‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 10 sur 64 · Les tribus, on le territoire romuln. — De 384 à · texte numérisé non relu

Les tribus, on le territoire romuln. — De 384 à

264 douze tribus furent créées pour d'anciens sujets, c'est-à-dire qu'une certaine étendue du sol italique fut partagée en douze cantons qu'on assimila complètement au vieux sol romain pour les privilèges dont celui-ci jouissait ; leurs habitants, élevés à la condition de citoyens, obtinrent l'égalité avec les Romains, comme dans la ville les plébéiens l'avaient obtenue avec les patriciens. Sur ce territoire, qui s'étendait du milieu de l'Étrurie jusque dans la Gampanie, les censeurs allaient compter 292 384 hommes en état de combattre, ce qui suppose une population de l 200 000 âmes, qui, serrée autour de Rome, sera certainement assez forte pour tenir en respect le reste de l'Italie.

4. Villes restées étrangères au milieu du territoire romain» — Cependant le territoire des trente-cinq tribus ne couvrait pas tout le Latium. Çà et là quelques villes étaient restées en dehors de Vager romanuSy comme Tibur, Préneste, où les exilés romains trouvaient un asile inviolable : car la loi ne leur interdisait l'eau et le feu que sur les terres de la république.

5. Prlirllégpes des Latins. — Moins durement traités que les autres peuples de l'Italie, les Latins avaient gardé l'élection de leurs magistrats, la liberté de faire des lois d'intérêt local, et obtenu de grandes facilités pour arriver au droit de cité romaine. Tous leurs magistrats pouvaient le recevoir au sortir de charge.

6. Coneesslons diverses aux Italiens. -— Aux Italiens restés en dehors des trente-cinq tribus le sénat conféra tantôt les droits civils, comme il fit pour les Caerites après l'invasion gauloise, tantôt les droits politiques dans toute leur esEtension. Quelquefois le sénat n'accordait que le droit d'échange (commerdum) ou de mariage [connubium).

Ces concessions étaient faites parfois à un homme, aune classe entière; plus souvent, à toute une ville. On nommait mimicipes les villes ainsi agrégées à la grande société romaine. Il y en avait de trois sortes :

1* Les municipes op^mo^tere, dont les habitants exerçaient tous les droits et étaient soumis à toutes les obligations- des citoyens ;

2^ Les municipes sans droit de suffrage, dont les habitants se trouvaient dans la même condition que les anciens plébéiens de Rome, portaient le titre de citoyens, servaient dans les légions, mais ne pouvaient arriver aux charges et ne votaient jamais ;

3** Les villes qui avaient avec Rome un traité ifœdus] qui les liait à sa fortune.

Au-dessous des municipes venaient les préfectures^ auxquelles un préfet était envoyé tous les ans, dans les unes pour rendre la justice, dans les autres pour administrer les affaires de la ville.

Les dedititiiy plus maltraités encore, étaient des sujets de Rome.

D'autres se croyaient des cités libres, comme Tarente, Naples, les Marses, les Péligniens, les Gamertins, les Héfacléotes, Tibur, Préneste et la plupart des cités étrusques, mais devaient des secours en argent et en troupes. Que pouvait être d'ailleurs cette liberté de quelques villes obscures en face de la maîtresse de ritalie?

Telle fut donc la politique suivie par le sénat dans sa conduite à Tégard des vaincus. Point de mesures générales : elles auraient uni ce que le sénat voulait diviser. Au contraire, interdiction formelle de toute ligue, de tout commerce, de mariages même entre les Italiens de cités ou de cantons différents ; et pour chaque peuple qui se soumettait, des conditions particulières; pour chaque ville, un traité spécial.

7. CidoBies. — Ce n'était pas assez de diviser les intérêts, il fallait empêcher qu'ils pussent jamais se réunir : les colonies prévinrent ce danger. Ces établissements, formés de plébéiens pauvres et d'anciens soldats, n'étaient, à vrai dire, que des garnisons permanentes envoyées au milieu du pays ennemi. Chaque colonie comptait un nombre plus ou moins grand de colons,

suivant rimportance militaire de la position à occuper : six mille à Bénévent, pour couvrir la Gampanie; vingt mille à Venouse, pour menacer la Grande-Grèce, défendre FApulie, contenir les Lucaniens et les Samnites. Établis aux dépens des anciens habitants, et par conséquent entourés d'ennemis, les colons ne peuvent déserter leur poste pour aller voter à Rome. Comme aux soldats sous les drapeaux, la loi leur ôte le droit de délibérer. Ils ont. bien autre chose à faire que de venir augmenter la foule au forum. Ce que la république leur demande, c'est de rendre les conquêtes durables ; c'est, en surveillant les vaincus et en prévenant leurs révoltes, de. porter par toute l'Italie la langue, les mœurs, les lois, le sang de Rome et du Latium.

