‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 40 sur 64 · DUUMVIRAT D*OCTAVE ET D ANTOINE · texte numérisé non relu

DUUMVIRAT D*OCTAVE ET D ANTOINE

cause, mais un consul du peuple romain qui marchait contre le ministre d'une reine étrangère.

V. Bfttaille d'Aetinm (31 ). **- Antoine avait 100 000 fantassins et 12 000 chevaux. Tous les dynastes de TÀsie lui avaient envoyé des auxiliaires. Sa flotte comptait cinq cents gros navires de guerre, dont plu^ sieurs étaient à huit et dix rangs de rames, mais lourdement construits, mal dirigés et dégarnis de rameurs et de soldats. Octave n'avait que 80 000 fantassins, autant de cavaliers qu'Antoine, et seulement deux cent cinquante vaisseaux d'un rang inférieur. Leur légèreté et l'expérience des matelots, formés dans la guerre contre Sextus, compensaient et au-delà l'infériorité du nombre.

Antoine était maître de la Grèce; Agrippa, qui commandait la flotte d'Octave, la conduisit sur les côtes de l'Épire. Plusieurs combats partiels précédèrent l'action décisive. Agrippa s'empara de Leucade et chercha à couper les convois qui arrivaient d'Asie; Ti tins et Statilius Taurus firent aussi éprouver un échec à la cavalerie d'Antoine. Peu à peu les deux armées se concentrèrent, celle d'Antoine à Actium, sur la côte d'Acarnanie, à l'entrée du golfe d'Ambracie; celle d'Octave,' en face, sur la côte d'Épîre.

Antoine proposa à son rival de terminer leur querelle par un combat singulier, ou bien de se rendre à Pharsale avec toutes leurs forces et d'y décider à 'qui resterait l'héritage de César. Tous ses généraux, surtout Canidius, étaient d'avis de chercher une bataille sur terre. Il se résolut cependant à un combat naval ; ainsi le voulait Gléopatre, pour que ses navires égyptiens eussent part à la victoire et, en cas de revers, assurassent sa retraite, et contre l'ennemi, et contre les amis d'Antoine, dont elle se sentait haïe.

Antoine plaça 2000 légionnaires et 3000 archers sur les galères, où les désertions et les maladies de l'hiver n'avaient pas laissé un nombre d'hommes suffisant pour la manœuvre et la défense; mais ces légionnaires

faisaient à regret le service des vaisseaux, dont ils n'avaient pas l'habitude. Un chef de cohorte dont le corps était criblé de blessures, voyant passer Antoine, lui dit d'une voix affligée : a Eh! mon général, pourquoi vous défier de ces blessures et de cette épée, et mettre vos espérances dans un bois pourri? Laisser les hommes d'Egypte et de. Phénicie combattre sur mer, et donnez^-nous la terre sur laquelle nous savons vaincre ou mourir. » Antoine ne répondit rien; il se contenta de lui faire signe de la tète et de la main, comme pour l'encourager et lui donner une espérance qu'il n'avait pas lui-même, car, ses pilotes ayant voulu, suivant Tu— sage, laisser les voiles à terre, il les obligea de les pren- . dre. Pensait-il déjà à fuir?

Pendant plusieurs jours, l'agitation de la mer ne permit pas aux deux flottes de s'aborder. Enfin le 2 septembre 31, les vaisseaux d'Antoine, poussés par un ven léger, s'avancèrent à la rencontre de l'ennemi^ qui re' fusa quelque temps encore son aile droite pour les attirer en pleine mer. Quand Octave les crut assez loin du- rivage, il cessa de reculer et courut avec ses vaisseaux agiles contre ces pesantes citadelles, autour desquelles tournaient à la fois trois ou quatre de ses galères, et qu'elles couvraient de piques, d'épieux et de traits enflammés^ Pour prévenir un mouvement d'Agrippa, qui essayait d'envelopper l'aile droite, Publicola, qui la commandait, étendit sa ligne et se sépara im-

f)rudemment du centre. Cette 'faute compromettait déjà e succès de la journée, quand on vit les soixante navires égyptiens tourner la proue et cingler vers le Pélo-* ponnèse. A peine Antoine eut-il reconnu à ses voiles de pourpre le vaisseau qui emportait la reine, que tout son courage tomba, et qu'oubliant ceux qui mouraient en ce moment pour lui, il suivit ses traces. Il passa à son bord, mais, sans lui parler, sans la voir, il s'assit à la proue et pencha la tète entre ses mains. Durant trois jou^s, il resta dans la même posture et dans le même silence, jusqu'au cap Ténare. De là ils firent voile pour l'Afrique.

