‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 19 sur 64 · RÉDUCTION. DU ROYAUME DE PERGAME · texte numérisé non relu

RÉDUCTION. DU ROYAUME DE PERGAME

EN PROVINCE HOMAINE (129).

1. Nombreuses acquisitions de Rome de 147 à 129. — 2. Usurpations de Massinissa. — 3. Intervention de Rome. — 4. Déclaration de guerre (149) ] perfidie des consuls. — 5. Siège de Carthage. — 6. Scipion Émilien. — 7. Destruction de la ville (146); réduction de TAfrique carthaginoise en province. — 8. Conduite du sénat à l'égard des rois de l'Orient. — 9. Réduction du royaume de Pergame en province (129).

1. Nombreuses aeqnlsitions de Rome de 149 & 120. — Le milieu du second siècle avant notre ère fut comme l'heure fatale des peuples. L'an 147, la Macédoine était une seconde fois conquise; Tan 146, la Grèce rendait ses armes et sa liberté; à la fin de la même année, Carthage ne fut plus qu'un monceau de ruines; treize ans plus tard, l'indépendance de l'Espagne périt dans Numance, et presque aussitôt le royaume de Pergame s'écroula. Dans l'espace de seize années, la Grèce, TAsie Mineure, l'Afrique carthaginoise et l'Espagne devinrent les paisibles provinces du nouvel empire.

S. Usurpations de Hassiniosa. — Depuis Zama, l'existence de Carthage n'avait été qu'une lente agonie. Enchaînée par la défense de faire la guerre sans le consentement du sénat, elle n'osait repousser les . attaques du roi des Numides, l'avide Massinissa. « Les Carthaginois, disait le Numide, ne sont en Afrique que des étrangers; ils ont ravi à nos pères le territoire qu'ils possèdent;» et, à chaque occasion favorable, il leur enlevait une province. Dès l'an 199, il commenga; en 193, il leur prit le riche territoire d'Empories , ce qui leur ferma la route de l'intérieur de l'Afrique. Onze ans après.

nouveaux empiétements. A ces violences Garthage n'opposait que des plaintes qu'elle envoyait à Rome. Mais le sénat, sûr de Massinissa, qu'il avait à dessein placé entre Garthage et le fils de Syphax, lui laissa les districts usurpés. Encouragé par cette partialité, le roi envahit en 174 la province de Tysca et soixantenîix villes. « Si nous ne pouvons nous défendre, disaient les députés carthaginois aux Romains, au moins décidez ce que vous voulez qu'on nous enlève. » C'était à la veille de la guerre contre Persée : le sénat, intéressé à ne pas se donner en ce moment un nouvel ennemi, parut s'indigner, promit justice et des arbitres, mais traîna l'affaire en longueur. {Juand la victoire de Pydna eut rendu l'iniquité sans danger, il députa quelques commissaires et Gaton. Les Carthaginois refusèrent de se soumettre à un tribunal où leur ennemi avait d'avance gagné sa cause, et Massinissa garda encore le territoire contesté. Mais Caton avait trouvé, avec surprise et colère, Garthage riche, peuplée, prospère. Quand le haineux vieillard revint à Rome, il laissa tomber dans la curie des figues qu'il tenait dans un pli de sa toge, et, comme les sénateurs en admiraient la beauté : « Là terre qui les porte, dit-il, n'est qu'à trois journées de Rome. » Depuis ce jour, il ne cessa de répéter à la fin de ses discours : «Et, de plus, je pense qu'il faut détruire Garthage : delenda est Carthago. »

S. Interventloift de Rome. — Les Scipions avaient une politique plus noble : ils redoutaient pour Romt l'enivrement de la victoire, l'abandon de la discipline et des mœurs au milieu des richesses et de la sécurité ; ils vou* laient que les Romains eussent toujours un péril à craindre, .pour qu'ils restassent toujours unis et forts. Maïs Gaton l'emporta, et la ruine de Garthage fut décidée. / '

Cette malheureuse cité était encore déchirée par trois factions: les amis de Rome, ceux de Massinissa et les patriotes. Les derniers, en 152, chassèrent les partisans du roi, qui, prétextant un attentat contre ses deux fils,

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se sfliisit de la place importante d'Oroscopei Cette fois les GatthaglEois envoyèrent 60 000 hommes contre Massinissa. Scipiod Êmilien était alors en Afrique : -il suivit les deux atmêes etj du haut d'une colline^ vit cent mille Barbares s'égorger. Cette sanglante mêlée valait mieux qu'un combat de gladiateurs; le Romain avoua qu'il avait goûté iin plaisir digne des dieux* Maissinissa, âgé de quatre-vingt-huit ans, monté à cru sur un cheval rapide, s' étslit encore battu eomiùeleplus brave soldat* L'armée carthaginoise fut exterminée. Les Romains se hâtèrent d'entrer en lice pour ne pas laisser au vairiqùeur une si riche proie. On savait d'ailleurs à Rome que les Carthaginois venaient de soulever les Lusitaniens et d'encourager Andriscos en Macédoine. En vain Carthage proscrivit les auteurs de la guerre et envoya des ambassades à Rome. « Doniiez satisfaction au peuple romain, » disaient les pères conscrits; et, quand les députés demandaient quelle isatisfaction : « Vous devez le savoir. » Us he purent obtenird'àutrerépotise(149); 4. Déelaratioit de guerre (f 49] $ perllàie îles eonsnls. — Utique^ . voyant Carthage menacée, se donna aux Romains : c'était poul* eux un port et une forteresse à 3 lieues de Carthage. Aussitôt les deux consulis Censorinus et Manilius partirent avec uiie flotte nombreuse et 80 000 légionnaires. Des députés arrivent encore : « Lès Carthaginois, disent-ils, se remettent à la discrétion du peuple romain. » On leur promet la conservation de leurs loid, de leurs libertés et de leur territoire; mais ils enverront àLilybée trois cents otages. Les otages livrés, les consuls déclarent que c'est en Afrique seulement qu'ils feront connaître leurs dernières intentions, et ils passent la mer avec leur formidable armée; sans que Carthage^ assurée de la paix^ envoie à leur rencontre une seule galère. Arrivés à Utique,ils demandent aux Carthaginois leurs armes. On leur apporte plus de deux cent mille armures, deux mille catapultes et un nombre infini de traits de toute espèce. «Maintenant, disent-ils, vous abandonnerez votre, ville et vous irez vous

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établira 10 milles ^dans les terres.» C'était une infime perfidie. Lès consuls y ajoutèrent la dérision : Censorinus leur vanta les avantages de la vie agricole, loin de cette mer trompeuse dont la vue nourrissait en eux les regrets et de dangereuses espérances.

