‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 51 sur 64 · LES FLAVIENS; CONQUÊTE DE LA BRETAGNE · texte numérisé non relu

LES FLAVIENS; CONQUÊTE DE LA BRETAGNE

1. Vespasien (69-79); son obscure origine. — 2. Civilis; révolte des Bataves et de plusieurs nations gauloises (69). — 3. Succès de Civilis. — 4. Apaisement du soulèvement des Gaules; Sabinus et Éponine. — 5. Défaite des Bataves. — 6. Destruction de Jérusalem (70). —7. Habite administration de Vespasien. — 8. Titus (79-81).

— 9. Domitien (81-96). — 10. Guerre infructueuse contre les Daces. — 11. Campagne d'Agricola dans la Bretagne (78-85). — 12. Domitien assassiné (96). — 13. État des lettres. — 14. Lucain, . Stace, Perse, Juvénal. — - 15. Velleius Palerculus, Valère Maxime^ Sénèque, Quintilien. — 16. Pline l'Ancien, Pline le Jeune, Tacite.

— 17, Les arts.

f . Tespasien (69-*y9)i son obseare origine. — Avec Vespasien, la famille flavienne monta sur le trône. Après les ébranlements qui avaient suivi la mort de Néron, l'empire avait besoin d'un homme actif, habile et de mœurs simples, comme Tétait le nouvel Auguste. L'aristocratie avait été si bien décimée qu'un des premiers personnages du monde romain se trouvait être maintenant un bourgeois de Réate, le petit-fils d'un centurion de Pompée, le fils d'un percepteur de l'impôt du quarantième. Au reste, Vespasien pouvait avouer son père avec orgueil, car les villes d'Asie lui avaient élevé des statues avec cette inscription : « Au publicain honnête homme. » Lui-même commença comme les républicains d'autrefois, par la guerre. Il fit ses premières armes en Bretagne, où il servit longtemps et avec distinction. Son administration de l'Afrique fut intègre, car il revint pauvre de cette province et fut obligé, pour soutenir son rang, d'engager tous ses biens à son frère et de faire un commerce qui lui valut le surnom de Muletier, Ces

difficultés de la vie privée étaient une excellente école pour un futur empereur. Elles le préparaient à une économie sévère et à une bonne gestion des affaires publiques. Envoyé en Syrie, où le voisinage des Parthes et les mouvements désordonnés des Juifs avaient fait concentrer des forces considérables, il sut, tout en maintenant la discipline, gagner Taffection des troupes. C'est par elles qu'il avait été proclamé.

11 avait voulu s'assurer avant tout de la province qu'on appelait le grenier de Rome,. et ce fut aux bords du Nil qu'il apprit successivement la victoire de Crémone la défection des troupes vitelliennes, la mort de son rival et les décrets du sénat, qui s'empressait de décerner tous les pouvoirs impériaux (lex regia) à celui que la victoire venait de couronner. Cependant Vespasien ne se hâta pas de quitter TÉgyptë. Soit crédulité, si facile à prendre en Orient, soit plutôt politique d'un vieux soldat qui trouvait son compte àlaisser croire qu'il faisait des miracles, il guérit un aveugle et un paralytique : du moins Tacite et Suétone n'en .doutent pas. Sérapis, le grand dieu des Alexandrins, consacra par des présages la fortune de ce parvenu , et l'empereur plébéien retourna à Rome, rapportant avec lui des oracles, l'assentiment des dieux et, ce qui était plus sûr, celui des peuples, qui regardaient son avènement comme la réalisation de l'antique prophétie annonçant que vers ce temps-là un roi sortirait de l'Orient pour régner sur le monde,

