‹ Abrégé de géographie (volume 2)Chapitre 154 sur 320 · PERSE · texte numérisé non relu

PERSE

(Jette vaste région , qui embrasse les contrées élevées situées entre le bassin du Tigre et celui de l'Indus, forma à différentes époques et sous différentes dynasties l'empire de Perse. L'usage lui conserve encore cette dernière dénomination , quoique depuis long- temps elle ne soit plus soumise à un même souverain, et que les rois actuels de Perse n'étendent leur domination que sur la moitié occidentale de sa vaste surface. Le partage de la Perse eut lieu à la mort de Tamas Kouli-khan en 17/17. Actuellement elle compte quatre états indépendans, ce sont : le royaume tCJran ou de la Perse proprement dite; le royaume tle Kaboul ou des Ajgluxns; le royaume de Herat ou du K h a rouan Oriental; et la confédération des Beloutchi. Chacun de ces états va former un article à part dans cet ouvrage : mais d'abord nous devons rendre compte de la dénomination d'Iran que porte aujourd'hui l'empire du Chah. Ce mot Iran désignait sous les Da • rius et les Sapor toutes les contrées situées entre la Mésopotamie et l'Inde, par opposition au mot Touran par lequel on indiquait le pays des Scythes, et les contrées situées att nord de l'Oxus avec lesquels ces rots étaient souvent en guerre. C'est par un sentiment d'orgueil et un orgueil ridicule que le faible monarque de la Perse actuelle a remis en usage uu nom si imposant. Pour éviter les répétitions nous réunirons ici tout ce si: rapporte ;t ta religion , au gouvernement , à \ industrie et au eornmerec des états qui se sont formes du partage de la Perse.

RSZiîGlOIff. L'Islamisme estla religion professée par la grande masse de la population. Les Tadjiks ou Persans, les Ghelaki , les Louri ou Loures, les Hazares et les Beloulchi du district de Nourmanchir appartiennent à la secte des chutes; les Afghans, les Beloutchi du Bcloutchistan , les Tu iks , les Arabes et la plus grande partie des Kurdes sont sunnites. Les Hindous des provinces autrefois dépendantes de l'Inde professent la religion de Brahma. Celle de Zoroastre ou le Maoïsme est suivie encore par un petit nombre de Guèbres ou Parses. Le Christianisme est professé par les Arméniens divisés en arméniens proprement dits et en catholiques romains; leur nombre a beaucoup diminué depuis la cession de l'Arménie Persane à la Russie; quelques milliers d'individus professent les dogmes de Vêglisc Nestorienne. Les Juifs , qu'on rencontre toujours dans les plus grandes villes, professent le Judaïsme, et les Sabéens, le Sarkismk, devenu un mélange monstrueux de christianisme, de mahoinétismc et de magisme; ces derniers, ainsi que les Juifs et les Guèbres, sont très peu nombreux. Dans les montagnes de (a province de Lagman dans le royaume de Kaboul domine encore I'Idolatrie.

OOUTERmiSHT. Celui du royaume de Perse est le despotisme militaire le plus effréné; le pays et les habitans sont considérés comme la propriété du souverain , qui les gouverne d'après sa volonté absolue. Tout cela ne s'applique cependant qu'aux habitans sédentaires qui forment presque les huit neuvièmes de la population du royaume, et parmi lesquels on compte les Tadjiks ou Persans , les Ghelaki et quelques milliers d'Arméniens, d'Arabes, de Guèbres et autres peuples. Les Turks, les Kurdes, les Loures, les Arabes et les Beloutchi dans le royaume de Perse, les Afghans et d'autres tribus turques dans ceux de Kaboul et de Hérat, ainsi que les Beloutchi du Beloutchistan sont encore nomades et ne sont régis que par leurs khans respectifs, dont l'autorité est parfois très limitée; ils fournissent la presque totalité des soldats aux armées de ces états, et depuis long- temps ont été la cause principale des bouleversemens qu'ils ont subis. Les Turks sont la nation dominante du royaume de Perse; les Afghans, de ceux de Kaboul et de Hérat. Falh-Aly, le roi de Perse actuel, appartient aux Katchars, tribu turke. Plusieurs de ces tribus nomades ne sont que tributaires ou vassales ; quelques-unes sont même lout-à-fait indépendantes. Le gouvernement du Beloutchistan peut être regardé comme une monarchie représentative , puisque toutes les tribus des Beloutchi jouissent du droit d'élire leurs chefs ou seniors; mais il paraît que très souvent cette charge, une fois confiée à quelqu'un, devient héréditaire. Le gouvernement du royaume de Kaboul était une monarchie limitée héréditaire, dans laquelle le pouvoir des grands , l'organisation des tribus nomades, les usages et les coutumes des villes et des village* mettaient des bornes à l'autorité du souverain. Mais, désolé par la guerre civile et les invasions des Seïkhs , le royaume depuis le commencement de ce siècle n'a pas de gouvernement régulier; c'est une véritable anarchie. On doit en dire actuellement autant du royaume de Herat.

INDUSTRIE. La grande masse des Tadjiks, des Indiens, des Arméniens, des Guèbres et des Ghelaki s'adonne à l'agriculture et à l'industrie manufacturière. La plupart des Arabes et presque toutes les tribus des Turks, des Afghans, des Beloutchi et d'autres peuples nomades ne sontque pasteurs. Tous les Juifs , un grand nombre d'Arméniens et plusieurs Arabes s'adon-

lient au commerce ; les derniers infestent depuis long-temps ie golfe Pcrsique par leurs pirateries. L'agriculture, qui depuis long-temps se trouve dans la plus grande décadence , est cependant exercée en plusieurs endroits avec beaucoup d'activité et d'intelligence, malgré les obstacles qu'opposent, surtout dans le royaume de Perse, la nature du sol, disposé à se couvrir d'une couche saline, le manque de rivières et l'obstruction des canaux souterrains, et, dans tous ces états, les mauvais chemins, les guerres civiles et étrangères et les oppressions de tout genre, auxquelles les laboureurs et les propriétaires sont exposes de la part d'un gouvernement presque toujours tyranuique. Les Persans ont beaucoup de dispositions naturelles pour les arts mécauiques , et ils en ont porté quelques-uns à un grand degré de perfection. Ils excellent surtout dans la fabrication des sabres, dans la chaudronnerie, la parfumerie, la préparation des cuirs, dans la poterie, dans les manufactures de soies unies et brodées, des tapis, des feutres, des toiles peintes et des châles.

