‹ Abrégé de géographie (volume 2)Chapitre 188 sur 320 · TION DR L'AFRIQUE · texte numérisé non relu

TION DR L'AFRIQUE

tiers, el te qui est neuf, à !a caste militaire , dont elles retracent l'éducation, les soldats Je toute arme et de tout rang , la petite guerre, un siège, la tortue et \* bélier, un champ de t»atailtev la fabrication des différentes armes et autres objets semblables.

Mimyeh . à la gauche du Nil, chef-lieu d'une préfecture, assea jolie ville, remarquable par sa grande filature de coton montée en machines européennes , et par ses bardaques ou vases de terre pour conserver l'eau, dont on fait un graud débit. BaatrÉsi, misérable village que nous ne nommons que pour signaler remplacement de la ville célèbre qu'il représente , d'OxYatscaus, doat les habilans, après avoir été renommés parmi les anciens Egyptiens par leur extrême dévotion pour leurs faux dieux, étaient presque tous devenus des moioes dans le tv* siècle du christiauisme. Tous ses bâtimens publics et les temples des idoles avaient été convertis en monastères; ces derniers y étaient même plu* nombreux que les maisons particulières. On u'y comptait pas moins de 30,000 vierges ou religieuses et r 0,000 moines. La renommée de la piété de tous ces ecclésiastiques engagea une armée de 5 0,000 Nubiens à venir au secours d'Oxyrinchus, lorsque les Arabes envahirent l'Egypte. Bru y Soueyf, sur la rive gauche du Nil, chef-lieu de préfecture, une des villes les*pjus commerçantes, les plus industrieuses et les plus peuplées de l'Egypte-Moyenne. Kmm {Aphroditopolis) , sur la rive droite du Nil , chef-lieu d'une préfecture, petite ville d'environ 4,000 habilans , en face de laquelle on trouve des /lyramidrs.

M kdyyit-sl-Fa toom {^Crocodilopolis ou Arsinoé), chef-lieu de la préfecture du Fayoum. C'est une des villes les plus peuplées et les plus florissantes de l'Egypte Moyeune, quoique beaucoup déchue depuis qu'elle a cessé d'être le séjour de plaisance des Mamelouks; leurs vastes maisons tombent déjà en ruines. M. Rifaud paraît lui accorder encore de 10 à 12,000 habitat**. Elle s'élève presqu'au milieu du fertile plateau qui forme la province de Fayoum, qu'un grand canal met en communication avec le Nil. Plusieurs antiquités rendent important ce canton de l'Egypte , entre autres le célèbre lac Moeris, dont le nom actuel est Birket-eLKeroun, qu'on prétendait avoir été entièrement creusé par les Pharaons, mais que M. Jomard a prouvé n'avoir été que modifié par de grands travaux hydrauliques; le fameux la by rinthe dont l'emplacement présumé a été indiqué par ce savant et par M. Caristie , et (pie M. Letronne a si bien décrit d'après le témoignage d'Hérodote, de Diodore et de Strabon; les pyramides de Meidoun eX&'Haouara construites en briques; les grottes sépulcrales de Banc bis, au nord de la seconde chaîne Libyque; Yobélisque au village d'El-begig ; le temple ài\ de Qeroun, au sud-ouest de l'extrémité du lac Moeria. Mais nous ne pouvtms nous dispenser de dire quelques mots sur le la by ri n th e, qui était non-seulement le plus ancien et la plus magnifique de tous les ouvrages de ce genre mentionnés dans l'histoire, mais qui, selon Hérodote était supérieur au temple de Diane à Ephèse, à celui de Junon à Samoa et même aux célèbres pyramides. Ce bâtiment contenait ta grandes salles, qui communiquaient ensemble par un égal nombre de portes placées les unes vis-à-vis des autres; six de ces salles regardaient le nord et six le sud. Un même mur entourait tout l'édifice , qui était à deux étages, dans lesquels on comptait en tout3,ooo chambres, dont t,5oo dans la partie supérieure et autant sous terre. Celles-ci étaient destinées à la sépulture îles douze rois qui avaient fait bâtir le labyrinthe et à relie des crocodiles objet de la vénération spéciale des habilans de Crocodilopolis. Cet historien assure que ce qu'il avait vu dans l'étage supérieur, le seul ouvert aux étrangers, lui paraissait surpasser tous les ouvrages des hommes , et qu'il ne pouvait se représenter sans une profonde admiratiou , les tours et les détours qui menaient et ramenaient dans les différentes pièces. Les plafonds et les murailles étaient revêtus de marbres et ornés de superbes morceaux de sculptures. Chaque appartement était entouré de colonnes de pierres blanches bien polies. A l'angle où finissait le labyrinthe, il y avait une pyramide de 40 toises de haut, sur laquelle étaient gravées de grandes figures d'animaux et où l'on entrait par un conduit soulerrein. Strabon et Pline ajoutent d'autres particularités; dans l'intérieur on voyait des chapelles consacrées à plusieurs divinités, et des galeries où l'on montait par 80 degrés , ornées d'un grand nombre de colonnes de porphyre, d'images des dieux et de statues des rois d'Egypte, le tout de taille colossale. Le toit formait une plate-forme immense, revêtue de quartiers de marbre d'une grandeur prodigieuse. Les pa&gage» se croisaient et se multipliaient à l'infini, eu sorte qu'il était impossible à un étranger de retrouver le chemin par lequel il

était veau. La solidité de ce vaste édiûce égalait sa maguilîcence ; il résista pendant plusieurs siècles aux ravages du temps et même à la fureur des habitaus d'Héracléopolis, qui lavaient, dit-ou, en horreur parce qu'il renfermait les crocodile sacres, auimaux doul l'ichneuinou qu'ils adoraient , était l'ennemi mortel. Pline assure que le labyrinthe subsistait encore de son temps. 11 parait que sa destruction doit être attribuée aux Arai>es. Dans le RAUARI ou la BASSK-ÉGYPTE on trouve :

Matarybh , sur un canal qui aboutit à la rive droite de la branche orientale du Nil , dite aussi de Damiette; c'est un petit village , remarquable par plusieurs restes d'édifices appartenant à l'ancieuue On ou How, nommée plus tard Hb lio poils par les Grecs à cause de son maguifique temple dédié au soleiL C'était une des plus grande* villes de l'aocîeune Egypte, célèbre par la beauté de ses temples et par son collège où les prêtres enseignaient les hautes sciences et spécialement la philosophie et l'astronomie ; ce fui à leur école qu'Hérodote, Platou et Eudoxe s'instruisirent dans les sciences et les mystères des Egyptiens. C'est dans le temple du soleil que Putiphar, père d'Asenelh , épouse de Joseph, était prêtre; c'est dans cette ville que , selon Diodore, le grand Sesostris éleva deux obéi'uque* de i ao coudées ou pieds de haut sur 8 de large à la base. C'est encore ici que la tradition populaire plajce> le puits, le jardin et ht sycomore trouvés par Joseph et Marie dans leur fuite de la Judée, auprès desquels ils se reposèrent et se désaltérèrent. Déjà du temps de Strabon cette grande ville était presque déserte, et une foule d'objets précieux enlevés a ses magnifiques mouuracus par Auguste et Cooslautiu , servirent à embellir Rome et Constantinuple. Les ruines du fameux temple du Soleil, les débris des spUinx mentionnés par Strabon et le superbe obéluque d'un seul bloc de grauit de 68 pieds de haut sur 6 et demi à sa base , sont tout ce qui reste de celle cité célèbre. Sur l'obélisque ou voit sculptée une croix, qui a été le sujet de très grandes disputes parmi les auteurs chrétiens; mais cette ligure est un signe qu'on rencontre sur plusieurs autres mon n mens. Kelbiys, petite ville, chef-lieu de préfecture, située à la jonction de plusieurs canaux dérivés du Nil, et fortifiée par Bonaparte en 1798. A quelques milles de distance était située la ville d' O ni on où était le temple juif de ce nom, construit sur le modèle de celui de Jérusalem par Onias , fils du grand-prêtre Onias UI ; des prêtres et des lévites y faisaient le même service et y pratiquaient les mêmes cérémonies que dans le vrai temple. Ptolétnée Philumétor , protecteur d'Onias, lui avait assigne quantité de terres et de grands revenus en argent pour son entretien et pour celui de ses desservans. Après la prise de Jérusalem, Vespasien le dépouilla de tous ses omemen» et le fit fermer, ce qui le fil tomber en ruines par la suite des temps.

Tkt.l-Bastah (TeIl-Bousiah),sur uu canal qui aboutit au Menxaleh , misérable endroit remarquable par le voisinage de l'ancienne Dubastos, dont les nombreuses ruines ont été découvertes par feu Malus. Rubastis, nommée Plù-beseth dans la Bible, était une des plus anciennes villes de l'r gvpte , et a été la résidence des rais de la xxn* dynastie mentionnée par Manetbon, qu'on place entre 970 et 85o ans avant Jésus- Christ. On y voyait UU temple magnifique dédié à Bubattu, divinité égyptienne correspondant à la Diane de» Grecs. Cette déesse y était représentée sous la figure d'une chatte; la fête , qu'où y célébrait tous les ans en son honneur, tenait le premier rang dans le calendrier égyptien; on prétend qu'elle y attirait 700,000 étrangers. Ou vantait beaucoup les dimensions du temple, la richesse et la beauté de ses sculptures. Non loin de Tell-Rastah, et sur le même canal , on trouve, Hehydek, jolie petite ville moderne , presque ignorée des géographes, quoique florissante par l'industrie de ses habitans; ses environs sont rangés parmi les parties de l'Égypte les mieux cultivées et les plus fertiles. Nous mentionnerons aussi Bousir ou Abousyr, misérable endroit qui correspond à l'ancienne Busiris, si renommée par son grand temple consacré à Isu, et plus encore par la grande fête que les anciens Égyptiens célébraient tous !es ans en l'honneur de cette déesse. On y voyait , selon Hérodote, une multitude extraordinaire de personnes des deux sexes qui, après s'être frappées et lamentées, mangeaient les restes du bœuf qui avait été immolé à la déesse; ce repas sacré avait été précédé d'un long jedue.

MsHALLKT-EL-KtsYR (le Graud-Quartirr), sur le canal Melig , autrefois chef-lieu de la provioce El-Gbarbieh, et aujourd'hui de la préfecture de son uom, assex grande ville, très déchue, mais encore importante par l'industrie et le nombre de ses babitans, qu'où

porte au-delà de 1 7,000. Mehallel-el-kebir correspond à l'ancienne Xuïs; selon H. Ritler, elle serait identique à Cy no polis. Taktah, située presque au milieu du Délia, et cheflieu de préfecture. C'esl une des villes les plus belles et les plus peuplées de la liasse. Egypte , remarquable par sa belle mosquée , dont on vante le dôme et la bauleur des minarets, mais surtout par le grand nombre de pèlerins qui, trois fois par au, viennent visiter le tombeau de Scyd-Ahmcd-el-lieJaouy , ce qui donne occasion à trois riches foires; celle du mois d'avril est la plus considérable. M. Rifaud dit que les marchands qui la fréquentent sont beaucoup plus nombreux que ceux qui se réuuisseut à Bcaucaire.

Fouah, sur la rive droite de la branche de Rosette, uommée anciennement Bolbitiniquc, assez grande ville, chef-lieu de préfecture, et assez florissante par son commerce et surtout par sou industrie. Daus ses environs et dans un rayon de 1 8 milles on trouve : Rahmanyeh , |ielile ville importante par le grand canal de 3Jahmoudy, que le vice-roi a faitdernièrcnu ut creuser, mentionné à la page S ta. Non loin, à À' aurai, était Naucratisf sur la branche Cauopique , une des villes les plus commerçantes de l'ancienne Egypte, à cause de son port qui , sous les Pharaons , était le seul du royaume où les vaisseaux marchands eusseut la permission d'aborder. Les Grecs y avaient élevé un temple magnifique aux frais communs de neuf villes de l'Asie-Miueure. Sa-el-Hadj ar ( Sa-de-la-Pierre), misérable village près duquel on voit les ruines présumées de Sa is, l'ancienne capitale du Delta, la mère d'Athènes cl la ville qui vit uailre et mourir leroiPsaminéliqne;son corps fut déposé daus le temple de Minerve , édiûce magnifique doul le portique , suivant Hérodote , surpassait de beaucoup tous les autres bâlimens de ce genre, tant par son élévation et son cl en due, que par la qualité et la grandeur des pierres qu'on y avait employées; il était orné de statues colossales (audrosphiux) , d'uue hauteur prodigieuse. Tout près de sou entrée principale était une chapelle monolithe, ou formée d'uue seule pierre, qu'Amasis avait fait transporter de l'île Eléphautiue, distante près deCuo milles de Sais; 3,000 hommes furent occupés pendaul trois aus à ce transport diflirilc. Celle chapelle avait en dehors ai coudées de long, 14 de large et 8 de haut dans œuvre; sa longueur était de 18 coudées sur ta de large et 5 de haut. Ce superbe édifice et tant d'autres mouumens magnifiques ont entièrement disparu. Les restes imposaus des circonvallations colos>alcs de se» trois nécropoles, visités dernièrement par M. Chainpolliou , sont tout ce qui subsiste de cette grande cité où l'on célébrait, en l'honneur de Minerve, la fameuse fête des lampes, ainsi nommée par la graude quantité qu'on eu allumait autour des maisons; les Egyptiens qui ne pouvaient se trouver celle nuit-là à Sais, observaient chez eux la même cérémonie d'allumer des lampes. Damanhour ( Ilermopolis-Parva), assez grande ville, située près du caual du même nom, chef-lieu d'une préfecture et importante surtout par ses plan fat ions de colon. Rosette ou Rachid (tiolhitine), située sur la rive gauche de labrauche du Nil qui en prend le nom et que les anciens nommaient Bolbitiniquc. C'est nue des plus importantes villes du Delta, à laquelle d'anciennes relatious accordent 40,000 habilaus, nombre qu'il faut réduire à environ i5,ooo. Ou y remarque une graude mosquée dout le toit est supporté par un grand uombre de colonnes ; ses deux miuarcts sont remarquables par la légèreté de leur architecture, et par leur élévation. Depuis l'ouverture du grand canal de Mahmoudy , le commerce de Rosette a beaucoup perdu. C'est dans cette ville que M. Bouchard a trouvé en 1799 le célèbre monument dit Pierre de Rosette , consistant en une inscription gravée eu trois caractères différens : le sacré ou hiéroglyphique; IVnchorial ou domotique, et le grec. Ce précieux monument, ainsi que l'ol>élisquc de Philo- dont nous avons parlé, sont de la plus haute importance pour tout re qui coucerne l'explication des hiéroglyphes , dans laquelle M. Yottug, mais surtout M. Chainpolliou jeune, ont acquis justemeut de nos jours tant de célébrité. La pierre de Rosette est aujourd'hui conservée à Londres.

Damiattc (Tamiathis) , chef-lieu de préfecture, sur la rive droite et à :"> milles de l'embouchure de la branche du Nil qui en prend le nom. C'est une des villes les mieux bâties et les mieux situées de l'Egypte; quoique très déchue, elle fait encore un commerce assez étende , et se distingue par son industrie, par la richesse de sa pèche et pai sa population. Les vastes el beaux magasins du riz , construits dernièrement par le vice-roi, et quelquc»uues de j»ea mosquées sont ses édilices les plus remarquables. Sam» adopter les exagérations de quelques vovageurs modernes, et sans lui accorder les 70 cl même 80,000 habi*

ARREGK DK GÉOGRAPHIE.

tans que lui assignent quelques géographes , sans doute d'après d'anciennes relations qui paraissent se rapporter au temps des croisades, nous croyons que sa population actuelle ne va pas beaucoup au-delà de a 0,000 Ames. Nous ne devons pas manquer de relever une autre erreur des écrivains, qui ont confondu la Damiette actuelle avec la Damiette du temps des croisades, et qui ont cru que la distance considérable qui sépare aujourd'hui Damiette de la mer, provient des alluvionsdu Nil. M. Reinaud a fait voir qu'en ia5o le gouvernement égyptien, craignant une nouvelle invasion de croisés, fit raser l'ancienne Damie'te, et que la ville actuelle s'est formée peu-à-peu de maisons bâties dans l'intérieur des terres. Nous rappellerons à ce propos, d'après la remarque judicieuse d'un observateur intelligent, que c'est par une méprise semblable que l'on a prétendu prouver l'abaissement du niveau de la Méditerranée, fondé sur rembarquement de saint Louis à Aigues-Mortes. M. Vaysse de Villiers a prouvé, à l'aide d'argumens qui nous paraissent sans réplique , que la mer n'a jamais baigné les murs de celte ville , et que saint Louis n'a pu s'y embarquer que dans une chaloupe , comme ses successeurs pourraient le faire encore aujourd'hui. La seule différence consiste dans le peu de profondeur et dans le rétrécissement du canal qui met Aiguës Mortes en communication avec la mer, changemens dus aux attérissemens qui se sont formés pour avoir négligé de le nettoyer. Nous pourrions citer plus d'un exemple de ce genre, mais nous les deslinons à un autre ouvrage.

Dans un rayon de 35 milles on trouve : Me ni a le h, petite ville, près de la vaste lagune à laquelle elle donne son nom; ses environs et les lies sont habités par une race abrutie qu'on pourrait appeler ichthyophage , parce qu'elle vit presque exclusivement des produits de l'abondante pèche qu'on y fait. C'est sur un de ces ilôts qu'était située l'aucienne Th en nés us ou Tenni s, qui dans te ixe siècle fl crissait par ses nombreuses manufactures, et qui ne comptait pas moins de 3o,ooo habitans chrétiens. San , village habité par des pécheurs, dont les cabanes s'élèvent au milieu des débris d'une ancienne ville nommée Z oan par les Juifs, et Ta ni s par les Grecs. C'est de cette ville qu'une des principales branches du Nil prenait le nom de Tanitique. Tanis était le siège des rois de la xxt*et xxmf dynastie de Manethou, et, selon quelques sa vans , le lieu où Moi»e vint au monde, et le théâtre des prodiges opérés par ce prophète pour délivrer les Juifs de l'esclavage. On y voit encore les débris de sept obélisques , de quelques monolitlies , et d'autres anciens monumens. Tmay-eh Em dyd, lieu remarquable par son beau temple monolithe de granit , décrit par M. Jomard et par lord Valenlia , et posé sur un piédestal de la même pierre. Man s o u ra h , sur la rive droite de la branche de Damiette, dans un canton regardé comme le plus fertile et un des mieux cultivés de l'Egypte. C'est une des principales villes du Delta et le chef-lieu d'une préfecture ; M. Michand y a encore vu le bâtiment où saint Louis fut mis en captivité après la perte de la bataille donnée dans les environs de cette ville. Koum- Zalat , misérable endroit que nous citons pour signaler l'emplacement de Dutis ou Buto, une des villes les plus remarquables de l'ancienne Egypte par son immense temple monolithe dédié i Latone, et par sou oracle qui était le plus vénéré de cette contrée; le temple avait, selon les auteurs anciens, 40 coudées de haut sur autant de long; une pierre immense, dont les rebords avaient quatre coudées, lui servaient de couverture. Les habitans de ses environs, et de l'espace marécageux compris entre Rosette et Damiette, parlaient anciennement le dialecte bachmourique, et se distinguaient de leurs voisins par leur rusticité: leurs descciidans paraissent être aussi sauvages que leurs ancêtres. Au sud-est de Tennis, mais hors du rayon de Damiette, on trouve Tyneh, autre lieu misérable, mais assez îm- ]>ortant par la petite forteresse turque qui défend l'entrée du canal bourbeux, autrefois nommé branche Pélusiaque du nom de Pelusium, dont on voit encore dans le voi» si nage les ancieunes murailles assez bien conservées. C'était une place forte que les monarques de l'Égypte regardaient comme la clef de leur royaume du coté de la Syrie; pour mieux la défendre, ils avaieut même fait construire une épaisse muraille d'environ 90 milles, qui s'étendait depuis cette forteresse jusqu'à Héliopolis. Pelusium n'est pas , comme on l'a cru , la patrie du célèbre Ptolémée, dont les ouvrages sur la géographie et l'astronomie sont les plus importans que l'antiquité nous ait légués. Plus au nord, et sur les bords de la Méditerranée, on voit El- A rie h, château fort , envirouné de jardins potagers et de palmiers ; il correspond à l'ancienne Rhinocorura , dont le nom , qui signifie ire: coupe,

DKSCRIFHON DE L'AFRIQUE.

a donné lieu à plusieurs historiens d'écrire que c'était un établissement formé par une troupe de brigands , à qui un certain roi avait fait couper le nez. Du temps des Romains, c'était un grand entrepôt pour les marchandises qui , de l'Arabie, venaient en Europe.

Alexandrie (Alexandria) dite Iscanderieh par les Arabes et par les Turks, place forte, située sur une langue de terre sablonneuse, fermée par la Méditerranée et le lac Mai iout (Maréotis). Elle a deux ports, et on doit y distinguer deux parties entièrement différentes : la Fille- Moderne et la Fille- Ancienne. Les constructions modernes sont irrégulières et les rues qu'elles forment malpropres. Le nouveau palais, la douane, la mosquée des mille et une colonnes, et surtout les fortifications et Y arsenal de marine, sont les constructions les plus importantes des temps modernes. On ne doit pas oublier le canal de Rahmanyeh, mentionné à la page 8ia; il fait communiquer cette ville avec Le Caire par la branche du Nil qui débouche à 5 milles au-dessous de Rosette. Alexandrie est encore une place très importante pour le commerce, étant l'entrepôt de celui que l'Egypte fait avec Conslantiuople, Livoume, Venise, Trieste et Marseille. Tontes les nations maritimes de l'Europe y entretiennent des consuls. Sa population a considérablement augmenté depuis 1800 , puisqu'ou nous assure qu'elle dépasse ?5,ooo âmes ; au commencement du siècle , elle n'eu comptait que 1 7,000.

