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ainsi que les religions des ; m riens Péruviens, des Mexicains et des Muyseas , basées sur une révélation, ont disparu après la conversion de ceux qui les professaient; mais quelques-unes des croyances et des pratiques religieuses de ces trois dernières nations paraissent s'être conservées clu s leurs descendans. Il est même curieux d'observer dans l'ancien culte des Péruviens les traces du trimurti ou de la trinité des Hindous; de rencontrer le dogme de la métempsycose dans la croyance des Tlatcattèqmes ; de \oir les Postaux , au milieu de l'Amerique-M< -ridionalc , ne se nourrir que de végétaux, et avoir en horreur ceux qui mangent de la viande; comme aussi de trouver parmi les Mexicains des traditions sur la mère des hommes déchue de son prriuier état de bonheur et d'innocence, l'idée d'une grande inondation, dans laquelle une seule famille s'est échappée sur un radeau; l'histoire d'un édifice pyramidal élevé par l'orgueil des hommes et détruit par la colère des dieux; les cérémonies d'ablution pratiquées à la naissance des enfans ; des idoles faites avec la farine de maïs pétrie, et distribuées en parcelles au peuple rassemblé dans l'enceinte des temples; d< s déclarations dépêchés, faites par les pénitens; des associations religieuses, ressemblant à nos couvens d'hommes et de femmes. A l'anhe» dtat Espagnols en Amérique, les téocallis ou temples des Mexicains et des Maya, ruisselaient du sang de victimes humaines. Les tribus péruviennes offraient sur le plateau de Cuzco, avant l'apparition de Manco-Capac, tous les cruels sacrifices, que les superstitieux Hindous font à Brahma sur les bords du Gange. Le culte du soleil introduit par les Incas, quoique inlinimeut plus doux, n'était pas exempt de sacrifices humains ; des milliers de victimes étaient immolées MM le tombeau du monarque. Les nations anthropophages du Brésil avaient cependant un culte moins sanguinaire, et leur croyance portait l'empreinte d'un dualisme très prononcé, qu'on rencontre encore aujourd'hui chez quelque* nations de cette vaste contrée. Ou prétend cependant que les Cahetès n'ont ni culte ni croyance religieuse quelconque.
Les peuples du haut Orénoque , de l'Atabano et de l'Inirinda, n'ont, comme les anciens Germains et les Perses, d'autre culte que celui de-> forces de la nature; ils appellent le bon principe Cachimana ; c'est le manitou, le grand-esprit, qui règle les saisons et favorise les récoltes. A côté de Cachimana , il y a un mauvais principe Iolokiamo , moins puissant, mais plus rusé, et surtout plus actif. Sur les rives de l'Orcuoquc, dit H. d* llumboldt, il u'existe pas d'idole, comme ohm tous les peuples restés fidèles au premier culte de la nature; mais le botuto , ou la trompette sacrée, est devenu un objet de vénération. Pour être initié aux mystères du botuto et devenir piache ou jongleur, il faut avoir des mœurs pures et être reste célibataire. Les initiés se soumettent à des flagellations , à des jeûnes et à des exercices pénibles. H n'y a qu'un petit nombre de ces trompettes sacrées. La plus anciennement célèbre est celle d'une colline placée pu s du confluent du Tomo et du Guaynia ou Rio-Negro. Il n'est pas périma aux femmes de voir l'instrument merveilleux; elles sont exclues de toutes les cérémonies du culte. Ni l'une d'elles a le malheur de voir la trompette, elle est tuée sans pitié.
Les Sioux, les Chippaways, les Saukis, les Renards, les Winebagos, les Menomenes et autres sauvages de l'Amérique-du-Nord, croient peut être tous à un grand-esprit, mais il n'v a pas un sauvage qui n'ait >on
manitou favori, de son choix, ou dans un animal , ou dans un arbre, ou dans des herbes, ou dans des racines; et dans la même tribu , le manitou d'un sauvage n'est presque jamais celui d'un autre. Chaque chef de famille, chaque vieille femme, et presque chaque individu, a sa collection d'herbes, de racines médicinales , et c'est ce qu'ils appellent sac de médecine , regardé par eux comme le sanctuaire d'une quantité de divinités. Ils gardent soigneusement ce sac dans leurs tentes, et quand ils sont en marche et à la guerre, ils ne s'en séparent jamais. Chez plusieurs de ces mêmes peuples, quand ils sont sédentaires pendant une portion de l'année, il y a des loges où des filles sont chargées de veiller à la conservation du feu qui y brûle au milieu, comme le faisaient autrefois les vestales à Rome, les vierges du soleil au Pérou, les gardiens du Prytanée à Athènes et comme le pratiquent encore de nos jours les Guèbres de la Perse et de l'Inde. Il paraît qu'ils le consacrent au soleil, ou qu'ils le regardent comme l'emblème de cet astre vivifiant
La religion des Araucans, des Natchez, des Chactas, et d'autres nations indigènes, est une espèce de sabeisme. Les Cabans font les gestes les plus extravagans en adressant leurs prières à l'être suprême, qu'ils implorent tous les matins. Les Knistenaux regardent comme des esprits les brouillards qui couvrent les marais de leur pays. Les Cheppewyans croient descendre d'un chien , et recardent cet animal comme sacré; ils se figurent le créateur du monde sous la figure d'un oiseau , dont les yeux lancent des éclairs et dont la voix produit le tonnerre. Les idées d'un déluge et de la longue vie des premiers hommes leur sont héréditaires.
Chez plusieurs sauvages de l'Amérique-du-Nord et même chez quelques* uns de l'Aroérique-du-âiid , le fanatisme donne lieu à des scènes non moins cruelles que celles, qui depuis des siècles ensanglantent les rives du Gange, lorsque les Hindous célèbrent le courrack-pouja. Nous citerons entre autres la grande danse de médecine ou de pénitence , célébrée tous les ans au mois de juillet par les Minetares, qui habitent le long du Missouri. Dans cette féte horrible, on voit les pénitens se mutiler, ou prier leurs prêtres de leur enlever avec un couteau des morceaux de leur chair; l'un fait enlever la peau par bandes; un autre vent que la coupure sok en forme de croissant; un troisième se fait percer l'épaule et y fait passer une courroie qui traîne par terre , et à laquelle est attachée une tète de bison ; d'autres encore se percent de flèches les parties musculeuses des bras , des jambes , et même du corps. Les malheureux qui se mutilent ainsi par pénitence chantent ou se lamentent, mab sans se plaindre des torture» qu'il subissent volontairement. Les M bayas , les Guanas , les Payaguas et autres nations du Paraguay, célèbrent une fête non moins cruelle. Les hommes se pincent les uns les autres aux bras, aux cuisses et aux jambes, en saisissant avec leurs doigts le plus de chair qu'ils peuvent, et ils percent d'outre en outre ce qu'ils ont pincé, avec un éclat de bois ou une très grosse arrête de raie. Ils se répètent de temps en temps cette opération jusqu'à la fin du jour, de manière qu'ils se trouvent tous lardés de la même façon et de pouce en pouce sur les deux cuisses , les deux jambes et les deux bras depuis le poignet jusqu'à l'épaule. On ne finirait jamais si l'on voulait mentionner toutes les extravagances et toutes les bizarreries cruelles enfantées par l'ignorance et la superstition chez les peuples indigènes de celte partie du monde.
Le christianisme, qui étend sa bienfaisante influence sur tout le Nouveau-Monde,-depuis les Terres-Arctiques jusqu'au-delà des confins de la Patagonie, offre les subdivisions suivantes : V Église Catholique est dominante dans i'erapire du Brésil et dans toute l'Amérique ci- devant Espagnole , par conséquent dans tous les nouveaux états qui se sont élevés sur les débris des colonies fondées par les Espagnols, et que nous avons indiqués à l'article Division politique. Mais il faut avouer que dans quelques villages éloignés des grandes villes du Mexique, de la Colombie, du Pérou , etc. , les indigènes conservent leurs anciennes idoles à côté des saints que les prêtres espagnols leur ont apportés; ces gens superstitieux couronnent encore de fleurs les objets de l'ancien culte et leur adressent de préférence des prières secrètes; on assure qu'en quelques endroits l'adoration même du soleil à son lever est pratiquée en cachette. La religion catholique est aussi celle que professent les habitans de la république d'Haïti , ceux du Bas-Canada , des fies Trinité , Sainte-Lucie , Tabago et autres parties de l' Amérique-Anglaise, ainsi que d'une portion considérable des États-Unis, surtout du Maryland et de la Louisiane. Les Églises É piscopale ou Anglicane, Presbytérienne , Réformée et Luthérienne dominent dans les États-Unis et dans l' Amérique-Anglaise. La plus grande partie des habitans des Possessions Danoises et Suédoises professent le luthéranisme , tandis que presque toute la population des Possessions Hollandaises suit les dogmes du calvinisme. \JÉglise Grecque orthodoxe est dominante dans l* Amérique-Russe. Dans les États-Unis et dans l'Amérique-Anglaise, on rencontre des disciples de toutes les sectes nées parmi les prolestans; les méthodistes , les quakers , les baptistes , etc., etc., sont les sectes qui comptent le plus de croyans; ces trois sectes ont fait même beaucoup de prosélytes parmi les Nègres, surtout dans l'Archipel des Antilles.