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Sa flotte, après s'être défendue longtemps, se rendit. L'armée de terre était intacte; elle ne voulait pas croire à la lâcheté de son chef, et, quand il ne fut plus permis d'en douter, elle résista sept jours encore aux sollicitations de Gésar . Mais Ganidius, qui la commandait, l'ayant à son tour abandonnée, elle fit sa soumission. Le vainqueur de Philippes avait été impitoyable : le vainqueur d'Âctifim fiit indulgent. Parmi les prisonniers importants, aucun de ceux qui demandèrent la vie n'essuya de refus. Le chef de parti s'était jadis vengé, aujourd'hui le maître pardonnait.

Antoine n'était plus à craindre, l'armée le devenait ; Octave se hâta de donner des congés aux vétérans et de les disperser. Il avait laissé Mécène à Rome. Il y envoya encore Agrippa, pour que ces deux hommes supérieurs qui se complétaient l'un par l'autre, comme la prudence par le courage, l'habileté par la force, étouffassent à son origine tout mouvement de révolte. U se chargea de poursuivre lui-même son rival, traversa la Grèce, dont il soulagea les misères, et fit voile pour l'Asie. Gomme il ignorait le lieu où Antoine s'était retiré, il s'arrêta à Samos pour y passer l'hiver. La nouvelle des troubles qui venaient d'éclater parmi les légionnaires congédiés le rappela en Italie. Il manquait de fonds pour remplir ses promesses aux soldats : aussi mit-il en vente ses biens et ceux de ses amis. Personne, il est vrai, n'osa se rendre adjudicataire, mais le résultat désiré était atteint: les vétérans se contentèrent de quelque argent, attendant les trésors de l'Egypte. Ges mesures calmèrent soudainement l'agitation, et vingt-sept jours après son arrivée Octave put repartir.

8. Mort d'Antoine et lie Cléepntre (30). —A Paraetonium, sur la côte d'Afrique, Antoine et Gléopatre s'étaient séparés. La reine , pour prévenir une révolte , se présenta devant Alexandrie avec ses vaisseaux couronnés de lauriers comme s'ils revenaient d'un triomphe. A peine rentrée dans son palais, elle ordonna la mort de tous ceux qui hii étaient suspects et grossit ses trésors

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des biens des victimes et desrichessesdes temples, qu'elle pilla. Pour Antoine, il avait d'abord erré comme un insensé dans les solitudes voisines de Paraetonium, et, à la nouvelle de la défection de Scarpus, qui commandait pour lui une armée dans ces régions, il avait voulu so tuer. Ses amis le ramenèrent à Alexandrie, où Ganidius vint lui apprendre le sort de ses légions au promontoire Actium. Tous les princes d'Asie l'abandonnaient; aux portes mêmes de l'Egypte, Hérode, le roi dès Juifs, trahit sa cause. Des gladiateurs qu'il entretenait à Gyzique lui restèrent seuls fidèles ; ils traversèrent toute l'Asie Mineure pour le rejoindre, et ne se rendirent que sur un faux bruit de sa mort.

Gléopatre songea à se réfugier en- de lointains pays et commença à faire transporter, à travers l'isthme de Suez, ses vaisseaux et ses trésors ; mais les Arabes pillèrent les premiers navires arrivés sur la mer Rouge, et elle renonça à ce dessein. Antoine songea ensuite à gagner l'Espagne, espérant qu'avec ses richesses il soulèverait aisément cette province : ce parti fut encore abandonné. Las de former d'impraticables desseins, il ne voulut plus voir personne et s'enferma dans une tour qu'il fit bâtir au bout d'une jetée. « Je veux, dit*il, vivre maintenant comme Timon. » C'était bien tard pour philosopher : il ne put môme soutenir ce rôle, et, pour finir comme il avait vécu, dans les orgies, il retourna auprès de Gléopatre. Ils fondèrent une société nouvelle, celle des inséparables dans la mort. Tous ceux qui en faisaient partie devaient passer les jours dans la bonne chère et mourir ensemble. Gléopatre recueillait en effet tous les poisons connus et étudiait leurs effets sur des personnes vivantes; elle essaya aussi des bêtes venimeuses et s'arrêta à l'aspic, qu'elle avait vu donner une mort douce par lacaelle les traits n'étaient point décomposés.

