‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 55 sur 64 · PAR LES PRINCES ILLYRIENS · texte numérisé non relu

PAR LES PRINCES ILLYRIENS

AURÉUEN ET PROBUS.

1. Restauration de l'empire par les princes illyriens (268-285) ; Claude II (268). — 2. Aurélien (270) : il repousse l'invasion. — 3. Défaite de Zénobie et de Tetricus- paix intérieure. — 4. Tacite (275) j Probus (276); Carus (282) ; Carin et Numérien (284).

t . Restaaration de l*emplre par les prinees Illyriens (S68-!285); Claude II (S6 8 — (xallien expirant choisit pour son successeur un Dalmate qui était alors le général le plus renommé de Tempire, et qui commença cette série d'empereurs sortis des régions illyriennes : Aurélien, Probus, Dioclétien, Constantin, qui refoulèrent l'invasion et firent vivre la domination romaine un siècle de plus. Claude, reconnu par l'armée du camp de Milan, vengea la mort de Gallien en faisant décapiter Aureolus, l'instigateur du cojnplot dont son prédécesseur avait été la victime. Les Alamans pénétraient en Italie ; il leur fit essuyer, près du lac de Garda, une sanglante déroute, et Tetricus, le César gaulois, menacé d'une guerre sérieuse, ouvrit des négociations pour obtenir au moins le partage de l'autorité. Une invasion de 320 000 Goths suspendit le traité en forçant Claude de courir au secours de la Macédoine, où ils assiégeaient Cassandrie et Thessalonique. Il remporta une grande victoire près de Naïssus et poursuivit leurs débris dans la Mœsie ; mais une peste qui survint enleva le vainqueur à Sirmium, au milieu de ses préparatifs contre Zénobie (avril 270). La garnison d'Aquilée proclama le frère de Claude, Quintilius. Mais, lorsque ce-

luî-ci apprit que les légions du Danube avaient, sur la désignation de Claude lui-même, reconnu Aurélien, il se fit ouvrir les veines.

9. Anréllen (^VO) t il repousse rinTasIoB. — Aurélien, originaire de la Pannonie, était de la plus basse extraction, mais il s'était signalé par son courage. Le premier, il avait vaincu les Francs, et les soldats ne l'appelaient plus que Aurelianus manus ad ferrwm. Plein d'activité et d'énergie, il était l'homme que ks circonstances demandaient, et mérita le titre de vesUtutor orbis. Il se rendit d'al)ord à Rome et, après njï court séjour, il alla en Pannonie à la rencontre d'une armée d^ Scythes, de Marcomans, de Juthunges et de Vandales. Mais il fut aussitôt rappelé en arrière par une invasion des Alamans, qui pénétrèrent par laRhétie jusqu'à Plaisance, où ils détruisirent une armée romaine, et de là jusque sur les bords de l'Adriatique. La terreur était dans Rome. Le «énat consulta les livres sibyllins, et, d'après leurs réponses, on immola des victimes humaines qu'Aurélien livra. Une victoire remportée sur le Métaure, près de Fanrmh Fortunœ^ sauva l'Italie. Le danger que Rome avait couru engagea l'empereur à l'entourer d'une forte muraille de 21 milles de longueur. Il fut moins heureux contre les Groths; la bataille^ fut sanglante et indécise. Les Barbares pourtant reculèrent; un traité leur abandonna la Dacie, dont il transporta les habitants *en Mœsie, qui prit dès lors le nom de Dacie d' Aurélien. Le Danube redevenait la limite de l'empire.

a; Défaite de Zénoble et de Tetrlens i paix Inté* rleare. — La tranquillité rétablie sur cette frontière, il passa en Orient (273) pour combattre la reine de Palmyre, princesse célèbre par son courage et sa rare intelligence, qui ne songeait à rien moins qu'à fonder un grand empire oriental. Jl lui enleva la Syrie, l'Egypte et une partie de l'Asie Mineure, où elle commandait. Deux batailles près d'Antioche et d'Émèse forcèrent Zénobie à se réfugier dans sa capitale, qu'Aurélien vint