Le Judaïsme n'est professé que par un petit nombre d'individus; les États-Unis , les Antilles-Anglaises , Hollandaises et Françaises , et les Guyanes Hollandaise et Anglaise sont les pays, où les Juifs sont le plus nombreux.
OOIHTIRjnEKCirT. L'Amérique , lors de l'arrivée des Espagnols, offrait toutes les nuances de gouvernement , depuis le despotisme paternel des Incas jusqu'à l'indépendance la plus absolue qu'on rencontre encore parmi les tribus les plus abruties , où chaque individu ne dépend que de lui- même. On doit cependant faire observer que le gouvernement de presque toutes les nations indigènes, quel que soit l'état de leur civilisation, se présente toujours sous des formes adoucies, qui contrastent singulièrement avec le despotisme qui règne en Asie et en Afrique, même parmi presque toutes les nations les plus policées. Si le florissant empire du Pérou était régi par un despotisme théocratique ; si le plateau de Cundinamarca offrait, chez les Muyscas comme chez les Japonais, un pontife et un roi absolu , le gouvernement des Natchez était théocratique , et celui du puissant empire Mexicain ressemblait plus à celui de nos monarchies féodales du moyen âge qu'aux empires despotiques de l' Ancien-Continent. Tlasoala, Cholula et Huetxocingo étaient des républiques, et l'on peut considérer comme telles les petits états formés par les féroces peuplades qui dominaient les côtes orientale et septentrionale du Brésil , chez lesquelles rien ne se décidait qu'à l'unanimité des voix.
Maintenant, la plupart des nations indépendantes de l'Amérique forment autant de petites républiques, avec des chefs tantôt électifs, tantôt héréditaires ; quelques-unes , réunies ensemble , forment des confédérations telles que la fameuse confédération des Cinq-Nations , celles des Sioox, des Arrapahoes, des Criks-Supérieurs, etc. Le gouvernement des Osages , des Kanses , des Panis ou Padoucas , des Mi&souris , des Maha ws , des Otos, des Guaycurus et de plusieurs autres nations, est une espèce d'oligarchie républicaine. Le gouvernement des Araucans présente un mélange iSaristocrtdie et de démocratie; et celui des Tchcrokis offre déjà une imitation de l'administration intérieure des États-Unis. On peut dire en général que les nations indigènes indépendantes vivent sous un gouvernement patriarcal , et que leurs chefs , électifs chez les uns et héréditaires chez les antres , ne jouissent que d'une autorité très bornée. C'est ordinairement le plus brave guerrier, le chasseur le plus habile et le plus courageux que ces tribus choisissent pour chef.
Les Amériques Anglaise , Française, Espagnole, Hollandaise, Danoise, Russe et Suédoise offrent , à quelques modifications près , les formes administratives de leurs métropoles respectives. Les États-Unis forment une puissante confédération de a 4 républiques, se gouvernant chacune par ses autorités locales pour tout ce qui concerne les relations civiles et municipales, mais sujettes à une autorité centrale pour tout ce qui regarde la défense commune, la politique extérieure, les douanes et les postes. La constitution Anglo-Américaine qui a servi de modèle aux confédérations des États-Unis du Mexique et des États-Unis de l' Amérique-Centrale, est désirée par un puissant parti dans les Provinces- Unies du Rio de la Plata , et a servi de prétexte à des troubles graves dans la Colombie. Cette dernière paraît même sous peu devoir former une fédération plutôt qu'une république. Le Pérou, la Bolivia, le Chili, le Nouvel-État Oriental de fUraguay et Haïti, sont des républiques, dont les formes administratives ressemblent beaucoup à celles des États-Unis. Toutes ont un congrès divisé en deux chambres, celle des représentais et celle des sénateurs; cette dernière est présidée par le chef de la république , qui a le titre de premier président. L'empire du Brésil est une monarchie constitutionnelle , dont le pouvoir législatif réside dans l'empereur, le sénat et la chambre des députés ou représentai des provinces. Le Paraguay est une véritable monarchie despotique; le docteur Francia, qui la régit , prend depuis plusieurs années le titre de directeur.
XJTDU8TH.IX. C'est une grande erreur assez répandue en Europe que de regarder tons les indigènes de l'Amérique non convertis au christianisme, comme errans, vivant de la chasse et de la pèche et privés entièrement des arts les plus indispensables à la vie sociale. Quoique depuis long* temps les peuples Américains les plus avancés dans la civilisation, se soient éteints, ou aient adopté les religions, les lois et la civilisation de l'Europe, on ne peut raisonnablement révoquer en doute les progrès, que plusieurs nations indigènes avaient faits dans les arts et dans les institutions sociales. Les historiens de la découverte de l'Amérique nous ont transmis une foule de faits, qui attestent l'existence de ces dernières dans le Pérou, la Nouvelle-Grenade, le Mexique, le Guatemala, et les monumens conservés encore sur les plateaux de Cuzco, de Cundinamarca et d'Anahuac, ainsi que les imposantes ruines des villes del Palenqué et de Tulha, au
milieu des solitudes de l'état de Chiapa, prouvent sans réplique combien ces prétendus sauvages avaient dù cultiver les arts que suppose leur construction. De nos jours , les peuples indigènes , soumis presque tous aux nations de l'Europe et à leurs descendans , n'offrent, dans le petit nombre de peuplades indépendantes, répandues sur des territoires que ces derniers regardent comme enclavés dans leurs possessions, que des nations ou entièrement abruties ou marchant lentement vers la civilisation. Les Tcherokis, les Criks ou Moskoghis, les Chactas, les Osages, les Yutas, les Yabipaï, les Moqui, les Casas-Grandes, les Araucans et quelques autres, ont un gouvernement régulier, exercent l'itgriculture et les arts les plus indispensables à la vie sociale, savent travailler l'argile pour faire de la poterie et de la faïence peintes. Le goût de ce genre de fabrication semble même avoir été jadis commun aux peuples indigènes des deux Amériques. Les poteries des Maniquarez, dit M. de Humboldt, célèbres depuis un temps immémorial, sont encore travaillées par des femmes, suivant la méthode employée avant la conquête. Les Maypures, les Guypunabis, les Caribes, les Ottoinaques, les Guanos et autres peuples sont connus pour fabriquer de la poterie peinte. Le Mapoyes, les Parecas, les Javaranas, les Curacicanas, les Macos indépendans et une foule d'autres peuples de l'Amerique-du-Sud, ainsi que plusieurs de l'Amérique-du Nord , cultivent sur un territoire assez étendu des bananes, du manioc, du maïs, du coton , et savent employer ce dernier à tisser des hamacs ou à faire de la toile grossière pour s'habiller. Ceux qui vivent sous un climat froid savent préparer les fourrures qui leur servent d'habillement, et qui forment même 1 objet d un commerce très important avec les uations d'origine européenne. Selon La Pérouse, les habilans du Port-des- Français savent même travailler le fer et le cuivre; ils fabriquent à l'aiguille une sorte de tapisserie, nattent avec beaucoup d'art et de goût des chapeaux et des corbeilles de roseaux, taillent, sculptent et polissent la pierre serpentine. Les habitans de la baie Tchinkitane , montrent une certaine adresse dans la tannerie , la sculpture , la peinture et les arts. Toute l'industrie des nations les plus abruties se borne à la construction de leurs misérables cabanes , de leurs grossiers canots et à la fabrication de leurs arcs et de leurs flèches; ces nations vivent exclusivement du produit de leur chasse et de leur pèche ; elles voient tous les jours diminuer leur nombre et sont refoulées dans les forêts par la marche progressive de la civilisation des moins sauvages et des établissemens des Européens.
