LES EMPEREURS DE LA FAMILLE D'AUGUSTE
lemples qu'on lui offrait, et repoussant les basses flat- 1 eries du sénat en homme qui en savait le prix. Quant aux provinces, s'il n'osait, comme Auguste, pour les visiter, s'éloigner de Rome, où il n'avait ni un Mécène ni un Agrippa sur qui compter en son absence, il leur envoyait du moins les gouverneurs les plus habiles, évitait d'augmenter les tributs et y soulageait les trop grandes misères. Douze villes de l'Asie, ruinées par un tremblement de terre, furent exemptées pour cinq ans de tout impôt; Sardes, plus maltraitée, reçut de lui 10 millions de sesterces. Tibère pratiquait ce qu'il ret cmmandait à ses gouverneurs de province : « Un b^ pasteur tond ses brebis et ne les écorche pas. »
5. Hort de Crermanicns en Orient (i9). — ^^11 avait rappelé GermanicUs des bords du Rhin, autant pour l'enlever à ses légions que pour rester libre de suivre sur cette frontière la prudente politique d'Auguste, celle qu'il y avait pratiquée lui-même. Il lui permit d'entrer à Rome en triomphe, et, les Parthes redevenant hostiles, il lui donna le gouvernement des provinces asiatiques, avec une autorité supérieure à celle des gouverneurs particuliers.
drermanicus porta en Orient le mot d'ordre du nouveau gouvernement : la justice et la paix. En Arménie, il donna la couronne à un fidèle vassal de l'empire, réduisant en provinces la Gappadoce et la Gomagène, et conclut une alliance avec Artaban, le roi des Parthes. Après avoir prié ces sages mesures, il entreprit un voyage en Egypte, sans l'aveu de Tibère et malgré la défense formelle faite par Auguste à tout sénateur de pénétrer dans cette région. A son retour en Syrie, il 'trouva les dispositions qu'il avait prises pour cette province changées par Pison, qui venait d'y arriver comme gouverneur. De vives altercations éclatèrent entre eux, et l'intraitable Pison, plutôt que de céder à l'autorité supérieure de Germanicus, préféra quitter son commandement. La nouvelle d'une grave indisposition du neveu de l'empereur l'arrêta à Antioche ; le prince s'étant ré-
tabli, il s'opposa aux fêtes célébrées pour sa convaleBcence, et gagna Séleucie, où le bruit d'une rechute plus alarmante le retint encore. Autour d'Agrippine, la vertueuse épouse de Germanicus, on parlait d'empoisonnement, et les émissaires de Pison, qui venaient épier les progrès du mal, montraient, disait-on, de quelle main le coup était parti. Germanicus succomba; Agrippine recueillit pieusement ses cendres et débarqua à Brindes, portant elle-même l'urne sépulcrale, au milieu d'un immense concours de peuple.
^ Pison avait reçu avec une joie inconvenante la nouvelle de la mort de Germanicus, et reprit aussitôt la route de son gouvernement. Les légats répandus en Syrie déférèrent à l'un d'eux le commandement; Pison ne recula pas devant une guerre civile. Embarqué de force, il revint en Italie : des accusateurs l'y attendaient. Il se tua avant le jugement (20 de J. C). Tacite donne à entendre, mais n'ose affirmer, que Tibère avait empoisonné Germanicus, puis fait disparaître Pison.
6. Séjan («8-3i). — Cependant l'administration de Tibère était encore habile et heureuse. Tacite même en trace un tableau brillant. Mais de la mort de son fils Drusus date comme un règne nouveau. L'empereur s'était donné un favori, Séjan, qui lui avait sauvé la vie un jour qu'une voûte s'écroulait sur lui, et il en faisait le dépositaire de son pouvoir. Séjan, ébloui par cette grandeur, crut qu'il lui serait possible de franchir le dernier degré en renversant ce vieillard et ses enfants. Sa première victime fut le fils même de l'empereur, qu'il empoisonna. Cette mort frappa douloureusement Tibère. ^ Privé déjà de son fils d'adoption, il allait se trouver' seul exposé aux coups. En même temps que cette double mort augmenta les espérances des partis, elle accrut ses soupçons. De ce jour, il se crut menacé, » et, comme il avait dans les mains une arme terrible, l'ancienne loi de majesté, faite pour le peuple et maintenant au service de celui à qui le peuple s'était donné, la faci-
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lité de se débarrasser de ceux qu'il craignait Thabitua à ne connaître bientôt d'autre justice que celle du bourreau. Un ami deÇ Germanicus, Siiius, le vain-
Dame romaine longtemps prise pour Agrip'pine.
queur du rebelle gaulois Sacrovir, et, après lui, le républicain Gremutius Gordus, accusé pour son histoire des guerres civiles, furent les premières victimes.
