EN PROVINCES ROMAINES
1. Secrets préparatifs de Philippe. — 2. Mort de Philopœmen et d'Annibal (183). — 3. Faiblesse de tous les États. — 4. Mort de Philippe de Macédoine ; Persée. — 5. Troisième guerre de Macédoine (172-168). — 6. BataiHe de Pydna (168). Sort de Persée et de la Macédoine. — 7. Triomphe de Paul Emile. — 8. Terreur des roîs après la chute de Persée. — 9. Exécutions en Grèce. — 10. Soulèvements en Macédoine (152); ce pays est réduit en province romaine (143). ^11. Réduction de la Grèce en province romaine (146).
t. Secrels préparatifs de Philippe. — Le roi de
Macédoine ne pouvait se résigner à sa défaite. Il n'osait rien entreprendre dans la Grèce, trop voisine de l'Italie, mais il espéra que des conquêtes en Thrace feraient moins de bruit, et il s'empara d'iEnos et de Maronée. Dénoncé aussitôt par Eumène, de Pergame, il vit arriver trois commissaires romains qui le firent comparaître devant eux comme un accusé ordinaire et qui prononcèrent contre lui. Après un pareil affront, il n'y avait plus qu'à préparer en secret une guerre nouvelle. Amasser de l'argent, accroître la population de son royaume, se ménager l'alliance des Barbares voisins du Danube et l'appui des Thraces : tels furent dès lors ses soins continuels.
2. Mort de Philopœmen et d'AsBlbal (183). — Le sénat suivait d'un œil attentif tous les mouvements de cette sourde colère et, pour en diminuer le danger, il songea à se défaire de deux hommes qui le gênaient en Orient : Philopœmen en Grèce, Annibal en Asie. Flamininus accepta la honteuse mission de délivrer le peuple-roi de ces deux vieillards. Il passa d'abord par
Messène. Aussitôt après son départ, une sédition y éclata contre les Achéens. Malgré son âge et une maladie récente, Philopœmen fit 17 lieues en un jour pour étouffer rinsurrection, mais, dans une rencontre avec les Messéniens, il tomba de cheval, fut pris et condamné' à boire la ciguë (183). Lycortas, son ami, le vengea sur ceux qui l'avaient fait périr, et la Grèce entière lui fit de magnifiques funérailles : Polybe porta Turne qui renfermait les cendres du héros. — Annibal périt la même année. Il s'était retiré auprès du roi de Bithynie, Prusias, et avait fait préparer à sa maison sept issues secrètes. Quand il voulut fuir au bruit de l'arrivée de Flamininus, elles étaient toutes gardées. « Délivrons, dit-il, les Romains de leurs terreurs, » et il prit un poison violent qu'il portait toujours sur lui.
3. Faiblesse de tons les États. — Ges deux grands hommes de moins dans le monde, il semblait que Rome ne dût plus trouver que des haines impuissantes. Le roi de Syrie, Antiochu», avait péri, lapidé par son peuple dont il pillait les temples pour s'acquitter envers les Romains (187), et Séleucus, son successeur, passa les onze années de son règne à ramasser l'argent du tribut. Sous la tyrannie d'Épiphane et la minorité de Philômétor, l'Egypte s'aft'aiblissait. Massinissa, l'ami de Rome, venait d'enlever une province aux Carthaginois, et ceux-ci n'avaient osé que se plaindre. L'Espagne paraissait soumise; en Italie, la Cisalpine l'était.
4. Mort de Phifippe de Maeédoine; Persée. — Philippe seul restait donc menaçant : il se faisait lire chaque jour son traité avec Rome pour nourrir son ressentiment ; il s'alliait aux Rastarnes, barbares des bords du Danube qu'il voulait précipiter sur l'Italie ; il comptait soulever la Grèce et appeler tous les rois à la liberté. Pendant qu'il méditait ces vastes desseins, les sénateurs lui renvoyèrent son fils Démétrius, qu'ils avaient gagné à leur politique, et qui se plaça naturellement à la tète du parti romain. Ceux qui voulaient la guerre avaient pour chef un frère aîné de ce prince, Persée, qui, né
d'une femme de basse naissance, craignait que Philippe ne laissât sa couronne à Démétrius. Pour perdre ce rival, Persée Taccusa d'avoir tenté de Fassassiner, et le malheureux père condamna son fils à mort (181). La douleur le conduisit bientôt lui-même au tombeau (179). Persée ne découvrit pas tout d'abord sa haine contre Rome : il renouvela le traité conclu avec Philippe, mais durant six années il travailla à augmenter ses forces, réunit une armée de 40 000 bons soldats, s'allia au roi de Thrace, Cotys, à celui d'Illyrie, Gentius. Les princes de l'Asie et même les Rhodiens faisaient des vœux pour lui ; le sénat de Garthage reçut, la nuit, ses ambassadeurs, enfin, 30 000 Bastarnes qu'il avait pris à sa solde approchaient de l'Adriatique, et le bruit de leur marche jetait déjà la terreur en Italie.
