‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 26 sur 64 · ERT0R1US; SPARTACUS; MITHRIDATE · texte numérisé non relu

ERT0R1US; SPARTACUS; MITHRIDATE

ambition ; il alla soumettre dans la Golchide, et jusque dans les régions transcaucasiennes, un grand nombre de nations scythiques, puis, se croyant assez fort pour braver Rome, fit de nouveau son fils roi des Cappadociens (93). Sylla, prapréteur en Asie, rétablit Ariobarzane (92) : mais à peine avait-il quitté l'Orient, que Mithridate reprenait la Gappadoce, y ajoutait la Phrygie et disposait à son gré du trône de Bithynie au détriment de Nicomède III. Le sénat ordonna au préteur d'Asie de rétablir les deux rois. Mithridate ne s'attendait pas à cette intervention; il rentra dans ses États héréditaires (90). 8. Conq«éfe de l'Asie Hineiire par Hithrldate , ■iiiBBaere de toas les BoaialnB en Asie (88). — A Home, on se crut débarrassé enfin de ce turbulent adversaire; mais ilse préparait en silence : quatre cents vaisseaux étaient dans ses ports, . et il en faisait construire encore ; ses émissaires levaient des matelots et des pilotes dans l'Egypte et laPhénicie, des soldats chez les Scythes, chez les Thraces, jusque chez les Celtes des bords du Dauube, et des bandes innombrables de Barbares traversaient l'Euxin ou franchissaient incessamment les défilés du Caucase ; 300 000 hommes étaient déjà réunis ; les Galates consentaient à le suivre. Enfin, lorsqu'il vit l'Italie misé en feu par la guerre sociale, il inonda l'Asie de ses armées.

Le roi de Bithynie, Nicomède et Aquilius, qui voulurent l'arrêter, furent battus ; un autre général romain, Oppius, fut rejeté de la Cappadoce sur la Pamphylîe ; Gassius n'osa pas même combattre et s'enfuit à Rhodes. La flotte qui gardait l'entrée de l'Euxin fut détruite dans une seule action. Partout les populations couraient au-devant du vainqueur, et ce fut moins une conquête qu'une marche* triomphale. Pour lier ces peuples à sa cause, le roi de Pont fit, en un même jour, à la même heure,. égorger tout ce qu'il, y avait de Romains et d'Italiens en Asie, femmes, enfants, esclaves, jusque dans les sanctuaires les plus vénérés. Aquilius, trahi par les Mityléniens, fut promené, en dérision, dans les princi-

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pales villes ; à Pergamô, on lui coula de Tor fondu dans la bouche : tant Tavidité des publicains ie Borne ayait mis de haine au cœur des peuples de TOrient.

L'Asie soumise, le roi de Pont attaqua, mais en vain, nie de Rhodes, où s'étaient réfugiés les Romains échappés au massacre, et jeta en Grèce 150 000 hommes commandés par Archélaos, qui entraînèrent .facilement la défection d'Athènes, du Péloponnèse, de la Béotie et de l'Eubée.

9. Prise d*Athènes par Sylla (86). —Il fallait conjurer au plus tôt ce péril qui s'approchait de l'Italie. Heureusement la guerre sociale finissait. Au printemps de l'année 87, Sylla arriva en Grèce avec ciiîq légions. Il marcha aussitôt sur Athènes, perça les Longs Murs, prit le* Pirée et attaqua la ville avec fureur. La tumme se joignit à la guerre: mais Aristion, qui commandait la citadelle, ne parlait pas de se rendre, et, du haut des murailles, appelait Sylla, à cause de sa figure couperosée, une mûre saupoudrée de farine. A la fin, pourtant, il fallut envoyer au proconsul deux députés qui parlèrent longtemps des exploits de Thésée, d'Eumolpeet de Miltiade. « Je ne suis pas venu prendre ici des leçons d'éloquence, répondit le général, mais châtier des rebelles,» et il les congédia. Le 1*' mars, quelques soldats surprirent un endroit mal gardé et la ville fut priseaprès un siège de neuf mois. Sylla voulut entrer par la brèche : il fit abattre un pan de muraille, et à minuit, au bruit des trompettes sonnant la charge, aux cris furieux de l'armée entière, il pénétra dans la place. Tel fut, dit-on, le carnage, que le sang, après avoir rempli le quartier appelé le Céramique, regorgea jusqu'aux portes et ruissela dans les faubourgs.