c'est depui
I*s Anglais, les Français et les Allemands y ont importé leur ii C'est aux Etats-Unis , où elle a pris le plus grand essor, où depuis ques années le Rhode-Island , le Massachusetts, le Connecticut, la . sylvanie, le New- York, le New- Jersey et l'Ohio offrent des produits, qui égalent presque ceux des meilleures fabriques et manufactures de l'Europe. Parmi les nouvelles républiques de l'Amérique ci-devant Espagnole, celles qui se distinguent le plus par leur industrie sont les états de Mexico , de la Puebla, de Queretaro et de Guadalaxara, dans la confédération Mexicaine; les villes de Lima , de Cuzco et de Guamangua , dans la république du Pérou ; de Quito, de Bogota et de Caracas, dans la Colombie;
de Guatemala , San -Salvador , etc. , etc. , dans la confédération de l'Amérique-Centrale; de Buenos- Ayres, dans celle du Rio de la Plata; de Santiago, dans le Chili. Dans l'empire du Brésil, l'industrie était restée encore plus arriérée que dans la ci-devant Amérique-Espagnole ; mais depuis quelques années elle a fait des progrès sensibles dans toutes les grandes villes, surtout à Rio- de- Janeiro, à Bahia et à Pernambuco. Plusieurs arts ont pris de nos jours un développement extraordinaire à la Havane , dans l' Amérique-Espagnole, ainsi que dans les villes principales du Canada, de la Nouvelle -Écosse et du Nouveau Brunswick, dans l'Amérique- Anglaise. Les Mexicains, en outre, excellent dans la fabrication d'ouvrages de bimbelotteries en bois, en os et en cire, et dans celle des meubles aussi remarquables par leurs formes que par le choix des bois et le brillant poli qu'ils savent leur donner. L'exploitation des métaux précieux est encore dans tous les nouveaux étals de l'Amérique ci-devant Espagnole, la branche d'industrie la plus importante; mais ses produits ont extraordinairement diminué; par suite des évènemens , les travaux ayant été suspendus, les plus riches mines ont été inondées et ne sont plus exploitées, ou sont devenues d'une exploitation très coûteuse. Mexico, Guanaxuato, Puebla, Bogota , Quito, Caracas, Lima, Cuzco, Santiago, Buénos-Ayres et Rio-de- Janeiro se distinguent surtout par la manière dont on y travaille les métaux précieux. On doit ajouter que la fabrication du savon , celle de la poudre destinée à l'exploitation des mines , que la préparation des cuirs et les différentes manipulations qu'on fait subir au tabac , ainsi que les manufactures de toile grossière et de draps ordinaires emploient un grand nombre de bras dans tous les pays que nous venons de nommer. On doit aussi faire observer que la liberté de la presse ayant lait naître un nombre prodigieux de journaux, l'imprimerie se trouve actuellement répandue d'un bout à l'autre de tout le Nouveau-Continent. Nous avons déjà vu à la page 978 que cet art admirable a même pénétré chess les peuples indigènes indépendant.
COMMERCE. On peut dire que la navigation, qui est la base principale du commerce, a été inconnue de tout temps d'une extrémité à l'autre de l'Amérique, puisque aucune de ses nations indigènes ne s'est élevée audessus de la construction de simples pirogues. Cela est d'autant plus remarquable , que nulle autre partie du globe n'offre tant de fleuves navigables pendant un si long espace que l'Amérique. On peut expliquer cette singularité, en observant que les nations indigènes les plus policées de ce continent se sont établies toutes sur des plateaux , où la navigation ne saurait prospérer. Aussi remarque-t-on que les Oniaguas et les Payagttas, les seuls peuples indigènes chez lesquels cet art était un peu plus avancé que parmi les autres, appartiennent à l'Amérique- Méridionale , et vivent sur les bords de l'Amazone et du Paraguay, dont ils dominaient autrefois les rives et les affluens; mais le peu de progrès faits par ces deux peuples navigateurs dans la civilisation, ne leur permit d'avoir que de simples canots. Il est aussi remarquable de voir le courage avec lequel les Caribes insulaires et continentaux, les Tayabares et les Cahetès, tribus jadis maitresses de la ci -devant capitainerie de Pernambuco, et les Neughaïbas qui habitaient avec des Guyanas, des Mamayanas et des Yuruanas la grande île Marajo, montés sur de faibles canots, portaient la dévastation et le carnage à d'immenses distances, et livraient sur mer de terribles
combats à leurs ennemis. Les habitans de la fameuse lagune d'Itza ou del Peten dans la province de Vera-Paz , étaient aussi une nation maritime ; ils avaient un grand nombre de barques assez bien construites. Tout le monde connaît la singulière construction des bateaux des Esquimaux, et l'intelligence que montrent plusieurs peuples de la côte Nord-Ouest dans l'art de construire leurs embarcations.
Mais si parmi les peuples indigènes on ne voit aucune nation maritime » les peuples d'origine européenne présentent déjà , dans l'Amérique- Anglaise du Nord, une nombreuse marine marchande; et dans les États-Unis, nonseulement une des principales nations maritimes du globe , mais la seconde puissance commerçante du monde. Les Anglo- Américains possèdent déjà une marine militaire imposante, qui a soutenu avec honneur son indépendance contre la reine de l'Océan et a puni les puissances Barbaresques qui avaient osé l'insulter; son pavillon flotte dans tous les ports, ses pêcheurs ont pénétré dans les mers glaciales de l'un et de l'autre hémisphère, et son commerce a pris un tel développement, que ses négocians sont devenus pour ainsi dire les courtiers de l'Ancien et du Nouveau-Monde.
L'activité commerciale des Caribes , qu'un voyageur célèbre appelle élégamment les Boukhares du Nouveau-Monde ; les grands marchés établis à Tenochtitlan ou l'ancien Mexico , à Tlasoala et autres grandes villes de l'Amérique-Equinoxiale, sont à-peu-près tout ce que l'histoire du commerce de l'Amérique offre de plus important avant l'arrivée des Européens. Mais l'établissement des peuples de l'Europe dans le Nouveau-Monde commence une ère nouvelle pour cet hémisphère. La variété et l'importance de ses productions donnèrent en peu de temps une grande étendue à ses relations commerciales. Malheureusement la manière vicieuse avec laquelle on y a fait le commerce jusqu'après la seconde moitié du xvnr* siècle , a priié l'Europe et l'Amérique des immenses avantages qu'elles en auraient tirés , si on lui avait accordé la liberté dont il a joui par la suite. Le système de Galvez qui en 1778 proclama successivement la liberté du commerce entre les treize principaux ports de l'Espagne et l'Amérique ci-devant Espagnole, augmenta extraordinairement l'exploitation des mines et donna un grand développement à la culture des productions agricoles. Les progrès des colonies françaises, anglaises et portugaises, ainsi que ceux des colonies des autres nations maritimes de l'Europe ne furent pas moins considérables, et l'indépendance des treize provinces de l' Amérique-Anglaise du Nord , puissamment favorisée par la France et reconnue par l'Angleterre en 1783, vint augmenter considérablement les produits de l'agriculture, le commerce et la navigation non-seulement des colonies déclarées libres , mais même du Canada , du Nouveau-Brunswick , de la Nouvelle-Ecosse et d'autres parties qui restèrent attachées à l'Angleterre. Depuis (ors, les manufactures et les fabriques de l'Europe, trouvant un plus grand nombre de consommateurs, firent d'étonnans progrès. La pèche de la baleine dans les mers australes et boréales , celle de la morue sur le grand banc de Terre-Neuve, le transport des immenses quantités de sucre, de tabac, de coton , de café , de riz , de froment , de cuirs et de fourrures exportés tous les ans pour les ports de l'Europe, et les quantités non moins considérables des produits des fabriques et des manufactures de cette dernière importées en Amérique, ont enrichi ces deux parties du monde, ont donné un prodigieux développement à l'industrie européenne et à sa marine mar-
chande, et ont fait avec raison regarder le commerce de l'Amérique comme l<> plus riche et le plus utile que l'Europe pouvait exploiter. Le soulèvement de la partit- française de Saint-Domingue, d'abord son émancipation, ensuite et plus tard la reconnaissance de son indépendance par la France; la résidence du roi de Portugal transférée de ce royaume au Brésil en 1808, et la séparation définitive qui eut lieu en i8aa de celte vaste colonie de sa mère-patrie; l'insurrection detoute> les colonies espagnoles sur le Continent, et leur organisation définitive en états indépendans de l'Espagne; le) innovations plus ou moins avantageuses qu'a éprouvées l'administration dans toutes les colonies restées attachées aux puissances européennes , et l'étonnante prospérité de l'île de Cuba, qui en fut une des conséquences principales ; toutes ces causes réunies changèrent entièrement les anciens rapports commerciaux de l'Amérique avec l'Europe et ouvrirent de nouveaux débouchés à l'industrie de cette dernière. Lm guerres sanglantes qui eurent lieu, d'abord entre les Espagnols et les colons, ensuite entre les nouveaux états, et les troubles qui les agitent intérieurement, ont suspendu ou diminué considérablement l'exploitation des mines, et ont arrête l'essor qu'avaient pris l'agriculture et le commerce. Malgré tous ces désavantages, les relations commerciales de ces deux parties du monde entre elles sont encore tellement importantes, que le commerce de l'Amérique, quoique déchu dans ces dernières années, conserve encore le rang que la richesse et la variété des productions du Nouveau-Monde lui avaient assigné dès le commencement de sa découverte. Ces résultats n'ont rien d'étonnant. De tout temps le commerce maritime a propagé la civilisation dans le monde ; mais c'est eu Amérique qu'il a réalisé sa conquête la plus grande, la plus féconde en beaux résultats. Après la lassitude produite par les croisades et les guerres stériles du moyen âge, le génie européen s'est tourné vers l'Océan, a cherché des mondes pour satisfaire son activité; et l'Amérique est devenue le grand théâtre de ses exploits militaires et de ses spéculations commerciales. Jusqu'alors le commerce borné au bassin de la Méditerranée, avait peu développé la navigation; la découverte du Nouveau-Monde, en agrandissant le théâtre, a multiplié les sources et les produits des spéculations, et a commencé l'histoire de la marine moderne. L'Amérique a sur l'Inde l'avantage d'avoir fourni à l'Europe un commerce actif ; elle a contribue plus que toute autre partie du monde à augmenter sa population , a accroître sa richesse et à développer sa puissance, tout en recevant de l'Europe les germes féconds de sa civilisation, les lumières bienfaisantes de sa religion et tous les prodiges de son industrie.