S. Siège de Càrtbai^e. — L'indignatioil réveilla ce

Eeuple immense. Les patriotes ressaisirent le pouvoir ; ^s partisans de Rome furent massacrés j çn ferma lès portes; les temples furent transformés en ateliers. Kuît et jour on fabriqua des ^rmes; les.femmes donnèrent leurs chevelures pour faire des cordages ; les esclaves furent affranchis et enrôlés, et Âsdrubal, un des chefs du parti populaire, tint la campagne avec 20 000 liommes qu'il n'avait pas voulu désarmer. Lorsque les consuls s'avancèrent pour prendre possession de la ville, ils triouvèrent les murs, garnis de défenseurs, échouèrent dàiiè trois attaques, et virent leurs macl^ines avec uîie partie de Uut flotte incendiées. Derrière eux les canlpagUes se soulevaient, et Asdrubal réunissait aans son camp de Néphéris jusqu'à 70 000 hommes.

é. Scipiên Émilien. — Malgré leurs 80000 légionnaites, la position n'était pas sans danger. iDans cette armée servait comme tribun légionnaire Scipion Êmîlien, fils de Paul Emile' et petit-fils par adoption de Scipion l'Africain. Il avait leurs vertus et leurs talents. Un jour toute une colonne d'içittaque se trouva compromise et aurait été massacrée, s'il ne l'eût dégagée avec des troupes de réserve. Une autre fois, en se portant rapidement sur les derrières de l'ennemi, il sauva le camp de Manilius» L'armée lui dut encore |3on salut dans une expédition dirigée contre Aisdruhal, et qui avait été mal conduite. D'autres services augmentèrent son crédit sur les soldats et sa renommée à Rome. Il gagna Un général carthaginois,,quipassa dans le caijnp romain ive6 2000 cavaliers. Il dissipa la jalousie et les soupçons de Massinissa, qui commençait a croire qu'après la ruine de Càrthage viendmt la s|enne. Au moment d'expirei^, le vieux roi le chargea de partager ses

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États entre ses trois fils. En revenant au camp, Scipion ramena Tun d'eux, Gulussa, avec toutes ses forces.

Galpurnius Pison, qui commanda en Tannée 148, laissa périr la discipline : aussi fut-il repoussé de Qy-

1)ea et d'Hippone. Scipion était allé à Rome demander 'édilité : le peuple tout d'une voix lui donna le consulat et la direction de cette guerre. Avec lui, elle prit une face nouvelle. Il rendit aux soldats l'habitude de l'obéissance, du courage et des travaux pénibles. C!ali;h^e était situé sur un isthme, il le coupa d'un fossé, puis d'un mur haut de 12 pieds. Pour affamer ses soixantedix mille habitants , il fallait encore fermer le port : il jeta à son entrée une digue large de 92 pieds à la base et de 24 au sommet. Mais les Carthaginois creusèrent dans le roc une sortie vers la haute mer, et une flotte bâtie avec les débris de leurs maisons faillit surprendre les galères romaines. Après un jour d'efforts , Scipion les refoula dans le port, dont il garda l'entrée avec des machines qui couvraient de traits la nouvelle passe. . .

Laissant la famine faire d'effreux ravages dans la ville, il,alla durant l'hiver forcer le camp de Néphéris. La destruction de cette armée, seul espoir qui restât aux Carthaginois, décida les villes voisines à lui ouvrir leurs portes. Au retour du printemps, il reprit avec activité les opérations contre Carthage* et enleva la muraille que baignait le port Cothon : les Romains étaient dans la ville. Mais, pour arriver jusqu'à la forteresse Byrsa, placée au centre, il fallut traverser des rues étroites où les Carthaginois, retranchés dans les maisons, firent une résistance acharnée. L'armée mit six jours et six nuits à atteindre la citadelle. Sur la promesse qu'ils auraient la vie sauve, 50000 hommes en sortirent: il y restait 1100 transfuges réfugiés avec Asdrubal dans le temple d'Esculape. Jusqu'alors , ce chef avait -dirigé la défense avec habileté et courage. Un moment de fai- ])lesse le déshonora : ij vint demander la vie à Scipion, qui le montra aux transfuges prosterné à ses pieds.

Sa femme ne voulut pas le suivre. Elle monta au sommet du temple, parée de ses plus beaux vêtements, et, s'adressant à Scipîon : « Souviens-toi, s'écria-t-elle, de punir cet infâme qui a trahi sa patrie, ses dieux, sa femme et ses enfants. le plus vil des hommes! va orner le triomphe de ton vainqueur et recevoir à Rome le prix de ta lâcheté ! »Puis, égorgeant ses deux enfants, elle se précipita au milieu de l'incendie que les transfuges avaient allumé.

Qrarv par F.hr«ird

V. Destraetion de la Tille (i46] % rédnetlos de l'Afrique earthaginolse en pre'vlnee. — * Scipion abandonna au pillage ces ruines fumantes, et des commissaires envoyés par le sénat firent du territoire carthaginois une province. Ils renversèrent ce qui était encore debout dans la ville et, par les plus terribles imprécations, vouèrent à une étemelle solitude la place où Carthage avait été. Du haut d'une colline Scipion voyait

138 CHAt»tTRÊ XIU

s'accomplir l'oeuTre de destruction. En face de cet empire éproulé> de c^ peuple anéanti^ de cette immense dté où il n'allait bientôt plus rester pierre sur pierre^ il se sentit ému^ et^ au lieu de rivresse de la victoire, une mélancolique pensée le saisit t il songea à Tavenir de p.ome, et PoJyhe l'entendit tristement répéter ce vers d'Homère : « Un jour aussi verra tomber Troie, la cité sainte^ et Priam^ et son peuple invincible. »

8. Conduite au sénat à l'égard des rois d'Orient. — De 188 à 133, il ne parut pas un légionnaire en Asie, mais les commissaires du sénat y furent toujours présents, épiant les actions et les paroles des rois; intervenant dans toutes leurs affaires, |)our dégrader aux yeux des sujets la majesté royale} exigeant de riches présente, pour les tenir obérés; prenant leurs fils en otages, pour reîlvbyer ceux-ci, comme Démétrius, gagnés à la cause de tlome; enfin leur défendant la guerre, pour que le bruit deô armes ne réveillât pas ces peuples engourdis. Un imposteur s'était élevé contre Ariarathe : ils lui attribuèrent la moitié de la Cappadbce. Prusiàs avait vaincu le roi de Pergame et pillé sa capitale : ils lé condamnèrent à une amende de 600 talents (155). A 1à mort d'Antiochus Épiphane, le légitime héritier, Démétrius, était à Ronie. Le sénat reconnut pour roi un enfant, AntiochusEupatdr, et donna mission àiin de ses envoyés en Syrie de brûler les vaisseaux, de tuer les éléphants et de disperser l'armée. Démétrius s'étant échappé, le sénat fit alliance avec les Juifs, alors révoltés contre les Séleucides. En Egypte, pris pour arbitre entre Physcon et Philométor, il démembra le royaume, cachant une politique perfide sous les dehors^ de l'impartialité ; et l'héritage des Ptolémées forma trois États : Egypte, diypre et Cyrénaïque.

