‹ Abrégé d'histoire romaine; rédigé conformément aux programmes officiels de 1874 pour la classe de quatrièmeChapitre 6 sur 64 · ÉLÉMENTS DE LA MYTHOLOGIE ROMAINE · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DE LA MYTHOLOGIE ROMAINE

1. Anciens récits sur l'origine du peuple romain. — 2. Le Troyen Énée. — 3. Albe-la-Longue, Numitor, Amulius et Rhea Sylvia. — 4. Romulus et Remus. — 5. Fondation de Rome (754). — 6. Romulus ouvre un asile. — 7. Enlèvement des Salines. — 8. Défaite des premiers ennemis de Rome ; dépouilles opimes. — 9. Les Sabins de Cures. -^ 10. Trahison de Tarpeia. — 11. Réunion des Sabins aux Romains. — 12. Victoires et mort de Romulus. — 13. Numa (714); ses institutions religieuses. — 14. Réunion des Albains aux Romains; TuUus Hostilius (672).— 15. Ancus Marcius (640) ; fondation d'Ostie. — 16. Tarquin l'Ancien (616) : ses grands travaux; introduction des coutumes étrusques. — 17. Meurtre de Tarquin TAncien (578). — 18. Origine de Servius Tullius (578). — 19. Institutions de Servius. — 20. Meurtre de Servius (534). — 21. Tarquin le Superbe (534); sa puissance et sa cruauté. — 22. Le Capitole. — 23. Les livres sibyllins. — 24. Rrutus à Delphes. ~ 25. Lucrèce. — 26. Chute de Tarquin (510). — 27. Éléments de la mythologie romaine. —28. Collèges sacerdotaux.

t. itiielens réelta sur l'origine dn peaple romalii.

— Les Romains entouraient de traditions merveilleuses le berceau de leur race. Au commencement, disaientils, régnait sur les Aborigènes du Latium un roi étranger, Janus, fils d'Apollon. Il donna à Saturne, dépossédé par Jupiter, le mont Capitolin, et le dieu, pour prix de cette hospitalité, enseigna aux Latins l'art de cultiver le blé et la vigne. A Janus succédèrent Picus, Faunus et l'Arcadien Évandre, qui bâtit une ville sur le Palatin. Hercule aussi vint dans le Latium, où il abolit les sacrifices humains, et tua sur VAventin le brigand Gacus..

Rome plaçait donc, comme tous les vieux peuples.

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des dieux, des demi-dieux et des héros, à Torigine de son histoire. Parmi les villes qui Tavaieiit précédée sur la terre, elle choisit aussi la plus illustre pour métropole, Troie, la grande cité des poëmes homériques.

». Le Troyen Énée. — Énée, fils d'Anchise et de Vénus, s'étant, dit encore la légende, échappé des ruines de Troie, vint débarquer sur les côtes du Latium avec son fils Ascagne, les dieux pénates et le Palladium ' de

Énée et Latinus '.

Troie. Latinus, roi du pays, accueillit Tétranger et lui donna pour épouse sa fille Layinia. Mais, dans une bataille contre les Rutules, Énée, vainqueur de Turnus, disparut au milieu des flots du Numicius : on Tadora sous le nom de Jupiter Indigète.

1. Le Paliadium était une statut de Pallas qu*on prétendait tombée du ciel et à laquelle étaient attachées, pensait-on, les destinées de Troie. Ulysse crut la ravir, mais la légende racontait qu'Éuée l'emporta en Italie et que d'Albe elle passa à Rome, où elle était conseryée dans un lieu secret que le grand pontife seul et la grande vestale connaissaient.

2. Cette gravure est prise d'un cofTret en bronze du cinquième ou du sixième siècle de Rome. Latinus, debout sur un faisceau d'armes qu'il foule aux pieds, conclut alliance avec le héros.

3. Albe-la-Long^oe, Nnmltor, Amnllns et Rhea SylTia. — Ascagne continua la guerre, et, dans un combat singulier, tua Mézence, Tallié de Turnus. Quittant alors la côte insalubre où son père avait fondé Lavinîum, il alla bâtir Albe-la-Longue sur le mont Albain. Douze rois du sang d'Énée s'y succédèrent ; le dernier, Procas, laissa deux fils, Numitor et Amulius. Numitor, comme Fàîné, devait hériter du royaume, mais Amulius s'en saisit, et relégua son frère dans un domaine éloigné. Pour que Numitor n'eût pas de postérité qui revendiquât un jour ses droits, Amulius tua le fils de Numitor et plaça sa fille Rhea Sylvia parmi les Vestales. On appelait ainsi les jeunes filles consacrées au culte d'une antique divinité des peuples italiques. Elles devaient entretenir sur l'autel de la déesse Vesta un feu sacré perpétuel ; celle qui le laissait s'éteindre ou qui violait son vœu de chasteté était enterrée vivante. Mais de grands honneurs' récompensaient ces vierges de leur piété, et le peuple les entourait du plus profond respect.

4. Àomolos et Bemus. — Or, un jour que Sylvia était allée puiser à la source du bois sacré l'eau nécessaire au temple , Mars lui apparut et promit à la vierge effrayée de divins enfants. Devenue mère, Sylvia fut condaiûnée à mort, selon la rigueur des lois du culte de Vesta, et ses deux fils jumeaux furent exposés sur le Tibre. Le fleuve était alors débordé; leur berceau, doucement pçrté par les eaux jusqu'au mont Palatin, s'arrêta au pied d'un figuier sauvage, et une louve attirée par leurs cris les nourrit de son lait. Cette tradition fut l'origine de l'image tant de fois répétée par les artistes de Rome : une louve qui allaite deux enfants. Un berger des troupeaux du roi, Faustulus, ayant vu ce prodige, prit les jumeaux et les donna à sa femme Acca, qui les appela Romulus et Remus.

Élevés sur le Palatin, comme les enfants du berger, les fils du dieu Mars grandirent en force et en courage. Un jour ils se prirent de querelle avec les bergers de

fM-^MJieé/^ eé t't' Or*vé pat- S.l^irMfef.

Numitor, dont les troupeaux paissaient sur TAventin, et Remus, surpris dans une embuscade, fut traîné par eux devant leur maître. Les traits du prisonnier, son âge, cette double naissance, frappèrent Numitor : il se fit amener Romulus, et Faustulus découvrit aux deux jeunes gens le secret de leur naissance. Aidés de leurs compagnons, ils tuèrent Amulius, et Albe rentra sous la domination de Numitor, qui, en récompense, leur abandonna tout le pays s'étendant du Tibre aux campagnes d'Albe, jusqu'à une distance de 6000 pus.

S. Fondation de Rome ('754). — C'est là que les deux frères avaient été sauvés, là qu'ils avaient vécu : ils voulurent y bâtir une ville. Mais, égaux en force et en autorité, ils se disputèrent l'honneur de lui donner un nom. On finit par remettre la décision aux dieux K Remus, placé sur le mont Aventin, Romulus sur le mont Palatin, attendirent que le ciel manifestât sa volonté par quelque signe éclatant. Le premier vit six vautours, mais presque aussitôt il s'en montra douze à Romulus. Leurs compagnons crurent que ces oiseaux étaient les messagers des dieux et apportaient leur volonté. Ils prononcèrent en faveur de Romulus, qui eut ainfii le droit de donner son nom à la nouvelle ville, Rome, et d'en bâtir les murs.

Suivant les rites étrusques, il attela à une charrue un taureau et une génisse sans tache, et avec un soc d'airain il traça autour du Palatin un sillon qui représenta le circuit des murs, l'enceinte sacrée (21 avril 754*). Bientôt le rempart s'éleva : un jour Remus, par dérision, le franchit d'un saut, mais Geler, ou Romulus lui-môme, le

1. Les anciens avaient des dieux de tout et pour tout. Ils en avaient pour la paix et la guerre, pour la santé et pour la maladie, pour les champs et pour la ville. Us en avaient aussi pour chaque maison : ceux-ci étaient les dieux larea et les pénates. On les représentait par de petites figurines placées près du foyer. On leur offrait des gâteaux et du miel ; une lampe brûlait devant eux, et ils devaient éloigner de la maison les maléfices. Les villes avaient aussi leurs pénates publics. C'étaient ceux-là qu*Énée avait enlevés, disait-on, de Troie, et que Lavinium prétendit longtemps avoir conservés.