S. CiTllisi réTolte desBataves et de plasienrs Bâtions sAnlols^s (ttO)« — Cependant, si les vitelliens étaient vaincus, deux guerres duraient encore : l'une acharnée, mais sans danger pour l'empire : Titus s'en était chargé ; l'autre, qui eût pu l'ébranler jusque dans ses fondements , la révolte du Batave Civilis. Ce personnage, de race royale chez les siens, avait résolu d'affranchir son peuple et de s'aider pour cela des Germains et des Gaulois. Comme la querelle entre Vespasien et Vitellius n'était pas encore terminée, il prit na-

turellement parti pour celui des deux rivaux qui se trouvait le plus loin. Après la bataille de Crémone, surtout après la mort de Vitellius, il jeta le masque, encouragé par les dispositions des légions du Rhin, qui refusaient d'obéir à l'empereur des légions syriennes, et par les espérances que l'incendie du Gapitole, le spectacle de tous les troubles de l'empire, avaient fait concevoir aux nations transalpines. Le Gapitole tombé, il semblait que la nation romaine ne dût pas lui survivre : les druides le disaient partout. Deux Trévires, Classieus et Tutor, un Lingon, Sabinus, qui prétendait descendre du premier César, proclamèrent l'indépendance de la Gaule.

3. Snecés de CIvilis. — Les légions, qui auraient dû comprimer le mouvement, au contraire, se mutinèrent, en massacrant leurs chefs, et laissèrent leurs auxiliaires germains passer du côté de Givilis. Les cohortes bataves avaient conquis, dans la guerre de Bretagne et à Crémone, une réputation méritée; Givilis provoqua leur défection et entraîna encore les Ganninéfates et les Frisons.

Il vainquit d'abord les Romains qui tenaient garnison sur la frontière de l'île des Bataves. Deux légions envoyées contre lui furent réduites à fuir dans un fort appelé le Yieux-Camp, où il vint aussitôt les assiéger. À ces nouvelles, les Bructères, les Tenctères, accoururent de la Germanie ; d'autres peuples se préparaient à les suivre, car .une de leurs prophétesses, Yelléda, avait promis aux Bataves la défaite des Romains. L'armée du haut Rhin eût pu dégager les légions de Vetera Cor stra; mais, en proie à la discorde, elle fut forcée de traiter avec Givilis, vainqueur des troupes qu'il avait assiégées dans Vetera. Alors, pour la première fois, on vit des soldats romains prêter serment à une puissance ennemie : ils jurèrent sur les drapeaux du chef batave fidélité à l'empire gaulois.

4. Apaisement da sonlèvemeiiC des Gaules i Sahluns et Éponine* — Cependant, dans l'intérieur de la

Gaule, la révolte ne parvenait pas à s'organiser et à s'étendre. Les peuples de ce pays se trouvèrent plus ennemis les uns des autres qu'ils ne Tétaient de l'empire. Les Lingons, soulevés par Sabinus, furent battus par les Séquanes, et leur chef, qui s'était fait proclaiper César, tant les vieux souvenirs gaulois étaient effacés, fut contraint de fuir. Il se réfugia dans une de ses maisons, y mit le feu, et on le crut mort. Il s'était caché dans des souterrains, où il vécut neuf ans avec sa femme et ses enfants ; découvert en 78, il ne put obtenir de la politique de Vespasien l'oubli que le temps avait déjà répandu sur lui. Éponine voulut encore partager son sort.

L'assemblée des peuples belges tenue à Reims montra des intentions pacifiques. Langres et Trêves persévérèrent seules dans leur révolte, que des forces considérables envoyées par Mucien, sous la conduite de Cerealis, se préparaient à étouffer. Dès que ces troupes parurent, les légions engagées dans le mouvement gaulois s'en retirèrent et vinrent, mornes et tristes, audevant du général, qui leur pardonna. Une défaite des Trévires, forcés dans une position formidable, et l'indulgence du légat ramenèrent aussi les deux cités rebelles.