9. Bédàeiion dû royaume de Pergame en pr«»- Tince (f «9). — Malgré le dévp^ement des roi/s de Pergame, on laissa les Galates et le roi de Bithynie^ les attaquer, afin de >ien prouver à ces princes qu'ils toijiberaient dès que la main de Rome se retirerait d'eux. Le

TROISIEME G1?«RRB PUNiQtJE. 139

Second successeur d'Eumènc, Attalc III, montra une cruauté.insensée. Tour à tour sculpteur, fondeur, médecin, il tuait ceux qui n'applaudissaient pas à ses folies, et essayait sur ses parents, ses amis et ses gardes, les plantes vénéneufeës qu'il cultivait lui-même. Quand il mourut (133), le sénat prétendit que, par son testament, il avait institué le peuple rdtnaiîi son héritier, et dà.ns le legs on comprit le royaume ; mais un fils naturel d'Bumène, Aristonic, souleva les habitants, battit et prit le consul Licinius Grassus, qui, pour se faire tuer, insulta un soldat barbare. Perpenna, son successeur, vengea aidénlent cjtte défaite et envoya Aristonic à Rome, où il fut étranglé dans le Tullianum. Le royaume de Pergàiné fçi-mà là ^rdvinbe d'Asie (129).

CONQUÊTE DBS ROMAINS DANS LA cisalpine; VIRIATHE ; GUERRE DE NUMANGE; FORMATION d'uNE PROVINCE ROMAINE DANS LA GAULE TRANSALPINE..

1. Soumission des Gaulois cisalpins. — 2. Soumission des Ligures. — 3. Guerres contre les Espagnols. — 4. Cafon en Espagne. — 5. Commandement de Sempronius Gracchus. — 6. Viriathe. — 7. Guerre de Numance. — 8. -Formation d'une province romaine dans la Gaule transalpine (125).

i. SooidIbsIom deseanlolselsalplMB. — Pendant ces guerres faciles en Orient, Rome avait à soutenir en Occident une lutte pénible : dans le nord de l'Italie contre les Cisalpins et les Ligures , en Espagne contre presque tous les peuples de la péninsule.

Les Gaulois de la Cisalpine croyaient qu'une vie meilleure était réservée à ceux qui tombaient, dans la bataille, sous le fer ennemi. De là ce courage invincible et cette résistance désespérée qu'ils opposèrent aux Romains. Ils étaient divisés en trois grandes tribus : les Boîens, les Cénomans et les Insubres. Ils comprirent . trop tard qu'ils avaient eu tort d'abandonner Annibal. Quand il eut été vaincu, ils firent un dernier et tardif effort. En Tan 200, ils surprirent la colonie romaine de Plaisance, sur les bords du Pô, et la livrèrent aux flammes; mais Crémone, autre colonie, autre entrave de la liberté gauloise, fut sauvée par une victoire où périrent 35 000 Gaulois. Les Boîens alors se levèrent en masse, et le sénat déclara qu'il y avait tumulte (193). De nouvelles défaites et le ravage de leur territoire par les légions forcèrent les Boîens à demander la paix. Rome exigea qu'ils cédassent la moitié de leur pays : ils

aixûèrent mieux abandonner le tout, et ils allèrent cher-> cher au*-delà des Alpes, sur les bords du Danube, une autre patrie où ils pussent vivre libres (192). Ils s'établirent d'abord dans la Bohème, plus tard, en Bavière, et les deux pays ont conservé le nom de ces bannis volontaires [Boiohemv/m, Boiaria).

Les Insubres (Milan), les Vénètes et les Génomans (Vérone et Mantoue), restés seuls, ne pouvaient résister. Les derniers, d'ailleurs, par haine contre leurs voisins, avaient déjà trahi la cause commune. .

ft. SonniiBslon des LiffiiiPos. — A l'ouest des Gaulois cisalpins, dans l'Apennin septentrional, habitaient les Ligures, peuple sobre, brave, infatigable. Ces montagnards agiles exercèrent longtemps la patience des Romains. En 189 ils tuèrent un préteur, en 186 ils battirent un consul et mirent . Paul Emile lui-même en danger. Pour en venir à bout, il fallut les arracher au sol où ils se montraient si braves, et en transporter quarante-sept mille dans les solitudes du Samnium (180).

8. CSuerre eontre les Espasnols. — L'Espagne était le Pérou de l'antiquité : ses mines d'or et d'argent attirèrent de bonne heure les Phéniciens, plus tard les Carthaginois. Ceux-ci ne se contentèrent pas d'y fonder quelques colonies, ils voulurent soumettre tout le pays, et y parvinrent à peu près, mais en excitant des haines dont les Romains profitèrent. On a vu que les Espagnols aidèrent Scipion à chasser les Carthaginois. Rome crut qu'ils .n'avaient combattu que pour elle, avec le seul désir de changer de maîtres. Après la victoire de Zama, elle déclara que l'Espagne formerait deux provinces romaines. Aussitôt la population se souleva, et refoula les Romains, au nard de TÈbre, jusque sur la ville d'Emporie, colonie de Marseille.

4. CatoM «a Espagne. — Cette guerre parut alors assez importante pour mériter une, armée consulaire. Caton la commanda. Né dans le bourg obscur d'Arpinum, mais déjà connu par son courage, son éloquence, et surtout par une frugalité digne des premiers temps de la

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république, Gatpn accrut sa renommée en rétablissant dahs la péninsule les affaires de Rome. Il dégagea Emporio patr une victoire, sut ^çner l'alliance des Geltîbériens, le peuple le plus éonsidérable de Ffispagne, et fit démanteler cpiatrè cents villes ou villages fortifiés (195).