3. Je n*ai pas besoin de dire que cette date n'a aucune certitude ; je la donne

fiarce que les Romains célébraient ce jour-là Tanniversaire de la fondation de eur ville.

tua en s'écriant : «Ainsi périsse quiconque franchira ces murs ! » Les Romains oubliaient l'horreur de ce fratricide pour voir dans ce sang répandu par la main d'un frère sur les premiers fondements de la cité un présage pour elle d'inviolabilité éternelle.

6. Romains ouvre un asile. — Romulus avait peu de compagnons ; pour augmenter leur nombre, il ouvrit un asile sur le mont Gapitolin. Quiconque dans le Latium et l'Italie voulut échanger une condition mauvaise contre l'état de citoyen romain : le débiteur, l'esclave, même le meurtrier, put accourir dans la nouvelle cité : il y trouva un asile invio*' ^

V. EnlèTement des Sabines. — Cette manière de peupler une ville n'inspira pas aux habitants du voisinage le désir d'entrer en relations étroites avec Rome, et, quand Romulus leur fit demander de s'unir à son peuple par des mariages, partout on refusa avec mépris. « Ouvrez aussi, disait-on, un asile pour les femmes perdues de l'Italie. » L'affront était sanglant. Romulus dissimula sa colère et quelque temps après annonça l'intention de célébrer avec magnificence les fêtes du dieu Gonsus. Il y invita tous ses voisins. Cette fois on y accourut en foule, surtout les Sabins, pour voir les^eux, pour voir aussi la cité nouvelle et le nouveau peuple. Mais, au milieu du spectacle j Romulus élève un voile rouge. A ce signal, les Romains se précipitent sur les spectateurs, arrachent les jeunes filles des bras de leurs mères, écartent les Sabins, les dispersent et les forcent à sortir de la ville. — Ils s'éloignèrent en criant vengeance contre Rome.

Mais une attaque demandait déjà de la prudence, car Romulus avait donné aux siens une excellente organisation militaire. Il les avait partagés en trois corps de 1000 hommes chacun, qu'on appelait curies y chaque curie en dix décuries de 100 hommes de pied. De plus, il y avait trois centimes ou compagnies de 100 hommes à cheval nommés chevaliers. Ainsi l'armée romaine se composait de 3000 hommes d'infanterie et de 300 ca-

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valiers. Elle était t^ominandée par le roi. Chaque curie avait un chef nommé tribun, chacpie décurie son décurion. Cette sage ordonnance rendait la discipline facile et les troupes romaines déjà redoutables.

8. Défaite des premiers ennemis de Rome, dépoviiles opimes. — Les peuples outragés, n'écoutant que leur légitime colère, prirent les armes, mais commirent la faute qui perdit plus tard tous les ennemis des Romains. Ils ne combinèrent pas leur attaque, et, agissant isolément, se firent battre les uns après les autres. Les Géniniens, prêts les premiers, furent aussi les premiers yaincus. Romulus tua leur roi, Acron, le dépouilla de ses armes et les consacra à Jupiter Feretrius, c'està-dire à Jupijter qui frappe. Ce furent les premières dépouilles OPIMES. Rome, dans sa longue carrière de gloire militaire, n'en vit consacrer que trois fois, car le droit de faire cette offrande était reconnu seulement au général commandant en chef une armée romaine, qui avait tué de sa main le général ennemi. Les Antemnates furent aussi battus.

9. I^es Sabins de Cnres. — Restaient les Sabins de Cures ; c'était le plus puissant des peuples de la Sabine. Commandés par leur roi Tatius , ils marchèrent sur Rome en si grand nombre que Romulus, n'osant les attendre en rase campagne, se retira dans la ville. Tatius en forma aussitôt le siège. Mais Rome, bâtie sur deux collines escarpées et garnies de murailles, les monts Capitolin et Palatin, était presque imprenable.

f O. Trahison de Tarpeia. — Elle fut prise pourtant. Les historiens de Rome, pour cacher une défaite de leur peuple, contaient que les Sabins n'avaient réussi à entrer dans la ville que par la trahison d'une femme. Romulus, disent-ils, avait confié la garde de la citadelle du mont Capitolin à un vaillant homme, Tarpeius, dont il connaissait la fidélité. Un jour que la fille de ce chef, Tarpeia, sortit des murs pour puiser de l'eau à une source voisine, elle remarqua que les Sabjns portaient au bras gauche des bracelets d'or. La vue de cet

or la tente, et une pensée mauvaise entre dans son esprit. « Donnez-moi, leur dit-elle, cô que vous portez au bras gauche, et je vous ferai entrer dans la 'citadelle. » Eux le promettent par serment, et à l'heure indiquée se glissent jusqu'à la porte que Tarpeia leur ouvre. Elle réclame la récompense promise. « La voici, » disent-ils, et ils jettent sur elle leurs boucliers d'airain, dont le poids l'écrase. Ils s'étaient engagés à lui donner ce qu'ils avaient au bras gauche, c'était de ce bras que les anciens portaient le bouclier pour se protéger contre les coups, tandis que la main droite tenait la lance ou l'épée. Une des hauteurs du mont Gapitolin d'où Ton précipitait les traîtres et les scélérats s'appela depuis la roche Tarpéienne.

if. Rémiioii des Sabins aax Ramains. — Les Sabins étaient maîtres duGapitole; au point du jour ils descendirent de la hauteur, et un combat terrible s'engagea dans le vallon qui sépare le mont Gapitolin du mont Palatin. Un moment les Romains plièrent sous le nombre: mais, dit la tradition, Romulus voua un temple à Jitpiter Stator, c'est-à-dire à Jupiter qui arrête : aussitôt la ligne romaine se raffermit et l'action recommence .avec fureur. Tout à coup les Sabines, dont l'enlèvement avait causé cette guerre, se jettent au milieu delà mêlée, malgré les traits qui volent, malgré les épées qui se croisent. Elles supplient leurs pères d'épargner leurs maris, leurs époux de respecter la vie de leurs frères. Leurs lar^ies, leurs prières, attendrissent ces âmes farouches. Le combat cesse d'un commun accord, et la paix est. conclue. Les deux peuples n'en formeront qu'un seul, les deux rois se partageront le commandement : Rome sera la capitale. Les Romains se fixèrent sur le mont Palatin, les Sabins sur le mont Gapitolin. La place où s'était livrée la bataille resta commune : ce fut plus tard le Forum, c'est-à-dire la place publique. Rome cachait habilement sous cette légende le souvenir d'une défaite. jG'est de traditions ainsi arrangées par la vanité romaine que se compose l'histoire de la période royale.

iS. Victoires et morl de Romains. — AU bout de cinq ans, Tatius fut tué par des Laurentins auxquels il refusait justice d'un meurtre ; les Sabins consentirent à reconnaître Romu'lus pour roi. Il se montra digne de leur choix par des victoires qu'il gagna sur les habitants de Fidènes et de Véies. Mais, comme il passait la revue de ses troupes près du marais de la Chèvre, un orage dispersa la foule ; quand elle revint, le roi avait disparu. Le bruit courut que les sénateurs, jaloux de son pouvoir, l'avaient immolé à leurs craintes et que chacun d'eux, afin de cacher le meurtre, avait emporté sous sa robe un morceau de son corps. On fit de la victime un dieu : Proculus raconta qu'il avait vu Romulus monter au ciel sur le char de Mars, son père, au milieu de la foudre et » des éclairs; et le peuple l'adora sous le nom de Quirinus (715 av. J. G.).

13. Nnma (914), ses institatioiis religlenses* — Les Sabins et les Romains ne purent d'abord s'entendre pour donner un successeur à Bomulus , et ,

pendant une an- Numa '.

née, les sénateurs gouvernèrent tour à tour comme interrois. On convint à la fin que les Romains feraient l'élection,

1. Gravure empruntée à V Iconographie romaine de Visconti. Il est inutile de dire que ce n'est point un portrait.

UIST. ROMAINE cl. de 4^ ?^^;.^T^

mais qu'ils ne pourraient choisir qu'un Sabin. Une voix nomma Numa Pompilius : tous le proclamèrent, car on le regardait déjà comme le plus juste des hommes.