Plusieurs ruines et quelques monumens attestent encore la magnificence et la richesse de la résidence des Ptolémées et de la capitale de l'Egypte pendant la longue domination des Romains. Cette métropole superbe, bâtie par Alexandre, qui en donna lui-même le plan et le fit exécuter par le célèbre architecte Dinocrates, avait 96 stades de circonférence, et sa population, sous le règne d'Auguste, parait avoir dépassé 700,000 âmes. Une rue droite de 100 pieds de large la traversait dans toute sa longueur; elle formait une suite de portiques, de temples et d'autres magnifiques édifices; une autre rue non moins belle la coupait à angles droits; leur intersection formait une vaste place carrée, du milieu de laquelle on voyait deux ports et les vaisseaux qui à pleines voiles arrivaient de la Méditerranée et du lac Maréotis. Un môle magnifique et artificiel nommé Heptastade , parce qu'il avait 7 stades de long, réunissait l'île de Phare au continent, et séparait les deux ports qu'Alexandrie possédait sur la Méditerranée. A l'entrée du grand port , et sur nu rocher, s'élevait la fameuse tour du Phare, au sommet de laquelle ou allumait des feux toutes les nuits pour guider les vaisseaux ; on y avait pratiqué divers étages, entourés de galeries soutenues par des colonnes de marbre; sa hauteur paraît avoir dépassé 400 pieds ; on la rangeait parmi les merveilles du monde. Alexandrie était partagée en plusieurs quartiers, dont le Bruchion , nommé aussi le quartier des palais, était le plus magnifique et le plus étendu. Outre le palais bâti par ordre A' Alexandre, on en voyait plusieurs autres construits par les Ptolémées; tous ces b&limenâ communiquaient ensemble. C'est dans ce quartier qu'étaient le théâtre, le stade et le gymnase. Ce dernier était orné de portiques de 600 pieds de long, soutenus par plusieurs rangs de colonnes de marbre, dont cinq subsistent encore. Dans le temple de Soma ou Sema reposait le corps d'Alexandre, que le premier des Ptolémées y avait déposé dans un cercueil d'or massif. Daus ce même quartier on voyait la fameuse bibliothèque et le musée; la première doit être regardée comme la plus grande collection de livres qui ait été faite par les auciens; avaut l'incendie, qui en réduisit en cendre la plus grande partie, du temps de Jules César, elle ne comptait pas moins de 700,000 volumes, ou pour mieux dire rouleaux, qui contenaient beaucoup moins de matière que uos volumes imprimés. Le musée était une véritable académie de sa van s ; elle différait cependant de nos académies, en ce que ses membres vivaient ensemble daus un magnifique édifice aux frais des rois d'Egypte et ensuite à ceux des empereurs romains. C'est à cet établissement qu'Alexandrie est redevable d'avoir été pendant tant de siècles à la tète de la civilisation des peuples anciens et du moyen ige , et d'avoir produit tant de grands hommes dans les sciences et les belles-lettres. Plus tard elle posséda une célèbre école qui pourrait être regardée comme le berceau de la théologie chrétienne; elle donna à l'église plusieurs pères illustres par leur doctrine. Dans le quartier de Rachotis, ainsi appelé du village de ce nom qui existait avant la fondation de la ville, on voyait le vaste et magnifique temple de Serapis , bâti en marbre, au milieu d'une immense cour, environnée de galeries et d'appartemens destinés à loger ses nombreux desservons; la statue du dieu était d'uue grandeur énorme; ce temple a été détruit

par ordre de IVnapereur Théodose. Les restes de la fameuse bibliothèque déjwsés dans un bel édifice annexé au bâtiment principal formèrent, avec la riche bibliothèque de Pergaroe, donnée par Marc -Antoine à Cléopâtre et par les augmentations successives qui eurent lieu pendant la domination romaine, la seconde bibliothèque presque aussi considérable que la première; elle fut détruite par le fanatisme du calife Omar. C'est dans ce même quartier qu'était la superbe colonne de granit rouge, qu'on nomme communément la colonne de Pompée; sa hauteur totale est de 114 pieds; le fût , quoique d'un seul bloc, n'a pas moins de 90 pieds de long sur y de diamètre; ce monument subsiste encore ; il domine la ville et sert de signal aux vaisseaux. Un canal navigable, nommé Jossa Alexandrin a , traversait ce quartier et mettait en communication le lac Maréotis avec le port d'Eunoste sur la Méditerranée; il fournissait aussi l'eau aux citernes de la ville; ces dernières étaient en si grand nombre, que presque toutes les maisons étaient bâties sur des voûtes; ces constructions superbes, dues aux Grecs et aux Romains, subsistent encore presqu'en entier. Alexandrie avait deux faubourgs très considérables; l'un nommé AVcro polis ( la ville des morts) , était remarquable par ses nombreuses grottes sépulcrales, dont plusieurs sont taillées dans le roc, et excitent encore l'admiration des voyageurs qui vont les visiter. Davison. en 1763, vit les murailles de quelques-unes couvertes de peintures , dout les voyageurs récens ne font pas mention. L'autre faubourg commençait à la porte de Canope; on y voit encore Y/ùppodrome, cirque spacieux destiné à la course des chevaux , et les deux obélisques, dits aiguilles de Cléopâtre , dont l'un est debout et a été donné au roi de France par le vice-roi Mohammed -Aly, et l'autre, qui est renversé, appartient aux Anglais, qui ne l'ont pas encore enlevé à cause des difficultés du transport ; ces deux blocs superbes sont en granit et chargés de hiéroglyphes; ils ont environ 60 pieds de haut sur 7 de large à la base. Nous finirons par faire observer qu'Alexandrie a été pétulant f>oo ans la première place commerçante du monde; que c'est dans cette ville qu'environ a85 ans avant Jésus-Christ l'on a fait en grec la première traduction de la Bible, et que c'est eu fouillaut daus ses ruines, qui n'ont jamais été bien explorées, qu'on trouvera peut-être des monumens en deux ou trois langues qui compléteront la mémorable découverte de l'interprétation de l'écriture hiéroglyphique.

Daus les environs d'Alexandrie on trouve : EUKheyt , où l'on voit encore les débris de l'ancienne M are a et de son immense quai, ainsi que les restes d'une espèce de bassin où l'on conservait les vaisseaux. Aboukir, village avec une forteresse qui en défend le port; dans son voisinage s'élevait jadis Canopus, si célèbre par son temple deSérapis, auquel on se reudait en foule pour assister aux fêtes qu'on y célébrait et dans lesquelles la dissolution était portée au dernier excès.

DÉPENDANCES POLITIQUES DE L'ÉGYPTE. Nous comprenons sous celte dénomination les vastes espaces qui s'étendent à l'est et à l'ouest de l'étroite vallée du Nil et de son large delta. Sillonnés par de petites chaînes de montagnes peu élevées et arides que séparcut d'immenses déserts encore plus arides, au milieu desquels s'élèvent des oasis plus ou moins fertiles, comme des îles au milieu d'une mer de sable, ces vastes espaces sont parcourus daus toutes les directions par plusieurs tribus d'Arabes, et par quelques tribus des Ababdès qui appartiennent à la famille troglody tique. Les uns et les autres vivent errans, habitant sous des tentes, toujours armés, et campant, selon leurs besoins ou l'intérêt de leur sûreté, tantôt sur les bords du Nil , tantôt daus le désert. Avant que Mohammed-Aly fût parvenu à établir sa domination en Égypte, ces nombreuses bordes de brigands en étaient le fléau, dépouillant impunément les voyageurs et les Éçyptien> eux-mêmes au milieu de leurs champs. Aujourd'hui ils sont presque tous entièrement soumis, la plus grande sûreté règne dans les villes et les campagnes, et même plusieurs de ces nomades sont devenus agricoles. Voici les tribus les plus nombreuses et les plos remarquables : les Oualad Aly, que M. Cailliaud croit la tribu la plus forte de toutes celles qui campent sur la lisière de l'Égypte; elle escorte les voyageurs qui vont dans In Libye; ses campe mens sont épars dans l'espace qui sépare d'un côté Alexandrie de Syoot , et de l'autre Alexandrie de la frontière orientale de l'étal de Tripoli; la tribn des ByêkmrU fournit des gardes pour les déserts de l'est et jusqu'au mont Sinaï; celle des Aouazem , » l'est de Thèhes , se distingue , dit M. Rifaud , par son hounèteté, sa bravonre et son hospitalité. Les Ababdès, compris daus la famille troglodytique : ils parcourent lotit le pays,

qui s'étend depuis les environs de Cosseïr jusqu'à la frontière de la Nubie ; plusieurs se sont établi» le loog du Nil , eulre Assouan et Edfou , dam la Haute-Egypte. Ils sont pillards, et escortent les voyageurs vers la Nubie. M. Cailliautl a retrouvé sur leur territoire les célèbres mines d'émeraudes exploitées par les anciens.

Voici les lieux les plus remarquables qu'offre cette conh-ée en allant du sud au nord ; nous les partageons en deux parties d'après leur posiliou à l'est ou à l'ouest du Nil; nous les nommerons Contrée Occidentale et Contrée Orientais.

Dans la Contrée Occidentale on trouve : El-Kharcsh , petit endroit chef-lieu de la Grande-Oasis, nommée aussi O a s i s de Thibes ou à* El- Khargeh. Eu 1 8 1 8 on a découvert dans son voisinage les ruines de trois beaux temples et une nécropolis; le grand temple avait (rois enceintes comme celui de Jupiter Amtnon; le toit , dont il subsiste encore une partie , était formé par d'immenses blocs; on en a mesuré un de 35 pieds de long sur 19 de large et a et un quart d'épaisseur; ce temple a des statues colossales et des hiéroglyphes. La nécropolis offre a à 3oo édifices construits en brique» non cuites ; les figures de saints peintes sur les murs indiquent qu'ils out servi de demeures à des chrétiens. Cette oasis est traversée par les caravanes qui vout au Dar-Four.

Mcdyitet-bvQassr , (petite ville de 2,000 âmes, assez bien bâtie, chef-lieu de l' oasis de Dakhel, située à l'ouest de la grande. Elle a des bains sulfureux très fréquentés par ses habitant.

Q**sa, gros village de 800 habitans, chef-lieu delà Petite- Oasis , nommée £/• O u a h - e l - B a h rr e. U par les Arabes. Dans ses environs ou trouve les ruines de bains romains et d'une église grecque.

Les lacs de Natron , sont très remarquables par la grande quantité de celte substance qu'on eu retire depuis uu temps immémorial; ils sout situés dans le désert de Mitre, qui formait partie de la Région Scit Iliaque (Scithiaca regîo) de Ptolémée; elle s'éteudail dans la direction du nord-ouest du Caire; elle est très renommée dans les annales de l'église par le grand nombre de saints solitaires qui l'habitèrent dès le iv< siècle : c'est là qu'était le couvent de Saint-Macaire.

Al-Baretocb, misérable lieu, que nous citons pour signaler la position de Pa- H.vToifii-M ; son vaste port sur la Méditerranée, et les fortifications élevées par les Ptolomécs, l'avaient rendu une place importante de leur royaume; il en était le boulevard à l'occident comme Pelusium l'était du côté opposé. On y a découvert dernièrement quelques ruines importantes.

Stoctab, cbef-lieu de Y oasis de Syouah, qui, géographiquement , appartient à la Région du Maghreb (Sahara-Atlas) , et qui correspond à l' A m m o n i u m des anciens , jadis si célèbre par sou oracle qu'où veuait consulter des extrémités de la terre, par son gouvernement thèoeratique, par ses temples superbes, par sa source périodique du soleil, par ses bosquets de palmiers et d'oliviers, et par la visite d'Alexandre-le-Grand , que la bavse flatterie de ses prêtres ne rougit pas d'y saluer fils de Jupiter. Mais celte oasis, jadis si riche et centre d'un grand commerce, n'offic maintenant que sa source célèbre, les débris de ses superbes monumens, et n'est plus que le triste séjour d'une petite peuplade aussi misérable que corrompue. Elle vit au uombre d'environ a,ooo individus à Syouah , petite ville dont la construction est une des plus singulières et des plus bizarres qu'on puisse voir. Sa forme conique , ses divisions intérieures et l'agglomération des individus que renferme cet obscur séjour, pourraient la faire comparer à une ruche. Dans les environs immédiats de Syouah , on a découvert dernièrement à Qoum- al- Beyda (Gmm-Ik-ydah) les ruines du célèbre temple de Jupiter stmmon, cl nxontw les vestiges de sa triple enceinte. A inoius d'un mille de distance de ces ruines vers le sud-est , on a trouvé dans un bois de palmiers la célèbre fontaine du toleU, encore douée des alternatives de température qui l'avaient rendue si célèbre , et , dans une colline voisine nommée Djebel Dâr-AboubeKer , on voit de vastes catacombes , dont une partie sert aujourd'hui d'habitation aux Arabes; leur construction doit être attribuée eu partie aux Égyptiens et en partie aux Grecs. Nous ajouterons que le grand temple de Jupiter Ammon était composé de blocs énormes ; que les décorations , les ligure:» et les scènes qu'elles représentent sont, selon MM. Drovetli, Cailliand et Miuutoli, entièrement égyptiennes. La statue du dieu, faite d'émeraudes et d'autres pierres précieuses , avait la forme d'un béUcr depuis la téte jusqu'au milieu du corps. A euvirou

ABRÉGÉ DE GKOCxRAPHIE.

5o milles au uord-ouest de Syouah est situé un lac , où Pou voit une île , que personne n'a encore pu visiter et sur laquelle les naturels débitent les contes les plus extraordinaires.

Daus la Contrée Orientale nous nommerons: Bérbiuce, ville ruinée et entièrement déserte , située sur la mer Rouge et découverte par Belzoni ; on reconnaît encore, dit ce voyageur, la direction de ses rues, et, au milieu, on voit un petit temple égyptien couvert de hiéroglyphes et de sculptures; il est presque entièrement recouvert de sable. C'est à son port qu'arrivaient les marchandises de l'Arabie et de l'Inde destinées pour Goptos. Le mort Zab&rab (Smaragdus mons), si célèbre dans l'antiquité par ses mines d'émeraudes , qui, retrouvées de nos jours par M. Cailliaud, et de nouveau exploitées par ordre du vice-roi, furent abandonnées comme ne rendant pas autant que coûte leur exploitation. Qoçxyr ou Cosseîr, que les géographes décorent du titre de ville, n'est qu'uu amas de quelques maisons et de beaucoup de magasins qu'occupent les marchands des caravanes de K.ous et de Kènéh ; il a nu petit port sur la mer Rouge, et , comme nous l'avons vu à la page 85o, il fait partie de la préfecture de Kénéh; M. Joroard lui accorde 1,10a habitans. C'est à quelques milles de ce lieu et proprement à l'endroit appelé aujourd'hui Schavana, que d'après les savantes recherches que M. Reichard vient de publier, on doit placer le port de Myos Uormos (port de la Sauris), le plus célèbre et le plus fréquenté de cette côte par les marins de l'antiquité , depuis que celui de Bérénice avait été abandonné. C'est un des points de la géographie comparée qui a le plus exercé la sagacité des savans et des commentateurs des géographes anciens ; ces derniers , après bien des hypothèses , avaient même désespéré de parvenir à déterminer sa position ; et les savans modernes , malgré le beau travail de M. de Rozière , n'avaient pas encore pu le fixer d'une manière satisfaisante.

Au milieu des rochers escarpés et très élevés qui longent la rive droite du Nil , depuis Assouan jusqu'à quelques milles au nord d'Antinopolis , on voit une multitude de groftes taillées dans le roc; à l'est de ces mêmes rochers, on ne trouve que les vastes déserts sablonneux qui s'étendent jusqu'à la mer Rouge. Cest dans cet horrible séjour que vivaient ces saints solitaires de la Thébaïde , si célèbres dans l'histoire des premiers siècles de l'église. Plus au nord, et hors des limites de l'ancîeune Thébaïde, au milieu d'autres déserts, étaient le célèbre couvent de Saint- A ntoine , la grotte de Saint- Paul, premier hermite, et diverses autres retraites semblables, consacrées par la pénitence des anciens anachorètes. Il parait que des religieux coptes se distinguent encore dans ces solitudes par leur vie austère.

Suez ou Soueys, situé au fond du golfe qui en prend la dénomination, et dépendant de la préfecture du Caire, misérable petite ville à moitié ruinée, qui fait encore quelque commerce, à cause de son port, où il y a un petit chantier. M. Jomard ne lai accorde qui 1,000 habitans. Ce lieu était bien autrement important lorsque du temps des Ptolcmées, il portait le nom d'Aasiirox, et plus tard celui de CLÉorvrRiDE. C'était à son port qu'aboutissait le fameux canal commencé par Nécos et achevé par Ptolémée Philadelphe. Cet immense ouvrage hydraulique, dont on a voulu révoquer en doute l'existence, faisait communiquer la branche orientale du Nil avec la mer Rouge; il avait, selon d'Anville, 75,000 toises de long, 98 et demie de large, et sa profondeur était, selon Pline, de 40 pieds.

RÉGION DU MAGHREB.

POSITION ASTRONOMIQUE* Longitude, entre 190 occidentale et 160 orientale environ. Latitude boréale , entre i5°et environ.

CONTINS. Au nord, le détroit de Gibraltar et la. mer Méditerranée. A Ycst, la Région du Nil. Au sud, la Nigritic. A X ouest, l'Océan-Atlantique.

TXiEUVES. A l'exception du versant boréal de l'Atlas , peu de pays au monde offrent une plus grande aridité et moins de fleuves. Ceux qui arrosent et fertilisent la partie cultivable de l'état de Tunis, du ci-devant

eut d'Alger et de l'empire de Marok ont un cours très borné lorsqu'on les compare aux fleuves des autres régions de cette partie du monde. Nous citerons seulement les principaux d'après les mers différentes auxquelles ils aboutissent.

La MÉDITERRANÉE reçoit :

Le Meojirdab , qui prend sa source aux montagnes de HanAlak , dans l'Atlas , au cidevant état d'Alger , traverse la partie principale de celui de Tunis , où il se jette dam la Méditerranée, au sud de Porto-Farina.

Le Scasxir , qui est le plus grand courant du ci -devant état d'Alger, dont il arrose la partie oecideuiale. Il naît dans les hautes vallées de l'Atlas aux montagnes de Ouanaschervsch, traverse le lac de Titteri , et , près de Mostnghanem , entre dans la Méditerranée.

Le Molouyab (Malouia). C'est le plus grand des fleuves de la Barbarie qui se jettent dans la Méditerranée et dans l'Océan , quoique pendant l'été ilYoit souvent sans eau. Il naît dans l'Atlas au pied du Scha'bat bényO'bayd , traverse la partie orientale de l'empire de Maroc, reçoit le Ssaa* à la droite; et plusieurs milles au-dessous de Qala Uel-Ouîdi, il entre dans la Méditerranée.

L'OCÉAN ATLANTIQUE reçoit les suivant; ils appartiennent tous à l'empire de Maroc :

L'Aoclkos ou Luccos, dont le cours n'est pas très considérable, mais dont la masse d'eau est très grande relativement aux autres fleuves de cette région. C'est près de l'A'raysch (Larache) qu'il se jette dans l'Océan.

Le Seboub (Seboun); il prend sa source dans une forêt, au pied de l'Atlas dans le royaume de Fès, qu'il traverse de l'est i l'ouest; à Ma'mourah (Marmora), il entre dans l'Océan. Il reçoit à la gauche le Ouddy Fit ou Ouddy al- Mafrousyn , qui traverse la grande ville de Fès.

L'Ombio-Rebya' {Morbêya des cartes) , naît aux montagnes de Ssanhagah , en un lieu appelé Ouansyfan , et descendant de l'Atlas , il sépare le royaume de Fès de celui de Marok. C'est au-dessous d'Azamour qu'il entre dans l'Océan.

Le Teksyft dit aussi OuId-Maraescb ( le Fleuve de Marok ); il descend de l'Atlas , passe à environ 5 milles au nord de Marok, sépare la province d'Abda de celle de Schedma, et débouche dans l'Océan entre Asafy et Mogador. Quoiqu'il reçoive plusieurs affluons, la masse de ses eaux est si petite pendant l'été, que dans cette saison on peut le passer au gué en plusieurs endroits.

DIVISION et TOPOGRAPHIE. Cette vaste région, pour la détermination et la distribution de laquelle le travail de M. d'Avezac sur l'Afrique-Intérieure nous offre une autorité digne de toute confiance , répond précisément à ce que les géographes et les historiens arabes, aussi bien que tous les peuples musulmans et les indigènes eux-mêmes , appellent A rdh-él- Maghreb , c'est-à-dire la Contrée du Couchant. Elle embrasse d'uue part, le long de la Méditerranée, une zone cultivable nommée Tell ou les Hautes-Terres , que les Européens appellent Barbarie , en y adjoignant une lisière d'oasis comprises par les Arabes sous la dénomination générale de Béhid-él-Djéryd ou Pays des Dattes; et d'autre part , au sud , l'immense Ssahhrd (Sahara) ou Désert. Quatre puissances politiques principales, appelées htats Barbaresques , se partagent le domaine du Tell et du Béldd-el-Djéryd : ceux de Tripoli et de Tunis occupent X Jfriqyah des Arabes; celui d'Alger remplit le Mag/ireb-aousat/t (couchant moyen) ; et l'empire de Marok répond au Magreb-aqssay (couchant éloigné). Mais dans les limites mêmes que l'usage assigne à ces états, un grand nombre de tribus soit Arabes, soit Berbères, conservent leur indépendance, bien que ces états exercent une suzeraineté effective sur des oasis plus éloignées dans le Désert. Celui-ci est naturellement partagé en trois grandes

ABRtf.GR DR GÉOGRAPHIE.

sections, eu égard aux races d'hommes qui les parcourent et y font leur demeure : la partie orientale , que la géographie vulgaire désigne sous le nom de désert de Libye , est presque entièrement occupée par les Tibbou , auxquels sont entremêlées quelques tribus arabes ; la partie centrale appartient exclusivement aux farouches Toudryq; la partie occidentale ou Sâhhel (la côte) est le domaine des Maures ou Arabes du couchant.

La description suivante offre les principales divisions politiques actuelles de cette vaste région, à laquelle appartiennent encore, sous le rapport géographique, l'oasis de Syouah et l'extrémité nord-est de la partie orientale du Désert, que nous avons décrites avec l'Afrique-Ottomane, pour ne pas séparer des pays que la géographie politique a réunis de nos jours. Nous commencerons par l'état de Tripoli qui est le plus oriental.

Etat de Tripoli.

C'est, dit le savant M. Grâberg de Hemso, de tous les états de la Barbarie celui qui est le plus avancé dans l'échelle de la civilisation, avantage* qu'il doit aux qualités personnelles de Sydy-Youscf le pacha actuel , et à la stabilité de son gouvernement, qui depuis plus d'un siècle est héréditaire dans la dynastie Karamanli. Sa capitale est Tripoli, assez grande ville, avec un port défendu par plusieurs batteries. Le palais où réside le pacha est un vaste édifice, de quelques parties duquel on vante la beauté. Les deux bazars, quelques mosquées et quelques restes d'antiquités,' entre autres les débris d'un superbe arc de triomphe en marbre, sont les constructions les plus remarquables. Tripoli est un des principaux dépôts des marchandises européennes destinées aux contrées lointaines de l'Afrique-Centrale. On s'accorde assez généralement à porter à a5,ooo le nombre de ses habitans.

