RÉGION DU NIL
POSITION ASTRONOMIQUE. Longitude orientale , entre »*• et 41°. Latitude boréale, entre 70 et 3a° environ.
CONFINS. Au nord, la mer Méditerranée. A l'est , l'Asie- Ottomane , la mer Rouge, le Bab-el-Mandeb, et une petite partie du golfe d'Aden. Au sud , la Région de PAfrique-Orientale et la Région des Nègres. A Youcst, la Région des Nègres et la Région du Maghreb.
FItEUVXS. Cette immense région offre la singularité de n'être traversée que par un seul grand fleuve dont on ne connaît pas encore les sources, quoique la partie inférieure de son cours soit connue dès ht plus haute antiquité. Deux autres singularités non moins remarquables sont le manque d'afflucns depuis sa jonciion avec PAtbarah, et la petitesse extrême de la vallée profonde dans laquelle il coule; la largeur de cette dernière, depuis Damer jusqu'au commencement du Delta , se réduit souvent à quelques centaines de toises. Les débordemens réguliers du Nil, auquel l'Egypte doit sa prodigieuse fertilité, et qui étonnaient tant les anciens, ne nous surprennent nullement , ce phénomène étant commun à tous les grands neuves de la zone torrîde. Nous tracerons avec quelques détail*
le cours de ce grand fleuve qui appartient à la Méditerranée, et nous exposerons les conjectures auxquelles on s'arrête relativement aux autres courans les plus remarquables de cette contrée.
Le Nil. D'après les renseignemcns les plus récens, ce grand fleuve parait prendre sa tource dans les montagnes de la Lune , sur un plateau très élevé, où on le nomme Fleuve- Blajtc ou Bahe-el-Abiad. C'est sous ce nom qu'il arrose le Donga, le pays des Chelouks, le Denka , et, après avoir baigné à droite le Darel-Aïze, dans le Senuaar, et avoir laissé à gauche le Kordofan , il reçoit à la droite le Fleuve-Dieu ou Bahr-el-Azrtk , qui vient de l'Abyssinie, et que plusieurs géographes regardent à tort comme la branche principale. Après sa jonction avec ce dernier, il prend le nom de Nil , sous lequel il parcourt Ja Nubie, où il baigne Halfay , Chendy , Damer, Dongola, Derr et autres villes de cette régioo ; poursuivant sou cours vers le nord , il Franchit la cataracte de Phylœ, entre dans l 'Egypte, où il passe par Syene, Esné , par l'emplacement de l'ancienne Thèbes è Luxor , Karnak et Gouroah , ensuite par Kéné , Girgeh , Syout , Monfalont , Minyeh , Alfyh , par l'emplacement de l'ancienne Memphis, par le Caire. Au-dessous de cette grande ville, le Nil se partage en plusieurs bras par lesquels il entre dans la Méditerranée ; celui de Rosette y à l'ouest, et celui de Damiette , à l'est, sont les principaux. Plusieurs canaux et quelques-uns de ses bras secondaires vont aboutir aux lagunes qui forment la partie extrême de son magnifique delta. Ses principaux affluons sont : le Maie g, qui parait prendre sa source dans te plateau de Narea ; le R ahr-el-A zrek et le Tacazzê ou Atbarah; tous trois à la droite ; du coté opposé, la géographie positive n'a aucun affluent important à nommer. Le Bahr-el- A zrek , que pendant long-temps on a regardé comme le véritable Nil, prend sa source au pays des Agows, dans l'Abyssinie, traverse le grand lac Dembea ou Tzana , baigne les provinces de Gojam , Damot et autres contrées de l'Abyssinie; eu sortant de cette région, il arrose le Senuaar, dont il touche la capitale ; c'est VAstapus des anciens géographes; ses principaux affluons sont : le Dender, qu'on a cru à tort un affluent du Rahad , et le Raiiad ; tous deux a la droite; le Roma , le Yabouos et le Tournât, à la gauche; ce dernier traverse le Darfoq et le Qamamyl. Le Tacazzê qui , dans la partie inférieure de son cours , est plus connu sous le nom d' A tbar ah, prend sa source dans les hautes montagnes de la province de Lasta dans l'Abyssinie; il est identique au Tacaree des voyageurs portugais, au Tekesel de Poncet, et à V Attaborat de Ptolomée. Ce grand affluent du Nil traverse le royaume actuel de Tigré et le pays des Changallahs ( Shangallas) ; ensuite la Haute-Nubie, où, avec le Bahrel- Azrek et le Nil, il forme la fameuse île de Mérou. Ses principaux affluens sont : VAre» Qua, au bassin duquel appartiennent les environs d'Antalow, la ville la plus importante du royaume de Tigré; et le Mareb, dont les branches descendent du plateau d'Axum; cet affluent parcourt ensuite le pays des Changallahs et la Nubie-Orientale, où il fertilise le Taka. Il faut cependant observer que ce n'est que dans la saison des pluies que le Mareb apporte le tribut de ses eaux à l'Atbarah; car dans la saison sèche il se perd dans les sables. Le principal affluent du Tacazzê a la gauche est le Guangue, qui traverse le royaume d'Amhara, et le pays des Changallahs.
Les autres fleuves de cette région sont trop peu connus pour mériter qu'on en trace le cours. Seulement nous ferons observer que dans le vaste territoire occupé par les Galla dans le sud-est de l'Abyssinie , l'Ait azo , et I'Havacu (Hawash) dout le cours est assez considérable, n'arrivent pas à la mer cl paraissent se perdre dans les sables. Le Zebi (Zebee) ou Kibber , qui prend sa source dans le haut plateau de Narea, parait être identique à la grande rivière qui débouche à Pat lé (Patta) dans l'Océan-Indien.
MOTSIOBT et TOPOGRAPHIE. Considérée géograpbiquement, cette vaste région peut se partager en quatre grandes contrées, dont deux sont au sud, savoir : X Abyssinie et celle que nous proposons de nommer Payx du Bahr-cl-Abiad , parce qu'elle est traversée par ce grand fleuve; la Nubie au milieu ; et Y Egypte avec ses dépendances au nord. Les divisions politiques de tous ces pays ont beaucoup changé dans ces dernières années. La description suivante offre leur état actuel combiné autant que possible
avec leurs divisions géographiques, ainsi qu'avec les divisions politiques que présentaient ces pays au commencement de ce siècle.
Abyssinie.
Depuis plusieurs années le puissant empire d'Abyssinie, qui pendant des siècles lutta avec succès pour conserver sa religion et son indépendance contre les efforts combinés de l'idolâtrie et de l'islamisme vainqueur de l'Asie et de l'Afrique, est en proie à l'anarchie et complètement démembré. D'après les renseignemens publiés dernièrement par M. le comte de Montmorris (lord Vaientia) sur les mémoires laissés par Pearce, et dont les plus récens semblent se rapporter à l'année 1 8 19, il paraît que l'état politique de l'Abyssinic a beaucoup changé depuis I époque où Sait Ta visitée pour la seconde fois. En i8ta, Welleta-Sélassé régnait sur lapins grande partie du Tigré, et était allié ou vivait en bonne harmonie avec Itsa Tecla Gorgis, roi du Waldubba, Itsa Guarlu qui régnait à Gnndar , Itsa Yonas qui dominait sur le Gojam et Itsa Bede Mariam qui était maître du Samen. Quelques princes cités par Pearce régnaient sur d'autres parties de l'Abyssinic. Selon ce même voyageur , les Galla n'auraient été ni aussi puissans , ni aussi formidables qu'ils l'étaient quelques années auparavant. Plus tard, la mort de Welleta-Sélassé fut l'occasion d'une lutte sanglante entre plusieurs chefs qui prétendaient à l'héritage de sa riche dépouille. D'après les dernières nouvelles venues de ce pays, la victoire est demeurée à Subegadis, âgé d'environ 40 ans, brave, intelligent, infatigable , plein d'audace et de vigueur ; il préparait une expédition contre Gondar, et il est probable qu'il s'est déjà assis sur le trône que convoitait son ambition. L'Abyssinie sortira peut-être, par son moyen, de l'état de nullité politique auquel l'anarchie et la guerre civile l'avaient condamnée depuis long- temps. Dans la description suivante, nous avons adopté provisoirement les divisions politiques tracées par un géographe célèbre; c'était le seul parti que nous puissions prendre, n'ayant aucun moyeu d'adapter à l'étal actuel de cette contrée les renseignemens incomplets publiés depuis la deuxième édition de la Description de f Afrique, par M. Ritter. "Voici, d'après ce géographe, les principaux états qui se sont élevés sur les débris de l'empire d'Abyssinie.
Le ROYAUME DE TIGRÉ (Tygré). C'est le plus puissant par la force de sa position , par l'humeur belliqueuse de ses habitans , el par les ressources qu'il tire du commerce. Il comprend toutes les provinces du ci-devant empire d'Abyssinie situées à l'orient du Tacazzé, à l'exception de celles qui sont au pouvoir des Galla et des tribus des Chifao- Dankali ( Shiho-Dankali ) et autres nomades de la Troglodytique. Voici les principaux pays qui en dépendent :
Entier ta. Ahtalow, ville d'environ 1,000 maisons, est censée être la capitale de la province et en même temps du royaume. Chelicout, assez grande ville , ou pour mieux dire gros village , devenu très important depuis que le roi y fait sa résidence ordinaire. La demeure de ce prince et Y église, regardée comme une des plus belles de l'Abyssinic, sont les principaux édifices. Sa population pourrait être estimée à 8,000 Ames.
