‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 54 sur 64 · Cette belle statue, demi-colossale, est au Louvre · texte numérisé non relu

Cette belle statue, demi-colossale, est au Louvre

msT. ROMAINE, cl. do 4*. 25

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â86 CHAt»lTRE XXXllI*

et Modestin, vôl-s le même temps. Plusieurs de ces jurisconsultes avaient obtenu d'Augugte le privilège de faire le droit, condere jura, c'est-à-dire que leurs décisions faisaient autorité. Le juge devait les suivre dans ses arrêts, lorsqn'ils étaient unanimes, et, quand ils différaient, adopter l'opinion des plus illustres. La loi

Maison carrée de Nîmes \

dès citations avait déterminé quel ordre, dans ce cas, il fallait observer.

1 6. Les arts % monuments de la grandeur romaine.

— Les arts, au deuxième siècle, jettent un dernier éclat. Sous les Flaviens et les Antonins, Rome et les grandes villes de l'empire s'étaient décorées de nombreux monuments et de ces statues, soit apportées de la Grèce, soit copiées de ses chefs-d'œuvre ou inspirées par eux, et qui, retrouvées plus tard, ont renouvelé l'art moderne.

1. Cet édifice n'a que 25 mètres de long sur pfès de 14 de large. L'église de la Madeleine, à Paris, en est à peu près la reprodjuction.

I Bijoux et objets de toilette trouvés à Pompéi on dans ses environs.

Au nombre des monuments les plus importants de cette époque sont : les colonnes de Trajan et d'Antonin, les Thermes de Titus, où Ton a découvert le Laocoon^ comme on a trouvé près du théâtre de Pompée la merveille appelée le Torse du Belvédère^ les arcs 'de Trajan à Ancône et àBénévent, les Arènes de Nîmes, et le temple, dans la même ville, qu'on appelle la Maison carrée; les ponts du Danube, d'Alcantara et de Mérida; Taqueduc dit Pont du Gard, le temple de Jupiter Olympien à Athènes, achevé par Hadrien sept siècles après que Pisistrate en eut jeté les fondements ; la grande villa du même prince à Tibur, où il > avait voulu retrouver tout ce qu'il avait admiré dans ses voyages ; le temple du Soleil, construit probablement sous Antonin, à Héliopolis (Baalbeck) , qui couvre de ses ruines imposantes une étendue de 4 à 5 kilomètres. Ajoutons de nombreuses statues, comme celles des empereurs et d'Antinous, comme l'Achille Borghèse (p. 307), laPallas de Velletri, le Tibre, le Nil, où l'art grec montrait encore une habileté de main surprenante; les bustes, les camées, les médailles; mentionnons aussi les habitations particulières, à la décoration desquelles tous les arts étaient appelés, car les grands rivalisaient surtout de luxe, et leurs richesses s'en allaient en costumes de soie et de pourpre, en meubles précieux, en curiosités coûteuses.

Le christianisme, la philosophie, et même les superstitions orientales, battaient à la fois en brèche l'ancienne religion, et celle-ci, en tombant, entraînait dans sa chute l'art qui avait grandi à son ombre. Les artistes devenaient rares et désapprenaient les secrets de leur métier. Les troubles qui vont suivre, les courses des Barbares et l'appauvrissement universel , achèveront sa ruine. L'arc de Gaîlien, au troisième siècle, composé de ^imple pierre tiburtine, sans marbre ni ornement, montre qu'on ne recherchait même plus les matériaux de prix, après les avoir trop employés, comme au temps, par exemple, où Ton préférait l'or et l'argent, dans les statues, à l'airain. La statuaire et la pieinture furent les premières à dégé-

l'empire dans les deux premiers siècles. 389

nérer; les médailles seules, les pierres gravées et les mosaïques se soutinrent. De cette décadence sortira un art nouveau, le byzantin, sorte de transition entre Tart

Atrium restauré de la maison de Pansa à Pompcî.

ancien, qui poursuivait le beau pour la forme elle-mêipe, et l'art chrétien, qui ne se servira de la forme que pour l'expression de l'idée.