Voici les autres villes et lieux les plus remarquables; nous les indiquerons selon les grandes divisions géographiques de cet état; c'est aussi l'ordre que nous suivrons pour les autres.

Le long de la CÔTE DE LA MER MÉDITERRANÉE on trouve : Lebdab, trè* petite ville , remarquable par les débris de colonnes , de statues , et les restes d'un amphithéâtre et d'autres édifices appartenant à Pancienue Le p t i s- M ag n a. Mesrâtbab (Mesurala), petite ville, importante par son industrie et son commerce. Rrwghâzy , petite ville, arer un port assej: fréquente; c'est la résidence du gouverneur du Barqah ou de la moderne Cyrénaïque; il réside dans une masure délabrée , décorée du nom de château. Totjbbar et TolmyIthah (Tolometa) , misérables endroits, remarquables par les restes de Teuchira et de Ptolèmais. Dans cette dernière, ou voit encore une caserne romaine , dont l'intérieur est assez bien conservé ; les restes d'un temple romain et plusieurs grottes sépulcrales. Toukrah conserve cucore sa belle muraille de a milles de circonférence et un grand nombre de tombeaux. Deb*eh (Dénie) , petite ville , importante par son port et son commerce.

Sur le PLATEAU DE BARQAH (Barca) on Irouve : Qrewiiab (Grennab), misérable endroit, que nous citons pour signaler les restes de la magnifique Cyrène. Au milieu de nombreuses agglomérations de pierres, débris de monumens réduits à cette dernière forme par les laboureurs qui cultivent la plaine, on distingue encore les mines d'un bain construit en briques et conservant plusieurs pièces voûtées; un stadium , formé par de simple* rangs de bornes semblables à « Iles des rues ; deux petits temples hypogées de l'époque romaine avec des emblèmes chrétiens , et plusieurs châteaux; mais ce qui mérite surtout d'attirer les regards du voyageur, c'est la nécropolis. Tout le flanc de la montagne, autant que la vue peut en embrasser l'étendue, se présente couvert de façades de grotte*, de sarcophages et de débris de toute espèce. Dans une de ces grottes, notre savant

ami Pacho a découvert des peinture qui paraissant représenter des jeux funéraires, et que M. Letronne regarde comme romaines; dan* une autre, sont représentés uu cirque et une chasse ; dans une troisième, une peinture, élégamment rainiéc et d'une conservation parfaite, offre, dans une série de petits tableaux, les principes phases ou les diverses occupations de la vie d'une esclave noire. La coiffure et le costume de ces miniatures ne sont pas moius remarquables tant par la forme que par la couleur. Les longues robes bleues sans agrafes , et les châles rouges entrelacés avec les cheveux , ou couvrant la téte en guise de turban, offrent une analogie frappante avec l'habillement des modernes Africaines, et principalement avec celles qui habitent le Fezzan. Massakbit , simple hameau , que Pacho regarde comme identique avec la fameuse Ville Pétrifiée, dont ont tant parlé Yakouti, Lemaire et autres auteurs, induit* probablement en erreur par le grand nombre de grottes sépulcrales situées dans ses environs.

Dans le DÉSERT se trouvent les oasis ou pays suis ans, tributaires du pacha de Tripoli.

L'Oasis o'Aouujbi.ah (Audjelah),qui est loin d'offrir l'agréable aspect des oasis voisines de l'Egypte, et dont dépendent celles de Djdlo (Djallou) , $ El-Edjkharah (Leehkerret) , et la plus fertile de toutes, celle de Maradèh. Les habilaus de cette oasis, depuis un petit nombre d'années, ont établi des relations commerciales directes avec les états de Rornou , de Raghermeh et de Teu-Roktoue (Tombouctou) dans la Nigritic ; malheureusement le commerce des esclaves en est l'objet principal. Abou-Zeith-Abdallah , bey actuel d'Aondjelah , est né à Toulon ; fait prisonnier à dooze ans en Egypte en qualité de tambour , il a embrassé l'islamisme et est parvenu aux premières dignités de l'état de Tripoli.

Le Fezzan est une grande province formée de plusieurs oasis qui , dans leur ensemble, offrent la population la pins considérable de tout le Grand-Désert. Mourtouk, avec des maisons bâties en terre et des rues très étroites, est la résidence du sultan , tributaire de Tripoli. C'est le grand marché intérieur de l' Afrique-Septentrionale, et le rendez-vous des caravanes qui viennent du Caire, de Tripoli , de Tunis et Ghadâmes , de Ten-ltoktouc (Tombouctou) et de Rornou. Les autres villes principales sont : Titra' ghan, jadis capitale du Fezzan-Oriental , et encore remarquable par la fabrique de ses tapis , qui valent ceux de Constantinople ; Souknà (Sokna); Cher ma (Germa); Ouùari et Tibestiy remarquable par sa source d'eau chaude sulfureuse.

L'Oasis di Ghadâmes, dont le chef-lieu est la petite ville de Ghadâmes (Gadames), remarquable par l'activité commerciale de ses ha bi tans, renommés dans toute l'Afrique pour leur loyauté dans les affaires. C'est le rendez-vous général des caravanes qui, de Tripoli , vont par Touât à Ten-Boktoue (Tombouctou). Dans ces derniers temps le commerce de Mourzouk a fait décroître celui de Ghadâmes , qui présente le phénomène curieux d'une petite ville habitée par deux peuples différens, vivant en état de guerre dans une même enceinte , séparés par une muraille qui la partage en deux parties ne communiquant entre elles que par une porte que l'on ferme dans les momens de troubles.

Etat de Tunis.

C'est le plus petit des Etats Barbaresques, mais le mieux cultivé et le plus peuplé. Tunis, ou plus exactement Tounis, située sur une hauteur au fond d'une vaste lagune nommée Boghaz , avec un port et des fortifications assez considérables, en est la capitale. Malgré ses rues étroites et sales, Tunis est une des villes les mieux bAties de l'Afrique, et peut- être la plus peuplée après Le Caire, car elle paraît avoir au moins 100,000 habitans. Parmi ses principaux édifices on remarque le nouveau jxilais où réside le bey; c'est un vaste bâtiment construit à grands Irais dans le goût mauresque. Viennent ensuite Y aqueduc qui pourvoit la ville d'eau; la bourse et quelques mosquées. Plusieurs établissemens, assez bien entretenus , sont destinés à l'instruction de la jeunesse. De nombreuses manufactures de velours , de soieries, de toiles et de bonnets rouges occupent une grande partie de sa population, tandis qu'une autre non moins considérable s'adonne au commerce.

Dans les environs de Tunis, à l'entrée du Boghaz, on voit La Goletta, petite ville, remarquable par ses fortifications , par sa rade , par ses cltantiers, ses magasins et par le phare qu'on y a construit en 1 8ao. Berda {Barda) , dans une position ebarmaute , avec un beau palais, où le bey passe la belle saison. Vers le nord-est de la péninsule formée par la mer Méditerranée et le Boghaz s'élevait jadis la superbe Ca rth âge, qui fut longtemps maîtresse du commerce de la mer Méditerranée, et qui tint tête à toutes les forces de Rome. Nous ne pouvons nous dispenser de jeter un coup-d'œil rapide sur les ruines de cette célèbre cité* Ici , nous recourons de nouveau aux lumières de notre ami M. Reinaud.

Cartkage, fondée ainsi que Lept'u , V tique et autres villes de la côte d'Afrique, par les Phéniciens, fut entièrement détruite par les Romains, après une défeme désespérée. L'incendie , allumé à-la-fois par les vainqueurs et les vaincus, dura dix-sept jours, et ce qui échappa aux flammes tomba plus tard sous les coups des démolisseurs. Néanmoins, reconstruite quelque temps après, elle devint la capitale d'une partie des provinces romaines d'Afrique; sous les empereurs, elle était regardée comme une des plus florissantes villes de l'empire. Elle eut beaucoup à souffrir de l'invasion des Vandales; enfin les Arabes, s'en étant emparés vers la fin du vu* siècle, lui portèrent un coup mortel. Lorsque saint Louis débarqua sur les parages voisins, il u'exislail. plus qu'un château fort, une tour et quelques maisons éparses au milieu des ruines. On y remarque encore un petit village appelé Malga. Il serait intéressant de déterminer l'emplacement des principaux quartiers d'une ville qui fixa pendant long-temps l'attention de l'univers. Shaw en 1 727 , et M. de Châteaubriand en 1807 , aidé du major hollandais Humbert qui résidait sur les lieux, ont fait des recherches à ce sujet. Mais d'une part la rage des vaiuqueurs, de l'autre les constructions successives faites sans doute aux dépens des premières, ont rendu toute tentative de ce genre extrêmement difficile. Pour donner une idée de l'embarras auquel 00 est exposé, il suffira de dire que le port, où venaieut se réunir les flattes les plus considérables de l'ancien monde , est placé par Shaw et d'An ville vers le nord-ouest de la ville , et par M. de Châteaubriand au sud-est. Conteutons-nous donc d'un aperçu général. Carthage était bâtie sur une presqu'île , et se divisait en trois quartiers principaux. La ville proprement dite, appelée Megara, était ceinte en grande partie d'une triple muraille, haute de 3o coudées et flanquée de nombreuses tours. En dedans des murailles étaient deux étages voûtés; dans l'un étaient logés trois cents éléphans et quatre mille chevaux; dans l'autre étaient déposés le fourrage , les harnais , etc. Les mêmes murs renfermaient , de plus , des casernes pouvant contenir jusqu'à vingt mille fautassins et quatre mille cavaliers. La citadelle était placée au haut d'une colline qu'on voit encore, et se nommait Dyrsa. Il y avait enfin le port creusé de maiu d'homme, qui s'appelait Cothon. Ce port était divisé en deux parties , l'une destinée à la marine marchande , l'autre aux vaisseaux de guerre. Au milieu était le palais de l'amiral, d'où on pouvait voir tous les bâtimeus qui entraient et sortaient , et d'où l'on avait vue jusque sur la haute mer.

Il n'est pas rare de trouver sur le sol de Carthage et dans les contrées voisines des restes de l'antiquité , tels que temples , théâtres , inscriptions , etc. On peut consulter à ce sujet l'ouvrage de Shaw , et , si jamais il est publié, le riche recueil de dessins qu'avait formé sur les lieux le comte Camille Borgia , mort si prématurément Le monument le plus important est un aqueduc de 70 pieds de haut, qui partait de Zawan et de Zungar, à 5o milles de la ville, et qui fournissait de l'eau aux habitans. On doit encore citer les débris des citernes publiques qui, au rapport de M. de Chateaubriand, continuent à offrir uu coup-d'œil imposant. C'est une suite de voûtes prenant naissance les unes dans les autres, et bordées dans toute leur longueur par un corridor. Dans un pays aussi chaud et aussi aride , on conçoit que les habitans songeassent de bonne heure à se prémunir contre la soif. Chaque maison avait sa citerne, et on distingue au milieu des anciens faubourgs, sur un espace d'environ trois milles, une suite de réservoirs disposés de manière à recevoir l'eau des pluies. Mais aucun de ces monumens , si l'on en excepte les citernes , ne parait antérieur à la domination romaine. Ce n'est qu'en 1 8 1 7 que le major Humbert , dont nous avons déjà parié, parvint à découvrir quatre cippes funéraires et deux pierres fracturées offrant des inscriptions puniques. Ces objets précieux se trouvent maintenant eu Hollande, au musée de Leyde. Outre les inscriptions qu'où y lit et qui ont été la matière des recherches de MM. Hamakcr, Gesenius et É tien ne Quatremère, ils présentent en-

tire autres symboles Une figure de cheval et un bras avec les doigts de la main écartes. Le cheval a été remarqué depuis long-temps sur les médailles carthaginoises frappées eu Sicile; il parah que c'était le type national. Quant à la main ouverte, les uns y ont vu l'action d'uue personne qui adresse des vœux au ciel, d'autres une espèce d'amulette qui doit préserver la personne , qui a fait élever le cipjw , de la malice des méchans. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on remarque ce même symbole au-dessus de la porte d'un des édifices composant le palais de l'Alhambra à Grenade, et qu'encore aujourd'hui les Maures d'Afrique, sans excepter les chrétiens et les juifs , le fout peindre sur leurs maisons et le portent sur eux en forme de figurines et de bijoux.

A l'égard des monumens puniques qui peuvent exister horsdeCarthage, déjà en 16J i, un Français établi à Tunis avait signalé , à l'illustre Peiresc, uue pyramide située à trois ou quatre journées de distance, et où l'on voyait quatre petites chambres avec une inscription. De son coté le comte Borgia découvrit eu 1816, à Dugga, la Thugga ou Tucca des anciens, et située à deux journées au sud-ouest de Tunis, une inscription à-la-fois punique et en caractères inconnus, qui a été publiée par le major Humbert. Ces dernier* caractères appartiendraient-ils à récriture de quelque peuple indigène dout la langue différât du puuique, le même idiome pour le fond que le phénicien et l'hébreu ? Ce qu'où peut affirmer , c'est que les noms qui nous sont parvenus de beaucoup de villes d'Afrique, contemporaines de Cartbage, s'expliquent au moyen de la langue berbère qui se parle encore sur les veraans de l'Atlas , et qui a déjà fourni plus d'uu rapprochement curieux aux sa vans d'Europe.

Voici les autres villes principales :

Le LONG DE LA COTE et à l'ouest de Tunis on trouve : Porto-Fa n ira , près de l'embouchure du Medjerdah , avec un petit port. Dans ses environs, ou trouve les ruines à'Utica, dont on a retiré dernièrement plusieurs belles statues , entre autres deux colosses $ Auguste et de Tibère. Btzert ( Bizerte) , sut un canal qui met eil communication la mer avec un lac ou laguue.

Le LONG DE LA COTE et au sud de Tunis ou trouve : HamImet; ensuite Sousah (Souse), remarquable par ses belles plantations d'oliviers, par sou port et sa population ; à quelques milles à l'ouest on voit , piès d'/? / - G en rme, un amphithéâtre colossal , assez bien conservé; Momastir , remarquable par son industrie , son commerce, sa rade et sa population qu'on porte à 12,000 habitans. Almedea ou plutôt Almahauia, autrement nommée Aprica, ville fondée par les premiers monarques Fatimides, dans le IXe siècle de notre ère, et qui fut, pendant une grande partie du moyeu âge, le port le plus fréquenté par les flottes chrétiennes d'Europe. Elle est encore assez importante par sou port et sou commerce. Sfax, qui n'offre rien de bien important; et Cabes, dans un territoire assez bien cultivé, avec uu petit port ; on lui accorde plus de 20,000 habitaus, la plupart adonnés au commerce et aux manufactures. Dans le Golfe de Cabes se trouvent : le groupe de Kerkeni, habité par quelques centaiues de pécheurs; et la florissante île de Gerbi, remarquable |>ar sa population et par l'industrie de ses habitans; ses draps, ses toiles et ses châles sout répaudns dans toute la Barbarie.

Dans ITNTÉRD2UR on trouve : Kairwam ou Qayrouàk, ville fondée par les Arabe», et pendant quelques siècles, capitale de l'Afrique-Musulmanc. On cite parmi ses édifices une vaste mosquée , qu'on dit être soutenue par 5oo colonnes de granit. On porte à 5o,ooo le nombre de ses habitans, que nous croyons pouvoir réduire à 40,000. Touzer (Tocer), sur le bord occidental du lac Chibka ou Loudeah , paraît être la ville la plus marchande de l'intérieur dans le pays des Dattes ou Bélâd-él -Djéryd (Biledulgerid).

Etat à' Alger.

C'était naguère encore le plus belliqueux des Etats Barbaresques, et celui qui jusqu'en i83o a le plus incommodé le commerce des nations policées, et a joué le rôle le plus important dans la politique de l'Europe 7 malgré la disproportion de ses forces et de ses ressources comparées à celles des puissances de cette partie du monde. Heureusement pour le commerce et pour la civilisation que le démêlé entre le dernier dey et la France a

ARRl'.GÉ DE GÉOGRAPHIE.

eu pour résultat définitif la brillante conquête d'Alger et l'occupation de cet état par les troupes françaises. On a déjà pris quelques mesures pour la colonisation de cette importante partie de l'Afrique , qui est susceptible de devenir inexpugnable entre les mains des Français, à cause de sa position et de son voisinage. La richesse extraordinaire du territoire qui longe la Méditerranée offre une des plus grandes et des plus utiles exploitations que les capitalistes français puissent trouver. La possession d'Alger peut devenir en peu de temps de la plus haute importance par les relations commerciales qu'on peut ouvrir entre le monde civilisé et l'intérieur de l'Afrique. Mais avant d'indiquer les villes principales qui formaient la régence d'Alger, nous devons dire un mot sur les concessions , dénomination employée pour désigner la partie du sol qui depuis quatre siècles appartenait à la France.

Ce territoire s'étendait le long de la côte depuis Bugia ou Bodjcyah, jusqu'à la frontière de l'état de Tunis. Il se composait de deux parties distinctes : la Partir Orientais, depuis la frontière de Tunis jusqu'à la rivière de Seybas ou Seibouse (Rubricatus) , qui appartenait entièrement à la France , et sur laquelle s'élevaient les forteresses de Bastion de France, de La Calle et le Poste du Moulin; la Partir Occiorhtalr, depuis le Seybas jusqu'à Bugia, sur laquelle la régence d'Alger concédait à la France, moyennant une redevance déterminée, la pèche exclusive du corail. Cette redevance qui , par le traité du Bastion de France en 1694, avait été fixée à 17,000 livres, fut portée à 60,000 en 1790 et à aoo,ooo francs par le traité de 181 7. Ces établissemens , qui dans le xvii* siècle étaient encore assez considérables , se composaient , outre les (rois forts déjà mentionnés, de ceux du Cap Roux , du Cap Rose et du Cap Nègre. Déjà antérieurement à 1798, ils avaient été tellement négligés, qu'avant la dernière guerre, il n'y avait plus que le Poste du Moulin et La Callcy qui eussent une faible garnison régulière de 2 à 3oo hommes. Malgré leur petite importance sous le rapport militaire, ces établissemens étaient bien autrement importans sous celui du commerce. En i8a5 la pèche du corail y employa i83 bâtimens du port de 1791 tonneaux et montés par 1986 hommes d'équipage; le produit en fut de a 5,985 kilogrammes, évalués sur les lieux à t,8i?,45o francs, et qui travaillés devaient représenter ensuite une valeur très considérable. La presque totalité de ces bâtimens étaient italiens, mais tous payaient une redevance à la France. En 1827 le Poste du Moulin et La Calle furent entièrement démolis par les troupes du dey.

Alger , que les Arabes appellent Jl-DJézaj r, est bâtie en amphithéâtre sur le penchant d'une colline; elle a un port, des rues étroites et des maisons terminées en terrasse, selon l'usage de l'Orient. Défendue d'une manière formidable du côté de la mer, cette ville est très faible du côté de terre. Le fort de l'Empereur ( Sultan- Calassi) qui la dominait et la défendait, était lui-même dominé par une hauteur sur laquelle se trouve le jardin du consul des Pays-Bas. Les principaux édifices publics sont : le Sèrat ou palais du dey, appelé Pachali; il a deux grandes cours entourées de vastes bâtimens, avec des galeries spacieuses soutenues de colonnes de marbre apportées de Gènes ; à son entrée étaient les instrumens de supplice, et l'on v exposait les tètes des rebelles; le dernier dey habitait dans la Qassdbah (Al-Kassaba) ou citadelle située sur une éminence,à l'extrémité racri-

dionale de la ville, des fortifications de laquelle elle forme en même temps une partie principale. Viennent ensuite Xarsenal ou chantier de construction : un mur élevé le sépare de la ville ; il communique avec la mer par trois portes ou ouvertures qui servent à lancer les bâtimens; la Djami (Djouma) ou mosquée principale, et surtout celle qui a été commencée par les esclaves chrétiens en 1790; les cinq qassaryah ou casernes réservées à la milice; ce sont les plus beaux bâti mens de la ville; le marbre et les fontaines les décorent partout. Les bagnes , ou les cinq casernes qui étaient destinées aux esclaves , sont de grands bâtimens avec dé* vastes corridors auxquels on arrive par une cour sombre et sale ; c'était là que , couchés sur la paille, les malheureux captifs se reposaient des rigoureux travaux qu'on leur imposait. On doit ajouter les bazars et quelques maisons des plus riches particuliers. Alger possède trois collèges, qui sont des espèces de séminaires destinés à l'instruction des ministres du culte, outre un grand nombre d'écoles publiques où Ton apprend à lire et à écrire aux enfans des deux sexes de cinq à six ans et au-dessus. M. Shaler pense qu'Alger était une des villes du monde les plus riches en numéraire, et prétend qu'il n'en existe peut-être pas où la police ait plus de vigilance et d'activité qu'à Alger, où il se commette moins de crimes et où la vie et les propriétés des lubitans soient mieux protégées par le gouvernement. M. Shaler estime à 5o,ooo âmes la population, que Snaw portait à 100,000 et que plusieurs auteurs récens élèvent jusqu'à 200,000, nombre qui est évidemment exagéré, à moins qu'on ne veuille comprendre dans cette somme les habitans qui vivent dans les délicieux environs de la ville, et que M. Shaler et nous avons exclus du calcul. Nous croyons que l'on s'approcherait de la vérité en l'évaluant à 70,000 âmes. On doit ajouter qu'à la prise de cette ville on y trouva 1a bâtimens de guerre, i,5oo pièces de canons en bronze, les arsenaux de terre et de mer remplis d'armes et de munitions, et dans la Qassâbah un trésor tfenviron 48 millions de francs en or et argent monnayé, somme déjà très considérable par ellemême, sans avoir lieu de l'exagérer comme On l'a fait en la portant à 270 et jusqu'à 400 millions. Le butin fait à Alger doit donc être rangé à côté des pins riches que les chances de la guerre aient fait tomber entre les mains d'un ennemi victorieux.

Voici les autres villes et lieux les plus remarquables d'après leur position relativement à la ville d'Alger.

