. Dès lors il est très brave, froid et lucide au feu. C'est le grand Fn'd/iric.

On fut bien étonné. Mais il nVait rien fait de téméraire, au contraire, une chose très sage autant que hardie, prudente et fondée en raison. La Silésie qu'il prit d'abord aux Autrichiens, était anti-Autrichienne de race et de croyance. La France était pour Frédéric. Il savait que Louis XV, peu ami de la guerre, en ce moment y était entraîné par ses favorites et sa famille même.

Les difficultés étaient moins en Allemagne qu'à Versailles. Dans ces plans si hardis où le Roi se laissait traîner, une chose lui plaisait, il est vrai, celle de donner TEmpire au Bavarois, vieux client de Louis XIV, de suivre celte idée de son aïeul, de faire un Empereur (catholique autant que l'Autrichien). Mais une chose ne lui plaisait pas : c'était d'agrandir le roi de Prusse, chef naturel des protestants. Fleury en gémissait. Et le roi aussi au dedans.

Le succès exigeait deux choses : agir dès mars, — et marcher droit à Vienne. — Une troisième était demandée par Frédéric : que Bellisle agit seul avec lui, et dirigeai tout.

Bellisle n'avait point commandé (pas plus que Frédéric), mais chacun à le voir, à l'entendre, sentait le génie. Frédéric le croyait le seul homme de France (avec Ghauvelin et Voltaire). Le 13 février, on le fait maréchal, commandant de l'armée future. Pourquoi? Mars passé, rien encore. Avril, rien. Et déjà en avril, Frédéric a gagné sa première vicloire(de Moiwitr), un brillant appel à la France, ce semble. Que fait-elle ? Il attend.

Ce retard coûta la vie à cent mille hommes (pour com. mencer, le désastre de Prague). Il en coûta la guerre indéfiniment prolongée, où la France s'épuisa, s'usa.

Coaiitfon contre l'Aotriehe (1741). — Contraste étrange! A ce moment de mai où le Roi nous inflige à perpétuité Thommc de la paix et de l'Autriche, lui Louis XV est dan»

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I Empire proclamé le roi de la guerre, le roi des rois. C'est rÂgamemnon de l'Europe. La Bavière, la Saxe et le Rhin, la Pologne, FEspagne et le Piémont, et le victorieux roi de Prusse, touà traitent avec la France, veulent suivi'e la France au combat (18 roai-5 juillet 1741).

Bellisle apporta à Versailles cette couronne (on peut dire) du monde. Il arrivait lui-même avec le succès singulier d'être le favori, l'ami personnel de trois rois : TEmpereur bavarois, le roi de Pologne, le roi de Prusse. Et, avec tout cela, à peine il arrache d'ici une promesse de 25 000 hommes ! Si tard et en juillet 1 on agira trop tard. Excellent répit pour l'Autriche.

Madame de Nesle, favorite du roi, qui le dirigeait, était le grand scandale, le parti des impies, de l'alliance protestante, l'ennemie de l'Autriche, du parti des honnêtes gens. Si la main de Dieu la frappait, c'était un grand coup pour sauver la catholique Autriche, la touchante Harie-Thérèse, f que les anges devaient défendre, i selon la prophétie de Fleury. Dieu, en de tels moments, ne refuse pas un miracle. Madame de Nesle n'était pas née pour vivre. Mal conformée, elle eut de plus une fièvre miliaire qui pouvait l'emporter. Elle avait près du roi des rivales. 11 en fut avec elle^ selon les vraisemblances, comme pour le petit Don Carlos, le fils de Philippe II, malade, et qui peut-être serait mort de lui-même; mais on ne laissa rien au hasard : on aida.

Cette mort est du 9 septembre. Le 13, l'Autriche fut sauvée.

Marie-Thérèse s'était enfuie de Vienne. Nous étions bien près, à hiiit lieues. L'ordre vient de Versailles de n'aller pas plus loin, et de tourner vers Prague, c'est-à-dire de ne pas toucher au cœur de l'empire Autrichien. Quel est doncrennemi véritable? La Prusse, dans l'intime pensée de Versailles, et Frédéric II se le tint pour dit.

Marie -ThArèse put le 13 septembre jouer à Pesth sa belle et pathétique comédie. Enceinte^ un enfant dans les bras, elle pria les Hongrois pour elle, pour sa sûreté. Ces barbares héroïques oublient tous les massacres et les perfidies de TAutriche. Ils tirent le sabre, ils crient : c Monrons pour notre roi Marie-Thérèse ! i Et en effet, ressuscitant l'Autriche, ils ont fait mourir la Hongrie.

Le Dauphin, qui avait alors douze ans, fut le centre, le noyau fort et dur autour duquel la famille royale, et lo clergé, l'intrigue espagnole-autrichienne, tous les éléments rétrogrades se groupèrent peu à peu. Tous les membres de la famille royale, Espagnols de cœur, voulaient le Milanais pour l'infant et Finfante. Mais secondairement tous pour Marie-Thérèse. — Tous rêvant l'avenir de l'hymen autrichien, visant pour une infante d'Espagne le petit Joseph II.

Funestes mariages, d'abord de Joseph II, plus tard de Marie-Antoinette ! Un million d'hommes ont péri pour

cela.