Les historiens de Rome partagent entre ces deux premiers rois Tœuvre de son organisation. Au premier ils attribuent les institutions politiques ;au second, les institutions religieuses. Ce serait Numa qui aurait réglé les fonctions des Pontifes, gardiens du culte; desFlamines, > ministres des grands dieux ; des Augures, qui interprétaient, d'après le vol des oiseaux ou les entrailles des victimes, les volontés du ciel ; des Féciaux, qui prévenaient

les guerres injustes en allant, avant le combat, demander ou offrir des réparations légitimes ; des Vestales, qui, choisies par le grand prêtre dans les plus nobles familles, conservaient le feu perpétuel, le Palladium et les dieux, pénates ; des Salions enfin, qui gardaient iin bou-

Vestales entretenant le feu sacré». Çlier qu'on disait tombé

du ciel. Il encouragea l'agriculture, réforma le calendrier, consacra les limites des propriétés par rétablissement du culte du dieu Terme et éleva un temple à la Bonne Foi. Sous son règne aussi fut bâti le temple de Janus, dieu qu'on représentait avec deux visages, comme s'il regardait le passé et l'avenir. Les portes de ce temple devaient être fermées pendant la paix et ouvertes durant la guerre.

Le règne de cet excellent prince fut pour Rome et pour les villes voisines une époque de paix et de bonheur. Aussi disait-on que la sagesse de Numa lui venait des dieux et que la nymphe Ègérie, avec laquelle il

1. Tirée d'une médaille qui se trouve à notre Cabinet des médailles.

avait de longs entretiens dans le bois sacré d'Aricie, lui inspirait ses lois. Il mourut après un^ règne de quarantetrois ans, en Tannée 672.

é4. Réanlon des Albalns Anx Romains f Tnllas Hostliins(672]. — A Numa, prince pacifique, succéda le belliqueux Tullus Hostilius. Le fait le plus important de son règne fut la destruction d'Albe et la réunion des Albains aux Romains.

De mutuels pillages avaient amené la guerre entre les deux peuples, mais longtemps les deux armées, d'ail*

Saliens portant les boucliers sacrés *,

leurs à peu près égales en force, n'osèrent engager une lutte sacrilège ; Albe était la mère de Rome. Enfin on résolut de décider la querelle par un combat singulier, et de chaque côté Ton tira au sort trois champions : ce furent, pour Albe, les trois frères Guriaces ; pour Rome, les trois Horaces. Dès le premier choc, les trois champions d*Albe sont blessés, mais deux des Horaces tom-

1. Tiré d'une pierre gravée de la galerie de Florence. Suivant la légende, Numa, ayant surpris^ sur le mont Aventin, les dieux Picus et Faunus, apprit d*euï le moyen de se rendre Jupiter favorable. Le dieu en effet lui apparut et lui promit un signe éclatant de sa protection. Le lendemain, le bouclier de Mars tomba du ciel, au milieu de la foudre et des éclairs, sur le forum, où le peuple était assemblé. Pour empêcher que ce gage de victoire ne fût jamais ravi, Numa fit fabriquer onze boucliers semblables qu'il confia à la garde des ddtize Saliens.

bent morts, le troisième prend la fuite, et les Albains poussent des cris de joie, se croyant déjà vainqueuï's. La fuite d'Horace n'était qu'une ruse. Resté seul, il était plus] faible que ses trois adversaires réunis, mais, étant sans blessure, il avait l'avantage sur chacun d'eux. En le poursuivant, ils se séparent. Lui, alors, se retourne, court au pi-emier, le tue ; puis au second, qui fait encore moins de résistance : il égorge le dernier sans péril, et Albe devient sujette de Rome.

Horace rentrait dans la ville fier de sa victoire, avec les dépouilles de sesjtrois ennemis, quand sa sœur Camille, fiancée à l'un des Guriaces, éclate en plkintes et en imprécations. Le farouche vainqueur ne peut maîtriser sa colère et la frappe de son épée. Condamné par les duumvirs, il n'échappe au dernier supplice qu'en faisant appel de ce jugement au peuple, qui le renvoie absous.

Romulus avait répandu le sang de son frère dans le sillon qui marquait l'enceinte de Rome, Horace versa celui de sa sœur le jour qui fut comme la 'seconde fondation de la ville. Il y a partout du sang dans l'histoire de ce peuple héroïque et farouche.

Albe fut détruite, sa population transportée à Rome sur le mont Cselius et ses patriciens admis dans le sénat. TuUus Hostilius mourut peu de temps après, frappé de la foudre (640).

f S. AbcHS Marelus (840) i fondation d'Oslie. — Son successeur, le Sabin'Ancus Marcius, qu'on dit petitfils de Numa,*^ encouragea l'agriculture, à l'exemple de son aïeul, et rétablit la religion négligée. Il vainquit les Latins et leur prit quatre villes dont il transporta les habitants, à Rome, sur le mont Aventin. Ainsi s'augmentait, par les victoires mêmes des rois, le nombre de ceux qui, sous le nom de plébéiens, devaient changer un jour la constitution -de Rome et faire sa fortune. Ancus étendit le territoire de Rome jusqu'à la mer, par la fondation du port d'Ostie à l'embouchure du Tibre, et construisit en bois, sur ce fleuve, le pont Sublicius. Pour couvrir la ville contre Jes attaques des Étrusques,

il fortifia le Janicule, colline qui s'élevait sur la rive droite du Tibre, et creusa dans le mont Capitolin la première prison que Rome ait eue.

f6. Tarqnin r Ancien (616); ses fl^rsads travanx i introdnetion des coutumes étrusques. — Âncus eut pour successeur Tarquin, surnommé TAncien. C'était un homme riche et puissant, Grec d'origine, mais dont le père, Démarate de Gorinthe, s'était établi dans la ville étrusque de Tarquinies. Tarquin sut gagner la

Tombeaux étrusques à Tarquinies.

confiance d' Ancus, qui lui laissa fa tutelle de ses deux fils, et l'affection du peuple, qui le proclama roi.

Dans l'Étrurie, la Toscane actuelle, il avait vu un peuple qui était déjà arrivé à un haut degré de civilisation et dont la richesse se montrait dans ses grands travaux publics comme dans la magnificence de ses cérémonies religieuses ou politiques. Nous pouvons constater nousmêmes cette richesse, car on a trouvé dans les tombeaux étrusques récemment découverts une foule d'objets précieux parole fini du^travail ou la valeur de la matière*.

1. La riche collection Campana, qui a été acquise parla France (1861) etqu*on peut Yoir au Louvre, comprend un grand nombre d'antiquités étrusques du plus haut intérêt, Yases, bijoux, etc, trouvés dans ces tbmbeauz.

Tarquin voulut transporter à Rome ces pompes et ces usages. Il prit, comme les chefs étrusques, la robe de pourpre ; il eut, comme eux, des licteurs armés de faisceaux, s'assit sur une chaise curule, et, après ses victoires sur les Sabins, fit dans Rome une entrée triomphale sur un char tiré par quatre chevaux blancs.

Il fit venir des ouvriers étrusques qui desséchèrent le forum et Tentourèrent de portiques. La ville fut ceinte d'une muraille en pierre, et Ton voit encore la cloaca Maxima^ égout large de 4™, 44, sur une hauteur double, et qui servait à* l'écoulement des eaux stagnantes du Vélabre. Enfin il jeta les fondements du Gapitole.

Les dieux de l'Étrurie pénétrèrent dans Rome comme ses artistes, non pas toutefois sans résistance de la part des anciennes divinités : la Jeunesse et le dieu Terme refusèrent, disait-on, d'abandonner le mont Gapitolin aux nouveaux venus, Jupiter, Junon et Minerve. 'Mais c'était un signe, «jputaient les prêtres, que le peuple romain ne devait point vieillir ni voir jamais ses frontières reculer. La science augurale semble aussi avoir pris BOUS son règne une grande influence dans Rome.