OOMMXECE, Ces états, n'ayant aucune marine militaire, ni marchande, font tout leur trafic par terre ; le commerce maritime, qui n'a quelque importance que dans le royaume de Perse , est entre les mains des Arabes côtiers, ainsi que dans celles des Anglais au sud, et des Russes au nord, Lecanimrrcc intérieur n'est pas aussi actif et aussi important qu'il pourrait être, à cause du mauvais état aes grands chemins et de leur peu de sûreté. Les principaux ports sur le golfe Persiquc sont : .ibottchclir et Bvndvr-Abbassi; ce dernier est bien déchu ; Enzili et Bal/rouch sont les ports les plus marchands sur la mer Caspienne. Le commerce terrestre se fait, par des caravanes, avec le Turkestan, la Turquie Asiatique, et, à travers le Turkestan et l'Afghanistan, avec la Russie, l'Inde et la Chine. Les villes qui y participent le plus sont: Tauriz, Kirmanchah, H amadou , Kachan , Jspahan, Chiraz, Balfrouch , Mechhed et Nichabour dans le royaume de Perse; Kaboul, KandaJiar et Qhazna , dans celui de Kaboul ; IL rat dans celui de ce nom. Les principaux articles d'F.xpoRTATioN sont : perles, soie, chevaux, chameaux, poil de chèvre et de chameaux, peaux d'agneaux, ammoniaque, naphte, ambre et turquoises, cuivre, soufre, riz, garance, noix de galle, safran , raisin sec, dattes, pistaches, opium, noix , amandes, tragant, salep, coton, tabac , étoffes de soie et de coton , chAles, draps grossiers, tapis, * feutres, maroquins et autres peaux préparées, eau-de-rose, assa-fœtida, henneh, ouvrages en cuivre et en acier, tuyaux de pipes à tabac, etc. Les principales importations consistent en indigo, cochenille, café, sucre, rhubarbe, drogues, fourrures, étain , plomb , fer, porcelaine et thé de la Chine, diaraans, rubis et autres pierres précieuses, ivoire , eunuques , draps fins et toutes espèces de marchandises d'Europe.

Royaume de Perse ou d'Iran.

POSITION ASTRONOMIQUE. Longitude orientale, entre 4 a0 et 5g. Latitude , entre a6° et 39°.

OOVFINS. Au nord, l'empire Russe ( l'Arménie et le Chirvan); ensuite la mer Caspienne et le Turkestan (les khanats de Khiva et de Boukhara). A l'est, les royaumes de Hérat, de Kaboul et le Beloutchistan. Au m/, les golfes d'Oman et Persique. A Youest, l'Asie Ottomane ou la Turquie Asiatique.

rXiSOTTXS. Aucun neuve de l'Iran ne figure parmi les grands fleuves

CTO

ABRÉGÉ DE GÉOGRAPHIF.

de l'Asie; son sol n'est arrosé que par quelques-uns de leurs affluens. Mais le vaste plateau qui occupe la plus grande- partie de ce royaume, donne naissance à plusieurs courans assez considérables , dont aucun n'arrive aux deux mers qui le baignent. Ces fleuves s'écoulent dans des lacs sans issue ou se perdent dans des sables.

Dans le GOLFE PERSIQUE se rendent :

Le Tigrr , dont le cours principal ne louche pas seulement le territoire de llrau. Ses principaux affluens à la gauche sont: le Kerah qui passe par Kirmauchah et Hawisa ; le K a rotin qui passe par Chouster; ce dernier reçoit VAbzal , qui passe par Dirfoul , et le Djerhai qui passe par Gobau.

Le Sitaroga* , qui prend sa source dans le Farsislan sous le nom de Roudbal , passe par Darabgherd et se jette dans le golfe Persique a l'ouest de Rander-Koukau.

Le Div Roud, dont le baswn appartient au Laristau et au Mogoslao , passe par Yelazgherd et eulrc dans le golfe Persique vis-à-vis l'île Kichm. La MER CASPIENNE reçoit :

Le Koua, qui, depuis le dernier traité de paix avec la Russie, ne louche plus le territoire de ce royaume. Son principal affluent du côté de la Perse est Y A ras ; celui-ci reçoit à la droite YOlrar qui passe par Khoï , et VAhar qui passe par Ahar.

\jr Srtid-Rood ou Kizil-Ozek ; il traverse l'Irak. Adjcmi , passe par Roudbàr dans le Ghilau et eusuitc se rend dans la mer Caspienne.

Le Teojc» , qui vient du royaume de llerat, passe par Serakhs et Nesa et entre dans le khanat de Khiva, où il se jelte dans le golfe de Balkan. C'est au bassin de ce fleuve qu'appartiennent les villes de Mechhed et de Kabouchan.

Parmi les fleuves qui n'arrivent à aucune des deux mers, nous nommerons les suivans comme les plus importai» :

Le Bead-Emih et le Kurrk, qui traversent le Farsistan et aboutissent au lac Bakhteghdn qui est le plus grand lac du royaume après celui d'Ourmrah ou Maragha. C'est à ce petit bassin qu'appartiennent les importantes ruines de Persepolts.

Le Zurdkh Rocd, qui passe par Is|iahan et se |>erd dans les sables.

Le Cbourx-Rouh , qui passe par Nichabour dans le Khorassan ; on dit qu'il se perd dans les sables.

Le Mourghab , qui passe par Merou-Roud , entre dans le khanat de Roukhara , où , après avoir passé par Merou-Cbahdjàn , il parait se perdre dans le Radakamdir.

DrVTSXOWS ADMINISTRATIVES et TOPOGRAPHIE. Selon les relations les plus récentes, le royaume de Perse est divisé en 1 1 provinces » d'une étendue très différente, puisque le Farsistan est a/t fois plus grand que le Ghilan. Leurs limites ne paraissent pas être constantes; le roi régnant ayant souvent déclaré plusieurs districts de l'Irak et d'autres grandes provinces entièrement indépendans de leurs gouvernemens respectifs. Un bcylerbey (bey des beys) est à ta tète du gouvernement de chaque grande division administrative, et a sous lui différens hakims ou gouverneurs des districts. Il faut ajouter que le vali du Kurdistan, qui réside à Senneh , n'est que tributaire et gouverne immédiatement la province d'Ardelan, partie de cette vaste contrée; que les Kurdes des tribus Mekris% Bilbas et Giaf, et les Loures de la tribu des Fciti sont entièrement indépendans; et que M ir-kounak-khan,chef de plusieurs tribus turkomanes dans le Khorassan Septentrional, ainsi que plusieurs autres chefs d'autres districts paraissent l'être également. Voici les onze provinces dans lesquelles ce rovatune paraît être actuellement partagé ; ce sont plutôt des divisions géographiques que des divisions administratives proprement dites. Quelques efforts que nous ayons faits pour connaître ces dernières , nous avons trouvé tant de contradictions dans les géographes et dans les voyageurs , que nous

avons préféré donner les premières, qui sont les pins connues, plutôt que de nous exposer à présenter un tableau erroné qui ne serait d'aucune utilité , parce qu'il n'offrirait exactement ni les divisions administratives actuelles , ni les divisions géographiques.

Divisions administratives. Chefs-Lieux, Villes et Lieux les plus remarquables.

Uaa-Adjemi Te lira n; Itpahan ou Isfaltan ; Kachan; Koum; Hamadan;

Kazbin; Zeadjan; Svdtaniek.

Thabaristar Dmn»Tcnd; Damegan.

Marauder » l». S» ri; Farhmbad; Achraf; Balfroueht AttrafnuL

Ghilak Rccht; Enzili; Rottdbar ou DiUtn.

Adeerbaîdj AH. Tel» ri i ou Tanri»; OtuijJn; Marugha ,• Ahar; Aniebil .