Les exportations principales de l'Amérique consistent en argent, or, cuivre, diamans, topazes, sucre, café, coton, tabac, riz, blé, cire, fourrures, cuirs, morue, cacao, indigo, vanille, quinquina , cochenille, cannelle, girofle, muscade, salsepareille, ipécacuanha, baume de copahu, gaïac et autres drogues médicinales, bois de campéche, de Fernambour ou brésillet et autres bois de teinture, mahogoni ou acajou, cèdre et autres bois d'ébénisteric et de construction, ambre, etc., etc. Les principaux articles d'iM portatiow sont : draps, toiles, étoffes de soie, velours, chapeaux, quincaillerie, armes et une foule d'objets sortis des ateliers et des manufactures de l'Europe ; eau-de-vie, vins, sel , thé, poissons salés. Ibis l'on ne peut mentionner les principaux articles du commerce de cette
partie du monde sans parler de la chasse aux hommes, exercée dans l'Amérique-Equinoxiale par des Européens dès le commencement même de sa découverte , et continuée presque jusqu'à nos jours par les Caribes , les Marepizanos, les Amuizanos, les Manitivitanos et autres nations indigènes , avec les mêmes atrocités et les mêmes horreurs qui accompagnent la traite des Nègres en Afrique et celle des esclaves dans l'Océanie. Avant les efforts louables faits dernièrement par plusieurs philanthropes d'Angleterre , de France et d'autres contrées, qui ont provoqué l'abolition de la traite des Nègres, proclamée par les rois de Danemark, d'Angleterre, de France, des Pays-Bas et autres souverains, les esclaves étaient peut-être l'article d'importation le plus considérable; le nombre des malheureux Africains arrachés chaque année à leur sol pour aller arroser de leur sueur les champs de l'Amérique, ne saurait être évalué, terme moyen , au-dessous de 100,000. Le Brésil seul a pendant plusieurs années de suite tiré de l'Afrique plus de 100,000 noirs par an. Encore dernièrement ce commerce infâme, malgré les traités et les défenses les plus sévères, se continuait avec une prodigieuse activité ; Rio -de- Janeiro, Bahia et Pernambuco en sont les grands entrepôts dans le Brésil et La Havane dans les Antilles. Il faut espérer que ce scandale cessera bientôt.
Les principales places maritimes commerçantes de l'Amérique sont : New- York , PhiUidelphie , Boston , Baltimore, la Nouvelle- Orléans et Charlésion , dans les États-Unis ; Vera-Cruz , Tampico de Tamaulipas et Acapulco, dans le Mexique; la Guayra , Poito-Cabello , Guayaquil et Carthègene, dans la Colombie ; Callao , qui est le port de Lima, dans le Pérou ; Valparaiso , dans le Chili; Buenos- Ayres , dans la confédération du Rio de la Plata; Montevideo, dans le Nouvel-État-Oriental de l'Uraguay ; Rio-de- Janeiro , Bahia , Pernambuco , Maranham et Para , dans l'empire du Brésil; Port-au-Prince , Cap-Haïtien (Cap-Français) , Les Cayes et Jacmel , dans la république d'Haïti ; La Havane et Matanzas, dans l'île de Cuba et San-Juan dans l'île de Porto-Rico, comprises dans rAmériquc-Espagnoie ; Kingstown , dans la Jamaïque; Brùlgetown , dans la Barba de , Halifax, dans la Nouvel le-Écosse , Québec, dans le Canada, Georgetown , autrefois nommée Stabroek , dans la Guyane, pays compris dans l'Amérique- Anglaise; Saint-Pierre , dans la Martinique, Point-à-Pitre , dans la Guadeloupe , îles dépendantes de l'Amérique-Française; Paramaribo, dans la Guyane, Saint- Eus tache et fVillemstadt , dans les Antilles, comprises dans l' Amérique-Hollandaise; Christianstad dans l'île Sainte-Croix et Saint-Thomas , dans l'île de ce nom , dans l' Amérique-Danoise. Ou doit méinc faire observer que, parmi les places très commerçantes que nous venons de nommer, les suivantes surtout se distinguent par la richesse et l'étendue de leurs relations commerciales : New- York, La Havane, Philadelphie, Vera-Cruz, Rio-dc- Janeiro, Bahia, Buenos-Ayres et Kingstown ; celle de New-York peut même être regardée sous ce rapport comme la seconde place commerçante du monde.
On doit ajouter en outre que toutes les grandes villes de l'intérieur de l'Amérique et surtout celles des États-Unis, de l'Amérique -Anglaise et de l'Amérique ci-devant Espagnole, font un commerce très étendu. Non? en signalons l'importance dans leur description respective.
ÉTAT SOCXAX. DIS AMERICAINS. Le Nouveau- Continent offre comme l'Ancien plusieurs foyers de civilisation indigène, mais la déter-
initiation de leur nombre, la démarcation de leurs I i m ites présentent encore plus do dif ficultés. Le silence absolu de l'histoire, la négligence des historiens de la déeouverte et delà conquête de l'Amérique, le peu de critique des anciens voyageurs, qui ont néglige de parler dans leurs relations d'une foule d'objets si nécessaires pour asseoir un jugnm ni convenable sur l'état social des nations, rendent cette tâche très difficile, pour ne pas dire impossible. La vaste érudition et la tagacité de IL de llmnholdt , les savantes nicihafifihca de MM. Castanedo, Warden, Me. Cullock , Atwatcr, Say , Mitchill, ])upnnooan, RefSneeqnej lord Kingahotough, Constancio, Jomard, etc., les laits nouveaux recueillis par M M. I)upai\ , ( alut ra . Juarros , lieul'ock , Latoui Allard , Baradère et Franck , ont jeté beaucoup de lumière sur cette importante partie de l'histoire de l'homme et nous ont encouragé à hasarder de coordonner les faits principaux qui s'y rapportent, en classant les principales nations du Nouveau-Monde, d'après les foyer* fie civilisation , qui nous paraissent pouvoir être regardés comme indigènes, et en .-.i^nalant la pari qui est due à l'influence des Européens. Cet ess.ii, destiné à faire partie de notre Tableau Physique, Moral et Politique tics cinq parties du Monde , tout imparfait qu'il est, pourra néanmoins fournir au lecteur le moyen de comparer sous cet important point de vue les peuples de l'Amérique ITec e< u\ de* antres parties «lu monde; il est pour ainsi dire le complément de ce que nous avons dit dans l'article ethnographie et dans ceux relatifs à l'industrie, au commerce, à la religion et au gouvernement des Américains.