5. Troisième j^nerre de Macédoine (1*72-168). — Eumène se hâta de courir à Rome dénoncer ces préparatifs. A son retour, des gens apostés se jetèrent sur lui près du temple de Delphes et le laissèrent pour mort sur la place. On accusa le roi de Macédoine d'avoir préparé ce guet-apens, et le sénat lui demanda des explications. Persée ayant répondu avec colère, la guerre lui fut déclarée (172).
6. Bataille de Pydna (l68). — Les commencements n'en furent pas heureux pour Rome : Persée battit deux fois le consul Licinius et ferma pendant quatre ans aux légions l'entrée de la Macédoine. Il fallut envoyer contre lui Paul Emile. Ce vieux et rude capitaine remit en honneur dans l'armée la discipline, la vigilance et les exercices militaires. Il ôta aux sentinelles leur bouclier pour les rendre plus attentives. On laissait les gardes avancées tout le jour sous les armes : il les fit relever le matin et à midi, pour que l'ennemi trouvât toujours aux avant-postes des troupes fraîches et reposées.
Cependant les Romains avaient franchi les monts Cambuniens, et Persée avait reculé jusque sous les murs de Pydna. Une plaine ^ s 'étendait en avant de la ville : c'était un champ de bataille excellent pour la phalange,
il résolut d'y combattre. Dans la nuit qui précéda l'action, une éclipse de lune alarma les Macédoniens ; par l'ordre de Paul Emile, le tribun Sulpicius Gallus avait d'avacne prédit et expliqué aux légionnaires cephénomène. Quelques jours auparavant l'armée souffrait de la soif: le consul, guidé par la direction des montagnes, avait fait creuser dans le sable, et on avait trouvé de l'eau en abondance. Les soldats croyaient leur chef inspiré des dieux et demandaient à grands cris le combat. Mais, enfermé entre la mer, une armée 45 000 hommes et des montagnes impraticables pour lui, s'il était vaincu, Paul Emile ne voulait rien donner au hasard ; ce ne fut qu'après avoir fait de son camp une forteresse qu'il se décida à risquer une affaire décisive. Les Macédoniens attaquèrent avec fureur. La plaine étincelait de l'éclat des armes, et le consul ne put voir sans une surprise mêlée d'effroi ces rangs serrés et impénétrables, ce rempart hérissé de piques : toutefois il dissimula ses craintes et affecta de ne mettre ni son casque ni sa cuirasse. D'abord la phalange renversa tout ce qui lui était opposé, mais le succès, l'entraînant loin du terrain que Persée lui avait choisi, les inégalités du sol, le mouvement de la marche, y ouvrirent des vides où Paul Emile lança ses soldats. Dès lors ce fut comme à Cynocéphales : la phalange ébranlée, désunie, perdit sa force; au lieu d'une lutte générale, il y eut mille combats partiels; la phalange entière, c'est-à-dire 20 000 hommes, resta sur le champ de bataille ; 1 1 000 furent faits prisonniers. Les Romains n'avouèrent qu'une perte de 100 hommes (22 juin 168).
Persée avait cherché un asile dans le temple de Samothrace : à la nouvelle que ses enfants venaient d'être livrés par un traître, il vint lui-même se remettre entre les mains de l'ennemi. Son allié, Gentius, roi d'Illyrie, avait déjà été contraint de se rendre.