8. €«miiiaMdemeMt ée Semp9^mî^u GraeeliaB. — Cependant U guerre continua, car les Espagnols avaient horreur de la domination étrangère, les captifs mêmes ne pouvaient se résigner à la perte de leur liberté. On en vit percer les vaisseaux sur lesquels on les embarquait et les faire couler en pleine mer, plutôt que de se laisser conduire à Rome. Il fallut dixHsept aps de combats pour les contraindre à une paix momentanée ; encore cédèrent -ils moins à la crainte qu'à l'ascendant de Sempronius, le père des Gracques. Cet homme de bien ne leur imposa |>oint de dures conditions : il fonda parmi eux des villes auxquelles il donna de sages lois, tâchant de les gagner à la civilisation par un gouvernement doux et humain (178). En 170 un fanatique essaya de soulever la Çeltibérie. Il prétendait avoir i*eçu du ciel une lance d'argent gui devait jeter l'épouvante parmi les légions ; à la première rencontre, il fut tué, et sa mort dissipa h révolte.

6. viplatbe. —Les Romains crurent l'Espagne domptée, et plusieurs des chefs qu'ils envoyèi^ent pour la gouverner cherchèrent plus à faire fortune qu'à bien administrer. Traités avec insolence, astreints au travail des mines, alors si meurtrier, les Espagnols étaient prêts pour un soulèvement auquel Garthage les poussa en 153j qu^nd elle commença la dernière guerre punique. Le préteur Galba perdit 9000 hommes dans une seule bataille contre les Lusitaniens. Il feignit de traiter avec eux, leur offrit des terres fertiles, les dispersa, sous ce prétexte, en divers cantons^ puis tomba sur eux à l'improviste, et en massacra plus de trente mille. Gaton, à Rome, protesta vainement contre cet attentat (150). Mais, si le criminel fut absous, le crime ne resta pas

impuni. Un pâtre nommé Viriathe ay^t échappé au ipassacre : il rani|[iaa le courage de ses compatriotes, qt pômmçnjça contre les Romains upe guerre de surprisQp et d'escarmouches, ou ils perdirent leurs meilleurs soldat^. Apr^s sept ans dé succès partjels, il mit Iç com})le à sa gloire en forçant 1^ consul Fabiu3 Servilianus, ei^ife^mé dans i^n défilé^ à sijgner un traité où il était dit : <c II y aura paix entre le peuple poMAiN et Viriathe ?> (141). Mais un nouveau crime arrêta le héros lusitanien dans sa fortune. Le successeur de Pi^bius, Servilius Cépion, le fit assassiner (140), et son peuple se sonnait. On transporta une partie des Lusitaniens sur le rivage fie la Méditerranée, où fut fondée pour eux la vilje de Valence, Le successeur de Cépion, JuniuS Brutus, pénétra chez leç Gallaïques lusqu'au bord du grand Océan. Il croyait la domination romaine arrivé^ aux extrémités de la tqrre^ et il montra à ses légions le soleil allant éteindre ses rçtyona dans les 1^^T^ inconnues de l'Occident^ limite dernière du monde.

7. CSoerre 4e IVnmaiice. t- La guerre était terminée au sud et à l'ouest : elle se concentra au nord, vers Numance. Cette petite ville, bâtie sur une hauteur escarpée au bprd du Douro , éfait devenue le refuge dès plus braves guerriers dp la Geltibér^e, Ils refusaient de reconnaître la domination romaine, quand toute l'Espagne l'acceptait. Malgré leur petit nombre (ils étaient à peine 8000 nommes], ils n'en battirent pas moins successivement deux consuls. Un troisième, Mancinus, se laissa envelopper dans une gorge sans issue. Il promit la paix, si }'on Quyrait les passages. Mais les Numantins exigèrent du consul que le traité fût juré par son questeur Tibierius Gracchus^ fils de ce Graccjius dont les Espagnols vénéraient la mémoire (137). Comme aux Fourches- Caudines, le sénat déchira le traité, livra Mancinus, et recommença la guerre.

Les consuls suivants ne surent pas effacer cette honte : deux armées échouèrent encore devant cette petite cité : les soldats se mutinaient et, perdant courage, s enfuyaient

dès que paraissait Tennemi. Ces vainqueurs du monde ne pouvaient plus soutenir la vue d'un Numautin. Rome dut envoyer contre cette bourgade le destructeur de Carthage, Scipion Émilien, et 60 000 hommes. Dès qu'il fut au camp, il en bannit la mollesse et l'oisiveté. H exigea des soldats les plus rudes travaux^ leur fit faire de longues marches, chargés de sept pieux, de leurs armes, de vingt jours de vivres, lés força à creuser des fossés pour les con;ibler, à élever des murs pour les abattre ; et, comme ils se plaignaient : « Couvrez-vous de boue, leur dit-il, puisque vous craignez de vous couvrir de sang! » Bientôt Numance fut enfermée d'une quadruple ligne de retrancHements, et la famine y devint intolérable. Les habitants supplièrent Scipion de leur accorder une bataille : ils voulaient mourir en gens de cœur. Il ne quitta point son camp : alors ils mirent le feu à leurs maisons et s'entr'égorgèrent (133). Scipion ne put mener derrière son char de triomphe que cinquante de ces braves, et point de butin. L'Espagne, épuisée de sang, rentra enfin dans le repos, mais les montagnards du nord, les Astures, les Cantabres, les Vascons, restèrent indépendants jusqu'au temps d'Auguste.

8. Formation d'une province romaine dans la Ganle transalpine (tSS). — En l'année 133 Rome était maltresse de l'Italie et de l'Espagne, mais il lui manquait une route allant de l'une à l'autre péninsule; elle n'avait pas un pouce de terre entre les Pyrénées et les Alpes. Marseille lui fournit l'occasion d'y gagnerune province. La ville phocéenne prospérait, grâce à un gouvernement habile et fort, et elle couvrait de ses comptoirs toute la côte, depuis le Var jusqu'à l'Êbre. Les peuples du voisinage, inquiets de sa puissance et attirés par ses richesses, se jetèrent sur les terres des Massaliotes. Ceux-ci, ennemis de Carthage et des Étrusques, avaient soigneusement cultivé l'amitié de Rome. Menacés, ils l'appelèrent à leur secours (154).