47. Bleartre de Tarquin l'Ancien (598). — ^ Tarquin régnait depuis trente-huit ans, lorsqu'un jour deux pâtres, apostés par les fils d'Ancus Marcius, feignirent de se prendre de querelle dans le voisinage de la demeure royale. Appelés devant le roi, l'un d'eux profita du moment où le prince écoutait son adversaire, pour lui fendre la tête d'un coup de hache. Tarquin tomba mort. Mais la reine Tanaquil fit aussitôt fermer les portes du palais, puis elle déclara au peuple que la blessure du roi était légère, et qu'il chargeait son gendre Servius TuUius de gouverner à sa place. Elle eut ainsi le temps de disposer le sénat à accepter Servius, et, lorsqu'il fallut avouer la mort de Tarquin, elle fit proclamer son protégé sans l'assentiment de l'assemblée des curies.

f 8. Oriifine de Senrios Tnllins (598). — L'histoire est si pleine d'incertitude pour ces vieux âges, qu'il se peut que la vanité romaine ait caché, sous les récits

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qu'on vient de lire relativement à Tarquin, une conquête de Rome par un chef étrusque. L'empereur Claude reconnaissait lui-même dans Servius un étranger, un capitaine d'aventures qui, avec sa troupe, avait pris possession du mont Cœlius et avait de là imposé son alliance aux Romains. Ceux-ci se gardaient bien de répéter de telles choses qui eussent fait croire qu'ils avaient pu être vaincus, et voici ce qu'ils racontaient sur leur nouveau roi : Servius était fils d'une esclave. Sa mère, femme du roi de Corniculum, tombée au pouvoir des Romains après la prise de cette ville, avait été réduite par le droit de la guerre à servir un maître, après avoir été reine. De là ce nom de Servius, qui dans la langue latine rappelle la condition d'esclave. Mais l'enfance de Servius fut marquée par des prodiges, signes manifestes de la faveur divine. On vit une flamme voltiger autour de sa tête pendant qu'il dormait, et s'éteindre quand il se réveilla. Témoin de ce prodige, la reine Tanaquil prit en vive affection le protégé des dieux : après la mort de Tarquin elle lui assura la royauté.

i9. Insticnclons de Servius. — Servius donna à Rome l'étendue qu'elle eut sous la république, en réunissant à la ville, par une muraille, les trois collines appelées le Viminal, l'Esquilin et le Quirinal ; puis il la partagea en quatre quartiers ou tribus urbaines, chaque quartier ayant son tribun, qui dressait les listes pour les contributions et le service militaire. Le territoire fut divisé en vingt-six cantons nommés aussi tribus, et tout le peuple, d'après la fortune de chaque citoyen, en six classes et en cent quatre-vingt-treize centuries : mais chaque classe fut divisée en un nombre inégal de centuries , de manière à assurer la majorité aux riches, quand chaque centurie représenta un suffrage. La sixième classe, comprenant tous les pauvres, accensi, n'avait qu'une centurie, c'est-à-dire qu'une voix, bien rarement utilisée. A l'armée les accensi, armés seulement de pierres, suivaient les légionnaires. On en voit encore un sur la colonne Trajane.

Au dehors, Servius conclut une alliance avec les trente villes jatines, et, pour mieux en serrer les nœuds, on

éleva, à frais communs, un temple à Diane sur le mont Aventin. Une guerre contre les Véiens et les Étrusques se termina, pour Rome, par un accroissement de territoire; mais la distri bution de ces terres que Servius fit aux pauvres augmenta encore la haine des patriciens, dont il avait, par ses lois, considérablement diminué la puissance. Aussi favorisèrent-ils la conspiration qui se forma contre le roi AccensuB de la colonno Trajane. populaire.

* 30. Meurtro de Ser-

vius (634). — Les deux filles de Servius avaient épousé les (Jeux fils de Tarquin TAncien, Lucius et Aruns. Mais Tambitieuse Tullie avait été fiancée à Aruns, le plus doux des deux frères, et sa sœur à Lucius, qui mérita, par son orgueil et sa cruauté, le surnom de Superbe. Tullie et Lucius ne tardèrent pas à se comprendre et 9, unir leurs criminelles espéranceà. Tullie se débarrassa par le poison de son mari et de sa sœur, pour épouser Lucius. Accablé de douleurs, Servius youlut déposer la couronne et établir le gouvernement républicain. Ce fut le prétexte que prit Lucius, d'accord avec les patriciens, pour le renverser. Un jour, tandis que le peuple était aux champs pour la moisson, il . parut dans le sénat revêtu des insignes de la royauté, précipita le vieux roi du haut des degrés qui conduisaient à la curie* et le fit tuer par ses affidés; Tullie, accou-

1. La curie était, comme on Ta vu page 14, une division du peuple romain,

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rant pour saluer roi son époux, fit rouler son char sur le corps sanglant de son père. La rue en garda le nom de via Scelerata. Mais le peuple n'oublia pas celui qui avait voulu fonder les libertés plébéiennes, et chaque annéq il fêtait la naissance du bon roi Servius (53{^).

2f . Tarqnla le Snperbe (S34)i sa puissance et sa ernanté. — Au roi succéda le tyran. Entouré d'une garde de mercenaires et «secondé par une partie des sénateurs qu'il avait gagnés, Tarquin gouverna sans souci des lois, dépouillant les uns de leurs biens, bannissant les autres, et punissant de mort tous ceux qui lui inspiraient des craintes.

Pour affermir son pouvoir, il s'allia avec des étrangers et donna sa fille à Mamilius, dictateur de Tusculum. Les Latins n'étaient que des alliés : il en fit des sujets et les contraignit d'obéir. La ville latine de Gabies menaçait de se révolter, malgré la présence d'un des fils du roi. Celui-ci effrayé fit demander conseil à son père. Tarquin ne répondit pas, mais il mena l'envoyé dans le jardin du palais, et, en se promenant, il abattait avec une baguette la tète des pavots qui s'élevaient au-dessus des autres. Le fils comprit ce terrible apologue et fit mettre à mort les plus notables citoyens de Gabies.

a«. Le CapUole. — Gomme son père, Tarquin aiipait la magnificence. Il appela d'habiles ouvriers étrusques et acheva les égouts et le Gapitole. En creusant dans le sol pour jeter les fondements de cet édifice, on trouva une tête qui semblait fraîchement coupée. Le roi l'avait fait placer là pour fournir aux augures l'occasion de déclarer que ce mystère signifiait que le nouveau temple serait la tête du monde.

23. Les livres sibyllins. — Au-dessous du Gapitole, on renferma dans un coffre des livres sibyllins, recueil de phrases obscures où l'on s'ingéniait à trouver un sens prophétique. Une prophétesse, la sibylle de Gumes, était venue, sous les traits d'une vieille femme, offrir

mais on donnait aussi ce nom aux édifices où se tenaient certaines assemblées, ^et particulièrement celles du sénat.

au roi de lui vendre neuf livres. Sur son refus, elle en brûla trois et revint demander la même somme pour les six autres. Un second refus lui en fit brûler trois encore. Tarquin, étonné, acheta ceux qui restaient au prix qu'elle voulut, et les confia à la garde de deux patriciens.

24. BrnlnB à Delphes. — Cependant des signes menaçants effrayèrent la famille royale. Afin de connaître les moyens d'apaiser les dieux, Tarquin envoya consulter Toracle de Delphes, dont la réputation avait pénétré jusqu'en Italie.Xes députés étaient ses deux fils et son neveu Brutus, qui contrefaisait l'insensé pour échapper aux craintes soupçonneuses du tyran. Quand le dieu eut répondu, les jeunes gens demandèrent lequel des fils du roi le remplacerait sur le trône : « Celui-là, dit la Pythie, qui embrassera le premier sa mère. » Brutus comprit le sens caché de l'oracle : il se laissa tomber et baisa la terre, notre mère commune. Déjà, pour toute offrande, il avait remis aux prêtres un bâton grossier. Les princes riaient de l'offrande du pauvre fou, mais le bois était creux et Brutus y. avait introduit un lingot d'or. Les prêtres comprirent que Brutus cachait sous les apparences de la folie son génie et ses espérances.

25. Laerëee. — A leur retour, ils trouvèrent Tarquin sous les murs d'Ardée, capitale des Rutules. Les opérations traînaient en longueur, et les jeunes princes cherchaient à tromper par des fêtes et des jeux les ennuis du siège. Un jour ils disputèrent sur le mérite de leurs femmes : un d'eux proposa pour en juger d'aller les surprendre dans leurs demeures. On monte à cheval, on court à Rome, et on trouve les filles du roi au milieu des plaisirs : mais, à Collatie, Lucrèce, épouse de Tarquin Gollatin, filait au milieu de ses femmes et veillait aux soins domestiques. Tout d'une voix elle fut proclamée la plus sage. Cette vertu fit naître une pensée coupable dans le cœur de Sextus, un des fils du roi, H revint seul et armé. Lucrèce se tua pour ne point survivre à un déshonneur involontaire.