390 CHAPITRE xxxnr.

LES EMPEREURS SYRIENS; l'aNARCHIE MILITAIRE.

1. Pertinax (193). — 2. Didius Julianus (193). — 3. Septime Sévère (193-211). — 4. Caracalla (211-217). — 5. M^crin (217-218).— 6. Élagabal (218-222). — 7. Alexandre Sévère (222-235). — 8. L'anarchie militaire (235-278) ; Maximin (2^5) ; six empereurs en neuf ans. — 9. Première apparition des Francs (241). — 10. Philippe (244).— 11. Decius (249). — 12. Gallus (251), /Emilianus (253), Valérien (253). — 13. Gallien (260-268) ] les trente tyrans.

1. Pertinax (iOS). — Pertinax était préfet de la ville à la mort de Commode ; les meurtriers de ce prince le proclamèrent empereur, et le sénat approuva leur choix (P' janvier 193). Plein d^expérience, d'équité et de bonnes intentions, Pertinax voulait remettre Tordre dans TÉtat et dans les finances, ébranlées par les folies du dernier prince ; il fit vendre les meubles du palais impérial, effaça quelques-unes des entraves qui gênaient le commerce, et exempta d'impôts pour dix ans ceux qui remettraient en culture les terres déjà désertes de l'Italie. Mais cet ordre et cette économie ne faisaient pas le compte des soldats : au bout de trois mois ils vinrent l'égorger dans son palais (28 mars).

2. Didius Jullanns (193). — Alors commencèrent des scènes sans nom et heureusement sans exemple. La soldatesque mit littéralement l'empire aux enchères; deux acquéreurs se présentèrent, qui luttèrent entre eux de promesses, et la monarchie d'Auguste fut adjugée au vieux consulaire Didius Julianus, au prix de 6250 drachmes pour chaque soldat. La vente terminée, les prétoriens conduisirent, en ordre de bataille, Didius au palais; le sénat accepta l'élu des soldats. Didius avait promis plus qu'il ne pouvait tenir, et les créanciers, im-

placables pour leur imprudent débiteur, Tauraient sans doute eux-mêmes renversé, s'ils n'avaient été prévenus par les légions des frontières qui voulureût, elles aussi, donner l'empire pour ne pas laisser aux seuls prétoriens les profits d'une élection. Les légions de Bretagne pro* clamèrent leur chef Albinus ; celles de Syrie, Pescennius Niger; celles d'illyrie, Septime Sévère. Celui-ci se trouvant le plus rapproché de Rome en prit la ïoute. Le sénat, encouragé par son approche, déclara Didius ennemi public, le fit tuer, punit les meurtriers de Pertinax et reconnut Sévère empereur.

3. Sepllme Sévère (l 93-81 i). — Sévère avait épousé une Syrienne, et on le considère quelquefois, cojnme le premier des princes syriens, bien quïl fût d'origine africaine. Il commença par casser les prétoriens. Malheureusement, au lieu d'abolir cette garde turbulente, il se contenta de la changer; il la rendit même plus nombreuse. Les affaires les plus pressantes achevées à Rome, il s'occupa de ses compétiteurs, et, pour ne point avoir deux ennemis à combattre à la fois, il reconnut à Albinus le titre de César, tandis qu'il marchait contre Niger. Celui-ci jouissait doucement, à Antioche, de sdn nouveau titre; ses troupes, depuis longtemps déshabi-r tuées des exercices militaires, furent battues à Cyzique, près de Nicée, en Phrygie, et une,seconde fois près d'Issus. Leur empereur fut tué à Antioche au moment où il voulait fuir vers les Parthes (195). Albinus s'aperçut trop tard qu'il avait été joué, mais, le sénat l'appelant secrètement, il voulut à son tour prévenir son rival, et passa en Gaule en prenant le titre d'Auguste. Il ayçinça jusqu'à Lyon, où, le 19 février 197, un combat sanglant s'engagea entre les légions de Bretagne et celles d'illyrie. Albinus fut vaincu et tué. Lyon, qui lui avait ouvert ses porteâ, fut pillé et livré aux flammes. Quand Sévère envoya au sénat la tête d'Albinus, il lui écrivit une lettre menaçante, et, de retour lui-même à Rome, il exerça les plus atroces cruautés : quarante et une familles sénatoriales s'éteignirent sous la hache du bourreau.