9. Destraettom de la famille de Germanicus. "^^ Vers ce temps Tibère quitta Rome pour n'y plus ren-
trer (26 de J. C), et se retira dans la délicieuse île de G^prée, àFentrée du golfedeNaples.il avait alors soixanteneuf ans. Son' petit-fils Gemellus n'en avait encore que huit, tandis que deux des fils de Germanicus étaient arrivés déjà à l'âge d'homme. Autour de ceux-ci les espérances grandissaient; Séjan parlait encore de complot, que semblaient déceler quelques paroles imprudentes, et Tibère frappa un second coup^ sur ce parti qui lui paraissait convoiter trop vivement son héritage. Il immola Sabinus, le partisan le plus zélé d'Âgrippine. Dans cette voie de sang on ne s'arrête guère : il s'en prit à Agrippine même, dont les malheurs et les vertus excusent le caractère ; elle fut enfermée, avec d'indignes violences, dans l'île de Pandataria, où quatre ans plus tard elle se laissa mourir de faim. De ses trois fils, Néron fut mis à mort ou s'ôta la vie; Drusus fut emprisonné, et plus tard se tua ; la jeunesse de Gaîui? le protégea contre les soupçons et les craintes du bourreau de tous les siens. La famille de Germanicu£[ était comme détruite.
Séjan osa alors demander la main de la veuve de Drusus ; c'était presque demander à être l'héritier de l'empereur : elle lui fut refusée. Dès lors il conspira et eut des complices* jusque dans le palais. Par une conduite pleine d'artifices, Tibère isola son préfet du prétoire, puis le frappa brusquement et le fit arrêter en plein sénat : le peuple mit en pièces son cadavre. De nombreuses exécutions suivirent sa mort.
S* Croaatés de Tibère i sa mort (89). ^i— « La cruauté de Tibère, dit Suétone, ne connut plus de frein quand il apprit que son fils Drusus était mort par le poison. On montre encore à Gaprée le lieu des exécutions : c'est un rocher d'où les condamnés, sur un signe de lui, étaient précipités dans la mer. » A côté s'élevaient ces palais, théâtre, assure Tacite, d'infâmes débauches.
Tibère maintenait sévèrement la paix. Elle fut pourtant troublée en Graule par Florus et Sacrovir, en Afrique par Tacfarinas : ils furent accablés. Aux frontières il y
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eu-t en Tan 28 une révolte chez les Frisons, le tribut en était la cause : Tibère les en laissa libres. Sur TEuphrate on eut à combattre Artaban, roi des Parthes, qui, à la mort du roi d'Arménie, avait fait reconnaître dans ce pays son fils Arsace. Un prince d'Ibérie fut aidé à faire la conquête de TArménie , et un Tiridate, élevé à Rome, renversa Artaban, qui s'enfuit chez les Scythes. D est vrai que, peu de temps après, l'incapable Tiridate fut réduit à se réfugier sur les terres de Tempire. Mais Tibère eut à peine le temps d'apprendre ces nouvelles. Il mourut le 16 mars 37 de J. G., à l'âge de soixante-dix-huit ans.
0. Callf^ula (39-4i). — Rome salua de ses acclamations l'avènement du fils de Grermanicus. Le nouvel empereur justifia d'abord toutes les espérances, mais une maladie qu'il fit le huitième mois de son principat semble avoir altéré sa raison. Dès lors, au lieu d'un empereur, on eut un fou furieux en guerre avec les dieux, qu'il insultait; avec la nature, dont il voulait violer les lois, comme ce jour où il jeta un pont sur la mer entre Baïes et Pouzzoles; avec la noblesse de Rome, qu'il décima; avec les provinces, qu'il épuisa par ses exactions. En moins de deux ans il dépensa l'épargne de Tibère, 300 millions, en profusions insensées. Pour remplir son trésor, ou, comme il disait, pour apurer ses comptes, il prit la fortune des riches, le plus souvent avec leur vie. Un jour, en Gaule, il jouait aux dés et perdait : il se fait apporter les registres de la province et marque pour la mort les citoyens les plus imposés. « Vous jouez pour quelques misérables drachmes, dit-il ensuite à ses courtisans, moi, je viens, d'un coup, de gagner 150 millions. » Le monde supporta quatre années cette folie furieuse. « Combien je souhaiterais, disait ce monstre, que le peuple romain n'eût qu'une tête pour Tabattre d'un seul coup! » Le sénat cependant se lassa de lui fournir des victimes, et, le 24 janvier 41, un tribun des prétoriens, Chéréas, l'égorgea.