Khnt; Sclmat; Ourmiah; Sahalag.

Kurdistan Kirmancliali; Sennry ou Senneh.

Khoueista». Chounterj Dizfoul; Khnuriemdbdd; llmviza; Gobait.

Fars Cuiras; Istakhur ; Mourgdb; Fe.ta ou Beisa,- Ddrdbgherd;

Firouzdhdd; Kazeioun; Sou r m a; Yfzdkmt; Yezd; Ardjan;

Daf); Djarnun; Aboucheltr ou Bemlrr-BoKchehr; fuir, clief-

lieu du Laristan; le» lies Karak ; Kichm ou Djezirc-Diraz;

Hormouz ou Ormuz

Kermar Sirdjan ou Kerman; Minam; Felskerd; Kmuk; Khou-

binut Ketnt ; Minai; Gomiatm mi Bender-Abbassi; Kichm; Djask.

KuuufSTAit C li c h v r i s t a n ou R » b a t -C h e li e r i a t a n ; Totut, Tabt

on Tebbcs.

Kdorassan OcciOEVTAL. . . M c r h h c d ; Mchabour; Kabnuchan.

Dans Xlrak-Adje mi on trouve : Tehraw, au milieu d'une plaine bien cultivée, couverte de villages mais dépourvue d'arbres. Depuis quelle est devenue la résidence ordinaire du souverain, cette ville acquiert tous les jours en étendue et en population; cette dernière ne saurait être évaluée actuellement au-dessous de i3o,ooo âmes [tendant l'hiver; en été elle est beaucoup moindre, parce que la cour et une grande partie des habitans l'abandonnent à cause de l'excessive chaleur et du mnuvnis air qui y régnent. Les maisons sont en terre comme dans les autres villes de . la Perse; Téhran est entourée d'une forte muraille , et dans son enceinte une autre muraille encore plus forte forme XArag, espèce de citadelle où se trouve le palais du roi. Ce palais, sans être remarquable par la beauté de l'architecture, se distingue par son immense étendue, par ses jardins et par plusieurs corps de bâtiment qui portent des noms particuliers; qoelqucs~uus sont meublés avec tout le luxe de l'Orient; dans le sandouk-khanch ( la maison de la caisse ou le trésor ) le roi garde des sommes énormes en argent monnayé, mais surtout en lingots d'or et d'argent et en pierreries; on y voit plusieurs trônes, parmi lesquels se trouve le fameux trâne du paon enlevé par Nadir-chah au Grand -Mogol. Les fabriques de tapis et de quelques ouvrages de fer sont les seules branches de l'industrie de ses habitans.

Dans ses environs on remarque : Nioaristaw, beau château, où réside pendant une partie de l'année l'héritier du trône, et où le roi passe le commencement de l'été. Tarhtx-Katcuar , uiaison royale de plaisance qui s'élève eu amphithéâtre sur une penlc de la chaîne de l'Elbourz. Cuab-Abdoulaiim, gros village de 3 à 400 familles, bâti sur lesruines de Rei, l'ancienne RLagès de la Bible, où se passa la scène de Tobie, et XA rsacia des rois Paribes; c'était au vm* siècle, du temps du fameux calife Harounal-rachid, une des plus grandes villes de l'Asie; on y voit encore d'immenses débris, el trois tours énormes sont encore debout ; dans le village se trouve une belle mosquée et le 1 orobeau du saint mahotnétau dont il porte le nom. A environ 3o mille* au nord-nord'

AKRÉGÉ DE GÉOGRAPHIE.

est de Téhran s'élève le Pic volcanique de Dkmavevd, une des pins hautes montagnes de cette partie de l'Asie ; à ses pieds passe la roule qui de Téhran mène à Balfroucu et à quelques autres villes sur la nier Caspicuue.

Ispahax, sur le Zendeh-roud , jadis capitale du royaume. Elle n'a plus que l'ombre de sa splendeur passée. Les 700,000 habitans qu'elle pouvait compter lorsque Abbas-lc-Grand y résidait, sont réduits à environ 200,000; encore n'est-ce que dans ces dernières années qu'elle a atteint ce nombre. Il paraît qu'elle commence à se relever de ses ruines. Ispahan possède encore d'importantes manufactures d'étoffes de coton, de soie, de velours, de draps, de verre colorié pour les fenêtres, de teintureries, de sucre, de cuir, de poterie, de fusils et de pistolets. Son commerce est très étendu et florissant. Parmi les nombreux et beaux édiliecs qui formaient jadis l'ornement de cette métropole, on admire eucore le vaste palais royal y renfermant dans son enceinte divers palais et pavillons, tels que l'édifice nommé Tchihl -soutoun (palais des 4° colonnes), Amckhané (palais déglace) et Talaritavile (pavillon de l'écurie); la salle d'audience, les peintures, les belles sculptures et les jardins du premier sont vraiment remarquables. Viennent ensuite plusieurs autres palais parmi lesquels nous nommerons celui de Seadetabad (le séjour du bonheur) destiné aux ambassadeurs. Le /m/oj's de Fcth-Aly-chah ou Amarct-Nou (nouveau palais), bâti en 1816* aux dépens du gouverneur d'ispahan , est, selon M. Buckingham , le mieux construit et supérieur à ceux de Téhran , Tau ris, Kirmanchah etChiraz. Parmi les mosquées on remarque la grande mosquée royale qui s'élève sur un des côtés du Mcïdan ; elle est assez bien conservée, ainsi que celle de Lutfallah. Mais le Meïdany regardé par plusieurs voyageurs comme la plus grande place du monde, reste désert, et le marché, dont les tentes remplissaient toute sa vaste enceinte, ne se tient plus qu'à une de ses extrémités. L'immense bazar d'Abbas , qui offre un chemin couvert de presque deux milles de long, éclairé par des dômes et bordé de boutiques , subsiste encore , mais on n'y voit plus le mouvement qu'il présentait, lorsque le grand prince qui le construisit avait rendu cette ville une des plus florissantes de l'Asie; le Tcharbagy superbe avenue, qui ressemble assez à celle de Versailles , et qui se prolonge depuis le Meïdan jusqu'au pied des hauteurs à l'est dTspahan, ne présente plus les magnifiques maisons et les palais qui en faisaient le plus grand ornement, A cause de leurs dimensions, on ne doit pas oublier les deux ponts en briques et en pierres de taille construits sur le Zendeh-roud. Ispahan possède plusieurs collèges ou médressès, parmi lesquels se distingue, par le grand nombre de professeurs, celui près de la mosquée royale, qu'on peut regarder comme une université mahométane. Les Juifs y sont nombreux ainsi que les Arméniens; les premiers habitent le faubourg nommé lahoudia, les seconds celui de Djoulfay où réside aussi un archevêque arménien. Les environs d'ispahan sont des plus beaux et des mieux cultivés de tout le royaume.