Pour jeter un peu de gloire sur ces cruautés, il attaqua les Parthes, qui avaient fait alliance avec Niger, et prit Séleucie et Gtésiphon, qu'il livra au pillage ; mais ces conquêtes ne furent pas plus durables que celles de Trajan. A son retour, Sévère ordonna la cinquième persécution contre les chrétiens, malgré les éloquentes apologies de Tertullien et de Minutius Félix. Le principal conseiller de toutes ces cruautés, était son ministre Plautien, Africain comme lui, et de basse extraction; après l'expédition contre les Parthes, le ministre obtint que sa fille fût fiancée à Bassien Garacalla, lé fils aîné de l'empereur (203). Mais le jeune prince, haïssant autant la fille que le père, accusa celui-ci de conspirer, et le fit mettre à mort sous les yeux de Tempereur. Il fut remplacé par le jurisconsulte Papinien.

Sévère entendait mettre dans l'État la même discipline que dans l'armée. Aussi son administration fut si économe, qu'à sa mort on trouva du blé pour sept ans dans les greniers de Rome. « Contentez les soldats, disait-il à ses enfants, et ne vous inquiétez pas du reste. Avec eux vous repousserez les Barbares et vous contiendrez le peuple. » Il ne voulait pas dire qu'il fallait négliger la discipline. Loin de là, elle ne fut jamais si sévèrement maintenue; mais il leur accordait en même temps des privilèges, une augmentation de solde et des distinctions pour faire d'eux l'unique appui de son gouvernement.

Après quelques années de repos, Sévère fut appelé en Bretagne par une révolte; il n'eut pas de peine à l'apaiser. Il pénétra fort avant dans les montagnes des Calédoniens ; . mais, harcelé sans relâche, fatigué par de continuelles attaques qui lui coûtèrent jusqu'à 50000 hommes, il revint à la politique d'Hadrien, et construisit un mur d'un rivage à l'autre, sûr la ligne tracée par Agricola.

Pendant cette expédition, il avait été constamment malade; son fils Bassien, appelé Garacalla, du nom d'un vêtement gaulois qu'il aimait à porter, ne put cepen-

LES EMPEREURS SYRIENlit 393

dant attendre sa fin prochaine et tenta de l'assassiner. Dès lors le mal de l'empereur augmenta. Il expira en disant : « J'ai été tout, et tout n'est rien. » Son dernier

Arc de Seplnne Sévère.

mot d'ordre avait été laboremus (travaillons) ! U laissait deux fils, Garacalla et Géta |(211).

4. CaFacaila(«ii-2l7).— Les deux frères, qui avaient déjà troublé le palais de leurs querelles, se hâ-

tèrent de revenir à Rome. Ds voulaient partager l'empire, mais leur mère s'y opposa. Ils en vinrent bientôt à menacer réciproquement leur vie; Garacalla réussit le premier : il poignarda son frère dans les bras de Julia Domna. Le célèbre jurisconsulte Papinien, qui refusa de faire une apologie publique du fratricide, fut mis à mort, et avec lui périrent vingt mille personnes amies de Géta ou ses partisans. Garacalla ne sévit pas seulement à Rome, il porta dans toutes les provinces sa cruauté. A Alexandrie, pour se venger de quelques épigrammes, il ordonna un massacre de tout le peuple désarmé. Afin de pouvoir se décorer du nom de Parthicus,

Denier d'argent de Garacalla.

il fit quelques ravages dans la Mésopotamie. Il fut tué à Gharres par un centurion qui avait une injure à venger (217).