Le long de la Méditerranée et a TOI EST D'ALGER ou trouve : Si di-Fkrmjch , qui porte aussi le nom espagnol de Toaaa-CmcA (Petite Tour), baie remarquable par le débarquement opéré en i83o par l'armée française, une des expéditions navales les plus grandes et les plus mémorables de l'histoire moderne, par le nombre de bâtimens employés dans le transport et par le talent remarquable avec lequel elle a été conduite. Scbbuschfi. ■ (Sersel, Sarget)% petite mais remarquable par l'industrie de ses habitans H par les débris d'anciens édifices, Texas, jadis capitale d'un petit royaume; Movtaoàhym (Mostagan); Anzâou {Portas Magnus), remarquable par de belles ruines romaines et des restes de vastes citernes; Ouahràh (Oran), avec un double port et peut être 10,000 habilaus. C'était la résideuce d'un bey qui gouvernait toute la partie occidentale de l'état d'Alger; elle a appartenu à l'Espagne jusqu'en 179*. Ses fortifications out été très endommagées par les tremblemeus de terre. Les vastes magasins en pierre de taille construits par les Espagnols existent encore intacts.

A l'EST D'ALGER on trouve : Bougib , remarquable par son port , par les mines de fer qu'on exploite dans ses environs et fameuse surtout par Y invention des chandelles

de cire auxquelles elle a donné son nom. Des relations modernes représentent la population des environs de Bougie comme la plus sauvage el la plus dangereuse de toutes celles qui habitent le territoire de la régence d'Alger. Boue ou Bot i* ah (Belcd-el-A'ueh), avec un port très fréquenté, surtout à l'époque de la pèche du corail; dans ses environs on voit les ruines de Hippone, à laquelle l'épiscopat de saint Augustin donna tant de célébrité. La Calle, naguère eucore principal établissement français sur cette côte, et réduites un amas de ruines depuis 1827. L'ilc Thabarqah (Tabarca), cédée en i83cà la France par le dey de Tunis; elle est importante par son port, rendez-vous ordinaire des nombreux pécheurs qu'attire la riche j-éche de corail qu'on fait dans ses parages.

Dans l'intérieur à l'EST, au SUD cl à l'OUEST D'ALGER on trouve: Qosriusththah (Constantiue , Cirtlta et plus tard Constantinà) , résideure d'un bey qui gouverne ta partie orientale de cette régence. Quoique bien déchue de son ancienne splendeur, Constantine parait être eucore la plus grande ville de cette partie de l'Afrique. M. Dupré lui accorde, une population de 60,000 âmes, nombre que nous croyons devoir réduire à 40,000. Le pont sur le Roumel ou Soufcgmar, béti par les Romains el encore bien conservé; les quatre portes revêtues de sculptures élégantes, l'arc de triomphe, le bas-relief près du pont , plusieurs pierres sépulcrales , et une grande quantité de ruines d'autels , de bas-reliefs, d'aqueducs et de colonnes rappellent les maguiûques constructions qui décoraient cette ville, autrefois une des plus importantes de l'Afrique; elle a vu naître deux puissans rois de Nutnidie, Masinissa et Jugurtha; plus tard elle a été la capitale de la Mauritanie Césarienne. Dans la partie supérieure de la ville , le Ouad-el-Kchir sort d'un souterrain et forme une grande cascade; ce point, élevé de 600 pieds au devais de la plaine , est l'endroit d'où l'on précipite les criminels. Relyuah (IJtida) , dans une situation délicieuse. Détruite entièrement le a mars i8a5 par un tremblement de terre qui fit périr presque tous ses habitans, elle s'est promptement relevée de ses ruines, grâces sa position favorable au commerce et à la fertilité de son territoire ; on estimait dernièrement à r 5,ooo âmes sa population. Medea, chef-lieu de la province de Titteri , et importante par la fertilité de ses bel les campagnes. Callah , petite ville, sale et mal bit je, sur une montagne, mais remarquable parce qu'on y fabrique la plus grande partie des tapis et des étoffes de laine en usage dans cette partie de l'Afrique; les villages qui l'environnent se livrent à la même industrie. Telemsès [Trémécen) , remarquable par son industrie, sa population et par tes débris de plusieurs anciens édifices. C'est encore la ville la plus considérable de la province d'Oran ; sa population s'élève peut-être a 20,000 àrocs.

Empire de Marok.

C'est le plus puissant état de cette région, quoique depuis long-temps bien déchu. Non-seulement depuis 179$ il a perdu l'influence qu'il conservait encore sur le royaume de Ten-Boktoue (Tombouctou), qui pendant les règnes de Mouley-Ismayl mort en 1747 et de Mouley-A'bd-Allah , son successeur, était tributaire de l'empire, mais il a vu même une grande partie du royaume de Sous s'en détacher pour former l'état indépendant de Sydy-Hescham. Les principaux pays dont se compose cet empire dans ses limites actuelles sont : le royaume de Fés , au nord de la Morbeya; celui de Marok , au sud de ce fleuve ; un partie de celui de Sous , la province de Dara'h et le royaume de Tdfilélt. Nous avons déjà fait observer que de nombreuses tribus Atlantiques et Arabes conservent entièrement leur indépendance sur le territoire qu'on regarde comme dépendant de l'empereur. Chacun de ces royaumes a sa capitale; le siège impérial est à Marok. Le sultan a en outre plusieurs résidences ou palais situés en diverses provinces : le prince régnant habite souvent celui de Mcknàsah (Mequinez), dans le royaume de Fés.

Maroc ou Marok (Mcrdkasch), grande ville , capitale de tout l'empire et du royaume de ce nom, située dans une vaste plaine fertile, qui e*t

DKSCRIPTION DE L'AFRIQUE.

en même temps un plateau élevé d'environ 2^0 toises au-dessus du niveau de la mer. Plusieurs édifices décorent cette ville autrefois si populeuse, et rappellent son ancienne splendeur. Nous nous bornerons à nommer les suivans, en prenant pour guide principal un officier anglais très instruit, M. Washington, qui Ta visitée en i83o : le palais impérial, immense édifice de i,5oo yards de long sur 600 de large, subdivisé en plusieurs pavillons séparés par de vastes cours et de grands jardins; la place d'audience ou le Mt.sc/iourfr, grand carré entouré d'un mur, où l'empereur donne audience et prononce ses jugemens ; la mosquée El-Koutoubia , remarquable surtout par son immense tour carrée , haute de 220 pieds anglais et divisée en sept étages; sa construction, qui remonte vers la fin du xii* siècle, est contemporaine de la GiraUla de Séville et de la Sma-Hassan de Rabatt , édifices qui lui sont entièrement semblables ; c'est un des bàtimens arabes les plus remarquables ; la mosquée El-Moazin , qui se distingue par ses grandes dimensions; c'est aussi ln plus ancienne de la ville; celle de Beni- Yousrf ; l'édifice nommé Bel-Abbas , qui offre réunis dans sa vaste enceinte un sanctuaire, un mausolée, une mosquée et un hôpital, où l'on soigne jusqu'à i,5oo malades ; la Qassana/t (Al-Kaisseria) , grand bâtiment entouré de boutiques où les négocians étalent leurs marchandises; V immense fabrique de maroquins, où, assura-t-on à M. Washington, i,5oo personnes étaient employées; sa brillante couleur jaune n'a pas encore pu être imitée par les tanneurs européens. On ne doit pas oublier les vastes magasins où l'on conserve une immense quantité de blé, les grands cimetières et les ruines des aqueducs dont quelques-uns se prolongent jusqu'à 20 milles hors des murs de la ville. Marok a beaucoup perdu depuis que les empereurs n'y font plus leur résidence ordinaire. Sans adopter les chiffres évidemment exagérés de M, Jackson , ni les 3o,ooo habitans que lui accordait au commencement du siècle Ali-Bey , nous croyons que sa population actuelle doit flotter entre 60 et 70,000 âmes. Nous ajouterons que, dans un rayon de 28 milles au sud-sud-est de Marok, s'élève le Miltsin, le plus haut sommet mesuré de l'Atlas; sa hauteur absolue est de 1,782 toises; et que vers le sud-est, à environ 18 milles, on voit de vastes ruines nommées T as sremout (Tassremoot) par Jes i ndigènes; ce sont des débris de fortes et épaisses murailles en pierre de taille , de bains, de voûtes, etc., qui ont appartenu probablement à une ville romaine ou même carthaginoise ; mais ce qui est curieux c'est de voir que la tradition populaire raconte sur la chute de cette antique cité à-peu-près les mêmes circonstances qui accompagnèrent, d'après l'immortel Homère , la ruine de Troie.

F As ou Fez, dans le royaume de ce nom , dont elle est la capitale. Cette ville qui est la plus importante de l^empire, quoique moins grande que Marok, est située sur un ruisseau affluent du Séboue, dans une espèce d'entonnoir formé par des montagnes bien boisées. Ses maisons, toutes construites avec des briques bien faites et cuites au four, ont en général un étage au -dessus du rez-de-chaussee et ne reçoivent l'air que par une cour intérieure ; une terrasse en forme le toit. Les rues sont pavées , mais étroites, tortueuses et très sales; ce ne sont, pour ainsi dire, que de longues galeries couvertes par des treilles ou de la maçonnerie , ce qui empêche l'air de circuler. Selon M. Caillié, Fés n'offre aucun monument remarquable. On y compte cependant beaucoup de mosquées, toutes surmontées

ABKrGÉ DE GÉOGRAPHIE.

d'un minaret d'environ 100 pieds de haut; oelle de Mouley-Edrjs est la plus belle; elle offre ce qu'il y a de plus beau dans la ville. Fès possède aussi des bains sulfureux et ferrugineux qui sont très fréquentés. Ali-Bey, qui l'a visitée au commencement de ce siècle, la regarde comme la plus belle ville de la Barbarie , et parle beaucoup de ses écoles renommées dans toute l'Afrique, ainsi que de sa bibliothèque qui est très considérable pour cette contrée. Quoique M. Caillié n'accorde à Fès que 20,000 habitans, nous croyons qu'on ne se tromperait pas beaucoup en portaut à 80,000 sa population actuelle; c'est le minimum que lui assigne un juge très compétent , M. Grâberg. Les couvertures de laine , les fabriques d'armes blanches et à feu, de maroquin, de poudre à canon et d'autres articles occupent une grande partie des habitans , qui font en outre un commerce très étendu.

Mkunasah (Mét/uinez) , à quelques milles au sud-ouest de Fès, dans un vallon fertile entouré de hauteurs et assez bien cultivé. Le palais impérial , vaste bâtiment carré et fortifié, est l'édifice le plus remarquable de cette ville, à laquelle H œst n'accorde que 10,000 habitans, tandis que M. Jackson lui en assigne 110,000. Nous dirons avec M. Grâberg que leur nombre reste sûrement au-dessous de 60,000.

Voici les autres villes et lieux les plus remarquables de l'empire.

Dans le ROYAUME DE FES on trouve : TetoocIk (Tetouan) remarquable par son port sur la Méditerranée, par sa population et par son commerce. Tangeu (Tmnger), sur le détroit de Gibraltar, importante par son port et par son commerce très actif, c'est la résidence des consuls européens. Larache ou Kl-A'rayscu , à l'embouchure du Luocos ; c'est la station ordinaire de la flotte de l'empereur; depuis 1 780 son commerce a beaucoup diminué. Sai.è (Sla), à l'embouchure du Buregrcg , autrefois repaire de corsaires très redoutables qui osaient faire même des descentes sur les côtes des pays habitées par les chrétiens ; depuis quelque temps elle est très déchue, quoique M. Washington lui accorde encore 10,000 âmes. Rabath (Rabat) ou Nouveau. Salé, vis-à-vis Salé; c'est encore une des principales villes de l'empire, malgré Iclat de décadence où elle se trouve; elle a un chantier, un petit port et |teut-ètre a5,ooo habitans. La tour carrée nommée Sma- Hassan , haute de i5o pieds anglais; le mausolée d'un sultan et celui à'ÀLMansor, le héros de l' Afrique-Mauresque, sont les objets les plus remarquables. Al-Qassah (Al-Kazarr) , ville très déchue , mais qui compte encore &,ooo âmes.

Dans le ROYAUME DE MAROK on trouve : Màzaygak (MazaganJ, qui n'offre rien de remarquable, ainsi que Asaft (Saffi). Ouai/tuiah (Voladia), désignée comme le meilleur endroit de cette côte où l'on pourrait former un bon port; Mogador ou Soueyrah , rebâtie régulièrement en 1760, fortifiée et pourvue d'un port qui se comble de sables comme tous ceux de celte côte. C'est la place maritime la plus commerçante de l'empire. Parmi ses batimens la fameuse tour Je Benj-Hliasan se distingue par sa grande élévation.

Dans le ROYAUME DE SOUS nous citerons : Taroudaht, capitale, dans l'intérieur, ville très déchue, quoique encore assez remarquable par son industrie et sa population. Agadir, jadis nommée Saxta-Cbuz par les Portugais qui en étaient les maîtres; elle a un port sur l'Atlantique.

Dans le ROYAUME DE TAFILÈLT (Talilet). Sur le versant septentrional de l'Atlas on voit le palais impérial Dàroba'ydah. Suivant M. Caillié, Ghourlaitd serait le lieu le plus important de cette contrée et Rrssakt serait la résidence du gouvernement. Ce royaume est généralement appelé, par les sujets de l'empire, ficlàd-él-Scherfà (le pays des schéryfs), parce que c'est des rois de Tàfilélt que la dynastie impériale des schéryfs régoanls tire son origine.

Dans le PAYS DE DARA'H, M. Caillié nous fait connaître la petite ville de Minusa.

Etat de Sydy- Hescham.

Fondé en 1810 par Hescham, fils du schéryf Ahhmed-ebn-Mousay. Il se compose d'une partie du Pays de Sous et il s'étend quelque peu à l'est et au sud de celte contrée. Habité par une population industrieuse, agricole, guerrière et marchande, cet état peut être actuellement considéré comme l'entrepôt du commerce entre Tcn-Boktoue (Toinbouctou) et Marok. Les marchands de cette dernière ville aiment mieux s'y arrêter que de traverser d'affreuses solitudes pour se rendre à Ten-Boktoue. Talt.kt en est la capitale; on y voit en outre Ilkch, où se trouve le tombeau vénéré du schéryf Ahhmed père de Hescham.

Belâd-êl-Djeryd et Ssahhrd (Biledulgerid et Sahara;.

Le Belâd-él-Djeryd et surtout le Ssahlirà, dans la partie qui n'est pas comprise dans les états que nous venons de décrire, offrent dans leurs vallons, leurs oasis et leurs affreux déserts, un grand nombre de pays qu'on peut et que l'on doit même regarder comme des états entièrement indépendans ; ils sont presque tous habités par des nomades plus ou moins féroces. Nous avons déjà nommé les trois nations principales auxquelles ils appartiennent. Nous nous bornerons ici à citer, d'après la lumineuse classification de M. d'Avezac, les tribus les plus connues et les plus remarquables de chacune de ces grandes divisious de l'ouest à l'est , et en commençant par celles que l'on connaît sous le nom de Maures.

Les MAURES occupent la côte de l'Atlantique, entre l'état de Sydy-Hescham et le Sénégal , et s'étendent dans l'intérieur jusqu'aux solitudes parcourues par les Touâryq (Touariks). Ces nomades sont subdivisés en un grand nombre de tribus, dont la plupart se distinguent par leur extrême férocité et leur passion pour le brigandage. Rien n'est plus difficile que de se reconnaître au milieu des indications diverses données par les voyageurs et les géographes sur la dénomination de ces tribus et leur distribution dans le Sahhel : ce point de géographie était resté dans une déplorable incertitude , jusqu'à ce que les travaux de M. d'Avezac eussent porté la lumière dans l'ethnographie de cette contrée. Ses recherches ont établi que cette portion du Désert est habitée à-la-fois par des Maures de pure race arabe , soit Qahhthinyte, soit Isma'ylyte, venus d'Orient aux remîers siècles de l'hégire ; et par d'autres Maures de race mélangée , issus des tribus araes les plus anciennement émigrées de l'Yémen en Afrique et eutées sur les populations Berbères indigènes.

Parmi lesMAonasMÉLAifasson doit classer les nombreuses tribus confondues aous le patronyme commun de SsanhIgah (Zanaga, Zénagues) et formant plusieurs groupes de l'ouest à Test, «ous les noms principaux de Teràrzah (Trarzas, Trazarts , Tarassa), Be rd kit ait (Bracknas , Ebraguena , Brancnarts) , D ouyseh (Doviches , Duuiches) , etc. Dans le groupe de Teràrzah sont compris les Aoulàd-èl-Hhàggy Darma'ko (Darroancotirts) , les Aoulàd- Ahhmed Dahmân (Ouladahmcds et Ouladaraius), riverains du Sénégal; les A'ddjounah (Azounas), brigands qui infestent la cote voisine; les Aoulàd Mobàrek (Oulad-Mbarrik) , qui habitent l'intérieur, et nombre d'autres qabyles ou tribus. Dans le groupe de Berâknah se trouvent les Aoulàd-A'mar (Ludamar), dont Mungo-Park éprouva la brutale rapacité; les Gégebali (Dhiedbiebe), parmi lesquels a vécu M. Caillié ; les Tdkdnt (Tagantes) et beaucoup d'autres. Daus le groupe des Do u y se h sont compris les Aoulàd-Ghaysi (Oullad-Kroïsi) , plus connus sous le nom de Aouldd-Abou-Seyf (Houlas de Bouséif, Valades Bousséïfes) ; les Kountah (Kounts, Kontats, Oulad-sydi- Moktar) et peut-être ainsi les Zaoudt qui habitent vers Araouftn. Dans la même catégorie est Lamthah , souche des Aouldd-Noun (Oulet de Nun , Woled-Nun) , qui habitent la vallée de Noun (Ouâdy-Noun) ; des Masottfnh, qui exploitaient jadis les raines de sel de Tagfuizaj; aujourd'hui abandonnées, et peut-être des Ouaraaldn (Varécian , Querquelen), qui occupaient le Désert au voisiuage du Bclàd-èl-Djéryd, et qui paraissent les mêmes que

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ceux qu'on appelle aujourd'hui Toudt (Tawala, Tuath, Tsuats) , du nom de la principale oasis qu'ils possèdent.

Quant aux tribus arabes de race pcre, elles peuvent être classées en deux groupes principaux : l'un d'origine Isma'ylytc et portant le nom de Hélai. (Hilel , Héléil), 1 autre d'origine Qahhthânytc et auquel appartient le nom de Maghylab (Mahchil t Maguilla). Parmi les tribus qui forment le groupe de Héldl% les plus connues sont celles des Bény-A'mcr (Bénihémir) et des Moslémyn (Muslim , Monselmines, Mouslémincs) , qui demeurent vers le cap Bojador; et celle dy El-Hharits % qui est probablement la même dout M. Caillié prononce le nom El-Harib, dans le voisinage du Pays de Dara'b. Peut-être faut-il annexer à ce groupe les tribus de Tiknah (Dikna), de Modjdt (Mjot , Emjot , Mujatls, Mougcarts), de Moghàferah (Mografira), de Tadjakdnt (Tajacantes) et quelques autres. Parmi celles qui sont comprises dans la descendance de Maobtlah, les plus célèbres sont : celle des Séhdyn ou Aouldd-Aby-Sébà (Oulad-Resba , Villa de Bousbach , Ulled-Missebah, Ladbcssebas, Bcssebes et peut-être Labôs) , et celle des Deltmyn ou Aouldd-Delejm (Wadelims, Oulets de Liue, Oulad-Elitn, Oulad-Léme, Ulled-DIeim) , qui toutes deux ha bit eut dans les environs du Cap-Blanc, et sont des monstres de cruauté. Dans le même lignage sont : la tribu d' El-Ouoddyah (Ludata, Ludayes), maîtresse des oasis de Ouàdan et de Oualàtah , et celle de Barbôusch ou des Berdbysch, à laquelle appartient Tyschvl. A ce groupe ou peut annexer les tribus d%£l-A'rousyah (Larousie , El- A rosi cm), d'Arkybàt (Orghébet) et plusieurs autres.

Les oasis les pîus remarquables de cette partie du Désert, sont : en premier lieu celle de Toudt, qui est fort étendue ; la capitale est Aghdbly; on y trouve encore la ville de A'yn-él-Ssdtah, naguère visitée par le major La in g. Ouaddn (Hoden), Tyschyt. T aoudyny, Taghd~ay(Ta%aia)t sont célèbres par leurs mines de sel gemme. Araouàn offre une petite ville d'environ 3,ooo âmes. Enûn les deux Oualàtah (Gualata, Oualct), souvent confondues, sont deux stations distinctes, l'une sur la route du Sénégal à Marok, appartenant aux Ouodayn , l'autre sur la route de Ten-Bokloue et paraissant occupée par les Berâbvsch ; c'est de celle-ci que l'on a fait un prétendu royaume de Byrou (Beeroo), à cause des puits (en arabe byrou) qui s'y trouvent.

Les TOUARYQ (Touariks). Les tribus indépendantes de ce peuple nombreux et guerrier occupent toute la partie moveune du Ssahhrâ depuis les confins des pays habités parles Bcrbers de Marok, d'Alger et de Tunis, et les Arabes de Tripoli, jusqu'au sud de Ten- Boktoue (Tombouctou) et au nord de Djenny et du Bornou , et depuis les confins des pays ' parcourus par les Maures ou Arabes occidentaux du Désert jusqu'à ceux des Tibou (Tibbos). Partagés en un grand nombre de tribus jusqu'à présent peu connues , les Touaryq sont encore, depuis les (^arthagiuois et les Romains, les conducteurs des caravanes, les courtiers et en partie même les marchands qui font le commerce actif et régulier, qui de temps immémorial existe eutre le nord et le ceutre de l'Afrique, l eurs tribus les plus puissantes sout les suivantes : celle des Hhagard (Haugars, Agarys), qui habitent entre Touàt et Araouàn; Ahyr ou Hayr leur appartient, et Ouallcn parait être leur capitale ; ils sont renommés pour leur perfidie et leur cruauté; I^ing courut risque de la vie au milieu d'eux. Celle des Sottrqd (Soorkas , Sorgous) , qui s'étendent depuis Mabrouk jusque vers Djcnny , soumettant tous les peuples nègres voisius à leurs insolentes exactions. Au nord de Haoussah sont les Taghdma et au nord de ceux-ci les Kollouvi , auxquels appartiennent les oasis d'Azbcn et de Ghât , et tout le Ssahhrâ jusqu'au Fezzan. On cite encore les Mntkara, les Malùnga et plusieurs autres tribus. Parmi toutes ces tribus , celles de Hhagarà et Maïkara sont les moins mélangées; elles ont le teint seulement basané; les autres offrent des nuances plus foncées à raison de leur voisinage des races nègres et des croisemeus qui en sout résultés. Les principales oasis appartenant aux Touaryq sont : G lia /, espèce de république oligarchique; dans sa capitale, qui porte le même nom . on tieul tous les ans une foire fréquentée par un grand nombre de tribus du Ssahhrâ. Abir, grande et fertile, mais peu connue; Mabrouk, peu importante; Asben, une des plus grandes; on dit que sa capitale Aghades est aussi considérable que Tripoli; c'est un des plus grands entrepôts du commerce du Ssahhrâ.