aussitôt assiéger. Quand la ville fut ^bout de ressources, Zénobie s'enfuit sur des dromadaires vers l'Euphrate, mais, arrêtée, elle fut conduite à Aurélien. Son principal ministre était le sophiste Longin, duquel nous avons encore un traité sur le Sttblime. Longin, soupçonné d'être l'auteur d'une lettre offensante envoyée par Zénobie à Aurélien, fut mis à mort ; l'empereur réserva la reine pour son triomphe. Les Palmyréens s'étant révoltés après son départ, il revint sur ses pas, égorgea la population et détruisit la ville. En Egypte, un riche marchand, car le commerce avait accumulé dans quelques mains des fortunes colossales, Firmus, soutenu des Blemmyes, avait pris la pourpre ; il fut aisément renversé, et tout l'Orient se trouva rattaché à l'empire. Dans l'Occident, Tetricus gouvernait la Gaule, l'Es-»pagne et la Bretagne; mais il n'aspirait qu'à déposer ce fardeau trop lourd pour ses forces, et il suppliait secrètement Aurélien de le délivrer de ses légions : Eripe me hiSy invicte, malis, lui écrivait-il en citant Virgile. A la bataille de Ghâlons-sur-Marne (274), Tetricus trahit son armée et passa du côté d' Aurélien. Le triomphe de l'empereur fut le plus magnifique que Rome eût vu depuis longtemps. Tetricus et Zénobie y parurent avec leurs enfants et nombre de prisonniers appartenant aux nations les plus éloignées. Le triomphateur était luimême monté sur un char traîné par quatre cerfs, attelage qui avait été pris à un roi goth. Tetricus fut nommé gouverneur de Lucanie; son fils devint sénateur, et Zénobie se retira dans une belle villa du territoire de Tibur, entre celles d'Horace et d'Hadrien. Leurs enfants se marièrent dans les plus grandes maisons, et Eutrope vit, sous le règne de Valens, leurs descendants.

Délivré des embarras extérieurs, Aurélien essaya de rétablir l'ordre dans l'administration, comme la discipline dans les armées. Les remèdes, sans doute, devaient être énergiques ; peut-être les rendit-il* cruels ; beaucoup de sang coula. Une réforme de la monnaie altérée amena à Rome une sédition dans laquelle périrent 7000

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de ses soldats. Il les vengea par des supplices. On accusait aussi son orgueil, car, le premier des empereurs, il osa ceindre sa tête d'un diadème. Pour occuper Tesprit remuant des légions, il prépara une expédition contre les Perses, qui n'avaient pas encore expié la honte qu'ils avaient infligée à l'empire par la captivité de Valérien; mais son secrétaire, accusé de concussions et Craignant le châtiment, le fit assassiner entre Héraclée et Byzance (janv. 275). Il mourut regretté des troupes, haï du sénat, jugé par tous trop, sévère, mais avec le renom d'un prince habile et heureux, qui eût peut-être, s'il eût vécu, sauvé l'État.

4. Tacite (^SVS); Probas (S'76) $ Cairns (S8S) ; Carin et IVamérien («84). — Gomme il n'y avait point à l'armée de chef populaire parmi les troupes, les soldats renvoyèrent l'élection au sénat, qui, se souvenant des G-ordien, de Pupien et de Balbin, déclina prudemment cet honneur. Les légions s'obstinèrent dans leur refus : c'était encore une manière de commander. Près de huit mois se passèrent ainsi. Mais, les Germains ayant fait une invasion en Gaule, le sénat se décidarà proclamer, à la fin de septembre 275, un de ses membres, Tacite, vieillard de soixante-quinze ans, qui prétendait descendre de l'historien, et qui possédait en biens-fonds une fortune de 75 millions, avec assez d'argent comptant pour payer la solde de toutes lès armées. Ce choix n'était pas habile : il eût fallu laisser ce vieillard au repos qu'il aimait, et envoyer aux soldats un chef qui connût la guerre. Les troupes le reçurent cependant sans murmures ; il chassa les Alains dé l'Asie Mineure, et pénétra jusqu'au Caucase, pour commencer de ce côté la guerre contre les Perses. Mais il mourut ou fut tué le 12 avril 276. Son frère Florianus, qui prit la pourpre, eut le même sort, trois mois après, quand ceux qui l'avaient soutenu apprirent l'avènement de Probus.

Cette fois, les soldats avaient choisi eux-mêmes, et bien choisi. Probus, né à Sirmium, avait servi avec dis-

tinction souaValérien; Tacite lui avait donné le consulat et le gouvernement de TOrient. Il demanda au sénat la confirmation de son élection, et, après s'être montré à Rome, il courut en Gaule, que les Alamans, depuis la mort de Posthumus, avaient envahie. Il leur reprit soixante villes, passa le Rhin à leur suite et les poursuivit jusqu'au-delà duNecker. Des colonies inilitaires, des camps, couvrirent la rive droite du fleuve pour en défendre les approches, et les fortifications qui allaient du Danube au Rhin furent relevées. Les Germains intimidés lui demandèrent la paix ; ils livrèrent 1 6 000 de leurs jeunes guerriers, qu'il enrôla dans ses troupes, mais en les dispersant. Deux usurpateurs osèrent se soulever contre lui en Gaule, Proculus à Lyon, et Bonosus à Cologne : il les renversa sans peine.