5. M»crtii(«i7-»18). — L'armée, élut le préfet des gardes, Macrin, qui, après une sanglante bataille livrée dans la Mésopotamie, acheta la paix au prix de iSO millions de deniers. De retour à Antioche, il écrivit au sénat qu'il y aurait sous son gouvernement liberté et sécurité; mais les mesures sévères qu'il prit pour le rétablissement de la discipline lui aliénèrent les esprits. Les soldats, mutinés dans leur camp, proclamèrent le jeune et beau grand prêtre d'Êmèse, Bassianus, fils de Soémis, et le nommèrent Antonin, car la grand'mère de Bassianusy Julia Mœsa, sœur de l'impératrice Julia Domna, le faisait passer pour le fils de Garacalla. Les troupes envoyées contre les rebelles tournèrent

de Bon côté, et Macrin, vaincu, fut tué. à Ghalcédoine (juin 218).

•• Élasmbml(si8-SSS)« t- Bassianus, plus connu souB le nom du dieu syrien dont il était le prêtre, Élagahal, allait apporter à la cour impériale les passions les plus honteuses de l'Orient. Il y avait eu jusqu'alors bien des mauvais empereurs, mais leurs vices avaient au moins quelque chose de romain ; cette fois c'étaient les voluptés les plue impures, le luxe le plus insensé, que Rome eût jamais vus, et une dépravation à faire rougir Néron. Elagabal amenait avec lui les superstitions de la Syrie et de la Phénicie. Étranger aux mœurs des Romains comme à leurs lois, il imitait ces monarques de l'Orient qui vont chercher leurs ministres aux derniers rangs de la société : il donna les premières charges de TÉtat à des danseurs et à des barbiers ; il se forma un sénat de femmes, et, comme le grand roi, il voulut être adoré. Son palais était sablé d'or et d'argent ; ses vêtements, toujours chargés de pierreries, ne servaient pas deux fois, et il remplissait ses viviers d'eau de rose pour s'y baigner; il donnait des naumachies sur des lacs de vin; Les soldats eux-mêmes eurent bientôt horreur de cet empereur monstrueusement efféminé, qui s'habillait en femme, travaillait à des ou<r vrages de laine et se faisait appeler Domina ou /mperatrix, l'empereur étant alors tantôt le fils d'un cuisinier, tantôt un cocher du cirque. L'affection des prétoriens se reporta sur son cousin, le jeune Alexandre Sévère, qu'il avait adopté et nommé César. Elagabal, jaloux de son influence, essaya plusieurs fois de le faire périr. La vigilance de sa mère Mammée le sauva. Une sédition des prétoriens fît enfin justice de ce Syrien qui portait la pourpre : il fut tué le 1 1 mars 222 avec sa mère Soémis. Ils saluèrent aussitôt empereur le jeune Alexandre, alors âgé seulement de quatorze ans, et qui resta sous la direction dé son aïeule Mœsa et de sa mère Mammée. Elagabal n'était guère plus âgé quand on lui avait déclaré que le monde entier était soumis à ses volontés.

V. Alexandre SéTère {M%'9SS). — Instruites parla catastrophe qu'elles venaient de voir s'accomplir, les deux impératrices s'appliquèrent à développer dans le jeune prince les vertus que la nature y avait déposées. Mammée l'entoura des conseillers les plus habiles : les jurisconsultes Paul et Ulpien, l'historien Dion Gassius, furent ses ministres. Seize sénateurs formèrent son conseil, et l'empire, sous ce gouvernement honnête, passa plusieurs années paisibles. Malheureusement, ni les vertus de ce prince, qui faisait graver au frontispice de son palais ces mots, fondement de la morale sociale : « 'Fais à autrui ce que tu voudrais qu'on te fît à toi-même, » ni les lumières d'Ulpien, ne pouvaient suffire à la rude tâche de maintenir les soldats dans la discipline. Un. jour, ils égorgèrent, sous ses yeux, leur préfet Ulpien.