40. Vietolre de Sylla à Chéronée (86). — Archélaos rembarqua ses troupes et . reparut tout à coup avec 1^0 000 hommes dans la Béotie, sur les derrières de l'armée romaine, Sylla marcha au-devant de lui jusqu'à Chéronée avec moins de quarante mille soldats. Ceux-ci s'effrayaient de la multitude des ennemis.

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Gomme Marias, il les accabla de travaux jusqpi'à ce qu'ils demandassent le combat. DeceslSOpOO Asia* tiques, 10000 seulement se sauvèrent avec leur chef à Ghalcis. Syllase vanta de n'avoir. perdu que 13 hommes.

4i. Vletolre deSyll* à Orehomène (8tt). —Il était encore à Thèbes, célébrant sa victoire par des jeux et des fêtes, lorsqu'il apprit que, substitué à Marins dans le consulat, Yalerius Flaccus passait TÂdriatique avec une armée. Dans le même temps, un général de Mithridate, Dorylaos, arrivait d'Asie avec 80 000 hommes. Entre deux périls, Sylla choisit le plus glorieux : il marcha contre Dorylaos. Les deux armées se rencontrèrent en Béotie, près d'Orchomène. Cette fois, la lutte fut plus vive : Sylla paya de sa personne ; cependant les hordes asiatiques furent encore une fois dispersées. Thèbes et trois autres villes de la Béotie eurent le sort d'Athènes. La Grèce entière trembla. ,

lie. Tyrannie de Hltlirldate ea Asie. — Mithridate avait promis à l'Asie une domination plus douce, et il l'accablait d'impôts et de réquisitions. Des conspirations se formèrent : il les étouffa dans le sang. Les tétrarques des Galates, invités par lui à un festin, furent égorgés; à Ghio, il enleva tous les habitants et les transporta sur les bords du Pont. En peu de temps, seize cents personnes périrent dans les supplices. Mithridate avait su faire regretter les proconsuls romains.

iS. Traité avee Hltliridate (84). — Cependant Flaceus était passé en Asie, et Sylla allait y arriver. Le roi, menacé par deux armées, fit demander secrètement la paix à Sylla, donnant à entendre qu'il pouvait obtenir d'assez douces conditions de Fimbria. Ce général avait tué le consul Flaccus à Nicomédie, pris le commandement de son armée et. fait la guerre pour son compte. Mithridate espérait profiter de la rivalité de ces deux chefs pour obtenir de meilleures conditions, mais Sylla ne voulut rien rabattre de celles qu'il avait arrêtées, et, le roi insistant, il feignit l'indignation : « Je lui laisse cette main qui a signé la mort de tant de nos citoyens,

âlâ CHAPITRE XVIII.

et il 08^ réclamer ! Dans quelques jours je serai en Asie, il tiendra alors un autre langage. )> Le roi s'humilia et demanda une entrevue. Elle eut lieu à Dardanum dans la Troade. Quand Mithridate, s'avançant à la rencontre de Sylla, lui tendit la main : « Avant tout, dit celui-ci, acceptez-vous les conditions que j'ai faites? » Le roi gardait le silence. « C'est aux suppliants à parler, aux vainqueurs d'attendre et d'écouter les prières. » Mithridate, subjugué, se soumit à tout, restitua ses conquêtes, livra les captifs, les transfuges, 2000 talents et soixantedix galères. Fimbria était en Lydie; SyUa marcha sur lui, entraîna son armée et le réduisit à se donner la mort (84).

14. Campaa^es de Lnenllas en Asie (74-67). — Durant la dictature de Sylla, quelques hostilités éclatèrent entre son lieutenant Murena et le roi de Pont (82) . Cette seconde guerre, bien vite arrêtée par le dictateu r, fut de peu de durée et sans importance. Mais, quand le roi de Pont apprit la mort de Sylla (78), il excita sous main le roi d'Arménie, Tigrane, à envahir la Cappadoce. La cession de la Bithynie que Nicomède III fit au sénat(75) le décida à entrer lui-même en lice. Tous les peuples barbares du Caucase au mont Haemus lui fournirent des auxiliaires ; des Romains proscrits dressèrent ses troupes, et Sertorius lui envoya des officiers (74).

Lucullus, proconsul de Cicilie, fut chargé de cette guerre. Il marchait sur le Pont, quand il apprit que Cotta son collègue , après deux défaites, était bloqué dans Chalcédoine. Il y courut, le délivra et rejeta l'ennemi dans Cyzique. Mithridate y eût été pris, sans la négligence d'un lieutenant qui le laissa échapper.

