‹ Abrégé d'histoire de FranceChapitre 93 sur 108 · PAIX D'AIX-LA-GHAPELLE · texte numérisé non relu

PAIX D'AIX-LA-GHAPELLE

pire, les Indes^ où nôtre grand Machiavel Dupleix faisait l'œuvre de ruse, de cruauté, de force^ qu'ont fait les Anglais par lord Clive.

Nous avions dans les Indes un génie, un héros. Nous ruinons Dupleix, emprisonnons la Bourdonnais.

£t cette paix contenait la guerre. Le traité fut si vaguo et si mal fait pour l'Amérique qu'à volonté l'Anglais pouvait mordre sur nous. D'où la guerre de sept ans.

Étrange chose qu'après Fontenoj, nous subissions encore la vieille honte de Dunkerque, le rétablissant, comme il fut, quand l'Anglais mit le pied sur la tète de Louis XIY.

Un trait encore nous entra plus au cœur : rhospitalité delà France violée cruellement j pour obéir à V étranger, Louis XV avait donné parole à Charles-Edouard de ne jamais le renvoyer. L'Angleterre l'exigea. Ce héros polonais et fou n'entendit à nulle offre, nulle raison.

On le surprit en traître à l'Opéra, on le lia. Pendant ce temps on prit tous ses papiers. On l'emporta. Il faillit mourir en route de fièvre et de fureur, criant « Paris ! ou Paradis!»

Alliance «ree l'AwtricJ^e. Gverve contre In Pm^ve

et l'Angleterre (1756). — Le roi ne riait guère. Il rit le 10 octobre. Il rit le 17 décembre. Il espérait briser bientôt le parlement. II voyait son infante enfin reine (l'Autriche offrait les Pays-Bas). Le grand désastre qui eut lieu le 1*' novembre, qui écrasa Lisbonne, abtmant tant de villes en Espagne, en Afrique, fit trembler jusqu'au Groenland. On ne sentit rien à Versailles. On s'en soucia peu. L'attention était tout entière au débat intérieur, à l'intrigue autrichienne. Madame de Pompadour, qui s'était vue en août au plus bas, en septembre, par la grâce de Marie-Thérèse, fut merveilleusement relevée au plus haut en janvier. Jusque-là elle n'était qu'une favorite qui par moment dominait les ministres. Depuis elle est reine de France,

Comment Vienne peut-elle réussir à ce point? En corrompant le roi et la famille par le vain leurre des Pays- Bas, en gagnant pied à pied Versailles par la persévérante intrigue de la cabale lorraine. Pour entraîner la France, Vienne se fit française, flatta et imita Paris. Cette œuvre difficile fut celle d'un grand homme de ruse, Kaanitz, un Slave sous le masque allemand.

De tout temps Louis XV avait été bon Autrichien, pour les intérêts de Tinfanle. Hais la guerre Teffrayait. Voyons ce que disait ce serpent de Kaunitz pour l'y précipiter. J'y joindrai les réponses trop aisées qu'on eût dû lui faire.

f Vous manquez de marine, disait-il. Eh bien, votre armée réunie aux armées de l'Autriche, menaçant le Hanovre, contiendra le roi d'Angleterre. > (Ofiî, le roi, mais non l'Angleterre.)

« Vous punissez l'orgueil, les risées de la Prusse. > (Oui, et dès lors V Autriche seule aura r Allemagne.)

Enfin voici la pomme que montrait le serpent : c Vous vouliez pour l'infante nous enlever Milan. Eh bien, vous aurez davantage, un royaume ! les Pays-Bas. »

Madame de Pompadour, l'infante, étroitement unies, prêchaient Louis XV en ce sens.

Tout ce que nos ministres obtinrent, c'est qu'on ne romprait pas avec la Prusse, qu'on lui enverrait ambassade. Essai tardif et ridicule. Pour gage d'alliance, on lui offrait une île... Tabago, aux Antilles. Frédéric en rit fort, dit qu'il ne voulait pas de la royauté de Sancho à l'ile de Barataria. 11 avait pris parti et signa contre nous son U*ailé avec TAngleterre (16 janvier 1756).

