‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 32 sur 64 · CONQUÊTE DE LA GAULE; GUERRE CONTRE LES PARTHES · texte numérisé non relu

CONQUÊTE DE LA GAULE; GUERRE CONTRE LES PARTHES

1. Géographie de la Gaule et ses habitants. — 2. Divisions intestines. — 3. Soumission de la Gaule narbonaise par les Romains. — 4. Première campagne : victoire sur les Helvètes et les Suèves, soumission de la vallée de la Saône (58). — 5. Deuxième et troisième cam- . pagnes : conquête d^ la Belgique (57), de l'Armorique et de l'Aquitaine (56). — 6. Quatrième et cinquième campagnes : expéditions au-delà du Rhin et en Bretagne (55-54). — 7. Soulèvements partiels en Gaule (54-53). Ambiorix. — 8. Sixième campagne : révolte générale, Vercingétorix (52). — 9. Siège d'Alesia (51). — 10.* Septième campagne : derniers mouvements (51) ; mesures prises pour pacifier la Gaule (50). — 11. Expéditions de Crassus contre les Parthes(54).

i. Géographie de la Gaule et ses habitants. -^

Deux mers, TOcéan et la Méditerranée, deux chaînes de hautes montagnes, les Pyrénées ^et les Alpes, enfin un des plus grands fleuves de TEurope, le Rhin, marquaient dans Tantiquité les limites de la Gaule, plus grande d'un quart que la France d'aujourd'hui. Ce vaste pays était habité par cinq ou six millions d'hommes for^ niant trois ou quatre cents peuplades et appartenant à trois grandes familles : au sud*-ouest, les Aquitains ou Ibères ; au centre, de la Garonne à la Seine, les Celtes où Gaëls ; au nord, de la Seine au Rhin, les Belges ou Kymris.

La Gaule était divisée en quatre parties : la Narbonaise ou Gaule romaine, au ôud-est; l'Aquitaine, entre la Garonne, les Pyrénées et l'Océan; la Celtique, entre la GarQnne et la Seine, et depuis le Rhin supérieur jusqu'à l'Atlantique; enfin la Belgique, entre la Seine et le Rhin.

Ce pays était habité par une race que son intrépidité

avait rendue fameuse. Les Gaulois avaient troublé tout Tancien monde par leurs coutses aventureuses. A une époque inconnue, ils pénétrèrent en Espagne, où le peuple qui résista le plus énergiquement aux Romains était, comme son nom l'indique, un mélange de Gaulois et d'Ibères, les Celtibériem. Numance était une ville de ce peuple. La grande île des Bretons, l'Angleterre, leur dut sa population, et vers 567, sous les noms d'Insubres, de Génomans, de Boïes et de Sénons, ils firent la conquête du nord de l'Italie, où tant de fois leurs descendants sont retournés. La première armée romaine qui les vit s'enfuit épouvantée (bataille de YAllia^ en 390). lia prirent et brûlèrent Rome, assiégèrent sept mois le Capitole, et forcèrent le sénat à se racheter à prix d'argent (voyez ci-dessus, p. 59). D'autres, établis dans la vallée du Danube, où des émigrants de Toulouse vinrent les joindre en 279, répondirent à Alexandre, jeune, heureux et menaçant, qu'ils ne craignaient rien que la chute du ciel. Ils inondèrent la Thrace et voulurent piller Delphes, en Grèce. Au milieu Je l'Asie Mineure, ils fondèrent, en 278, un État longtemps redouté, la Galatie , et , en Afrique, ils furent les meilleurs soldats de Garthage. C'est avec le sang des Gaulois italiens qu'Annibal gagna toutes ses victoires..

2. Divisions Intestines. — Cette race valeureuse eût été invincible, si elle avait été unie, mais la multitude de ses villes, toutes ennemies les unes des autres, et, dans l'intérieur de chaque cité, la rivalité des grands, des druides et du peuple, rendaient la guerre civile presque permanente. .

Les Gaulois étaient divisés en trois ou quatre cents petits États. De grandes confédérations s'étaient pourtant formées. Les peuples les plus puissants avaient réuni ou groupé autour d'eux les plus faibles, à titre de sujets ou de clients : ainsi les Arvernes (Clermont), les Édues (Autun), les Rèmes (Reims), dominaient sur de vastes territoires. Mais la guerre était entre ces confédérations comme entre les petites cités, et ce fut en

s'appuyant sur quelques-unes d'entre elles que les Romains vainquirent les autres. Ils uosèrent toutefois attaquer les Gaulois qu'après avoir dompté leur* colonies d'Italie et d'Asie Mineure, les Gaulois cisalpius en 191, les Galates en 189.

3. Sonmisslon de la Gaille narbonalse par les Romains. — Appelés dès l'année 154 par les Grecs de Marseille contre les Gaulois du voisinage, les Romains ne vainquirent d'abord que pour le compte de leurs alliés. Mais, à la suite d'une seconde expédition contre les Arvernes (peuple de l'Auvergne), ils fondèrent la ville d'Aix (122); cinq ans plus tard, celle de Narbonne. En l'an 106, ils prirent Toulouse. Ils possédèrent alors dans la Gaule une vaste province. L'invasion des Teutons faillit la leur ôter, mais, en l'année 102, Marins extermina près d'Aix ces Barbares (voyez p. 179). La Gaule narbonaise fut la dernière des conquêtes de la république, et la défaite de la Gaule celtique fit la fortune du premier empereur.

