‹ Abrégé de géographie (volume 2)Chapitre 210 sur 320 · RÉPUBLIQUE DU PEROU · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE DU PEROU

FOirnOH A1TROHOKIQUE. Longitude occidentale, entre 6<f et 8.',°. latitude australe, entre V et

CONFINS. An nord, le golfe de Guayaqnil , la république de Colombie et l'empire du Brésil. A Y est , l'empire du Brésil et la république de Bolivia. Au sud, la république de Bolivia et le Grand- Océan. A Yonne, le Grand-Océan.

FXaEUTESa Le territoire de la république n'offre do grands fleuves qu'à l est de la grande chaîne des Andes ; ils sont tous des aflluens de l'immense Amazone. Tous ceux qui descendent du versant occidental de la mémo chaîne ont un cours très borné. Nous avons déjà vu à la page o3o, que le lac Titicaca forme un grand bassin intérieur.

Le GKÀND-OClt AN reçoit :

Le Cuira, qui malgré son cours borné parait être le plus grand de Ions; il arrose l'extrémité nord-ourst du déparlement de la Livertad (Liberté); son embouchure est dans le Grand-Océan entre Payia et la Pointe-Parifta.

Le Potra et le I^mbavequk, qui passent par le» ville* de ce nom.

Le Sasta , dit Tomuo , daut la partie inférieure de «on cours; il est remarquable par sa rapidité et le volume de se» eaux.

Le Rimac, qui arrose Lima et Callao.

L'Ocosa et le Quilca; ce dernier passe par Arequipa. L'OCÉAN- ATLANTIQUE reçoit :

L' Amazone, dont à la page 935 nous avons tracé le cours supérieur. Pour éviter les répétitions nous nous bornerons a dire ici que le Tchoitracua , dit aussi le Nouvbad- MaraSoit ou le M ara voir proprement dit, traverse les départemens de Junin et de Livertad, et baigne le territoire contesté par la république de Colombie, en pas* Mot par La Barauea et San-Regis. Dans sa longue marche il reçoit à la droite le Bu alla gua, nommé Huanuco dans la partie supérieure de son cours; ce dernier arrose Huaouco dans le dé}>artement de Junin. Nous ajouterons que I'Ucayali ou le véritable Ajiazohr , ainsi que ses branches, I'Apcrimac et le Bewi qui viennent de la république de Bolivia et leurs nombreux. afQucns, traversent les départemens de Cuzco et d'Ayacucho, ainsi que les immeuses solitudes que parcourent les sauvages indépendans et les faibles tribus régies encore par les missionnaires.

Le bassin intérieur du LAC TITICACA n'offre , sur le sol de la république du Pérou aocun fient e que notre cadre nous permette de nommer.

DXVTsioif et TOpoghaphii. Laci-dcvant vice-rovauté du Pérou, dont les bornes avaient été beaucoup resserrées dans la seconde moitié du xvin* siècle, forme depuis 182 1 la n'publifftic du Pérou, dite aussi du Bas- Pérou , pour la distinguer de celle de Bolivia, qu'on appelle communément du Haut-Pérou. Ce n'est que depuis 1824, et après la mémorable bataille cTAyacucho , que cette république a pris une certaine consistance. Son territoire est divisé en 7 départemens, dont les limites diffèrent peu des anciennes intendances qui composaient cette grande division administrative de la ci-devant Amérique-Espagnole; chaque département est subdivisé en provinces, et celles-ci en cantons.

DKPARTRMMS. ChKKS-LiKLX, VlLUS ET LlBUX LES PLUS REMARQUAMES.

Lima Lima; CaUao; Pitco; Haaara; Huacho; Paùbilca (Patavilca) ; Chancaj;

Cane te; le a.

Arrquipa Ar équipa; Camana; Moqurguat Tacna; Arica; Huartiajajra.

Puho. Puno; Chucmto (Cuiquito); Lampa; CaiUomat.

Curco Cuzco ouCouzco; Abancay; Tinta; Urubamba.

AyacOCRO. Uuanianga (Guamanga); Haancabelica; Jauja; Ocopa; Lucanas.