Tigré (Tygré), proprement dit. Cette contrée peut être regardée comme le berceau de l'empire d'Abyssinie. Ses habitans, qui sont les véritables Abyssins , ont étendu leur domination et leur nom sur toute cette région. Cette partie du ci-devant empire d'Abyssinie est décorée du titre de royaume , et est subdivisée eu plusieurs provinces et districts que notre cadre ne nous permet pas de décrire ni même d'indiquer. Asova , actuellement la tille la plus commerçante de toute l'Abyssinie, ne parait avoir qu'environ $,000 fcabi-
tans ; le plus grand nombre professe l'islamisme. La toile de coton qn'on y fabrique cif~ cule comme monnaie dans toute l'Abyssinie. Adova est assez bien bâtie, et a été pendant quelque temps la capitale de l'empire. Axcm, jadis capitale du royaume de ce nom , dont les rois étendirent leur domination sur la plus grande partie de l'Abyssinie , dominèrent sur une partie de l'Arabie, et reçurent même un tribut des empereurs Byzantins. Ceat auvsi dans cette ville que la culture étbiopienue fleurit, réunie à la civilisation et aux arts de la Grèce, comme le démontrent encore des ruines inaguifiques , des inscriptions en caractères grecs et des obélisques sans hiéroglyphes; parmi ces derniers deux sont encore debout ; le plus grand est d'un seul bloc de granit de 60 pieds de haut , il est couvert de sculptures d'un travail parfait ; plusieurs autres obélisques sont renversés à une petite distance ; uu de ces derniers est encore plus grand que le précédent. La ville moderne d'Axum compte tout au plus 600 maisons; à son extrémité septentrionale, on «oit une église qui n'est inférieure qu'à celle de Chelicout, mais dont la construction ne remonte qu'à l'anuée 16J7. C'est dans ce temple que l'on conserve et que l'on continue l'histoire authentique de l'Abyssinie dite Chronique d'Axum , dont uu exemplaire a été apporté en Europe par Bruce. Dans le voisinage d'Axum ,-on trouve le monastère de Abba-Pantaleon, remarquable par le petit obélisque situé au pied d'une colline et par la grande inscription grecque sculptée sur une pierre; elle remonte à l'année 33o de Jésus-Christ, et se rapporte a un exploit de l'empereur Aeizanas.
Las ta, 1res montueuse. Socota, ville qu'on dit être plus grande qu'Antalow.
S amen, très montueuse. Nous devons signaler ici un des faits les plus curieux de l'ethnographie ; nous voulons parler de l'existence d'une colonie Je Juifs au milieu de l'Abyssinie , depuis près de trois mille ans. Il parait qu'à l'époque de la conquête de la Judée et des provinces voisines par Nabuchodonosor un grand nombre d'habitans se réfugièrent en Egypte et en Arabie, d'où ils allèrent en Ethiopie. C'est l'opinion de M. Marcus, qui a publié il y a quelque temps un savant mémoire sur ce sujet. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dès le temps d'Alexandre-le-Graud , ces Juifs sont appelés, dans le pays, falasjan ou exilés, et qu'ils y étaient solidement établis; ils ont jusqu'à ces derniers temps* conservé leor indépendance, leur langue, leur religion et leurs institutions nationales. Ils occupent la contrée située sur la rive occidentale du Tacazzé, rendue d'un accès difficile par de hautes montagnes. Ces Juifs dominèrent pendant long-temps sur les région» voisines entre le Samen et la mer, et du côté du lac Dembea. Quoique réduits successivement à des limites plus étroites, ils pouvaient encore, du temps de Bruce, mettre cinquante mille hommes sur pied. Mais en 1800, la race royale s'élant éteiute, cette partie du Samen est tombée sous la dépendance du souverain chrétien du pays, et parait maintenant être dépendante du Tigré.
Baharne gach (le pays du). Cette contrée est subdivisée en plusieurs districts. On y trouve Dix ait , petite ville remarquable par son commerce.
Si ré, où se trouve la ville de Sir* , qui du temps de Bruce était plus considérable que celle d'Axum, et dans laquelle M. de Ricnzi a vu des ruines qui lui ont paru plus anciennes que celles de l'antique capitale de l'Abyssinie. A gante où se trouve la ville de Gextatbr ; Te m 6 e n, avec Adet; Wojjerat, remarquable par sa fertilité, et W aldub ba , remplie de moines, sont les autres provinces les plus importantes.
ROYAUME DE GONDAR, nommé improprement d'AMHARA à cause de la langue qu'on y parle. Il comprend les provinces centrales de l'Abyssinie et le grand lac Dembea ou Tzana, qui en occupe presque le centre. Depuis plusieurs années il est eu proie à l'anarchie. Le véritable souverain , l'empereur ou le negus , était , il y a quelques années , prisonnier de Guxo , chef gai la qui régnait eu son nom. Les principales provinces qui forment cet état sont :
Dembea, une des plus fertiles de toute l'Abyssinie. Gomdar , assez grande ville, située sur une vaste plaine semée de quelques monticules , jadis capitale de tout l'empire, et actuellement du royaume d'Amhara. L'Abyssinien Abraham, cité par William-Jones, compare cette ville au Caire; mais Bruce lui accorde à peine 5o,ooo habilans. M. Coffin, qui l'a visitée en 1 8 14 , dit que si elle était bâtie comme nos villes d'Europe, la huitième partie de l'espace qu'elle occupe la contiendrait sans peine , mais toutes les maisons sont si isolées et entourées d'arbres en si graud nombre et si épais, qu'on ne les voit
guère que lorsqu'on y ealre. Ces maisons sont couverte» de chaume , les murs même crt sont revêtus à cause de la mauvaise qualité de l'argile. 1a principale église, nommée Quvsquum, est bâtie de la même mauière, mais avec beaucoup d'art; l'intérieur en est tapissé de soie bleue et orné de glaces. Les édifices consacrés au culte y sont si nombreux que les prêtres l'appellent la Villes aux auaranle-auatrt églises. Le palais du roi est fort délabré; depuis plusieurs années il était inhabité, toutes les portes avaient été brisées et les murs tombaient en mines. D'après Bruce c'est un édifice carré à quatre étages , flanque de tours et environné , ainsi que les maisons qui l'avoisinent, d'un mur en pierre de 3o pieds anglais de haut. Les deux étages supérieurs étaient déjà ruinés, et dans la partie qui subsistait encore se trouvait la salle d'audience qui avait iao pieds de long. On pouvait alois le regarder comme l'édifice le plus remarquable de l'Abyssinie.
Gojam , une des plus peuplées de l'Abyssinie; Koixela parait en être la ville principale. Ma itscha, où se sont établis plusieurs Galla qui ont embrassé la religion et la civilisation dos Abyssins. Ibala , près du lac Dembea, est sa ville principale; on la dit presque aussi grande que Gondar.
Les autres provinces les plus importantes sont : Belessem, où se trouve la ville d'Enra.As; Damo t , avec Bu ré et de riches mines d'or; Woggara, avec Tabolaoce; Tclielga, avec Tcbxrkik , place de commerce.
ROYAUME 1VANKOBER. Cette partie du ci-devant empire d'Abyssinie paraît être actuellement la plus riche et la plus peuplée; c'est aussi celle où l'ancienne civilisât iou et la littérature abyssiniennes se sont le plus conservées, quoique depuis plusieurs années elle soit régie par Murd-azimaï , prince gai la. En t8i4 , il était ami et allié des rots de Gondar et de Tigre. Son royaume se composait de deux grandes provinces , celle d* Efat, où se trouve Ahkobeb., résidence du roi, et celle de Schoa, où est situé Tacot-et, ville ruinée, jadis capitale de tout l'empire d'Abyssinie.
ROYAUME D'AMHARA proprement dit. Cet état comprend la province de ce nom et quelques autres pays limitrophes; le Galla Liban en était roi il y a quelques années; il était en même temps le chef suprême des tribus des Galla H'ochali* fi'oolo, Azowa* En 1 8 14, il vivait en bonne harmonie avec son voisin le roi de Tigré. Watbo-Haimahot , sur le Bashilo , était sa résidence. Ce prince, ainsi que les Galla qui en dépendent , soûl mahométans et passent pour être les plus civilisés de toutes les tribus qui composent cette nombreuse nation.
ROYAUME D'ANGOT, ainsi nommé de la grande province d' Angot, dont la majeure partie lui appartient; celle de Fnrfura et autres districts moins considérables paraissent en dépendre aussi. Gojee, chef galla, très belliqueux et entreprenant en était le roi il y a quelques années; il commandait aussi à la plus grande partie des Edjow- Galla parmi lesquels on compte les tribus Djawi et Tohtm. En 1 8 1 4 , quoiqu'à la tête de 40,000 hommes, il a été battu par Welleta Selasséroi de Tigré. Ses villes principales sont : Aoop, Cobbehoc et Combotcbe.
D'autres chefs galla, tels que les Assouùa-Galla , possèdent le reste de la vaste PRO- VINCE D'ANGOT , le M ARA et autres contrées du côté de l'est, tandis qu'au sudouest du royaume d'Ankober, les nombreuses tribus des Borcn-Galla ou G allas occidentaux , ceignent la froutière méridionale du royaume de Gondar et paraissent dominer sur une partie des provinces de NAREA et de CAMBAT. On représente ces Galla comme les plus féroces et les plus abrutis de tous ceux qui dominent sur l'Abyssinie.