Les autres villes les plus remarquables de celte province sont : Hacha*, ville dont la population paraît dépasser 3o,ooo âmes, renommée par ses fabriques d'ustensiles de cuivre et ses manufactures de soie et de coton, avec uu palais royal et un collège (mcdressé) magnifique, bâti par le roi régnant. Koum, ville en gronde partie ruinée', niais célèbre par les nombreux tombeaux de plusieurs saints musulmans qu'elle renferme , parmi lesquels se distingue par sou architecture, par la richesse des ornemens et par les trésors qu'il reoferme celui de Fatime; il c«t visité annuellement par plusieurs milliers

de pèlerins qui y accourent de tous les points de l'Iran. Le roi régnant, d'après un vœu qu'if a fait à son avèntMiient au troue, dépense annuellement de grandes sommes pour la réparation et l'embellissement de ce sauctuaire que tes Persans mettent à côté de ceux deMechhed et dcKerbcla. Hamadan, ville encore assez grande et florissante par ses fabriques de tapis et autres étoffes, et surtout par ses tanneries; mais dont nous n'osons déterminer la population estimée si différemment par deux voyageurs récens; M. Kcr- Porter lui accorde une population de 45 à 5o,ooo âmes , réduite à a5,ooo par M. Alexander. Dans ses environs immédiats, au milieu des ruines qui l'entourent et au pied de l'Elveud, s'élevait jadis la superbe £ c b a ta n e , capitale de la Medie, dont Hérodote et Polybe nous ont laissé une si brillante description. MM. Morier et Ker Porteront reconnu remplacement du palais où les monarques Persans vouaient passer Télé. Sa magnificence ne le cédait pas en éclat à ceux de Suse et de Babylone. Il était placé au-dessus de la citadelle, regardée comme une des plus fortes places de l'Asie, et avait sept stades de circonférence. Toute la boiserie était de buis decèclre ou de cyprès; les solives, les plafonds, les colonnes dans les péristyles et dans les cours , étaient garnis de plaques d'argent et d'or; toutes les tuiles étaient en argent. Ces plaques furent enlevées par Alexandre, Antiochus et Seleucus Nicanor; néanmoins Antiochus-le-Grand y trouva encore assez d'argent pour en faire monnayer pour près de 4,000 talens. M. Ker Porter a reconnu sur la plate-forme, sur laquelle s'élevait ce magnifique édifice, les trous où tournaient les pivots de la porte principale. Des fragmens de colonnes et des vestiges d'inscriptions cunéiformes sont tout ce qui reste de cette ville jadis si brillante et une des plus riches de l'Asie. Des fouilles bien dirigées ne pourraient mauquer de produire d'importaus résultats archéologiques. Hamadan est eucore, comme le dit si judicieusement M. Alexander, le grand entrepôt des médailles et des pierres gravées antiques, comme Bagdad l'est des fameux cylindres. C'est de là que sont venues eu partie les nombreuses pierres gravées et autres objets du même genre, qui se rapportent au cûlte de Mithra, et'qui ont donné lieu aux savantes et laborieuses recherches de MM. de Hammer et Lajard. Nous ajouterons qu'on y montre encore le prétendu tombeau de Mardocliéc et ctEsther, en grande vénération parmi les Juifs; on le croit élevé sur l'emplacement du véritable tombeau détruit lors du pillage qu'éprouva celte ville prise par Tamcrlan.

Kaxbih, plus grande que Téhran, encore assez florissante par son industrie et son commerce, mais beaucoup moins peuplée; on y remarque ses immenses bazars, et on porte jusqu'à 60,000 le nombre de ses habitans. Sui.thawieh , ville déserte, dont on admire encore les immenses ruines et où sont les restes du mausolée de Mohammed Khodabendek- Algiaplou, un des plus beaux monumens que la Perse possède en ce genre; elle fut un moment la capitale de la Perse sous les princes tartares de la race de Gengis-khan. Tout près se trouve le principal palais d'été du roi, autour duquel s'élève la ville et la citadelle de Sulthanabad, que le monarque régnante fait bâtir. Zendjaw , ville assez considérable, à laquelle on donne près de i5,ooo habitans.

Dans le Matanderan et le Ghilan on trouve : Balfrouch, que M. Fraser dit être aussi grande qu'Ispahan, et peuplée presque entièrement d'artisans et des marchands. C'est la troisième ville du royaume. Sa population ne saurait être estimée au-dessous de 100,000 âmes. Elle a d'immenses bazars, et, à une petite distance, sur la mer Caspienne, une mauvaise rade fréquentée par les Russes.

Les autres villes les plus remarquables sont : Astkrâdàu, près d'une baie de la mer Caspienne, ville importante par son commerce; on lui accorde 40,000 habitans. Sun, résidence de Mohamed-kouli-mirza, troisième fils du roi régnant; on porte à 3o,ooo âmes sa population. Faeh abào, regardée généralement par les géographes comme la capitale du Mazanderan. Non loin est situé le village d'A ch raf, 06 l'on voit les restes du magnifique palais bâti par Abbas-lc-Grand, qui voulait y établir sa résidence et les chantiers de sa marine militaire. Recbt, regardée comme la capitale du Ghilan; elle possède plusieurs manufactures d'étoffes de soie; des relations récentes lui accordent 60,000 habitans.

Dans l' A dze rbaïdjan on trouve : Tacris ou Tebriz, grande ville,

eucorc florissante par ses nombreuses fabriques de soie et de coton, quoiqu'elle soit bien déchue de ce qu'elle était lorsque Chardin portait sa population à 55o,ooo âmes , nombre que les plus récens voyageurs réduisent à 100 et même à 80,000. Presque tous les édifices qui en faisaient l'ornement ont été détruits par les guerres et surtout par les tremblemens de terre. On voit encore les vestiges de sa grande place (tuetrfan), rivale pour l'étendue de celle d'Ispahan; un toit de bois recouvre le fameux Kaiserieh , regardé par quelques voyageurs comme le plus beau bazar de la Perse. UJrk-AU-chah ou la citadelle d'Ali-chah, est ce que Tauris offre aujourd'hui de plus remarquable. Abbas-Mirza , l'héritier présomptif de la couronne, y a établi un arsenal organisé û la manière européenne, où les travaux les plus importans sont dirigés par des Francs et surtout par des Anglais : c'est le plus grand établissement militaire de la Perse. Ce prince , qui depuis plusieurs années réside dans cette ville, a essayé de donner la forme de bastions à plusieurs des tours qui l'environnent; mais l'irrégularité de ses murailles rendra ces travaux d'une utilité bien douteuse pour sa défense.

Le» autres villes les plus remarquables sont : Oudjaw, petite ville regardée comme le lieu le plus froid de la Perse , ce qui a engagé le roi à y faire construire un palais, où il passe une partie de l'été. Ardrbii., imj>ortante par ses fortifications et son commerce; son édifice le plus remarquable est le vaste et beau mausolée de Sefi, fondateur de la dynastie des Sefcwis ou des Sophis; on y voit aussi celui de 0iah Mas et quelques autres encore. C'est dans une des salles de la mosquée annexée à cet édifice qu'on conservait la célèbre bibliothèque regardée comme une des plus riches de l'islamisme ; ses plus précieux manuscrits sont allé augmenter la collection de la bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. Kaoï, importante par ses fortifications, ses fabriques et sa population estimée à 20,000 Ames. Sm.mas , au nord du lac d'Ourroiah, si remarquable par son étendue et la grande salure de ses eaux , et par les variations considérables que subit leur niveau; on dit cette ville aussi peuplée que la précédente; elle possède des eaux sulfureuses. M. Ker-Porter a récemment découvert dans son voisinage des bas-reliefs du temps des Sassanidcs, analogues à ceux de Kirmanchah. Maragba , remarquable par ses souterrains taillés dans le roc et par les restes du superbe observatoire qu'y éleva jadis Houlagou ; on lui accorde i5,ooo habitans.