Cependant ils conservaient encore quelque lueur d'espérance, et ils sollicitèrent du vainqueur, Antoine, la permission de se retirer et Athènes pour y vivre en sim-

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pie particulier; Gléopatre, la succession pour ses enfants à la couronne d'Egypte. C'étaient les mêmes députés qui ayaient porté les deux messages. Mais en secret la reine fit offrir à Octave un sceptre, une couronne et un trône royal. Il répondit à cette pensée de trahison par deux lettres, Tune publique, qui lui ordonnait de déposer les armes et le pouvoir; l'autre secrète, qui lui garantissait son pardon et la conservation de son j'oyaume, si elle chassait ou. faisait tuer Antoine. En même temps il lui envoya un de ses affranchis qui devait, par de fausses promesses, entretenir les cispérances de la reine et conserver au triomphe de son maître son principal ornement. Gléopatre se souvint qu'enfant elle avait vaincu César, puis Antoine; elle se prit à penser qu'Octave, plus jeune que l'un et que l'autre, pourrait bien ne pas être plus sage. Elle avait cependant alors trente-neuf ans^ ïnais sa beauté avait toujours été moins redoutable que son esprit et sa grâce. Le héros avait des faiblesses, le soldat, des vices, tous deux succombèrent : le politique resta froid et implacable.

Antoine n'eut pas honte de demander deux fois encore la vie, d'envoyer son fils Antyllus pour fléchir Octave, et de livrer à celui-ci le sénateur Turullius, un des meurtriers de César. Mais Octave ne répondait pad et avançait toujours. Bientôt il fut devant Péluse, dont il s'empara. A ce bruit d'armes qui se rapprochait de lui, Antoine parut se réveiller: il fit des préparatifs de défense, courut en Libye pour tâcher de séduire les soldats qutOc'tave y avait fait passer, et revint à Alexandrie que déjà son rival menaçait. Dans un combat de cavalerie où il montra son éclatante bravoure, il mit l'ennemi en fuite. Mais Gléopatre le trahissait: enfermée, avec toutes ses richesses, dans une haute tour qu'elle avait fait construire pour lui servir de tombeau, elle attendait l'issue de la * querelle. Ses ministres, ses troupes, semblaient coopérer 4 la défense de la place; en réalité, Antoine ne pouvait compter que sur le petit nombre de légionnaires qu'il avait réunis. Il appela Octave en combat singulier. Celui-

âae CHAt>ITRE XXIV.

ci sourit et se contenta de répondre cpi'Ântoine avait plus d'un chemin pour aller à la mort.

Cependant^ encouragé par le succès du combat de ca* Valérie, Antoine se décida à une double attaqiie par terre et par mer. Dès que les galères égyptiennes se trouvé* rent près de celles de Gésar, elles les saluèrent de leurs rames et passèrent de leur côté. Sur terre, sa cavalerie l'abandonna et son infanterie fut sans peine repoussée. Il rentra dans la ville en s'écriant qu'il était trahi et livré par Cléopatre.

La reine, réfugiée dans sa tour, en laissa tomber la herse et fortifia la porte par des leviers et de grosses pièces de bois, tandis qu'elle faisait porter à Antoine la fausse nouvelle de sa mort. Hs se l'étaient promis: l'un devait suivre l'autre. Antoine commanda à son esclave Eros de lui donner le coup mortel. L'esclave, sans répondre, tire son épée, se frappe lui-^mème et tombe sans vie à ses pieds. « Brave Eros, s'écrie Antoine, tu m'ap» prends ce que je dois faire! » et, ôtant sa cuirasse, il se perce à son tour.

Dès que Cléopatre l'apprit, elle voulut avoir près d'elle ce cadavre pour le livrer elle-même au vainqueur conoTme sa rançon, et Antoine tout sanglant fut porté au pied de sa tour; elle n'en ouvrit pas la porte, mais d'une fenè* tre elle descendit des cordes et, avec les deux femmes qui l'avaient suivie, le hissa auprès d'elle. A peine l'eutelle couché sur un lit, qu'il lui demanda du vin et expira : digne fin de cet homme qui n'eut que l'âme d'un soldat.