Le ROYAUME DE NAREA se compose de la province de ce nom, un des plateaux les plus élevés de l'Afrique. Ses habitans, qui sont presque aussi blancs que les Espagnols et les Napolitains , paraisseut avoir conservé leur indépendance contre les Galla; autrefois ils étaient tributaires de l'empereur d'Abyssinie.
Le SAMARA (côte maritime de l'Abyssinie) , qui forme la partie méridionale de la TaoGLonvnQ ce de Malte-Brun, est partage entre un grand nombre de petites tribus plus ou moins féroces et abruties, cpii conservent leur indépendance et forment autant de petits étals qu'elles comptent de chefs. Les endroits les plus remarquables sont : Dciok * , village dans la baie d'Amphila, habité par des Dumhotla , la plus puissante tribu de* Danakil, peuplade qui possède toute la cote depuis le Bah-el-Mandeb jusqu'à Arena.
Ztu.» , misérable village , dans la baie d'Annesley , où réside le chef des Hatorfa ; une
autre tribu nombreuse d'Hazorla demeure près de l'important paisage de Taranla. Znlla est aussi remarquable; à cause du voisinage d' A doute, si célèbre dans l'antiquité par le commerce maritime qu'on y faisait ; on la regardait comme le port d'Axum. Ou y Irouse encore des colonnes et des débris d'anciens édifices. On doit aussi nommer la baie d'Aua à cause des ruine» que M. de Rienzi vient de visiter, et qu'il croit être plus anciennes que celles d'Axum et de Siré.
Mvrzous (Massouab), petite ville d'environ a,ooo habilans, sur l'îlot de ce nom , a\cc un assez bon port , où se fait le plus grand commerce maritime de l'Abyssinie ; plusieurs banians ou marchands hindous y sont établis. Cette ville, scion M. de Rienzi, est régie par un aga dépendant du vice-roi d'Egypte. Aaxtao, petite ville située sur le contiiieut , tiva-vis Matzoua, est le siège d'un naib qui, selon M. de Rienzi, recouiiait la suzeraiuclc du royaume de Tigré, mais est indépendant dans tout ce qui concerne l'administration de soi; petit territoire.
L'île Dhalak , la plus grande île de la mer Rouge. Voyez à la page S 14. Plusieurs NATIONS NÈGRES habitent dans l'Abyssinie el y conservent encore leur indépendance. Les Abyssins les nomment en général ChangaUa (Sbaugalla), quoiqu'elles parlent plusieurs langues entièrement différentes. Plusieurs tribus passent une partie de l'année sous l'ombrage et l'autre dans des cavernes. Les Abyssins les chassent comme des bêtes fauves ; ils se nourrissent de sauterelles, de serpens, d eléphans et autres animaux. Nous n'en nommerons que trois : les TcUeret-Jgov , qui vivent dans les hautes vallées du Sameu ; ils sont très belliqueux et excellens cavaliers ; les Agov Damot, qui demeurent près des sources du Rabr-el-Azrek; ils adorent ce fleuve comme leur divinité principale, et fournissent la ville de Gondar de viande, de l>eurre et de miel ; les Dobenalt, nation nombreuse, qui vit de la chasse dos eléphans et des rhinocéros, entre le Mareb et le Tacazzé.
Avant de quitter l'Abyssinie nous ferons observer que de même que l'Egypte nous offre une foule d'anciens temples taillés dans le roc, de même cette contrée nous présente plusieurs de ses églises entièrement creusées dans le rocher. Il y en a plusieurs dans le Lasta et dans le Tigré. Nous citerons eutre autres les neuf églises creusées dans une montagne du Lasta, dont Alvares a donné le plan. Ces temples extraordinaires sont environnés d'un cloître; leurs voûtes ou plafonds sont soutenus par des piliers et leurs parois sont couvertes de sculptures , dont la plupart sont des arabesques d'une exécution remarquable. La tradition les attribue à saint Lalibala, le plus iWustre des empereurs de la dynastie Zageenue ; ce monarque a son tom!>eau dans celle nommée Ciolgota , longue de r ao palmes et large de 60. On doit citer aussi l'église de Saint-George de aoo palmes de long sur 1 ao de large. Selon le même voyageur on trouve dans une plaine à quelques milles de distance de ces églises des édifices en ruines; il compare ces restes à ceux d'Axum, qu'il a décrits le premier. Ces constructions sont très élevées et en pierres de taille. Alvares présume qu'elles ont servi de résidence aux auciens rois. Les iudigenes attribuent leur construction, ainsi qne celle des églises sus-roentionnees, à des hommrs blancs. M. Sait a visité dans le Tigré la vaste église d' 'Aboulmsoubba , sur la roule de Genatir à Antalow ; une des salies qui en dépendent a 5o pieds anglais de long sur 3o de large ; une autre salle se termine par un dôme de 40 pieds d'élévation. Les murailles de ces salles sont ornées de sculptures qui représentent des crosses , des inscriptions éthiopiennes et des peintures offrant l'image du Christ, des Apôtres et de Saint George.
Contrée du Sud- Ouest ou Pays du Bahr-el-Ahiad.
Cette vaste contrée , encore très peu connue , comprend tous les pays de la Région du Nil, ciue les géographes regardent comme situés hors des confins de l'Abyssinie et de la Nubie ; dans ce nombre nous comprendrons provisoirement le Dar-Four et le Kordofan. Ces pays sont habités par d<s peuples la plupart noirs, qui presque tous conserveut encore leur indépendance, quoique de temps en temps ceux qui habitent dans le voisina^* du royaume de Sennanr et du ci -devant empire d'Abys*inic , aient été par intervalle soumis par ces deux états ou leurs tributaires. Voici les principaux pays compris dans cette section.
ABRÉGÉ DE GÉOGK AFHIE.
Le DONGÀ , encore tout-à-fait inconnu et habité par des nègres; on suppose que c'est dans ce pays élevé que le véritable Nil ou le Bahrel-Abiad , prend sa source, probablement dâns les lacs mentionné» par Ptolomée et les auteurs arabes.
Le PAYS DES CHELOUKS (Schilouks) , le long du Bahr-ekAbiad. Ce puissant peuple noir, qui a la réputation d'être anthropophage , et qui empoisonne ses armes , est le meute qui , dans le xvi* siècle , a envahi et soumis le royaume de Sennaar.
Le DENK A , le long de la rive droite du Bahr-ekAbiad , habité par un autre peuple nègre idolâtre, redoutable à ses voisins.
Le SERT AT ( Djcbel-O'ouyn ) , vaste contrée montagneuse et boisée , habitée par un grand nombre de nations nègres idolâtres, indociles et belliqueuses, mais vivant en paix avec les tribus d'Arabes musulmans et même avec les Abyssins, qui s'y sont établis dans plusieurs parties. Les pays les plus connus et les plus importai) s paraissent être le Qamamyl , riche en substances aurifères, d'où les nègres retirent par le lavage des quantités assez considérables d'or, surtout à Abqoulgui, sur le Tournât. Le Fazoql, gouverné par un melik ou petit roi, naguère tributaire de Sennaar; Aoassi est le lieu le plus considérable ; cnfiu \c Darfoa, oiise trouve Fardai sur le Tabou»s , lieu regardé comme le marché principal entre le Bertat, la Nubie et l'Abyssinie.
Le CHEIBON (Scheibon) , contrée peu connue , au nord du pays des Chelouks , remarquable par la quantité de poudre d'or que les nègres qui l'habitent savent retirer de leur sol.
Le FERUT, au nord du Dooga, important par ses mines de cuivre, que les gens du pays assurent y exister.
Le PAYS DES TUKLAWI, au nord de celui des Chelouks; on dit que le roi réside dans une ville nommée Taggala (Tuggala).
Le KORDOFAN (Kordoufan). Cette contrée n'est, à proprement parler, qu'un assemblage de plusieurs petites oasis séparées par de vastes déserts du Dar-Four et du Babr-el-Abiad. La plus grande partie de la population se compose de nègre» assez civilisés qui se livrent i l'agriculture ; le reste est formé de Dongolais adonnés au commerce , et d'Arabes qui en parcourent les arides solitudes. Le Kordofan , après avoir été pendant long-temps tributaire du royaume de Senoaar, reconnaissait depuis la moitié du xvtu" siècle la suzeraineté des rois du Dar-Four. Envahi par les troupes du vice-roi d'Egypte en i8ao, il est resté sous sa dominât iou et forme depuis lors une partie de l'Afrique -Ottomane. Obrjd, ville de médiocre étendue , mais florissante par le commerce jusqu'à l'invasion des TurLs , n'offre plus qu'un amas de ruines. On conserve cependant son nom à trois établissement situés près de l'emplacement qu'elle occupait, et connus sous les noms de YYadi-Naohklr, Orta (ou le camp fortifié des Turks) , et YVadi-Safcc ; leur population totale est estimée à 5,ooo âmes par M. Rùppell. Bara paraît être le lieu le plus remarquable après Obéid; les Turks y ont bâti un fort où ils tiennent uue petite garnison. M. Rùppell n'a pu obtenir que des reuseignemens incertains sur les ruines anciennes dans le Kordofan et sur celles de Djebel-Marre dans le Dar-Four, sur lesquelles quelques journaux avaient dernièrement attiré l'attention des archéologues. Mais ce voyageur a trouvé dans et- lie partie de l'Afrique ces mêmes armures en fer que Clapperton et Denhara ont vues dans le bassin du Tchad ; quelques chefs ont même des robes en mailles de fer pour leurs chevaux. Les armures en fer , si connues en Europe dans le moyen Age , sont donc d'un usage commun dans le centre de l'Afrique.