Une première fois les légions vainquirent pour eux. Mais en 125 les Romains, de nouveau accourus aux cris

de détresse de Marseille, gardèrent ce qu'ils avaient conquis. Us en formèrent une province à laquelle le consul Sextius donna une capitale en fondant Aquœ Sextiœ (Aix, 122). Les Êdues, entre la Saône et la Loire (Bourgogne), demandèrent aussitôt à entrer dans Talliance de Rome. Les AUobroges (Savoie et Dauphiné), plus rapprochés de la nouvelle province, vinrent au contraire l'attaquer : 20 000 Barbares restèrent sur le champ de bataille (121). L'année suivante les Romains franchirent à letfr tour l'Isère, mais le roi des Arvernes, Bituit, les rappela soudain en jetant derrière eux 200 000 Gaulois. Quand le roi barbare, monté sur son char d'argent et entouré de sa meute de combat, vit le petit nombre des légionnaires : « Il n'y en a pas, dit-il, pour un repas de mes chiens. » Mais la discipline, la tactique, surtout les éléphants, vainquirent cette multitude. Quelque temps après, Bituit, attiré à une conférence, fut enlevé, chargé de chaînes et conduit à Rome. On réunit à la province tout le pays que le Rhône enveloppe du lac Léman à son embouchure. Les consuls des années suivantes franchirent le fleuve et étendirent la province d'une part jusqu'aux Pyrénées orientales, de l'autre jusque dans la vallée de la Garonne, où les Yolkes Tectosages, maîtres de Toulouse, acceptèrent le titre de fédérés; la colonie de Narbo Martius (Narbonne) dut veiller sur les nouveaux sujets. Sa position à l'embouchure de l'Aude en .fit bientôt la rivale de Marseille (118).

Cette province transalpine, gardée par deux colonies, Aix et Narbonne, couvertes par les Tectosages et les ïldues, récents alliés de Rome, était xomme un poste avancé d'où le sénat contint et surveilla pendant un demi*siècle les nations gauloises. •

HiST. ROMAINE, cl. de V. 10

Digiti^ed by VjOOQ IC

146 CHAPiltfe iiVi

tHÀÎ>ïrôE ^iV.

ÉTAT DE LA RÉPUBLIQUE WilÀlNÉ APRÈS TOUTES CES CONQUÊTES.

1. État de là république romaine vers l'annéç 133 : ruine dés mÔBufs. — 2. Rùîne de là religion. — à. Prospérité apparente de TÉtat. -— 4. Destruction de la classe moyenne et de l'égialité. — 6. l)eu» classes seulement dans la république; TéntiAifté des an9| .orgueil ,«fc rapines des autres, — 6. Nécessité d'une réforme. — 7, pfforte de Caton pour vrôter le mal; lutte contre Scipion rÀfricâin.j-j- 8. Exil de Scipion. — 9. Censure dé Catoii (184). — 10. Scipiôû Émilien.

t . Étà^ é^ Yà Vé^itliÛqtté WnîÀÎiilé ▼«ra l'àiniée < Slft } ràlnè dtea mitonts. — Eomè avait déjà con(}ùÎ8 ce ^ui devait faire la meilleure ï)art de rhéntage deis GésarB< Mais à ces conquêtes qu'avail-elle giigné? Au dehors une grande gloire, a.u dedans de grandes inisêres. Au contact de cet Orient sî dépravé, les Romains avaient 5()erdu leurs vieilles mœurs ; les richeisses, fruît de tant de Victoires, avaient renversé Tancieii équilibre de la société romaine, et causé ^ar leur fntrbductiôn soudaine ui» perturbation ^profonde au milieu d'une société sans industrie ni commerce. Les mœurs ne purent y résister. «Tu demàndéSjditJuvéhal, d'où viennent ces désordres? Une humble fortune maintenait jadis l'innocenci? deè femmes tt^ibes. De longues veîHès, des mains endûrïâèè au travail, Annibal aux portéis'de Rome et les citoyens en armes sur les murailles, défendaient du vice les modestes demeures de nos pères. Maintenant la luxure a fondu sur nous, et le monde vaincu s'est vengé en nous donnant ses vices. »

Les censeurs, quoique bien indulgents, avaient, en 204, dégradé sept membres du sénat, sept encore en 184,

ÉTAT DE LA HÉPUBLIQtlS AVANT LES GRACQUES. 147

neuf en 174, lin plus grand nombre en 164; jeunes nobles, graves jpersonnag'ôSi se déshonoraient avec une scandaleuse impudeur, et 6n allait bientôt entendre le mime Laberius dire : « Qu'est-ce çn'un setiAent? Un émj^lâtre à guérir les dettes. »

' '1t. Bàlnê âe là relkjslôn. — Le pillage dtt monde avait détruit les mœurs, la philosophie Sceptique de Cà'rnéadè î^uînait la religion eïi introduisant Tiûcrédùliïé, déjà enseignée ptrEnnius*. L^éducatîon grecque,

' substituée à la vieille éducation latine, répandit dans toutes les faïnilles et au cœur des géilérations naissantes lè mépris dé la religion et du sacerdoce. Le peunlè*, gagné lui-même à Timpiété nouvelle, avait ^léserté ses vieux ieïàples et courait à des dieuk nouveaux, dont les fè^es durent être dèfetidues par le Sénat, comme ces bacchanales où se commirent des trimes et des débauches effroyables. En Tannée 186, des milliei's d'initiés ftirent condamnés à périr sôus la hache. Les années suivanteiii', ce Turent deux mille empoisonneurs qu'il fallut encore puMr de la peine capitale. La littérature n'était qu'une école d'impiété. Dàïïs un poème de LuciiiuB, les douze grands dieux se rient dés gens qui leur donùent le titre de pères. Jupiter, tel que Plante le montré, est fort "peu vénérable-, et Lucrèce va bientôt déveloi^er^ avec une audacieuse éloquence, leâ doctrines athées et nratérialistes' d'ÎÈpicure.

Quand une religion s'eà Va, la société changé. Goiàmê lespoëtés détruiskient tbûte sanction morale en bafouant les dieux, bientôt an verra leà citoyens renoncer même au patriotisme, de toufeit les Vertus des anciennes cités là deridère cependant à périr. Ainsi s'altérait le caractère natitoai; aiûsi tombaient Vxih ^prês Tauttr^, sous

L (iaxnéid9, né 1 Cyrine et têntl âl^oitie en 1>S', y gagna nhe grande popV' luitébir 8oa élo(iaenca.et ton habilebé.ii diacourir aur tous lee Bi^els el à sou" tenir le pour et le contre. Il enseignait que la vérité était enveloppée de tant et nuàgtn ^tt*U n'était pas poUible à Tbohiine de Tapercevoir. lilnnius, qni ser- Tit ^s U upoaile ^Hf rr&^aoitui^ et dqnL il sera question i la note suivante, «Tait tradiuit le livre o'U £v1iémeré soûlerait qiie téà dieux n'étaient aixé des " ditmiséi.

rinfluence des mœurs et des idées de la Grèce déprayée, les plus fermes appuis de la société romaine. A cette ré* Tolution dans les idées et les mœurs devait répondre une révolution dans l'organisation politique.