La Macédoine conserva son indépendance , mais on la divisa en quatre districts dont les habitants ne purent ni contracter mariage ni même acheter ou vendre hors
de leur territoire. L'Illyrie eut le même sort. Quant k l'Épire, on détruisit ses soixante-dix villes, et Ton vendit comme esclaves 150000 de ses habitants.
9. Triomphe de Paul Emile. — Cette solennité, à laquelle assista le peuple entier vêtu de toges blanches, dura trois jours. Le premier, passèrent les statues et les tableaux sur deux cent cinquante chariots ; le second, une longue file de voitures chargées d'armes dont le fer ou Tairain récemment poli jetaient un vif éclat. Elles semblaient entassées plutôt que rangées avec art et présentaient, en avant les pointes menaçantes des glaives, sur les côtés le fer aigu des sarisses. Quand elles s'entre-choquaient dans leur marche, elles rendaient un son martial et terrible. Venaient ensuite trois mille hommes portant sept cent cinquante vases dont chacun contenait 3 talents en argent monnayé; d'autres portaient des cratères et des coupes d'argent remarquables par leur grandeur et leurs ciselures. Le troisième jour, dès le matin, les trompettes, au lieu d'airs joyeux, sonnèrent la charge : le triomphe commençait. Cent vingt bœufs, les cornes dorées, couverts de bandelettes et de guirlandes, ouvraient la marche, conduits par des jeunes gens ceints d'écharpes brodées, et que des enfants accompagnaient avec des coupes d'argent et d'or. Puis des soldats portaient l'or monnayé dans soixante-dixsept vases renfermant chacun trois talents; quatre cents couronnes d'or données par les - villes de Grèce et d'Asie; une coupe du poids de 10 talents d'or, incrustée de pierreries; et les antigonides, les séleucides, les thériclées et les autres coupes d'or qui ornaient la table des rois de Macédoine, précédaient le char de Persée, où étaient ses armes et son diadème. La foule des captifs suivait : parmi eux, le fils du roi Cotys et les enfants du dernier héritier d'Alexandre, auxquels leurs gouverneurs apprenaient à tendre vers la foule des mains suppliantes. Derrière eux marchait leur père vêtu de deuil et l'air égaré, comme si l'excès de ses maux lui avait fait perdre tout sentiment.
Il avait demandé à Paul Emile de le soustraire à cette ignominie. « C'est une chose qui a toujours été et qui est encore en 9on pouvoir, » avait répoijdu le Romain, qui ne comprenait pas qu'on pût ainsi se survivre à soimême. Enfin paraissait le triomphateur suivi dé ses cohortes pressées,' mais, de ses deux fils qui devaient être sur son char à ses côtés, l'un venait de mourir, l'autre expira trois jours après. Dans sa mâle douleur, Paul Emile se félicitait encore de ce que la fortune l'avait choisi pour expier la prospérité publique. « Mon triomphe, disait-il, placé entre les deux convois funèbres de mes enfants, aura suffi aux jeux cruels du sort. A soixante ans je trouve mon foyer solitaire, après y avoir vu une nombreuse postérité, mais le bonheur de l'État me console. » H vécut quelques années encore, fut censeur en l'an 160, et mourut dans cette charge. Persée l'avait précédé au tombeau : jeté dans un cachot de la ville d'Albe, il connut ce qu'était la clémence de Rome; et, dans Tannée qui suivit le triomphe, il se laissa mourir de faim ou périt sous les lentes tortures de ses geôliers. Son fils aîné, Philippe, était mort avant lui; Tautre, pour gagner sa vie, apprit le métier de tourneur; plus tard, cet héritier d'Alexandre parvint à la charge de greffier dans la ville d'Albe.
8.. Terreiip des rois après la ehnte de Persée. — Le peuple romain n'avait, cette fois encore, rien pris pour lui, si ce n'est les 45 millions versés par Paul Emile dans le trésor et les tributs imposés à la Macédoine, qui permirent au sénat de ne plus demander d'impôt aux citoyens : mais il n'avait pas besoin de réunir de nouveaux territoires à son empire pour étendre sa domination : l'effroi était partout. Prusias, roi de Bithynie, se présenta au sénat la tête rasée, avec le bonnet d'affranchi. Eumène, Mâssinissa, voulaient apporter leurs lâches adulations: on leur défendit l'entrée de l'Italie. Le roi de Syrie, Antiochus Épiphane, avait conquis une partie de l'Egypte et assiégeait Alexandrie. Un député romain, Popilius, lui ordonna de rentrer dans
HIST. ROMAINIS, Cl. de 4*. 9
sfes ïlt^Js. Antiochus demandant cruelqiies jours pour délibérer, Popilius traça autour de lui un cercle sur le sable : « Avant de sortir de ce cercle, vous répondrez ^u sénat. » Et le roi, vaincu par un seul homme, rappel^ ses aripées. Les Rnodiens avaient voulu imposer leur médiation: on leur ôta la Lycie et la Carie.