4. Première campagne de Césari les Helvètes et les Svèires valneasi soumission de la vallée de la Saône (58). — Dans l'antiquilé, la Gaule a été la perpétuelle tentation des Germains. Les Belges avaient, six cents ans avant notre ère, franchi le Rhin ; plus tard étaient venus les Gimbres ; enfin, tout récemment, les Suèves avaient pris la même route. 120 000 guerriers, avant-garde de ce grand peuple, venaient de pénétrer sous Arioviste dans la vallée de la Saône, et les ÉduGS, les Séquanes (Bourgogne et Franche-Comté), imploraient à Rome protection contre eux. Les Helvètes (la Suisse) , sans cesse harcelés par les Germains, voulaient quitter leur pays et traverser la Gaule, pour aller s'établir sur Jes bords de l'Océan. César, nommé au gouvernement de la Gaule transalpine et de la Narbo-

,naise, arrêta les Helvètes par une grande bataille et les força de retourner en leur pays.

Cette guerre terminée, il se trouva en face d'Arioviste et lui fit proposer une entrevue : « Si j'avais besoin de

César, répondit le Germain, je serais allé le trouver; César a besoin de moi : qu'il vienne. » Le proconsul ayant répliqué par des menaces : « Personne ne s'est encore attaqué à moi, dit le Barbare, qui ne s'en soit repeiiti. Quand César le voudra, nous mesurerons uos. forces, et il apprendra ce que sont ces guerriers qui depuis quatorze ans n'ont pas dormi sous un toit. » Les soldats de César s'effrayaient au récit que faisaient les habitants de la haute taille et de l'indomptable courage des 'Germains. Il les mena cependant contre eux, et une bataille acharnée mit les Barbares en. fuite. Arioviste repassa le fleuve, vaincu, blessé, n'ayant plus que quelques-uns des siens. A cette nouvelle qui répandit la joie dans la Gaule, le reste de la nation des Suèves rentra dans ses forêts. Deux guerres formidables avaient été terminées en une seule campagne (58).

5. DeniKlème et troisième eampagaea t eonqnèle de la Belgique (S'Y}* de l'Armoriqne et de l'Aquitaine (56). — Les Belges, inquiets de voir les légions si près d'eux, s'armèrent, et au printemps César rencontra sur les bords de l'Aisne 300 000. Barbares renommés comme les plus braves de la Gaule. Une' diversion décida les Bellovaques (Beauvais) à courir à la défense de leurs foyers ; les autres peuples suivirent ce fatal exemple, et César n'eut qu'à faire charger sa cavalerie pour changer cette retraite en une fuite desordonnée. Pendant tout un jour les Romains tuèrent sans péril pour eux-mêmes (57).

La coalition dissoute , il fallait dompter l'un après l'autre tous ces peuples : les Suessions, les Bellovaques et les Ambiens (Soissons, Beauvais et Amiens), ne résistèrent même pas ; mais les Nerviens (Hainaut) attendirent les légions derrière la Sambre et . faillirent les exterminer. Toute l'armée nervienne se fit tuer. « De nos six cents sénateurs, disaient les vieillards à César, il en reste trois; de 60 000 combattants, 500 ont échappé. » Cette journée, une de celles où César ne combattit pas seulement pour la victoire, mais pour la

vie, mit la Belgique à ses pieds. Les Atuatiques seuls (entre Namur et Liège) étaient encore en armes : il força leur principale ville, 53 000 furent vendus.

Pendant cette expédition, le jeune Grassus, détaché avec une légion, parcourait le pays compris entre la Seine et la Loire sans rencontrer de résistance. Dès la seconde campagne (57), la Gaule semblait soumise.

Gésar était en Ulyrie, quand il apprit qu'une de ses légions avait failli être exterminée dans le Valais et que toute TArmorique (Bretagne) était soulevée. Il accourut et attaqua lui-même les Vénètes (Morbihan), qui, comptant sur leurs deux cents navires, acceptèrent une bataille navale où toute leur flotte fut détruite. Ge désastre, dans lequel succomba Télite de la nation, amena la paix. En même temps, Sabinus, au nord, avait dispersé l'armée des Aulerques (le Mans), des Êburovique (Évreux), des Unelles (Saint-Lô) et des Lexoves (Lisieux). Au sud, Grassus avait pénétré sans obstacle jusqu'à la Garonne, franchi ce fleuve, battu 50 000 hommes et reçu la soumission de presque toute l'Aquitaine, Gette année (56), la Gaule entière, des Pyrénées à la mer du Nord, avait vu les légions victorieuses.