La ruine du royaume des Parthes et la fondation d'un nouvel empire perse par le Sassanide Artaxerxès, en 226, occasionnèrent une guerre sur l'Euphrate; car le nouveau monarque, qui rendait aux montagnards de la Perside la domination que les Parthes leur avaient enlevée, Ke disait de la race des anciens rois, et réclamait toutes les provinces qu'avait autrefois possédées Darius. Alexandre répondit en attaquant les Perses. L'expédition ne paraît pas avoir été très-heureuse. La nouvelle d'une invasion des Grermains en Gaule et en Illyrie précipita le retour d'Alexandre. Il courut sur le Rhin, mais, au lieu de combattre, il acheta la paix. Gette conduite indigna les légions, dont le mécontentement fut mis à profit par le Thrace Maximin, qui avait gagné Tafiection des soldats par sa force extraordinaire et son courage. Ils le saluèrent Auguste au milieu du camp, en lui présentant la tête du malheureux empereur. Alexandre Sévère n'était âgé que de vingt-six ans, il en avait régné treize (mars 235).

8. L*»B»reliIe militaire (jBSS-JB'V») i HaiLlnam {ftBS) 9 nix emperears ea aeaf aas. — Maximin était un Thrace, Goth d'origine, qui dans sa jeunesse avait gardé les troupeaux; espèce de géant haut de 7 pieds,

fort à proportion, qui mangeait, pur jour, disait-on, 30 livres de viande, et buvait une amphore de vin (26 litres). Un jour il avait terrassé, sous les yeux de Septime Sévère, seize légionnaires Tun après l'autre. L'empereur l'enrôla dans ses troupes; il monta vite en grade et s'acquit dans l'armée une grande réputation. La fortune inouïe qui lui arrivait ne lui ôta pas le sentiment de son indignité. Plein de défiance, il ne vit que des ennemis dans les sénateurs, et deux révoltes lui fournirent une occasion de les persécuter. Un d'eux fut mis i mort avec quatre cents personnes qu'on lui donna pour complices. Ce Barbare, qui n'osa point venir une seule fois à Rome et qui croyait la cruauté nécessaire pour arracher les Romains à leur mollesse, traita l'empire en pays conquis, pillant les temples et les villes, battatit monnaie avec les statues de leurs dieux, confisquant les revenus municipaux et les sommes destinées aux fêtes et aux spectacles.

Après quelques succès sur les Alamans, il était passé en Pannonie pour attaquer les Sarmates, quand le proconsul d'Afrique, Gordien I«% riche sénateur, âgé de 80 ans, et son fils Gordien II, qu'on disait descendants des Gracquesi, furent, malgré leurs prières, proclamés empereurs dans cette province. Le sénat les reconnut et déclara Maximin ennemi public. Il se hâta d'accourir en Italie, où le sénat organisa la résistance. Le jeune Gordien j attaqué par le gouverneur de la' Mauritanie, périt dans le combat, et son vieux père se tua de désespoir. Sans se laisser décourager, le sénat choisit deux empereurs dans son sein, un ancien soldat, Maxime Pupien, et le jurisconsulte Glaudius Balbin. Le peuple exigea qu'un fils du jeune Gordien fût déclaré César ; mais les soldats qui se trouvaient dans la ville ne voulaient d'aucun d'eux : ils se ruèrent sur le peuple, le chassèrent de maison en maison, et, après les avoir pillées, y mirent le feu. L'émeute fut étouffée, mais une grande partie de Rome était détruite. Cependant Maximin, après de longs délais, qui laissèrent le temps aux provinces de se pro-

398 GHAPÎTRB X^IV.

noncer contre lui, vint assiéger Aquilée au milieu d'un pays que Pupien avait ravagé. La courageuse résistance de cette place, les ennuis du siège et de la disette, dont souffrirent ses soldats, amenèrent une sédition, dans laquelle il fut égorgé avec son fils (avril 238). Pupien, accouru à cette nouvelle, renvoya les légions dans leurs camps.

L'empire était délivré. Le retour de Pupien fut comme un triomphe ; tous comptaient sur une domination douce et heureuse; mais les prétoriens voyaient avec colère ces élus du sénat et les gardes germaines dont ils s'entouraient* A la fête des jeux Gapitolins (juillet 238], une nouvelle révolte éclata, et les deux empereurs furent égorgés dans leur palais. Les prétoriens déclarèrent alors Gordien III seul chef de l'empire. II. n'avait que treize ans; Misithée, son précepteur et son beau*père, gouverna, sous son nom, avec sagesse.