Prise de Minorqne (1756). — 11 fut arrangé que pendant que TAngleterre craignait une descente, Richelieu irait ix M inorque et prendrait aux Anglais Mahon. Il fallail IVappor et fort. On ne pouvait que les floUcs anglaises

ATTKNTÂTS DE ÛAIIfENS. 4«1

ne vinssent bient6t nous écraser par le nombre. Mahon était très fort, et la Pompadour espérait que Richelieu brillerait peu. On l'envoya sans le génie, si nécessaire pour abréger le siège. Peut-être lui-même il pensa que, s'il avait l'infaillible Yallière, le grand ingénieur, l'honneur ^rait à celui-ci. Bref, une fois arrivé là, même débarrassé du souci de la flotte anglaise que la Galissonnière dispersa (le 20 mai), il fut arrêté court, forcé de demander Vallière. En attendant, fort triste, il essaya pourtant si l'absurde serait possible, si nos lestes Français, vrais chats dans leur furie, ne pourraient grimper là. On le tenta à l'étourdie, avec des échelles trop courtes. Perte énorme ! n'importe. Nos furieux; exhaussés sur leurs morts,' et se hissant l'un l'autre, arrivent aux remparts, et sont maîtres sur quelques points. Les assiégés s'effrayent, se livrent à Richelieu, lui-même stupéfait et plus heureux que sage.

jLttenUit de DmnIeBa (4 janvier 1 757). — Son ezécnilon

(28 mars.) — Janvier 1757 s'ouvrit par un grand froid. Les droits d'entrée Crent l08 vivres très chères. On allait fournir cent mille hommes à Marie-Thérèse. Et cela malgré les ministres. Le roi nous vend pour l'orgueil de ses filles. C'est à lui désormais que remonte la haine et sa tête dès lors est en jeu. En 1750 il le prévit, dit : « Je serai lue. » Autant qu'il put il évita Paris, fit pour se rendre de Paris à Versailles le chemin de la révolte.

Deux légendes terribles mêlées de faux, de vrai, menaient droit à 93 : 1« L^ pacte de famine. Le roi certainement n'eut point l'idée d'affamer le peuple, mais il avait intérêt dans le trafic des blés, et comme tout marchand, il aimait à vendre cher. 2* Le Parc-aux-CerfSy un immense sérail de dix-huit cents enfants dit ridiculement Soulavie. Les mères cachaient leurs filles.

Beaucoup en France et en Europe disaient : « On le tuera. »

En décembre 1756 lorsque, le parlement brisé, on ctiit ia tyrannie établie pour toujours, un homme se dit en lui : c Celui qui le tuera, c'est moi. » Le 4 janvier 17d7, le roi descendait l'escalier de Versailles, appuyé sur le bras du grand éciiyer Béringhen; il avance vers sa voiture, se sent poussé, et dit, d'un ton doux, ordinaire : c On m'a poussé le dos. C'est cet ivrogne-là qui m'a donné un coup de poing. »

Damions ne bougeait pas. Personne n'avait va qu'il donnait un coup de canif; il le ferma, le remit dans sa poche. Son chapeau seul frappait. Un garde : « Qui est cet homme qui ne se découvre pas devant le Roi ? o II lui jetie son chapeau par lerre.

Cependant, avant de monter, leftoi dit: c Est-ce qu'une épingle m'aurait piqué ? > Il mit la main sous seà babils, la retira moite et sanglante. Puis, montrant Damions qui ne bougeait, il dit : a C'est ce monsieur (Hausnet). Qu'on l'arrête, qu'on ne le tue pas. ji Puis il remonte l'escalier au lieu de se mettre en voiture.

Un garde avait saisi Damiens, puis- deux ou trois, et Richelieu, qui le secouèrent, le jetèrent contre an pilier, puis sur un banc, le lièrent, le traînèrent à la salle des gardes. On lui arracha ses habits, et on le mit tout nu,

Ayen (Noailles), capitaine des gardes, était là. Damiens lui dit avec grande assurance : « Oui, c'est moi ! Je l'ai fait pour Dieu et pour le peuple. »

€ C'est pour la religion. — Qu'entendez-vous par U? — J'entends que le peuple périt. N'est-il pas yrai, monsieur, que la France périt? »

On insiste. On demande : c Quel principe de religion? — Hon principe, ce fut la misère qui est aux trois quarts du royaume. » Les États de Bretagne, jusque-là en révolte, apprenant l'accident, eurent un coup à. la tète, un mouvement de folie généreuse (comme on n'en voit qu*citlre

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