Le ROYAUME DE FOUR (Dar-Four). C'est, comme le Kordofan, un groupe de plusieurs oasis au milieu d'un vaste désert qui le sépare du Mobba à l'ouest , et du Kordofan à l'est. Ce royaume a étendu autrefois sa domination sur le Kordofan, le Bego, le Dageo, leDar-Runga et autres pays peu connus. Après la perte de toutes ces contrées sa puissance a beaucoup diminué, et le Dar-Four ne joue plus un rôle important parmi les états du Soudan-Orienlal, avec lesquels tous les géographes s'accordent à le placer. Cobhe, petite ville, à laquelle on donne 6,000 habitans, en est la capitale. Le sultan réside habituellement à une petite distance de cette ville, dans un lieu appelé El-Faeher. Cobbe possède deux mosquées, cinq écoles publiques, et se distingue surtout par l'activité commerciale de ses habitans , qui en ont fait un des principaux entrepots du commerce de
Nubie.
Depuis l'invasion faite en i8aa par Ismayl pàcha , fils du vice-roi d'Egypte , tous les pays le long du Nil compris dans cette vaste contrée peuvent être regardés comme tributaires de ce prince, qui possède en outre Souakim , considérée comme la place maritime la plus importante. Même les principales tribus des nomades , qui parcourent les déserts à l'est et à l'ouest du Nil, ont été obligées de reconnaître sa suzeraineté. Il est vrai que peu de temps après la conquête il éclata une terrible insurrection dans les pays conquis; mais on nous assure, qu'à l'exception des extrémités méridionales du ci-devant royaume de Sennaar et de quelques districts sur sa frontière occidentale , tout est rentré dans l'ordre et reconnaît la domination de Mohammed- Aly. Voici les pays les plus importons qui appartiennent à cette grande division de la Région du Nil; nous les indiquons en descendant le Bàhr-cl-Azrck et le Nil proprement dit.
Le ROYAUME DE SENNAAR. Au temps de Bruce, vers 1770, cet étal étendait sa domination sur toute la Nubie-Méridiouale jusqu'à Dongoiah , et quelques années auparavant l'avait portée même sur le Kordofan; avant l'invasiou d' Ismayl •pacha , les meliks de Chendy , de Damer et le territoire des Chaykyé, au nord, le Fazoql , le Bouroum et autres (taysau sud, lui payaient un tribut. Depuis t8aa Bady , sou melik actuel, descendant des Chelouks qui ont fondé ce puissant royaume au commencement du xvi' siècle, est vassal du vice-rot d'Egypte , et ne possède plus que le tiers de son ancien territoire.
Les villes principales sont : Senxaab , dans le Sennaar proprement dit , sur la rite gauche du Bahr-el-Azrek. C'est un amas confus de cabanes rondes, couvertes en chaume, et d'autres en argile, qui ont par fois un étage, et assez ordinairement une terrasse. Le palais des anciens rois est une construction en briques cuites, élevée de 4 étages, abandonnée et à demi délabrée. M. Cailliaud en i8aa , estimait à 9,000 âmes la population de cette ville , dont les géographes exagèrent tant l'étendue et le nombre des habitant. Avant la dernière invasion, Sennaar était le centre d'un commerce assez étendu. Heixstbl-chiriv-Mahammcd, grosse bourgade à la gauche du Bahr-el-Azrek.
PAYS DE HALFAT. le loug du Bahr-el-Azrek et du Nil proprement dit. Après avoir secoué le joug du Sennaar, cet état jouissait de son indépendance, lorsque Ismayl- pacha le rendit tributaire de l'Egypte. Halfà*, peu loin des deux branches dont l'utiion ïornu* le Nil; c'est une petite ville très déchue à cause des fréquentes attaques des Chaykyé; M. Cailliaud lui accorde 3 à 4>ooo habitans. Sobab , à la droite du Bahr-el-Azrek , misérable endroit , remarquable en ce qu'il offre , selon M. Cailliaud , les dernières mines d'anciens édifices que l'on rencontre sur la célèbre île de M éroé.
PAYS DE CHENDY, le long du Nil. Ce royaume, naguère tributaire du roi de Sennaar , est surtout remarquable parce qu'il correspond à la partie la plus importante du célèbre état théocratique de M éroé, qui pendant plusieurs siècles répandit les bienfaits de la civilisation au milieu des peuples barbares dont il était entouré, et que plusieurs écrivains out supposé être le berceau des institutions religieuses et politiques des Égyptiens. Cbbkdy, sur la rive droite du Nil, peut avoir 8 à 900 maisons, qui la plupart n'ont qu'un rez-de-chaussée très élevé et une terrasse pour toiture. M. Cailliaud en estime la population de 6 à 7,000 âmes. Avant l'invasion des Egyptiens, Chendy était l'entrepôt principal du commerce de la Nubie , et son plus grand marche pour Us esclaves; ses négocians entretenaient des relations suivies avec le Sennaar, le Kordofan, le Dar-Kour, le Dongoiah , et par Souakim avec l'Arabie. C'est dans un village près de cette ville que Nimr , ancien roi de Chendy, dépossédé par Ismayl-pacha , mit le feu a la maison habitée par ce dernier et le brûla ; sa mort a été le signal du soulèvement général éclaté à eetio époque contre les Égyptiens dans les provinces conquises, depuis l'extrême frontière du Sennaar jusqu'à celle de la Basse-Nubie.
Dans un rayon de 27 milles on (route : Naga , lieu misérable, peu éloigné de ta 1 ive droite du Nil , où Ton voit encore les ruines de sept temples. E /- >/ c c a o u r a t , autre
endroit qui u'est remarquable que par les restes de huit temples ou sanctuaires. M. Cailliaud regarde ces graudes constructions cornue appartenant au collège célèbre, où, loiu du tumulte des villes, les prêtres de Méroé instruisaient déjeunes adeptes à la connaissance des dogmes religieux et des sciences dont ils étaient dépositaires. Les figures in formes et les noms gravés en caractères éthiopiens par des élèves, rappelèrent à M. Cailliaud le guflounage que l'ou voit encore sur les murailles intérieures des casernes de l'antique Pompeïa. Assour ou Hachour , petit village, sur la rive droite du Nil, au-dessous de Chendy; tout près se trouvent, scion M. Cailliaud, les ruines de Méroé, ville jadis si célèbre par ses mo nu meus , par son commerce , par son oracle de Jupiter Amroon et par son roi pontife , que ce dieu même était censé choisir parmi ses prêtres. M. Cailliaud y vit un grand nombre de pyramides. V 'i le de Kourgos (Kourqos), où Ton voit, selon M. Rùppell, trois groupes de mausolées antiques, ayant la forme de pyramides; ils sont ornés de sculptures; l'un de ces groupes se compose de ai pyramides.
PAYS DE DAMER , le loug du Nil et de l'Albarah. Ce petit état était naguère régi par plusieurs prêtres mahométaus présidés par un pontife de leur religion (el-Fakyh-el-Kebir) Damer, près du couQuenl de l'Atbarali dans le Nil, jolie petite ville d'environ 5oo maisons , avec des rues droites et bordées d'arbres qui aboutissent a une belle mosquée. C'est Yécoleh plus célèbre de l'Afrique-Orientale, dans laquelle sont élevés et instruits plusieurs jeunes mahométaus envoyés non-seulement des contrées voisiues, mais aussi du Dar- Four, du Sennaar et d'autres pays éloignés. Damer est en outre une place d'un grand commerce pour toute la Région du Nil.
PAYS DE CARItAR, le long du Nil, habité par des Arabes de la tribu Meyrtfab. Avrheyre , sur la rive droite du Nil selon Burkhardt , et El-Merbeyr sur la même rive, selon M. Cailliaud, en est la capitale. On y fait un commerce assez considérable,
PAYS DES CHAYKYÉ, le long du Nil. Avant l'invasion d Ismayl-pàcha, c'était une république militaire gouvernée par trois meUÂs principaux nommés Cfiauss, Zibert et Omar; ces chefs avaient sous leurs ordres chacun trois autres chefs subalternes, qui commandaient des corps de troupes. Ces Arabes devinrent redoutables à leurs voisins, surtout au Dongolah, au Barbar et à l'Halfay, sur lesquels ils dominèrent pendant quelque temps. Les Cbaykyé furent ceux qui opposèrent le plus de résistance aux troupes des Égyptiens. Parmi les lieux les plus remarquables nous nommerons :
Korti , petite ville sur la rive gauche du Nil; on la regardait comme la capitale de l'état. Hakhre , sur la rive droite, à laquelle M. Cailliaud accordait a.ooo habitans avant sa ruiue. Mer août , encore plus petite, mais dans le voisinage de laquelle se trouvent les imposantes ruines du mont Barkal, regardées par M. Cailliaud , comme les restes de Napata, qui pendant plusieurs siècles fut, après Méroé, la capitale de la Nubie, et qui fut détruite par Petronius, général romain. On y voit eucore deux groupes formes chacun par plusieurs pyramides, plus petites que celles d'Egypte, mais accompagnées comme celles d' Assour, de sanctuaires extérieurs ou de petits temples; ensuite un grand temple très dégradé, qui , par son étendue, le grand nombre de colonnes, de sphinx , d'autels en granit couverts des plus belles sculptures, cl par sa grande sale hypostyle, doit être rangé au rapg des plus beaux monuroens de l'Ethiopic-Inférieurc. Le typhonium placé à la moitié de la mootague est le plus beau reste encore subsistant de ces maguiûques ruines , que M. Waddington , qui les a visitées le premier , croit être plus anciennes que celles de l'Egypte. Nouri , misérable endroit, à la gauche du Nil , reiuai-quable par ses grande> pyramides, plus effilées et beaucoup plus petites que celles d'Egypte. Les chevaux des Chavkyé sont les meilleurs que l'ou connaisse parmi les races aral>es.