9. Première apparition des Franes (iB4t). — Sous ce prince, les Francs furent vaincus près de Mayence par le tribun Âurélien (241). Des soldats chantaient après ce succès :

Mille Francos, mille Sanuatas seincl occidinius^ Mille, mille, mille Persas quœrimus.' ♦

te Ainsi le nom de nos pères se trouve pour la première fois dans une chanson de soldats qui exprime, à la fois leur valeur et la frayeur des Romains. » (Chateaubriand, Études historiques.) Le jeune empereur chassa lui-même les Groths de la Mœsie et les Perses de la Syrie. Mais la mort de Misithée, le gardien de la république^ fit arriver au grade de préfet du prétoire l*Arabe Philippe, qui tua l'empereur et prit sa place (fév. 244).

10. Philippe («44]. — Le premier soin de l'usur^ pateur fut de conclure la paix avec Sapor. Il revint dans la capitsJe où il célébra avec une grande pompe, .en l'an 248, le millième anniversaire de la fondation de Home. Au bout de cinq ans, les soldats trouvèrent que j<ion règne avait assez duré, et de toutes parts des révol-

LÈS EMiPEREURS SYRIENS. 399

tes éclatèrent. Dans le même temps, les Barbares franchirent le Dannbe, et le sénateur Decius, qu'il envoya pour chasser les Goths de la Pannonie, fut proclamé par ses troupes. Une bataille se livra près de Vérone (sept. 249), Philippe y fut tué; on égorgea son fils à Rome. La tranquillité dont jouit TÈglise sous son règne a fait croire à tort qu'il était chrétien.

t*. Decias («49). — Decius, originaire de la Pannonie, demanda aux vieilles institutions un remède 'aux maux de l'empire : il nomma un censeur, et, pour regagner la faveur de ses dieux, il ordonna une cruelle persécution contre les chrétiens. Plus la dissolution de l'empire semblait imminente sôus le coup de tant de désordres et de révolutions, plus les tribus germaniques, au contraire, se rapprochaient, s'organisaient et devenaient menaçantes. Les Goths, jadis relégués aux bords de la Vistule et plus loin encore, dans la Scandinavie, sous leur chef ou dieu Odin, campaient maintenant, unis à d'autres peuples, sur les frontières de l'empire. Soumis à un gouvernement monarchique, ils suivaient dans leurs attaques un plan régulier. Ils envahirent d'abord la Dacie, puis laMœsie, et en 250 leur roi Gniva pénét^raavec 70 000 guerriers jusqu'à Philippopolis en Thrace. Decius marcha contre eux et, après quelques succès, périt dans une grande bataille livrée en Mœsie (octobre 251).

t!2. eàllns (!25l), iSmlUauas (!2S3) , Valérien («53). — Gallus acheta la paix des Goths. Payer aux Barbares un tribut annuel, c'était les rappeler. iEmilianus, qui les battit, prit la pourpre. Gallus marchait contre lui, quand il fut tué par ses soldats (253); iEmilianus ne lui survécut que quatre mois et eut le même sort. Valérien, qui arrivait pour venger Gallus avec les légions du Rhin, fut salué empereur et nomma César son fils Gallien.

L'empire était dans un affreux désordre. Les Alamans avaient franchi le Rhin, les Goths le Danube, les Perses l*Euphrate ; la famine et la peste désolaient sanr relâche

400 CHAPITRE XXXtV.

les provinces, et les persécutions contre les chrétiens

montraient dans toutes les villes l'appareil des tortures et des supplices. Valérien s'efforça d'arrêter cette dissolution imminente. Il marcha, en 258, contre les Perses, reprit An tioche et pénétra en Mésopotamie. Mais , près d'Édesse , il futjjattu^el fait £ prisonnieF (260).

E Cette captivité ^ dura pour lui jus- -o qu'à la mort, avec 1 d'indignes ou- S, trages.Saporrenî tra dans Antioche. Balista, préfet du prétoire, le força enfin de repasser l'Euphrate, aidé du chef arabe Odenath , qui se trouva assez puissant pour se faire reconnaître Auguste par Gallien luimême, en 264.