S. Défaite des Bataves. — Civilis crut conjurer le

Î)éril qui s'amassait sur sa tète en offrant à Cerealis 'empire de la Gaule, pourvu qu'il laissât les Bataves libres : le général renvoya sa lettre à Vespasien. Le Batave osa l'assiéger dans son propre camp , mais Cerealis, vieux soldat, fit triompher la discipline romaine et poussa à son tour les Barbares jusqu'à Castra Vetera, où se livra une bataille de deux jours. Civilis, vaincu, se retira dans son île et y organisa une résistance si vive, qu'après de longs efforts, Cerealis consentit à traiter. La paix fut hpnorablepour les Bataves. Ils restaient alliés, mais non tributaires, à la condition de fournir des soldats. C'était ne leur demander que l'impôt du sang, celui de tous que payent le plus volontiers des peuples belliqueux.

6. Destruction de Jérasalem (*90) . — Une autre guerre s'achevait en même temps à Textrémité opposée du monde romain : Titus avait mis fin à la révolte des Juifs (65-70). Ce peuple, irrité par les exactions de ses derniers gouverneurs et comme saisi d'un inexplicable esprit de vertige, avait recommencé héroïqpement la lutte des Maccabées contre la domination étrangère. B croyait les temps venus pour le Messie que les livres saints lui promettaient, et, refusant de le reconnaître dans la sainte victime attachée à la croix du Grolgotha, il pensait que le Sauveur allait se manifestef , glorieux cl puissant, au milieu^du bruit des armes. Mais l'empire romain était plus fort que la monarchie débile d'Antiochus, et rinsurrection, qui s'était répandue jusque dans la Galilée, où l'historien Josèphe organisa la résistance, avait été peu à peu renfermée par Vespasien et Titus dans la capitale de la Judée. Après un siège mémorable^ Jérusalem tomba; le temple fut incendié, et la dispersion du peuple hébreu commença (70) : elle dure encore.

Onze cent mille Juifs, peut-être même davantage, avaient succombé dans cette guerre. Les chrétiens avaient séparé leur cause de ce patriotisme héroïque, mais aveugle, suivant la parole de Jésus-Christ, c[ue son royaume n'était pas de ce monde, et qu'il fallait rendre à César ce qui appartient à César. Un des principaux chefs, Simon de Goria, conduit à Rome pour le triomphe de Vespasien et de Titus, y fut longtemps battu de verges, puis étranglé ; l'on voit encore sur les bas-reliefs de l'arc de Titus les dépouilles du temple, surtout le fameux chandelier à sept branches.

9. Habile administration de Vespasien. — Tandis que les généraux de Vespasien faisaient triompher ses armes, lui-même, à Rome, légitimait, par la sagesse de ses mesures, le- pouvoir que ses légions lui avaient donné. Il mettait l'ordre en tout, la discipline à l'armée, la dignité au sénat, l'économie dans le gouvernement. U dégradait les sénateurs et les chevaUers indignes,

pour les remplacer par les hommes les plus honnêtes de l'Italie et des provinces.

Les finances, que^Néron avait mises dans un état déplorable, furent améliorées par le rétablissement en pro-

▼inces des pays qui avaient obtenu de cet empereur leur liberté, et par Taugmentation de qpelques impôts.

Dans sa vie privée, Yespasien donna l'exemple d'une simplicité antique. Quelqu'un voulant lui rendre suspect un personnage à qui les astres promettaient l'empire, il le fit consul. « Il s'en souviendra, dit-il, et m'en tiendra compte quand il sera empereur. »

On lui a reproché une parcimonie qui, parfois, dégénérait en avarice. Pourtant il fit d'énormes dépenses pour réédifier le Capitole, sanctuaire de l'empire, pour construire le temple de la Paix et l'immense Cotisée (voy. le Frontispice) dont nous admirons encore les ruines, pour l'établissement d'une bibliothèque et l'enseignement des lettres par des professeurs que l'État payait. Aussi cette accusation d'avarice n'est peut-être pas mieux fondée que celle de cruauté qui fut dirigée contre lui, quand il chassa de Rome les philosophes. C'étaient surtout des stoïciens qui, sous prétexte de philosopher, organisaient contre l'empereur une opposition républicaine fort peu dangereuse, mais capable de pousser quelques imprudents à des complots et au supplice.