3. Prospérité apparente de l'État. — Au second siècle avant notre ère, le temps des grandes luttes politiques était passé. L'union et la paix régnaient dans la ville, et la société romaine, heureuse et forte en apparence, n'était plus troublée par les tribuns. Cependant le pouvoir de ces magistrats s'agrandissait chaque jour: ils n'étaient plus seulement les chefs de la plèbe, ils semblaient devenus ceux du peuple entier. Aussi voit-on passer par )b tnbunat les nobles les plus illustres : Marcellus, Fulvius Nobilior, Galpumius Pison, Sempronius Gracchus, .£lius Petus, Metellus le Numidique et le grand' jurisconsulte Scœvola. C'est par des tribuns que sont proposées les meilleures lois du temps, VilUa, Yoconia, Orchia, et que sont institués les tnbunaux permanents et le scrutin secret. C'est par eux que le droit de suffrage est accordé à Fundi, à Formies et à Arpinum, où vont naître Marins et Cicéron ; par eux que des terres sont données aux soldats de Scipion et aux vétérans des guerres puniques; que vingt-trois colonies sont fondées en vingt ans ; que les fermiers publics concussionnaires et les usuriers sont poursuivis; que la dignité du citoyen romain est consacrée en 198 par le décret qui interdit de battre de verges un citoyen.

Le sénat, content de diriger les affaires extérieures, s'inclinait devant l'autorité souveraine de l'assemblée générale, et le peuple, de son côté, montrait au sénat la plus entière confiance. Dans l'affaire, des Campaniens qui avaient trahi Rome pour Annibal, le peuple porta le décret suivant : « Ce que le sénat aura arrêté à la majorité des voix, nous voulons et nous ordonnons que cela ' soit. y> Enfin, dans l'élection de Flaminius, le sénat, étendant, malgré les tribuns, les droits du peuple au forum, soutint que celui qui faisait les lois pouvait dispenser de l'obrervation des lois. Quelques années plus

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tard, après la conquête de la Macédoine, il déclarait que le trésor n'avait plus besoin de Vimpôt des citoyens. 4. HestPiietlon de la elasse moyeane et de l*éc^allté.

«— Ainsi donc le peuple gardait ses anciens droits : comme par le passé, il condamnait à l'exil ou à l'amende, nommait aux charges, faisaitJes lois, décidait de la paix, de la guerre, des alliances. La république durait, et pourtant la liberté se mourait. Le peuple, sans être opprimé, était dans la plus affreuse misère. Le cens comptait beaucoup de citoyens, et on avait peu de soldats. C'est que les mœurs, sinon les lois, avaient changé, et que le peuple romain était déjà ce que disait Gatilina : « un corps sans tête et une tète sans corps, » c'est-à-dire qu'on voyait à Rome une foule immense de pauvres et, au-dessus d'eux, quelques nobles plus riches et plus fiers que des rois. Une classe entière avait disparu, la classe moyenne, qu'un siècle de guerres et de pillages avait anéantie, et avec elle s'en étaient allés le patriotisme, la discipline, l'austérité de l'ancienne Rome. L'État avait perdu l'équilibre qui le maintenait en paix lorsqu'il avait perdu ces petits propriétaires qui, servant de lien entre le riche et le pauvre, les contenaient tous deux. Désormais, livré aux réactions sanglantes des partis, il oscillera entre le despotisme de la foule et celui des grands, jusqu'au jour où tous, nobles et prolétaires, trouveront le repos sous un maître.

Quatre causes avaient concouru à Ia disparition de cette classe moyenne : 1* les guerres continuelles qui l'avaient décimée^ %" la ruine de l'agriculture, amenée par la conversion des terres de labour en terres à prairies ; Z"" l'envahissement des petites propriétés par les grands [propriétaires ; 4'' la substitution du travail des esclaves à celui des hommes libres. Ceux-ci, privés aussi des profits de l'industrie par les ateliers d'esclaves que les riches. organisaient pour tous les métiers, n'avaient plus la ressource d^ vivre de leur labeur et venaient à Rome assiéger la porte des grands, ou vendre, pour quelque maigre récompense, leur voix au forum, leur

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témoignage au tribunal, au besoin leurs bras pQ(ttr, une émeute* Cette foule affamée, menaçante, que le sénat apaisera quelque temps en lui jetant un peu de blé pour pâture, grossissait sans cesse ; César trouvera que^ sur quatre cent cinquante mille citoyens, trois cent vingt mille vivaient aux dépens du trésor, c'est-à-<lire que les trois quarts du peuple romain mendiaient. Ub mot du tribun Philippe est plus terrible : « Il n'y a pas dans Rome, disait-il, deux mille individus qui soient propriétaires. » ' " Le peuple d'ailleurs, recruté dans Tesclavage, n'était plus qu'un mélange des affranchis du monde entier. De 421 à 210, il entra peut-être dans la société romaine cent mille affranchis. Rome envoyait ses citoyens dans les provinces comme légionnaires, publicains, agents des gouverneurs, intendants' des riches ou aven-^ turiers cherchant fortune, et, en échange, elle recevait des esclaves, bientôt affranchis, qui lui apportaient : l'esclave grec, les vices des sociétés mourantes ; l'esclave espagnol, thràce ou gaulois, ceux des sociétés barbares. Il y avait donc, entre la capitale et les provinces, comme une circulation non interrompue. Le sang refluait sans cesse du cœur vers les extrémités, qui le renvoyaient, mais vicié et corrompu.

S. Beax classes senlement dans la vépnMIqve t Tonalité des finu^ orjp^aell et rapine des antres. --* La destruction àe la classe moyenne priva la^ société romaine du pouvoir modérateur qui fait la force conservatrice des empires. Les grands, ne craignant plus ces plébéiens avec lesquels il fallait autrefois compter, s'abandonnèrent à toute la licence des mœurs nouvelles et à un orgueil insensé. Ils entendaient maintenant se ré^ server les honneurs comme un patrimoine héréditaire, et en interdire absolument l'entrée à ceux qu'ils appe-^ laient des hommes nouveaux. Le mouvement qui, en élevant aux charges tous les citoyens capables, renou-vêlait sans cesse l'aristocratie et assurait sa durée, s'était donc arrêté. Les grande s'isolaient au milieu de la cité

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commune et ne se faisaient pas fieiute d'insulte? le peuple, lois même qu'ils soUicitaiènt ses Quffirageji : témoin ce Scipion Nasica cpii, prenant la main calleuse d'un pay* san^ lui disait : « Ehl mon ami, est**ce que tu marches sur les mains?»