Avant la deuxième guerre punique, Rome avait ainsi établi cinquante-trois colonies autour d'elle. Derrière ce formidable rempart, elle put braver tous ses ennemis. Annibal et Pyrrhus, qui le franchirent une fois, mais sans l'avoir brisé, n'osèrent s'arrêter au milieu de ce cercle redoutable.

8. Voles militaires. — Pour relier ensemble tous ces postes et transporter rapidement les légions sur les points, menacés, de grandes voies militaires furent tracées d'une extrémité à l'autre de la péninsule. Au plus fort de la guerre samnite, le censeur Appius avait commencé la voie Appienne, qui conduisait, à travers les marais Pontins, do Rome à Gapoue. Ce grand exemple fut suivi, et, avant la seconde guerre punique, la voie Va- Icrienne menait jusqu'à Corfinium; la voie Auréliénne longeait les côtes de l'Etrurie; la voie Flaminienne allait du Champ de Mars à Ariminum , et la voie Émilienne d'Ariminum à Placentia, sur le Pô. Les colonies, assises sur ces routes, pouvaient, en cas de danger, les fermer.

0. Patriotisme des Romains. — Mais ce qui valait mieux que toutes ces forteresses, c'étaient les mœurs des nouveaux maîtres de l'Italie. Us honoraient la pauvreté, la discipline, le dévouement et l'accomplissemeni

78 CHAPITRE Vi.

du devoir. Leur patriotisme avait la force d'un sentiment religieux. Trois Decius ont donné kur vie pour l'armée romaine, et Manlius a immolé son fils à la discipline. Le censeur Rutilius, réélu au sortir de charge (226], convoque le peuple et le blâme d'avoir conféré deux fois de suite ces importantes fonctions au même citoyen.

iO. DéBintéressement et ]Miavreté des plas i^aads citoyens. — Si Cornélius Bufinus, malgré ses nombreux services, est chassé du sénat parée qu'il possède 15 marcs de vaisselle d'argent, quand la loi n'en permet que 8 onces ; si le consul Posthumius a forcé 2000 légionnaires à couper ses blés et à défricher ses bois, c'est à la charrue que Serranus reçoit la pourpre consulaire ; et, en descendant du char triomphal, il retourne labourer son champ. Regulus, le vainqueur des Carthaginois à Ecnome, n'avait pour tout bien que 7 arpents de terre. Lorsqu'il apprit, en Afrique, que le sénat l'avait prorogé dans le commandement, il écrivit aux consuls que son fermier était mort, qu'un mercejiaire, profitant de l'occasion, s'était enfui en emportant les instruments de culture, et que son champ se trouvait abandonné. En conséquence il demandait un successeur, car sa femme et ses enfanter allaient être réduits* à Fin* digence. Le sénat décréta que le champ de Regulus serait cultivé aux frais de l'État, que l'on nourrirait sa femme et ses enfants, et que les ustensiles perdus seraient remplacés.

Gincinnatus, tout dictateur qu'il avait été, ne possédait que 4 arpents. Mais, il faut bien l'avouer, dit un ancien, dans la maison de Fabricius et d'iEmilius, les premiers hommes de leur siècle, on voyait de l'argenterie. Ils avaient l'un et l'autre une coupe sacrée et une salière en argent. Fabricius fit même monter sa coupe sur un pied de corne.

Curius Dentatus n'était pas plus riche. Quand les députés des Saninites^ qu'il avait vaincus, se présentèrent devant lui, ils trouvèrent ce triomphateur assis près de son feu sur un banc grossier et mangeant quelques 16-

gumes dans une écuelle de bois. Ils lui avaient apporté une forte somme d'argent et le pressaient de Tàccepter : ce Vous avez eu tort, leur dit-il, de vous charger de cette ambassade. Allez dire aux Samnites que Curius aime mieux commander à ceux qui ont de For que d'en avoir lui-même. » Le même Curius, après avoir chassé Pyrrhus de ritalie, enrichit des dépouilles royales Tarmée et Rome sans rien prendre pour luir-même. Bien plus, un décret du sénat ayant accordé 7 arpents de terre à chaque citoyen et 50 à Curius, il n'accepta que la mesure assignée au peuple, disant qu'il regardait comme un homme dangereux celui qui, dans une république, ne savait pas se contenter d'une part égale à celle des autres citoyens.