LES rois; histoire légendaire. 27

26 Chute de Tarqnln (Sf O).— -Le sang de la chaste victime retomba sur la tête des Tarquins. Brutus, en apprenant l'attentat, juge que le moment est veïiu de renverser cette tyrannie abominable. Il porte le corps sanglant de Lucrèce à Rome, il appelle à la vengeance le sénat, que Tarquin a déciipé, le peuple, qu'il a accablé, pour ses constructions, d'odieuses corvées, et un sénatus-consulte proclame la déchéance du roi, son exil et celui de tous les siens. Puis il court au camp, soulève l'armée, et Tarquin est réduit à fuir chez les Étrusques.

Cette même année, Athènes se délivrait de la tyrannie des Pisistratides (510).

ftH, Éléments de la mythologie romaine. — L'ancienne religion du Latium et des premiers Romains était simple et dérivait des nécessités de la vie, des travaux des champs, des impressions d'admiration ou d'effroi causées par cette belle et mobile nature. Un des traits qui la distinguent, c'est la supériorité morale de ses dieux sur beaucoup de divinités grecques où orientales : ainsi Vesta, Ja vierge qui garde à la fois le foyer domestique et le foyer public; les dieux Pénates, protecteurs de la vie humaine et de la cité ; Jupiter, arbitre du monde physique et du monde moral, père nourricier et suprême conservateur; le dieu Terme et la Bonne Foi, qui punissent la fraude; et ce culte touchant des Mânes qui, rendant la vie aux êtres qu'on avait aimés, montrait les aïeux veillant, par delà le tombeau, sur ceux qu'ils avaient laissés parmi les vivants. Gardiens de la propriété, de la foi conjugale et de la justice, protecteurs de l'agriculture, dispensateurs de tous lejB jjiens terrestres, ces dieux président aux actions des hommes sans partager leurs passions, mais aussi, il faut bien le dire, sans élever leur esprit au-dessus des préoccupations égoïstes du bien-être et de la sécurité. Ils ne provoquèrent pas, •comme les légendes de l'Olympe hellénique, un prodigieux essor de poésie et d'art. Ce furent des divinités obscures à qui l'on ne de-

mandait pas le beau, mais l'utile : Sator^ la semence; Ops, le travail des champs ; Flora^ la déesse des jardins et des fleurs ; Seia, qui veille aux blés mis en terre ; Matura, qui les fait mûrir; Rubigo^ qui les protège contre la rouille, etc. Du moins ces divinités modestes ne sont ni exigeantes ni cruelles : pour offrandes, elles se contentent de fruits, de fleurs, des prémices de la moisson ou du troupeau, de libations faites avec le lait et le vin. Un autre caractère de ces dieux est leur multitude infinie : Varron en comptait jusqu'à six mille. . L'individu, la corporation, avaient, de plus, leur génie protecteur. Les empereurs, après que le sénat aura décrété leur apothéose, seront honorés comme les génies tutélaires de l'empire : Divus Augustus,

Quelques dieux s'élevaient cependant au-dessus de cette plèbe divine, decuriones deos^ par l'éclat de leur rôle et le nombre de leurs adorateurs : ainsi, Janus, le grand dieu italique, le Soleil, qui voit, tout grâce à son double visage, le portier du ciel qui ouvre et ferme le jour et qui, durant la paix, tenait clos dans son temple le génie malfaisant de la guerre ; Saturne, le dieu de l'âge d'or; Jupiter, le roi du ciel; Mars, le symbole de la force virile; Junon la secourable, sospita; Minerve, la déesse du bon conseil ; Gérés, la protectrice des moissons; enfin les grandes divinités de la Grèce à qui les Tarquins avaient ouvert les portes de Rome. Jupiter, ce très-bon, très-grand, » régnait au Gapitole, chastement entouré de sa famille divine, Junon son épouse et Minerve sa fille.

es. Collé|p«8 , saeerdotaux. »-< Le premier de tous était celui des quatre pontifes présidés par le Pontifex maximus, titre que prendront les empereurs et qui leur assurera une de leurs plus importantes prérogatives, car les pontifes étaient chargés de maintenir le culte et de juger toutes les questions religieuses. Ensuite venaient les deux flajnines de Quirinus et de Mars, dieux protecteurs de Rome; le flamine diai ou prêtre de Jupiter ; les quatre vestales, vierges sacrées

qui 'devaient entretenir le feu perpétuel de Vesta ; les douze frères Arvales, flamines de Gérés, qui, chaque année, à la pleine lune de mai, célébraient les Ambarvalia en faisant le tour des champs, pour bénir les biens de la terre, solennité que rappelle notre fête touchante des rogations; les douze saliens, auxquels était confiée la garde du bouclier de Mars * ; les vingt féciaux, conservateurs du droit international, et les quatre augures, dépositaires d'une science ou plutôt d'une superstition grossière qui prétendait reconnaître la volonté des dieux dans les phénomènes de la nature. Tarquin appela un certain nombre de ces prêtres chargés de donner le sens des signes, et, pour accroître aux yeux du peuple l'autorité de leurs paroles, il ménagea la scène suivante : « Augure, dit-il un jour à Navius au milieu d'une assemblée, la chose à laquelle je pense peut-elle se faire? — Oui, répondit l'augure après avoir observé le ciel. — Coupe donc ce caillou avec un rasoir.» ^^^^.^^^^ sacerdotaux ». L'augure le prit et le coupa.

Dès lors personne n'osa douter de la science des augures. Grâce à leurs leçons, les Romains ne tardèrent pas à devenir le peuple le plus superstitieux de l'univers. Les moindres accidents semblaient des avertissements célestes. Un faux pas, un bruit inaccoutumé, une tristesse subite et involontaire, le pétillement de la flamme, les mugissements de la victime immolée sur l'autel, son agonie lente ou rapide, la couleur et la

i. Voyez page Set 19.

2. Gravure empruntée diXX Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines. On y voit IMccrra, ou coffret dans lequel se mettait l'encens pour le sacriflce, la peau de la victime que le prêtre attachait à sa ceinture, et le Lituus^ ou bâton sans nœuds, dont une des extrémités était recourbée et qui servait aux augures pour tracer sur la voûte du ciel les divisions idéales dont ils se servaient pour observer et interpréter les phénomènes. Les guirlandes sont celles qu'on attachait aux colonnes- ou au fronton du temple.

30 CUAPITHE n.

forme des entrailles, tout fut présage pour TÉtat comme pour Tindividu; et la grosseur du foie d'une victime, ou Tappétit inégal des poulets sacrés, amenèrent souvent les décisions les plus graves.

Ainsi, les sacerdoces étaient nombreux* Mais il faut faire pour Rome la même observation que pour la Grèce: ses prêtres ne formaient point une caste, pas même une classe à part dans la ville. C'étaient des citoyens investis habituellement d'autres fonctions militaires ou civiles, et qui ne prenaient leur rôle religieux qu'aux jours des fêtes nationales. A Rome comme à Athènes, il y avait en quelque sorte deux religions : celle de TÉtat, dont les rites étaient accomplis par les magistrats dans les temples de la cité ; celle des particuliers, qui était observée dans chaque maison. Tout chef de famille était prêtre chez lui, pour sa femme, ses enfants et ses clients ; il avait ses dieux particuliers, ses pénates, et devant leur image il faisait des libations ou déposait des offrandes; ce qui ne l'empêchait pas d'honorer, après les dieux du foyer domestique, ceux de l'État, de sacrifier à leurs autels^ et d'augmenter la pompe des cérémonies, en se mêlant à la foule de leurs adorateurs. Le Romain était donc rattaché par un double lien à la religion de ses pères, et, tant qu'il y resta fidèle, il conserva les mœurs fortes et pures qui/ firent sa fortune*

etablissement de la république; les patriciens et les plébéiens; consuls; dictateurs; tribuns;

COMICES par curies, PAR CENTURIES, PAR TRIBUS.

1. Les patriciens, le sénat et les clients. — 2. Les plébéiens. — 3. Assemblée centuriate. — 4. Les consuls. —■ 5. Les fils de Brutus. — 6. Mort de Brutus. — 7. Valerius Publicola. — 8. Guerre contre Porsenna. — 9. Horatius Codés, Mucius Scœvola, Clélie. — 10. Misère des plébéiens. La dictature. — 11. Bataille du lac Régille (496). — 12. Mort de Tarquin. — 13. Retraite du peuple sur le mont Sacré (493). — 14. Le tribunat. — 15. Loi agraire de Spurius Cassius (486). — 16. Les Fabiiis au Crémère (477). — 17. Progrès de la puissance des tribuns. — 18. Coriolan (490). — 19. Cincinnatus.