tO. Claude (4t-S4). — Ghéréas était républicain;
Toccasion semblait favorable pour le sénat de ressaisir son pouvoir : il l'essaya, et pendant trois jours on put se croire en république. Mais ce n'était point le compte des soldats, qui emportèrent à leur camp, après l'avoir trouvé en un coin du palais, Claude, frère de &ermamcus et alors âgé de cinquante ans. Ce prince avait été presque toujours malade pendant sa jeunesse, et dans la maison impériale tout le monde avait délaissé le pauvre enfant, qu'on n'osait montrer au peuple ni aux soldats. On avait fini par l'oublier : à quarante-six ans il n'était même pas sénateur. Il s'en consola par l'étude des lettres, et écrivit l'histoire des Étrusques et des Carthaginois. Caïus, qui le nomma consul, le mit un peu plus en évidence ; le caprice des soldats fit le reste. Ils lui donnèrent l'empire, mais sans lui ôter ce qu'il garda toujours de son éducation, une timidité, une irrésolution et une habitude de se laisser conduire qui eurent les plus déplorables effets, de sorte qu'avec de bonnes intentions, il fit souvent le mal. Sous lui, les véritables maîtres de l'empire furent sa femme Messaline, dont le nom est resté celui de la débauche même, et ses affranchis Polybe, Narcisse et Pallas.
i i . Quelques bonnes mesures. — Ces anciens esclaves devenus les maîtres du monde romain prirent pourtant à l'intérieur quelques sages mesures de législation civile; ils firent d'utiles règlements contre les avocats trop exigeants et les usuriers trop avides, contre les bannis de provinces qui accouraient à Rome et les maîtres qui abandonnaient sur la voie publique leurs esclaves malades, etc. Ils accomplirent aussi ou tentèrent d'utiles travaux (un acpeduc dont les ruines produisent encore un magique effet dans la campagne romaine, un
f)ort à Ostie, le dessèchement du lacFucin, etc.). Claude ui-même prononça dans le sénat un discours pour faire donner aux nobles de la Gaule chevelue, depuis longtemps citoyens, le droit de posséder les dignités romaines et de siéger au sénat.
4». Penéentlsn des druides. ^— Une seule reli^on
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provinciale fut persécutée sous lui, celle des druides. Il s'efforça d'abolir leur culte, et les punit.de mort eux et leurs adhérents. Il tenait moins à supprimer un culte qu'à détruire une classe sacerdotale qui entretenait au sein des nations gauloises les souvenirs patriotiques et le regret de la liberté perdue.
18. Conquête de la Bretai^e. — Ce principat eut même quelque gloire militaire. La Mauritanie et la moitié de la Bretagne furent conquises, les Grermains contenus, le Bosphore retenu dans l'obéissance, la Thrace, la Lycie, la Judée, réduites en provinces, et les divisions des Parthes longtemps entretenues. (Pour la Bretagne et les Parthes, voyez page 334.)
i4« Faiblesse et eriianté de Claade. — Malheureusement la conduite du prince et de ses ministres ternissait ces succès. Pourquoi faut-il maintenant rentrer dans Rome pour y voir ces grands qui ne savent autre chose que conspirer ou flatter bassement, et dans ce palais impérial que déshonorent un prince sans caractère et une femme impudique? Neuf ou dix complots formés contre la vie de Claude amenèrent de terribles vengeances : trente-cinq sénateurs et trois cents chevaliers périrent. Beaucoup furent victimes de la haine de Messaline, dont la cruauté égalait les vices. Un fait montrera son audace à braver l'empereur, les lois et la pudeur publique. Elle voulut contracter un second hymen avant que la mort ou la loi eût brisé le premier, et elle épousa suivant la forme ordinaire le sénateur Silius. Les affranchis, alarmés pour eux-mêmes, arrachèrent à Claude un ordre de mort (48).
15. Ag^rlpplne. — Mais à Messaline ils substituèrent, comme impératrice, la propre nièce de l'empereur, Agrippine. Cette princesse avait un fils âgé de onze ans, Néron, à qui elle voulut assurer l'héritage de Claude, bien que ce prince eût lui-même un fils, Britannicus. Elle accumula sur la tête de Néron tous les titres, toutes les distinctions, en même temps qu'elle entourait Claude d'hommes à elle : Burrus, qui eut la
préfecture du prétoire; Sénèque, fort célèbre déjà par ses écrits, qui fut précepteur de Néron. Pour en finir, elle empoisonna son époux.