Ce fut aussi à cause de sa trop grande liberté de langage que le plus respecté des sénateurs, Helvidius Priscus, fut exilé et ensuite mis à mort : exécution malheureuse que l'empereur regretta et qxi'on croit avoir eu lieu contre ses intentions.

Esprit sérieux, positif, homme d'affaires et d'ordre, Vespasien se riait des flatteries comme de l'apothéose : « Je sens que je deviens dieu, » dit-il quand il vit approcher sa dernière heure. Mais il voulut se lever, en ajoutant : « Un empereur doit mourir debout. » Ces paroles le peignent tout entier (28 juin 79) .

8. Titus (79-8 1). — Titus s'était distingué dans les guerres de Germanie et de Bretagne, surtout dans l'expédition de Judée, qu'il avait achevée. Mais on parlait aussi de ses débauches et de ses violences ; il démentit ces craintes. Sa douceur, ses manières affables, lui valurent le surnom de « délices du genre humain ». H disait

le soir qu'il avait perdu sa journée, quand par hasard il n'avait pas fait quelque bien; il aimait la reine Béré-

nice, sœur du roi juif Agrippa; il eût voulu Tépoùser :il fit à TÊtat le sacrifice de sa passion.

D'affreuses calamités désolèrent ce règne trop court : un incendie qui dura trois jours dévasta une partie de Rome, consuma le Gapitole, le Panthéon, le théâtre de Pompée et la bibliothèque Palatine ; puis survint une peste qui décima cruellement Fltalie. Un fléau plus terrible épouvanta la Gampanie : le 1" novembre 79, le Vésuve s'ouvrit tout à coup au milieu d'horribles tremblements de terre, et de la bouche du nouveau volcan sortirent des masses de cendres et de laves qui ensevelirent Herculanum, Pompéi , d'où nous tirons aujourd'hui tant de choses précieuses. Pline le naturaliste, alors commandant de la flotte de. Misène, voulut voir de près le terrible phénomène, et fut étouffé par les cendres ou écrasé par les pierres que le volcan lançait. Titus soulage^, autant qu'il était en lui, toutes les misères, sans oublier cependant les plaisirs du peuple. Il consacra de grandes sommes à l'achèvement du Colisée, commencé par son père, aux fêtes qui en célébrèrent pendant cent jours l'inauguration , enfin à la construction de thermes où se montrèrent toutes les ressources de l'art et du luxe romains. Pris d'une fièvre pendant une course dans la Sabine, il mourut dans la villa où son père était né (13 septembre 81). Il avait régné vingt-sept mois, espace trop court pour que sa récente conversion eût été mise à une difficile épreuve. On a dit, mais sans preuve, qu'il avait péri de la main de son frère, dont le règne odieux fit ranger le sien parmi les souvenirs de l'âge d'or.

0. Domitien (81-06). — Domitien fut aussitôt proclamé. Dans ses premiers actes, il montra une rigidité sévère, rendit et fit rendre une justice rigoureuse, et réprima tous les abus qu'il put connaître. Les provinces durent à son active vigilance un gouvernement presque paternel ; à Rome, ses craintes, sa tyrannie, purent s'accroître; hors d'Italie, le même esprit de justice anima son administration. C'est qu'à Rome il était menacé, ou croyait l'être, par des conjurations sans cesse renaissantes. Après la révolte d'Antonius, gouverneur de la Ger-

manie supérieure, la crainte ne le quitta plus ; il vit des assassins dans tous ceux qui rapprochaient, et sur la fin de son règne les mauvais jourstj^de Caligula et de Néron

Une rue de Pompéi longeant le Forum.

reparurent. « BeaUcôUp de séfiatéUts, dit Suétone, dont quelques-uns avaient été consuls, furent mis à mort, comme instigateurs de complots. » Son cousin Sabinus

Googk

périt, parce que le crieur qui devait le nommer consul l'avait par mégarde appelé empereur ; un autre consulaire, parce que les astrologues lui avaient prédit une autre fortune.