6. Quatrième et cinquième eampa^nes* expéditions an-dêlâ dn Rhin et en Breta|fne (S5-S4). — Mais, durant l'hiver, 450 000 Usipiens et Tenctères franchirent le" Rhin. Malgré les neiges, Gésar repassa précipitamment les Alpes. Les Grermains, trompés par une trêve, furent surpris, et la horde, acculée sur la langue de terre qu'enveloppent à leur confluent le Rhin et la Meuse, périt presque entière. Gette invasion et les secours que, l'année précédente, les Armoricains avaient reçus de l'île de Bretagne, apprirent à César que, pour n'être pas troublé dans sa conquête, il devait isoler la Gaule de la Bretagne et de la Germanie. Il passa donc le Rhin, efi'raya les tribus voisines et revint frapper un autre coup sur la Bretagne. Le débarquement fut difficile : on prit terre, cependant, après un combat au milieu des flots. Mais on était alors à l'époque de la pleine lune et

près de l'équinoxe; la marée, favorisée par. un vent violent, dispersa une escadre qui menait à Gésar sa cavalerie et brisa ses navires de charge. Il se hâta de battre les insulaires pour repasser bien vite, mais avec honneur, sur le continent. « Ds disparurent, dit un ancien chroniqueur, comme disparaît sur le rivage de la mer la neige qu'a touchée le vent du midi. »

Cette retraite ressemblait trop à une fuite pour que César ne recommençât pas son expédition. Il reparut Tannée suivante dans la Bretagne. Cette fois'il força les Bretons à lui livrer des otages et à lui promettre un tribut annuel.

V. Sovlèveinents parClela en Gaule (S4-S3). Anibiorix. — Dans sa première campagne, César avait refoulé les Helvètes dans leurs montagnes, les Suèves audelà du Rhin , c'est-à-dire asservi l'est de la Gaule ; dans la seconde, le nord avait été conquis ; dans la troisième, l'ouest ; dans la quatrième, il avait montré aux Gaulois, par ses deux expéditions de Bretagne et de Germanie, quf'ils n'avaient rien à attendre de leurs voisins, et il venait, dans la cinquième, de renouveler cette leçon en portant de nouveau dans la Bretagne ses aigles victorieuses. On regardait donc la guerre des Gaules comme finie : elle n'avait pas encore commencé.' Jusqu'alors quelques peuples avaient séparément combattu. L'Éburon Ambiorix et le Trévire Indutiomar formèrent un vaste complot pour surprendre les légions dispersée9 dans leurs quartiers d'hiver.

Malgré sa vigilance. César ne savait rien. Depuis douze jours, une de ses légions était détruite; depuis une semaine, un de ses lieutenants, Q. Cicéron, était assiégé, et pas un messager n'avait pu arriver jusqu'au quartier général, à Samarobri va (Amiens). Un esclave gaulois passa cependant et apprit au proconsul l'extrémité où son lieutenant était réduit. César n'avait sous la main que 7000 hommes, et les assiégeants étaient au nombre de 60 000; néanmoins il attaqua et dégagea le camp de Cicéron, où il n'y avait pas un soldat sur dix

qui fût sans hiessure. Labienus, aussi heureux contre les Trévires (Trêves), tua Indutiomar ; mais Ambiorix, traqué comme une bête fauve et poursuivi de retraite en retraite, échappa. Son peuple (habitants du Limbourg) paya pour lui : il fut exterminé.

8. Sixième eaiiipa§^e« révolte ipénériftle, Vereln^ëtorlx (S2). — Ces exécutions augmentèrent la haine du nom romain, et, durant l'hiver que César passa en Italie, un nouveau soulèvement fut préparé. Pour que l'engagement fût irrévocable, on porta les drapeaux minutaires dans un lieu écarté, et, sur ces enseignes, les députés de tous les peuples ligués jurèrent de prendre les armes dès que le signal serait donné : il partit du pays des Garnutës (Chartres). Tous les Romains établis à Genabum (Orléans), grande ville de commerce sur la Loire, furent égorgés ; le même jour, la nouvelle en fut portée par des crieurs disposés sur les routes jusqu'à Gergovie (près de Clermont), à 150 milles de distance. Là vivait un^eune et noble Arverne, Veicingétoryc, dont le père avait autrefois voulu usurper la royauté. Dès qu il apprit le massacre de Genabum, il souleva son peuple, se* fit investir du commandement militaire et, déployant l'activité que réclamaient les circonstances, provoqua la réunion d'un conseil supérieur des villes confédérées. De la Graronne à la Seine, tous les peuples répondirent à son appel, et on lui déféra à lui-même la conduite de la guerre : ainsi les Arvemes et le centre de la Gaule, restés jusqu'à présent étrangers à la lutte, al laient y prendre le premier rôle.

Yercingétorix poussait activement les préparatifs et donnait à la ligue une organisation qui avait jusqu'à présent manqué à toutes les tentatives des Gaulois. Son plan d'attaque fut habile : un de ses lieutenants, Luctère, descendit au sud pour envahir la Narbonaise, tandis que lui-même marchait au nord contre les légions ; mais, sur son chemin, il s'arrêta pour soulever les Bituriges, clients des Ëdues^ et ce délai permit à César d'arriver d'Italie. En peu de jours il organisa la défense

de la Province, chassa rennemi, franchit les Gévennes malgré 6 pieds de neige et porta la désolation sur le territoire arveme; puis, repassant les montagnes, il longea le Rhône et la Saône à marches forcées, traversa, sans se faire connaître, tout le pays desÉdues, et arriva au milieu de ses légions. L*audace et la prodigieuse activité du proconsul avaient, en quelques jours, déjoué le double projet du général gaulois.