Cependant Octave était entré sans obstacle dans Alexandrie. Il commanda à un de ses officiers, Proculeius, de tâcher de prendre la reine vivante et de ne pas lui laisser le temps d'allumer l'incendie qu'elle avait préparé pour consumer ses richesses, si elle était forcée dans sa retraite. Tandis qu'elle parlementait à travers la porte avec Gallus, Proculeius, passant sans bruit par la fenêtre qui avait servi à introduire Antoine, se saisit d'elle et loi arracha un poignard dont elle chercha faiblement à se

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frapper. D'abord elle voulut 8é laisser mourir de faim : Octave la força à renoncer à ce dessein, en lui faisant craindre pour ses enfants; puis il la rassura, et, pour la rattacher à la vie, il lui promit un sort encore brillant. Elle se laissa ramener au palais, reprit les insignes de la royauté, et, sauf une surveillance étroite, reçut tous les égards dus à son rang. Octave lui-même vint la voir. Ce jour-là elle ne s'entoura que des souvenirs de César, comme pour se réfugier dans l'amour qu'il avait eu pour elle contre la haine de son fils. L'appartement était décoré de bustes et de statues du dictateur. Les lettres qu'il lui avait écrites étaient auprès d'elle, et elle les montrait à Octave. Longtemps elle lui parla de la gloire de son père, de sa puissance à lui, de sa faiblesse à elle et de sa résignation. Chaque mot, chaque attitude, chaque geste était calculé pour exciter la pitié ou un sentiment plus doux, et il y avait encore tant de séduction dans sa parole, tant de grâce et de beauté dans èes traits et son maintien sous ses longs vêtements de deuil ! Octave l'é-' coûtait en silence; il se leva enfin : « Ayez bon courage, ô reine ! » lui dit-il ; puis il lui demanda la liste de ses trésors, et il sortit. Cléopâtre resta atterrée sous cette froide réponse : elle était vaincue. Bientôt elle apprit d'un jeune noble qu'elle avait gagné que dans trois jours elle partirait pour Rome. Cette [nouvelle la décida: le lendemain on la trouva couchée morte sur un lit d'or, revêtue de ses habits royaux, et ses deux femmes sans vie à ses pieds. On ignore comment elle s'était donné la mort : Octave, en montrant à son triomphe la statue de Cléopâtre avec un serpent au bras, confirma le bruit qu'elle s'était fait piquer par un aspic qu'un paysan lui avait apporté caché sous des figues. L'Egypte lut réduite en province (30).

9* Chute de la république. -^11 n'y avait plus main-* tenant qu'un chef dans le monde romain, la république était morte et l'empire naissait i

288 CHAPITRE XXY.

, auguste; organisation du gouvernement impérial.

1. Retour d^Octave à Rome (29). ~ 2. Organisation du gouvernemeat

impérial : réunion des principales magistratures républicaines en-

re les mains d'Octave. — 3. Armée permanente. — 4. Gouverne^

ment des provinces. — 5. Administration financière. — 6. Vigilance

et libéralité d'Auguste. — 7. Douceur du gouvernement d'Auguste.

— 8. Routes, postes, ordre public, développement du commerce.

— 9. Embellissement de Rome. — 10. Guerres pour dompter les peuples de l'intérieur et donner à l'empire de bonnes frontières. — 11. Varus. — 12. Dernières années d'Auguste. — 13. Mort d'An* guste (14 de J. G.).

«. Betonr d'Oefave ft Borne (S9)* — Antoine mort et TÉgypte rattachée au domaine de l'empire, Octave regagna TAsie Mineure, où il employa tout l'hiver à régler les affaires de TOrient. Pendant ce temps, Mécène et Agrippa veillaient pour lui dans la capitale, où ils venaient d'arrêter et de punir le complot formé par le jeune Lépide pour assassiner Octave à son retour. Le sénat, d'ailleurs, se prêtait à tout. Quand, au commencement de l'an 29, Octave prit possession, en Asie, de son cinquième con~ sulat, à Rome les sénateurs et les magistrats firent serment d'obéir à ses actes et lui offrirent la puissance trihunitienne sa vie durant. Au mois de sextilis, qui plus tard prit son nom (août), il entra enfin dans Rome, et il triompha trois fois : pour les Dalmates, pour Actium et pour l'Egypte. Les soldats reçurent 1000 sesterces par tête, les citoyens 400. Octave, pour annoncer solcnnellement l'ère nouvelle qui commençait, ferma luimême le temple de Janus, ouvert depuis deux siècles, et supprima les ordonnances triumvirales. Mais qu'allait-il faire? rompre avec le passé et fonder un gouvernement nouveau? Il n'y songea pas: il connaissait assez l'histoire

AUGUSTE. Zb»

d6 son pays pour savoir qu'il trouverait aisément dans les prérogatives mal définies des anciennes magistratures de qpioi déguiser la monarchie sous des oripeaux républicains, et qu'il pourrait défrayer le pouvoir absolu avec les lois de la liberté.