Dans le Kurdistan Persan on trouve: Kirmanchah, sur le Kerah, ville assez grande, entourée de fortes murailles en briques, avec une citadelle où réside le beylerbey. Selon M. Buckingham qui l'a visitée dernièrement , cette ville est très florissante et compte environ A 0,000 habitans ; elle doit sa prospérité à ses fabriques , à son commerce, et surtout à la circonstance favorable d'être le siège du gouverneur général de cette province, ainsi que de celle de Choustcr et d'autres districts.

Les campagnes qui avoisineot Kirmanchah paraissent avoir de tout temps attiré les rois de Perse, par la fraîcheur des eaux et la beauté des points de vue. Le mo»t Bisoulouir , situé à quelques milles de Kirmanchah et qui s'élève jusqu'à la hauteur de i,5oo pieds, offre à sa base ainsi que celui de Tchihlminar , une plate-forme, où sans doute s'élevait jadis quelque somptueux édifice. Sur 'e flanc sont sculptés un grand nombre de bas- reliefs et des inscrit ions cunéiformes. Il faudrait , suivant M. Ker- Porter , deux mois pour copier en entier les figures et les inscriptions. Le principal bas- relief représente uu roi faisant conduire devant lui quelques prisonniers qui ont les mains liées derrière le dos, et en foulant un autre sous les pieds. Serait-ce ici le grand Cyrus qui fail seutir sa puis» aance au roi de Lydie Crésus? Sur une autre face du mont Bisoutoun se trouve une classe

Le principal groupe porte chez les Persans du nos jours Je nom de thakht-i-bostan ou voûte du jardin. En effet il est placé dans deux grandes excavations taillées dans le roc, et comme dans le fond des excavations l'artiste a représenté entre autres sujets, des chasses au sanglier et au cerf, tout porte à croire que la plaine située au pied de la montagne formait un vaste jardin, ou plutôt romme disaient les anciens Persaus, un immeusc paradis, où les rois venaient prendre le plaisir de la chasse. Ces sculptures paraissent se rapporter au temps de Kosroès Parviz et de son épouse Chiriu , qui , au rapport de l'histoire orientale, montrèrent une grande prédilection pour le séjour de Kirmanrhah, et qui y firent exécuter de grands travaux. A côté des excavations se trouve un autre basrelief représentant deux hommes portant chacun la main à un anneau ou diadème et ayant derrière eux un personnage (en ml une épéc élevée et ayant la téle entourée d'une auréole. Celui-ci est sans doute Qztnuzd ou un des êtres vénérés par les Mages, qui préside à l'inauguration d'un roi son serviteur.

Les autres villes les plus remarquables sout : Senmey, ville médiocre, qu'on dit avoir 1 5,ooo hahitans; c'est la résidence du vali du Kurdistan, qui régit immédiatement une grande partie de cette contrée pour laquelle il paie un tribut au roi de Perse. Konkov a&, misérable petite ville que nous ne nommons que pour faire mention des ruines d'un grand temple de Diane, reconnues il y a quelques aimées.

Dans le K houzistan on trouve : Chouster, ville de médiocre étendue, bâtie au pied des monts Hakhtiary, sur le Keroun, chef-lieu de cette province et résidence d'un prince du sang. Elle fait quelque commerce, et ses hahitans, qu'on estime à 20,000, entretiennent des manufactures d'étoffes de soie et de laine. On y remarque le fameux aqueduc bâti par Sapor.

Dans ses environs immédiats on voit encore quelques ruines qui marquent remplacement de la célèbre Scsi , où les monarques persans, antérieurs à Alexandre, résidaient pendant l'hiver daus un palais d'une grande magnificence , où ils gardaieut une partie considérable de leurs trésors , et dans lequel le conquérant grec trouva, selon Diodore de Sicile, 9,000 talcus d'or monnayé et 40,000 autres d'or et d'argent en lingots. Bâtie comme Babyione en briques , tout a disparu ; il ne reste plus de cette vaste capitale, dont les murs avaient 1 ao stades de ciroouféreucc , que des vestiges de terrasses d'un ou deux milles de circuit et quelques inscriptions à tète de clou. C'est au milieu de ces tristes solitudes, qui ne retentissent que du cri de la hyène et du rugissement du lion, que se trouve le tombeau du prophète Daniel, sur lequel les rabbins ont débité beaucoup de prodiges, et où les Juifs vont encore en pèlerinage. Nous rappellerons au lecteur que c'est dans cette ville aue ce grand prophète eut ses visious sur les quatre grandes mouarchies des Babyloniens, des Perses, des Grecs et des Romains, et sur l'empire spirituel du Messie, dont le temps précis lui fut révélé; et que c'est aussi à Suse qu'arriva l'histoire d'Esther et de Mardochée, et que Néhémie obtint d'Artaxercc Louguemaiu la permission de retourner eu Judée pour y relever les murs de Jérusalem.

Les autres villes et lieux les plus remarquables du Khouzistan sont : Dizrom. , floris' santé par son commerce et son industrie; on y voit un des plus beaux ponts de la Perse, et on lui attribue i5,ooo habitans; elle est la résidence d'un prince du saug. Non loin se trouvent les ruines de Chu ne h , que M. de Hammer croit être l'ancienne Elymais, ville renommée dans tout l'Orient par les grauds trésors que la crédulité des peuples et des princes de l'antiquité avait rassemblés dans son temple de Diane; Antioehus-le-Grand qui voulut s'en emparer, perdit son armée, battue par les habitans que sa cupidité avait mis en insurrection. Khul'&rkm ÀnÀn , résidence du khan des Feili, tribu qui parait être entièrement indépendante. Haviza , où réside le cheikh des Haviza, qui ne sont que tributaires du roi de Perse; son territoire offre d'importantes ruines. Gobazi , résidence du cheikh des Beni-kiâb tributaires du roi de Perse.

Dans le Fars on trouve : Chiraz, sur le Roknabâd, dans une vallée aussi fertile que délicieuse , mais dont on a exagéré extraordinairement la beauté du climat. Ses rues sont étroites et mal pavées comme dans presque

toutes les villes de l'Orient. Le palais du gouverneur avec des jardins magnifiques; la mosquée principale ou d' Atabeg-chah ; celle du Vakil ou du Régent y bâtie par Kerim-khan; les magnifiques bains qui en sont voisins, et le bazar-ivakil , regardé comme un des plus beaux de l'Orient, étaient les plus remarquables édifices de cette ville, avant le terrible tremblement de terre qui en i8a4 y exerça de tels ravages, que, suivant M. Alexander, pas un de ses dômes et de ses minarets ne resta debout. Chiraz , résidence d'un prince du sang, est encore très industrieuse et assez commerçante; elle possède onze collèges et paraît avoir environ 3o,ooo habitans. Les Persans, faisant allusion au goût que ses habitans ont toujours montré pour les lettres, appellent cette ville le séjour de la science.