PAYS DE DONGOLAH, le loug du Nil. En i 8 14, ce pays était tributaire des Chaykvé, auxquels il fut enlevé par les Mamelouks échappés de l'Égyple, qui en furent euxmêmes dépouillés eu i8au par Ibrahim-pacha. Le Dougolah, qui dans le moyen âge était la puissance prépondérante de la Nubie, n'est plus reconnaissante , tant il a perdu sot» le rapport de l'étendue , de la fertilité et de la population. Opprimés depuis 60 ans par les Cbaykyé , ses habitans ont émigré en grand nombre dans le Barbar , le Chendy et jusqu'au Rordofan et au Dai-Fonr. Les lieux les plus remarquables sont:
Mararak ou NocvEAn-Dowooi^a , gros village à la gauebe du Nil , construit, il y a quelques années, par les Mamelouks , qui ont abandonné le Vieux -Dougolah. M. Cailliaud
DESCRIPTION J)E L'AFRIQUE
le î-egarde aujourd'hui comme le lieu le plus considérable de tout le Dongolah , et M. Rùppell ajoute qu'il est la résidence du commandant turk qui étend sa juridiction depuis Ouadi-Halfa jusqu'à Ouadi-Gammer. Dougolah ou Viacx-Dougolah (Doogolah- Agouz), sur la rive droite du Nil , ville la plus grande , la plus |>euplée et la plus riche de la Nubie pendant le moyen âge, réduite maintenant à un simple village d'environ 3oo ha* bilans. L'île d'ÀRoo, remarquable par sa fertilité et surtout par les débris d'anciens édifices et par deux statues colossales visitées pour la première fois par M. Waddington.
PAYS DE MAHAS, le loug du Nil. Tvwareh, misérable village à la droite du Nil, est le lieu le plus considérable: on y voit les mines de plusieurs églises coptes. Sksck et Gourikk-Taoua, misérables villages à la gauche du Nil, remarquables par les ruines de leurs anciens temples. M. Waddington siguale un de ces temples en ruines, dit aussi de Soleà, à cause du voisinage du hameau de ce nom , comme un des plus grauds et des plus remarquables par son élégance ; l'état de ses ruines lui rappelait celles qu'il avait vues a Segcste, à Phigalée et à Sunium.
PAYS DE SOKKOT , le long du Nil. Amaiiah , sur la rive droite , est le lieu le plus remarquable; on y voit les restes d'un beau temple égyptien. L'île de Says, où il s'était formé une petite république aristocratique, qui , sur son refus de payer les impôts, a été détruite en 182 3 par les troupes du vice-roi d'Egypte; le château de Says a été rasé.
OUADY-EL-HADJAR , le long du Nil. C'est une contrée stérile et presque déserte. Ssjmrh , misérable hameau , remarquable par le temple égyptien qui se trouve vis-à-vis de l'autre côté du fleuve.
PAYS DfeS BARABRAS (Qenous ou Kenouz), dit aussi communément BASSE- NUBIE; il s'étend le long du Nil, entre la cataracte d'Ouady-Halfa et celle d'Assouan ou Syene , nommées communément la seconde et la première cataracte. Dena , sur la rive droite du Nil , petite bourgade de uoo maisons, dont la plupart des babilans sont d'origine turque; M. Ricbardson en 181 7 lui accordait 3,ooo habit ans; on la regarde comme la capitale de toute la Basse-Nubie, ou de la Nubie-Ottomane. On trouve dans ses environs beaucoup de ruines et un temple égyptien taillé dans le roc, dont M. Champollion altri bue la construction à Sésostris. Les lieux su i vans, le long du Nil, quoique de misérables hameaux , sont iroportans par les ruines d'anciens édifices et par leurs anciens temple* égyptiens.
Ouaoy Halfa , village remarquable par la cataracte que le Ml forme dans son voisinage. Déjà plusieurs voyageurs modernes ont signalé l'extraordinaire exagération des géographes anciens et modernes sur la hauteur qu'on lui attribuait ; malgré cela , par une inconcevable négligence, plusieurs géographes portent encore à plusieurs centaines de pieds son élévation , qui n'est que de quelques pieds. On y voit aussi les débris de trois temples égyptiens, dans un desquels M. Champollion retrouva des colonnes , qu'il regarde comme l'origine des ordres grecs.
Ebsambol. Près de ce misérable hameau se trouvent les plus magnifiques excavations de toute la Nubie, visitées et décrites de nos jours d'abord par MM. Urovetli, Burckhardl et Belzoni, et ensuite par Richardson, Rifaud, Gau , Champollion , Roselliui et autres voyageurs. Le temple a*Athor, dédié par la femme de Sésostris-lc-Grand, est le plus petit ; il est décore extérieurement d'une façade contre laquelle s'élèvent 6 colosses de 35 pieds chacun environ , taillés aussi dans le roc, et d'une excellente sculpture. Ce temple est couvert de basreliefs , dont plusieurs sont très iulére&taos. Le graud temple est une autre construction du graud Sésostris, excavation immense, dont le travail qu'elle a dû causer effraie l'imagination. Le sable du désert, continuellement apporté par les vents, s'accumule à l'entrée de ce magui tique monument, et nécessite des nouveaux déblaiemcns chaque fois qu'on veut y pénétrer. La façade est décorée de 4 colosses assis, de 61 pieds de hauteur, et représentant Rhamsès-le-Grand ou le grand Sésostris. La première salle de l'intérieur est soutenue par 8 piliers contre lesquels sont adossés autant de colosses de 3o pieds charun , représentant Sésostris. Sur les parois de cette vaste salle règne une Hic de grands Las-reliefs historiques, relatifs aux conquêtes du Pharaon en Afrique; relui qui représente son char de triomphe , accompagné de groupes de prisonniers Nubiens , nègres , etc , de grandeur naturelle, offre une composition de toute beauté. Les autres 16 salles abondent en beaux bas-reliefs religieux, offrant des particularités fort curieuses. Les roulent <
ABRÉGÉ DE < KOGRAPHIE.
appliquées à ces sculptures semblent avoir conservé leur éclat primitif. Le temple est termine par un sanctuaire , au fond duquel sont assises quatre belles statues bieu pins fortes que nature , et d'un très beau travail.
Ibbim , qui parait élre la Pbembis de Straboh ; c'est un misérable endroit , avec une citadelle en ruine. On y voit encore 4 speos ou excavations dans la roche, qu'il ne faut pas prendre pour des tombeaux et qui sout de la plus haute antiquité; le plus ancien remonte, selon M. Champollion, au règne de Tboulhmosis Ier , et le plus récent au règne du grand Sésostris. Auaoa, où se trouve un temple fort encombré de sables; il est surtout remarquable par la beauté de ses sculptures qui appartiennent à la belle époque de l'art égyptien. M. Champollion regarde les 4 colonnes de ce temple, fondé par Tboutbmosis III ou Mœris , comme le type de la colonne dorique grecque.
Seboua , village habité par des Arabes Ateykal adonnés au commerce. On y voit un grand /temi-spéos , c'est-à-dire un édifice moitié construit en pierre de taille et moitié creusé dans le rocher. M. Champollion le regarde comme le plus mauvais ouvrage de l'époque du grand Sésostris. Le temple est précédé d'une avenue de sphinx . accompagnée de statues colossales, la plupart enfouies sous les sables, ainsi qu'une partie du temple. Meharraqah, avec un temple. Dakkeh (Deqqeh, le Pselcis des anciens) , avec un temple remarquable surtout par ses sculptures mythologiques. Kircbkb (Ghirsché), avec un kém'tspéos du temps de Sésostris. La partie excavée dans la rocher , travail immense , a été dégradée , probablement par les Perses sous Cambyse, avec une espèce de recherche. La grande salle est soutenue par six énormes piliers dans lesquels sont taillés six colosses, offrant le singulier contraste d'un travail barbare à côté de bas-reliefs d'une fort belle exéculiou.
Dahooub, avec un petit temple non achevé, du temps de l'empereur Auguste. En face de Daudour, MM. Champollion et Rosellini ont découvert un écho qui répète fort distinctement et d'une voix souorc jusqu'à onze syllabes.
Kalabschi (El-Galabcbeh, le Talmis des ancieus); c'est le plus grand village qu'on rencontre entre A&souan et Derr, quoiqu'il n'ait qu'environ 200 familles; il est situé presque sous le tropique. Son grand temple , que Burckhardl regardait comme un des pins précieux restes de l'antiquité égyptienne , n'a jamais été terminé : construit sous Auguste , Caligula et Trajan, il a servi plus tard d'église aux chrétiens. M. Champollion juge ses sculptures d'un goût barbare. Tout près est situé l'intéressaut monument de Beyt-Oually , speos remarquable par les bas-reliefs historiques qui le décorent et qui sont d'un fort beau style. Tefbah , Kabdasek et Debout , petits villages remarquables par leurs temples.