Jvkis Huanuco; Lauricocha ou Pasco; Tarma; Huant; Junin (jadis Rt-

ges) ; Banot,

LrvsRTAD (Liberté). T r u x i 1 1 o ; Huanchaeo; Caxamarea; Jetas; Micuipampa; Catabamia;

Moyobamba; Chachapoyas; Etem Lambajeque; Piura; SecÀara, Pajta.

Lima, grande ville, autrefois capilale de la vice-royauté du Pérou , et aujourd'hui chef-lieu du département de Lima et capitale de la république. Située sur les rives du Rimac, à 5 milles environ au-dessus de son embouchure, Lima est environnée de campagnes délicieuses et assez bien cultivées ; le climat y est très agréable; on n'y ressent presque jamais la chaleur suffocante qu'on éprouve à Bahia sur le côté opposé du continent , et à Carthagène presque sous la même latitude au nord de l'équateur. Malheureusement tant d'avantages sont rachetés par la terrible fréquence des trenv blemens de terre, qui ont failli la détruire bien des fois; celui do 3o mars 1828 renversa plusieurs édifices publics, un graud nombre de maisons, et fit périr, à ce qu'on dit , un millier d'habitans. Lima est ceinte d'un mur d'adobes ou de briques séchées au soleil, flanqué de 34 bastions et percé de 7 portes; celle qui est appelée de Maravillas est remarquable par son architecture. La citadelle de Sainte-Catherine , où sont les casernes de l'arrillerie, le dépôt militaire et l'arsenal , est située à l'extrémité sud-est de la ville. Un beau pont eu pierre de cinq arches conduit de cette dernière au faubourg appelé San-Lazaro ; c'est le rendez- vous du beau monde pendant les soirées d'été. Toutes les rues sont alignées et ont en général a5 pieds de large. L'aspect de l'ensemble des maisons n'a rien d'agréable; elles sont toutes très basses, à cause des fréquens tremblemens de terre. Ordinairement elles n'ont qu'un étage; il n'y a que celles des personnes les plus riches qui en ont deux ; très peu de leurs croisées sont garnies de vitres. Les murs extérieurs des maisons sont en général construits en adobes jusqu'au premier étage, et les murs des compartiraens sont toujours faits en cannes revêtues de plâtre de chaque côté; c'est ce qu'on appelle bajareque. Ces additions les rendent tellement épais qu'ils paraissent composés de matériaux très solides, tant par leur épaisseur apparente, que par les corniches et les autres ornemens dont ils sont décorés. On emploie ces bajareques dans presque tous les ornemens d'architecture; quelques-uns sont tellement bien exécutés et peints en couleur de pierre, qu'à la première vue un étranger demeurerait convaincu qu'ils sont véritablement construits avec les matériaux dont ils ne sont que l'imitation.

Au milieu de la ville est la grande place (plaza roayor), une des plus belles de l'Amérique; son enceinte est formée par le palais du ci-devant vice-roi s à présent palais du gouvernement , par la magnifique cathédrale, par le sagrario et par le palais de t archevêque , regardé comme le plus beau de la ville. Au centre de cette place on voit une belle fontaine d'airain; au milieu de son vaste bassin s'élève une colonne du même métal de 11 pieds de haut, surmontée d'une statue en bronze de la Renommée, dont