««. Sévérité des mœurs.-*- Et ce n'est pas seulement dans les camps et en face de l'ennemi que les Romains montraient alors cette sévérité envers eux*mêmes. Au foyer domestique, quelle forte discipline 1 Pendant cinq cent vingt ans, il n'y eut pas un seul divorce, et telle était la force du lien conjugal, que, dans l'opinion publique, ce lien devait, pour la femme au moins, sur-vivre à la mort même. L'époux conservait le vieux droit dévie et de mort, et l'usage du vin était interdit aux matrones. «Mais, dit un auteur .ancien, pour que leur vertu ne fût ni triste ni sauvage et s'embellît au contraire de tous les agréments compatibles avec la dé^ cence, l'indulgence des maris leur avait permis l'usage de la pourpre et de l'or. >>

Un usage maintenait la concorde des familles* On avait institué un repas annuel, appelé charistie, où n'é* taient admis que des parents ou des alliés, afin que, s'il était survenu quelque division dans la fattiille, on pût s'entremettre et ramener l'union à la faveur des libations religieuses et grâce à la gaieté dti festin.

i!S. Force de l'autorité paternelle. — Rien encore n*avait affaibli l'autorité paternelle. Goriolan résistait aux prières des sénateurs et des pontifes , mais il faisait Céder sa haine et sa vengeance aux larmes de sa mère.

Autre exemple : le tribun Pomponius avait cité devant le peuple L. Manlius Torquatus, qu'il accusait d*avoir gardé le commandement au-delà du terme légal, et surtout de retenir son fils loin des affaires publiques et de toute société en le condamnant aux plus rudes travaux des champs. Dès que le jeune Manlius fut instruit de cette accusation, il partit pour Rome et se rendit à la pointe du jour chez Pomponius. Celui-ci croit qu'il lui apporte de nouvelles plaintes contre son père el Taccueille avec empressement, mais le jeune homme, tirant un poignard, presse, menace, épouvante le tribun et le force à jurer qu'il se désistera de son accusation.

Durant son tribunat, Flaminius voulut, malgré la résistance du sénat, partager aux citoyens les terres d'un canton de la Gaule Cisalpine, et déjà, insensible aux prières comme aux menaces, il faisait, à la tribune aux harangues, lecture de sa rogation, quand son père vint l'arracher des rostres. Vaincu par cet acte d'autorité privée, il quitta le forum, et la multitude, quoique frustrée de son espérance, ne fit pas même entendre un murmure.

Dans une autre circonstance, le grand Fabius fit céder le respect dû au père devant le respect dû au magistrat : mais ce fait même prouve la haute idée que les Romains se faisaient de l'autorité paternelle. Envoyé par le sénat pour servir de lieutenant à son fils, alors consul, il rencontra celui-ci, qui par respect sortait de la ville à sa rencontre. Onze licteurs avaient déjà passé devant lui sans lui ordonner de mettre pied à terre : il demeurait donc à cheval, mais outré de colère ; le fils, qui s'en aperçut, commanda au dernier licteur de faire son devoir. A sa voix, Fabius s'empressa de descendre : « Mon fils, dit-il alors, je n'ai pas fait mépris de ta suprême autorité : j'ai voulu seulement m'assurer si tu savais être consul. Je sais les égards que l'on doit à un père, mais je mets les devoirs publics au-dessus de l'affection privée.»

Ce respect pour l'autorité paternelle fut une des dernières vertus que Rome perdit. On en trouve de grands

exemples jusque dans les siècles de corruption. Silanus avait commis des exactions en Macédoine. Des députés de la province viennent se plaindre au sénat. Torquatus demande qu'on le laisse juge de son fils. Il écoute durant deux jours les plaintes des alliés, la défense de Silanus, les dépositions des témoins, puis prononce cet arrêt : « Comme il m'est démontré que Silanus, mon fils, a reçu de l'argent des alliés, je le déclare indigne de la république et de ma maison ; je lui ordonne de disparaître à l'instant de ma présence. » La nuit suivante Silanus se pendit. Son père refusa même d'assister à ses funérailles.