CONTRÉE ORIENTALE. Nous comprenons sous celte dénomination tous les pays situés entre l'Atbarah , le Nil et la mer Rouge. De vastes déserts vers le Nil , et des montagnes escarpées vers la mer Rouge , occupent la plus grande partie de cette subdivision de la Nubie , parcourue dans tous les sens par plusieurs tribus nomades qui appartiennent à la famille Troglod) tique et à la nombreuse nation Arabe. Les tribus les plus importantes comprises dans la première sont : les Bichariens ou Bisfiaryes proprement dits , sur le territoire desquels se trouve Olba , misérable village, avec un port sur la mer Rouge; c'est leur marché principal. Les Hadendoa, qui habitent le fertile canton nommé B clad-el- Taka, et les vallées des montagnes La/igay ; plusieurs s'adonnent à l'agriculture. Gos- Redjab, sur l'Atbarah, est regardé comme leur chef-lieu. Selon Rurckhardt, on trouve dans les collines voisines des monumens importans et d'anciens tombeaux habités par des familles de cette tribu. Les Hammadab ou Hammadeh, qui demeurent le long de l'Atbarah. Atbarah, sur l'Àlbarah , village de 100 familles , est l'endroit le plus important de leur territoire. Les Hallenqahs, qu'on classe parmi les Arabes, mais qui nous paraissent devoir élre rangés parmi les peuples de la famille Troglody tique; ce sont de terribles brigands qui volent et pillent les tribus voisines. Djebel-Dyàb ou Dahaby (mont d'or) , montagne jadis exploitée , mais non encore épuisée.
Souakibi , dont une partie est située sur un ilol et le reste sur le contioent ; c'est la place maritime, sur la mer Rouge, la plus commerçante de toute la région du Nil, et un des plus grands marchés pour les esclaves. Burckhardt évalue sa jwpulalioo à 8,000 Ames, la. plupart Arabes et Hadereb, tribu des Bichariens. Cette ville est gouvernée par un émir qui autrefois n'était dépendant que de nom du pacha de Djidda eu Arabie, mais qui aujour-
d'hui paraît élre entièrement soumis au vice roi d'Kgypte. Son port est un des meilleur» et des plus fréquentés de la mer Rouge.
CONTRÉE OCCIDENTALE. Celte partie, beaucoup moin* grande que la précédente, s'étend à l'ouest du Nil et comprend les payssuivaus : le désert de Bahiouda, que parcourent les Arabes Hassareyeh , dont plusieurs s'adonnent au commerce , et les Arabes Kababich; et le désert qui côtoie le bord occidental du Nil , et au milieu duquel se trouve Y oasis de Se lime h, remarquable par les couches de set gemme exploitées annuellement par les Arabes nomades des cantons limitrophes.
Egypte.
Cette contrée, si puissante sous les Pharaons, si riche sous les Ptolcmées et encore si importante sous les rapports historique et archéologique, va fixer pour quelques inomens notre attention. C'est l'Égypte qui, mère des sciences et des arts, a instruit la Grèce, et c'est la Grèce qui a instruit les Romains pour nous instruire plus tard nous-mêmes. Après avoir, pendant plus de mille ans, éclipsé les plus glorieux empires, après avoir, sous Sésostris , subjugué une grande partie de l'Ancien- Monde, elle a fini par devenir successivement le jouet des Perses, des Romains, des Arabes et des Turks. La tyrannie et les fléaux qui l'accompngnent l'ont dépouillée de quelques-uns des titres de son antique gloire; mais son nom seul ébranle encore l'imagination, et les souvenirs de Thèbes, de Memphis et d'Alexandrie, les noms du lac Mœris et du labyrinthe, les pyramides et les obélisques , traverseront tous les siècles. Il nous convenait d'autant mieux d'arrêter ici pour quelques instans les regards , que ce n'est qu'à la fin du dernier siècle qu'une armée française, pénétrant dans l'ancienne patrie des Pharaons , les savans qui l'accompagnaient purent enfin présenter à l'Europe, dans le plus magnifique ouvrage qu'on ait publié, le tableau complet des débris qui ornaient encore cette illustre contrée, et qu'à peine, il y a quelques années, un autre savant français est parvenu à déchiffrer, avec une rare sagacité, une partie des témoignages inscrits sur ces restes de l'antiquité, ce qui a permis d'en fixer àla-fois l'origine et l'objet. Une autre circonstance, qui méritait près que autant notre attention, ce sont les nobles tentatives que fait le pacha actuel d'Egypte, Mohammed- Al y, pour rendre à cette contrée une partie de son ancien éclat. Quel spectacle plus curieux pour le philosophe que celui d'un peuple qui essaie de sortir de la barbarie, et dont les efforts sont partagés par les peuples voisins. C'est même par-là que notre plan nous commande de commencer. Nous avons indiqué ailleurs les sources principales auxquelles nous avons puisé les faits exposés dans cette courte description ; mais la reconnaissance nous impose le devoir de signaler ici les savans célèbres qui ont bien voulu nous aider dans cette tâche difficile. C'est à l'obligeance de M. Jomard, qui , aidé de l'influence et de la coopération active de M. Drovetti, consul général de France, et d'Osmân-"Nourredin-bey, a tant contribué à opérer cette régénération morale, que nous devons l'aperçu suivant sur le gouvernement actuel de l'Egypte, sur les progrès que les arts et les sciences de l'Europe y ont déjà faits, ainsi que le tableau de ses divisions administratives actuelles. Pour l'Égypte antique , M. Champollion nous a ouvert ses portefeuilles, communiqué ses souvenirs, et même des résultats que l'ordre de ses travaux ne rendra publics que long-temps après l'apparition de notre ouvrage : ainsi l'obligeance du savant interprèle de l'Egypte des Pharaons a été inépuisable comme sa science.
« On a eu ce moment, dit M. Jomard, sous les yeux une sorte de phénomène mont bien tait pour frapper, et cependant presque inaperçu. Le bandeau du fanatisme et de l'ignorant tombe par degrés des yeux do Orientaux qui, depuis cinq ans, sont venus chercher la lumière en France. Si on comparait l'état actuel des jeunes Egyptiens qui se sont instruits à Paris et sur d'autres points du royaume , avec ce qu'ils étaient en y arrivant , avec ce qu'était l'Egypte elle-même dans les années antérieures , ou ce qu'elle est encore dans la plus grande partie de son territoire; si on se reportait au point de départ de tous ces missionnaires de la civilisation , on serait grandement surpris dn chemin qu ils ont fait. Ou serait étonué surtout de l'aptitude singulière que plusieurs d'entre eux ont montrée , non-seulement pour les arts européens , pour l'industrie et les sciences utiles à la société , mais encore pour les principes de la civilisation moderne, pour les idées fondamentales de la société européenne , si différentes de celles des peuples de 1 Orient. Il est vrai que le perfectionnement graduel de ces étrangers , et leur contact continuel avec nos mœurs et nos usages, nous ont accoutumés à ce singulier changement. N'était-il pas , après tout , bien déraisonnable à ceux qui proposaient de leur refuser le secours de l'instruction (sous prétexte de leur inaptitude), d'imposer des bornes aux facultés humaines , comme si l'on pouvait déterminer rigoureusement la mesure de l'intelligence dans une race ou dans l'autre, et d'en faire un privilège exclusif pour l'Europe; comme si la portée de l'esprit humain était fixée à toujours, par le climat, les préjugés el les institutions ! Quant à ceux qui, par intolérance religieuse ou politique, s'opposaient à ce qu'on instruisit des barbares, il faut les plaindre plutôt que de leur répondre.
Il suffisait presque, pour réussir dans une telle tentative, d'étudier avec soin le caractère de ces Orientaux , de leur préparer les voies en les mettant promptemeut eu possession de la langue française, qui devait leur servir de clef pour pénétrer plus avant. Il fallait leur inspirer le goût de l'étude par des occupations variées et agréables , et eu même temps s'efforcer, par le ressort de la discipline (quoique bien nourellc pour eux), de les habituer au travail et de vaincre l'apathie orientale ; opposer enfin aux obstacles moraux et matériels une patiente persévérance et des soins vigilans, sans quoi l'on n'évitait pas les écueils où d'autres étaient tombés quelques années auparavant
A vaut de donner un aperçu du résultat des soins qu'on a pris pour initier aux sciences et aux arts les 90 Égyptiens venus successivement en France depuis 1826 , il faut donner uue idée de l'état actuel des choses eu Egypte ; ou sera mieux disposé par là à augurer favorablement de l'avcuir de cette jeunesse , car l'incertitude de son avenir était encore le sujet d'une autre objection contre l'utilité de cette entreprise philanthropique. Si l'Egypte n avait pas marché elle-même dans la route de la civilisation , l'on pouvait craindre que les efforts tentés en Europe n'eussent pas de résultats, et il fallait travailler à un étal de choses qui permit aux adeptes égyptiens de retrouver dans leur patrie quelques secours pour se perfectionner , et d'y respirer encore, pour ainsi dire, une atmosphère scientifique. Heureusement que les germes déposés sur ce sol fécond par l'expédition française ne s'étaient pas éteints. La tradition en est vivante eucore et daus toute sa force. Persuadé sans doute qu'il faut, pour civiliser un pays, commencer sur-le-champ , et sans perdre un moment, par l'éducation, comme on commence un jardin par les plantations et un édifice par les fondemens , le vice-roi a fondé plusieurs écoles de mathématiques et de médecine. Un gèuic supérieur pouvait seul songer à des créations si étrangères au sol égyptien, tel que la conquête deSélim l'a façonné. Il faut savoir que Mohammed- A ly entretint d'abord à ses frais non-seulement les élèves de ces écoles, mais jusqu'à leurs familles. La première école, connue sous le nom de Casr-el-ain (du nom d'un bâtiment situé entre le Caire et le Nil ), a fourni le plus grand nombre des jeunes gens envoyés en France en i8a6 , à la vérité trop âgés, bien peu préparés , et , si ou peut le dire, à peine dégrossis. Eu y rentrant comme maîtres, plusieurs de ces jeunes gens y porteront les bonnes méthodes ot les moyens d'arriver à de plus grands succès, d'obtenir des résultats positifs et efficaces.