0. ExécBitioiis en Gr^ee. — Un Grèce, tous ceu^ qu'on soinpçonnait d*avoir fait des vqeux pour Perses, mille Achéeps, entre autres, furent enlevés, conduits en Italie et emprisonnés. Le sénat étolien^ cinq cent cinquapte membres, fut massacré, et ce qui restait d'hommes considérés en Épire, dans TAçarnanie, TÊtolîe et la Béo^ie " furent obligés de suivre Paul Émilé à B.6mê.
10. SfoDlèvements en Haeé^oine (iS!^]; ce pav^ efi|t rédni^ ei| |{POvii|e<^ romaine (f43). — En 152. up aventurier, Andrjscos^ souleva la Macédoine et fit alliance avec les Carthaginois, qui commençaient alors la troisième guerre punique. Il fut battu et pris (147): un second imposteur eut, quelques années plus tara, le mêmp sort. Le sénat se décida cette fois à réduire, la Macédoine ep province (143).
11. Rédnetlon de |a Grè^e en proyince fomaine (146). — ^La confédération achéenne avait été étendue par Aratus à }a plus grande partie du Péloponnèse ; mais,
Î)Our lutter contre Sparte, elle avait accepté Tallianôe dp a Aiîicédoine, et, plus tard, contre la Macédoine, celle des Romajns, Ces alliances avec des peuplas plus forts devaie|it conduire les Achéens à la perte de leur indépendance. Depuis la bataille de Cynocéphales, surtout depuis celle de Pydna, ils n'en gardaient que Tombre! On a vi| qu'en 168 Ipurs citoyens les plus patriotes avaient été déportés en Italie coipme ennemis secrets du peuple romain. Au bout de dix-sept ans, ceux de ceç exilés qui survivaient eurent la permission de retourne^ en Grèce. Ils y rapportèrent leur? ïpngs ressentimenîs, et, lorsque, sur de secrètes instigaliona du sénaf , Sparte demanda à sortir de la confédération, ilp poussèrent les Achéens à sVmer pour obliger cette ville à y rester
CONQUÊTE DE LA MACÉDOINE Ef DE LA GRÈCE. 131
fidèla (147). Le sénat saisit ce prétexte d'en finir avep la liberté greeque : il déclara Sparte, Gorinthe, Argos et Orchomène, séparées de la ligue. A cette nouvelle, tout le peuple se souleva et courut jusgu'à Scarphée, dans la Locride (146), à la rencontre des légions qui descendaient de la Macédoine. Us furent taillés en pièces; une seconde armée de 14 0ÔO hommes se réunit encore à Leucopetra, à l'entrée de l'isthme de Gorinthe. Sur les hauteurs voisines, les femmes, les enfants, s'étaient pl^^fif pour YPif \eyiTs épQW et leiirsf pères v^ncre ou mourir ; ils moururent; Gorinthe fut prise et livrée ^ux flamimes. Les ligues achéenne et béotienne furent dissoutes; toutes les vjlles démantelées, désarmée? et soumises ^ ^n go^Yex^^^^\^^^t o|igîj,rchiqùe qvf'U ^tajt plu§ aisé au sénat de tenir dans la dépendance que des assemblées populaires. La Grèce enfin, sous le nom d'Achaïe, forma une nouvelle province, et son grossier vainqueur, MumnaiuSj revint à Ropie, n'ayant retiré pour Im de son expédition que le surnom d*Achaïcus, Il avait lajt cette condition à ceux qui se chargèrent de transporter en Italie les' statues et les tableaux , chefs-d'œuvfe de l'art grec trouvés dans le pillage de Gorinthe, qu'ils les recommenceraient, s'jls les détérioraient ou îes perdaient en route.