L'ordre rétabli au nord des Alpes^ il battit dans l'iUyrieles Sarmates; dans la Thrace, lesGètes; dans l'Asie Mineure, les brigands de Tlsaurie et de la Pamphylie ; en Egypte, les Blemmyes, qui avaient pris les villes de Coptos et de Ptolémaïs. Le roi de Perse, Narsès, effrayé de ces* succès, demanda la paix. Les envoyés furent conduits vers un vieillard couché à terre, couvert d'une simple casaque de laine, et mangeant quelques pois cuits avec un peu de salaison. Sans se lever, ce vieillard leur dit qu'il était l'empereur, et que, si leur maître lui refusait justice, il rendrait la Perse aussi nue que l'était sa tête, et en même temps il leur montrait son front tout chauve. « Avez-vous faim ? ajouta-t-il : prenez dans le plat; sinon, retirez-vous. ?>

A son retour par la Thrace, Probus établit sur les terres de l'empire cent mille Bastarnes qui lui restèrent fidèles, comme il avait établi déjà des Germains dans la Bretagne et des Francs sur les bords du Pont-Euxin. C'était un système dangereux, car cette invasion de l'empire par les Barbares, que l'empereur lui-même dirigeait, loin d'empêcher l'autre, qui se fit violemment un siède plus tard, la facilita. Les nouveaux colons n'acceptaient pas non plus toujours [leur exil. Les Francs,

relégués dans le Pont-Euxin, se saisirent, dit-on, de quelques barques, franchirent le Bosphore et allèrent, ravageant sur leur route les rivages de l'Asie Mineure et de la Grèce, pillant Athènes, Syracuse, Carthage, regagner par le détroit d'Hercule, et en tournant l'Espagne et la Gaule, les bords du Rhin, où ils racontèrent à leurs compatriotes étonnés qu'ils avaient impunément traversé tout le grand empire. Révélation fatale et que n'entendirent que trop bien les Frisons et les Saxons, qui commencèrent vers ce temps à pirater tout le long des côtes bretonnes et gauloises.

Avant de rentrer dans Rome, Probus apprît que la remuante population d'Alexandrie avait salué Saturninus empereur ; il n'eut qu'à envoyer quelques soldats pour faire justice du malheureux prétendant^ qui avait pleuré en acceptant son titre. Après un pompeux triomphe, célébré à Rome, sur les Germains et les Blemmyes, Probus se disposait à marcher contre les Perses. Mais sa sévérité, les rudes travaux qu'il imposait à ses soldats, auxquels il faisait planter des vignes, dessécher des marais, etc., et le mot qui courait de lui, qu'il espérait bien que l'empire pourrait se passer d'armée, amenèrent une sédition dans laquelle il périt. Le lendemain, les soldats le pleurèrent et lui érigèrent un tombeau avec une inscription pompeuse, mais véridique (282). Il avait à peu près mis fin à la première grande tentative des Barbares pour s'établir dans l'empire.

Les légions élurent aussitôt le préfet des gardes, Carus, bon général, mais père trop indulgent. Il se hâta de donner le titre de César à ses deux fils, Garin, jeune homme brave, mais livré à tous les excès, et Numérien, esprit doux et cultivé. L'aîné eut le gouvernement de l'Occident ; le plus jeune, après une défaite des Goths et des Sarmates, suivit son père en Orient. Carus dévasta la Mésopotamie, prit Séleucie, Ctésiphon, et franchit le Tigre; mais il périt frappé par la foudre, ou succomba à une maladie (25 décembre 283). Ses fils furent aussitôt reconnus empereurs ; Numérien se hâta

de traiter avec les Perses. Comme il ramenait les légions vers le Bosphore, il fut tué par son beau-père Arrius Aper (12 septembre 284). L'armée proclama cinq jours après, sous les murs de Ghalcédoine, le Dalmate Dioclétien, qui égorgea Aper de sa main, sous les yeux de toute l'armée. Carin essaya de renverser celui qui se disait le vengeur de son frère, mais il fut tué dans une bataille près de Margus en Mœsie (285).

Quarante-cinq empereurs, en ne parlant pas de ceux qu'on appela les Trente tyrans et qui presque tous furent tués, avaient déjà revêtu la pourpre ; sur ce nombre vingt-neuf avaient été assassinés, quatre ou cinq autres avaient péri de mort violente. Le reste, onze ou douze seulement, avaient atteint naturellement le teAne de leur carrière. Quelle preuve frappante de la mauvaise organisation du pouvoir suprême dans l'empire romain et des dangers que le despotisme fait courir à celui même qui Texcrcc !

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