DÉSASTRE DB MINDEN ET BELLE-ISLE
cette flotte voit, de Gibraltar, quatorze yaisseaux anglais qui vont à elle à toutes voiles. Un des nôtres se sacrifie et combat seul contre cinq. Les autres n'en périssent pas moins.
Gela ramena au bon sens. On abandonna la partie du plan la plus chimérique, la grosse armée sur bateaux plats que Soubîse devait mener en Tamise. On s'en tint aux expéditions d'Irlande et d'Ecosse. Pour la seconde^ on n'avait plus l'héroïque prince Edouard qui entraîna les highlands. En revanche, on avait un homme fort considérable à Versailles, au champ de bataille de Tintrigue.
G'était ce duc d'Aiguillon, le neveu de Richelieu, un de nos plus beaux courtisans. Il n'alla pas avec les troupes et les bâtiments de transport rejoindre la flotte à Brest. Il dit qu'un homme comme lui, un gouverneur de Bretagne, général de l'expédition, ne pouvait faire les premiers pas^ aller se mettre sous les ordres de l'amiral de Conflans. Celui-ci dut venir le joindre au Morbihan où il restait, attendait dans sa dignité. L'Anglais, qui guettait Conflans, fondit sur lui près de Belle-Isle. Forces égales. Mais Conflans, non moins prudent que d'Aiguillon, réfléchit que son afl'aire n'était pas de livrer bataille, mais de conduire l'armée d'Ecosse. Il crut éviter, éluder, se jetant entre les écueils. L'Anglais furieux l'y suivit, perdit deux vaisseaux. Quatre des nôtres périssent; Conflans lui-même brûle le sien. L'avant-garde (sept vaisseaux intacts) va se cacher à Rochefort; sept autres dans la Vilaine, et ils y restent embourbés.
Déplorable catastrophe! la marine, ainsi que l'armée, battue et déshonorée ! Notre intrépide Thurot, sans espoir, et pour l'honneur, ayant donné sa parole, partit pourtant de Dunkerque, exécuta sa descente, prit une ville, se fit tuer.
La situation intérieure était au niveau. Deux mois après
476 ABRÉGÉ D*HiSTOIRE DE FRANGE.
la défaite de Minden, le désastre de Belle-Isle, le 26 octobre, eut lieu la fermeture des caisses publiques. Le roi suspend pendant la guerre le payement des lettres de change qu'il a souscrites pour deux ans (1760-4761). Il suspend pendant un an pour deux cent millions de dettes exigibles, jusqu'à ces rescriptions qu'il a données récemment sur les receveurs et fermiers, aux banquiers qui avancèrent les frais de l'armement détruit. Les receveurs et fermiers anciens créanciers immolés au printemps, avaient fait rire. Voici les nouveaux créanciers les rieursy qui pleurent à leur tour, et non seulement eux, mais la foule de petits rentiers misérables qui vivaient d'annuités, qui avaient mis sottement aux royales loteries des dernières années! Le roi ajourne... leur pain. Ils mangeront après la guerre.
Le roi ne payait plus Versailles; il devait dix mois à ses gens. Une tentative qu'il fit pour mettre un octroi sur les villes ne.fit que montrer sa faiblesse, la force et la férocité que prenaient les Parlements. Choiseul avait beau les flatter, leur abandonner TEncylopédie (janvier 1759), cela ne suffisait pas. Le Parlement de Besançon fit pendre un commis qui osai^ lever l'octroi ordonné par le roi. Le Parlement de Paris fit cendre un huissier qui blâmait son procès de Da« miens. Actes violents, brusques, sauvages, et qui menaçaient plus haut. Louis XV, toute sa vie, avait été Espagnol. Choiseul se fait Espagnol, prépare et publie, en août 1761, le fameux Pacte de famille.
Superbe tour de voltige qui le maintenait au pouvoir. Louis XV était Bourbon, Charles III était Bourbon. Quoi de plus beau, quoi de plus grand (et digne de Louis XIV) que de lier en un faisceau tous les membres de la famille, de rattacher France, Espagne, Parme, Naples, la Sicile! Louis XV, qui ne sentait rien, sentit cela, le trouva grand. On le trouva tel en Europe.