2. OrganlsatioB dn goii¥eriiemeiit Impérial I rén- ■Ion des principales magistratures républlealnes eatre les mains d'Oetave. — Depuis Tan 3^1, Octave était consul ; il gardera pendant six ans encore cette charge qui le fait chef officiel de l'État et qui lui donne légalement presque tout le pouvoir exécutif. Avant tout il lui fallait l'armée : pour rester à sa tête, il se fit décerner par le sénat le nom à'imperator avec le commandement suprême de toutes les forces militaires de l'empire. Les généraux devinrent ainsi ses lieutenants et les soldats lui jurèrent fidélité.

Le sénat subsistait : il le conserva et résolut d'en faire le pivot de son gouvernement ; mais auparavant il se fit donner, avec Agrippa pour collègue, sous le titredepréfectv/re des mœurs, la censure, qui lui permit de chasser de ce corps tous les membres indignes ou ennemis du nouvel ordre de choses. Lorsque les anciens censeurs, fermaient le cens, celui dont ils avaient mis le nom en tête de la liste des sénateurs, ordinairement l'un d'entre eux, s'appelait le premier du sénat, prinoeps senatus, et cette place, toute d'honneur, lui était laissée sa vie du-' rant. Agrippa donna à son collègue ce titre républicain, et plaça ainsi les délibérations du sénat sous la direction d'Octave, car, d'après ^l'ancien usage, le princeps opinait le premier, et ce premier avis exerçait une in-^ fluence qui maintenant sera décisive.

Le commandement des armées entraînait le comman« dément dans les provinces, et le sénat les avait toutes placées sous son autorité en l'investissant du proconsulat : Octave voulut qu'au moins le sénat partageât avec lui. Il lui laissa les régions calmes et prospères de l'intérieur, et prit pour lui celles qui remuaient encore ou que les Barbares menaçaient, mais où étaient toutes

IIIST. nOMAÎNE. fl. do 4*. 10

les légions. Dans la ferveur de sa reconnaissance, le sénat rappela d'un nom qu'on ne donnait qu'aux dieux, celui d'Auguste, qu'il a conservé (17 janv., 27 av. J. G.). Trois ans après on lui conféra la puissance tribunitienne sa vie durant, c'est-à-dire qu'à l'autorité militaire,

qu'il avait déjà, on ajouta la puissance civile que les tribuns, grâce à la nature indéterminée de leur charge, avaient plus d'ime fois envahie tout entière. La puissance tribunitienne lui assurait en outre l'inviolabilité.

En l'an 19, il eut le consulat à vie et la préfecture des mœurs. Il n'avait accepté que pour dixslns*le commandement des provinces et des armées; en Tan 18, il se fit renouveler Auguste'. ses pouvoirs pour

cinq années nécessaires encore, disait-il, à l'achèvement de son ouvrage. Mais, .ce temps écoulé, il demanda une nouvelle prorogation de dix ans et continua ainsi jusqu'à sa mort, en protestant chaque fois contre la violence qu'on faisait à ses goûts au nom de l'intérêt public. Cinq ans plus • tard, à la inort de Lépide, il se fit nommer souverain pontife. Ce fut sa dernière usurpation : il ne restait plus rien qui valût la peine d'être pris.

i. Iconographie romaine de VisooDti.

En résumé, comme préfet des mœurs, Octave dressait la liste des sénateurs et des chevaliers, c'est-à-dire qu'il pouvait chasser ses ennemis de Tordre équestre et du sénat ; comme grand pontife, il avait la surveillance du culte et de ses ministres ; comme tribun, il était inviolable ; comme prince du sénat, il dirigeait les délibérations de cette assemblée ; comme imperator^ il commandait les armées ; la puissance proconsulaire lui livrait les provinces ; la puissance consulaire, la ville et l'Italie : il avait donc tous les pouvoirs. Pourtant son règne ne rentre dans aucune des classifications ordinaires des gouvernements. Rome n'était ni. une république ni une monarchie ; Auguste n'était ni roi ni tyran. Cette autorité, qui n'a pas de nom dans la langue politique, montre assez quele pri^icipat d'Octave fut une transition entre la République aristocratique qui était morte à Pharsale, et le gouvernement despotique des empereurs qui vont suivre.

