‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 41 sur 64 · LETTRES ET ARTS · texte numérisé non relu

LETTRES ET ARTS

1 . Le siècle d*Auguste. — 2. CÎQéron. — 3. Salluste, Lucrèce et César. — 4. Tite Live. — 5. Horace et Virgile. — S. Catalle, Properce et Ovide. — 7. Décadence de la poésie dramatique. — 8. Érudition et médecine. — 9. Jurisprudence. — 10. Historiographes. — 11. Les arts.

4 . Le sièele d'Auguste. — Une autri* gloire d'Auguste est d'avoir donné son nom à un des grands siècles littéraires. Mais, pour que ce siècle soit vraiment l'âge d'or de la littérature romaine, il faut y rattacher les écrivains qui avaient paru depuis Sylla : les poète» Lucrèce et Catulle, César, dont la gloire militaire et politique n'efface pas la gloire littéraire, Cicéron, dont le nom rappelle une lâcheté d'Octave, et Salluste, un des amis de César.

Itm Cieépon. — Cicéron, le plus célèbre des orateurs fomains, était né à Arpinum, cent six ans avant notre ère. Son début au barreau, en l'an 80, fut son plaidoyer pour Roscius d*Amérie. A trente ans, il entra dans les fonctions publiques et fut questeur en Sicile, où il laissa de tels souvenirs, que les Siciliens le chargèrent de poursuivre Verres, qui les avait indignement pillés. Ce procès, qui eut un immense retentissement, porta très-haut la réputation de Cicéron. En l'an 63 il fut consul; exilé par GlodiuB en 58, il fut rappelé au bout de dix mois. Durant la dictature de César il se tint dans l'ombre, mais montra, après les idée de mars, la plus énergique activité. Antoine ne lui pardonna pas ses éloquentes invectives (les Philippiques) et fit écrii^e son nom le premier sur la liste de proscription. Octave, dont Cicéron

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avait guidé Iôb pi^einiers pas, aurait dû § défendre* Il devait à Romiei de lui garder ce fécond génie qui semblait encore infatigable, et au monde un de ceux dont les écrits ont le plus contribué au développement moral de l'humanité. Sans doute Cicéron ne peut être mis au premier rang des penseurs. Comme plulosophe, sa part est petite, mais, s'il a peu innové, du moins sa merveilleuse facilité à s'approprier les idées d'autrui a mis en circulation un nombre infini de grandes et belles pensées qiii ont fait de lui le maître des générations futures et un des précepteurs du genre humain. En morale religieuse, l'idée de l'unité de Dieu et de la providence divine, de l'immortalité de l'âme, de la liberté et de la responsabilité humaines, des peines et des récompenses réservées à une autre vie; en morale politique, l'idée de la cité universelle dont la charité doit être * le premier lien, le perfectionnement de notre espèce, la nécessité pour tous de travailler au progrès général, et l'impérieuse obligation de fonder l'utilo sur l'honnêtei, le droit sur l'équité, la souveraineté sur la justice, c'està-dire la loi civile sur la loi naturelle^ révélée par Dieu ' lui-même et par lui gravée dan9 tous les cœurs f telles sont quelques-unes des croyances que la magie de son style a popularisées ^

8. Sallvst«9 Ln«rèee «t César. < — Salluste est bien loin de Cicéron comme citoyen, et ses écrits perdent de leur charme lorsqu'on songe que l'homme dont le style et la pensée sont si austères fut, comme gouverneur de Numidie, un effronté pillard. Il nous reste de lui la Gvsrre de Jugurtha et la Conjuration de Catilina. U avait aussi entrepris une histoire générale de, Rome depuis la mort de Sylla jusqu'à la conjuration de Catilina. Nous n'en avons malheureusement que des frag-

1. Les principaux ouvrages de Cicéron sont defl plaidoyer* (les Ven^inBêi etc.)^ des discours politiques (les CatilinaireSt les PMUppiqueSj etCi), de» livres de rhétorique (de i'Oro/eu»*, etc.), des traités philosophiques (les Devoirs^ les Tuscutanés), des traités politiques (la République, les Lois), et un immense recueil de lettres qui fournissent les plus précieux matériaux pour riiibtbire de c4 temps.

ments informes. Lucrèce a laissé un poème philosophique où se trouvent des beautés du premier ordre ; César, ses Commentaires de la Guerre des Gaules.

4. Tit« Live. — Tous ces écrivains sont antérieurs à Auguste, mais près de lui on trouve Tite Live, Horace et Virgile, l'histoire, Tode et Tépopée. Tite Live, né à Padoue, 59 av. J. C, en garda, disait-on de son vivant, certaines expressions qui sentaient la province ; il fut honoré de Tamitié d'Auguste, qui lui confia l'éducation du jeune Claude, depuis jempereur, et mourut en Tan 18 ou 19 de notre ère; il écrivit une immense Histoire romaine qui, par la magnificence du style, rimposante ordonnance du sujet, l'élévation et l'éloquence des pensées, n'a point d'égale dans la littérature ancienne. Cet ouvrage, qui comptait cent quarante-deux livres, dont il ne nous reste que trente-cinq, le place au premier rang des historiens, entre Hérodote d'un côté, Thucydide et Tacite de l'autre; ses tendances aristocratiques le firent surnommer le Pompéien.