Les TYBOU, TIRBOL ou TIBBOS ne possèdent point exclusivement la partie orientale du Ssahhrâ à laquelle le nom spécial de Désert de Lybic a été imposé par les géographes.

Au nord , le pays de Barqéh , que nous avons compris dans la régence de Tripoli , est occupé par des Arabes , dont les plus connus sont les hhardbj-n et les Aoulàd-A'ly ; et la série d'oasis qui en est voisine est habitée par des peuplades berbères. Au sud errent des tribus arabes, dont les principales sout celles des Beny-êl-Hhasdn, de Doghanalt, à'ElrAuàla, de Sa/dmat. A l'est sont les repaires des races mêlées arabes -berbères de Laoudtalt et de Berdaouah. La région moyenne seule appartient aux Tybou, partagés en grandes tribus dont voici les principales : les Tibltou de Bilma, entre le Fezzan et la petite oasis d'Aghaden; leur chef ou scheykh réside à Bilma, petite ville, mais importante par les deux lacs salés de son voisinage , d'où l'on lire tous les ans une immense quantité de sel, qu'on transporte dans la Nigrilie. Les Tibbou de Gonda, qui possèdent le point d'Aghaden, grand rendez-vous de brigands de toute espèce; ils attaquent les caravanes qui vont du Fezzan au Boniou ; ces Tibbou , dont le chef se nomme Mina-Thar, possèdent plusieurs milliers de chameaux; depuis quelques années ils sont devenus commerça ns et industrieux ; changement qu'ils doivent à leurs communications avec les marchands de Tripoli ; ils paraissent être les plus nombreux de tous. Les Tibbou de Traita , vivent au sud des précédens. Viennent ensuite les Tibbou de Borgou ou Birgou , dont le chef-lieu semble être Yen. Les Tibbou Reschadeh ou des rochers, ainsi nommés parce que plusieurs de leurs tribus vivent dans les cavernes des montagnes de Tibesty. Abo parait être leur chef-lieu, ou du moins leur station principale. Et les Tibbou dits d'Arna du nom de leur chef-iieu.

NIGRITIE ou RÉGION DES NEGRES.

POSITION ASTRONOMIQUE. Longitude, entre ao* occidentale et a4° orientale. Latitude , entre 170 boréale et 180 australe.

CONriNB. Au nord f la Région du Maghreb et proprement le Ssahhnl. A Y est , les Régions du Nil et de l' Afrique-Orientale. Au sud, la Région de l'Afrique- Australe et l'Océan- Atlantique. AlW.vr, l'Océan-Atlantiquc.

rUITVTS. Cette région offre un grand nombre de fleuves, mais on ne connaît encore que très imparfaitement leur cours ; il paraît qu'ils vont tous se rendre dans l'Océan- Atlantique, à l'exception de ceux qui appartiennent au grand bassin du lac Schàd ou Tchad.

L'OCEAN ATLANTIQUE reçoit :

Le Sénégal , dit aussi Zehaga ; il prend sa source dans le Fouta-Djalon sous le nom de Ha-Fikg (Fleuve-Noir), chef les Mandingo, et Baleo (Noir), chez les Péuls (Poules); ou le nomme aussi Fooea (le Fleuve) , et chez les Gbiolots(lolofs) Dewgueh. Ce grand fleuve , après avoir arrosé le Fouta-Djalon , baigne le Djalonkadou , le Banbouk , le Kadjàga , le Kasaon, le Fuuta-Toro et le Oualo. Le Sénégal , dans la partie inférieure de sou cours forme, selon les meilleures cartes , la séparation entre celte région et le Ssahhrâ. Ce fleuve passe par l'ancien Fort-Saint-Joseph, Lakel, Podor, Dagana et Saint-Louis, vl forme un grand nombre d'iles, parmi lesquelles se distinguent , pir leur étendue, celles du Morfyi (Morphil ou de l'Ivoire), de Bifesch et de Bcyghio (Bequio). Le Sénégal reçoit un grand nombre d'affluens dans la partie supérieure de son cours et lies peu dans la partie inférieure ; nous citerons parmi ceux de la rive droite, le Kokoro, grossi par la Ba-Ouima. Ses principaux affluens à la gauche sout : la Fa lé m é, qui est le plus grand de tous, et le Ne ri k o , qui établit une jonction temporaire entre le bassin du Sénégal , et celui de la Gambie. Nous ajouterons aussi que le lac de Kayar (Cayor) , à la droite, dans le pays parcouru par les Maures de Terarzah, et relui dil Panié-Foiil , a la gauche, dans le Oualo, le Fouta-Toro et le Ghiolof, déchargent leurs eaux dans le Sénégal.

I,a Gambie prend sa source sous le nom de Dimah , dans le plateau du Fouta-Toro, baigne le Tenda , le Bondou, le lani, le Saloum, le Badilwu, le Barra, et entre dans l'Océan par plusieurs embouchures, regardées presque toutes, par la plupart de* géographes , comme des fleuves diiïérens avec lesquels la Gambie communique par des ca-

naux; les plus remarquables sont : la Cassamarcr et la rivière de Cacheo, dite aussi Sarto-Doruhgo.

La rivière de Géra ou Gesve* naît dans le Kabou, traverse le pays des Biafare* et des Salantes, et par plusieurs branches se rend à l'Océan.

Le Rio-Graitde, dit aussi rivière des Nalocs; il naît dans le plateau du Fout*- Djalont baigne le Tenda-Maié, le Kabou, le pays des Landemans, et se jette daus l'Océan au sud du Geba.

Le Rio de Nurtbo-Tristao, vulgairement appelé Rio-Nurtei, dont le cours est très borné , mais importaut par la masse de ses eaux ; il passe par Kakondy , et traverse le pays des Sousous et des Nalous.

Tous ces fleuves appartiennent aux pays que les géographes européens nomment Séné» gambie; les suivans arrosent ce qu'ils appellcut la Guinée.

Le Scarciesou Scassas naît sur le revers méridional du plateau du Fouta-Djalon , arrose le pays des Sousous, le Timani; dans celui de Roullom, ce fleuve entre dans l'Océan. Le Kabba ou Mungo, beaucoup plus considérable que le Scarcics , est cependaut regardé comme uu de ses aflluens; ce dernier baigne le Kouranko , le Liroba et le Timani.

La rivière de Sierra-Lrove , dite Roeeli.e daus la partie supérieure de son cour*. Sa source est voisine de celle du Djoliba (Dbioliba); elle traverse le Soulimaua. le Kouranko , le Limba , le Timani et le Boullom ; c'est dans ce dernier qu'elle entre dans l'Océan.

Le Kamararea (Camaranca) prend sa source un peu au sud de la Rokelle dans le Kissi, traverse le Kouranko, et , après avoir couru presque parallèlement à la rivière de Sierra-Léoue , il entre daus l'Océau au sud de l'embouchure de cette dernière.

Le Mrsurado. On ne conuait encore qu'une petite partie de son cours; on croit que sa source est très éloignée de l'embouchure.

Le Sestos. Ou ne cou naît encore que la partie inférieure de son cours; c'est le plus grand fleuve connu de la côte dite des Graines.

Le Sueiro-da-Costa , dont le cours, d'après les rapports des indigènes, serait très long; il a sou embouchure près de Grand-Bassan, a l'extrémité orientale de la côte dite de l'Ivoire.

L'Arcorra ou Siihrie , dit aussi Rio-Corrr (Serpent), dans les anciennes relations. Il prend sa source sous le nom de Tando, au pied d'une montagne dans le royaume d'Acbanti proprement dit, traverse ce royaume, arrose le Dinkara, le Gura, l'Ouarsa , l'Amauahea dans l'empire d'Achanti , et se jette daus l'Océan.

Le Pra, Bossompra ou Rivière Saiwt-Jear, naît dans l'Achanti proprement dit, arrose le Dinkara, leTufel, l'Ouarsa, et, sur les limites du Fanti, entre dans l'Océan. On le nomme aussi Crama. C'est au bassin de ce fleuve qu'appartient la rivière qui passe par Koroassy (Coumassie).

Le Rio Volta, connu dans les divers pays qu'il arrose dans l'empire d'Acbanti sous les noms d'AoïRRtR, Amou, Asieiaw et Far do; c'est le plus grand courant d'eau connu de ce puissant état. Il prend sa source au pied du mont Koodoungourie dans le Banda sur les frontières de l'empire, arrose le Banan (Bann) , le Coranza, Tinta , le Bouroum , le Quaou . l'Aquapim, l'Aquambou et autres pays dépendant de l'Achanti , et près d'Adda , colonie danoise , il entre dans l'Océan.

Le Laoos , dont on ne connaît encore que la partie inférieure ; on suppose que aa source est très éloignée. D'après quelques relations des indigènes le Lagos serait identique au Mory du Dagoumba. M. Adams prétend qu'il n'est que l'issue du lac Cradoit el du lac près d'Ardrah qui communiquent entre eux cl avec le fleuve de Bénin.

Le Djolida, Dhiolira, Kouarra, Quorra ou Niorr. Ce fleuve mystérieux dont le cours a fait naître tant d'hypothèses , et dont l'exploration a coûté la vie à tant de voyageurs, vient eufin d'être presque entièrement reconnu. Appelé à sa source Trsibir , Bà, Djolira, etc., etc.; il descend du mont Loma qui s'élève entre le Soulimana et le Saugara, traverse sous le nom de Djolira le Sangara, le Kaokan, le Ouaasoulo, les royaumes du Haut et du Baa-Bambarra , arrose le Banan , le Pays des Dirimans et le royaume de Tombouctou. Au-dessous de cet état , sou cours a été jusqu'à ce jour livré aux hypothèses. L'opinion publiée par M. Reicnard de Weimar en i8o3, adoptée dernièrement par le célèbre Clapperton et par notre savant ami M. Brué , vient , à quelques détails

prè», d'être confirmée par l'intéressante eiploraliou des deux frères tander. D'après Clap- ]>erion le Djoliba au-dessous de Kabra prendrait la direction sud-est , traverserait sous le nom de Quorra la partie occidentale de l'empire de Bello , baignerait le Rorgou, le Nylfé, le Yourriba , le Foiinda. D'après la relation abrégée du voyage des frères Lander , communiquée par le lieutenant Bêcher à la société géographique royale de Londres, et la savante analyse que M. Jomard se propose de publier et qu'il a bien voulu nous communiquer, le Rouarra court droit au sud, entre les méridiens de Yaourt et de Katunga, liait ensuite un grand détour vers l'est entre Rabba et Kacunda , et , après avoir parcouru pendant quelques milles vers le sud jusqu'au confluent avec la Tchadda or Charry, ce grand fleuve tourne brusquement au sud-ouest. Arrivé à Kirri (Kirrec), il forme uu véritable delta , qui se développe entre le Yieux-Calabar et la Rivière or Revis , que l'on doit maintenant regarder comme ses deux bras oriental et occidental ; le bras central ou principal aboutit au cap Formoso et est par conséquent identique à ta Rivière de Nln ; c'est cette branche que les frères Lander ont descendu jusqu'à son embouchure. Cinq ou six autres branches coulent dans les espaces intermédiaires. Un fait important dont la connaissance est due à la célèbre exploration de M. Caillié, c'est que le Djoliba à Sego, ou aux environs, se bifurque pour former une très grande île et une autre beaucoup plus petite à l'extrémité de laquelle se trouve Djenny , et que plusieurs milles après la jonction des deux branches qui a lieu à Isaca, ce grand fleuve continue son cours à travers le vaste lac Djebou (Dibbi , Debo). La carte jointe à la relaliou du lieutenant Bêcher représente une bifurcation semblable entre Abbazacca et Kirri. Les principales villes qui se trouvent le long du Djoliba, dans la partie reconuueou supposée de son cours, sont : Raromakou, Yamina, Sego, San&auding, Silla , Jiuné ou Djeuny, Massiua. Tcn-Boktoue ou Tombouctou, Koubi , Yaouri , Boussa , Raca , Rabba , Egga , Kacunda , Bocqua , Abbazacca et Kirri ; au-dessous d? cette dernière ville, ou trouve Eboe sur le bras Ceutral ou la Rivière de Nun, Bénin sur le bras Occidental; Owyhere, Nouveau-Calahar , Boni et autres villes paraissent aujourd'hui devoir élro placées sur des bras du Kouarra. La géographie positive de ce vaste bassin est encore trop imparfaite pour que uous puissions hasarder de nommer tous les principaux affluens du Djoliba; nous nous bornerons à signaler les sui- . vans comme les plus remarquables à la gauche : le Cobbie (Cubbic) , qui passe par Sakkatou et Cobbie ; la Co u do u n i a , qui apporte au Kouarra une grande masse d'eau en traversant le royaume de Nyffe ; la Charry ou Tchad (Sharry , Chad ou Tshadda) , qui passe à Funda et qu'il ue faut pas confondre avec le fleuve du même nom qui appartient au bassin du Tchad. A la droite nous ne nommerons que la Moussa (Moossa), qui passe par la ville de ce nom et aboutit au Kouarra, dans les environs de Raca ; elle sépare le royaume de Borgou de celui de Yarriba. Nous ajouterons que le Djoliba ou Kouarra franchit la chaîne des montagnes Kong , dont on se plaisait à exagérer tant la hauteur , et que la partie inférieure de son cours oppose de grands obstacles à la navigation par les nombreux écueils dout tout son lit est parsemé , surtout entre Yaouri et Kirri.

Le Vieux-Calabar ou Bongo paraît descendre du plateau du pays élevé des Calbougos et déboucher dans le golfe où parait aboutir le bras oriental du vaste delta du Djoliba sous le nom de Rio de la Croix.

Le Rio oel Rey, le Rio Camarones, dont on regarde le Malemba comme un bras, le Dandjer et le Gabon ou Ouonoavounga , sont encore très peu connus; on iguore la position de leur source, qu'on suppose être tiès éloignée de leur embouchure respective, surtout celle du Gabon; ils traversent des contrées comprises communément sous le nom de pays de Riafares le long de la côte de Gabon , où ils viennent aussi tous mêler leurs eaux avec celles de l'Océan.

Los fleuves sui vans appartiennent aux pays communément connus sous la dénomir nation de Congo ; leurs sources et la plus grande partie de leur cours offrent encore beaucoup d'iucertilude. Le Congo et le Coanza étaient encore ua guère plus imparfaitement connus que les autres à cause de la longueur de leur cours, qui a été et est encore le sujet de plusieurs hypothèses parmi les géographes. M. Douville vient de soulever un coin du voile qui enveloppait leur cours; nous devons à son obligeance la rectification de cette importante partie de la géographie de l'Afrique. Voici les fleuves qui passent pour avoir le cours le plus long :

s «Jii

ABRÉGÉ DE GÉOGKAPHIE.

Le Couargo , Corgo ou Zaïre, que d'après d'anciennes relatious (es indigènes nomment aussi Moïerzi-Erzaddi , c'est-à-dire le fleuve qui engloutit tous les autres , et Zemdkre qui signifie mère des eaux. On ne connaît pas encore exactement la partie supérieure de son cours; d'après les renseignemens donnés par les indigènes à M. Douville, qui en a exploré une grande partie, il prend sa source dans le haut plateau Austral, dans le pays des Regas entre le a5c et 16' de longitude orientale et le 9e et 10e de latitude australe. Il tourue d'abord vers l'ouest et traverse le rovaume de Humé, le pays des Mouchingi, les royaumes des Cassanges , de Cancobella , de Holo*o. Le Couango fait ensuite un grand détour vers le nord-ouest et après vers le sud-ouest pour aller aboutir à l'Océan-Allantique, dans lequel il se décharge par une large et profonde embouchure. Dans ce long cours ce lleuve passe à quelque distauce de Cancobella et de San-Salvador, arrose Conde-Yonga, Inga , Noki et Embomma. Ses principaux affluens a la droite sont \eNogi, que M. Douville regarde comme le plus grand; le Rambegi, le Louim bi el le Ba nco ra. Parmi ceux de la gauche nous nommerons le Cassanci. Nous rappellerons que Riley, Maxwell et Mungo-Park croyaient ce fleuve identique au Djoliba; qne plusieurs relatious des indigènes et les observations faites sur ses débordemens donnaient une certaine probabilité à cette opinion, et quelle a fait entreprendre en 18 16 la malheureuse expédition du capitaine Tuckey, qui nous fit connaître exactement la partie inférieure du cours de ce grand fleuve.

Le Loge ou Ambrk, confondu , selon M. Douville, par l'expédition anglaise avec le Ouzo. Il prend sa source dans le royaume de Ginga et traverse celui de Holo-ho.

Le Dardé, prend sa source dans le royaume de Ginga et arrose les proviuces portugaises d'Encogé et de Dembos.

Le Zerza , improprement nommé Bergo à son embouchure par les Portugais. Il naît à l'ouest du royaume de Ginga, et traverse les provinces portugaises du Haut et Bas -Go loungo (Alto et Baxo-Golungo) et celle d'Ambaca.

Le Couerza ou Coarza, dont naguère on ne connaissait encore que la partie inférieure du cours, prend sa source, selou les renseignemens donnés par les indigènes à M. Douville, bien plus au sud et plus à l'est que ne l'indiquent les cartes les plus récentes, dans le plateau Austral , et au pied du mont Hele dans le pays des Moumbos. Ce grand fleuve traverse du côté du sud les royaumes de Cuninga, Cutato, Haco, Libolo et Quisama, et du côté du nord, le royaume de Quiçua et les provinces portugaises de Pongo- Andongo, de Cambambe , de Massangaoo et de Muchima. Le Coanza entre dans l'Océan au sud de la pointe Palmcirinha ; on doit le regarder comme le plus grand fleuve de cette partie de l'Afrique après le Zaïre.

Le Cuvo ou Covvo traverse les royaumes de Bihé, de Baîlundo et de Sela; il se décharge dans l'Atlantique.

Le Catumbei.a, dont la source est encore inconnue, se jette dans l'Atlantique au nord de Benguela , après avoir traversé le royaume de Mano et les provinces portugaises appartenant au Benguela.

Le grand bassin intérieur du LAC TCHAD, dans la partie orientale [de la >igritie- Centrale ( Soudan-Oriental ), reçoit :

Le Yeou, dont on ne commît pas encore la source; on la suppose dans les montagnes du Bocher ou Djacoba. Ce fleuve traverse le Kurry-Kurry et le Katagouro dam l'empire de Bello , le Pays des Bedes indépendans, el le Bornou proprement dit dau> l'empire de ce nom. Kalagoum daus l'empire de Bello, Bedkarfi, Habchary et Yeou dans l'empire de Bornou sont les villes principales arrosées par ce fleuve. Le Chachum (Shashum) parait être son principal affluent à la gauche. On ne connaît rien de positif sur ses affluens à la droite ; quelques-uns paraissent être assez considérables.

Le Char y ; on uc connaît encore qu'une petite partie de son cours inférieur. La masse de ses eaux parait être plus considérable que celle du Yeou. Le Chary passe près de Lcggotin, par Chowy et autres villes de l'empire de Bornou. Ce fleuve parait former actuellement la ligne de séparation entre la frontière de cet état et celle du royaume de Baghermeh.

DIVISION* ■ Depuis long- temps les géographes européens partagent cette région de l'Afrique en quatre parties très inégales, qu'ils nomment

Soudan, Sënégambie , Guinée et Congo. Le Soudan , selon ces géographes, s'étend entre le Sahara et la Guinée, la Sënégambie et la région du Nil; ils donnent le nom de Sënégambie aux pays compris entre le Sahara-Occidental et la côte de Sierra- Leone ; ils appellent Guùtëe tous les pays situés entre la Sënégambie et le Congo , l'Atlantique et le Soudan ; ils comprennent sous la dénomination générale de Congo ou de Guinée Méridionale , par opposition à la Guinée proprement dite, qu'ils appellent aussi Guinée-Septentrionale, toutes les vastes contrées situées le long de l'Océan depuis le cap Lopez jusqu'au cap Frio et qui s'étendent bien avant dans l'intérieur vers l'orient , subdivisant encore la Guinée- Septentrionale en plusieurs côtes, nommées de Sierra ■ Leone , du Poivre, des Graines ou de Mataguctte, des I)?nts ou de Y Ivoire , d'Or, des Esclaves, de Bénin, de Calabar et de Gabon; ils subdivisent en outre la côte des Dents en côte de Y Ivoire proprement dite, côte des Maies -Gens et côte des Bonnes-Gens ou Quatfttm. Nous avons déjà vu , d'après le travail remarquable de M. d'Avezac sur l'Afrique-Interieure-Oceidentale , que toutes ces divisions et leurs dénominations sont inconnues aux indigènes; nous avons fait voir aussi que quelques-unes de ces dernières ont même une acception différente cbe/. les Arabes, les seuls qui aient des noms généraux pour la géographie de l'Afrique. Pour ne pas ajouter, par l'introduction de nouvelles dénominations et de nouvelles divisions , aux difficultés sans nombre qu'offre déjà la description de cette partie de l'Afrique, nous allons choisir dans le millier d'états qu'elle comprend , ceux qui sont aujourd'hui les plus importans. Nous les décrirons d'après les quatre divisions principales que nous venons de nommer; mais dans les ténèbres qui enveloppent encore cette partie de la géographie, nous n'oserons pas entreprendre la tâche difficile de tracer d'une manière précise la ligne de démarcation entre le Soudan de nos cartes et la Guinée, entre le Congo et les pays qui appartiennent à la Région que nous avons nommée Orientale ou du Zambe/.c. Si l'on voulait subdiviser cette immense région de l'Afrique d'une manière moins inexacte, il nous semble qu'on pourrait la partager en trois grandes contrées géographiques qu'on pourrait nommer Nigmtie-Occidentale, correspondante à la Sënégambie; Nigritie-Cektralp, qui comprendrait le Soudan et la Guinée; le premier pourrait être appelé Nigritic-Jntërienre ; celle-ci Nigritic- Maritime ; enfin, Nigmtie-Mkridionale, qui embrasserait le Congo , étendu jusqu'aux limites bien plus reculées vers l'orient, que lui assigne la récente et mémorable exploration de M. Douville. Mais par les motifs que nous avons déjà exposés, nous conserverons autant que possible, dans notre description, les divisions principales en usage parmi les géographes, en les coordonnant cependant à celles que nous venons de proposer.

Nigritie Centrale.

Les pays qui forment le Soudan de nos cartes et une partie de la Guinée peuvent être divisés de la manière suivante : Pays qui appartiennent au bassin du Djoliba ; Pays qui appartiennent au bassin du lac Tchad; Pars qui appartiennent à tous deux.