Le Nouveau-Monde nous présente d'abord trois nations remarquables par l'étal social avancé où on les a trouvées lorsqu'elles furent subjuguées par les Espagnols. L'examen des institutions politiques et religieuses des Mexicains , des Péruviens et des Muyscas , de leurs mœurs, de l'étal auquel les arts avaient été portés chez elles , tout en signalant des différences énormes entre leur civilisation respective et la civilisation de l'Ancien Continent, surtout comparée avec celles des Grecs, des Romains et des peuples actuels de l'Europe, laissent entrevoir cependant quelques rapports atec l'état social des anciens Egyptiens , des Etrusques et des Tibétains. Querzacoatl , Manco-Capac et Rochica , dit M. de Humboldt, sont les noms sacrés des trois grands-prèlres et législateurs des plateaux d'Anabuar, de Cuzco et de Cundinamarca. Les anciennes traditions les représentent comme des hommes venus du rôlé de l'Orient d'un pa}S inconnu , et comme étant barbus et moins basanés que les indigènes au milieu desquels ils parurent. Ces hommes extraordinaires changent tout d'un coup l'état des Mexicains, des Péruviens et des Muyscas; ils réunissent les tribus errantes dans les forêts; ils enseignent aux hommes à labourer la terreaux femmes à ourdir des étoffes ; ils leur douncut un système religieux particulier et leur apprennent les arts les plus indispensables à la vie sociale; ils remplacent les usages barbares par des institutions politiques , qui rendent ces trois nations les plus puissantes et les plus policées du Nouveau-Continent. Les teocalli ou pyramides des Mexicain* et des autres peuples Aztèques , leur papier de maguey et leurs peintures hiéroglyphiques ; les temples du soleil , les cordelettes ou qulppos et les quatre grandes fêles des Péruviens ; les pèlerinages annuels à Irara et dans ses environs, devenus célèbres par les prétendus miracles de Rochica; l'inviolabilité des pèlerins, aussi sucrée sur le plateau de Bogota que dans les déserts brulans de l'Arabie et sur les bords majestueux du Gange; les imposantes mines de Milla ; des villes fortifiées et de grands monuiuens eu pierre ; le. grandes routes tracées au milieu des cordillères et les ponts hardis élevés sur les torrens les plus larges et les plus fougueux; les calendriers des Mexicains, des Péruviens et des Muyscas : tons ces faits, attestés par les voyageurs anciens et modernes, sont autant de preuves évidentes de la grande civilisation qu'a\aient atteinte ces trois peuples avant d'être soumis à l'influence européenne. L'amphithéâtre de Cojan, avec ses pyramides, ses bas-reliefs et ses colonne*; le temple de la grotte de Tibulca ; le vaste palais royal ou alcazar d'Utatlan; les places fortes de Teepangitatcmn!a et de Mixco ; les restes
imposant des vastes capitales d'Ulatlan , de Palinamil et d'Atitlan, ainsi que des forteresses de Parraquin, deSocoleo,d'Uspanllau, déposent en faveur de l'état social auquel s'étaient élevés les Quiches, les Kachiqueles, les Zutugiles et autres nations du Guatemala. A côté de ces peuples il faut aussi placer les Ckapanèques, les Merfxt, les Itxaez, les Zttpoli que s , les Tarasques dans le royaume de Meehoacan , les habita ns des républiques de Tlascala , de Cftolula et de Huetxocingo , dont la civilisation rappelle l'état social des Mexicains. C'est encore à ce foyer qu'il nous parait devoir réunir le Gbola et le Quivira , contrées non moins célèbres par les fabuleuses richesses qu'on leur a attribuées que par l'état avancé dans lequel on a trouvé leurs habitans, visités au milieu du xvi* siècle par le frère Marc os de Niza et par Francisco de Coronado , comme aussi les Moqui , dont la ville principale, située sur les rives du Yaquesila, offrit à la vue d'autres religieux espagnols, qui la visitèrent beaucoup plus tard, une population nombreuse, des places publiques et des maisons à plusieurs étages. C'est encore avec ces peuples qu'il parait plus convenable de classer ces nations vêtues de la cote du Nord-Ouest , visitées dans la seconde moitié du xvm° siècle, chez lesquelles on a trouvé des habitations à deux étages , ornées de sculptures et de statues en bois, des espèces de temples , des monumens en l'houneflr des morts , et de grands tableaux peints sur bois, des flûtes ou sifflets de Pan à onze tujttux, et des pirogues construites très artistement.
Les Natchez et quelques autres nations , au nord de l'cquateur, les Araucans et quelque autre peuple au sud de ce cercle, présentent d'autres genres de civilisation , qui paraissent s'être développés indépendamment de toute influence des Mexicains, des Quiches, des Mu)scas, des Péruviens et des autres nations civilisées que nous venons de nommer. Les Araucans, si différens de tous ces peuples , uous retracent même, comme le dit un savant • • très distingué, M. Walckenaer, les vertus et les mœurs des temps héroïques de la Grèce. Plusieurs roonumens épars sur la vaste surface du Nouveau-Monde, à d'immenses distances les uns des autres, et dans des contrées naguère encore habitées, ou parcourues actuellement par des nations tout-à-fait sauvages ou très peu avancées dans la civilisation , signalent au philosophe Y existence d'autres foyers de civilisation d'un genre tout diiféreut. Le silence de l'histoire a ouvert de nos jours un vaste champ aux conjectures et aux systèmes; plusieurs savans très distingués ont traité ce sujet , mais sans avoir pu offrir encore des résultats satisfaisans. Ce qui nous parait démontré , c'est l'existence de plusieurs nations dans un état social très différent, à des époques, tantôt éloignées tantôt contemporaines, mais toutes de beaucoup antérieures a la découverte de l'Amérique par Colomb. Ce sont ces nation» inconnues qui paraissent avoir élevé ces nombreux tumuli, ces forts carrés, ces immenses retranchemeus découverts sur le territoire de l'Union depuis le lac Ontario jusqu'au golfe du Mexique et entre les Alleghcny et la chaîne Missouri-Colombienne (Rock y Mountains). Des conjectures assez généralement admises s'accordent à regarder les AlUgheoai (Allighewi) comme le peuple auquel on doit ces constructions; on lui attribue aussi le vase ou l'idole à trois tètes semblable à la trimourti ou trinité indienne, le buste assez ressemblant aux bourkbans des Bouriètes, trouvé il y a quelques années près de l'Ohio , les momies tirées de la caverne du Mammouth et les sculptures gravées sur les rochers , dont nous parlerons dans la description de l'état de l'Ohio. D'un autre coté les figures symboliques qui couvrent les rochers granitiques le long du bas Oréuoque, sur les rives du Cassiquiare, et entre les sources de l'Essequebo et du Rio-Branco , lieux qui ne sont occupés depuis long-temps que par des hordes barbares, qui errent dans ces solitudes et qui n'ont aucuu moyen d'exécuter de semblables travaux, paraissent aussi devoir être attribuées à une autre nation inconnue, qui depuis long-temps a cessé d'exister. Quelques-unes de ces sculptures grossières, dit M. de Humboldt «sont liées aux intéressantes traditions des Tamanaques relatives à la croyance d' 'Àmalivaca , qui est le personnage mythologique de l'Amérique barbare équinoxiale aussi étranger à celte nation que Manco-Capac , Bochica et Quetzacoatl l'étaient aux Péruviens, aux Muyscas et aux Mexicains.
Les traditions populaires recueillies par les premiers voyageurs et dernièrement encore par un savant naturaliste, auquel ou doit la mesure des plus hautes montagnes de l'Amérique, s'accordent à attribuer à uu peuple inconnu les constructions gigautesqUes élevées dans les environs de Cuzco et dans ceux du lac Titicaca, long-temps avant l'apparition de Manco-Capac sur ces hautes plaines. Mais ici nous devons signaler un fait curieux et
de la plus haute importance pour l'anthropologie; c'est que les crânes de cette nation inconnue, trouvés par M. Penttand dans les tombeaux, etdout plusieurs oruent la grande collection craniologique de M. le baron Cuvier, se distinguent de ceux de toutes les autres races connues par leur extrême dépression et par l'avancement extraordinaire de leurs mâchoires. Mais aucun de ces débris d'une civilisation antérieure non-seulement à l'histoire , mais même à presque lontes les traditions du Nouveau-Monde, ne mérite l'attention du philosophe comme les ruines des grandes villes de CuUmaean (Palenqué) et de Tulha, découvertes vers la moitié du xvm* siècle dans les solitudes de la province de Chiapa , et dessinées plus tard par le colonel Dupaix; on les regarde justemeut comme les plus magnifiques de toute l'Amérique. Leurs sculptures remarquables par les sujets qu'elles représentent le sont aussi par la construction particulière qu'offre la tôte de leurs ûgures : c'était sans doute une autre race, entièrement différente de toutes celles que l'on counait, qni habitait ces contrées et qui éleva ces édifices. Ses temples, ses tombeaux, ses aqueducs, ses pyramides, ses bas-reliefs ornés de caractères eu signes ûgures, et les dimensions colossales de ses constructions autorisent à appeler cette ancienne ville de Culhacau la Thèbes Américaine.
L'examen de l'état social dans lequel on a trouvé lotis les peuples que nous venons de nommer, et la comparaison de leurs monumeos avec ceux de l'Asie et de l'Afrique ouvriront, un jour, non-seulement un champ immense aux conjectures sur leur origine, mais ils nous paraissent déjà signaler au philosophe d'assez probables communications entré différentes parties des deux continens , à des époques que l'on n'a encore aucun moyen de déterminer. S'il est vrai , comme quelques sa vans et quelques esprits ingénieux l'ont avancé, que les temples pyramidaux des Mexicains et d'autres peuples de l'Amérique- Centrale, que les systèmes politiques et religieux de ces mêmes peuples, des Péruviens et des Muyscas, que leurs calendriers astronomiques et leurs almanacbs astrologiques si compliqués , que le développement extraordinaire de leur système féodal et la division de leur population en castes, que leurs couvens d'hommes et de femmes, leurs congrégations religieuses suivant une discipline plus ou moins sévère, que leurs traditions enfin et leurs quippos paraissent porter l'empreinte d'anciennes relations avec différentes coulrées de l'Asie , d'un autre côté les constructions massives et un grand nombre de sculptures colossales accompagnées de légendes en signes figurés , trouvées dans le Guatemala et le Yucatan , nous rappellent forcément les immortels motiumens de l'ancienue Egypte, tandis que les momies, découvertes en plusieurs parties de l'Amérique, semblent nous reporter, les unes aux îles Sandwich et jusqu'à celles de Fidji , au milieu de l'Océan ie, à cause des tissus qui en forment l'enveloppe, les autres à l'archipel des Cauaries, dans les parages de l'Afrique, par leur frappant rapport avec les momies des Guanches, peuple entièrement éteint , mais compris dans la grande famille atlantique , répandue encore de nos jours dans toutes les hautes vallées de l'Atlas. Ce sont surtout les monumens de Palenqué, qui paraissent laisser peu de doute sur les anciennes communications des deux mondes même entre le Guatemala et l'Egypte. Du moins c'est l'opinion très probable d'un juge très compétent. M. Jomard, qui a décrit sur les lieux les monumens élevés par les Pharaons dans la vallée du Nil, et étudié sur les nombreux dessins de M. Castanedo, rapportés par M. Baradère, ceux de la Tbèbes Américaine, s'exprime sur ce point de la manière la plus positive en répondant aux questions que nous avons eu l'honneur de lui adresser. • Quand on a étudié avec soin, dit ce savant célèbre, le mode de sculpture égyptien , c'est-à-dire, la sculpture en relief plat et la sculpture en relief dans le creux , ce siugulier système d'un relief très faible, même dans les sculptures colossales ; quaud on considère encore le système général des tableaux égyptiens sculptés et peints; celui des encadremens des tableaux ; l'emploi des légendes ou signes de l'écriture , distribués par colonnes verticales et horizontales; le genre des poses et des altitudes profilautes, le choix des attributs el des accessoires; la forme de certains meubles, et bien d'autres caractères de ces tableaux, que j'ai retrouvés dans les sculptures en bas-relief de Palenqué, je dis que les rapports sont presque incontestables. » Nous verrons plus bas dans la description de l'élat de Chiapa, qu'un savant très distingué, notre ami M. Constancio, avait déjà émis cette opinion.