Lucullus pénétra alors dans le Pont, enleva Amisus (72), et, l'année suivante, cernant encore une fois l'ennemi, l'affama par d'habiles manœuvres. Mithridate n'échappa qu'en semant ses trésors sur sa route pour arrêter la poursuite. Avant d'abandonner son royaume, il envoya Tordre de donner la mort à ses sœurs, et à ses femmes. Monime, la plus belle et la plus aimée, voulut

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s'étrangler avec son diadème ; trop faible, il se rompit ; alors, le foulant aux pieds avec mépris : « Funeste bandeau, s'écria-t-elle, à quoi m'as-tu jamais servi? Aujourd'hui même tu ne peux m'aider à mourir ! » et elle se jeta sur Tépée que l'eunuque lui tendait.

Mithridate se réfugia près de Tigrane, roi d'Aïménie. Lucullus envoya Glodius demander son extradition. Maître de l'Arménie et vainqueur des Parthes, Tigrane avait encore soumis la Syrie : c'était alors le plus puissant monarque de l'Orient, et il avait contraint le roi des Parthes à lui laisser prendre le nom de roi des rois. Au temps de sa prospérité, Mithridate n'avait pas voulu reconnaître cette suprématie : aussi avait-il été froidement reçu. L'ambassade de Glodius changea ces dispositions : Tigrane, irrité d'une telle sommation, congédia avec colère l'envoyé du proconsul, qui commença aussitôt les hostilités et franchit le Tigre. Le roi ne pouvait croire à tant d'audace : le premier qui lui annonça l'approche des légions paya cet avis de sa tête. Cependant l'avant-garde de Lucullus suffit pour disperser une première armée, et il commença le siège de Tigranocerte. Tigrane réunit jusqu'à 250 000 hommes; Lucullus s'avança à sa rencontre avec 11 000 soldats et quelque cavalerie. « S'ils viennent comme ambassadeurs, dit le roi, ils sont beaucoup ; si c'est comme ennemis, ils sont bien peu. >> Les Romains ne perdirent, dit-on, que 5 hommes, et eurent seulement 100 blessés. C'est par cent mille qu'on compta les morts dans l'armée barbare (6 oct. 69). Une révolte des habitants grecs de Tigranocerte facilita l'assaut. Les légionnaires y trouvèrent, sans parler d'autre butin, 8000 talents d'argent monnayé, et reçurent de leur général 800 drachmes par tète.

Lucullus hiverna dans la Gordyène et la Sophènc, d'où il invita le roi des Parthes à se joindre à lui. Ce prince hésitant, il résolut' de l'attaquer. Il avait pris en tel mépris ces rois qu'on disait si puissants, qu'il ne craignait pas de s'enfoncer au fond de l'Asie pour ren-

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verser un troisième empire. Mais ses officiers et ses soldats étaient trop riches pour vouloir courir de nouveaux hasards : ils refusèrent de le suivre. Il ne put que disperser une seconde armée de Tigrane et prendre Nisibe (67). Là, il apprit que, grâce aux intrigues des puhÙcains qu'il s'était aliénés en réprimant leurs exactions, Pompée avait obtenu de le remplacer.

16. Campas*®* à^ Pampée ea Asie. — Les deuxgénéraux se rencontrèrent en Gaktie ; la conférence commença par les compliments d'usage et finit par des outrages. « Gomme un oiseau de proie lâche et timide qui suit le chasseur à l'odeur du carnage, Pompée, disait Lucullus, se jette sur les corps abattus par d'autres et triomphe des coups qu'ils ont portés. » Des amis communs les séparèrent, et Lucullus partit polir Rome. Il ne lui fut permis d'emmener que 1600 hommes pour son triomphe, et, cet honiïeur, Pompée sut l'empêcher pendant trois ans de l'obtenir.

