ORIGINES DE LA FAMILLE
Parmi les nombreuses hypothèses qui ont été présentées à ce sujet, la plus probable paraît être la suivante : La famille serait sortie de l'état de promiscuité, d'abord sous la forme du matriarcat, puis du patriarcat, pour aboutir, après une longue évolution, à l'organisation familiale moderne.
i""^ Stade : Promiscuité. — Dans les premiers groupes humains, hommes et femmes vivaient dans une confuse promiscuité. Celle-ci existe encore chez certains peuples, comme les montagnards de l'Inde et les Cosaques Zaporogues. Làoiielle a disparu, elle a laissé des traces, comme les unions incestueuses, la prostitution
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sacrée en Baltylouio, riiélaïi'ismc hospitalier chez les Esquimaux, les mariages à l'essai ou à temps en Ecosse el en Arabie. Mais cet état de promiscuité ne pouvait durer, car il entraînait de graves inconvénients, dont les principaux étaient la mortalité élevée des enfants qui étaient souvent abandonnés, et l'absence de parenté et par suite d'assistance familiale.
2" Stade : Matriarcat. — Dans la société promiscue la mère et ses descendants tendent à se grouper en association. Ainsi se constitue la famille maternelle dans laquelle, probablement pour des raisons physiologiques, les unions sont défendues. Celte prohibition de rinceste s'est peu à peu étendue et a conduit au Mariage par groupe, à la Polyandrie et à YExogamie.
Le mariage par groupe a été observé notamment en Australie.
Dans ce système, la tribu se divise en deux groupes. Tout homme du premier groupe est le mari né de toute femme du second groupe, et réciproquement.
La Polyandrie est un mariage par groupe en petit. Dix ou douze hommes, par exemple, ont une même femme, comme au Malabar.
Celle-ci est forcément le centre de la famille.
h'Exogamie est le mariage hors du groupe auquel on appartient. Cette coutume viendrait,
d'après certains auteurs, de l'infanticide des filles, fréquent chez les tribus très pauvres et qui oblige celles-ci à enlever des femmes aux tribus étrangères. Selon d'autres auteurs l'exogamie viendrait de ce que, dans les tribus promiscues, l'homme ne pouvait conserver pour lui seul que la captive qu'il avait prise à la guerre.
La famille maternelle ou matriarcat ne comporte que la parenté utérine. L'enfant n'appartient qu'à la famille de la mère (Lyciens ; Ibères). Cependant le chef de la famille maternelle n'était pas la mère, mais le plus proche parent de la mère.
3* Stade : Patriarcat. — Le passage du matriarcat au patriarcat vient sans doute des avantages (ainsi, liens plus durables et plus étroits entre la mère et le père) que présente cette dernière forme de la famille, à laquelle le culte des ancêtres donna une consécration religieuse. Le chef de famille a sur sa femme et ses enfants à peu près les droits d'un maître sur ses esclaves.
Dans le patriarcat la conclusion du mariage a lieu : i° par le rapt collectif ou individuel des femmes ; 2° par rachat. On est passé du rapt à l'achat de la façon suivante. Souvent les parents de la femme ravie cherchaient à user
de représailles sur le ravisseur. Pour les apaiser celui-ci était obligé de leur offrir des présents ou une somme d'argent. Peu à peu la coutume s'établit de payer d'avance au père de la femme une composition fixée par des tarifs d'usage, ((îrcce ancienne. — Rome ancienne (coemptio).
La condition de la femme enlevée ou achetée diffère peu de celle de l'esclave. La femme est la propriété de son mari qui a sur elle un droit de vie et de mort. Avant son mariage la femme est asservie à son père, et après la mort de son mari à ses enfants. Elle est donc en tutelle perpétuelle, au moins à l'origine.
La condition des enfants est déterminée par celle de la mère. Nés d'une esclave, ils sont esclaves eux-mêmes. Le père est propriétaire de ses enfants, et il a sur eux droit de vie et de mort. (Exemple : Patria potestas à Rome). Tous les enfants nés pendant le mariage, même s'ils ne sont pas de lui, tombent sous sa puissance. Nous en trouvons la preuve dans l'institution du Lévirat chez les Hébreux (le frère de celui qui meurt sans postérité doit épouser la veuve du défunt : ce frère est le lévir, et le fils du lévir est légalement le fils du défunt dont la puissance paternelle survit après sa mort). Dans certains pays où le système du matriarcat a été plus tenace, le mari, pour établir ses
droits sur l'enfant de sa femme, simule un accouchement ; c'est ce que l'on appelle la Couvade : (Ibères ; Corse ; Brésil).
Le mari qui avait un droit de vie et de mort sur sa femme pouvait infliger à celle-ci le châtiment qu'il voulait quand elle était adultère. Au contraire l'infidélité du mari n'entraînait à l'origine aucun châtiment.
Dans le patriarcat, la parenté n'existe que par les hommes, c'est la parenté agnatiqiie, qui s'oppose à la parenté naturelle ou cognation.
La famille patriarcale n'est pas restée ce qu'elle était à l'origine. Très étendue au début, elle a fini par devenir un petit groupe ne comprenant que le père et la mère avec leurs descendants. La polygamie, d'abord pratiquée dans cette famille, a fait place peu à peu à la monogamie, en passant par les trois étapes sui- A'antes : polygamie avec prééminence d'une femme, monogamie avec concubinat, monogamie avec une femme libre tout en conservant plusieurs femmes esclaves.
En Gaule, après les Invasions, la famille se présente sous deux formes : 1° La parenté ; 2° la maison.
1" La Parenté est une sorte d'association comprenant tous les parents dont le devoir principal est de se défendre et de s'aider mutuelle-
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ment. Au début celte association ne comprenait que les agnals, mais peu h peu les simples cognats y furent aussi admis. Les parents étaient responsables solidairement des délits commis par l'un d'eux, mais en revanche, ils étaient tenus solidairement de tirer vengeance des délits dont avait à souffrir un membre de leur famille. Les parents se devaient entre eux l'assistance en justice ; ils avaient droit à la succession, ainsi qu'à la tutelle des mineurs et des femmes.
2° La Maison ou Mesnie, organisée sur le type patriarcal, est la famille au sens étroit du mot. Le père a une autorité absolue sur sa femme et ses enfants, filles ou garçons. Mais peu à peu la puissance privée du chef de famille commença à décroître au profit de la puissance publique de l'Etat qui grandit sans cesse. Le roi, qui incarnait lEtat, devint le protecteur naturel des gens sans défense, veuves, orphelins, pauvres, étrangers ; et c'est ainsi que débuta l'émancipation de lindividu.
Ouvrages a consulter
Viollet. Histoire du droit civil français, 1893, p. 392, — Brissaad. Manuel d'histoire du droit français, 1904, p. 419. — Engels. L'origine de la famille, de la propriété et de l'Etat (tr. fr.), 1893. — H. Spencer. l*rincipes de sociologie, tr. fr.,
t. 11, III. 1879, 1883. — Posada. Théories modernés sur les origines de la famille, de la société et de l'Etat, 1897. — Mac Lennan. Primitive mariage, 1865. — Girand-Teulon. Les origines de la famille, 1884. — Lubock. Origines de la civilisation (tr.fr.), 1873. — Starcke. La famille primitive (tr. fr.), 1891. — Elie Reclus. Les Primitifs, 1885. — Koivalevsky . Tableau des origines et de l'évolution de la famille et de la propriété, 1890.