Mais on ne peut s'occuper des nations civilisées de l'Amérique sans |>arier des Européens. Celte race, qui depuis tant de siècles est à la tête de la civilisation , n'a encore fait
sentir sur aucune partie du monde sa préjxmdéranrc morale et politique d'une manière plus complète que sur le Nouveau-Monde. Nous avons déjà Mgnalé i la page 969 l'immense développement qu'elle a pris d'un bout à l'autre du Nouveau-Continent et sur les vastes terres qui eu dépendent. Langues, religions, lois, gouvernemens , usages, mœurs, sciences, arts, animaux, végétaux, tout y a été importé; c'est pour ainsi dire une nouvelle Europe, qui en moins de trois siècles s'est élevée comme par enebautement au-delà de l'Atlantique, mais avec une infinité de nuances dépendantes de la configuration physique du sol , de sou état primitif de culture et des habitudes des peuples indigènes qui l'habitent. Les lerreins élevés, par exemple , des confédérations du Mexique et du Guatemala, ceux des républiques de Colombie, du Pérou cl de Bolivia , doués d'un climat tempéré, offrent depuis long-temps la culture, les croyances, les institutions et les usages de l'Europe civilisée, à coté des produits, des restes d'usages et d'habitudes de l'ancienne civil isaliou indigène. Les plaines immenses des Etats-Unis , du Rio de la Plata et de l'empire du Brésil , couvertes de verdure, présentent des peuples entièrement pasteurs; les llanos de la Colombie nous offrent les Zambos, qui enfantés par l'union de l'Américain avec le Nègre, et deveuus de véritables Bédouins, parcourent avec leurs troupeaux ces brillantes solitudes , et scinbleut menacer par leur activité et leur audace extraordinaires les paisibles habitaus des villes, des montagnes et des bois. Cette jeuue Europe rivalise déjà d'industrie et de puissance avec l'auciennc , partout où les troubles, qui ont suivi son émancipation , ne sont pus veuu entraver la marche de son développement. Sur tous le» points les efforts réunis de la civilisation et des gouvernemens d'un côté, des entreprises commerciales et des missionnaires de l'autre, ont refoulé les hordes sauvages dans les bois, dans les montagnes ou daus les parties les plus éloignées des habitations. Ses établissemens extrêmes sout pour ainsi dire les postes avancés de la civilisation au milieu des habitations clair-semées des peuples barbares, qui peu-à-peu finissent par adopter la vie de leurs nouveaux voisins, disparaissent, ou bieu s'éloignent de plus en plus. D'un autre côté la civilisation européenne, dit M. de Humholdt, s'est répandue comme par rayons divergens des côtes, ou des hautes montagnes voisines des côtes, vers le centre de l'Amérique-du-Sud , et l'influence des gouvernemens diminue à mesure que Ton s'éloigne du littoral. Des missions uaguère encore entièrement dépendantes du pouvoir monacal , habitées par la seule race des indigènes cuivrés , forment une vaste ceinture autour des régious plus anciennement défrichées, et ces établissemens chrétiens se trouvent placés sur la lisière des savanes et des forêts, cotre la vie agricole et pastorale des colons et la vie errante des peuples chasseurs. Les Africains même, qu'un commerce infime a arraches à leur sol pour mettre en culture les Antilles et les terres chaudes de l'Amérique, après avoir brisé les chaînes du plus dur esclavage , orgauisés en uation , offrent depuis quelques anuées au milieu de la méditerranée Colombienne une puissante république, régie par de sages lois et participant à tous les avantages qui accompagnent les croyances et la civilisation de l'Europe. L'instruction publique a fait de grauds progrès à Haïti, et cette république de Noirs est incomparablement mieux régie, plus tranquille et plus heureuse que la Colombie, le Chili et Buenos-Ayres.
Mais nulle part en Amérique le philosophe ne contemple un spectacle plus imposant que celui que lui offre l'étonnante prospérité de la confédération Anglo-Américaine. C'est un véritable phénomène encore sans exemple dans les annales des nations. Grande et florissante dès sou enfance même, cette puissante confédération démontre tout ce que peut la liberté soutenue par de sages institutions, l'esprit de concorde , l'amour de la patrie , le respect pour les lois et pour la religion, l'activité et le travail assidu. Elle compte à peine un demi-siècle d'existence politique, et déjà des villes riches et populeuses s'élèvent sur tous les points de ses côtes immeuses ; déjà les vastes solitudes de l'intérieur offrent des villes florissantes et de nombreux villages, et ses antiques forêts sont remplacées par des campagnes bien cultivées, que parent les plus riches dons de la nature, et alimentent les usines nombreuses, où l'on forge et travaille les métaux arrachés aux entrailles de la terre. Des édifices magnifiques, des temples somptueux, des maisons élégantes, de beaux théâtres, des places superbes décorées de beaux monumens, des canaux et des chemins en fer d'une longueur extraordinaire, des magasins immeuses, des chantiers nombreux, des ateliers de toute espèce , s'élèvent sur remplacement même des mi-
sérables cabanes de ses anciens habitans; et des milliers de vaisseaux, chargés de tous les produits des manufactures des peuples les plus industrieux et des produclious de tous les climats , sillouiieut les eaux de ses fleuves, qui ne portaient naguère que l'informe pirogue du sauvage. Fullon, l'honneur immortel de celte florissante république » a appliqué la vapeur à la navigation, et la mer du Cauada, le mystérieux Mississipi, l'immense Missouri et leurs nombreux affluens , sont parcourus par des vaisseaux a vapeur, qui rapprochent entre elles les contrées les plus éloignées, qui vivifient des coluuies languissantes établies depuis long-temps sur leurs bords, en font naître de nouvelles, et, créaul une échelle uon interrompue de stations entre la Nouvelle-Orléans et le Canada, transformèrent en quelques années , en états florissans , ces pays ua guère presque entièrement déserts. Ici tout a changé et change à chaque instant. Là où régnait la barbarie fleurit aujourd'hui la civilisation; à des peuplades de chasseurs ont succédé des nations agricoles; le commerce a remplacé le pillage; la puissance de sages lois a été subslituéc aux violences de la force brutale; et de nombreux iustituts philanthropiques et les consolations d'uue religion de paix, soulagent et confortent l'humanité, dans ces lieux mêmes où elle eut tant à souffrir de la barbarie et des superstition! atroces des anciens habitans. Ou ne peut admirer assez les rapides progrès qui signalent chaque année l'existence de cette nouvelle Europe, riche de toute l'instruction et de toute l'activité de l'ancienne, et qui semble même vouloir les surpasser. Il n'est pas de contrée sur le globe , quelques pays de la confédération Germanique et du nord de l'Europe exceptés, qui possèdent des moyens d'enseignement aussi multipliés que celle partie de l'Amérique, où l'état de New- York vient même d'offrir le pbéuomèoe unique dans les annales du monde civilisé, de compter plus d'écoliers qu'il n'a d'eofans sur sou territoire. Les savantes écoles de médecine à Philadelphie , à New- York, à Boston et à Baltimore; les académies des besux-arts de Philadelphie, de New- York et de Iloslou ; l'école militaire de W est-Point , imitation de la célèbre école polytechnique de Paris; les universités des principaux états , les collèges plus ou moins nombreux dans tous, complètent les études élémentaires faites par une jeunesse aussi nombreuse que docile dans des écoles primaires multipliées sur tous les poiuts. La société philosophique américaine à Philadelphie , celles des sciences et arts , et des autiquaires à Boston ; la société philosophique de New-York, les sociétés d'agticullure de Philadelphie et de New-York, l'institut américain de Washington, celui d'Albany et plusieurs autres étabiissemeus de ce genre, rivalisent déjà , par leurs savaus mémoires, avec les instituas oorrespondaus de la vieille Europe; et les musées, les collections d'histoire naturelle, les bibliothèques et les athéuées qui s'établissent dans toutes les villes priuci pales de la confédération, sont autant de garaus des progrès que les sciences et les arts devront à ces enfans de l'Europe. Chaque citoyen veut s'instruire, veut connaître les alfairesdu corps politique dout il fait partie ; et plus de 800 écrits périodiques , nombre presque égal au tiers de la totalité des productions de ce genre qu'on publie dans tout le monde civilisé, se chargent de remplir ce double objet, et forment la partie principale d'un commerce de librairie, dont la valeur égale presque celle de ce même commerce dans toule l'Europe Méridionale. Enfin, en moins d'un demi-siècle, la confédération Anglo-Américaine a vu quadrupler sa population , doubler presque le nombre de ses étals et l'étendue de sou territoire ; elle eu a complété la reconnaissance géographique par les mémorables explorations failes |>ardes officiers intelligeus; elle a réuni, par d'immenses et nombreux canaux, l'Atlantique à la mer du Canada et les principaux fleuves entre eux , et sillonné en plusieurs sens par de longs chemins en fer plusieurs parties de sa vaste surface; elle s'est déjà établie sur les rives du Grand-Océan , a déjà civilisé plus d'une horde barbare , et soutenu avec honneur son indépeudanec contre la reine de I Océan ; elle a créé uue mariue militaire imposante, qui fait respecter son pavillon sur toutes les mers , et a déjà puui les puissances Barbaresqucs qui avaient osé l'insulter; et, sans colonies lointaines, elle a douné uu tel développement à son commerce et à sa marine , que ses négociai» sont devenus les courtiers de l'Aucien et du Nouveau Continent, ses pêcheurs ont pénétré dans les mers glaciales de l'un et de l'autre hémisphère, et sa marine marchande , qui ne le cède qu'à la marine anglaise, est déjà supérieure à celle de toutes les autres nations du globe. Jamais de semblables merveilles n'ont été enfautées en si peu de temps , même par les plus puissans monarques et après plusieurs règnes de gloire.