Les principaux pays qui appartiennent au bassin du Djoliba ou Kouarra , sont :

Le Savgaium ou Sahgaha , vaste conlrcc habitée par Jes idolâtres, régis par plusieurs

chefs indépendans et souvent en guerre les uns contre les autres. Le Djoliba y prend sa source et la traverse.

Le Bouré, petit pays habité par des Djalonkés (Dhialonkés), régi par Boucary, chef raahométan , despote et guerrier. Ce eau I ou raontueux est 1res important par l'exploitation de ses riches mines d'or, dont le produit se répand dans tout le Soudan et dans les établissemens anglais et français de la côte. Djény , qui passait pour être le pays le plus fourni de ce précieux métal , n'a en partie que celui qu'on lui apporte de Bouré; Sansauding, Yamina et Sego sont dans le même cas. Bouré, sur le Tankisso, affluent à la gauche du Djoliba , en est la capitale.

Le Kaickan au nord du Sangaran. Kankan, près du Milo, affluent de droiie du Djoliba, en est la capitale; c'est une ville aussi industrieuse que commerçante , avec environ fi,ooo habitans, tous mahométans.

Le Ouassoclo ou Ouasseloh au nord du Kankan, habité par des Foulahs idolâtres, pasteurs et cultivateurs , dont plusieurs se distinguent par leur industrie. Si gala, petit village, est le siège de leur chef, que M. Caillié dit être très riche en or et en esclaves.

Le Bamb\r ra (Bambarrana) formait, il y a quelques années, un vaste et puissant royaume, qui était la puissance prépondérante du Soudan-Occidental. Depuis quelque temps il est partagé en deux états différens, qu'on pourrait nommer le Uaut-Bambarra et le Bas- Bainbarra.

Dans le Haut-Bambarra on trouve : Sego (Segbou), sur le Djoliba, assez jolie avec des maisons construites en argile et blanchies, des rues assez larges, et entourée d'une muraille en terre; c'est la capitale du royaume et le siège d'un grand commerce. Mungo- Park estimait à 3 0,000 âmes sa population; peut-être en a-t-clle un tiers de moins. Les autres villes priucipales le long du Djoliba sont: Bammakou, importante par son commerce et par sa position qu'on a déjà signalée au gouvernement français pour l'engager à y former un établissement. Tiennent ensuite Marabou; Yamina ; Sami ; San-saudin^ et Silia ?

Le Bas-Bambarra est un royaume fondé depuis quelques années par le foulah Sego- Ahmadou , qui fait depuis lors la guerre au roi de Sego. C'est actuellement la puissance prépondérante du Soudan-Occidental ; il a déjà battu les puissans Touariks qui lèvent des contributions sur les états du Soudan-Central , a donné le royaume de Massioa à son frère, et a plusieurs fois battu les troupes du Haul-Bambarra. Djénny (Djinnc ou Jennc) , à l'extrémité d'une petite ile formée par le Djoliba , est sa capitale. M. Caillié dit que les maisons sont aussi grandes que celles des villageois en Europe ; la plupart ont un étage ; elles sont toutes à terrasse, n'ont pas de fenêtres à l'extérieur , et les chambres ne reçoivent l'air que par une cour intérieur. Il n'y a pas de cheminées Djénny a une grande mosquée en terre dominée par deux tours massives mats peu élevées. Les rues ne sont point alignées, mais assez larges pour un pays où l'on ne connaît point l'usage des voiture?. Elles sont très propres et balayées tous les jours. Quoique cette tille ait perdu une grande partie de son commerce à cause de la guerre, elle est encore toujours très commerçante. Tous les jours il part et il arrive des caravanes nombreuses, et elle est le séjour de beaucoup d'étrangers, surtout de Mandingues, Foulahs, Ram barra s et Maures qui s'y établissent pendant un certain temps pour y exercer le commerce. M. Caillié ne lui accorde que 8 ou 10,000 habitans, nombre qui nous parait de beaucoup trop petit. Les autres villes principales sont : El-hhamdo4' IllaJt , fondée récemment par Sego- Ahmadou , afin que la jeunesse qui fréquente les écoles qu'il y a établies ne soit pas exposée aux distractions et au bruit de Djénny. Jsaca, située à la jonction des deux bras du Djoliba; elle sert de port aux embarcations qui font le trajet de Djénny a Tombouctou.

Royaume n% Massika. Mas si n a , sur le Djoliba , résidence du roi , frère de Segc- Ahmadou roi du Bas-Item barra.

Le Bar an , situé à la droite du Djoliba. Ses habitans ressemblent aux Mandingues et sont très adonnés au commerce. On y trouve Dihiover, gros village, habité par des Foulahs et situé sur la rive droite du lac Débo à l'endroit où le Djoliba en sort.

Le Pats des Dirimahs, situé le long la rive droite du Djoliba depuis le lac Débo jusqu'aux environs de Diré, village dépendant du roi de Tombouctou; il s'étend aussi plus loin à l'est. A le o di a est la résidence de leur chef.

INSCRIPTION DE L'AFRIQUE

Le Royaume de Tes-Bôkyoueou Tomeocctou, situé le long du Djoliba, est maintenant beaucoup resserré dans ses frontières. Dans le xiv' siècle , ce petit état était le noyau d'un \aste empire dont dépendaient les royaumes de Gualata , d'Agadez, de Melli , de kauo, de Cachcna, de Zeg-Zeg et de Zamfara. Tributaire de l'empire de Maroc de 107a à 1 7*7 , et influencé par cette puissance depuis la mort de l'empereur Muley-Ismayl , jusqu'à celle de Sidi- Mohammed , c'est-à-dire depuis 1717 jusqu'en 1 795 , le royaume de Ten-Hoktouc fut depuis lors vassal, tantôt du Bambara, tantôt du Hauussa. Maintenant il parait être indépeudaut, quoique oblige de payer annuellement une forte contribution aux Touariksqui errent sur ses froutières, afin que ces féroces et puissaiis nomades n'inquiètent pas les raravaues qui, de toutes les parties de l'Afrique, se rendent dans sa capitale, («elle ville mystérieuse, qui depuis des siècles occupe les savans et sur la population de laquelle on se formait des idées si exagérées, comme sur sa civilisation et sur sou commerce avec l'intérieur du Soudan , est située, selon M. Caillié, à 8 milles de distance de la rive gauebe du Djoliba, dans une immense plaine de sable blanc et mouvant sur lequel il ne croit que de frêles arbrisseaux rabougris. Ten-Doktoue (Tombuuclou) n'est fermé par aueuue rloture; sa circonférence peut être estimée à 3 milles. Les maisons sout grandes, peu élevées, n'ont qu un rez-de-chaussée et sont construites en brique*. Les rues sont propres et assez larges pour y laisser passer trois cavaliers de front. Eu dedans et eu dehors, 00 voit beaucoup de cases de paille, de forme presque ronde, comme relies des Foulahs pasteurs; elles servent de logeaient aux pauvres et aux esclaves qui vendent les marchandises pour le compte de leurs maîtres. Ten-Bokloue renferme sept mosquées, dont deux grandes , surmontées chacune d'une tour eu briques. Quoique le commerce de cette ville paraisse avoir beaucoup diminué en comparaison de ce qu'il était autrefois , Tombouclou peut encore être regardé comme le principal entrepôt de cette partie de l'Afrique. On y dépose tout le sel provenant des mines de Toudeyni. Les Maures y restent 6 à 8 mois pour faire le commerce et attendre un nouveau chargement pour leurs chameaux. Ses priucipales afin ires se font avec Djenny et par la navigation le long du Djoliba. M. Caillié ue porte qu'à 10 ou la.ooo aines la population permaneute de Tombouclou. Tout en rejetant les exagérations des voyageurs qui l'ont précédé, nous croyons que ce nombre est au moins d'un tiers au-dessous du nombre réel de se* habitans. Parmi les lieux les plus remarquables du royaume, nous nommerons : Cabra, petite ville à la gauche du Djoliba, à laquelle M. Caillié n'accorde que 1,000 à 1,100 habitaus; c'est le port de Tombouctou ; son commerce est très actif.

Le Royaume de Hoaoou (Borgoo) , dont la plus grande partie est située à la droite du Kouarra. Ce n'est à proprement parler qu'une confédération de plusieurs petits lois, dont ceux d'Ouaoua , de Kiama , de Aiii et de lioiusa , sout les plus puissaus ; ils sout presque tous despotiques chez eux ; ils regardent celui de Boussa comme leur suzerain, et résident dans des villes du même uom. Les villes les plus remarquables sont : toussa, sur la rive gauche du Kouarra; résidence du chef de la confédération, nommé Mohamed, quoique idolâtre. Clapperton lui accorde de 10 à 12,000 habiians; c'est près de celte ville que Muugo Park fit naufrage. Kiama, bâtie sur le flanc d'une chaîne de collines; c'est la résidence du sultan Yarro; elle parait être la ville la plus commerçante du Borgou et en même temps la plus peuplée; 00 lui accorde 3o,ooo âmes. Ouaoua (Wawa), une des plus jolies villes de celte contrée, avec environ 18,000 habitaus.

Le Royaume de Yaouri, situé entre le Haoussa et le Borgou , est actuellement une des puissances priucipales de la Nigritie; son sultan a repoussé avec succès les attaques répétées des Fellans. Y a o u ri (Yaoori), située sur la rive gauche du Quorra ou Kouarra , ville grande, populeuse et fortifiée, en est la capitale. Ses habitans sont assez industrieux et adonnés au commerce; ils fabriquent une grande quantité de poudre de fussl, qui, quoique de mauvaise qualité, trouve un grand débit dans tout l'intérieur delaSigritie.

Le Royaume de Nirri ou Tappa, situé à la gauche Ju Kouarra est partagé entre le» deux fils du dernier roi qui se font la guerre : Mohamed-el-Magia , qui est mahomélau, est aussi le plus fort et est soutenu par le sultan Bcllo; Edrisi est païen. Tabra est provisoirement la capitale de la partie dépendante de Mohamed-el-Magia; on lui accorde 18 à 20,000 âmes. Koulfa, peu éloignée, à lest de la précédente, est la ville la plus in-

duslrieuse et la plus commerçante du Niflé ; on lui assigne une population de i» à 1 5,ôoo Ames ; la plupart de ses hahitaus sont mahométans.

Le Ro value di Tarriba. Il s'étend depuis Pouka, près de Badagry sur la côte des Esclaves, jusqu'aux frontières du Borgou et à la rive droite du Kooarra vers Je 10" degré de latitude. C'est une des puissances prépondérantes de la Nigritie, et Clapperton regarde son armée comme aussi forte que celle de tout autre royaume de l'Afrique. Les rois de Dahomey, d'Alladah , de Badagry et de Maha, lui paient un tribut, et celui de lieu in est son allié. Malgré sa grande puissance, les Fellatah, commandés par Danfodio , out pris il y a quelques années sa capitale et plusieurs autres places, qu'ils ont évacuées par la suite. Eyeo ou Katunga , bâtie sur le penchant et autour de la base d'une petite chaîne de collines, est la capitale du royaume. Elle est environnée de murs de 20 pieds de haut et d'où fossé. Sa circonférence est d'environ i5 milles. Les maisons sont bâties en terre et ont des toits en chaume. Des sculptures ornent les portes et les poteaux qui soutiennent les verandahs des maisons du roi et des cabocirs ; elles représentent , soit un boa tenant une antilope ou un cochon, soit des troupes de guerriers accompagués de tambours. Les autres villes principales sont : Djannah ; Dajfouy à laquelle ou accorde i5,ooo hahilaris; Tcha-dou ; Tchaki; Kouso, avec 10,000 habitans; Rakah? peu éloiguée de l'Oli, affluent de gauche du Kouarra. Voyez à la page 90 5 pour les royaumes tributaires.

Le Royaume de Bekiit ou A doc. C'est un des états les plus puissans de la Nigritie; on dit qu'il s'étend depuis Lagos jusqu'au Bouuy , et à vingt journées de marche dans l'intérieur; en admettant ces limites, il embrasserait une graude partie du vaste delta do Niger. Cet état est allié du Yarriba et doit être rangé parmi les contrées les moins connues de la Nigritie. Bénin, dont on a tant exagéré l'importance, est la capitale du royaume; c'est une ville qui occupe un espace assez considérable , mais dont la populalion ne s'élève, selon M. Adams, qu'à i5,ooo âmes. Selon Palisotde Beauvois tout près s'élève le vaste palau du roi , fermé de murailles avec de jolis appartenons et de longues galeries soutenues par des piliers de bois. Non loin de là est le puits profond et toujours ouvert qui sert de sépulture aux souverains , et dans lequel , lorsque le roi défont y a été descendu , on voit s'élancer volontairement ses serviteurs , ses favoris , et durant trois jours y précipiter par force tous ceux que les affidés du nouveau roi reocontrent et peuvent attraper. Aussi ses sujets ignorans croient-ils qu'il a uu commerce direct avec le ciel , qu'il peut vivre sans se nourrir, mais que no lunes ou 10 ans après sa mort il est destiné à reparaître sur la terre pour y régner de nouveau. Dans les états qu'on pourrait regarder comme tributaires de ce royaume, on trouve : Owy Itère (Ovtare, Awern), petite ville d'environ 5, 000 habitans , capitale du royaume de ce nom , habité j»ar les Jackeris, peuplade nègre remarquable par sou industrie et par la douceur de ses mœurs , qui contraste singulièrement avec les habitudes féroces de ses voisins , les habitans du royaume de Bénin. Palisot de Beauvois et M. Adams disent qu'ils ont conservé quelques traces du christianisme que les Portugais y introduisirent au xvne siècle. C'est de cette ville qu'en x 786 Palisot de Beauvois partit pour son exploration dans l'intérieur des •Tes , dans la direction du nord-est ; ou dit qu'il pénétra jusqu'à 3oo lieues de la côte, se frayant un chemin à travers un désert immense peuplé de lions, de panthères, deserpens monstrueux et autres animaux féroces. Nous avons cru devoir rappeler cette excursion à laquelle le refus des guides mit un terme, pour signaler l'existence de vastes déserts dans cette partie de l'A Trique environnée de contrées très fertiles et assez peuplées. Bonny (Banny), sur une ile, à l'embouchure du Bonny, dit aussi San-Dnniingo , Doui ou Andour, et qu'on regarde comme une embouchure du delta du Djoliba. Bonny est lé cheflieu d'une république oligarchique tributaire du Beuin; on lui accorde 20,000 habitans. Bonny était naguère le plus grand marché d'esclaves de toute la Guinée, et est encore uu« de ses villes les plus commerçantes.

Le Royaume de Qua. Il s'étend entre le Saint-Antony (Andoney) et le Rio-dcl-Rey. Fieux-Calabar, sur le Bongo ou Calabar, en est la capitale. Ses habitans, quoique idolâtres, se distinguent par leur civilisation.

Les relations les plus récentes ne donneut aucun moyeu de déterminer les divisions politiques auxquelles appartiennent les villes suivantes situées sur La partie inférieure du Quorra, mais elles sont trop importantes pour être passées sous silence. Ces villes

sont : Rabba, sur la rive gauche du Quorra; les frère* Lauder la représentent comme une ville1 grande , populeuse et florissante ; c'est le plus grand entrepôt commercial de cette partie de la Nigritie; on y trouve toute sorte de marchandises non-seulement de cette région , mais de bien d'autres très éloignées ; elle est aussi un grand marché pour les esclaves. Eco a , à la droite de Quorra , grondée ville, très peuplée, remarquable surtout par l'activité commerciale de ses habitans, qui possèdent un grand nombre de grosses barques, sur lesquelles ils font le commerce en remontant et descendant le fleuve. Ces gros bateaux sont à proprement parler leurs habitations; ils ne les quittent jamais, ils y vivent 4vec leurs familles. Comme plusieurs autres villes situées sur les bords du Quorra , elle est sujette à ses débordemcns, qui , pendant quelque temps , la couvrent entièrement ainsi que ses environs. Kirri (Kirree), autre- grande ville , située à la droite du Quorra ; c'est un des grauds marchés de la Nigritie. Nous rappellerons que c'est au-dessous de cette ville que commeuce l'immense delta du Niger. Ebboe, grande ville, située à environ un mille de la rive droite du Quorra; c'est la capitale du royaume des Ehboc, qui paraît être beaucoup moins étendu et puissant que ne le représentaient les relations vagues recueillies par d'anciens voyageurs ; MM. Lander y trouvèrent un grand uombre de grosses barques provenant de la cote.

Un pourrait provisoirement regarder comme une dépendance géographique du bassin du Dhioliba les états suivaus, tous très peu connus, mais trop importans pour n'être pas mentionnés.

Le royaume de Kohg (Congé) , remarquable par l'industrie de ses habilaus, qu'on dit être mahométans. Il parait s'étendre sur une grande partie des montagnes connues sous le nom de Kong. On représente sa capitale, nommée Kong, comme une ville aussi grande que commerçante. «

Le Miu.t , le Mosi (Mosee), le Font (Fobee), le Calahma et le Dagoumda , sont des pays peu connus; ils paraissent ôlre importans et, avec d'autres contrées encore plus ignorées , ils occupent l'espace qui s'étend entre les royaumes que nous avons décrits le long du Haut-Djoliba , Tombouctou , le Borgou , le Yarriba , le Dahomey , l'empire d'Achauti et le Kong. Calanna, eapitale du royaume de ce nom, et Yalindi, de celui de Dagoumba , liassent pour être de grandes villes , bien peuplées , industrieuses et commerçâmes. Voyez l'empire des Achautis à la page 904.

Parmi les états qui appartiennent au bassin du Djoliba et à celui du Tchad, notre cadre ne nous permet de nommer que les suivans :

L'Empire des Fellahs ou Fei.latab , fondé dans le Gouber (Goober) par le cheikh Othmau , connu communément sous le nom de Halman Danfodio. Ce nouveau prophète conquérant, profitant de la confiance sans bornes qu'avaieuten lui les Fellans, rassembla ses compatriotes qui avaient vécu jusqu'alors épais dans les forêts de la plus grande partie du Soudan, où ils s'occupaient à élever des troupeaux ; il s'empara de la riche province de Kano ; du Gouber , dont il tua le sultan ; subjugua ensuite tout le Haoussa , le Cobbi (Kubbi),le Yaouri et une partie du N^ffé. Tout l'intérieur de l'orient à l'occident fut frappé de terreur. Le Bornou dans l'est, et le \arriba dans l'ouest, furent assaillis avec succès, et , malgré la résistance opposée par les Yat ribani , Daufodio parvint à s'emparer de Raka, Elora ou Affaga, ainsi que d'un grand nombre d'autres villes, et poussa ses armes jusqu'à la côte maritime. Katunga, capitale du Yarriba, fut prise et détruite en grande partie.. Les triomphes de Danfodio attirèrent dans ses états un grand nombre de Fellans ou Foulah de la Sénégambie , auxquels il assigna les terres et les maisons des uègres dans plusieurs provinces , mais surtout dans le Zeg-Zeg. Eu 1 80a , ce terrible conquérant devint fou à cause de son fanatisme religieux. A sa mort, arrivée en x 8 16, son fils Mohammed Bel lo, le sullan actuel, eut pour sa part, selon Clapperton , la plus grande partie des pays conquis par son père ; mais les provinces situées à l'ouest du Haoussa tombèrent en partage à Mohammed Ben-Abdallah, fils de son frère; il paraît cependant que tous ont été réunis par la suite sous le sceptre de Bello. A la mort de Danfodio, il se forma une confédération ou towia parmi les peuples conquis pour reprendre leur indépendance. Le Gouber, le Zamfra, le Guari et le Kalongkora districts du Cachenah , le Yaouri , le Cobbi , le Daoura et la partie méridionale du 2eg-Zeg secouèrent le joug des Fellatah ; tous ceux sur lesqueU

on put mettre la main furent tués. Mais la valeur et l'habileté de Bel lo parvinrent à reprendre presque tout le Gouber, une partie du Zamfra, du Guari et du Cobbi, ainsi que la partie méridionale du Cachenah et la pins graude partie du Nyffé. Cet empire est actuellement la puissance prépondérante du SouJan; il parait comprendre le Gouber, le Cobbi ou Kebé, le Guari, partie du Nyffé, le Zamfra, le Zeg-Zeg, leKano, le Doury. le Cachenab , le Kalagoum, l'Aweîk; le Kurry-Kurry et le vaste pays de Djacoba paraissent être aussi ses vassaux. Une partie de la population du Djacoba. quoique moins abrutie que d'autres peuples nègres, offre la singularité d'être anthropophage. Sackatou , dans la proviuce de Tadela ou Ader, qui formait autrefois un district du Gouber, est la résidence ordinaire de Bello. Cette grande ville est située sur le sommet d'une colline peu élevée , près d'une rivière qui va se joindre au Kouarra ou Djoliba , à quatre journées de dislauce. Bâtie en i8o5 par Danfodio, elle a été ceinte d'une muraille de 24 pieds de haut et d'un fossé sec par l'empereur régnant. Une bonne partie de Sackatou au dedans de* murailles pourrait être prise pour uue suite de jardins mal cultivés. Les maisons , assez bien bâties, forment des rues régulières au lieu d'être réunies en groupes , comme dans les autres villes du Haoussa. Il y a deux grandes mosquées, un marché spacieux au centre de la ville, et une grande place devant la maison du sultan. Cette dernière forme une sorte de petite ville; il s'y trouve 5 cours carrées, une petite mosquée, un grand nombre de cases et uu jardin. Uue grande tour carrée surmontée d'un dôme haut de 35 à 40 pieds, est l'appartement où BelVi reste pendant la grande chaleur du jour. En admettant comme exactes les estimations sur la population des villes du Soudan données par MM. Clappcrlon et Landcr, Sackatou pourrait bien contenir jusqu'à 80,000 habitaus, la plupart Fellatah ; ce serait la ville la plus peuplée de toute la Nigritie. » Les autres villes principales de l'empire dans le bassin du Kouarra sont : Cache nah , nommée il y a 100 ans Sang ras; c'est le chef-lieu du Cachenah. Ses murailles en terre embrassent une grande étendue de lerrein, mais comme à Kano et en d'autres villes, les maisous n'occupent pas la dixième partie de cet espace; tout le reste est couvert de champs et de bois. Depuis la conquête des Fellatah , le commerce des environs s'est porté à Kano, et la plupart des maisons de cette grande ville, jadis si florissante par son industrie et par ses vastes relations commerciales , lombeut en ruines. Kalaouaoua (Kalawawa), chef-lieu du Gouber. Zirmi, chef-lieu du Zamfra. Z a rira, chef-lieu duZeg-Zeg; la vieille ville, prise en t8oo par Danfodio, est presque totalement abandonnée ; la ville nouvelle, bâtie par les Fellatah, est entièrement habitée par ce peuple. On y voit une grande mosquée, et sa population est estimée à 5o,ooo âmes. Ma g a ria, dans l'Ader, jolie ville que Bcllo fait bâtir; elle devient tous les jours plus considérable, les habitans de tous les villages à une grande distance à la ronde ayant reçu Tordre de venir y demeurer.