V école de médecine attachée h un hôpital, l'un des plus grands qni existent, fait de son côté des progrès réels , surtout dans les opérations chirurgicales. Elle compte plus de 3oo élèves et possède un graud nombre de sujets qui se distinguent déjà par la science et la pratique. Ces deux derniers établisscraens, situés à Abou-Zabel , à 12 milles au nord
DKSCRIFUOIS DE L'AFRIQUE.
du Caire , n'en font qu'ira ; il» fleurissent sous la couduite duu habile médecin français . le docteur CloL
Une grande école centrale rst projet ce en ce moment pour renseignement drs principales connaivsauces et professions savantes on industrielles. Ce projet gigantesque comprendrait le plan d'une école polytechnique associée à celui des différentes écoles d'application , soit pour les services et les travaux publics, soit pour les arts chimiques, économiques et mécaniques , et même pour le commerce et l'agriculture. Quoique l'Egypte ne soit pas mure pour une si vaste conception , toutefois il faut dire que plusieurs des «lèves de l'école franco-égy ptienne , serout dans peu d'années eu état d'cnieiguer douze ou quinze professions ou branches des sciences et des arts; quaut à la dépense, elle ue peut élira ver le prince qui a tant fait de frais pour l'instruction, pour les canaux et l'industrie , et qui entretient si généreusement les grandes écoles d'Egypte et de France. Ou sait qu'il a introduit l'imprimerie , les mac/unes et les bateaux à vapeur, l'art télégraphique , l'éclairage au gaz hydrogène et bien d'autres améliorations, encore étrangères à plus du la moitié de l'Europe. Et qu'on ne dise pas que de pareils chaugemeus sont prématurés , que tout fiuira avec lui, qu'un insensé seul peut se livrer à des rêves d'amélioration ou lutter contre l'ignorance et le fanatisme du pays. Pour réaliser ces changemens il fallait frapper les esprits et les yeux par les merveilles des arts de l'Europe, ouvrir des canaux et piauler des routes , exploiter le sol et accroître ses produits , communiquer avec toutes les contrées voisine», former une armée puissante et défendre se» frontières de terre et de mer, appeler l'industrie admettre eu œuvre les matières premières dont la vallée du Nil abonde; il fallait aussi comprimer l'opposition fanatique des ulémas, la résistance des O*maalis et de tous les partis. Il a fait toutes ces choses et de plus grandes encore. Et si le monopole qu'on lui reproche est une tache à son administration ; si en même temps cet acte, jugé tyrannique et contraire aux intérêts du commerce et de l'agriculture, lui a procuré les moyens de réaliser des entreprises si coûteuses; si son armée, aidée de puissautea ressources, est venue i bout d'assujétir l'Arabie, la Haule-Mubie et les contrées libyques du voisinage , de détruire par-la l'influence barbare des nomades, si hostile, depuis un temps immémorial, à la culture et à toute civilisation; si le prince est venu à bout, non pas à l'aide de mesures un peu oppressives , mais malgré ces mesures , de porter au loin la gloire du nom égyptieu, et de le faire respecter même de la puissante Europe et de bien des ennemis, de tripler les revenus publics, de doter eufin le pays de cultures nouvelle» , la postérité aura à décider s'il aurait réussi autrement , et s'il est au-dessous de Pierre-le- Grand. Nous pouvons même dés aujourd'hui décider si, a ce prix, l'amélioration de l'Egypte est payée trop cher , et si la France et le reste de l'Europe doivent compromettre les avantages que cet état de choses leur promet en Afrique, en arrêtant l'impulsion donnée, ou même en ne la secondant pas par un concours actif et zélé.
Voici un aperçu succinct des changemens survenus en Egypte depuis les dernières anuées; il résulte de pièces authentiques, dont la plupart sont encore peu connues jusqu'à présent.
Le changement dus simples usages matériels est considéré quelquefois comme sans importance; mais, le plus souvent, cet abandou est très significatif pour l'observateur qui réfléchit, et c'est surtout à l'Orient nus cette vérité doit s'appliquer. Si, par exemple , ce qu'on nomme le costume oriental , si la pipe , la barbe et le turban y perdaient de leur crédit, il faudrait croire à une véritable révolution morale : or, c'est ce qu'on commence à observer eu Egypte, surtout dans l'armée. Personne n'est plus scandalisé de ces changemens, même parmi ceux qui ne les approuvent pas. L'ampleur des lu bits a dimiuué considérablement; on se contente de couvrir la tète avec le tarbouch, ou profonde calotte ; un grand nombre d'individus, même étrangers à l'armée, se rasent le menton.
Les provinces viennent d'être divisées en département, en arrondissemens et sous-arrondissement. Des assemblées provinciales sont établies. Une assemblée centrale, ou divan général , composée des députés de toutes les provinces , au nombre de plus de i So membres , a été réunie dans la capitale ; une trentaine d'officiers civils et militaires, attacliés à l'administration actuelle, en faisaient partie. Il y a eu, en août 1829, a Casr-el-Aïn, une première réunion de ce divan au palais dlbrahim-Pacba et eu sa présence , dans laquelle on a délibéré sur les affaires de l'intérieur de l'Egypte.
Cette réunion se composait ip des ministres, des ulemas , des directeurs des différentes fabriques et de quelques fonctionnaires distingues, eu tout 38 personnes, au nombre desquelles se trouvaient Al bas- Pacha, petit-fils de S. A. le vice-roi, Ahmed-Pacha , fils de Taher-Pacha, et Mohamnied-Bey , gendre dn vice-roi, en qualité de membres du divan, el sans autre privilège; a° des mamours (autrement les préfets et sous- préfets , autrefois les nasr et les c&chefs ou gouverneurs) au nombre de 28 ; 3° de 93 cheykfrel-beled ou chefs des villages en qualité de députés des département.
Ibrahim a fait connaître que son père, voulant mettre de l'ordre dans l'administration civile et dans l'administration de la justice , avait résolu de s'éclairer sur l'état des provinces, et qu'à eet effet il venait de convoquer les gouverneurs des provinces, et les plus notables d'entre les cheyks el-beled, afin de les consulter et de recueillir leurs avis, et de pourvoir ensuite aux moyens de rendre l'Égyple plus heureuse. Le vice-roi soumet à cette assemblée toutes sortes d'affaires. I<es séances sont publiques. Sans être une représentation proprement dite, cette assemblée est plus qu'un conseil. Chacun y prend la parole à sou tour, et parle avec liberté. Les voix se recueillent ensuite, et la décision est prise à la majorité des suffrages. On y traite des affaires d'administration générale, des impôts, des subsistances, de l'établissement des canaux et des digues. On y adresse des réclamations et des plaintes, et il y est fait droit quand il y a lieu. Il y aura dans chaque province un cotise il général composé du mamour et des cheykns-el-beled. Les objets dont ces conseils auront à s'occuper dans leurs délibérations seront réglés. Une décoration a été donnée à chaque cheykh des départemeus et aux cheykhs du Vieux-Caire.
Une uouvelle loi pénale au sujet des personnes coupables de crimes emportant la peine de la prison, la mort ou les travaux forcés à perpétuité ou à temps, a été établie. Les gouverneurs, directeurs, inspecteurs, jusqu'à la dernière classe des agens administratifs, accusés de concussion ou de vexations, sont enfermés après avoir restitué ce qu'il auraient pris ou reçu. Si les susdits agens détournent des fonds ou autres objets appartenant au gouvernement , ils subissent une année de galère à Alexandrie. Les faux nionnovetirs et les assassins sont condamnés aux galères à perpétuité ou pour un temps proportionné à la gravitédu délit ; si l'accusateur ne peut prouver la culpabilité dans l'espace de quinze jours, on prend des cautions, et on met l'accusé en liberté. Mais si, après quelque temps, ce même accusé est encore traduit pour le même crime, et s'il est prouvé qu'il est vraiment coupable , les personnes qui se seraient portées cautions subissent une punitîou d'un an de galère. Cette loi a été publiée dans toutes les provinces, et l'on a donné l'ordre à tous les gouverneurs de la mettre à exécution. Il résulte de là que la peine de mort est abolie, même pour les crimes d'assassinat et de fausse monnaie. Ces sortes de condamnations ne peuvent au surplus être prononcées que par le divau générai , devant lequel l'inculpé a le droit de se défendre.
On a fixé définitivement la valeur des monnaies altérées par les changeurs, qui ordinairement sont les Juifs. Plusieurs ont été punis pour avoir augmenté arbitrairement cette valeur , et un tarif des monnaies a été publié.
On a dressé un tableau statistique de Y arsenal d'Alexandrie. Cet arseual existait depuis plusieurs années; mais, en 1 829 , la forme en a été changée, et il a été mis sur le pied des arsenaux français. C'est sous la direction de M. Cerisi , ingénieur français , que ce nouvel arsenal a été construit. Le nombre des ouvriers employés est de 890 charpentiers, 4 60 ouvriers de divers états, 95 forgerons et i45 cordiers, en tout 1697 , les chefs compris. Tous ces ouvriers sont enrégimentés. On paie journellement dans cet établissement 567 employés , compris Its Européens.