Son règne de quarante-quatre ans fut employé à or-^ ganiser doucement la monarchie. Le sénat subsista comme conseil suprême de l'État, mais épuré, et Auguste augmenta ses attributions en le chargeant du jugement de toutes les causes politiques et des procès importants. Le peuple garda aussi ses assemblées, seulement poi;r 'la forme , les élections publiques n'étant que la confirmation* des choix faits par lef prince,

- 3. Armée permanente. — Le pouvoir d'Augusie reposant sur les soldats, il voulut une armée permanente; mais, cette armée composée de 300000 hommes, il la i-angea le long des frontières dans des camps retranchés [castra stativa), pour faire face aux Barbares. Des règlements déterminèrent la durée du service, la vétérance et la solde. Une garde particulière, les cohortes prétoriennes, veilla à la sûreté du prince. Des flottes à Fréjus, à Misène, à Ravenne, faisaient la police de la Méditerranée. Des flottilles stationnaient sur le Danube fet l'Euxin. Auguste éian^ chef de toutes les légions et

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Soldat prétorien du premier siècle (au musée du Louvre).

les généraux commandant sous les auspices de Vimperator^ aucun d'eux, suivant les idées romaines, ne pouvait désormais obtenir- le triomphé.

4. Gouvernement des provinces. — I/' administration civile fut réorganisée comme l'administration militaire. Le. sénat continua d'envoyer chaque année des proconsuls dans les provinces intérieures que Tempereur lui laissait. Les provinces frontières furent gouvernées par les légats impériaux, qui restèrent en place tant qu'il plut au prince : innovation salutaire, car ces officiers, retenus longtemps en charge, purent étudier et connaître les besoins de leurs administrés, et les provinces n' eurent plus à faire chaque année la fortune d'un nouveau gouverneur.

s. Administration financière. — Comme il y avait deux sortes de provinces, il y eut deux administrations, financières : le trésor public, œrarium^ surveillé par le sénat , et le trésor du prince, fiscus. Ûœrarium, que remplissaient les tributs des provinces sénatoriales , lui était, du reste, ouvert par le sénat, de sorte qu'il disposait Téellement de toutes les ressources financières de l'empire, comme il disposait de toutes ses forces militg,ires. Ces ressources étaient; trop faibles pour couvrir les nouvelles dépenses : il fallut rétablir les douanes en Italie et créer de nouveaux impôts, le vingtième sur la valeur des héritages, le centième sur le prix des denrées vendues, les amendes de la loi Julia Poppœa contre les célibataires. Tous ces revenu» , joints aux tributs des provinces, donnèrent peut-être 300 ou 400 raillions.

6. Vigilance et libéralité d'Auguste. — Si tout appartenait à Auguste, son temps aussi, ses soins, safor- ^tune même, appartenaient à tous. Pendant ses longs voyages dans les provinces dont il surveillait avec sollicitude l'administration, il soulageait les villes obérées et rebâtissait celles qu'un fléau avait détruites. Tralles, Laodicée, Paphos, renversées par des tremblements de terre, sortirent plus belles de leurs ruines.

Une année même il paya de ses deniers tout l'impôt de la province d'Asie.

7. Doaeeur da sponveraemeBt d*Aii|paste. — Pen* dantle triumvirat, Octave s'était montré cruel : Auguste

pardonna presque toujours. Ginna avait voulu Tassassiner, il le gagna par la clémence. Il ne voulut plus de persécutions politiques, mais il y eut sous son règne une persécution religieuse. En Gaule, le druidisme fut combattu, et les sacrifices humains interdits.

8. Bontés, postes, ordre publie, déTeloppemeBt ^ dn eommeree. — Pour établir l'impôt avec équité, il ' fallait un cadastre général : Auguste fit achever celui que César avait commencé, et on leva le plan de tout l'empire. Ce travail servit à un autre but. L'empire reconnu et mesuré, il fut aisé d'y percer des routes. Auguste répara celles de l'Italie, fit faire celles de la Cisalpine et couvrit de chemins toute la Gaule et la péninsule ibérique, puis sur ces routes un service de postes régulier fut organisé. Les messagers du prince et les armées purent se porter rapidement d'une province à l'autre; Tordre fut ainsi partout maintenu, parce que la répression était partout certaine et immédiate ; le commerce, la civilisation, y gagùèrent, et une vie nouvelle circula dans cet empire si admirablement disposé autour de la Méditerranée. Gadès, Marseille, Pouzzoles, Byzance, Smyrne, Éphèse, Alexandrie, purent alors, sur cette mer que les Romains appelaient marel^ostrylmJ échanger avec sécurité les produits du monde.