Dans la guerre contre les CimLres, la cavalerie romaine fut un jour repoussée et abandonna le proconsul Catulus. Un fils de Scaurus étant parmi ces cavaliers, son père lui écrivit qu'il aimerait mieux le savoir mort et aller recueillir ses os sur le champ de bataille que de le voir déshonoré par une fuite honteuse, et que, s'il gardait encore dans son âme dégénérée quelque sentiment de pudeur, il eût à éviter sa présence. Uû tel message réduisit ce jeune homme à tourner son épée contre lui-même avec plus de courage qu'il n'en avait montré contre l'ennemi.

Le sénateur Fui vins, apprenant que son fils allait rejoindre Gatilina, armé alors contre la république, le fit arrêter en chemin : « Je t'ai donné le jour, lui dit-il, non pour servir Gatilina contre ta patrie, mais la patrie contre Gatilina, » et il le punit de mort.

Ce sont ces mœurs sévères qui, tant qu'elles furent générales, firent la grandeur et la force de Rome. La licence ne fut point dans l'État parce qu'elle n'était point dans les familles. *

13. Portrait du peuple romain par Bossuet. — «De tous les peuples du monde, dit Bossuet, le plus fier et le plus hardi, mais tout ensemble le plus zélé dans ses conseils, le plus constant dans ses maximes, le plus avisé, le plus laborieux, et enfin le plus patient, a été le peuple romain. De tout cela s'est formée la meilleure

HIST. ROMAINE, cl* de 4*.

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milice et la politique la plus prévoyante, la plus ferme et la plus suivie qui fut jamais. Le fond d'un Romain, pour ainsi parler, était Tamour de la liberté et de la patrie. Une de ces choses lui faisait aimer Tautre, car, parce qu'il aimait sa liberté, il aimait sa patrie comme une mère qui le nourrissait dans des sentiments également généreux et libres. Sous ce nom de liberté les Romains se figuraient,, avec les Grecs, un État où personne ne fût sujet que de la loi^ et où la loi fût

jLJn soldat, un sénateur, une matrone^

plus puissante que les hommes. » — « Peu ou point d'argent, dit Valère Maxime, 7 arpents de terres médiocres, l'indigence dans les familles, les obsèques payées par l'État et les filles sans dot : mais d'illustres consulats, de merveilleuses dictatures, d'innombrables triomphes, tel est le tableau que présentent ces vieux âges.» ^

1. Carthage; fragilité de son empirje. — 2. Les Barcas et les Hannbns. — 3. Première guerre punique (264-241). Importance de la Sicile. — 4. Les Mamertins appellent les Romains (264) — 5. Traité avec Hiéron (263) . — 6. Victoire navale de DuiUius (260). — 7. Première conquête de la Sardaigne et de la Corse. ~ 8. Dévouement de Galpurnius Flamma. — 9. Victoire d'Ecnome (256). — 10. Les Romains en Afrique, Regulus et Xanthippe (256-255). — 11. Victoire de Panorme (250) ; mort de Regulus. — 12. Défaite de Claudius Pulcher (249). — 13. Amilcar Barca; victoire de Lutatius aux lies /Egates. Traité (241). — 14. Révolte des mercenaires de Carthage (241). — 15. La guerre inexpiable. — 16. Conquête de TEspagne (238-219). — 17. Conquête par les Romains de la Corse, de la Sardaigne et d'une partie de Tlllyrie (229). — 18. Nouvelle guerre contre les Gaulois. — 19* Les troisièmes dépouilles opimes. — 20. Triomphe de Marcellus.

i. Carthaf^e; ffraipllité de son empire. — Tandis que les Romains s'avançaient du fond du Latium jusqu'au détroit de Messine, sur l'autre rive de la Méditerranée, à moins de 30 lieues de la Sicile grandissait par l'industrie et le commerce une colonie de Tyr, Carthage, qui, après avoir établi sa suprématie sur les colonies phéniciennes de l'Afrique, organisé dans l'intérieur de ce sentinent un immense commerce de' caravanes et saisi l'empire de la Méditerranée occidentale, avait étendu sa domination depuis la Numidie jusqu'aux frontières de Gyrène. Mais Carthage ne faisait de conquêtes que dans l'intérêt de son commerce : aussi rien ne rappelait dans l'Afrique carthaginoise la forte organisation donnée par le sénat à l'Italie. Toutes les places étaient démantelées, de peur qu'elles ne devinssent des points d'appui pour une révolte; de sorte que, si les sujets de Carthage ne pouvaient rien contre elle, ils