Dans ses environs immédiats, qui sont assez bien cultivés et où l'on recolle le meilleur vin de la Perse, se trouvent les tombeaux des Sadi et de Hafiz, auteurs dout les écrits font encore les délices de l'Orient. Ces deux monnmens , restaurés par Kerim-khan , sont environnés de beaux jardins; celui de Sadi, qui est le plus voisin, est le rendez-vons ordinaire des promeneurs de Chiraz. On admire aussi les fameux jardins construits par ce grand prince, si remarquables par leur belle verdure, leurs can aux, leurs ca artificielles et leurs maisons de plaisance ornées de belles et riches pe intures, de m et de meubles superbes; mais ces beaux lieux , presque abaudounés à eux-mêmes , rissent tous les jours. On doit aussi mentionner le fameux puits, taillé dans une roche très dure et remarquable par sa grande profondeur , qui a été extraordiuaireinent exagérée par Chardin.

Plus loin et daus un rayon d'environ 60 milles on trouve des restes de munumens antiques trop important pour ne pas nous engager i sortir de notre cadre pour les faire connaître au lecteur. Ce* monumens, à la différence de ceux de Ninive, de Rahylone et de Seleucie , dont nous avons parlé aux pages 649 et 65o , ayant été construits en marbre fort dur ou taillés sur le roc , portent encore la trace de leur destination primitive. On peut dire sous ce rapport que le Farsistan est la terre classique de Ut Perse. Il parait que ce pays, berceau de la famille de Cyrus, devint sous les rois ses successeurs une espèce de territoire sacré, où ces princes venaient se faire investir de la souveraine puissance, et où était leur sépulture. Après la conquête de la Perse par Alexandre , d'autres goûts et d'autres souvenirs transportèrent ailleurs l'attention des monarques persans. Mais en 337 de notre ère, Artaxercès ou Ardechir , qui se disait issu du sang de Cyrus, « étant rendu maître du trône affecta une espèce de prédilection pour le Farsistan; et ses successeurs, jusqu'à la conquête du pays par les musulmans, tinrent à honneur d'y laisser une marque de leur souvenir. On retrouve encore sur les lieux les restes des monumens élevés à ces diverses époques. Guidé par M. Reinaud , nous commencerons par les ruines appelées du nom générique de Persepolis; ces ruines sont situées à quelque distance au nord-est de Chiraz et s'étendent jusqu'à plus de 20 milles vers le nord. Sur leur emplacement se trouvent des campagnes fertiles et plusieurs villages, dont les principaux sont Mk&dacjit et Mou ao haï.

Près de Merdacht, au pied d'une haute montagne de marbre gris, on remarque une espèce de plate-forme taillée dans le roc et dont les quatre eotés répondent aux quatre points cardinaux. Ce lieu est appelé par les Persans modernes Tchihl minar ou les quarante colonnes, et parait répondre au palais qui en partie fut brûlé par Alexandre, lorsque ce prince égaré par l'ivresse , voulut signaler à jamais la chute de l'empire de Cyrus. L'ensemble présente la forme d'un amphithéâtre et de plusieurs terrasses élevées les unes au-dessus des autres. Ou monte d'une terrasse à l'autre par des escaliers si commodes que dix cavaliers pourraient y passer de front. Au haut de chaque terrasse sont des restes de portiques et des débris d'édifices avec des chambres qui paraissent avoir été habitées. Enfin, vers le fond, contre le rocher auquel cet immense édifice était adossé se trouvent deux tombeaux taillés dans le roc, dont il a jusqu'ici été impossible de découvrir l'eutrée. Les escaliers, les portiques et les appartemeus sont construits en marbre, sans chaux ni mortier, et cependant les pierres sont si bien liées, qu'il faut

une extrême alteulion pour en distinguer la joiuture. Ce qui rehausse infiniment l'intérêt de ces constructions, c'est que les murs sont couverts de bas-reliefs et d'inscriptions, et que la sagacité de nos savaus est parvenue à soulever un coin du voile qui en faisait jusqu'ici un mystère pour la docte Europe. Parmi les voyageurs qui ont décrit ces monumens et ceux du même genre dont il est question dans cet ouvrage, il est juste de citer Chardin, Niebuhr, MM. Ker-Porter et Alexander, et parmi les savans qui ont fait de ces débris l'objet de leurs investigations, nous nommerons MM. Silvestre de Sacy , Grotcfeud , Saint- Martin , de Hammer , etc. Quelques bas-reliefs représentent le souverain donnant audience aux grands de sa cour, ou s'acquiltant de quelque cérémonie euvers la diviuité; plus loin sont des espèces de processions. En d'autres endroits on voit des combats d'animaux , soit entre eux , soit contre des hommes; et ces animaux sont en géuéral fabuleux , étant un composé de divers animaux réels dont la patrie originaire est le pays situé vers lu sources de l'Oxus, entre la Boukharie et le Tibet ; tels sont le griffon, la marticbore, la licorne, etc. Pour les inscriptions, elles sont en forme de clous et quelques-uues sont répétées trois fois, mais d'une manière différente, apparemment parce qu'elles appartenaient à des langues diverses. Sur la moins compliquée de toutes et où les mots sont séparés entre eux par un coin ou clou posé obliquement, M. Grotefend a lu les noms de Darius fils d'Hystaspe et de son fils Xerxès. Il parait évident que ces imposans monumens furent élevés sous les premiers successeurs de Cyrus; les figures d'animaux ainsi que les cérémonies du culte rappellent la doctrine de Zoroastre qui , comme on sait, prit naissance dans la Bactriane et qui sous cette puissante race avait force de loi.

A quelques milles au nord de Tchihl-miuar est une autre montagne, dans laquelle on a pratiqué quatre tombeaux presque en tout semblables aux deux premiers. M. Ker-Porter qui a pénétré dans l'un d'entre eux, y a reconuu les traces de la violence qu'il avait fallu faire pour en forcer Feutrée. Mais dans le voisinage sont six bas-reliefs plus modernes qui appartiennent à la dynastie des Sassanidcs, à partir du m" siècle de notre ère. Sur l'un on aperçoit Orrouzd , le génie du bien dans la religion des Mages, qui présente à Artaxcrcès fondateur de la dynastie des Sassanides, uu anneau duquel peudent des bandelettes et qui doit être l'emblème de l'autorité royale. Deux inscriptions en peblvi et une en grec, qui en est la traduction, ne laissent aucun doute sur l'objet de celte précieuse sculpture. Un second bas-relief représente une princesse recevant ce même anneau d'un personnage qui parait être le roi son mari. On voit sur un autre un monarque à cheval , saisissant les mains d'un personnage qui est à pied. Auprès de celui-ci est un homme à genoux en postuie de suppliant. Comme ce même sujet est représenté sur les monumens de Cbapour, et que là l'homme à pied et l'homme à genoux portent le costume romain , il est a croire qu'il est question, sur l'un et sur l'autre de l'infortuné empereur Yalcrien qui tomba au pouvoir de Sapor 1er. Nous regrettons que notre cadre ne nous permette pas de nous éteudre sur des monumens aussi curieux et aussi peu connus jusqu'à ces dernières aunées. La montagne où sont sculptés les quatre tombeaux et les six bas-reliefs, porte dans le pays le nom de Nakchi Rostam ou figure de Rostam , parce que le peuple a cru y reconnaître l'image de cet ancien héros de la Perse. Un troisième endroit , peu éloigné de Nakcbi-Rostam , et qui est appelé Nakchi- Redjeb, porte trois bas-reliefs également taillés dans le roc et représentant l'un un roi à cheval , suivi de neuf personnes, dont plus tard les musulmans , par un fanatisme religieux , ont mutilé la tète ; les deux autres , deux personnages qui ont l'air de vouloir s'arracher un diadème. Une inscription en pehlvi et en grec, nous apprend que la figure du personnage à cheval est Sapor Ier.