la trompette ainsi que les gueules des quatre lions qui l'entourent lancent l'eau. C'est sur cette place que se tient le marché principal, où Ton voit étalé régulièrement avec profusiou tout ce que la nature et fart peuvent fournir pour satisfaire les premiers besoins et les désirs des hommes. Celle métropole possède plusieurs églises remarquables surtout par les immensesrichesses prodiguées pour leur ornement; on peut dire sans exagération que plusieurs sont tapissées d'or et d'argent; d énormes candélabres, des statues de grandeur naturelle , les vases sacrés, les calices, les patènes, les hostiaires sont en argent et même en or massif, enrichis avec profusion des pierres précieuses les plus rares. De petits oiseaux en vie, renfermés dans des cages, sont assez communément suspendus aux piliers du maître-autel et joignent leur doux ramage aux sons imposans de l'orgue et aux chants sacrés du culte. Devant l'autel de Notre- Dame-ilu- Rosaire , on voit suspendues par des chaînes d'argent massif huit de ces cages en argent. Le Sagrario, qu'on peut regarder comme la principale église paroissiale de la ville, la cathédrale , l 'église de Saint- Dominique , le sanctuaire de Sauta- Rosa , et Y église de San- Francisco , sont surtout remarquables sous ce double rapport; dans les grandes fêtes, le service divin y est célébré avec une pompe dont il est à peine possible de se faire une idée , et qu'on ne peut comparer qu'à ce qu'on voit à Mexico et à Puebla. Parmi les autres bàtimens les plus remarquables il faut encore nommer : l'église de Nuestra- Sehora de la Merced; le couvent de la Conception, qui est le plus riche de tous; Y hôpital de Satt-Andrcs, remarquable par la grandeur de ses salles qui contiennent 600 lits, et qui sont construites de manière à en admettre un nombre double en cas de nécessité; le beau bâtiment de C université ; le vaste édifice de la monnaie; le théâtre , plus remarquable par son architecture que par ses dimensions , qui sout loin de correspondre à la grandeur de la ville; le cirque pour les combats de taureaux, vaste bâtiment qui peut contenir plus de vingt mille personnes, et qui est presque toujours plein; entiu le panthéon , qui est le cimetière public; il est situé hors des murs de la ville , et se distingue autant par sa coustrueliou que par son étendue.

Lima possède un grand nombre d'établissemecs littéraires , dont les principaux sont : Y université 9 qui est une des plus renommées et des plus anciennes de toute l'Amérique ; les collèges de San-Carlos , de la Livertad (Liberté), de San- Torribio, de Y Inde pende ncia (de l'Indépendance), de San- Tome, trois autres collèges pour les demoiselles ; la bibliothèque nationale, qui est une des plus riches du Nouveau-Monde , et celle des collèges de San- Carlos et de Y Indcpendencia, assez bien fournies. Nous passons sous silence d'autres établissemens moins importans. Les produits de la presse sont alimentés par plusieurs imprimeries d'où, en 1826, sortaient g journaux. Lima est regardée comme la ville la plus riche de toute la ci-devant Amérique- Espagnole du-Sud; elle se distingue aussi par son industrie; on y fabrique plusieurs étoffes de laine et de coton , outre un grand nombre d'autres objets de moindre importance. Elle est en outre le centre d'un grand commerce, avantage qu'elle doit à son heureuse position ; à l'aide de Callao, elle a des débouchés et de faciles communications avec tous les ports de la mer du Sud, depuis le Chili jusqu'à la Californie, et, dans l'intérieur, elle alimente les provinces internes de la république. «Rien aujourd'hui, dit M.Lesson, voyageur aussi instruit qu'impartial, rien ne rappelle ce temps

IC'JG

AHRKGÉ DE GÉOGRAPHIE.

de flatterie, d'opulence , où des marchands se trouvèrent assez riches pour daller en argent massif la principale rue par laquelle le vice-roi, duc de la Plata, vint, en 168a, prendre possession de son gouvernement. » Depuis quelque temps le commerce a repris, et tout paraît lui promettre une grande activité. Malgré ses pertes, Lima compte encore une population que, par plusieurs raisons , nous n'hésitons pas à porter jusqu'à 70,000 âmes. Cette ville est la résidence d'un archevêque, qui est le plus ancien de toute l'Amérique-Méridionale. Parmi ses belles promenades, on doit citer la Nouvelle- Alameda , qui a un double rang de saules très élevés, entre lesquels passent une route pour les voitures, et une promenade pour les piétons , de chaque côté , avec deux rangs de sièges bâtis en briques ; elle a environ un mille de longueur le long de lu rivière, et fait partie du chemin de Callao; à son extrémité se trouvent des bains froids très commodes, formés par une source de belle eau limpide; X Ancienne- Alamctia , qui a un demi-mille de long, et, de chaque côté, un double rang de saules et d'orangers, avec des bancs eu pierre; le paseo de las lomas , ou de las amancaes ; elle n'est très fréquentée que les jours de la Saint- Jean et de la Saint-Pierre, lorsqu'on va se promener sur les montagnes qui s'élèvent au nord de Lima, et qui alors sont couvertes de narcisses en fleurs.