f . nécessité é/ikme rétovuie^ -^ i^nsi, Rome était re« venue aux jours où la cité renfermait deut p?u[kles dis* tincts, les patriciens et l'es plébéiens, lesun$ ayant tout, leEi autres rien. Get état ne pouvait dure? longtemps. • Rome avait du la conquête du monde à la politique libérale de l'ancien sénat, qui avait ouvert les charges i tous les citoyens, riches ou pauvres, pourvu qu'ils mon<trassent des talents. Les beaux temps de la liberté et de l'égalité avaient été aussi ceux des grandes victoires. Mais ces victoires semblaient maintenant n'avoir été ga-* gnées qu'au profit de quelques hommes. Deux cents familles -gouvernaient la république et administraient les provinces. Cette étroite aristocratie avait déjà irrité contre elle par ses exactions tous les provinciaux ; et ces exactions, elle les commettait parce qu'elle était sûre de rimpunité. De sorte que l'empire, conquis par tous, était exploité par quelques-uns, et mis lui-mèine en péril par cette exploitation sans pitié. Une réforme était donc nécessaire dans l'intérêt de Rome, des sujets et de la civilisation même, qui eût été compi*omise, si le monde, se soulevant contre le despotisme de l'aristocratie romaine, fût retourné au chaos d'où Rome l'avait tiré,

7. Bflbrts de Gston poQP arrêter le malt lott^ eoafve 9elplon rAfriealn.-^ Il ne manquait pas d'hommes à qui ces nouveautés ne plaisaient point, qui protestaient contre l'introduction des mœurs étrangères et contre des maximes nouvelles de gouvernement. A la tête de ces hommes se plaça €aton, qu'on a surnommé le Censeur, pour le distinguer d'un autre Caton, son descendant, célèbre à d'autres titres, Caton d'Utique. Il était né en 232, dans le village de Tusculum, aujourd'hui Frascati, et cultiva longtemps de ses mains une petite propriété dans le pays des Sabins, près de la chaumière de Gurius

Dentatus. Bs s'inspirft des exemples de désintéressement et de vie laborieuse. et frugale qu'avait donnés ce grand citoyen. Économe pour lui-même comme pour l'État, il disait qu'une chose dont on peut se passer, né valût* elle qu'une obole, est toujours trop chère, et, tant qu'il fut à Ja tète des légions, il ne prit dans les greniers publics, pour lui et sa suite, que 3 médimnes de blé par mois. Durant son consulat, jamais son dîner ne coûta plus de 30 as, et, avant de quitter l'Espagne, il vendit son cheval de guerre pour épargner à la république lès frais du transport. Un patricien, Valerius FJaccus, témoin de ses vertus . et voulant voir un tel homme arriver aux charges publiques, l'engagea à venir à Rome, où il se fit promptement connaître par un caractère qui ne savait se plier à aucune complaisance mauvaise et par une éloquence qui réalisait la définition donnée par lui-même dé l'orateur : l'homme honnête et habile dans l'art de bien dire. Â l'armée, où il servit dès l'âge de dix-sept ans, son courage, ses talents, le firent arriver rapidement au grade de tribun légionnaire. Plus tard (205), il fut envoyé en Sicile comme questeur de Scipion. En attendant queses préparatifs fiissent achevés, Scipion, à Syracuse, se faisait initier à la brillante littérature des &recs et vivait au* milieu des livres, du faste et des plaisirs. Gaton s'irrita de cette mollesse et de ces dépenses : il fit des représentations ; le général y répondit avec hauteur et le renvoya en disant : « Je n'ai pas besoin d'un questeur si exact. » Gaton ne le quitta pas à la veille de la guerre, mais, de ce jour, Scipion lui devint suspect.

Après avoir exercé l'édilité plébéienne, Gaton obtint la préture de Sardaigne. Il bannit de l'île tous les usuriers et refusa l'argent que la province voulait lui allouer, suivant l'usage, pour frais de représentation. Cette conduite, la sévérité de ses mœurs et sa rude éloquence attirèrent sur lui tous les regards. Dès l'année 195, les comices relevèrent au consulat. On demandait alors l'abrogation de la loi Oppia, qui limitait la dépense des

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femmes dans leur parure. Gston s'y opposa par tm discours éloquent. Plaûte aussi venait de tracer au théâtre, dans VAulularia^ une mordante satire du luxe des ma-^ trônes. Mais le poète et le consul échouèrent : la loi, fut abrogée. Gaton partit aussitôt pour l'Espagne. À son arriyée, il renvoya tous les fournisseurs. « La guerre nourrira la guerre, » dit-il. De continuels exercices, une infatiga* ble vigilance, rendirent à son armée l'aspect des vieilles légions. Cette campagne, que Gaton écrivit, fit beaucoup d'honneur à ses talents militaires et lui valut le triomphe. Sa conduite à la bataille des Thermopyles accrut encore sa réputation.

Cependant chaque jour l'opposition contre le libérateur de l'Italie grossissait dans le sénat et dans le peuple. Scipion ne pouvait se tenir à la hauteur où la victoire de Zama l'avait placé. Il eut beau obtenir les titres de prince du sénat et de censeur, montrer dans cette charge une extrême indulgence, accuser un concussionnaire, L. Costa, et se faire envoyer comme ambassadeur en Afrique et en Asie, lapopularité le quittait. Flaminius, Caton même, étaient les héros du jour. Pour réveiller l'attention dupeuple, il demanda, en 194, un second consulat: c'était une faute, car ce consulat, qui fut obscur, compromit sa' gloire. Aussi, quand il sollicita la même charge en 192 pour son gendre Scipion Nasica et pour son ami Laelius, il éprouva un double refus. Son frère cependant fut élu deux ans après et chargé de la guerre d'Asie, où l'Africain l'accompagna; mais cette campagne, plus brillante que difficile, n'ajouta rien à sa réputation et lui coûta le repos de sa vieillesse.