*f • Les patrieiens, le sénat et les ellents. -^ Il y

avait deux peuples à Rome, les patriciens et les iplé-^ hémns^populitëetplebs. Les premiers étaient les descendants des fondateurs de la ville, Içs fils des compagnons de Romulus et de Tatius. Ils formaient le peuple souverain, et, réunis sur le forum ou place publique, ils faisaient les lois, décidaient de la paix ou de la guerre, nommaient le roi comme les autres magistrats, et ju* geaient en dernier ressort. Ainsi Horace, condamné à mort par les magistrats, en appela au peuple de cette sentence et fut absous par lui. Quand les patriciens se réunissaient au forum, ils se partageaient en trois tri^ biiSy et chacune de Ces tribus se divisaient en dix curies. Il était difficile de réunir rassemblée générale des patriciens toutes les fois qu'il y avait une décision à prendre. Aussi aVait-on établi une assemblée particulière appelée sénat, qUi veillait aux intérêts de la cité et qui était forinée originairement par les chefs des fa^

milles patriciennes, gentes^. C'était d'ailleurs Fusage des villes italiennes d'avoir à leur tête une réunion de personnes notables, une sorte de conseil des anciens. A Rome, il y eut d'abord cent sénateurs. Après la réunion avec les Sabins, ce nombre fut doublé parce qu'on prit cent autres sénateurs dans le nouveau peuple, ce furent les patres majorum gentium. Tarquin l'Ancien porta leur nombre à trois cents en créant les patres minorv/m gentiwm.

Chaque patricien ou patron, car ces deux mots eurent longtemps à Rome la même signification, avait un certain nombre de clients^, gens pauvres qui s'attachaient à sa fortune, se dévouaient à ses intérêts et faisaient comme partie de sa. famille. Sur le champ de bataille, le client devait défendre son patron ; à la ville, il lui faisait cortège et, au besoin, l'aidait à doter sa fille ou à payer une amende. Le patron à son tour défendait son client en justice, lui expliquait la loi, le soutenait partout de son crédit et lui donnait un petit champ sur ses terres.

». Les plébéfens. — Les patriciens avec leurs clients formaient le vrai peuple romain, celui qui avait tous les droits publics, qui faisait les lois et qui nommait les magistrats. Mais il y avait à Rome une autre classe d'hommes qui composait comme un second peuple, les plébéiens : c'étaient d'anciens habitants des lieux où Rome s'était élevée*, des gens du voisinage, des hommes attirés par l'asile, des vaincus transportés dans la cité, qui vivaient à l'abri de ses murailles, sous la protection du roi et des patriciens, mais qui, étrangers à ceux-ci, n'étaient point confondus avec eux et ne pre-

1. Une<]fen5 n'était pas une famille, c'était plutôt un clan formé: i^ de la famille naturelle, je veux dire de tous ceux qui de près ou de loin tenaient, par

^ le sang à l'auteur de cette race ; 2» de la famille légale, je veux dire des clients qui s'y étaient rattachés : ainsi, quand la gens Appia vint s'établir à Rome, elle comptait pli^ de cinq mille personnes ; ainsi encore la gens Fabia était composée de trois cent six Fabius et de quatre mille clients. Les premiers clients furent sans doute des parents éloignés du patron.

2. D'anciennes traditions parlent d'une ville latine qui aurait existé sur le Palsctin avant la ville de Homulus. •

naîent aucune part aux affaires publiques, ne votaient pas dans les assemblées et ne pouvaient arriver aux magistratures. La division qui séparait ces deux peuples était si profonde, qu'il était interdit aux plébéiens d'épouser des patriciennes et aux patriciens de s'unir à des plébéiennes. Presque toute l'histoire intérieure de Rome se rapporte aux efforts faits par les plébéiens pour obtenir l'égalité av«c les patriciens.

3. Assemblée eentarlate. — On sentit de bonne heure le danger de cette division. Le roi Servius voulut la faire disparaître. Redoutant d'ailleurs l'inimitié des patriciens, il chercha l'appui du peuple inférieur, et proposa un classement nouveau de tous les habitants de Rome où la distinction d'origine serait effacée. Les patriciens et les plébéiens, cette fois réunis, furent divisés d'après le cens, c'est-à-dire d'après la fortune de chacun, en six classes et en cent quatre-vingt-treize centuries qui durent former l'assemblée souveraine ou assemblée centuriate, très-différente de l'ancienne assemblée curiate, qui ne comprenait que les patriciens. La première classe, celle des citoyens possédant au moins 100 000 as (environ 8000 fr.), fut subdivisée en quatre-vingt-dix-huit centuries, c'est-à-dire que les riches, après l'expulsion des rois et lorsque ces centuries représentèrent des suffrages, eurent quatrevingt-dix-huit votes, tandis que les cinq autres classes réunies n'en avaient que quatre-vingt-quinze, puisqu'elles n'étaient partagées qu'en quatre-vingt-quinze centuries» La prépondérance dans l'assemblée centuriate était donc assurée aux riches, et, lorsqu'ils étaient d'accord, il était même inutile de demander le vote des autres classes , la première formant à elle seule la majorité des suffrages nécessaires, quatre-vingt-dix-huit sur cent quatre-vingt-treize. Cette réforme tomba avec Servius. Mais, quand les patriciens eurent senti la tyrannie de Tarquin, ils ne voulurent plus rester exposés aux caprices d'un inaître impérieux et cruel, et ils revinrent d'eux-mêmes, en 150, à k constitution

BIST. ROMAIKBy cl. d^ 4*< ^3 .

34 CHAPITRE m.

du roi Servius et à rétablissement de l'assemblée centuriate. On vient de voir que celle-ci, par la manière dont elle était formée, assurait tout pouvoir aux riches, c'est-à-dire aux patriciens.

4. Les consuls. — Tarquin chassé, les patriciens, qui avaient eu beaucoup à souffrir du dernier roi, firent déclarer par le sénat la royauté abolie et la remplacèrent par un gouvernement qui fut tout entier dans leurs mains. Deux d'entre «ux, sous le nom de censuls^ furent investis par l'assemblée centuriate de presque toutes les prérogatives qu'avaient eues les rois, mais ne les exercèrent qu'une année, de sorte que chaque patricien put espérer que lui-même ou un des siens arriverait à cette charge. Ge partage et la courte durée du commandement empêchaient en outre les nouveaux chefs de l'État de se rendre jamais redoutables à l'ordre des patriciens. Pour intéresser le peuple à cette révolution aristocratique, on lui distribua les terres qui formaient le patrimoine du roi exilé.

5. Les fils 4e Brnttis. — ^ Cependant les Tarquins avaient obtenu l'assistance des villes étrusques : Tarquinies et Véies firent demander à Rome le rétablissement du roi ou du moins la restitution de ses domaines et des biens de ceux qui l'avaient suivi. *Gette négociation cachait une intrigue, car, tandis que Je sénat délibérait, les députés séduisaient un certain nombre de jeunes patriciens qui préféraient le service brillant d'un prince au règne des lois. Mais un esclave, Vindex, découvrit le complot, et les coupables furent saisis : parmi eux se trouvèrent les deux fils de Brutus, alors consul. Il étouffa dans son cœur les sentiments de la nature

1. Les consuls, premiers magistrats de la république, convoquaient et présidaient le sénat, faisaient les levées, commandaient les armées et, dans Torigine. administraient les finances et la justice. Douze licteurs, portant chacun des faisceaux de baguettes du milieu desquels sortait une hache, les précédaient pour leur ouvrir un passage au milieu de la foule ou exécuter leurs ordres, soit qu'il fallût battre de verges un coupable ou lui trancher la tête. Les consuls gouvernaient alternativement chacun pendant un mois ; on désignait l'année par leur nom en disant, par exemple, le fait s'est passé sous le consulat de JunittsBrtltus et de Tarquin CoUatin.

pour n'écouter que ses devoirs déjuge, et il ordonna le supplice de ses enfants.