Les environs de Lima offrent plusieurs lieux qui sous plus d'un rapport méritent d'être mentionnés; nous nommerons entre autres : Callao, petite ville, là lie sur le bord do la mer; c'est la meilleure forteresse du Pérou; ses trois châteaux garnis de 190 pièces de canons commaudent la ville, le port et l'espèce d'isthme par lequel on arrive à la place; avant la guerre elle avait 4,000 habitans. Lorsque la mer est calme on peut encore voir sous l'eau les ruines de. l'ancienne ville de Callao engloutie par la mer en 1746; un magnifique chemin va de cette ville à Lima , dont elle est le port principal, ainsi que la première place maritime de la république. Pachacamac, emplacement remarquable pour les débris des murs du magnifique temple élevé par Pachacuter, dixième inca, à Paelutcamac le créateur et le conservateur du monde, dans la grande ville de Pachacamac; en i533 les vierges consacrées au service de la divinité furent violées pu* les soldats de Pizarre, les autels furent détruits et le bâtiment démoli.

Voici les autres villes les plus remarquables, nous les indiquons en suivant l'ordre du tableau des divisions administratives.

Dans le DÉPARTEMENT DE LIMA outre les lieux que nous venons de nommer nous citerons encore : Iça , petite ville, dont les environs fournissent la plus grande quantité d'eau-de-vie , que Ton embarque à Pisco , qui est beaucoup plus petite et encore moins peuplée; c'est à tort que les géographes et les voyageurs la nomment eaude*rie de Pisco. On doit faire observer que le manque de ports, le long de ia cote du Pérou , donne une grande importance à Pisco à cause de son port. Hvapba , petite ville, importante par ses salines ; et H cache, par ses mines de sel; Cbavcav, par son commerce de porcs ; Pa- TiaiLCA , par les ruines d'une forteresse péruvienne d'une grande étendue, qui se trouvent dans ses environs, ainsi que celles d'une ancienne ville de ce même peuple.

Dans le DÉPARTEMENT D'AREQUIPA : Arequipa, grande ville épiscopale, florissante par ses manufactures de laine et de coton , et par le commerce qu'elle fait avec les excellcns produits de ses campagues fertiles qui, malgré leur grande élévation au-dessus du niveau de la mer, offrent un des cantons les mieux cultivés de l'Amérique-du-Sud ; la ville est à a, 3- 7 mètres. Le pont jeté sur le Chile qui arrose cette ville, la fontamt en bronze sur la grande place et la cathédrale sont les objets qni méritent nue mention. Arequipa possède quatre collèges pour les garçons et trois pour les tilles; en i8a6 un y publiait deux journaux et on portait au-dessus de 3 0,000 âoies sa population. Celle ville est très sujette aux trembleiiiens de terre. Le terrible volcan qui s'élève dan» son \oisinagc, et connu dans le pays sous le nom de Cuagua-rutina , est regardé comme le

côue volcanique le plus parfait et le plus pittoresque de toute la chaîne des Andes. Il en sort constamment des Tapeurs et de petites quantités de cendres, mais il n'a pas (ait d'éruption depuis l'arrivée des Espagnols eu Amérique. C'est de l'immense cratère actuellement éteint du volcan à' Urinas , situé à quelques nulles à l'est-sud-est du précédent, que dans le xvi* siècle partirent les immenses quantités de cendres qui ensevelirent presque totalement la ville d'Arequipa et produisirent tant de désastres dans les euvirons.

Nous nommerons eu outre: Moquxoua et Tacma , à cause de leur population assez considérable; la première a deux collèges. Ame* , village de 3 à 400 babitans, important par son port et par les salines de son voisinage; Hcahtajata, par ses riches mutes d'argent, situées au milieu d'uu désert, prés de la côte du Grand-Océau, non loin du port d'Iquique.