0* Embellissements dé Rome. — Auguste donna une attention'' particulière à tenir le peuple de Rome repu de jeux et de distributions. Il embellit la ville par de nombreuses constructions dont une subsiste, le Panthéon d'Agrippa, et fit bâtir cent soixante-dix bains publics, luxe et nécessité des pays chauds*. Il créa un préfet et des cohortes urbaines pour veiller à la tranquillité publique, des gardes nocturnes pour prévenir ou arrêter les incendies, et il put se vanter de laisser de marbre une ville qu'il avait trouvée de briques.

1. Voy. p. 296 le TepidaHum de Pompéi; qui représente une des salle» de ces thermes publics.

JO. Graerves po» dompter les peuples de.rintérievr et dowMer A l'empire de bennes frontières* — ^

Un empire aussi vaste, et qui de tous côtés touchait aux Barbares, ne pouvait compt<Qr sur une paix absolue. Après Actium, Auguste y avait cru, et il avait fermé pour la troisième fois les portes du temple de Janus. Cependant l'empire n'avait pas encore trouvé ses limites naturelles. Dans les provinces mêmes, il restait quelques peuples à soumettre. En Espagne les Astures et les Gantabres furent enfin assujettis. Les Belges et les Aquitains s'étalent soulevés- : tnois armées envoyées contre eux en l'an ^29 les soumirent. Les Salasses interceptaient les passages des Alpes occidentales : il les dompta. Tous les autres montagnards de la chaîne des Alpes furent également contraints de renoncer à leur indépendance et à leurs brigandages.

Contre les Parthes, Auguste arma une fois ; mais ils le prévinrent en lui restituant les drapeaux de Crassus. Une expédition dans fArabie Heureuse échoua ; une autre contre les Éthiopiens réussit, sans amener toutefois d'autre résultat que de rendre la sécurité à la frontière méridionale de l'Egypte. Les guerres sérieuses de ce règne' furent toutes sur le Rhin et le Danube. Pour mettre l'Italie, la Grèce et la Macédoine, à l'abri de l'invasion, il fallait être maître du cours du Danube ; pour ne pas être inquiété sur larive gauche du Rhin, il fallait chasser loin de la rive droite les .tribus germaniques. Drusus et Tibère soumirent en l'an 16 les Rhétiens et les Vindéliciens. En l'an 9, Drusus s'avança jusque sur les bords de l'Elbe, et, après sa mort, Tibère, son frère, prit des quartiers d'hiver au cœur même de la Germa^ nie. De ces camps l'influence romaine allait gagner de proche en proche les tribus voisines; mais, pendant que ce travail s'accomplissait au nord, le Marcoman Marbod fondait dans la Bohême un royaume que défendaient 70 000 fantassins et 4000 cavaliers, disciplinés à la romaine. Auguste s'alarma de ce voisinage, et une armée formidable s'apprêta à franchir le Danube, quand les

Panncmiens et les Dalmates se soulèveront, croyant les légions déjà aux prises avec les Marcomaiis. Marbod consentit à traiter, et Tibère put tomber sur les rebelles. Aidé de Germanicus et soutenu de quinze légions, il vint à bout, après trois campagnes, de leur résistance acharnée. Il était temps, car cinq jours seulement après la soumission définitive des Pannoniens et des Dalmates on apprit un grand désastre.

f f . Varus. — Trois légions de Germanie, attirées dans une embuscade par un jeune chef des Chérusques, Hermann, y avaient péri avec leur général Varus. C'était la Germanie du nord qui se soulevait et refoulait sur le Rhin la domination romaine (9 de J. G.) « Varus, Varus, rends-moi mes légions! >> s'écriait douloureusement Auguste . Par bonheur, Marbod , jaloux d'Hermann, ne fit aucun mouvement, et Auguste, tranquille du côté du Danube, put envoyer Tibère en Gaule. Celui-ci fortifia tous les châteaux le long du Rhin, rétablit la discipline, et , pour ramener un peu de confiance , risrqua même les aigles au-delà du fleuve ,^ mais sans faire de conquête. Après lui, Germanicus resta à la tête de huit légions pour contenir les Germains. L'ennemi, content d'avoir vaincu, ne passait pas encqfe de la résistance à l'attaque. L'empire était sauvé, mais la gloire d'un long règne pacifique était ternie par ce désastre. La défaite de Varus avait décidé que la domination romaine ne franchirait pas le. Rhin et montré que de ce côté étaient les plus grands périls.