Afin de s'attacher les soldats, il leur prodigua les faveurs et augmenta d'un tiers leur solde, qui n'avait pas changé depuis César, malgré le renchérissement de toutes choses. Quant au peuple, il le rassasia de jeux et de congiaires. Ces dépenses, qu'il croyait nécessaires à sa sûreté, l'obligèrent à créer des ressources que les impôts ne lui donnaient pas. De là des accusations de lèsemajesté, qui trouvaient plus aisément créance, quand les délateurs montraient dans les riches des coupables; la confiscation des biens suivait toujours la condamnation, hes judaïsants furent aussi poursuivis comme coupables d'abandonner la religion nationale. Un neveu de Vespasien, le consul Clemens, et plusieurs autres personnages, furent, sous ce prétexte, condamnés à mort ou dépouillés de leur fortune. Les philosophes furent aussi chassés de Rome, comme chefs de .l'opposition : Épictète s'enfuit en Épire, Dion Ghrysostome jusque chez les Barbares.

A ce penchant vers la cruauté se joignaient une vanité et un orgueil sans bornes. Après une révolte des Nasamons, peuple d'Afrique qu'il se vanta d'avoir exterminé (85), il voulut qu'on l'appelât dieu et seigneur.

f O. Gnerre Infructueuse eontreies Daees. — Domitien ambitionna pour lui-même la réputation miUtaire, et il força les Germains, les Marcomans et les Quades, à respecter les frontières de l'empire. Ce furent de laborieuses expéditions qu'il ne poussa pas à fond et où les Romains ne furent pas toujours victorieux, mais qui continrent les Barbares. Les Daces mêmes, qui habitaient au-delà du Danube le pays appelé aujourd'hui Transylvanie, éprouvèrent une défaite dont Domitien se hâta de profiter pour conclure la paix avec ce peuple belliqueux. Suivant une vieille politique du gouvernement impérial, il assura cette paix en pensionnant les chefs ennemi s,

comme ont fait tant de fois les Russes et les Anglais. Cette convention habile a été transform^ée en un traité honteux, et Domitien est encore appelé le tributaire dès Daces.

f f • Campagnes d'A^^rleola dans la Bretagne (*98« 85). — Sous ce règne fut achevée la conquête de la plus grande partie de la Bretagne. Vespasien y avait envoyé Gerealis, puis Agricdla^. Ce général, beau-père de Tacite, eut la gloire de pacifier Tîle ; il en fit le tour avec une flotte, mais sans parvenir à dompter les montagnards de ' la Galédonie. Le sud de TÉcosse seulement fut réuni à la province; pour la couvrir contre leurs incursions, il éleva une ligne de postes fortifiés entre les deux golfes de la Glyde et du Forth. La civilisation romaine, favorisée par les nombreux colons qu'il appela, prit vite possession de la Bretagne. Domitien maintint dans son commandement, jusqu'en 85, c'est-à-dire plus longtemps qu'on n'en avait l'habitude, l'habile lieutenant de son père. Quand il le rappela, il lui donna les ornements du triomphe et lui offrit la province de Syrie, qu'Agricola eut la sagesse de refuser. Pour se faire oublier, il vécut dans la retraite jusqu'en 93.. Tacite voudrait bien donner à croire que son beau-père mourut alors empoisonné par Domitien.

f!2. Domitien est assassiné (96). — La cruauté de Domitien croissant à mesuré qu'il ordonnait de nouveaux supplices, son entourage se sentit menacé, et un complot se forma dans le palais même. Plusieurs personnes qu'il destinait à la mort le prévinrent; il fut tué le 18 septembre 96. Le sénat condamna sa mémoire, renversa ses statues et fit effacer son nom sur les monuments publics. Les soldats, au contraire, voulaient qu'on le proclamât dieu et l'auraient vengé, s'ils avaient trouvé un chef. Heureusement, dans cet attentat, tout le monde était complice, même les deux préfets du prétoire.