Les villes principales de l'empire dans le bassin du Tchad sout : Kano, chef-lieu de la province de ce nom. On porte à 40,000 âmes sa population permanente. C'est actuellement le plus grand marclié de l'Afrique - Centrale. Celle ville dont la forme est un ovale irrégulier d'envirou i5 milles, est entourée d'un mur en terre de 3o pieds de haut et de deux fossés à wc. Elle a 1 5 portes en bois recouverles de lames de fer; on les ouvre et ferme régulièrement , comme daus les autres villes de cette partie de l'Afrique , au lever et au coucher du soleil. Les maisons, construites eu argile et ordinairement à deux étages , sont presque toutes carrées avec de petites feuèlres et un appartement dans le centre , dont le toil est soutenu par des troncs de palmier ; il est destiné à recevoir les étrangers. Les maisons sout à un quart de mille des murailles et , daus quelques endroits, réunies en petits groupes séparés par de larges mares d'eau staguaute ; elles u'occupeiit guère que le tiers du tencin compris dans l'intérieur du mur; le reste est employé eu champs et en jardins. Clappei ton déclare que le marché de cette ville est le mieux réglé de toute l'Afrique. Uaeba cgic, dans la même proviuce , avec plusieurs maisous eu pierres et ao à a 5,ooo habitans, dont la plupart sout des réfugiés du Bornou et du Ouadey ou leurs descendans ; presque tous s'adounent au commerce. Katoungwa; Z an g ne ta ; K a ta go u m, chef-lieu de la proviuce de ce nom , sur un afllucul du Yeou; c'est une des principales forteresses de l'empire; ou lui accorde 7 à 8,000 habitans. San tan g et B edi g ou na dans le pays des Bedes.

Les principaux états qui appartiennent au bassin du lac Tchad sont :

L'empire dr Boubou. Cet état, qui parait avoir étendu jadis sa domination sur tout le Soudan-Oriental et sur une grande partie du Soudan-Central, se trouve aujourd'hui très resserré dans ses frontières. Peu de temps après la conquête du fiornou par les Fellatah, le cheikh El-Kancmy , à la tétc des belliqueux habitans du Kanero, réussit à les chasser et à délivrer entièrement sa patrie du joug étranger. Depuis lors ce chef, aussi brave que prudent, peut être regardé comme le souverain de fait, tandis que le véritable empereur ne l'est que de nom. Ce dernier* continue à jouir de tous les honneurs attachés à sa dignité, mais il n'a presque aucune influence dans les affaires. L'empire de Boraou ressemble, a quelques égards , à la France sous les rois fainéans. Malgré ses pertes, cet état est encore ta puissauce prépondérante du Soudan •Oriental. Ses plus grands ennemis sont le sultau de Baghenueh et l'empereur des Fellatah. En 1837 le cheikh avait été battu par les troupes de Bello dans une invasion qu'il avait faite dans les états de ce dernier. Il parait que l'empire de Roruou actuel se compose du Bornou proprement dit, le long du Yeou et du bord occidental du lac Tchad; du Kanem , sur la rive septentrionale et partie de la rive orientale de ce lac; ensuite d'une partie du Loggoun , au sud de ce même lac; de partie du Mandara au sod du Loggoun, et d'une partie du pays des Mungas ou Mongowi, à la gauche du Tenu. Nouveau-Bornou ou Bi mie, ville murée , et peu éloignée du lac Tchad, avec environ 10,000 habitant, est la capitale titulaire de l'empire et la résidence de l'empereur. Les autres villes principales sont : K ou le a, ville de médiocre étendue , nouvellement bâtie par le cheikh El-kanemv, à une petite distance du lac Tchad; c'est sa résidence ordinaire, et par conséquent la véritable capitale de l'empire. A ngo mou, tout près de Birnie et voisine du lac Tchad; c'est actuellement la ville la plus graude et la plus commerçante de tout l'empire; on lui accorde 3o,o<>o habitans, sans tenir compte du grand nombre d'étrangers qui fréquentent son marché. D igo a, grande ville murée, dout on porte la population à 3o,ooo âmes. Birnie ou F ieux-Bornou, sur le Yeou , ville entièrement ruinée , jadis capitale de l'empire. Le vaste espace couvert de ses ruines atteste sou ancienue splendeur; on voitcucore en plusieurs endroits les restes de ses murailles en briques rouges; elles ont de S à 4 pieds d'épaisseur; on portait à 200,000 Ame» sa population. Gambarou, sur la rive droite du Yeou, grande ville , existante encore en 1809, mais dout il ne reste plus que les ruines; MM. Denham et Clapperton pensent que ces édifices devaicut être les plus magnifiques de tout le Soudan; Gambarou était la résidence ordinaire des sultans de Bornou. Delow , jadis capitale de Mandara; on lui accorde 10,000 habitans. Mora, la capitale actuelle de ce royaume, qui parait être plutôt allié que tributaire de l'empire de Bornou. M non, chef-lieu du Kanem.

Le royaume ub Baobermeh, eo partie sur les rives orientale et méridionale du lac Tchad. Ce pays, dont ou ne connaît pas encore l'étendue du côté de l'est, touche à l'empire de Bornou avec lequel il est continuellement en état de guerre. Ses habitans se distinguent par leur bravoure et leur industrie parmi les autres peuples nègres de l'Afrique. Depuis quelque» années le Baghermeh a secoué te joug que lui avait imposé Saboun, avant-dernier sultan du Ouadaï. Meina parait en être la ville capitale.

Le rot acxe de MoRRA , dit Dar-Szai.etb par les Arabes qui depuis long-temps s'y sont établis , Ouadai , par les Fczzauais et les marchands du Sahara, et Rergoc , par les Bornouans avec lesquels il confine , et auxquels il fait souvent la guerre, comme il (a fait aussi au Dar-Four. Quoiqu'il paraisse être un peu déchu de ce qu'il était sous le régne de Saboun, cet état est encore une des deux puissances prépondérantes du Soudan-Oriental. On connaît très imparfaitement les pays dont il se compose. Ouara (Warra), qu'on dit être trois fois aussi grande que Boulaq près du Caire, en est la capitale. Une partie du territoire de ce royaume parait ne pas appartenir au bassin du lac Tchad.

IStyritie- Occidentale.

Nous avons déjà vu que celte dénomination est synonyme de la St>ngambik de nos cartes. Cette vaste contrée partagée entre un grand nombre d'états a été, de la part de notre savant ami M. d'Avezac, l'objet d'études si profondes et si complètes, que nous ne pouvions mieux faire que de recourir à un guide aussi expérimenté : il a bien voulu nous communiquer

un résumé de ses importons travaux sur cette partie. Il en résulte que trois nations principales se partagent la domination de toutes ces contrées, absorbant en elles quelques restes des populations précédemment maîtresses de divers états indépendans; de telle sorte qu'à la réserve d'un très petit nombre d'exceptions insignifiantes, on ne trouve plus dans la IN*i»ritie- Occidentale que des états Ghiohfs, des états Pénis, et des états Mandings. Parmi ces nations se sont effacés les Nones, plus connus sous la dénomination injurieuse de Sérères ou bandits, et la plupart des Dja~ lonkés et des Sérakhalés , sans parler d'une foule d'autres peuplades moins considérables. Il est remarquable que les trois races dominatrices , distribuées en beaucoup d'états mutuellement indépendans, les ont presque constamment constitués sur un patron uniforme pour chacune d'elles : presque partout en effet ce sont des monarchies, sacerdotales et électives chez les Peuls, héréditaires et despotiques chez les Mandings, mixtes et féodales chez les Ghiolofs.

Au milieu de tous ces états existent des villages de commerçans , que l'on peut appeler avec juste raison hanséatiques , par analogie avec la célèbre figue des villes libres d'Allemagne. Deux hanses principales, celle des Sérakhalés (Serracolets, Serrawoollis) et celle des Ghiolas (Diolas, Julis), la première au nord , la seconde au midi , ont échelonné leurs comptoirs depuis la côte jusque fort loin dans la Nigritie-Centrale, infatigables courtiers d'un commerce étendu et varié, dont eux seuls savent tirer profit.

Les ÉTATS GHIOLOFS (Jalofs) sont régis par des princes dont le titre varie d'un royaume à l'autre : la couronne y est toujours transmise héréditairement, mais en ligne collatérale , et les grands vassaux ont part à la désignation du souverain. En voici uue esquisse sommaire.

Le Ouàlo (Wallo , Owal), dont le roi se qualifie lirak , est voisin de l'embouchure du Sénégal, et complètement sous riufluence des établissemens coloniaux français. Ndcr, l'ancienne capitale , est aujourd'hui ruinée, et le Brak réside à D a g h a n a ; dans le voisinage était N bit or, détruit en i83o par l'artillerie française, lors de l'insurrection du prétendu prophète Denba-Golokh , qui fut pris et pendu.

Le Kator (Caïor) , dont le roi prend le titre de Damel , s'étend le long de la côte jusqu'au-delà du Cap-Vert ; c'est le plus considérable des états Ghiolofs; ses villes pria* cipales sont Ghighis, capitale actuelle ; Markha y (Makaye , Mangaî) et Nbéoul (Emhaul, Amboul), autres résidences du souverain ; Mouyt, chef-lieu de la province de Gandiole ; Nghiq, chef-lieu de celle de Nghian-bour: Koky, sur la frontière orientale, compte environ 5,ooo habitans; N do ut est le village le plus considérable des Nones asservis ; Ten-Gaghey possédait autrefois un comptoir français sous' le nom de Riifisque.

Le Baol, dont le souverain est appelé Tëyn , avait autrefois pour capitale Kàba , à laquelle a succédé Lambay (Lembeye) ; on y trouve en outre Sâty, que les Européens ont nommé Portudat, ancien comptoir français abandonné.

Le Stic , au sud des précédens , est gouverné par un monarque titré Bour, qui a pour capitale G hiak hâou ; les lieux principaux sont ensuite G ht tas et Ghiagolor, autres résidences du roi, et G ht ouata ou Joat, ancien comptoir français.

Enfin le GmoLor proprement dit , noyau considérable encore, mais aujourd'hui bien déchu , du grand empire Ghiolof , dont tous les états énumérées ci-dessus ne sont que des démembrement, est gouverné par un Bour, qui réside à Ouarkhogh (Wargtiogti , Huarkor, Ouamkrore) ; on peut citer, après cette capitale, le marché de sel de y do u- /tout, sur le Marigot-Ghenghcr, et le village de M e di n a , où abondent les teinturiers.

Le< ÉTATS PF.ULS (car tel est le nom national de ces peuples appelés plus ordinairement Foulahs et l'elân») étaient autrefois gouvernés par des saltiqés (siratiques) ou chefs de guerre ; aujourd'hui la puissance souveraine est entre les mains d'uu chef reii-

DESCRIPTION DK L'AFRIQUE.

gicu qui , de même que les anciens khalyfes , se décore du titre d' Emyr-JL Moumenyn ou prince des fidèles, corrompu vulgairement en celui A'Atmamy ; élu , dans chaque état , par un conseil de kiemos ou princes , il est i leur merci et ne petit rien faire d'important snixs leur assistance. Daps cette seconde division sont compris les royaumes su i va as :

Le FouTA-Toao, qui s'étend le long de la rive gauche du Sénégal , est partagé en trois grandes provinces principales, subdivisées i leur tour en plusieurs districts : le Fou ta propre au milieu, le Toro à l'ouest et le Dam^a à l'est. Kiêlogn (Tjilogn, Chuloigne), capitale de la première, est aussi celle de tout l'empire , et la résidence d'Almamy, qui cependant séjourne fréquemment à Paldy, tout près de Solde , où il vieul recevoir le» présens annuels stipulés pour la sécurité du commerce européen en ces parages; nous citerons encore, dans cette province, l'ancienne capitale A g nom, Ghiâba (Diaba, Djaba), Boumba, Voun dé g an de, dans l'intérieur; et sur le Sénégal K aheyde , Dounghel et Oualaldê. Le chef du Toro porte le titre spécial de Lam- Toro ; il réside àGhédey, sur le bras du Sénégal vulgairement nommé Rivière-à-Morfil ; les lieux, les plus notables de la province sout ensuite Podor, ancien établissement français abandonné ; G a yé et Donayt où les Maures viennent faire escale; Maou, M uklttar Salam, Halcybc, sur le Sénégal, et Hayérê dans l'intérieur. Nous nommerons encore Souyma , patrie du maraboulh Mohhammed, prophète prétendu, qui, après avoir bouleversé tout le pays en 1829 et renversé l'almamy Yousef pour faire remonter sur le trône l'almamy Biram aujourd'hui régnant, s'est retiré à Podor, où il jouit paisiblement des richesses et de la considération qu'il s'est acquises. La province de Damga a pour chef-lieu Kobilo; on y remarque en outre Kanel (Canel)et Sédo% à chacun desquels M. Mollien accorde 6,000 habitaus; II a ou ré (Aoret , Howry), résidence du kieruo Rayla, dont le major Gray fut prisonnier; Dembakanê, sur le Sénégal.

Le Bondou , au sud-est du Fouta-Toro , est aussi partagé eu provinces el districts : la capitale de tout le pays et résidence de l'almamy est Boulcbané, petite ville entourée de murailles de glaise, et qui n'a pas plus de 1,800 habitans ; Coustan est le chef-lieu de la province soumise à Toumané, frère du roi , laquelle s'étend au sud-est le long de la Faléroé, jusqu'au-delà de Saysandin, où les Français ont un comptoir \Fatttconda parait être le lieu principal du territoire qui est situé au-delà de cette rivière. Le F e r 1 o est un district frontière au sud-ouest.

Le Foota-Ghtalo (Fouta-Diallon , Fouta-Jallo, Fouta-Djalo) occupe la région monlagneuse élevée, qui renferme les sources du Sénégal , de la Gambie, de la Falémé, du Rio- Grande; il comprend les trois provinces de Timbou, de Laby et de Temby , avec leurs anoes.es et dépendances , qui sont fort étendues à l'ouest et à l'est. Timbou (Teemboo) est la capitale de l'état et la résidence de l'almamy ; elle a environ 9,000 habitans. La doraiuatioo de ces Peuls se fait seutir jusqu'à la cote habitée parles Landamas, Nalous , Jiagos, Sousous, vers les embouchures du Rio de Nunho et du Rio Poogo ; et du côté opposé sur les pays Ghialonkés de Firia et de Jlalcya.

Le Kasso (Casson) , autrefois élendu au nord du Sénégal , est aujourd'hui réduit à la seule province de Logo, sur la rive méridionale du fleuve, près des cataractes de Félou et de Gouina; il est gouverné par le prince Haouah-Denba , homme d'un grand courage qui cherche à étendre sa domination sur les contrées bamboukaines du voisinage; Mamier est sa résidence habituelle. Les autres points principaux de son royaume août : Médi n a , où les Français ont un comptoir ; S a hou si ra (Sa vu si rie) , G h i a m ou (Dhiamu), Tin qé (Teuakie), Mousakarë, Ghiapèry (Japerey, Diapérey), Samboula et Digita; ces deux dernières sur la rive orientale du Ba-Fyn.

Le FonxAoou ou Foulaoougov, qui compreud les provinces de Rrouko et de Gangaran, eàl peu connu; il est traversé par les rivières de Ouonda v\ Ba-Oulimâ, bras priucipaux du Ba-Qouy , dont la réunion avec le Ba-Fyn forme le Sénégal. Le* points principaux paraissent être Ba n g as si , résidence du prince Sérinumma, et la mieux fortifiée de toutes les villes de la Nigritie-Occidentale, Marina et Koulik ouri , dans la Fouladou propre; Gomo, Karakcllo, Koli, T ombif ou ra , dans le Brouko; KanUy, Koina, Sabousira, et Ma niakorro aujourd'hui ruinée malgré sa triple enceinte de murailles, daus le Gangarau.

Les ÉTATS MANDINGS (Mandiugo, Mandingues), dont la constitution a été fort

peu étudiée jusqu'ici , paraissent former des corps politiques moins homogènes que les états Ghiolofs et Peuls ; sous ce nom de Mandings uous comprenons aussi les Bambarras elles Sousous , qui sont des populations de la même famille, et qui parlent le même langage. Nous allons les parcourir sommairement.

Le Kaabta, dont l'ancien Kasso, le Baghona et le Ghiafnou sont des annexes, est situé au nord du Sénégal, et appartient aux Mandhi-s Bambarras. La capitale était autrefois Kern m ou, c'est aujourd'hui Ghioka (Joko) ; les autres villes principales sont Gédingouma, qui a changé son nom en celui d Elimané, Koun iakary, ancieuue capitale du Kasso , G hiag h é (Dhyagé , Jaghee) , capitale actuelle de celte province conquise ; A* trridjou , Jarra eXBaghnat, souvent dévastées par les Maures Aouiàd-A'mar ; et Ghiafnou (Jafnoo), l'une des stations de la hanse des Serakhalés.

Le Bambou* , entre le Ba-Fyu ou haut Sénégal et la Falémé, est une aggrégation de divers districts, tels que ceux, de Niagala, Natiéga, Ta mbaou ra , Sa lad ou , Konkadou , Camana , Ouoradou ; les principales villes sont Far ba na , capitale du Bambouk proprement dit , et Nota ko, cher lieu du Niagala. Il existe à une assez grande distance daus l'ouest , un petit état de même nom , formé peu'-ètre par une émigration du précédent ; on y trouve Ma lé m , capitale , K a jasa et Ko un g h iel.

Le Dektiha , sur la rive gauche de la Haute-r aléraé , est renommé pour l'industrie de ses habitan», et pour ses mines de fer ; Bénisérayl (Banisérile) en est la capitale; on y remarque encore Ké rond né (Kirwanny) et Ghiola - fond ou (Juli-fuuda) , dont le nom trahit une station de la hanse des Ghiolas.

Le Tbbda est séparé du Ocntilia par le désert boisé de Saroakara, qui porte aussi le nom de T e u d a ; ses villes principales sont : Farbana , sur la rive gauche de la Falémé , J ai lac o 1 1 a , liady, Tambico, M ad ou, près de la Gambie.

Le Oulli, au sud-ouest du Bondou, dont il est séparé par le désert boisé de Simbani, a pour capitale Médynah , à laquelle ou assigne 5,ooo habitans; on y remarque en oulre Barra k o n da , Kolor, Aoussaj et Sabi.

Le Yani, appelé aussi royaume de Katoba à cause de la capitale t comprend ce que les anciens géographes appelaient les royaumes de Haut et Bas-Yaniet de W a 1 ley ; outre la ville de Kataba, les points les plus notables de cet état sont :

Y anima rrou (Njay-marigo) , K o ay, Ghio ghiobouré (George's-fort) et Pis an i a.

Le S a i.ot m , dout on peut regarder les petits élats de Badibou, San/alii, Kolar et Barra comme des dépendances ou des annexes , est le plus considérable des royaumes Mandings placés sur la rive droite de la Gambie ; sa ville capitale est  ahonn (Cahone) sur la rivière de Saloum ; K iahour (Kiawer) à laquelle on donne 7,000 habitans, Joar el Ou améo sont les autres endroits les plus notables.

Le Kabou , dont l'intérieur est fort peu connu , s'étend depuis le Rio de Géha jusqu'à la Gambie ; les petits étals deKantor, T oman i , Jem arrou , Eropina.

Y a mina et Jagra (Jogery) paraissent en être des dépendances; i) exerce aussi la suzeraineté sur les Bialai es , "les Balautes et les Papels , que la conquête mandingue a refoulés sur la cote. La capitale est Sclti misa , dont Brotiko et T jaconda , sur la Gambie , relèvent immédiatement.

Enfin le Fourni, qui comprend les provinces de Co m b o , de Jéréja, de Kaeo, et qui étend sa domination sur les Feloups et les Banyons de la côte , termine cette nomenclature. Jéréja en est la capitale.

Les ancie ns étals autochtones qui conservent encore une ombre d'existence au milieu des trois nations dominatrices, sont le pays de Galam et le Ghialonkadou.

Le Pats di Galam ou le Kataga (Kadjaaga, Gayaga), qui appartient aux Serakhalés, a perdu, au nord , les proviuces de Gbidima (Geduroah) et de Ghiafnou, et se trouve resserré au sud par les Maudiugs du Bambouk et par les Peuls du Bondou ; ce u est plus qu'une lisière le long de la rive méridionale du Sénégal ; elle est partagée par la Falémé en deux provinces gouvernées chacune par un prince qui porte le titre île Torika ; le Tonka de Touâbo est le chel de la province de G o u e y , el le Tonka de A/«-

kana , résidant à Makadougou, est le chef de celle du K a m é r a ; le poste français de Ilakel est établi dans la première, et l'ancien fort Saint- J oseph dans la seconde.

Le Ghialohkadou ( Djailonkadou ) , comprenant les provinces de Knllo et de G a d o u , est le seul refuge qui soit resté aux Gkialonkés (Jelloukas) indépendans ; c'est une contrée couverte de forêts et presque déserte. Nous ne pouvons citer , parmi ses villes, que Marina et Sous i ta, dans la province de Kullo.

Nigritie-Maritime.

Nous avons vu que cette subdivision de la Nigritie-Centrale correspond a la Guinée de nos cartes , moins la partie que les récentes explorations ont démontré appartenir au bassin du Djoliba. Cette vaste contrée est divisée en un grand nombre d'états. Nous nous bornerons à décrire les suivans comme les plus importans et les plus connus , en faisant observer que V empire des Achantis est la puissance prépondérante de toute cette partie de l'Afrique, dont elle occupe presque le milieu. Nous commencerons notre description par la côte dite de Sierra-Leone.

LcTimmaxie, petite contrée traversée par le Scarcie et la Roktlle inférieure. Kamba, petite ville, en est le chef-lieu.

Le KonitAKKo, vaste pays à Test du précédent , et traversé par le KahUi affilient du Scarcie, la Rokelle et la Camaranca; il paraît partagé en plusieurs étals, dont celui de K ou ra n k o proprement dit, semble être le principal. Kolakottka, sur un affluent de la Camaranca, en est la capitale; Kamato, sur la Rokelle, est une aulre petite ville de 1,000 habitaos, qui en dépend.