C'est sous ce règne, quatorze ans avant la mort d'Auguste, selon l'ère vulgaire, que se place la naissance de Jésus-Christ. La grande révolution qui devait changer le monde allait donc commencer (voy. p. 315).

«S. Dernièpes années d^Ang^nste. — Auguste finit son règne dans le deuil et dans l'isolement. Il avait vu niourir l'un après l'autre tous ceux qui lui étaient chers: sa sœur Octavie, son neveu Marcellus, Virgile, le grand Agrippa, Driisus, un des fils de Livie, Mécène, Horace, et il avait été contraint d'exiler «a fille Juliç,à cause de ses

désordres, dans l'îlot de Pandataria. Huit ans avant notre ère il ire lui restait plus que trois enfants de Julie, , Gaîus, Julius et Agrippa Posthume, le fils de Timpératrice Livie, Tibère, et les enfants de Drusus. Dne pouvait, puiscpie la république semblait encore debout, parler de léguer Son pouvoir ; mais il avait adopté Gaïus et Julius César, ses deux petits-fils, et il avait commencé pour eux le système qui lui avait si bien réussi, roccupation des magistratures républicaines. Tibère, mécontent dé cette' adoption, alla vivre à Rhodes en 'simple particulier, espérant qu'il serait bientôt rappelé. Il y resta sept ans, et n'en revint qu'en l'an 2 de notre ère. En l'an 4, les fils adoptifs d'Auguste étant jflorts, l'empereur adopta AgHppa Posthume, le troisième fils de Julie, alors âgé de quatorze ans, et Tibère, qui'dut adopter luimême son neveu Germanicus. La succession à l'empire se trouvait ainsi réglée; tout le monde acceptait d'avance l'hérédité. Une conspiration faillit tout renverser : un petit-fils de Pompée, Cinna, voulut poignarder Auguste ; Livie conseilla la prudence, et l'empereur accabla le coupable d'un magnifique pardon*. Plus tard il lui donna le consulat.

Des deux héritiers, l'un disparut encore : Agrippa se rendit si odieux par ses débauchas, que son aïeul le relégua dans l'île de Planasia. L'année d'après,- la seconde Julie, accusée des mêmes crimes que sa mère, fut aussi exilée; et le vieil empereur, juge impitoyable 'de tous les siens, se trouva, à soixante-dix ans, seul dans sa maison désolée. *

Les services que Tibère rendit dans ces années terribles ou l'on vit Marbod menaçant, les Pannoniens rebelles et trois légions égorgées, effacèrent peu à peu les préventions du prince. Auguste partagea avec lui les plus importantes prérogatives, et le prit en l'an 13 pour collègue.

18. Mort d'Angruste (l4 de «I. C). — Il touchait au terme de sa longue vie; Te 19 août 14 de J. G., il mourut durant un voyage en Gâmpanie, à l'âge de soixante-

Maison de Livie',

1. On vient de retrouter la maison de Livie et le couloir secret par lequel la prêtresse du nouveau dieu se rendait chaque matin dans l'ancien palais d* Auguste pour prier et brûler de Tencen» devant sa statue. (Voyez p. 395.)

seize ans moins trente-cinq jours. Son corps, rapporté à Rome, fut enseveli dans le tombeau qu'il s'était élevé. Le sénat lui décerna l'apothéose, et Livie fut instituée prêtresse du nouveau dieu. * •

Il avait écrit un état des forces et des ressources de l'empire, que nous avons perdu, et un précis de sa vie

Médaille d'Auguste déifié.

que nous avons presqueentier : le mommient d'Ancyre^ quelquefois appelé le testament d'Auguste. Nous pouvons y lire les titres qu'il croyait avoir à la reconnaissance de ses contemporains. Cette reconnaissance, il la méritait, car il avait fait vivre pendant quarante-quatre ans le monde en paix.

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