Dès lors Caton ne cessa, selon l'expression énergique de Tite Live, d'aboyer contre ce grand citoyen. Ces deux hommes ne pouvaient s'entendre : l'un voulait régénérer l'État par un retour à l'ancienne rusticité^ l'autre s'efforçait d'introduire dans Rome toute l'élégance des Grecs. Caton n'était point ennemi des choses de l'esprit, mais d^^rrière les arts et. les lettres de la Grèce il voyait ses vices, sa corruption, et il accusait les Muses

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de cette dfeadei^ee d'un peuple «u^r^fois glcfrievo^ Qt puiasant. Homme de la lai stricte, tout cq qui soirtait cb la légalité le blèseait, et k grande aituatioa qu^ 8'4l4it &ite dans l'Ëtat lé vainqueur de Zama !^ui était pcUeu&e, A son instigation, le tribu^ Petilius sou^iua ScijûoQ dQ rendre compte de Temploi des trésors Imés par A^Uoehus. L^Airic^in fit apporter ses registres, et les d^Ql^^ir^ en s'écriant : « Il ne sera pas dit que j'aur^gi sut)i r^i-» front de répondre à une pareille, «iQcusation ; qu'il, lu'aur^ fallu rendre raison de 4 millions de sesterces, quand j'en ai &it entrer 200 millions dans le trésor. »

La haine de Gaton s'en accrut. Décidé à ramener sous le niveau de l'égalité républicaine cet oifgueilleux citoyen dont l'exemple encourageait le mépris des lois et des magistrats, le dédain des mœurs et des institution!^ de son pays, il le fit accuser par un autre tribun d'avoir vendu la paix au roi de Syrie. Au jour marqué, Scipion monta à la tribune : « Tribuns et Vous Romains, dit-il avec une magnifique insolence, c'est à pareil jour que j'ai vaincu Ànnibal et les Carthaginois. Gqmme il convient, dans une telle journée, de surseoir aux procès^ je vais de ce pas au Gapitole rendre hommage aux dieux. Venez avec nloi les prier de vous donner toujours des chefs qui me ressemblent : car, si vos honneurs ont devancé ïnes années, c'est que mes services avaient prévenu vos récompenses. >>Et il'monta au Gapitole, entraînant le peuple tout entier sur ses pas.

8. Exil de Soiplon. — Toutefois, ne prévoyant désormais qu'attaques de la jalousie et débats avec les tribuns, il se retira à Liternum pour ne point comparaître. Oh allait le condamner absent. Un tribun, Senipronius Gralcchus, s'écria : « Tant que P. Scipion ne sera pas de retour à Home, je ne souffrirai pas au 'il soit niis en cause. Eh quoi! ni les services ni les honneurs mérités n'assureront donc jamais aux grands hommes un asile inviolable et sacré, où, sinon entourés d'hommages, du àiolns respectés, ils puissent reposer leur vieillesse? » L'affaire fut abandonnée,- et le sénat en corps remercia

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ôraockus d'avoir 9acrifié 8q« immi|ié9 per^oniiQlle^ à l'intérêt général. Retiré dans sa TiUa, doi^t n'aurai! pas voulu le p(u8 obscur ^es contemporain? âe géuèqi^e, Scipion y achova sa via d4iis la culte da^ Muses. Polyba place sa mort en la même année que-, celle de Pliilopœmen et d'Annibal (183). Ou croit voir eucoire aujourd'hui à Patrica^ l'antique Liternum, son tombeau et le second mot de cette iifiscription qu'il y avait fait graver; $1 Ingrate pat^^e^ tu n'iauras pa9 mes eeudres. y>

L'éxil de Scipion enhar4it ses ennemis : Gaton fit reprendre aux Petilius Taccusation contre TAsia^ique^ qui laissa saisir et vendre ses biens. Leur produit ne put couvrir l'amende. Sa pauvreté prouvait sou innocence.

9. Censure de Caton (i84). — Gaton triomphait. Les Scipions étaient humiliés et avec eux toute li^ noblesse. Après la découverte des bacchanales, le peuple, malgré la vive opposition des nobles, donna la censure à cet hopime nouveau, {ja noblesse et les pubUcwui furent rudement flagellés. «Il raya sept membres du s^uat, et

Îarmi eux un consulaire. Il afferma les impôts à trègr aut prix et les travaux publics au rabais. Il comprit dans le cens des citoyens les bijoux, les yoit^ir^s, ies paiotres des femmes et les jeunes esclaves achetés de* puis le dernier lustre, pour une valeur décuple du prix qu'ils avaient coûté, et il les frappa d'un impôt de â as par 1000. Il supprima les prises d'eau, qui appauvrissaient les fontaines publiques au profit de quelques riches particuliers, fit paver les abreuvoirs, nettoyer et construire des égouts, percer un chemin à travers la montagne de Forn^ies et élever la basilique Porcia. Snfin, pour écarter la contagion étrangère, il fit défendre aux rois de venir à Rome, où ils laissaient toujours quel(rues<*uns des vices de leur cour, et chasser le philosophe Gaméade, qui enseignait le mépris des dieux. Un parti nombreux sympathisait avec le rigide censeur; . quand il sortit de charge, le peuple lui érigea une statue avec cette inscription : « A Gaton, pour avoir, par de salutaire^ ordonnances et de sages institutions, re-

levé la. république romaine, que l'altération des mœurs ayait mise sur le, penchant de sa ruine. »

Cependant il était inévitable que la rude guerre faite par Gaton aux mœurs de son temps lui susciterait beaucoup d'ennemis : il fut cinquante fois accusé en justice : la dernière fois, il avait quatre-vingt-trois ans. Lui-même était infatigable à poursuivre les prévaricateurs devant les tribunaux : à quatre-vingt-cinq ans, il cita encore devant le peuple Servilius Ghtlba, car il avait, dit Tite live, une âme et un corps de fer, et la vieillesse, qui usq tout, ne put le briser. Mais ses efforts furent inutiles. Rome, oubliant chaque jour davantage ses dieux, ses mœurs et la liberté, était entraînée à une. révolution inévitable.

!•. Selplon Énllle*. — Cette révolution aurait pu, comlne toutes les autres, être prévenue, si l'on eût écouté quelques nobles esprits qui cherchaient à allier l'antique simplicité avec la culture de l'esprit, qui voulaient que Rome gardât ses mœurs, tout en prenant les arts de la Grèce; qu'elle cessât d'être une cité ignorante et barbare, sans devenir une ville corrompue. Tels étaient Paul Emile, qui battait les ennemis de la république et dirigeait lui-même l'éducation de ses enfants ; Scipion Nasica, qui fut déclaré par le sénat le plus honnête homme de la république ; l'austère Calpumius Pison, surnommé Frugi, habile orateur, vaillant capitaine, profond jurisconsulte et écrivain ; les Scœvola, l'honneur du forum et du barreau ; Lslius, qu'on surnomma le sage et qui fut peut-être le conseiller et le guide de Pacuvius et de Térence; Sempronius Oracchus, le père des Grracques; Fabius Servilianus et Manlius, qui tous deux punirent de mort les dérèglements et les concussions de leurs fils; enfin les Tubéron, de la famille .£lia, célèbres par leur pauvreté autant que par leur mérite : un d'eux, gendre de Paul Emile, n'eut jamais cpie de la vaisselle de terre, si ce n'est une petite coupe d'argent que lui avait donnée le conquérant de la Macédoine.

; Mais le plus grand de tous ces illustres personnages

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