étaient sans défense aussi contre ses ennemis : deux cents villes s'étaient données à Agathocle dès qu'il avait mis le pied en Afrique. Les Carthaginois né faisaient pas non plus la guerre par eux-mêmes, mais avec des mercenaires. Ils croyaient qu'on peut, avec de l'argent, acheter du courage, de la fidélité et du dévouement; ils ne voyaient pas que de tels soldats, armés pour une cause étrangère, se battraient avec mollesse, exigeraient beaucoup et compromettraient toutes les guerres par leur indiscipline.

Le gouvernement, au moins, valait-il mieux que les armées? C'était une constitution mêlée d'éléments divers : royauté, aristocratie, démocratie. Deux suffètes choisis pour un an dans des familles privilégiées étaient les premiers magistrats de la république. Après eux venait le sénat, où toutes les grandes maisons avaient des représentants. Mais, pour faciliter l'action du gouvernement en le concentrant, on avait tiré du sénat le conseil des centumvirs. Ceux-ci usurpèrent peu à peu le pouvoir, et les suffètes, autrefois nommés à vie, maintenant annuels et privés du commandement des armées, ne furent plus que les présidents de ce conseil. Les centumvirs pouvaient appeler les généraux à leur rendre compte : ils se servirent de ce droit pour mettre dans leur dépendance toutes les forces militaires de la république. Avec le temps, les autres magistrats et le sénat lui-même se trouvèrent soumis à leur contrôle. Mais la populace, si nombreuse dans les grandes villes marchandes, s'était fait aussi sa part. « Chez les Carthaginois, dit Polybe, avant la seconde guerre punique, c'était le peuple qui dominait dans lès délibérations; à Rome, c'était le sénat. »

d. Les Barcas et les Hannons. -*— Il y avait en outre des rivalités de familles qui mettaient l'esprit de faction dans l'État et dans le gouvernement : ainsi la grande maison des Barcas voulait faire de Carthage une puissance conquérante et militaire; celle d'Hannon n'avait d'autre ambition que de développer le commerce et la richesse publique : elle craignait que la guerre, la vic-

toire, ne donnassent à quelque général heureux le désir et le pouvoir de renverser le gouvernement pour se mettre à sa place. De cette rivalité naissaient des tiraillements perpétuels qui empêchaient de bien faire la guerre et de bien garder la paix. Enfin, si le commerce des Carthaginois av^c l'Afrique, TEspagne, la Gaule et tous les pays que baigne la Méditerranée, leur avait donné d'immenses richesses, ces richesses, mal employées, avaient déjà fait naître parmi eux. la mollesse : à Carthage, il y avait beaucoup de vices et peu de vertus,

3. Première guerre punique (1904-941 )• Importance de la Sicile. — Tant que Rome avait eu à combattre les Étrusques et les Grecs italiens, rivaux des Carthaginois, ceux-ci avaient applaudi à ses succès. Dès Tan 510 ils avaient signé avec les consuls un traité de commerce et d'alliance plusieurs fois renouvelé, et, tout récemment, dans la guerre de Tarente, ils avaient offert des secours qu'on refusa. Ce refus, surtout la victoire trop complète de Rome sur les Italiens, irritèrent Garthage, qui vit avec effroi une seule puissance dominer maintenant sur le beau pays que baignent les trois mers Tyrrhénienne, Adriatique et Ionienne. En quittant la Sicile, Pyrrhus s'était écrié : « Quel beau champ de bataille nous laissons aux Romains et aux Carthaginois ! » Ni Rome ni Carthage ne pouvaient en effet abandonner à une puissance rivale cette grande île située au centre de la Méditerranée, qui touche à l'Italie et d'où l'on aperçoit l'Afrique.