Enfin au nord de Nakchi-Rostam et de Nakchi-Redjeb , dans la plaine qui porte le nom de Murgbab, on rencontre un petit édifice carré avec un piédestal de marbre blanc d'une grandeur énorme. Le peuple appelle cet édifice Mechhed maderi-Soleyman ou le tombeau de la mère de Salomon, par une suite de l'habitude où sont les Orientaux d'attribuer au grand Salomon les monumens dont ils ignorent l'origine. Comme cet édifice répond par sa forme à la description que Diodore de Sicile a faite du tombeau de Cyrus , M. Ker-Porter n'a pas hésité à voir ici le mausolée de ce grand prince, et la plaine où il est placé lui a paru être Passargade.

Tel est le court tableau des merveilles qu'offre le sol de Perscpolis, et qui ne peuvent qu'augmenter d'intérêt par les nouvelles recherches auxquelles elles donneront lieu. On

ABKÉGÉ Dli GÉOGRAPHIE.

doit ajouter qu'une partie de ces monumens, par leur situation au pied des montagnes, est encore ensevelie sous les décombres, et que dans les phi nés et les vallées on rencontre ça et là des fragmens de colonnes, des débris d'inscriptions, des vestiges de bas-reliefs. Nous devons dire également qu'à côté de ces magnifiques débris de la vénérable antiquité, se trouvent quelques iuscriptious arabes; elles appartiennent les unes an régne des prim es Rouides qui jetèrent pendant quelque temps un grand édat en Perse, d'autres à un petit-fils du grand Tamerlan; et comme si le spectacle de tant de grandeur déchue ne suffisait pas pour fait e faire à l'homme un retour sur sa propre faiblesse, ces inscriptions insistent principalement sur l'instabilité des choses humaines.

D'un autre côté vers le golfe Persique est situé Kazrooic, petite ville, naguère encore assez florissante, mais que M. Alexander trouva presque entièrement ruinée par les tremblemens de terre. Elle est importante par les ruines de Chapour , situées dans son voisinage. M. Morier qui le premier a examiné avec quelque attention celte ville bâtie par Sapor l*r, et qui se maintint avec éclat dans les premiers temps de la domination musulmane, y a reconnu les restes d'une citadelle , plusieurs bas-reliefs sculptés sur le roc et offrant des sujets très variés; quelques figures lui ont paru supérieures sous le rapport de l'art à celles de Persepolis. M. Alexander en porte le même jugement. Dans les environs de Chapour on trouve un souterrain qui donne entrée à des grottes et à des excavations immenses, qu'aucun voyageur européen n'a encore explorées. M. Johnson vit dans le souterrain une statue colossale renversée et brisée, qu'un savant célèbre regardait en i8t8 comme la seule statue en ronde-bosse que l'on eut jusqu'alors trouvée en Perse.

Hors du rayon de Chiraz nous nommerons aussi les villes suivantes en commençant par celles qui sont situées dans l'intérieur du Farsistan, dont les limita sont déterminées très différemment par les géographes européens et nationaux : lezo ou Yizn, importante par sa population qu'on porte à 60,000 âmes, par ses florissantes manufactures de soie, de draps, et par son commerce qui est très étendu à cause de sa position centrale et des grandes routes qui y aboutissent; on y trouve encore quelques Guèbrcs. Iezdirhast, petite, mais remarquable par ses fortifications naturelles , par les nombreuses grottes taillées dans le roc qui servent de demeure à une partie de ses habitans , et renommée dans toute la Perse par la blancheur et la bonté de son pain. Sourma , Fkssa et Dâràbobehd , petites villes, presque entièrement ruinées, selon M. Alexander et autres voyageurs récens; nous les nommons pour redresser l'opinion erronée répandue par les géographes qui les représentent encore comme des villes florissantes et considérables. A Fessa on voit encore le cyprès auquel du temps de Pielro délia Valle on accordait 1,000 ans d'existence et la mine d'argent qui depuis long-temps n'est plus exploitée; près de Dârâbgherd se trouve la fameuse source de moiim ou naplite, qui appartient au roi, et on voit sur une montagne des sculptures représentant le roi Sapor à cheval avec des Romains à ses pieds. FiroczIbao, qu'on dit être aussi grande queSchiraz, mais très dépeuplée; on y fabrique la meilleure eau de rose de toute la Perse; on y voit une immense colonne de i5o pieds de haut et les ruines d'un fameux temple de Guèbrcs. L*n , chef-lieu du Larislan , regardé par plusieurs géographes comme une province séparée; quoique très déchue de son ancienne splendeur, elle possède encore plusieurs manufactures et contient à ce qu'on dit plus de t5,ooo habitans.

Le long de la côte on trouve : Aboocuehr ou Bt^DER-BorcHEHR , ville de médiocre étendue, bâtie à l'extrémité d'une péninsule: c'est maintenant le premier port marchand du royaume sur le golfe Persique; la Compagnie anglaise des Indes Orientales y a une factorerie. M. Morier y vit la carcasse du seul vaisseau de guerre que Nadir-chah fît construire a\ec le bois du Mazauderan transporté à grands frais à travers la Perse daus ce port. On porte jusqu'à 12 ou r5,ooo âmes la population de cette ville. Nous nommerons encore les îles suivantes : Kamkk, remarquable par la prche de perles, que M. Morier dit être aujourd'hui plus riebe que celles qu'on fait dans les parages du groupe de Bahrain sur les côtes de l'Arabie; Kiciim ou Djrziré Dtraz, régie par un cheikh dépendant de l'imam de Mascate en Arabie, mais aussi tributaire du roi de Perse; Hormoiz ou Orsiuz. avec environ ido habitans et un fort gardé par 100 soldats de l'imam de Mascate; c'ost sur ce rocher couvert de pierres saliues , sans eau potable et presque sans végétation,

qu'avant la découverte du cap de Mon ne-Espérance et dans e commencement de la domination portugaise dans les Indes, le commerce entassait les trésors de l'Orient.