Les premiers coups de César furent contre Genabum (Orléanè). Une attaque impétueuse des légions, au milieu même de la nuit, réussit : tout fut tué ou pris. Sur le pont de Genabum, César passa la Loire et enleva encore la première ville des Bituriges qu'il rencontra, Noviodunum (Nouan ou Neuvi-surrBaranjon). Vercingétorix, accouru pour la sauver, vit sa chute ; il comprit qu'avec un tel adversaire il fallait une autre guerre. En un seul jour, vingt villes'des Bituriges furent par euxmêmes livrées aux flammes ; les autres peuples imitèrent cette héroïque résolution. On voulait affamer l'ennemi, mais on n'alla pas jusqu'au bout : la capitale du pays, Avaricum (Bourges), fut épargnée; aussitôt César y courut. En vingt-cinq jours on construisit- des tours d'attaque et une terrasse longue de 300 pieds sur 80 de hauteur. César raconte que, dans une tentative des assiégés pour détruire ses ouvrages, un Gaulois, placé en avant d'une porte, lançait sur une tour embrasée des boules de suif et de poix pour activer l'incendie. Frappé par un trait parti d'un scorpion, il tomba; un autre prit aussitôt sa place ; un troisième succéda à celui-ci également blessé à mort, puis un quatrième, et, tant que l'action dura, ce poste mortel ne fut pas vide un seul instant. La place fut prise cependant, et de 40 000 soldats ou habitants qu'elle renfermait 800 à peine échappèrent.

Les provisions que César trouva dans Avaricum le nourrirent le reste de l'hiver. Le printemps venu, il délacha Labienus avec quatre légions contre les Sénons (Sens) et les Parises (Paris), tandis que lui-même con-

duisait le reste de l'armée contre les Arvernes (Auvergne) : mais Vercingétorix couvrait Gergovie ; une attaque réussit mal : quarante centurions y périrent, et César se décida à rejoindre Labienus. Cette marche ressemblait à une fuite. Les Édues, croyant que César ne se relèverait pas, massacrèrent dans toutes leurs villes ses recrues et les marchands italiens. Cette défection mettait Tarmée dans un tel péril, que plusieurs conseillaient au proconsul de regagner la Province. Mais, s'il était vaincu en Gaule, il était proscrit à Rome. Il rejeta donc tout projet de retraite et s'enfonça hardiment au nord, laissant 100 000 Gaulois entre lui et la Narbonaise.

La ligue du Nord avait pour chef l'Aulerque Camulogène, vieux guerrier, habile et actif, qui îCvait porté à Lutèce (Paris) son quartier général. Cette ville était alors renfermée tout entière dans une île de la Seine. Labienus voulut l'attaquer d'abord par le sud : il y trouva Camulogène dans une forte position protégée par des marais, et, désespérant de l'y forcer, rétrogada jusqu'à MelodurjLum (Melun) . Il saisit en route toutes les barques qu'il trouva sur le fleuve, enleva le bourg et descendit la rive droite pour attaquer Lutèce par le nord. Mais Camulogène brûla les ponts et resta sur les hauteurs qui bordent la Seine au sud-ouest. Il savait que les Bellovaques s'armaient sur les derrières de Labienus, et il voulait forcer ce général à recevoir bataille adossé à un grand fleuve et enveloppé par deux armées. Labienus trompa sa vigilance et passa la Seine sur un point où Camulogène ne pouvait lui opposer que Iq tiers de ses forces. Le vieux chof essaya de rejeter.les Romains dans le fleuve; une action sanglante s'engagea; Camulogène y périt avec presque tous ses guerriers. A. ce succès, Labienus ne gagnait que sa retraite ; il se hâta d'atteindre le territoire sénon : César y était déjà arrivé.

Une nouvelle assemblée de tous les députés de la Gaule confirma à Vercingétorix le commandement suprême. Trois peuples évitèrent seuls d'y paraître : les Lingons (Langres), les Rèmes (Reims) et les Trévires

(Trêves). Parleur moyen, César, qui manquait de cavalerie, soudoya plusieurs bandes de Germains qu'il monta avec les chevaux de ses tribuns et des chevaliers. Il rencontra Vercingétorix non loin "de la Saône. Les cavaliers gaulois avaient juré qu'ils ne reverraient jamais leurs femmes ni leurs enfants, s'ils ne traversaient au moins deux fois les lignes romaines. César courut les plus grands dangers et laissa mêïne son épée aux mains de l'ennemi; mais ses légionnaires reçurent bravement cette charge furieuse, et poursuivirent à leur tour l'ennemi, qui s'enfuit en désordre jusque sous les murs d'Alesia.

0. Siège d'Alesia (Sl). — Alesia (Alise, dans la Coter d'Or, et non 'Alaise, dans le Doubs), assise sur le plateau d'une colline escarpée,,pas8ait pour une des fortes places de la Gaule. En avant de ses murs, sur les flancs de la colline, Vercingétorix traça un camp pour son armée, qui comptait encore 80000 fantassins et 10000 cavaliers. César conçut l'audacieuse pensée de terminer d'un coup la guerre en assiégeant à la fois la ville ^ l'armée. Alors commencèrent de prodigieux travaux. D'abord un fossé de 20 pieds de large sur 1 1 000 pas de dévelpppement; derrière celui-là, un second fossé de 15 pieds de profondeur, puis un troisième dans lequel il jeta une rivière. Le dernier bordait une terrasse de 12 pieds de haut, surmontée de créneaux, palissadée sur tout son pourtour de troncs d'arbres fourchus, et fianqpiée de tours à 80 pieds de distance l'une de l'autre. En avant des fossés, il plaça cinq rangées de chevaux de frise, huit lignes de pieux enfoncés en terre et dont la pointe était cachée sous les branchages ; plus près encore du camp ennemi, il sema des chausse-trappes armées d'aiguillons .acérés. Tous ces ouvrages furent répétés du côté de la ' campagne où la contrevallation avait un circuit de 1 6 milles. Cinq semaines et moins de 60 000 hommes suffirent à cette tâche.