ARRÉGÉ DE GÉOGRAPHIE.
L'histoire de l'homme nous présente dam cet hémisphère quelques contrastes asset frappa os, qui lui donnent un caractère tout particulier et qui méritent d'être signales. Nous voyons par exemple, dit M. de Huroboldt, l'usage du papier de pite ou maguey très commun chez les peuples de la race Aztèque et Tottèque dès les temps les plus reculés , tandis que les Grecs et les Romains, à l'époque même de leur plus grande splendeur, éprouvaient des difficultés pour se procurer du papyrus. Les Toltèques , que ce voyageur célèbre appelle élégamment les Pelages du Nouveau Monde , les ChichJmèquts , les JVahuattaques, les Acolkues , les Tlascaltèques et les Aztèques firent des migrations du nord au sud du Nouveau-Continent presque contemporaines à celles qui eurent lieu dans la partie occideutale de l'Ancien-Continent; mais, par une singularité bien remarquable, au lieu d'y apporter , comme celles-ci , la ruine et le carnage , au lieu d'y étouffer la civilisation, les migrations américaines y marquent leur passage par la culture, les arts et les institutions sociales, dont il reste encore des vestiges incontestables parmi les peuplades de la côte Nord -Ouest. Un autre fait non moins remarquable, c'est que le Danemark, la Suède et la Russie étaient encore plongés dans la plus profonde ignorance, lorsque les peuples du plateau d'Aoahuac avaient déjà fait d'assez grands progrès dans la civilisation , et jouaieul un rôle si brillant parmi les nations du Nouveau-Monde. Mais malgré l'usage des peintures hiéroglyphiques répandu d'un bouta l'autre de l'Amérique, aucune nation, pas même la Mexicaine, dont la peinture symbolique était plus perfectionnée et qui possédait même quelques germes des caractères phonétiques dans la représentation des noms propres, ne s'est élevée à l'invention d'un seul alphabet , ni même d'un système d'écriture semblable à celui des Chinois, tandis que nous voyons les autres parties du globe nous offrir tant d'alphatiets inventés i différentes époques, avec des formes si variées, et d'après des systèmes si différons. Cependant nous avons vu tout récemment les Tcberokis ( Cberokees ) faire de grands progrès dans la civilisation et créer nn alphabet pour écrire leur propre langue; cet alphabet est en grande partie syllabique. Il est aussi curieux de voir la culture des céréales, la vie pastorale et l'usage du lait se perdre sur l'Ancien- Continent dans la nuit des temps , tandis que les hahitans de l'Amérique avant l'arrivée des Européens ne cultivaient d'autres graminées que le maïs ou zéa, n'élevaient aucun troupeau et ne se nourrissaient d'aucune espèce de laitage, quoique des pâturages aussi vastes qu'abondans et deux espèces de bœufs indigènes dans l'Amérique du-Nord , eussent pu changer les sauvages chasseurs en bergers paisibles, et remplacer par l'usage du lait une nourriture moins abondante et achetée par tant de peine» et de dangers.
La propagation étonnante des chevaux et des bœufs européens, soit domestiques, soit devenus sauvages, a produit une véritable révolution dans la manière de vivre de plusieurs nations américaines. Les Guayxurus , les Cfiunchi, les Leuvuches , les Huiltickes et les Pehuenche an sud , les Jetons , les A poches , les Cumanches et les Tancards au nord , giace au cheval qu'ils ont su dompter et dont ils possèdent de nombreux troupeaux, sont devenus de 'véritables Tartares. Montés sur ces animaux, ils font de fréquentes excursions à de très grandes distances , et répandent partout le pillage et la désolation. Les Abipons* les Minuanos et \t» Charmas dans la ci-devant vice-royauté de Buénos-Ayres , et , parmi les nations Colombiennes, les Outlachouts (Ootlashoots), les Tchopounnich (Chopnunish) , les Chochonis (Shoshooees) et les SokulAs, ensuite les Echelouts (Esbeloots), les Enechures (Eneshures) et les Tchillouckittequaus (Chilluckittequaws) possèdent aussi un grand nombre de ces utiles animaux , dout ils se servent constamment dans leurs courses et dans leurs guerres. Les Peons espaguols dans la confédération du Rio de la Plata et les Sertoaejot portugais daus les provinces brésiliennes de San-Pedro, de San-Paolo, de Pernambuco et de Rio-Grande-do-Norte se vouent entièrement à garder les plus grands troupeaux de lxrufs du globe , et ont acquis par ce genre de vie toute la férocité des nomades de l'Asie. Occupés sans cesse à monter à cheval , à jeter le lacet et à rassembler les bestiaux , ces hommes féroces , mais hospitaliers, ont contracté des habitudes inconnues aux nations civilisées dont ils descendent, et croupissent dans la plus profonde ignorance. Il est juste cependant de faire observer que parmi ces pitres, ceux de la Randa-Orientaîe, qui vivent loin des femmes, au milieu d'immenses solitudes sont les plus abrutis et les plus vicieux , tandis que les paisibles bergers du Tu eu m an qui vivent réunis en petites peuplades, offraient, avant les guerres qui désolent ces vastes plaines, les mœurs innocentes de l'antique
DESCRIPTION DI L'AMÉRIQUE
Arcadie ; de jeunes couples , dît ur géographe célèbre , y improvisaient mémo au son d'une guitare des chants alternatifs dans le genre de ceux que Tbéocrite et Y irgile ont tant embelli.