43. État des lettres. — Le siècle qui suivit la mort d'Auguste vit les derniers grands écrivains de Rome. Le mouvement littéraire, si considérable sous le pre-

mier empereur, s'était arrêté après lui, quoique le goût des lettres fût toujours resté dans la maison des Césars. Auguste lui-même, Germanicus, Tibère, Caligula, Claude, Néron, écrivirent en vers ou en prose ; mais la tyrannie dégradait les muses en voulant leur arracher des flatteries vénales, ou les effrayait, lorsque, pour leurs écrits, elle précipitait de la roche Tarpéienne Satuminus, étranglait en prison Paconianus, tuait ScauruSjCremutius Cordus et une multitude d'autres. Cependant on aimait, on recherchait les livres: on formait des bibliothèques |qui sauvaient au moins les anciens trésors des littératures grecque et romaine, et, comme ce goût gagnait la province, il fut utile à la propagation des livres dans tout l'empire. Il y avait des libraires à Lyon, à Autun, et nous savons que les Épigrammes de Martial couraient la Gaule et la Bretagne. Il se forma même des sociétés littéraires. Auguste avait fondé une académie dans le palais impérial ; Caligula créa celle de Lyon. A l'exemple de Vespasien, qui assigna à certains professeurs un traitement de 100 000 sesterces, avec exemption de quelques-unes des charges publiques, Trajan, Hadrien, les Antonins, établiront des cours publics dans plusieurs villes, en accordant un traitement de 9000 drachmes à ceux qui les feront. Toutes les grandes cités avaient de plus des écoles qui devenaient autant de foyers d'où la lumière se répandait de proche en proche sur les provinces les plus éloignées.

f 4j» Laeain, Stace, Perse, JuTéual. — Et cependant la décadence se montre partout. L'Espagnol Lucain, neveu de Sénèque, et condamné à mort par Néron en 65, à l'âge de vingt-six ans, se plaça encore à quelque distance de Virgile, dans sa Pharsale, sinon par l'élégance de la versification et le charme des épisodes, du moins par l'intérêt du poëme, bien autrement national que VÉnéide^ et par l'énergie de son style, malheureusement quelquefois affecté et rude. Mais les Argonautiques de Valerius Flaccus (mort en 88) sont bien pâles à côté de la Pha/rsale. Le poëme de Silius ItaUcus sur la seconde

guerre punique n'est que de l'histoire versifiée ; ce poète fut consul sous Néron en 67. La Théhaïde de Stace, bien postérieure, car Stace était né en 61, est ampoulée et obscure. Le temps était favorable à la satire. Perse (mort en 62) s'en tint à la satire générale. Juvénal (mort sous Hadrien) flagella sans pitié les mœurs dépravées de son temps. Pétrone (mort en 66) peignit dans son Satyricon des débauches sans nom. Le genre satirique déclina lui-même. Martial n'écrivit que des épigrammes, mais il en composa 1500. La fable ne compte qu'un nom, Phèdre, contemporain de Tibère, et la tragédie un nom aussi, Sénèque le Tragique.