Vercingétorix renvoya sa cavalerie, mais appela la Gaule entière à sa délivrance. 2^8 000 guerriers tenté-

l.Lohglêmpè nommé k tort le Gladiateur mourant. Le coII,ef(/^^^ qu'il porte àti Coûi la ressemblance générale àVec 1«» ^^owJattaWe de Tétomonc qu'on voit sur le sarcophage d'Atilius Regulùs, qiii fut tue a cetle^ bataille ne permettent pas de douter que é?tle belle sUtuô ne représente un chef gaulois.

dbyGoOgk

rent de délivrer leurs frères, ils vinrent se hriser contre l'inexpugnable rempart des légions. Après avoir supporté plusieurs assauts, César attaqua, à son tour 5 il repoussa les Gaulois et jeta dans leurs rangs une terreur panique qui les dispersa. Cette fois la Gaule était bien vaincue, et pour toujours.

La garnison d'Alesia n'avait' plus qu'à capituler. Vercingétorix vint se livrer lui-même. Monté sur son cheval de bataille et couvert de sa plus riche arurare/il sortit seul de la vilfe, arriva au galop jusqu'en fece du tribunal de César, et, sautant à bas de son cheval, jeta aux pieds du Romain, impassible et dur, son javelot, son casque et son épée. Les licteurs remmenèrent. César lui fit attendre six ans son triomphe et la * mort. . ; »

IQ. Septième eampagnef derniers movresMiitts (si) I mesures prises pour pacifier lii Gaule (S9)« ^ César n'osa pourtant, pas aller hiverner au-delà des Alpes î il fallait surveiller les Gaulois du nord et de l'ouest, qui, n'ayant pris qu'une faible part à là dernière lutte, ariaiaient en secret. Au milieu de l'hiver, il tomba sur les Bituriges (Bourges), et, portant dans tout le pays le fer et la flamme, il força cette population à fuir chez les nations voisines I LesCarnutes (Chartres), qui remuaient, furent aussi sévèrement châtiés. Les-Bellovaques (Bëau- Vais) s'étaient levés en masse. Le proconsul écrasa, au passage d-une rivière, leur meilleure infanterie, et les força d'implorer sa clémence; toutes les cités du nordest livrèrent, comme eux,^ des otages* César parcourut la Belgique, d'où il rejeta encore une fois Ambiorix audelà du Rhin; FArmorique et les pays entre la Loire et la Garonne, où il étouffa une insurrectiôUi Bientôt il n'y eut plus de guerre que chez les Cadurques (Cahoi^), à Uxellodunum (Puy-d'Issolu) ; ce fut en coupant l'éau aux assiégés qu'on les força de se rendre. César, qu*uné telle guerre à la longue aurait ruiné, voulut faire un terrible exemple : il fit trancher les mains à -tous ceux qu'il trouva dans Uxellodunum.

Cette odieuse exécution fut le deiiiier acte de la guerre terrible qui ferma glorieusement la liste des conquêtes de la république romaine. Géâar y avait employé huit années, dix légions et les inépuisables ressources de la discipline romaine, de son génie militaire, de son incomparable activité. La Gaule domptée par les armes, il

Arc de triomphe d'Orange '.

passa une àniiée eûtlèi*e (5Ô) à lui faire oublier sa dé-^ faite. Point de confiscations, d'impôts onéreux; aucuûô de ces mesures violentes dont tant de proconsuls avaient donné l'exemple; Les villes gardèrent leurs lois et leurs magistrats ; le seul signe de la conquête fut un tribut de 40 millions de sesterces (7 764 000 fr.);

1 . Cet arc, attribué par les uns à Marins, par d'autres à Cësar, par d*autrès encore aux Antonins, semble, à raison de la profusion des ornements et de l'arrangement bizarre du fronton sur les faces latérales, appartenir à une époque de 'décadence, et par conséquent être moins ancien.

fi. Expédition de Crassos contre les Panhes[54).

— Pendant cette lutte héroïque, Crassus avait emmené les légions à l'autre extrémité du monde romain. Depuis seize ans, il n'avait pas paru da^s les camps, et dans ces seize années Pompée avait soumis l'Asie, et César la Gaule : il avait hâte de renouveler le souvenir de ses anciens succès et d'égaler la gloire de ses deux rivaux. Le proconsul des Gaules avait pénétré aux extrémités de rOccident; il voulait, lui, aller par delà le Gange chercher les dernières limites de l'Orient. Une opposition inattendue éclatacontre cette guerre nouvelle. Aux portes de la ville,^ Crassus trouva le farouche Ateius, un des tribuns, qui, sur un brasier ardent, prononçait contre lui, contre son armée, contre Rome même, les plus, terribles imprécations.

