SERTORIUS; SPARTACUS; MITHRIDATE
esclave à son pays. Mais les siens, avides de butin et de vengeance, refusèrent de le suivre et se répandirent dans ritalie pour la ravager. Le sénat se vit réduit à diriger contre eux les deux consuls, que Spartacusf battit encore. Crassus, à qui Ton remit le commandement suprême, vit aussi un de ses lieutenants écrasé ; il parvint cependant à enfermer, les gladiateurs à l'extrémité du Bruttium, où leur chef les avait conduits pour les faire passer en Sicile ; mais les pirates avec lesquels Spartacus traita prirent son argent et ne lui donnèrent pas une barque. En même temps, Crassus tirait d'un côté à l'autre un large fossé. Avant que l'ouvrage fût terminé, Spartacus profita d'une nuit neigeuse pour combler les travaux et s'échapper. La division se mit alors parmi les siens, et Crassus battit quelques corps détachés. Spartacus seul semblait invincible ; la confiance que ses succès inspirèrent aux gladiateurs finit par le perdre. Ils l'obligèrent à livrer une action décisive, où il succomba après savoir montré un courage héroïque (71).
Les débris de cette menaçante armée gagnèrent les Alpes pour se disperser dans la Gaule. Pompée revenait alors d'Espagne; il en rencontra une bande et tua encore 5000 de ces malheureux. « Crassus, écrivit-il au sénat, a vai^cu Spartacus, moi j'ai arraché les racines de cette guerre : elle ne renaîtra plus; » et il marcha sur Rome, impatiemment attendu du peuple, qui portait aux nues la gloire du héros invincible. Crassus n'obtint, en effet, que l'ovation. Il avait combattu contre cent mille ennemis : mais Rome ne voulait pas avquer qu'elle avait encore une fois tremblé devant ses esclaves.
S. RétAblissement du Iribanat dans ses droits (VO). — Tandis que Pompée accablait en Espagne les derniers chefs du parti populaire, ce parti même se relevait à Rome. En 76 le tribun Sicinius, soutenu par César, faillit réussir à rendre la voix au tribunal. Ce qu'il demandait, un consul de l'année suivante l'accorda : les tribuns recouvrèrent le droit de haranguer le peu-
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pie et d'aspirer aux charges. Les désofflres, les plaintes, aussitôt recommencèrent, et Pompée saisit le rôle de médiateur qui s'offrait. Quand il rentra dans Rome, en 71, aux applaudissements du peuple, il reçut, plutôt qu'il ne demanda, le consulat et le triomphe. Pour payer ces applaudissements, une loi Pompeia rendit au trihunat tous les droits que Sylla lui avait ôtés (70). En récompense, le peuple donna à Pompée, en l'année 67, sur la proposition du tribun Grabinius et ^malgré les nobles, le commandement de la guerre contre les pirates.
6. Gaerre centre les piraies (BV). •— Rome ayant détruit toutes les marines militaires sans les remplacer, nul ne faisait plus la police des mers ; des pirates sortis des montagnes de laCilicie, leur premier repaire, en profitèrent et coururent impunément la Méditerranée. Ils établirent sur toutes les côtes des arsenaux^ des lient de retraite et des tours d'observation, pillèrent quatre cents villes et les temples les plus vénérés, i^nçonnè-* rent tous les vaisseaux qui naviguaient entre la Phéni-> cie et les colonnes d*Hercule, enlevèrent deux préteurs romains avec leurs licteurs, saccagèrent Misène, Gaëte^ Ostie même, aux portes de Rome, et arrêtèrent les convois d'Afrique. Ils avaient failli servir de lien entre Sertorius, Spartacus et Mithridate, que flome eut à combattre presque à la fois ; mais les idées de brigandage l'emportèrent sur les idées politiques : s'ils conduisis rent à Mithridate les envoyés de Sertorius, ils trahirent Spartacus et causèrent sa ruine. Servilius, envoyé contre eux dès 78, mérita, après trois pénibles campagnes, le triomphe et le surnom à*Isauricus. Antonius, le père dutriumtir, chargé de les chasser de la Crète, échoua; Metellus y réussit en 68, et en prit le surnom de Cretict^. Mais quelques ' expéditions isolées ne pouvaient détruire cet insaisissable ennemi, qui, maintenant encore, menaçait Rome de la famine. Ce fut alors que Pompée fut investi pour trois ans, avec une autorité absolue el irresponsable, du commandement des mers
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et de toutes les côtes de la Méditerranée jusqu'à 400 stades dans l'intérieur, avec cinq cents galères, 120 000 fantassins, 5000 chevaux, et la permission de prendre dans le trésor tout l'argent qu'il voudrait.
A cette nouvelle, les pirates abandonnèrent les côtes d'Italie, le prix des vivres baissa subitement, et le peuple de crier que le nom seul de Pompée avait terminé la guerre. En quarante jours, il balaya toute la mer de Toscane et celle des Baléares. Les plus braves des pirates, s'étant réunis pour une action générale, furent vaincus et livrèrent cent vingt forts qu'ils occupaient depuis la Carie jusqu'au mont Amanus. Pompée brûla treize cents navires et établit ses prisonniers en des villes dépeuplées, à Soli, jAdana, Epiphanie et Mallus, à Dyme en Achaïe, môme en Galabre; quatre-vingtdix jours avaient suffi pour terminer cette guerre peu redoutable»
V. Hithridate («SO-BS). — L'ébranlement donné à l'empire par la double révolte des esclaves et des alliés, et par les efforts désespérés des Gracques en faveur du peuple, s'était communiqué aux provinces. Les sujets horriblement foulés par les gouverneurs, qui regardaient un commandement comme un moyen de refaire leur fortune délabrée, songeaient à échapper à la domination romaine. Mais, incapables de se sauver eux-mêmes, ils avaient jeté les yeux sur un roi d'Orient.
Mithridate VI Eupator, que les historiens ont surnommé le Grand, avait hérité de son père, allié fidèle du sénat, le petit royaume de Pont, qu'entouraient, sur le littoral, les républiques grecques de Sinope, d'Amisus, d'Héraclée et de Trébizonde; à l'est, les tribus barbares de l'Ibérie et de la Golchide ; au sud, l'Arménie, dont le roi Tigrane prenait le titre de roi des rois. Mithridate visita d'abord tous ces peuples; il étudia leur force, leur faiblesse, et, pour mieux nouer ses intrigues, apprit leurs idiomes : il pouvait parler vingtdeux langues. Quand il se crut en mesure d'agir, il força le roi du Bosphore Cimmôricn à lui céder ses États,
partagea avec Nicomède de Bithynie la Paphlagonie, et, quand Rome réclama, il répondit fièrement : « Ce royaume appartenait à mon père, je m'étonne qu'on vienne contester mon droit. » A cette conquête il ajouta celle de la Galatie, tua successivement, en Cappadoce, Ariarathe VI et Ariarathe VII, et imposa pour roi aux Cappadociens son fils, âgé de huit ans. Le sénat de Rome,
Mithridate *.
alors occupé de la guerre contreles Cimbres, donnait peu d'attention à ces révolutions lointaines. Cependant, pour arrêter Mithridate, il déclara les Cappadociens libres. Ceux-ci s'effrayèrent de cette liberté dont ils ne savaient que faire, et supplièrent le sénat de leur donner un roi : Ariobarzane fut choisi.
Alors le roi de Pont tourna d'un autre côté son active