BourboUy Autriche, Espagne, trinité sainte. Union ardemment désirée du clergé. Le sang du Très-^krétien e( du roi Catholiqt^ ne peut mieui s'allier qu'à VApostoliqtu Autrichien.

La guerre n'est qu'extérieure. On reste ami, parent. U cœur est pour Marie-Thérèse. La bonne Autriche, Thonnéie Autriche, ce sont des mots adoptés dans VEurope. Sur la j ustice de cette guerre, l'opinion de Versailles et Madrid est tout à celle de Vienne. Le vieux Fleury, en entravant la guerre, sert directement la pensée de toute k famille royale. Elle pleure aux victoires de la Prusse. Elle pleure aux succès de la France. Dès ce jour est organisée, contre nous, contre la patrie, la cùnspiration de familk*

Cette conspiration n'est devenue bien claire que plos tard, à mesure que grandit le Daupliin. Mais déjà elle existe, elle agit sourdement, saisit le roi d'autant plus su-

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rement qu'elle ne veut et n'insinue guère que ce qu'il eût voulu lui-même. De fond et de nature, d'éducation, de précédents, il était (sauf des échappées) homme du clergé et da passé, bon Espagnol et bon Autrichien. En septembre i741, Fleury, disons plutôt Versailles (et la famille, les Noailles, Haurepas, etc.), parut se proposer deux choses : Sauver l'Autriche et blesser Frédéric.

i" On n'alla pas à Vienne j comme il voulait. Et on amusa le public en portant jusqu'au ciel un brillant coup de main, Prague, emportée par escalade. Maurice de Saxe, le bâtard, la commanda, Chevert l'exécuta. Et la gloire en fut à Maurice (18 novembre 1741).

2o Fleury accorda au roi Georges, oncle et ennemi de Frédéric, la neutralitédu Hanovre (octobre 1 741). Georges est mis ainsi à son aise. On ne peut l'attaquer. Et lui il peut donner des subsides à Marie-Thérèse, lui payer des Da^ nois , des Anglais et, chose impudente, douze mille de ces Hanovriensque l'on vient de déclarer neutres. Frédéric, serré de très près, non soutenu pai* les Saxons, abandonné de nous, et seul, gagna la bataille de Chotusitz. Vainqueur, il écrivit à Broglie qu'il était quitte envers la France (mai). Broglie, sourd aux conseils de Bellisle, se fit battre et s'enfuit dans Prague.

Marie-Thérèse qui, avant la bataille, ne savait pas si elle ferait grâce au roi de Prusse, dégonfla, devint souple. Le traité était imminent. Belliste accourt chez Frédéric et s'emporte dans son désespoir. Frédéric froidement tire de sa poche les lettres que Fleury a écrites en Autriche, offrant de laisser là la Prusse^ de faire rendre la Silésie si l'empereur a la Bohême.

Il a accusé Chauvelin alors, aujourd'hui il dénonce Bellisle (2 juillet 1742). Marie-Thérèse imprime tout cela pour l'a* musement de l'Europe. Versailles est démasqué, honni. Le roi de Prusse s'arrange avec l'Autriche et l'Angleterre

(28 juillet). Hollande et Danemark, Pologne et Saxe y accèdent bientôt, et six mois plus tard la Sardaigne nous laisse aussi et traite. Seule restera la France. L'autre année Louis XV parut le général du monde (août 1741). En août 1742 il n'a plus d'allié que Vinutile Espagne et le Bavarois ruiné.

La situation était grande, terrible. Les nôtres, abandonnés, n'ayant ni Prussiens, ni Saxons, sont enfermés dans Prague. Rien n*y vient plus. Dès août la disette com* mence. Les bandes innombrables de Marie-Thérèse, ses cavaliers barbares, guêpes féroces, voltigent tout autour et coupent toute communication. L'impératrice dit : c Je les liens. > Fleury prie, et elle s'en moque. Elle veut qu'ils sortent désarmés, prisonniers. Bellisle, très généreusement, pour réparer les fautes de Broglie, s'enferme dans Prague avec lui. Il répond à Marie-Thérèse par des sorties terribles. Dans Tune, nos Français vont droit aux batteries autrichiennes, les enclouent, avec grand carnage, enlèvent le général Mouti. Insigne gloire, mais qui ne nourrît pas. On tue, on mange les chevaux.

Avec la faim, le froid bient6lsévit. On put voir (là comme en Crimée) à quel point ces extrémités, loin d'abattre l'âme française, la tentent au contraire et Texaltent. La poudre leur manquait. Ils faisaient des sorties, des charges à l'arme blanche, et parfois en triomphe rapportaient un morceau de bois. Dans leur gaieté, leur bonté généreuse, ils partageaient leurs rations réduites avec de pauvres spectres de femmes indigentes qui trouvaient auprès d'eux plus de pitié qu'auprès des leurs.

Marie-Thérèse usait son armée devant Prague. Elle voulait à tout prix sa vengeance. Les supplications sottes de Versailles avaient ajouté à son orgueil boufB. Ne sachant plus que faire, nos ministres écrivent qu'il faut revenir.

Mais comment revenir?... Plus de routes. Tous les ponts

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