Sans se donner le temps de nouer d'utiles intrigues avec les mécontents et avec les peuples du voisinage, qui lui eussent fourni des guides et de la cavalerie, Crassus se hâta de passer l'Euphrate, prit quelques villes, dispersa quelques troupes et se fit proclamer impe^ rator pour ces légers succès. Puis, au lieu d'avancer hardiment sur Babylone et Séleucie, deux villes *qui haïssaient la domination des Parthes, il retourna hiverner en Syrie, où il laissa son armée perdre sa discipline dans la mollesse et la licence. Lui-même, malgré ses soixante-un ans, ne s'occupait qu'à visiter les temples pour en ravir les trésors ; celui de Jérusalem fut pillé comme l'avait été celui d'Hiérapolis. Artavasde, roi d'Arménie, offrait le passage par son royaume, où l'armée romaine trouverait des vivres, des routes sûres et un terrain favorable à sa tactique; Crassus refusa. Il franchit une seconde fois l'Euphrate à Zeugma, avec sept légions et 4000 cavaliers; trompé par un chef arabe, il s'enfonça à travers la Mésopotamie* dans une mer de sable où bientôt tout manqua aux soldats, surtout la confiance dans leur chef (53) .

Les Parthes avaient divisé leurs forces, le roi Orodès avait marché au nord pour arrêter le roi d'Arménie, et

le suréna, ou généralissime, réunissait à Touest son immense cavalerie pour envelopper Tinfanterie romaine. D*abord les rangs serrés des légions résistèrent au choc, mais les armes des Romains leur devinrent bientôt inutiles. S'ils avançaient, les Parthes fuyaient ; s'ils s'arrêtaient, les escadrons tournaient autour de cette masse immobile et la criblaient de traits. Le jeune Crassus ayant chargé à la tête de 1300 cavaliers, dont 1000 étaient Gaulois, les ennemis l'attirèrent loin du champ de bataille, puis l'entourèrent, et Grassus, criblé de blessures, se fit tuer par son écuyer, pour ne pas être pris vivant. Les Parthes coupèrent sa tête et vinrent la promener en face des légions sous les yeux de son père. Les Romains cherchèrent à le venger: le combat recommença et dura jusqu'à la nuit avec les mêmes vicissitudes ; les deux armées campèrent ,en face l'une de l'autre. Couché à terre dans un morne abattement, Grassus sondait l'abîme où son ambition l'avait jeté. Cependant il fallait se hâter, et il donna lui-même l'ordre de la retraite. On abandonna 4000 blessés, et Ton gagna la ville de Garrhes, d'où, la nuit venue, l'armée partit sans bruit. Mais, trompé, par ses guides, le triumvir fut bientôt rejoint par les Parthes, et ses soldats effrayés le forcèrent à accepter une entrevue avec le suréna. C'était un guet-apens : Grassus et son escorte furent massacrés. Quelques faibles débris purent repasser TEuphrate, que les Parthes franchirent à leur suite. Mais Gassius, heureusement arrivé en Syrie, avait eu le temps d'organiser la défense : il les repoussa (53).

BUT. ROMAINE) cl. de 4*.. 16

GUERRE civile; pharsale; mort de pompée (49-47);

1. Troubles à Rome durant la guerre des Gaules ; Glodius. — 2. Exil de Cicéron (58). — 3. Violences de Glodius et de Milonj ruine de la moralité publique. — 4. Gonférence de Lucques (55). — 5. Mort de Crassus (53). — 6. Accroissement du désordre; meurtre de Glodius. — 7. Rupture entre Gésar et Pompée (49). — 8. La guerre civile (49-45) ; conc(uête de l'Italie et de l'Espagne par Gésar (49). — 9. Opérations en Épire (48). — 10. Bataille de Pharsale (48). — ^ 11. Mort de Pompée (48). — 12. Guerre d'Alexandrie (48-47). — ^3. Guerre contre Pharnace (47).

1. Troubles ft Rome dorant la guerre des Gaules % Clodlns. — Avant de s'éloigner de Rome , Gésar avait eu soin de faire nommer tribun un homme sur lequel il croyait pouvoir compter et qui tiendrait en bride, pendant son absence, et le sénat et Pompée : c'était le patricien Glodius, qui, pour arriver au tribunat, avait dû se faire adopter par un plébéien. Pour gagner la foule, le nouveau tribun fit passer, aux dépens du trésor public, une loi frumentaire qui supprima le prix modique payé par les pauvres pour le blé que fournissaient les greniers publics. Une seconde loi défendit à tout magistrat de rompre les comices sous prétexte qu'il observait le ciel, afin qu'un autre ne fût pas tenté de renouveler l'étrange opposition de Bibulus. Une troisième rétablit les anciennes cprporations, que le sénat avait récemment supprimées (en 68), et dont le tribun espérait avec raison se faire un instrument politique. Il gagna encore les affranchis en proposant de les répandre dans les tribus rustiques, et tous les membres de l'ordre équestre ou du sénat qui avaient quelque chose à craindre en diminuant les droits de la censure.