6. Mort de Brntiis. — Après ce gage terrible donné à la liberté de son pays, Bru tus lui' sacrifia encore sa vie. Les Véiens et les Tarquiniens marchaient sur Rome,

Junîus Brutus»

il alla à leur rencontre, et, apercevant à |leur tête un des fils du roi, Aruns, il se précipita sur lui et tomba mortellement blessé, mais il avait aussi percé de sa lance son adversaire. Les Étrusques, vaincus, s'enfui-

1. Portrait non authentique, mais traditionnel. Ce bronze est à Rome, au musée du Gapitole.

rent; le corps du consul fut ramené à Rome en grande pompe, et, pour honorer le vengeur de Lucrèce, les matrones romaines portèrent durant une année le deuil de Brutus.

7. Valerins Pablieola. — Cette même année, la première de la république, le consul Valerius proposa à rassemblée et fit adopter une i^érie de lois qui lui valurent le surnom de Publicola ou d'ami du peuple. On décréta la peine de mort contre quiconque aspirerait à la royauté. Les licteurs des consuls durent abaisser leurs faisceaux devant le peuple assemblé dans ses comices, et en ôter les haches dans l'intérieur de la ville. Enfin, il fut établi qu'un citoyen pourrait toujours en appeler à l'assemblée du peuple des jugements rendus par les magistrats.

Malgré tous ces services, Valerius devint un jour sus- .pect. Il avait une maison en pierre bâtie au-dessus du forum, sur le mont Gapitolin, et quelques-uns disaient qu'il en voulait faire une forteresse pour de là opprimer la liberté publique. En une nuit, Valerius la fit démolir.

8. Guerre eontre Porsenna. -» Rome n'en avait pas fini avec Tarquin. Les Étrusques étaient maîtres alors d'une partie considérable de l'Italie. Us virent dans la révolution qui venait de s'opérer chez les Romains un moyen de se saisir de leur ville et de tout le pays latin. Porsenna, roi de Glusium, ayant pris en main la cause des bannis, ils accoururent en foule autour de ce puissant chef, et Rome se vit menacée du plus grand péril qu'elle eût encore couru.

9. Horatins Coelés, Blaeias Seaevola, Clélle« — A n'écouter que Tite Live, le grand historien de Rome, de nombreux actes de courage et d'héroïsme écartèrent le danger. Les Étrusques, dit-il, ayant chassé les Romains du Janiçule, que le Tibre sépare de la ville, on vit Horatius Goclès défendre seul le pont Sublicius contre l'armée entière des Étrusques. Il donna ainsi le temps à ses compagnons de couper le pont derrière lui. Cela fait et la communication avec Rome étant interceptée, il se jeta

tout armé dans le fleuve, qu'il traversa à la nage sous une grêle de traits. Un autre Romain, Mucius, résolut, pour mettre fin à la guerre, d'aller poignarder Porsenna dans son camp. Il revêt un costume étrusque et pénètre dans la tente royale. Deux hommes richement vêtus s'y trouvaient, mais l'un était entouré de plus de monde. Mucius s'approche, et le frappe. C'était un secrétaire qui distribuait la solde aux troupes. Saisi aussitôt et amené devant Porsenna, il est menacé de la torture. De lui-même il place sa main droite sur un brasier ardent, comme pour la punir de s'être trompée, et la regarde tranquillement brûler. Le roi étonné l'interroge : « Trois cents jeunes patriciens, répond-il, ont fait le serment de tuer le roi étrusque, et tous tenteront l'entreprise jusqu'à ce que l'un d'eux réussisse. » Porsenna admire et s'effraye. Il renonce à continuer une telle guerre et fait la paix avec ce peuple indomptable. Il veut pour otages dix jeunes garçons et dix jeunes filles. Parmi celles-ci est délie, qui s'indigne d'être aux mains de l'ennemi de sa Tacë. Elle persuade à ses compagnes de risquer tous les périls pour recouvrer leur liberté: elles s'échappent du camp, bravent la poursuite des Étrusques et leurs flèches, se jettent dans le Tibre et le traversent à la nage. Rome reconnaissante dressa une statue équestre à Glélie et donna à Mucius, qu'on appela le Gaucher (Scsevola), autant de terres que pourrait en circonscrire dans un jour le sillon d'une charrue. Horatius Goclès reçut aussi un vaste domaine, et dans une grande disette tous- les citoyens prirent sur leur nécessaire pour subvenir à ses besoins. Mais ces brillants récits cachent une défaite. Rome, au contraire, prise par Porsenna, fut soumise par lui aux plus dures conditions. Elle ne fut tirée de servitude qu'après que l'armée étrusque eut essuyé un grand désastre dans le Latium. f O. Hisère des plébéiens. I<a dielatnre. — A peine délivrée des Étrusques, Rome eut à combattre les Sabins. . Elle en triompha, mais ces guerres continuelles, que les soldats romains étaient obligés de faire à leurs frais,

dd CHAPITRE III.

épuisaient leurs ressources. Us contractaient bientôt des dettes, et, comme Tintérêt de l'argent était alors à un taux énorme, Tusure ruinait les plébéiens, et la ruine les menait à Tesclavage, même à la mort : car une loi cruelle reconnaissait au créancier le droit de faire du débiteur insolvable son esclave. S'il y avait plusieurs créanciers, ils pouvaient vendre le débiteur et se partager le prix, .ou même le tuer et couper son corps, dont chacun prenait un morceau.

Les plébéiens demandèrent d'abord que le sénat soulageât leur misère en déclarant les dettes abolies, puis, n'ayant rien obtenu, ils refusèrent de servir dans les légions. Pour vaincre cette résistance, le sénat créa une magistrature extraordinaire investie de pouvoirs illimités : ce fut la dictature. Le dictateur marchait précédé de vingt-quatre licteurs qui dans Rome même gardaient les haches de leurs faisceaux. Il avait droit de vie et de mort sur tous les citoyens. Son autorité surpassait assurément celle des anciens rois : mais on décréta qu'il ne resterait en charge que six mois.

11. Bataille du lae Résille (496). — Abandonné par Porsenna, Tarquin avait soulevé le Latium, grâce à l'appui de son gendre Octavius Mamilius, dictateur de Tusculum, et Rome se trouva de nouveau en péril. Ce fut le prétexte que prirent les patriciens pour instituer la dictature. Le peuple, effrayé par l'appareil menaçant de la nouvelle magistrature, s'enrôla, et l'on marcha contre les Latins. L'action s'engagea près du lac Régille (496).

Le récit de cette bataille mémorable a encore été embelli, comme toute la primitive histoire de Rome, par l'imagination populaire. On faisait cette fois intervenir les dieux mêmes dans la mêlée. On avait vu, disait-on, deux jeunes guerriers d'une haute stature montés sur des chevaux blancs marcher à la tête des légions et, -les premiers, franchir les retranchements ennemis. Mais, quand le dictateur Aulus Posthumius voulut leur donner les colliers d'or et les riches présents promis à

ceux qui entreraient les premiers dans le camp royal, ils avaient disparu. Le soir même on vit à Rome deux héros couverts de sang et de poussière qui lavèrent leurs armes à la fontaine de Juturne et annoncèrent au peuple la victoire : c'étaient Castor et Pollux. En preuve de la vérité de ce récit, on montra pendant des siècles l'empreinte gigantesque d'un pied de cheval sur le roc du champ de bataille. Les peuples, comme les enfants, s'amusent longtemps de légendes merveilleuses.

12. Mmrt de Tarqain. — La victoire fut sanglante. Des deux côtés la plupart des chefs périrent. Le dernier fils de Tarquin succomba. Le vieux roi lui-même, blessé d'un coup de lance, ne survécut à toute sa race que pour aller achever' une vieillesse misérable auprès d'Aristodème, tyran de Gumes (495).

13. Betraite du peuple sur le mont Sacré (493). — La victoij-e du lac Régille, en rassurant pour jamais les patriciens contre le retour des Tarquins, les rendit plus orgueilleux et plus durs. Mais le peuple se lassa des promesses qu'on lui faisait dans le danger, et qu'on oubliait après le triomphe. En 493, l'armée abandonna les consuls et se retira sur le mont Sacré (colline située audelà de l'Anio), tandis que ceux des plébéiens qui n'avaient pas prêté le serment militaire s'emparaient de TAventin, la plus forte position de Rome après le Gapitole. La ville se trouva comme déserte. Les patriciens effrayés députèrent aux soldats dix consulaires parmi lesquels Menenius Agrippa.