Le Rotwme nr Soulimaka (Solima), au nord est du Kouranko. C'est l'état connu le plus policé de la Sierra-Leone. Fa laba, sur un affluent du la Rokelle, est la résidence du roi; on lui accorde 6,000 habitans. Semba, Kottkodogourc et Sangoit/a sont les autres villes les plus importantes.

Le Royaume de Cai» Monte. Les dernières relations représentent cet état comme le plus considérable de la Guinée-Occidentale; il s'étend depuis le Rio Gallinas jusqu'à celui du Grand-Bassam , le long de la côte et à une grande distance dans l'intérieur. Couscea , prés de la source du Rio Cap-Monte, en est la capitale; on porte à i5 ou ao,ooo habitaos sa population.

Le Royaume de Sasguih ; il s'étend depuis la rivière Saint-Jean jusqu'à la Petite- Sisters ou Seslre. Ce royaume, autrefois un des plus puissans de la Guinée, est depuis plusieurs années partagé en plusieurs petits étals. Une petite bourgade d'environ 1,000 habitans, représentée sur les cartes sous le nom anglais de Trade-town (Ville-de-eommerce), parait être le lieu le plus remarquable le long de la côte.

Le Cap Palm as, petit état ainsi appelle de la petite ville de ce nom; son port offre le meilleur mouillage de la Guinée depuis le Scherbro jusqu'au Rio Voila.

La pelite République oligarchique de Cavally, ainsi appellée du nom de son cheflien. Cavally est située à l'embouchure du fleuve de ce nom ; on y fait un commerce assez étendu; les relations modernes lui accordent 10,000 habitans; c'est le siège d'un culte particulier.

L'empire d'Acbauti (Ashantee). Ce puissant état fondé depuis un peu plus d'un siècle par Saî-Toutou qui bâtit Coumassie, et par Beitinnie , issu de la même famille; ce dernier s'empara de Douabin, dont il ht la capitale du petit royaume de ce nom. Ces deux états constamment alliés formèrent depuis lors par leurs conquêtes l'empire actuel des Achantis, composé du royaume d'Achanti proprement dit , et de plusieurs royaumes et républiques , partie incorporés à l'empire, partie seulement tributaires. Les Achantis sont très braves, et les Anglais, vaincus par eux , ont été sur le point d'abandonner tous leurs établissemens sur la Côte-d'Or. F.n ne comprenant que le pays seulement tributaire , l'empire d'Achanti parait s'étendre depuis le Rio Saint-André jusqu'au Popo, petit état dépendant du Dahomey, et depuis l'Océan jusque près du dixième parallèle: Coumassie, dans le

ABRÉGÉ DE GÉOGRAPHIK

royaume d'Achanti proprement dit , et dans une vallée boisée , environnée au sud et à l'est d'un marais, assez grande ville, est la capitale de l'Achanti el de tout l'empire. Ses rues sont larges, bien alignées et 1res propres ; chacune d'elles a un nom et est sons la surveillance d'uu officier de police. Les maisons sont petites , construites en roseaux liés par un ciment de terre glaise , et couvertes de paille. Au milieu de la ville une enceinte inurée renferme les palais du roi et des princes de sa famille. On y voit des chambres petites, mais décorées avec une grande profusion d'oruemens d'or, d'argent, et des sculptures d'oiseaux et d'autres anin^ux assez biens exécutés. Coumassie possède des mollahs ou docteurs chargés d'enseigner à lire et à écrire l'arabe. Cette ville est l'eutrepôt d'un grand commerce qui se fait avec toutes les parties de l'empire , ainsi qu'avec la cote et le Soudan, surtout avec Tombouclou et Cachenab. Bowdich n'évalue qu'à x5,ooo habitans la population permanente de cette ville , mais il fait observer que , dans les grandes fêles , elle peut dépasser 100,000 âmes eu y comptant la population flottante. Les autres ailles les plus importantes de l'Achanti proprement dit sont : Douabin, capitale du petit royaume indépendant, sur lequel règne un descendant de Beilinnîe, un des conquèraus fondateurs de l'empire. Doumassie, petite ville, importante par l'industrie de ses habitans.

Les autres villes les plus remarquables de l'empire, dans les pays entièrement soumis et dans ceux qui n'en sont que tributaires ou vassaux, sont les suivantes; tious les indiquerons en suivant l'ordre géographique. Le long de la côte eu allant de l'ouest à l'est , on trouve : Saint André, vers le milieu de la Côte-dTvoire et près de l'embouchure du fleuve Saint-André; c'est une petite ville, résidence d'un roitelet tributaire, et importante par son commerce. Cap La/ton , près de l'embouchure du fleuve de ce nom , et résidence d'un roitelet tributaire; c'est la plus grande place de commerce de la Guinée depuis Cap Monte jusqu'ici ; on en exporte une grande quantité de poudre d'or. G rond - Bassam, ville florissante par son commerce et par la grande quantité d'or qu'on en exporte; c'est le chef-lieu d'un petit état tributaire, dont dépend aussi la ville de Petit- Bassam (Pcquininy.Bassam). Amanahea, dans le royaume de ce nom, dit aussi Bein, ou Apollonia; Boussoua, capitale du royaume d'Ahanta ou Ante; Mankasim, capitale de la république de Fautyn ou Fautie ; Accra ou Ankran , capitale du royaume de ce nom ; M. Robertson lui accorde t a, 000 habitans. Agouona (Agwoona , Acona). dans le Crépi , divisé en plusieurs petits états tributaires de l'empire. Oaus les ciuq derniers que nous venons de nommer, ainsi que dans celui d'Adampi ou Niugo se trouvent plusieurs élablissemens européens et leurs chefs-lieux respectifs que nous avons décrits dans le chapitre qui les regarde.

Dans 1 ' i 11 1 é r i e u r d e l'empire on trouve : Abbradie dans le Ouarsa ( Warsaw), et Dankara dans le Dankara, deux royaumes tributaires, où sont .situées les plus riches mines d'or de tout l'empire. Kickiouherr) (Kjrkiwherry), dans le royaume d'Assin, el Coranza, dam celui de ce nom; on dit que leurs habitans sont plus civilisés que les Achantis. Diabbie, capitale de l'Amina, Sallaglia (Sarem), capitale du royaume d'Lnta, qui s'étend à la gauche du Rio Vol ta ou Adirrie; ses habitans, eu grande partie mahométans, se distinguent par leur industrie et leur c vilisation , supérieures à celles des Achantis; Sallagha est un des grands entrepots du commerce de cet empire avec le Soudan proprement dit. Yandi, capitale du grand royaume de Dagoumba , ville très commerçante , qu'on dit être plus grande que Coumassie, et résidence d'uu roi mahométan tributaire de l'empire ; c'est le siège d'une grande industrie , d'un oracle très renommé parmi les nègres.

Le Royaume ne Dahomey. Quoique sa puissance soit bien déchue depuis la moitié du xvme siècle , et qu'on le regarde même comme tributaire ou pour le moins comme vassal du Yarriba, ce rovauinc n'en est pas moins toujours un des plus grands et des plus puissaus de la Nigritie. Il parait s'étendre depuis la frontière orientale de l'empire d'Achauti jusqu'à la frontière du Yarriba et des petits royaumes tributaires du ce dernier; ou connaît encore moins sou étendue du côté du nord ; mais on sait qu'elle est très considérable. A bomey, capitale du royaume d'Aboiney proprement dit, ville bâtie sans ordre et entourée d'uu fossé profond qu'on passe sur quatre ponts. On y tient tous les ans des foires considérables. Tous les géographes s'accordent à porter à 14,000 habitans sa population. Les autres villes les plus remarquables sont : Calmina, avec i5,ooo habitans, et un vaste bâtiment où réside ordinairemeut le roi. WhhUh ou Judah, capitale du

royaume jadis indépendant de ce nom. Grigue (Gregoy) , à laquelle M. Leod accorde jusqu'à ao,ooo habitaus. Grand-Popo (Ida), sur uue île, à l'embouchure du Mousui, ville considérable par sa grande population et chef-lieu d'un petit état tributaire.

Le Rot au me d' AannAB , jadis tributaire du Dahomey ; depuis plusieurs années elle parait l'élre de celui de Yarriba. Alla da , nommée Ardrah par les Européens, en est la capitale. C'est uue ville assez bien bâtie et commerçante, à laquelle M. Robertsou accorde a 0,000 habitans. Voyez à la page 896.

Le Royaume de Badagsv( , petit état, qu'on dit être tributaire du roi de Yarriba , et dont la capitale du même nom est le port où abordèrent de nos jours plusieurs Européens pour explorer l'Afrique-Iaiérieure.

Le Rotaume de Lagos (Awaué) , petit état situé à l'embouchure du Lagos , et depuis quelque temps tributaire du royaume de Bénin. Voyez à la page 896. Lagos (Àwané), sur une ile formée par le Lagos. C'était, il y a quelques anuées, un des plus grands marchés d'esclaves de toute la IN ign lie-Maritime. M. Robertson lui accorde jusqu'à ao,ooo habitans.

Le Pats des Calbohgos. Il s'étend entre le Rio-del-Rey et le Rio-Camarones. Partagé en plusieurs petits étais, il est surtout remarquable par les hautes montagnes qui s'élèvent sur son sol.

La côte de Gabou n'offre que de petits états peu iroportans. Nous nous bornerons à nommer celui d'EMPouncA (Eropoouga), où se trouve Aaango, nommée Georgetown par les Anglais; elle est située sur le Gabon , et était, lorsque Bowdich l'a visitée, le plus grand marché d'esclaves de cette côte. C'est dans cette ville que ce voyageur se procura une foule de renseignerons important sur le cours des fleuves el sur les états de l'intérieur. Ceux-ci sont beaucoup plus considérables, mais malheureusement connus seulement par les relations vagues et contradictoires des indigènes. Il parait cependant que I'état D'Ooacotito, dont la capitale parait être Mattadi, est un des plus puissans, et que le royaume de Xayli (Kaylees) , au sud du précédent, est habité par un peuple assez policé et industrieux , qui exploite des mines de fer qu'il sait convertir en couteaux , lames et autres armes , qui sait faire d'assez jolies étoffes, mais qui est anthropopliage ; ou l'accuse de manger ses prisonuiers et jusqu'à ses propres enfans.

1S ig ri tie- Méridionale.

On a vu que sous cette dénomination nous embrassons non-seulement tous les pays qui forment le Cokco de nos cartes, mats aussi tous ceux que l'importante exploration de M. Douville vient de faire connaître vers le nord-est et l'est. Le Congo, même dans les limites que les géographes s'accordent à lui assigner, ne forme pas un seul état, comme l'a dit quelque savant; il n'est pas non plus partagé en quatre ou cinq états seulement, comme le représentent les cartes et comme le décrivent les faiseurs d'abrégés. C'est une vaste région divisée en un grand nombre d'états independaus , dont plusieurs se composent d'une foule de petits territoires vassaux. Le géographe n'a encore aucun moyen de déterminer avec précision la limite orientale de celte vaste région. Fidèles à notre plan , nous omettrons tout ce qui étant très imparfaitement connu doit nécessairement être exclu de cet abrégé. Mais , aidé de l'obligeante coopération de M. Eyriès et de M. Douville, nous ajouterons d'après le plan de cet ouvrage la description abrégée des principaux états independans de l'intérieur, en fixant provisoirement les limites orientales de cette grande région de l'Afrique aux sources présumées du Congo et du Coanza, bien que le puissant royaume des Molouas et quelques autres états étendent leur domination sur une partie de la section de ce continent, que nous avons nommée Région de l'Afrique-Orientale. Considérée sous le rapport politique , nous partageons toute la Nigritie-Méridionale en deux parties distinctes, que

aor,

nous proposons de nommer Pays Indépendans et Pays soumis aux Portugais. Dans les PAYS INDÉPENDANS on trouve :

Le Royaume de Loahgo. Il parait s'étendre depuis le cap Lopez jusqu'à quelques milles au sud du Zaïre; on ne connaît pas ses limites du côté de l'Orient. Il se compose du royaume de Loango proprement dit, et des royaumes tributaires de Santa-Catharina et de Mayumba qui ont pour chef-lieu deux petites villes de ce nom; ensuite des royaumes de Cacongo (Macongo de Tuckey, dit aussi Malemba, Chimfooka), de JVgojo et partie de celui de Sogno. Loango, daus le Loango proprement dit , nommée aussi BouaHsci pluscommunémeut Banza- Loango , est la capitale de tout le royaume. Elle est située dans une grande plaine très fertile , a des rues longues , étroites, mais propres, et un port peu profond, où l'on fait uu commerce assez cousidérable. M. de Grand pré lui accorde 1 5,ooo habitaus. Les autres villes principales paraissent être: Chingue lé (Aingue/e), capitale duCacougo; Malemba, naguère grand marché d'esclaves ; Cabenda, dans le Ngojo, remarquable par la beauté de sa situation, la fertilité de ses environs, et par son port; on y vendait naguère un grand nombre d'esclaves.

Le Royaume de Cowoo, au sud du Loaugo et au nord de l'Angola. Quoique affaibli par les guerres civiles et par la perte de plusieurs de ses provinces orientales, cet état parait encore être un des plus importons de toute cette partie de l'Afrique. Les renseignemens donnés par M. d'Etourville, et d'autres que nous avons recueillis à Lisbonne, semblent s'accorder à étendre l'influence politique du roi de Congo beaucoup plus à l'Orient qu'on ne le suppose généralement, ttamba ou Pamba, Sundi, Pango , Batta, Pemba et une partie de Sogno (Sonho), sont les principaux pays les moins imparfaitement conuus qui eu dépendent encore. On doit y ajouter , d'après M. Douville, le Pars des Mossosos , dont la capitale est Hialala , petite ville de 1,200 habitans. Les Portugais exercèrent autrefois une grande influence sur ce royaume , grâces à leurs missionnaires, qui étaient parvenus à convertir au christianisme uue grande partie des habitans. Mais depuis long-temps, cet état, qu'ils regardent comme leur vassal, est de fait indépendant, quoique bien des géographes le rangent encore parmi les provinces de la monarchie Portugaise ! Son- Salvador, nummée par les indigèues B an ta- Congo (la capitale du Congo), est la résidence du roi. Située sur une montagne, sa position est vantée comme une des plus saines de l'univers. D'anciennes descriptions nous représentent celte ville comme bien bâtie , ayant des rues larges et plusieurs belles places symétriquement plautées de palmiers. La plupart des maisons, blanchies à l'extérieur et à l'intérieur, ne sout que des chaumières rondes, do môme que toutes celles des autres villes du Congo, à un très petit nombre d'exceptions près. Les anciennes relations portent à 24,000 âmes la population de cette ville.

Le Royaume de Bomba , qui parait être ideutique à celui de Makc-Emouui (Mono- Emugi , Mou-Nimigi , Mohcnemugi ). C'est une des puissances prépondérantes de l'intérieur de l'Afrique, et sa domination s'éteud sur plusieurs petits royaumes situés vers le nord et le nord-est ; nous citerons entre autres le Pajs des Mouenehai et celui de Samouhenehai. La ville de B o m b a en est la capitale ; d'après les indigèues elle serait aussi peuplée, mais moins étendue que Yanvo, la capitale des Molouas.

Le Royaume de Sala , dont le roi est connu sous le nom de Micoco-Sala (roi de Sala;, dénomination qui a donné lieu a beaucoup d'erreurs géographiques. En combinant ce que les anciens voyageurs ont dit sur le royaume d'Anzico et sur le titre de Makoko qu'ils lui donnent , avec les renscignemens bien autrement positifs que nous devons à M. Douville, il nous semble qu'on ne saurait révoquer en doute l'identité de ce royaume avec celui d'Anzico. Mais ses habitans paraissent avoir beaucoup perdu de la férocité dont les accusaient les anciennes relations. Missel, qui correspond au Monsol ou Mussel de nos cartes , est la résidence du roi; c'est une ville d'environ 1 4,000 âmes. Les autres villes principales sont : Gismola, Ambegi, Coucap aie ssa , et Coutotilcssa; cette dernière contient environ 6,000 habitans. Le royaume de Sala est une des puissances prépondérantes de cette partie de l'Afrique; plusieurs princes, dont les territoires s étendent considérablement vers le nord et vers l'est, lui paient un tribut ou en sont vassaux.

Le Royaum n des Mo louas, qui parait être la première puissance prépoodérante de rAfrique-Transquatoréale. Il s'élend au sud de celui de Bomba; un grand nombre de pays situes vers l'est et le sud-est , et même des peuples qui habitent le long de la Cote- Orientale reconnaissent sa suzeraineté ou lui paient tribut. Nous nommerons entre autres les royaumes deMouchingi et de M ou ca n g a m a ; ce dernier a pour capitalo Moucangama , ville d'environ 4,000 habitans. Le royaume des Moluas offre la singularité d'avoir deux capitales distinctes; Y a nvo, où réside le roi, et Ta mit- a -voua dite aussi Agattou 'Va nvo (h Ville des femmes) où réside la reine. Va nvo nous parait être la plus graude ville connue de toute l'Afrique au sud de l'équalenr, puisque M. Douville lui accorde 43,000 habitans. Les maisons en général sont bâties en briques cuites au soleil. Il y a des places publiques , de grandes prisons, deux forteresses carrées construites en briques. Le palais du roi est vaste, mais n'a qu'un rex-de-chaussée. Le sérail est aussi très grand ; il contient environ 700 femmes qui partagent la couche royale. Tandi-a-voua , a aussi des places publiques, uue forteresse et un vaste palais ou réside la reine , mais M. Douville ne porte sa population qu'à 16,000 àmes. Nous remarquerons avec ce voyageur , que ces deux villes sont entourées de branches de rivières qui se dirigeut vers l'est ; elles appartiennent par conséquent , sous le rapport purement géographique , à la Région de l'Afrique- Orientale.

Le Royaume d'Humé s'étend au sud-est du lac Kouffoua; il occupe un vaste espace et ses habitans se distinguent par leur humrur belliqueuse et féroce.

Le Royaume de Cassaïtge s'élend très loin vers l'est en suivant le cours du Couango. Ses habitans sont les peuples connus autrefois sous le nom impropre Je Jaggas. Cassa /ici, sur le Cassa un , affluent du Couango, petite ville d'environ 3. 000 habitans, en est la capitale. C'est le plus grand marché aux esclaves de tout l'intérieur de la Nigritic-Méridionale.

Royaume de Cahcobella , dont les habitans sont très féroces; il s'étend le long de la llancora , un des principaux affluens du Couango. Ca ncobella , petite ville d'environ 2,000 habitans, en est la capitale.

Royaume de Ho, situé le loug du Riambcgi , un des principaux affluens du Couango ; il s'étend très loin vers l'ouest.

RoYACHt de H01.0-H0. C'est le plus vaste des états situés au sud du Couango. Les Mouchkongos et les Mahungos eu dépendent. H o l o - U o , petite ville de 2,000 habitans, est la résidence du roi. Les Mouchicongos sont très belliqueux; c'est sur leur territoire qu'est situé A m briz , naguère un des grands entrepôts maritimes pour la traite, avec un port sur l'Atlaulique.

Royaume de Gihga , dont les habitans sont originaires du royaume d'Angola , et sont les ennemis les plus implacables des Lianes. Matamba, petite ville d'environ i,5oo âmes , en est la capitale.

Les Royaumes de Qciçua , Cutato, Cukhiitca , Tamoa, Libolo, Quisama , Sri. a, RaÏluxdo et Nako, sont plus petits que les précédens; ils s'étendent à l'est et au sud du royaume d'Angola. Leurs habitans , quoique belliqueux, vivent en paix avec les Portugais et laissent à ces derniers traverser leurs territoires. Leurs capitales portent les mêmes noms. Nous rappellerons que dans celui de Libolo est situé le valeau Zambi, et que celui de Quisama possède une riche mine de sel gommt, dont on exporte tous les ans des quantités considérables consumées dans l'intérieur.

Le Royaume de Bihé , dont les habitans, quoique doux et industrieux , se distinguent par leur bravoure et leur humeur belliqueuse. C'est une des puissances prépondérantes de cette partie de l'Afrique. B ih é , petite ville de 3,ooo âmes , est la résidence du roi ; on y tient un des plus grands marchés d'esclaves de tout l'intérieur de la Nigrilie-Méridionalc.

Les PAYS soumis aux PORTUGAIS comprennent les deux royaumes d'Angola et de Iienguela avec leurs dépendances , qui consistent en quelques petits forts sur le territoire du royaume de Congo et d'autres étals moins considérables , ainsi que dans quelques loges situées à de grandes distances dans l'intérieur. Ces deux royaumes forment la graud* province, ou la capitainerie générale d'Angola et Congo. Dévastes espaces de trrreins entièrement déserts et des peuplades tout-à-fail indépendantes séparent les uns des autres

les petits cantons de l'intérieur , habités par des peuples réellement soumis aux Portugais. Loanda ou Saint- Paul de Loan d a , située en partie près de la mer et en partie sur une éminence qui domine la plage, et près de l'embouchure du Zenza, nommé Bengo par les Portugais. C'est la résidence du capitaine général et d'un évéque. Sur l'autorité de fil. Douville nous n'hésitons pas à regarder Loanda comme la plus belle ville de toute cette région. On y voit des maisons en pierres, plusieurs églises et plusieurs couvens: «Ile est très bien fortifiée , elle possède un port et fait un commerce assez important Malheureusement l'exportation des esclaves en forme l'article principal. Sa population permanente s'élevait dernièrement à ô.ooo âmes. Les habitans les plus riches ont d'assez belles maisons de campagne sur les rives du Zenza , du Danda et du Coanza.

Les autres villes et postes les plus imporlans sont : Benguela (Sau-Felipe de Benguela) , sur une baie; petite ville avec un ancien fort délabré , chef- lieu du Benguela ; sa position en rend le séjour très malsain. Benguela , de même que Loanda, sert d'exil pour les criminels portugais. Tiennent ensuite les Jorts Sain t. José de Encoche, Cnmbambèy Massagano y Mouckima, dans le royaume d'Angola ; ils sont tous très petits, et ne sont important que relativement aux pays où ils sont situés. Les forts d'.4 mùacc, de P e d ra-Pu ngo-Ando ng o et de Caconda, n'existent plus depuis bien des années, quoique les cartographes et les géographes continuent à les représenter et à les décrire sur les cartes les plus récentes et dans les traités les plus modernes. Nous citerons encore la petite province de Detnbos, si remarquable par ses montagues; ou pourrait l'appeler la Suisse de la Nigritie- Méridionale ; et le G o I o u n g o- A 1 1 o , autre province , où se trouve le mont Muria , le pins haut sommet mesuré de toute l'Afrique.

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