Nous avons signalé ailleurs les singularités les plus remarquables qu'offrent les peuples barbares ou sauvages de l'Amérique. Ici nous nous arrêterons un instant pour contempler cette foule de nations si différentes pour la langue, les mœurs, les usages et les croyances religieuses, mais presque toutes nomades et belliqueuses, qui vivent dans la Région nommée Missouri-Colombienne daus Y Atlas ethnographique du Globe; elle embrasse les vastes solitudes de la partie moyenne de l'Amérique-du-Nord comprise entre le Mississipi et le Grand-Océan. Nouscroyous devoir le faire d'autant plus, que, à l'exception des peuples Esquimaux et de quelques autres peuplades des deux Amériques , ce que nous eu dirons peut s'appliquer jusqu'à un certaiu point à toutes les autres nations non civilisées du Nouveau-Monde. Semblables sous plusieurs rapports aux grandes nations nomades de I* Asie-Moyenne, ces nations en diffèrent essentiellement par leur nombre très borné, par la s ie pastorale qu'elles ne connaissent guère , et par leur état social beaucoup moins avancé. Inutilement les vastes plaines du Missouri et de ses grands affluens et le superbe bassin de POregon ou Colombia se parent chaque année de pâturages abondans, de plusieurs végétaux utiles à la vie sociale, et sont parcourues par d'immenses troupeaux de busufs musqués, de bizous et de chevaux. Leurs stupides habita ns végètent au milieu de ces trésors que la nature bienfaisante étale devant eux , sans songer à en tirer aucun parti. Livrés à-la-fois à tous les maux qu'entraînent la disette et l'état de guerre perpétuelle dans lequel elles vivent, ces nations abruties ajoutent à leurs souffrances celles que leur imposent des superstitions et des usages aussi absurdes que barbares. Les produits de la chasse chez toutes, ceux de la pèche dans la partie inférieure du bassin de l'Oregon ou Colombia, et ceux d'une agriculture encore très imparfaite chez quelques tribus qui chassent dans le bassin du Missouri, forment, à quelques exceptions près, la subsistance précaire de tous ces peuples. Quoique le voisinage et le commerce des Européens semblent n'avoir servi qu'à ajouter des maladies destructives et le vice de l'ivrognerie aux vices* et aux souffrances auxquels ils étaient déjà livrés; il est cependant juste d'avouer que quelques-unes de ces nations offrent des commencemens d'un état social , développé naturelleineut chez elles, et supérieur à celui des peuples abrutis d'autres régions du Nouveau- Moude. Le philanthrope se réjouit même en voyant la marche lente, mais toujours progressive de la civilisation européenne , et les heureux résultats obtenus depuis le commencement du siècle actuel parmi quelques-unes des nations de ce groupe. Il ne voit peut-être pas éloigné le moment où le mauque d'espace, assez vaste pour pouvoir fournir suffisamment à une subsistance précaire due à la chasse ou à la pêche, forcera ces peuples nomades à renoncer à leur vie vagabonde pour se livrer à la vie pastorale ou agricole, et jouir de tous les avantages physiques et moraux qui en sont les suites.
V anthropophagie nulle part n'était jadis plus repaudue que daus le Nouveau-Blonde, où elle paraît même avoir été en vigueur chez presque toutes les nations de l'Amérique-Méridionale. Les Tupinambas, les Tayabares, les Cahetès, les Piligoares et les Tapuyas dans le Brésil, les nombreuses nations du Pérou, avant l'apparition de Manco-Capac sur le plateau de Titicaca , et les Caribes qui dominaient dans l'archipel des Antilles et le long des côtes entre l'Amazone et le golfe de Maracaybo , sont les nations principales que f histoire signale parmi les anthropophages de cette partie du Nouveau-Monde. Maintenant l'anthropophagie y règne encore parmi les Botecudos, les Purjs, les Bougres, les Mundrucus et quelques autres tribus brésiliennes , parmi les Daricavanas , les Puchirinavis , les Manitibitanos , les Guaypunabis , les Guagas, les Carapuchos , les Guajaribts , dans la ci-devant Amérique Espagnole du Sud , et parmi quelques tribus Caribes le loug de l'Orénoqne. Les Tapuyas de la ci-devant capitainerie de Porto Seguro mangeaient même à ce qu'on assure les corps de ceux qui mourraient parmi eux, et c'étaient les devins qui étaient chargés de préparer cet horrible festin; les Capanaguas ne dévorent les chairs rôties de leurs morts, que sous prétexte de les honorer. Nous rappellerons à ce propos que cette coutume cruelle et bizarre, que les anciens auteurs attribuent aussi aux Scythes et aux Massagetes , est inconnue aux nations abruties du bassin de l'Orénoque. « L'anthropophagie , dit M. de Humboldt, n'est parmi ces peuples que l'effet d'un système de veugeauce ; ils ne mangent que des ennemis faits prisonniers dans un combat; les exemples
où . par un raffinement de cruauté, l'Indien mange ses parens les plus proches , sa femme, une maîtresse devenue inûdèle , sont extrêmement rares. » Quoique les vieillards jouissent d'une grande considération parmi les tribus à demeures fixe* et même chez plusieurs nomodes, on assure cependant que parmi les Sioux, les Assiniboîns , et les peuples chatseurs du Missouri , ainsi que parmi plusieurs autres nomades des deux Amériques, les malheureux qui ne peuvent plus suivre la tribu dans ses courses sont impitoyablement abandonnés par leurs enfans au milieu des bois, où ils meurent bientôt de faim, ou deviennent la proie des bêles féroces.
D'un bout à l'autre du Nouveau-Monde , cher les peuples non civilises, la femme, au lieu d'être la compagne de l'homme dans ses plaisirs et dans ses peines, n'est en général que son esclave et pour ainsi dire sa bête de somme. Ce sont les femmes qui supportent tous les travaux les plus pénibles, qui sont chargées de la construction des cabanes , de la préparation des peaux pour les habillemens et du transport des effets lorsque la tribu change de domicile. C'est seulement parmi quelques peuples de la grande famille colombienne , tels que les Sokttlks , les Chochonis (Shoshonces) , les Ciatsops et les Tchinnocks , ainsi que parmi les Guaycurus du Brésil et parmi un petit nombre d'autres nations des deux Amériques que les femmes sont mieux traitées , et qu'elles jouisseut même d'une considération presque égale à celle de l'homme. Les Américains n'ont en général qu'une seule femme; on prétend même que quelques nations ont en horreur la polygamie, comme les Cocamas , les Motos , les Chiquùos et les Partos. On a trouvé la polygynie en vogue chez quelques hordes iïAvanos et de Maypurrs, où plusieurs frères n'ont , comme à Ce vlan et au Tibet , qu'une seule femme en commun. Néanmoins on trouve également des peuples polygames dans les régions équinoxialcs et dans les hyperboréennes. Toutes les nombreuses bordes répandues jadis le long des côtes du Brésil, et connues sous le nom impropre de Tnpi, étaient polygames à l'exception des Tupinamhas de Pernambuco et de quelques autres , et punissaient l'adultère de la peine de mort; les Machakalis l'étaient aussi, et les Araucùns , dans le Chili , le sont encore. Les Chochonis (Shoshonees) et autres tribus de la nation Serprns (Suake) sont communément polygames, mais les femmes qui appartiennent an même homme ne sont pas généralement des sœurs comme chez les Minnetaries et les Mandanes. Plusieurs individus chez les Killamuks , les Ciatsops, les Tchinnocks (Chinnocks), les Cahilamafu et autres peuples Colombiens sont aussi polygames; de même on en rencontre plusieurs chez les Chipiouans, nation nombreuse et hyperboréenne qui vit à côté des Esquimaux.
DIVISION. Le Nouveau -Monde, regardé sous le rapport purement géographique , offre d'abord deux grandes divisions : le Continent et les Iles qui l'environnent. On donne le nom A' Amérique-Continentale ou de Nouveau-Continent à la première ; on appelle Amérique- Insulaire la seconde. La nature et l'usage ont encore subdivisé l'Ameriquc-Contincntale en Amérique du Nord , que quelques géographes ont proposé de nommer Colombie , et en Amérique du Sud. Parmi les innombrables îles qui appartiennent géographiquement au Nouveau -Continent , et que nous avons classées dans l'article qui les regarde , il y a trois groupes qui doivent être mentionnés lorsqu'on parle des grandes divisions géographiques de l'Amérique ; ces trois groupes sont : les Terres- Arctiques , ou les îles qui s'étendent au nord du Continent- Américain ; les Antilles, que l'usage appelle improprement Indes-Occidentales ; et les Terres- Antarctiques , qui n'ont pas encore d'habitans permanens. Vovez aux pages 940 et 94 4-
La géographie politique , devant offrir les possessions respectives des difiërentes nations qui se partagent entre elles le sol du Nouveau-Monde, ne peut suivre ses divisions naturelles; elle présente aujourd'hui des groupes très inégaux, qui correspondent aux limites des divers états. Afin d'éviter les répétitions, nous réservons pour les descriptions particulières des états et pour l'introduction au tableau statistique de l'Amérique plusieurs
subdivisions que nous avons cru nécessaire de proposer, alin de donner une idée précise des divisions actuelles du Nouveau-Monde, comparées à celles qu'il offrait avant les mémorables évènemens qui de nos jours en ont entièrement changé la face. Considérée sous le rapport politique , et sans tenir compte des troubles qui agitent encore les nouveaux états, cette partie du monde offre deux divisious principales, savoir :
L'Amérique-Iivdkpeitdante t qui comprend la Corif (:tlération- Anglo- Américaine 9 nommée aussi Y Union ou les États-Unis proprement dits, la Confédération Mexicaine ou les États-Unis du Mexique, la Confédération de l'Amérique-Centrale ou les États-Unis de t Amérique-Centrale , et la Confédération du Rio de la Plata ou les Etats-Unis du Rio de la Plata; les républiques de Colombie , du Pérou, de Bolivia , du Chili , de Haïti; la république Orientale de l'Uraguajr, ou le Nouvel-Etat- Oriental de V Uruguay ; le Dictatorat du Paraguay, V Empire du Brésil et V Amérique - Indigène-Indépendante.
L'Amérique- Coloniale , subdivisée en Amérique-Anglaise , Amérique- Espagnole, Amérique-Française, Amérique-Hollandaise, Amérique-Danoise, Amérique-Russe et Amérique-Suédoise.