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S* Exil de Cieéron (5$)« — Ces préliminaires n'a-* vaient qu'un but, rendre le tribun maître du champ de bataille où allait se vider la véritable question, l'exil des chefs du parti aristocratique. Il commença par Cicéron, son ennemi personnel, et proposa la loi suivante : « On interdira le feu et Teau à quiconque aura fait mourir un citoyen sans jugement. » Gicéron prit des vêtements de deuil et implora l'assistance des triumvirs, dps consuls ; même avant qu'on allât au vote, ij sortit de la ville, espérant désarmer ses ennemis par cet exil volontaire : mais le lendemain Glodius fit porter la sentence. L'exilé ne devait pas s'approcher de Rome de plus de 400 milles (avril 58). Gaton ne donnait pas prisQ à une accusation. Glodius le fit charger de réduire Gypre en province et de rapporter les trésors du Ptolémée qui y régnait. Pour faire durer plus longtemps cet exil déguisé, il ajouta à la mission de Gypre celle d'aller au fond de la Thrace rétablir les bannis de Byzance,

8. ¥iolenees de Clodius et de Hilonr raine de Is moralité publique. — Glodius était maître du forum de l'aveu des triumvirs. Mais ce personnage était trop ambitieux pour se contenter longtemps de servir d'instrument à l'ambition d'autrui. D'abord, pour assouvir sa vengeance, il renversa, à la tète d'une bande armée, la maison de Gicéron sur le Palatin, et en consacra l'emplacement à la déesse de la Liberté. Vatinius, ie principal agent de Gésar durant son consulat, était cité devant le préteur : Glodius renversa le tribunal et chassa les juges. Pompée avait donné en garde à un de ses amis le jeune Tigrane, son prisonnier; le prince gagna à prix d'argent le tribun : Glodius le fit évader, «it, pour protéger sa fuite, attaqua et tua ceux qui le poursuivirent. G'était une ofTense directe au triumvir, d'autres suivirent, si bien que Pompée commença à se rappro^ cher des grands. Il fil d'abord rappeler Gicéron, puis suscita, contre le tribun factieux, Milan, qui tint tôte à Glodius avec une bande à» ght^aMean, Pédant iph^ sieurs années, la e«pitale an monde nm$iû se trcmv»

livrée aux violences et aux plus misérables intrigues. La dépravation publique alla si loin, qu'un jour le sénat eut connaissance d'un marché par lequel deux candidats au consulat avaient promis aux consuls en charge de procurer, au prix de 400000 sesterces, trois augures affirmant avoir assisté à la promulgation d'une loi euriate qui n'avait pas été promulguée, et deux consulaires déclarant s'être trouvés à une séance du sénat pour la distribution des provinces consulaires, séance qui n'avait pas eu lieu. 400 000 sesterces pour un double faux si audacieux, c'était supposer la conscience des augures et des consulaires à bien bon marché.

Qu'on se représente, au milieu d'une telle société, Gaton, alors préteur, allant nu-pieds et sans toge siéger sur. son tribunal, ou faisant distribuer à la populace, au lieu des fastueuses provisions dont elle avait l'habitude, des raves, des laitues et des figues, et l'on comprendra que cette opposition, parfois puérile, d'un homme de bien, fût complètement impuissante.

4. Conférence de Lacques (55). — Combien contrastaient avec toutes ces misères les exploits retentissants de César ! Pour tenir le peuple sans cesse occupé de lui, il envoyait à Rome une partie des dépouilles qu'il avait conquises : aussi accourait-on en foule à ses quartiers d'hiver qu'il tenait sur l'extrême frontière de sa provinc^. En 56 il y eut à Lucques, où il hivernait, ume telle foule de grands personnages, qu'on voyait chaque jour à sa porte cent vingt licteurs. Grassus et Pompée y vinrent ; le triumvirat fut renouvelé ; on sut bientôt à quelles conditions : Crassus et Pompée briguèrent le consulat. Tous les autres candidats se retirèrent, excepté Domitius. Mais le jour du vote, quand il se présenta sur la place, on tua l'esclave qui le précédait, lui-même fut obligé de s'enfuir, et Gaton reçut une blessure. L'élection faite, les deux triumvirs remplirent les charges de leurs créatures, et un plébiscite donna à Pompée l'Espagne, à Grassus la Syrie, pour

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cinq ans; César était prorogé pour le même temps dans son commandement.

6. Mort de Crassns (S3]. — La république avait donc trois maîtres. Grassus fut le premier qui disparut, dans l'expédition dont on a déjà vu le triste résultat. Sa mort changeait le triumvirat en duumvirat ; mais deux hommes ne pouvaient rester à la fois maîtres du gouvernement : il fallait qu'un des deux renversât l'autre. Pompée prit ses précautions contre César en se rapprochant du sénat.