Dans le Kerman on trouve : Kkrman ou Sirdjah , assez grande ville, importante par ses mannïaetuie* de châles, île tapis et d'armes, et à laquelle on donne W>,<><.o liabitans; elle est le chef-lieu de la province de sou nom. Minam, formée à ce qu'on dît par 3 à 400 grottes creusées dans une montagne et habitées par des pasteurs attachés aux dogmes des Alioulliahs , sectaires mahométans; Vilskerd, à laquelle on accorde 10,000 habilans; Krock. , remarquable par la fertilité de son territoire et par sa population qu'on estime à i5,uoo Ames; Khoubis ou h. mis, au milieu d'un oasis du désert; elle est presque entièrement habitée par des brigauds qui attaquent les caravanes qui passent tout près pour aller de Iezd k Kandahar; Mihab, chef lieu de la partie du Moghistan , dépendant de l'imam de Mascale; ce dernier paie pour elle un tribut au roi de Perse; Gourou* ou Berorr-Abbassi , encore assez peuplée pendant l'hiver; sous le règne d'Abbas-le-Grand c'était l'entrepôt général du commerce du golfe Persique.

Dans le K ou h i s ta h nous ne nommerons que Chkhkristan ou IUbat-Chehkristasi , chef-lieu de cette province, et Tais ou Tkbues, remarquable par sa citadelle, jadis la priucipale forteresse des Assassins.

Dans la partie du Khorassan qui dépend du roi de Perse on trouve : NrXHHED, ville bien déchue , mais très importante par son industrie et son commerce; on y voit le tombeau de l'imam Aly , fi 1s de Moussa, regardé comme le patron de la Perse ; il est visité tous les ans par un grand nombre de pèlerins. Le magnifique groupe d'édifices qu'offre ce sanctuaire, dans la construction duquel les artistes de l'Asie ont épuisé leurs talens et où la superstition a prodigué les trésors des Persans, est regardé par M. Fraser comme le bâtiment de ce genre le plus beau et le plus magnifique qu'il ait vu en Perse. Nous réduirons avec cet intelligent voyageur à 3 a ,000 les 100,000 habitans qu'on s'accorde à donner à cette ville.

Dans les environs immédiats de Mechhcd on voit les ruines de la ville de Tbocs, confondue par bien des géographes avec la précédente; elle était sous les premiers califes une des principales cités de l'Asie; le grand Haroun-alrachid y mourut. Plus loin et daus uu rayon d'environ 60 milles on trouve : Nichabour , une des plus anciennes villes de la Perse , et peudant long-temps capitale de la dynastie des Scldjoukides; quoique euvironnée de ruines et ne comptant plus, selon M. Fraser, que 2,000 maisons, elle se trouve au milieu d'un territoire que ce voyageur dit être le mieux cultivé et le plus peuplé de cette province; dans son voisinage sont les célèbres mines de turquoises. Kabouchak, petite ville, résidence de Mir-Konnah-khan , chef puissant, qui domine sur un vaste territoire; ou dit qu'il peut armer 12,000 hommes; on le regardait naguère comme tout-à-fait indépendant du roi de Perse.

Royaume de Kaboul.

POSITION ASTRONOMIQUE. Longitude orientale , entre 57° et 70°. Latitude, entre 2 8° et 36°.

CONFINS. Au nord y le royaume actuel de Herat ou du Khorassan Oriental, le Turkestan et le Baltistan. A Yest t la confédération de Seikhs et spécialement les vastes possessions du successeur de Randjit-Singh. Au sud, le Beloutchistan. A \ ouest, le royaume de Perse ou d'Iran.

fleuves. Un seul se rend directement à l'Océan-Indien et proprement dans le golfe d'Oman; tous les autres ne sont que des fleuves qui se perdent dans les sables, ou bien se rendent dans des lacs sans écoulement.

L'OCtfAN-INDIF.N reçoit :

L'Innus, qui, après les pertes faite par rv royaume, ne fait plus que toucher une petite partie de sa froulière vers le nord-est, dans la province de Laghwan. Son principal aflluent dans cet état e>t le A' a h nul qui baigne la ville de ce nom.

Parmi les fleuves qui n'aboutissent à aucune mer nous nommerons :

L'Helmend ou Hibmehd , qui est le plus grand courant de tout le royaume. Il prend sa source dans le royaume de Herai, traverse l'Afghanistan proprement dit et le Scdjistati où il se jette dans le lac Zerrah , nommé aussi Lukh par les naturels. Ses principaux alïïuens à la gauche sont : YUrghenddb qui reçoit le Tamak (Turnuk) grossi par l'Urghessan et le Chorudan , et le L or a qui ne lui apporte le tribut de ses eaux que pendant l'hiver; eu été cette rivière se perd dans les sables. Le Kachroud est le principal affluent à la droite.

Le Farrahboud, qui traverse la province de Farrah et se jette dans le lac Zerrah.

DIVISIONS ADMINISTRATIVES et TOPOGRAPHIE. Depuis 1 800, époque où Zcman-chah a été détrôné par son frère Mahmoud, ce royaume est livré a la guerre civile et à toutes les horreurs de l'anarchie. Le belliqueux et habile Randjit-Singh, chef de Lahor dans la confédération des Seikhs, profitant de la faiblesse des souverains du Kaboul , s'empara à différentes époques de ses plus riches provinces; le Kachemir, le Pichaver, le Tchotcn, l'Hazareh, le Chikarpour et le Moult an avec ses dépendances, les provinces de Leïa , de Dera-Ismaïl-khan et Chikarpour en furent détachés. Les khans du pays de Balkh , et celui du Beloutchistan ainsi que les princes duSindh se sont soustraits au vasselage du Kaboul et devinrent entièrement indépendans. Selon M. H ami Itou , l'Afghanistan proprement dit avec les autres provinces qui forment le royaume actuel de Kaboul , étaient devenus en 1826 le partage des fils du dernier vizir Fattih-khan. Celui d'entre eux qui était gouverneur du Kachemir paraissait en être le véritable souverain , tandis que le chah Mahmoud , détrôné pour la seconde fois, s'étant enfui chez son fils Kararan gouverneur de Herat, paraît y avoir fondé un petit royaume , misérable reste du superbe héritage laissé en 1773 à ses successeurs par Ahmed-chah, fondateur de cette monarchie. On ne sait rien sur l'état politique actuel du Sedjistan ; il est probable que les deux princes tributaires du roi de Kaboul ont profité de la faiblesse de ce royaume pour devenir entièrement indépendans. Eu égard à toutes ces pertes et aux dernières nouvelles, le royaume de Kaboul actuel paraît ne plus comprendre que l'Afghanistan proprement dit et le Sistan; ce dernier n'est tout au plus que tributaire. L'Afghanistan est subdivisé en provinces, régies par des gouverneurs ou hakims ; plusieurs districts relèvent immédiatement de leurs chefs, qui sont les khans des tribus à demi ou entièrement nomades. Nous indiquerons dans le tableau ci-dessous les tribus les plus nombreuses : elles forment une partie trop importante de la population de ce royaume pour pouvoir être entièrement négligées.

Régioss rr Provinces. C h ers-La eux des Provinces, Villes et Tribu» les fixe

REMARQUABLES

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