La propagation des bonnes méthodes de culture a été ordonnée. Quinze cents jardiniers venus de Grèce et d'autres contrées sont employés au Kaire et dans les provinces. On envoie des marchandises à Sennaar, pour rapporter en échange le bois qui manque à l'Égyple, et l'on construit sur les lieux mêmes des navires propres à la navigation du Nil. Le palais du vice-roi , à Choubra , est éclairé au gaz. L'exploitation de natroun ou soude minérale, et \es fabriques de salpêtre, de poudre, ainsi que les filatures continuent à être dans une grande activité.
L ancien mode de comptabilité a été réformé , et le mode de comptabilité en parti** doubles doit être suivi par toute l'Egypte, aussitôt qu'on aura mis les comptables en état
DESCRIPTIOIf DE L'AFRIQUE.
de le faire. Les places de finances , jusque-la occupées par des étrangers , seront données à des indigènes, de quelque secte qu'ils soient. Uu vaste bâtiment, destiné à recevoir le dépôt des registres de la comptabilité publique , a été construit dans la citadelle. Il existe une école d'administration , d'où seront tirés tous les préfets et sous-préfets. Elle est placée sous un directeur, chargé d'enseigner l'administration provinciale, et un rheykh-el-beled chargé d'enseigner l'agriculture pratique et la statistique agricole des provinces.
^imprimerie de Boulaq , ville presque contiguë au Kaire, a déjà produit un asses grand nombre d'ouvrages de sciences et de littérature en arabe , en turk et eu persan. On y occupe des ouvriers égyptiens : déjà 55 volumes de tout format, sortis de cette imprimerie, sont arrivés en France. Plusieurs sont traduits du français : ils roulent sur la littérature , la médecine, l'art militaire et les différens arts, etc. Cette imprimerie a été dirigée pendant quelque temps par don Raphaël qui avait été attaché à l'imprimerie orientale, fondée en Egypte lors de l'expédition française; elle est maintenant en grande activité ; un traducteur et un lithographe instruits à Paris, vont y être fixés.
Dés 1 8 16 , ou avait proposé de faire en Égvple un journal à trois colonnes , en français , turk et arabe, et déjà, dès le temps de l'expédition française, outre le Courrier de rÊgypte» publié pour l'armée, on avait commencé le Tanbyèh (c'est-à-dire avertissement) , journal qui devait paraître en arabe et en français. Enfin il a paru, en i8a8, à Boulaq , un journal imprimé en arabe et en turk (cette dernière langue est la langue du gouvernement) , avec le titre de : Événement detÊgrpte. En tète est gravée une pyramide avec un palmier et un soleil- levant, symbole assez bien choisi pour l'aurore de la nouvelle civilisation égyptienne; la température du Kaire y est marquée avec l'indication des jours et des heures où se font les observations. Depuis t83o, le journal a augmenté de grandeur; la matière est de plus de moitié en sus qu'à l'origine. On y insère des nouvelles étrangères. Il y a des supplémens où l'on publie les prix de toutes les marchandises qui arrivent à Alexandrie de tous les états du grand^eigneur. On y publie les ordres et les décisions , le mouvement du port, les documens sur l'exécution des travaux publics, la construction des vaisseaux et les nouvelles du pays et de l'étranger.
C'est ainsi que les élémens d'instruction et de civilisation se développent en Egypte , pendant le temps que des nationaux se forment à l'école même de l'Europe savante, unique moyen de faire fructifier les germes qu'il vont reporter sur le sol natal; aussi la sollicitude des fauteurs de la civilisation égyptienne devait se porter sur l'avenir de cette intéressante pépinière. Si l'on veut que l'Egypte, si heureusement placée pour répandre au loin les lumières européennes (puisqu'elle est pour ainsi dire à cheval sur l'Asie et l'Afrique) achève de s'éclairer , il faut que les jeunes adeptes continuent de trouver autour d'eux les secours de la science. Le gouvernement d'Egypte parait avoir compris ce besoin, eu autorisant la création de plusieurs établissemens pour les arts et les lettres, les sciences et l'industrie. Un matériel considérable est préparc en France pour cette destinatiou : bibliothèques «cientifiques et littéraires , instrument de physique et de chimie , collection d instruroens, modèles et appareils de chirurgie , anatomie et médecine ; ustensiles de laboratoire et objets de toutes espèces, pour les produits chimiques et fabrications industrielles; imprimerie et lithographie, modèles d'écritures et de comptabilités administratives, machines et ustensiles pour les exploitations agricoles et l'art vétérinaire; tous ces objets vont être expédiés en Egypte , où déjà il en existe un noyau.
Désespérer de l'Egypte, après des progrès aussi réels, aussi étendus , serait une fâcheuse appréhension, et aurait pour effet d'arrêter l'impulsion qui est acquise. Ne royonsnous pas cette jeune civilisation jeter déjà des rayons au dehors : à peine maîtres de Candie , les Egyptiens y ont fondé un journal écrit dans la laugue des indigènes et dans celle du souverain. La discipline la plus sévère y règne parmi les troupes égyptiennes, et la propriété , la liberté civile et religieuse y sont respectées comme des droits sacres. A l'instar de l'Egypte, le sultan a fondé aussi un journal qui produira sans doute d'heureux fruits. Qtiel avenir cette révolution ne promet-elle pas à l'Europe, pour l'amélioration de l'état moral et matériel de toute la population africaine qui habite la côte septentrionale , aujourd'hui surtout qu'Alger est sous les lois de la France ! Communauté de langage, et même en partie, communauté d'origine; c'est de quoi lier, par les nœuds du commerce et les relations d'amitié , deux pays restés trop long-temps étrangers l'un
à l'attire. C'est promettre à l'Europe que bientôt les barrières qui lui cachent l'intérieur de l'Afrique seront abaissées, et que les deux portes du Soudan , à l'est et à l'ouest, par les sources du Nil et par la Séuégambie , seront enfin ouvertes a ses explorateurs , à ses populations avides de connaissances.
Nous finirons ce tableau rapide des progrès de l'Egypte dans la voie des améliorations , par une sorte de statistique sommaire de la mission scientifique qu'elle a envoyée en France depuis quelques années, divisée par professions ou branches d'enseignement Administration civile (droit naturel , droit des gens , droit positif, économie et statistique) , huit élèves. Administration militaire, quatre élèves. Marine, trois élèves. Agriculture et art vétérinaire , quatre élèves. Mécanique et hydraulique , cinq élèves. Arts chimiques et économiques , mines et fonderie , huit élèves. Médecine , deux élèves. Génie militaire et artillerie, quatre élèves. Gravure et lithographie , deux élèves. Diplomatie , trois élèves. Art de traduire, un élève. Arclutecture , un élève. Mines , constructions navales et génie maritime, trois élèves. Fabriques diverses et arts manuels, trente-trois élèves. Plus, neuf autres sans destination ou sans aptitude Ajoutons qu'uue douzaiue d'autres sont en Angleterre, en Suisse, etc., occupés à l'étude de la marine et des arts mécaniques. En outre, six jeunes enfans, nés dans l'Ethiopie Inférieure et la Haute-Nubie, viennent d'être envoyés eu France par M. Drovetti pour y être instruits dans les sciences et les arts (Voyea a la pape 841).
Parmi les productions dont l'Egypte s'est enrichie , figure au premier rang le coton à longue soie; il a remplacé le colon herbacé, dont la qualité était très inférieure; dans les marchés de Li ver pool et de Marseille , il a pris faveur sur le coton de Géorgie et de Virginie , le prix élaul beaucoup moindre. L'Egypte a produit dans ces dernières années 2 a 5, 000 balles de coton. Elle en produira sans peine une quantité double. L'indigo, la cochenille , la soie sout cultivés avec le même succès. Dans le même temps, 00 rehausse les digues, on plante les routes, on creuse ou l'on rectifie des canaux, et, malgré de* pertes considérables et des malheurs qui se sont succédé sans interruption, on doit espérer que l'agriculture Cuira par devenir libre et prospère. »
TABLEAU
DM DIVISION! ADMINISTRATIVES DU PAYS SOUMIS AU VICX-ROI d' EGYPTE.
Régions et Provinces. Cheps-Liecx, Vili.es et Lieux les plus remarquable*. ÉOTPTE proprement dite.
BASSF.-ÉGTPTE.
Le Caire Le Caire (Masr); Boulaq; Fieux- Caire; Torrak; Souez.
Kelyold. Kflyoub; ChoubraiEl-Kkancah; Abcu-Zabel; Chjrbjn-et-CanJter,
Mataryvht Atryb.
IUi.reys Belbcys.
Causa. C b i b e h ; Tell-Baslah; Uèkydèh.
Mit-Camar Mit-Coma r.
Mansouraii. Mansonrah; Tmây-el-Emâid.
Damiette D * m i c 1 1 c; Menzalek; Farescour; San; Tennyt; Tynek; El-Aryck.
M ahallbt-el-Ksbi R. Meliallet-cl-Kebyr; Semennotul; Abousjrr; Bakbejrt; "
zalat.
Tahtah T a n t a h ; Zefti.
Melyo. Melyg; C
Memoup M en ouf.
Neo Y la m. Pi c g y 1 e b ; Terranek; Omm-djnar;
Fouab Fouab; Rackjd ou Rosette; Dejrout; Be reniai; Sa-el-haJjar.
Damanuour (Babyrch). D .1 m a n h 0 u r ; Rahmanyek; Kourat.
Alexandrie Iseanoeryen (Alexandrie) ; Aboukir (Canope) ; El-Kkejt.