6. Aeeroissement du désordre I meurtre de Clod tus. — Les désordres continuaient à Rome; les élections consulaires ne pouvaient s'y faire, et il y eut, en l'année 53, six mois d'interrègne; l'interrègne recommença l'année suivante (52) . Les candidats demandaient le consulat les armes à la main ; chaque jour il y avait émeute, et le sang coulait. Milon et Glodius s'étant rencontrés sur la voie Appienne, un combat s'engagea, et Glodius fut égorgé. Ses amis allèrent chercher son cadavre et dressèrent le bûcher dans un temple où le sénat s'assemblait : le temple fut brûlé. Ils essayèrent d'incendier la maison de Milon, puis celle de l'interroi : des chevaliers, des sénateurs, accourus en armes, les défendirent ; on s'égorgea encore les jours suivants. Alors Gaton luimême appuya la proposition que fit Bibulus de nommer Pompée seul consul (25 février 52), car, en face de César, dont la gloire devenait chaque jour plus menaçante, le sénat avait besoin d'un général et d'une armée. Ce n'était pas moins qu'une royauté déguisée qu'on lui donnait ; il arrivait donc, comme il l'avait toujours souhaité, à l'usurpation par les voies légales : mais, ce pouvoir, saura-t-il e défendre contre son ancien associé?

7. Rupture entre César et Pompée (49). — Il chercha d'abord à l'affaiblir en lui faisant donner l'ordre de remettre deux de ses 6 ions à la disposition du sénat, sous prétexte qu'on en avait besoin contre les Parthes qui menaçaient la Syrie. Croyant avoir pourvu

à tout avec ce décret, il ne fit pas d'autres préparatifs. Quand on lui demandait avec quelle armée il arrêterait son rival, si celui-ci passait les monts : « En quel(jue endroit de Tltalie que je frappe du pied la terre, disaitil, il en sortira des légions. » Les consuls partageaient sa quiétude. On se crut même assez fort pour dépouiller César de son commandement. Le tribun Curion, que le proconsul des Gaules avait secrètement acheté, demanda que, si Ton dépossédait César, on décrétât en même temps l'abdication de Pompée. La proposition était habile et semblait à la fois libérale et juste : le sénat se garda bien de l'accepter. Pour se débarrasser de l'homme qui prenait son point d'appui hors de la noblesse, dans le peuple et surtout dans l'armée, il décréta, le V janvier 49, que César serait déclaré ennemi public, s'il n'abandonnait pas ses troupes et ses provinces. ^Deux tribuns, Gassius Longinus et Marc Antoine, qui faisaient opposition à ce décret, furent menacés par les pompéiens et s'enfuirent dans le camp de César. Pompée comptait vaincre sans peine. Tout à coup la nouvelle arrive que César a franchi le Rubicon, limite de sa province, qu'il a pris Ariminum, que toutes ses forces sont en mouvement, que la Gaule lui promet 10000 fantassins et 6000 cavaliers, -qu'enfin les populations l'accueillent avec enthousiasme. « Où est ton armée?» demande Volcatius à Pompée. « Frappe donc la terre, lui dit ironiquement Pavonius, il est temps. » Et Pompée, coupé de ses légions d'Espagne, était réduit à avouer qu'il ne pouvait défendre Rome. On se retira sur Capoue, tandis quePisaurum, Ancône, Inguvium, étaient prises. Labienus, le meilleur des lieutenants de César, fit en vain défection : pas un soldat ne le suivit.

8. La guerre civile (49-4S] l conquête de l'Italie et de l'Espague par César (49). — César poussa la guerre avec activité, mais la résistance de Domitius dans Corfinium l'arrêta sept jours, et, quand il arriva en vue de Brindes, les consuls et l'armée pompéienne étaient de l'autre côté de' l'Adriatique, à Dyrrachium.

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Durant ces opérations, Yalerius avait pris possession de la Sardaigne, et Curion, de la Sicile. Soixante jours avisent suffi pour la conquête de l'Italie et des îles.

Ne pouvant, faute de vaisseaux, poursuivre son rival, César revint à Rome et, avec les sénateurs qu'il y trouva, reconstitua un l^énat qu'il opposa à celui qui siégeait dans le camp de Pompée. U lui fallait de l'argent : il prit Tor qui était dans le temple- de Saturne, malgré la résistance du tribun Metellus. Puis il partit pour l'Espagne. « Je vais, disait-il, combattre une armée sans général, ensuite j'attaquerai un général sans armée. »

Pendant qu'il y luttait contre des forces supérieures, un de ses lieutenants, Gurion, était battu et tué en Afrique par Varus et Juba; un autre, Dolabella, vaincu en lUyrie, était fait 'prisonnier. Gicéron, resté jusqu'alors en Italie, passa du côté de Pompée, en apprenant ces nouvelles. Mais César, par d'habiles manoeuvres, enveloppa dans l'Espagne citérieure les deux généraux pompéiens, Petreius et Afranius, et les força de mettre bas les armes. Varron, dans là Bétique, ne fit pas meilleure résistance. Au retour, Marseille, qui tenait pour Pompée, lui ouvrit ses portes. Cependant, à Rome, le peuple venait de le proclamer dictateur. A Plaisance, il apaisa une révolte de la 9* légion, et, à Rome, il ne garda sa charge que onze jours, pendant lesquels il soulagea les débiteurs en faisant déduire du capital les intérêts payés et en forçant les créanciers d'accepter en remboursement les meubles et les immeubles au prix où ils étaient avant la guerre. Il rappela les bannis, excepté Milon, et supprima la seule loi politique de Sylla qui vécût encore, celle qui frappait les enfants des proscrits d'incapacité politique. Le droit de cité accordé aux Gaulois cisalpins récompensa leur longue fidélité envers lui. En abdiquant la dictature, il se fit nommer consul et resta ainsi, soûs un titre légal, le chef de la république.

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