‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 28 sur 64 · CICÉRON ET CATILINA; PREMIER ,TRIUMV1RAT · texte numérisé non relu

CICÉRON ET CATILINA; PREMIER ,TRIUMV1RAT

parmi les meurtriers les plus féroces : il avait' tué son beau*frère, plus tard il égorgea son épouse et son fils pour décider une femme à lui donner sa main. Propréteur en Afrique, il y commit d'horribles concussions (66). A son retour, il brigua le consulat, mais une dér putationde la province l'accusait : le sénat raya son nom de la liste des candidats. Il y avait longtemps qu'il s'était uni à tout ce que Rome renfermait de gens infâmes et coupables, à ces soldats paresseux de Sylla qui avaient vendu les terres qu'on leur avait données, et n'avaient gardé que leur épée, dans l'espérance d'une autre guerre civile et de nouveaux pillages. D'immenses amas d'armes furent réunis en divers lieux. Les vétérans de l'Om* brie, de l'Êtrurie et du Samnium, travaillés par ses émissaires, s'armaient sans bruit. La flotte d'Ostie paraissait gagnée. Sittius, en Afrique, promettait de soulever cette province et peut-être l'Espagne. A Rome même, Gatilina croyait pouvoir compter sur le consul Antonius. Un des conjurés était tribun désigné, un autre préteur. Il n'avait donc qu'un signal à donner pour que des armées apparussent tout à coup e't marchassent sur Rome, où d'autres complices auraient allumé l'incendie. En plein sénat, il avait osé dire : ce Le peuple romain est un corps robuste, mais çans tête; je serai cette tête.» Et une autre fois : « On veut porter l'incendie dans ma maison, je l'éteindrai sous des mines. »

3. CaUIIb* eli«Méde ll«me. — Aux comices consulaires pour l'année 62, il échoua encore : ce fut le signal. Bientôt le sénat apprit que des rassemblements armés avaient été vus dans le Picenum et l'Apulie, et qu'un ancien officier de Sylla, Mallius, campait devant Fésules avec une armée de soldats- tirés des colonies militaires et de paysans ruinés. Par bonheur, deux proconsuls arrivaient d'Orient et attendaient aux portes de la ville, avec quelques troupes, le triomphe qu'ils sollicitaient. Le premier, Marcius Rex, fut aussitôt dirigé contre Mallius ; l'autre, Metellus Greticus, sur l'Apulie ;

220 CHAPIÏftE XIX.

un antre préteur all^ dans le Picenum. Rome fut mise en état de siège, et les consuls furent investis par le sénat d'un pouvoir discrétionnaire. Mais Gatilina restait dans Rome, Gatilina venait au sénat. Pour l'en chasser et le contraindre à démasquer ses projets, Gicéron le força à se déclarer lui-même ennemi public : « Jusques à quand abuseras-tu donc, Gatilina, de notre patience? » s'écria-t-il dans une apostrophe fameuse. « Quoi ! ni la garde qui veille la nuit sur le mont Palatin, ni les troupes réunies dans la ville, ni la consternation du peuple, ni ce concours de bons citoyens, ni ce lieu fortifié où le sénat s'assemble, ni les regards indignés que tous ici jettent sur toi, rien ne t'arrête!.... temps! ô mœurs! Tous ces complots, le sénat les connaît, le consul les voit,' et cet homme vit encore! » Gicéron continua ainsi jusqu'à ce que, chassé par l'éloquente parole du grand orateur, qui ce jour-là fut un grand citoyen, Gatilina sortit du sénat la menace à la bouche. La nuit venue, il alla se mettre à la tête des troupes de Mallius.

4. BxécnUeii des eomplices de Catlllna. — Restait à se débarrasser des complices qu'il avait laissés dans Rome, Lentulus, Gelhegus, Bestia. Gicéron manquait contre eux de preuves écrites et n'osait les frapper : l'imprudence des conjurés lui en donna. Lentulus voulait affilier à la conjuration des députés allobroges qui se trouvaient alors à Rome, afin de gagner l'appui de ce peuple gaulois. Il leur remit des lettres; le consul, averti, fit enlever les députés avec leurs cfépêches. Armé de ces pièces, il conduisit les conjurés au sénat, les força de tout avouer, et le surlendemain ouvrit la délibération sur leur sort. Silanus, consul désigné, vota pour la peine dernière. Tous les consulaires se rangèrent à son avis. César, alors préteur désigné, vota pour la détention perpétuelle dans un municipe avec la confiscation des biens. Il avait ébranlé la plupart des sénateurs, lorsque Gaton, venant en aide à Gicéron avec sa rude éloquence, entraîna l'assemblée à voter la mort. Gicéron fit procéder sur-le-champ à l'exécution. Lentulus fut

Page 1