4 S. Velleius Patereulos, Valëre Maxime, Sénèque, Qatutlilen. — Dans la littérature en prose la chute est moins rapide. Velleius Paterculus, sous Tibère, écrivit encore l'histoire (Histoire romaine) avec une grande élégance. Valère Maxime, son contemporain, est déjà plus déclamatoire (des Faitsmémorables) . Sénèque, le précepteur de Néron, l'oncle de Lucain, ajoute un grand nom à la littérature romaine. Il rappelle, dans ses traités philosophiques, la facilité de Gicéron, mais non la pureté de son style ; des subtilités et des déclamations refroidissent à chaque instant le lecteur, qui s'abandonne cependant en quelques endroits au charme d'une morale presque chrétienne. Les dix tragédies qu'on lui attribue ne sont certainement pas toutes de lui. Leur défaut de plan, le manque d'action, des déclamations pompeuses et vides, montrent la faiblesse de la muse tragique chez les Romains. Quintilien, Espagnol comme Sénèque, tâcha d'arrêter, dans son Institution oratoire^ la décadence du goût, par de sages préceptes, et en donnant lui-même le modèle d'un style excellent.

16. Pline rAoelen, Pline le Jeune, Tacite. — Pline l'Ancien (Histoire naturelle) est célèbre plutôt par son savoir universel que par les grâces de son style, et meurt en 79 par dévouement pour la science, en approchant trop près du Vésuve au moment de l'éruption qui engloutit Herculanum et Pompéi.

JLES FLAVIENS. * 353

Son neveu, Pline le Jeune, compose dans un style de décadence, bien que fort élégant encore, le Panégyrique de Trajan et une multitude de lettres qu'on reconnaît avoir été écrites pour la postérité bien plus que pour ses correspondants, ce qui les rend froides et peu intéressantes. Il eut pour ami un des plus grands écrivains de la langue latine, G. Cornélius Tàcitus, le gendre d'Agricola, le peintre passionné des Césars dans ses Annales et ses Histoires, le peintre véridique des Barbares dans sa Germanie. Tous deux florissaient sous Trajan.

Cette liste peut encore s'augmenter de quelques noms moins célèbres : Tagronome Golumelle et le géographe Mêla, sous Claude; Quinte Curce, historien d'Alexandre, qui mêle trop de fables à ses récits : on le croit contemporain de Vespasien; Suétone, qui, sous Hadrien, écrivit une biographie des douze Césars ; Florus, contemporain de Tacite et de Pline, qui laissa un abrégé emphatique de l'histoire romaine; Frontin, qui, sous Domitien, fit un traité des aqueducs et quatre livres sur la tactique militaire.

Quant à la philosophie, on sait qu'à Rome il n'y en eut pas de nationale. Chacun se rangea, suivant son caractère et ses mœurs, sous la bannière d'Épicure ou sous celle de Zenon. Les doctrines relâchées du premier convenaient fort aux contemporains d'Auguste ; celles de Zenon, incompatibles avec le despotisme, nourrirent la fierté républicaine et 1* amour de la liberté dans le cœur de quelques vieux Romains. Les stoïciens formèrent alors un parti d'opposition politique (Thrasea, Helvidius Priscus, etc.), qui fut souvent décimé.

17. Les arts. -^ Même décadence dans les arts. Sous la sombre domination de Tibère, ils furent peu encouragés : ce prince n'éleva aucun monument. Néron aimait l'impossible, il prenait le gigantesque pour le grandiose: de là ces efforts de mauvais goût, ssl Maison d'or et cette statue colossale qu'il fit sculpter par Zénodore, et qu'avait inspirée sans doute le colosse de Mercure, fait HisT. ROMAINE, cl. de 4*. 23

par le même artiste pour les Arvemes ^ Yespasien forma une galerie de tableaux dans le temple de la Paix, éri-

Arc de Titus'.

gea Tare de Titus et commença le Colisée, que son fils acheva. Sous Hadrien, l'art jettera un dernier éclat.

i. On yient de retronver (1874) au sommet du Puy-de-Dôme les ruines d*un temple somptueux dédié à Mercure, et près duquel était peut-être la statue de Zénodore.

2. Il est considéré par les arehiteetes comme le plus élégant des monuments if ce ^arç*

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