5. Horace er Virgile. — Horace (mort 8 av. J. C), l'ami d'Auguste et de Mécène, l'épicurien de bon goût qui akna trop sa paresse pour tenter quelque œuvre de longue haleine et son indépendance pour préférer Rome au paysage enchanteur de Tibur, écrivit des satires^ des épîtreSy des odeSy qui ont été imitées, mais jamais surpassées. Virgile, né près de Mantoue, a peint dans ses premiers vers les malheurs de l'Italie livrée aux soldats des triumvirs. Son père est ce Tityre auquel Octave a laissé sa cabane, tandis que Mélibée est obligé de livrer ses récoltes et ses fruits au soldat impie et barbare. (Virgile, reconnaissant, remercia d'abord Octave dans SQBÉglogueSy qui rappellent trop Théocrite et trop peu la nature ; mais bientôt il trouva son originalité dans un des poèmes les plus parfaits qui existent, en aucune langue, les Géorgiques. Il y chante l'agriculture pour la remettre en honneur, -la paix, les mœurs rustiques, laborieuses et honnêtes, pour faciliter à Auguste la tâche qu'il a entreprise de pacifier Rome et Funivers.

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Plus tard, il chanta Rome * elle-même' pour ranimer le patriotisme qui s'éteignait, et enrichit la littérature latine un poëme qui ne vaut pas Vlliade^ mais qu'on lira éternellement. Il mourut Tan 19 avant notre ère.

6. Catulle, Properco el Ovide. — Pour le genre lyrique, Catulle, dans ses Élégies, approche quelque peu d'Horace, qu'il précède de vingt ans; mais sa langue est plus rude, son vers moins harmonieux, sa coupe moins habile. Les poètes élégiaques furent plus nombreux que les poètes lyriques. L'ode vit d'enthousiasme, l'élégie de plaintes : à pareille époque, celle-ci devait être mieux écoutée, car elle avait plus d'écho dans les âmes. Gallus (mort 26 av. J. G.), Tibulle (mort 18 av. J. G.), Properce (mort 18 av. J. G.), en écrivirent un grand nombre. Ovide (mort 17 de J. G.), toujours élégant et harmonieux, donna un grand charme aux vieilles légendes qu'il recueillit dans ses Fastes; les Métamorphoses, les Tristes, etc., montrent sa fécondité souvent stérile.

7. Décadence de la poésie dramatique et de Téloqnence. —"Un genre resta cependant, dans cette période, en arrière des progrès que firent tous les autres, celui qui était arrivé à sa perfection relative 'dans la

Sériode précédente, Vart dramatique. Plante et Térence emeurèrent sans rivaux. La comédie tomba, même jusqu'à la pantomime, et cet art dégradé où l'acteur finit par remplacer le poëte, et les gestes la parole, obtint une telle vogué, grâce aux Pylades et aux Bathylles, qu'il n'y eut plus place au théâtre pour les pièces sérieuses. Les grands acteurs Roscius et Ésope seront remplacés par des bouffons qui quelquefois seront des meilleures maisons, comme ce joueur de lyre et ce chanteur qui s'appelle Néron. Sénèque tentera vainement, avec ses pièces déclamatoires et froides, de relever l'art dramatique.

Quant à l'éloquence, elle est pacifiée : l'empire a fermé la tribune aux harangues ; l'éloquence est tombée du

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même coup qui a frappé la liberté; les orateurs ont fait place aux arrangeurs de mots * .

8. Érnditionetmédeeliie. — L'érudition profonde et variée a trois représentants dans Varron, Hygin et Flaccus ; la médecine est en grand honneur à Rome depuis que l'affranchi Musa a sauvé Auguste d'une maladie grave : les médecins ont obtenu franchise d'impôts avec le droit de porter l'anneau d'or des chevaliers, et

L'Achillfi Borghèse '. Minerve *.

Gelse écrit l'ouvrage qui l'a fait surnommer THippocrate romain.

9. Jarispradence. — Jusqu'à Auguste, la jurisprudence fut moins une science qu'un ensemble de coutumes. Labéon, le grave et libre i'épublicain, et son

1. Voyez V Histoire de la liUérature romaine de M. Pierron. " 2. C'est par conjecture qu'on a donné à cette belle statue le nom d'Achille. L'anneau qu'elle a au pied droit indique un Mars, le dieu des combats et de la victoire, que certaines villes, comme Sparte, eucb^inaieat dans son temple, afin d'être toujours sures de vaincre.

3, Statue célèbre trouvée à Herculanum.

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