Palmyre, sa capitale, située dans une oasis à trois journées de l'Euphrate, était deve-

LES ISMPEREURS SYRIENS. 401

nue riche et puissante à la faveur d'un immense commerce. Des ruines imposantes témoignent encore de sa grandeur passée.

«3. Galllen (!260-968)i les trente tyrans. —

Depuis la captivité de son père, Gallien gouverna seul pendant huit années, qui ne furent qu'une lutte sans relâche contre les usurpateurs, les Barbares et les. calamités de toutes sortes qui vinrent fondre sur Tempire. C'est l'époque qu'on appelle celle des Trente tyrans. Il n'y en eut, en réalité, que dix-neuf ou vingt. Les principaux sont Macrianùs en Syrie; Ingenuus en Mœsie; Memor, Celsus, en Afrique; un ancien chef de piratés, • Trebellianus, en Isaurie; le proconsul Valons en Achaïe; Pison en Thessalie; Saturninus, qui disait à ses soldats : oc Camarades, vous perdez un bon général et vous faites un misérable empereur, » mot qui se réalisa, car ils le. tuèrent eux-mêmes à cause de sa sévérité; ÎËmilianus, proclamé à Alexandrie, qui fut étranglé en prison ; Balista, qu'Odenath fit égorger comme traître. Ce valeureux prince, qui délivra tour à tour l'Orient des Perses et des Goths, débarqués dans l'Asie Mineure, fut luimême assassiné en 267 par son neveu. Zénobie, sa femme, fit égorger le meurtrier et succéda à la puissance de son époux. La Gaule fut treize ans indépendante sous Posthumus, Lollianus, Yictorinus, Marins et Tetricus, c'est-à-dire jusque vers la fin du règne d'Aurélien.

« Représentez-vous l'État en proie aux diverses usurpations, les tyrans se battant entre eux, se défendant contre les troupes du prince légitime, repoussant les Barbares ou les appelant à leur secours : Ingenuus avait un corps de Roxolans à sa solde, Posthume, un corps de Francs. On ne savait plus où était l'empire : Romains et Barbares, tout était divisé : les aigles romaines contre les aigles romaines, les enseignes des Goths opposées aux enseignes des Goths. Chaque province reconnaissait le tyran le plus voisin.... Un lambeau de pourpre faisait le matin un empereur, le soir une vic-

HT8T. ROMAINB, Cl. de 4%' 26

402 CHAPITRE XXXJV.

time, rornement d'un trône ou d'un cercueil.... Et, à travers tout cela, des jeux publics, des martyrs, des sectes parmi les chrétiens, des écoles chez les philosophes, où Ton s'occupait de systèmes métaphysiques au milieu des cris des Barbares. >> (Chateaubriand.)

Les désordres intérieurs se compliquaient en effet d'invasions redoutables faites par les Barbares. Les plus terribles étaient alors les Goths, établis le long de la mer Noire et sur le bas Danube, d'où ils pénétraient dans l'Asie Mineure, la Thrace ou la Grèce, et les Hernies, qui partaient de la mer d'Azoff, montés sur cinq ^ cents navires, et allaient piller tous les rivages de la mer Egée. Les villes, sur l'ordre de l'empereur, s'entourèrent de murailles. Byzance leur échappa ainsi, mais Atliènes, Corinthe, Sparte et Argos, furent dévastées. Un Goth voulait brûler à Athènes les bibliothèques, un autre l'arrête : « Laissons, dit-il, à nos ennemis ces livres qui leur ôtent l'amour des armes, » JLés Athéniens cependant, sous la conduite de l'historien Dexippe, eurent l'honneur de battrç ces brigands, qui se vengèrent sur le reste de la Grèce. Gallien n'avait mis un terme à leurs ravages qu'en concluant la paix avec eux et en prenant à sa solde un corps ii'Hérules. En 268, il fut assassiné sous les murs de Milan, où il assiégeait son compétiteur, Aureolus,

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RESTAURATION DE l'eMPIRE

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