4. Les namertins appellent les Romains (264). — Trois puissances se partageaient la Sicile : Hiéron, tyran de Syracuse depuis Tan 270, les Carthaginois et les Mamertins. Ceux-ci, anciens mercenaires qu'Agathocle avait recrutés en Italie, et possesseurs par trahison de Messine, infestaient de ce poste l'île entière*. Hiéron voulut l'en débarrasser : il les battit, les rejeta sur Messine, et allait recevoir leur soumission, quand le gouverneur carthaginois des îles Èoiiennes (Lipari), Hannon, vint lui disputer cette conquête. Les Mamertins se

souvinrent alors qu'ils étaient Italiens et envoyèrent une ambassade à Rome. Consulté par le sénat, qui hésitait à prendre leur défense, le peuple fit partir pour Messine une armée que précéda le tribun légionnaire G. Giaudius. Hannon était déjà établi dans la citadelle, qui lui avait été livrée par un parti : Giaudius la reprend par ruse, et Hiéron s'unit aux Garthaginois pour l'en chasser.

5. Traité avee Hiéron (j&63]. — Le consul Appius Gaudex, profitant d'une nuit obscure, franchit le détroit avec 20 000 hommes sur des barques et des esquifs empruntés à toutes les villes de la côte, battit l'une après l'autre les deux armées assiégeantes et poursuivit Hiéron jusque sous les murs de Syracuse (264). Le sénat, encouragé par ce premier succès, poussa vigoureusement la guerre. Deux consuls avec 35 000 légionnaires passèrent l'année suivante en Sicile, et soixante-sept villes syracusaines ou carthaginoises tombèrent en leur pouvoir. Hiéron, effrayé, se hâta de traiter; il paya 100 talents, et resta pendant cinquante années le fidèle allié de Rome.

6. Victoire navale de Duilllns (S60). — Un siège de sept mois livra Agrigente aux Romains (262), et, dès la troisième année de la guerre, Garthage ne possédait plus que quelques places maritimes. Mais ses flottes ravageaient les côtes de l'Italie, fermaient le détroit et rendaient toute conquête précaire. Le sénat comprit qu'il fallait aller chercher l'ennemi sur son propre élément (261). Il ordonna la construction d'une flotte de ligne, c'est-à-dire de vaisseaux à cinq bancs de rameurs. Une quinquérème carthaginoise, échouée sur les côtes d'Italie, servit de modèle. Telle était l'imperfection de cet art devenu depuis si difficile, que deux mois suffirent pour abattre le bois, construire et lancer cent vingt navires, former et exercer les équipages. Le consul Cornélius Scipion fut pris, il est vrai, avec dix-sept vaisseaux, dans une tentative mal conduite contre les îles Éoliennes, mais son collègue DuiJlius battit près de

Myles la flotte carthaginoise (260). Il avait adapté à Tavant des navires un pont qui, s'abattant sur la galère ennemie, la saisissait avec des" crampons de fer, la tenait immobile et livrait passage aux soldats. Ce n'avait plus été, en quelque sorte, qu'un combat de terre ferme où le légionnaire retrouvait tous ses avantages. Des honneurs inusités récompensèrent Duillius. Outfe le triomphe ordinaire qu'on lui décerna, il lui fut érigé au forum une colonne rostrale qui porta gravés son nom et sa victoire; on lui donna encore le droit de se faire reconduire le soir chez lui à la lueur des flambeaux et au son des flûtes.

V. Première conquête de la Sardaigne et de la Corse. — ^Après la victoire de Myles, les Romains partagèrent leurs forces ; le consul Scipion, avec la flotte, poursuivit jusqu'en Sardaigne les vaisseaux fugitifs, les détruisit, et commença la conquête de cette île et de la Corse, qu'acheva son successeur Sulpicius.

8. Bévonement de Calparnlus Flamma. — Ge succès faillit être compensé en Sicile par un revers : une armée romaine fut enveloppée par Amilcar dans un défilé. Elle ne pouvait être tirée de ce mauvais pas que si l'on occupait une colline qui couvrait la route. Un tribun légionnaire, Galpurnius Flamma, s'ofi'rit à s'y établir : c'était marcher à une mort certaine, car tout l'effort de l'ennemi allait se concentrer contre ce poste. Il trouva pourtant 300 hommes pour mourir avec lui. Les Carthaginois n'eurent raison de cette poignée de braves qu'après que l'armée romaine, sauvée par ce sacrifice, fut sortie du défilé. Us se vengèrent sur eux : tous périrent. Cependant les Romains, revenus le lendemain sur la colline, y retrouvèrent Calpurnius Flamma vivant encore sous un monceau de cadavres. Il reçut du consul une couronne de gazon. « C'était alors, dit Pline, la plus noble récompense, » car cette simple couronne voulait dire que celui à qui elle était donnée avait sauvé " la vie à des citoyens romains.

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