Cet homme de bien, qui avait l'éloquence du cœur, était aussi aimé du peuple qu'estimé des patriciens. Il conta aux plébéiens l'apologue des membres et de l'esto* mac. « Les membres, dit-il, s'imaginant un jour que l'estomac jouissait sans rien faire du fruit de tous leurs efforts, refusèrent' de travailler pour lui : mais bientôt, ne recevant plus eux-mêmes la nourriture et la force qu'il leur distribuait, alanguis, épuisés, ils sentirent que la vie allait leur échapper, s'ils persistaient dans leur révolte. » La fable fut comprise, on traita.

40 CHAPITRE m.

Les sénateurs consentirent à ce que tous les esclaves pour dettes fussent affranchis et les débiteurs insolvables libérés. Mais, avant de rentrer dans la ville, le peuple voulut qu'on lui donnât des garanties que ces promesses seraient exécutées. On Tavait tant de fois trompé qu'il craignait d'être encore dupe.

14. lie tribunat. — Alors il fut convenu que les plébéiens auraient deux magistrats de leur ordre chargés spécialement de venir en aide au débiteur maltraité et d'empêcher qu'un plébéien pût être emprisonné pour dettes sur la sentence des consuls. Ces magistrats reçurent le nom de tribuns. Aixcnn signe extérieur ne devait les distinguer de la foule, mais leur personne était inviolable et sacrée. De plus, ils n'avaient qu'à dire le mot veto (je m'oppose)^ pour suspendre les décisions du sénat et des magistrats. Représentants des pauvres, il leur était interdit de sortir de la ville pendant l'année de

leur charge, et les portes de leur maison devaient rester ouvertes nuit et jour, afin qu'on pût toujours invoquer leur protection. Le peuple nom- Monnaie de deux édiles plébéiens». ^^ en même temps deux

édiles qui furent les administrateurs, et, pour certaines contestations, les juges de la communauté plébéienne, comme les tribuns en étaient les chefs politiques. A partir de l'établissement du tribunat, l'histoire intérieure de Rome ne sera que la lutte des plébéiens, dirigés par leurs tribuns, contre les patriciens, qui ont à leur tête le sénat et les consuls. fS. Loi agraire de 8purlas Cassias (486] • — Les terres enlevées par les légions aux peuples qu'elles

1. Cette monnaie représente deux édiles plébéiens, Marcus Fanius «t Lucius Gritonius, siégeant sur le hisellium^ siéçe à deux places et à pieds droits, différent de la chaise curule, qui avait les pieds recourbés (voyez p. 53). La face représente une tète couronnée d*épis, signe de la fonction principale des édiles : U police des marchés et la surveillance des approvisionnements.

avaient vaincus formaient ce qu'on appelait le domaine public du peuple romain. Pour tirer un revenu de ces terres, le sénat les louait au plus offrant. C'étaient les riches, les patriciens, qui les prenaient en ferme, mais bientôt, avec la connivence du sénat, le prix du bail cessait d'être payé, et alors rien ne distinguait plus les terres publiques des propriétés particulières. Spurius Gassius, trois fois consul et triomphateur, voulut qu'une partie de ces terres fût partagée entre les nécessiteux, et de plus que les fermiers payassent régulièrement la redevance pour ce qui leur serait laissé. C'est la première des lois agraires, et l'on voit qu'elle était absolument juste.

Mais cette usurpation des terres publiques était la principale source des fortunes patriciennes : les grands, menacés dans leurs intérêts, eurent recours contre Gassius à une tactique déloyale. Ils l'accusèrent d'aspirer à la royauté et le firent condamner à être battu de verges et frappé de la hache (486).

16. L.es Fabius an Crémére (477). — La mort de Cassius était une défaite pour les plébéiens. Un grand désastre public fut pour eux l'occasion d'un succès. Les Fabius, au nombre de trois cent-six, contraints de s'exiler de Rome, étaient allés avec leurs quatre mille clients se poster en face des Véiens, sur les bords du fleuve Crémère, où ils soutinrent quelque temps avec leurs seules forces tout le poids de la guerre. Vainqueurs en plusieurs rencontres, ils se laissèrent à la fin attirer dans une embuscade, et périrent tous sans que le consul Menenius, qui se trouvait dans le voisinage avec une armée, fît rien pour les sauver. Un seul Fabius, resté à Rome à cause de son bas âge, empêcha l'extinction de cette illustre race,

17. Progrès de la pnissanee des tribuns. ~- Les tribuns profitèrent de la douleur publique pour accuser le consul de trahison, et celui-ci, certain d'une condamnation, se laissa mourir de faim (476). Dès lors les tribuns s'arrogèrent le droit de citer par-devant l'assemblée du

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peuple les consuls qui s'étaient montrés dans leur charge ennemis de la chose populaire. Cinq ans après, les tribuns Volero et Letorius obtinrent encore que les assemblées par tribus^ ^ où la majorité appartenait aux plébéiens, aux pauvres, pourraient rendre des décrets, nommée plébiscites (471), qui ne seront en ce moment obligatoires que pour les plébéiens, mais qui le deviendront pour tout le monde en 339. Ainsi ces hommes qui un siècle auparavant n'étaient rien dans la cité ont maintenant des chefs, le droit de se réunir et celui de faire des lois.

18. Coriolan (490). — Ces luttes domestiques étaient mêlées de guerres extérieures. La plus célèbre est l'invasion des Volsques sous la conduite de Coriolan. C'était un patricien nommé Marcius, et surnommé Coriolan parce qu'il avait le premier franchi les murs à la prise de Corioles. D'un courage héroïque, il était fait pour servir utilement son pays et il eût sans doute laissé une mémoire glorieuse, s'il eût moins obéi aux conseils de la colère. Il croyait avoir mérité le consulat et le demanda. Le peuple, blessé de sa hauteur, refusa de l'élire. Il en fut vivement irrité, et, une famine étant survenue, il engagea le sénat à ne distribuer aux plébéiens le blé que Gélon venait d'envoyer de Sicile à Rome que s'ils renonçaient à leurs tribuns. Les tribuns entendirent

i. A Rome, trois sortes d'assemblées ou de comices : 1» à l'origine, l'assemblée curiate divisée en quatre-vingts curies, exclusivement composée de patriciens (voy. p. 32) ; 2" après l'établissement de la république, l'assemblée centuricUe, divisée en cent quatre-vingt-treize centuries, où dominaient les riches (voy. p. 33-34) ; 3«en 471, l'assemblée par tribus, divisée en trente-cinq tribus suivant la division géographique du sol romain ; tout le peuple y votait sans distinction, et les plébéiens, les pauvres, étant les plus nombreux, les intérêts populaires y étaient le mieux défendus. L'assemblée curiate tomba rapidement en désuétude après l'abolition de la royauté, et, pour les actes religieux ou de législation civile qui avaient besoin de sa sanction, elle fut représentée par trente licteurs sous la présidence du grand pontife. Les comices par centuries se tenaient dans le Champ de Mars, en dehors de la ville, parce que le peuple était censé y venir en armes ; ils devaient être annoncés trois nundines, c'est-à-dire trois jours de marché, à l'avance, autorisés par des auspices favorables et présidés par un magistrat qui recueillait les sufihrag^. L'assemblée écoutait les discours pour ou contre la proposition et acceptait celle-ci ou la repoussait sans la modifier. Un éclair, un orage ou tout autre signe funeste, faisait rompre l'assemblée. Au temps des guerres puniques, les comices par centuries et les comices par tribus furent fondus en une seule assenâblée dont on connaît mal l'organisation.

ce conseil funeste et citèrent aussitôt leur ennemi pardevant le peuple. Ni les menaces ni les prières des patriciens ne purent les fléchir. Goriolan fut condamné à l'exil. Il se retira chez les Volsques. Tullius, chef de ce peuple, excita dans le cœur de l'exilé le désir de la vengeance; il consentit à n'être que son lieutenant, et Goriolan marcha sur Rome à la tête des légions volsques.

Vèturia et Goriolan *.

Aucune armée, aucune place lïe put l'arrêter; il vint jusqu'à 5 milles de la ville, ravageant les terres des plébéiens, mais épargnant à dessein celles des grands. En vain Rome essaya de le fléchir. Les plus vénérables des consulaires et les prêtres des dieux n'obtinrent qu'une dura réponse : il céda pourtant aux larmes de sa mère Veturia (490). Les Volsques regagnèrent leurs villes chargés de butin, mais ils ne pardonnèrent pas à

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