16. HamlUatlaa d« rai d'Anaéale. — Mithridate était à la tète de 32 000 soldats, mais, fatigué à la fin de cette lutte sans repos, il fit demander au nouveau général à quelles conditions on lui accorderait la paix. « Qu'il s'en remette à la générosité du peuple romain, » répondit le proconsul. Finir comme Persée après avoir combattu comme Annibal ! Mithridate avait un trop grand cœur pour s'y résoudre. « Eh bien, dit-il, combattons jusqu'à notre dernière heure. » Et il jura de ne jamais fairç de paix avec Rome. Pompée marchait déjà vers la petite Arménie. Dès la première rencontre, l'armée pontique fut détruite, et Tigrane, menacé par la trahison d'un fils rebelle qui se réfugia auprès de Pompée, fut contraint d'acheter la paix en renonçant à ses provinces de Syrie et d'Asie Mineure, en payant 6000 talents et en reconnaissant son fils pour roi de la Sophène. Tigrane affaibli, mais non renversé, trop peu

fouissant pour être redoutable, assez pour tenir en échec e roi des Parthes, allait donc, nouveau vassal, faire pour

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Rome la police de la haute Asie^ comme jadis Eumène dana l'Asie Mineure.

é V. lléd«eU«B de la Syrie et deU Palestine en pre* vlmeee, Interventlen de Pempée ém Jndée*'— L'Arménie aoumise, Pbmpée alla chercher Mithridate dans le Caucase. Il vainquit les Albaniens et les Ibériens, mais , le roi fuyant toujours devant lui, il abandonna cette poursuite infructueuse , et, au printemps de 64, après avoir organisé le Pont en province, il pénétra dans la Syrie. Ce pays était dans le plus déplorable état. An* tiochus l'Asiatique, que LucuUus avait reconnu pour roi, n'avait pu se faire obéir ; une foule de petits tyrans se partageaient les villes, et les Arabes pillaient les campagnes. Décidé à donner TEuphrate pour frontière à la république, Pompée plaça sous la domination romaine la Syrie et la Phénicie, laissant seulement la Gomagètie à Antiochus, la Ghalcidique à un Ptolomée et l'Osrhoène à un chef arabe. Dans la Palestine, lesMaccabées avaient glorieusement reconquis (165) l'indépendance du peuple hébreu, et, depuis l'année 107, un de leurs descendants, Aristobule, s'était fait appeler le roi des Juifs. Mais, sous Alexandre Jannée, six ans de guerre civile avaient coûté la vie à cinquante mille Juifs, et la querelle des sadducéens et des pharisiens avait ébranlé l'État. Les pharisiens , à la fin, l'avaient emporté sous la régence d'Alexandra (79) et avaient commis d'horribles excès. Une seconde guerre civile entre les deux fils d'Alexandra, Hyrcan et Aristobule, amena de nouvelles péripéties. Hyrcan fut renversé du trône ; c'est alors que Pompée intervint : il prit Jérusalem après un siège de trois mois et y rétablit Hyrcan, qui promit un tribut annuel.

4 8. Hort de Hlthrldate. OrganiBnClon de TAsleanlérleare par Pompée. — Durant ces opérations, Mithridate, qu'on avait cru mort, avait reparu avec une armée dans le Bosphore et forcé son fils Macharès à se tuer. Là, malgré ses soixante ans, cet infatigable ennemi voulait pénétrer dans la Thrace, entraîner les Bar*

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bares sur ses pas et descendre en Italie à la tète de leurs hordes innombrables ; mais ses soldats, épouvantés de la grandeur de ses desseins, se révoltèrent à la voix de son fils Pharnàce.'Pour ne pas être livré vivant aui Romains, il se fit tuer par un Gaulois (63). Pompée n'eut plus qu'à régler le sort de TAsie. Pharnace garda le Bosphore. Le roi galate Dejotarus obtint quelques accroissements de territoire.. Un certain Attaie et Pyléménès reçurent une partie de la Paphlagonie ; Arioharzane avait recouvré la Gappadoce : Pompée y joignit la Sophène et la Gordyène ; puis des villes furent fondées, d'autres repeuplées. La formule ou loi des nouvelles provinces, le Pont, la Cilicie, la Syrie et la Phénicie, fut écrite. Toute l'Asie antérieure, du Pont-Euxin.à la mer Rouge, se trouva reconstituée. Il n'y restait plus un seul prince puissant, mais des vassaux de Rome : le Pont était pays romain, et l'Arménie, tombée du haut rang ttà elle était montée, n'allait plus être qu'une barrière ou qu'un champ-clos entre les deux empires qui se partageaient l'Asie.

Venu sur ce continent après Sylla et LucuUus, Pompée n'avait pas eu de grands coups à frapper ; mais il y organisa la domination de Rome, il y fixa les limites que l'empire ne put jamais franchir, et volontiers nous le laisserons se vanter, en étalant sa robe triomphale, d'avoir achevé le pompeux ouvrage de la grandeur romaine.

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