Dam le DÉPARTEMENT DE PC NO : Peso, chef-lieu du département; on lui accorde de i5 à 18,000 habitant; elle possède un collège florissaut; eu i8a6 ou y publiait un journal; de riches mines d'argent étaient autrefois exploitées dans son voisinage. LtAstrA et Cauxomas, petites villes, importantes par leurs mines d'argent. Chocoito , ville très déchue depuis l'insurrection excitée par Tupac-Aniaru dans la seconde moitié du xviite siècle, époque où l'ou portail à 3o,ooo âmes sa population.

Dans le DÉPARTEMENT DE CUZCO : Cozco, grande ville épiscopale, presque aussi étendue que Lima, mais beaucoup moins peuplée, puisque même en 1816 on ne portail qu'i 46,1 a3 le nombre de ses babitans. C'est sous tous les rappris la seconde ville de la république; elle possède une université, trois collèges de garçons, deux de filles et plusieurs autres élablissemens littéraires. En 1826 on y publiait trois journaux. Ses liabilans fout un commerce assez étendu et se distinguent surtout par leurs broderies et leurs outrages en peinture et sculpture. Cuzco a été la capitale de l'empire des Incas, ce qui la faisait regarder par les anciens Péruviens comme une ville sacrée. Son fameux temple da soleil occupait l'emplacement du couvent actuel de Saint- Dominique. Ce temple, qu'on peut regarder comme le plus magnifique édifice que les indigènes aient élevé dans rAraérique-du-Sud , et un des plus riches qui ait jamais existé, mérite que nous en donnions une description abrégée; nous le ferons en suivant Garcilasso de la Vega. « Ses quatre murailles, dit cet historien, étaient toutes lambrissées de plaques d'or. Sur le grand autel, situé du côté de l'Orient , on voyait la figure du soleil , faite de même sur une plaque d'or; son épaisseur était double de celle des lames qui recouvraient le» parois. Cette figure qui était toute d'une pièce, avait le visage rond, environué de rayous et de flammes, de la même manière que nos peintres oot la coutume de le représenter; elle était si grande qu'elle s'étendait presque d'une muraille à l'autre. Dans l'église actuelle on a placé le saint sacrement à la place même occupée jadis par celte idole. Aux deux côtés de l'image du soleil étaient les corps des incas décédés, tous ranges par ordre selon leur ancienneté; leurs corps embaumés étaieut très bieu conservés; ils étaient assis sur des trônes d'or, élevés sur des plaques du même métal, et avaient le visage tourné vers le bas du temple, à l'exception de Huayua-Capac, qui était placé directement vis-à-vis la figure de cet astre. Le temple avait plusieurs portes, toutes couvertes de lames d'or; la principale était du côte du nord. Tout autour des murailles il y avait une plaque d'or en forme de couronne ou de guirlande ; elle avait plus d'une auue de large. Le toit était en bois fort épais , couvert de chaume , parce que les Péruviens ignoraient l'usage des tuiles et des briques. A côté du temple on voyait un cloitre à quatre faces, orné d'une guirlande d'or fiu d'une aune de large , comme celle qui euvironnait le temple. Tout autour de ce cloître il y avait cinq pavillons en carre; leur toit avait la forme pyramidale. Le premier pavillon était consacré à la lune , femme du soleil ; c'était celui qui était le plus voisin de la grande chapelle du temple ; ses portes et son enclos étaient couverts de plaques d'argent ; une grande plaque d'argent offrait l'image de la lune, avec le visage d'une femme. Aux deux côtés de cette idole on voyait les corps des reines décédées , rangées dans l'ordre de leur aucieunelé. Marna Oello, mère de Huayua-Capac, était la seule qui avait la face tournée vers l'astre de la nuit. Venait ensuite le pavillon consacré à Vénus , aux Pléiades et à toutes les étoiles en général ; cet édifice et son graud portail étaient rouverts de plaques d'argent comme celui de la luue. Son toit était parsemé d'étoiles de différente grandeur, afin d'imiter le ciel. L'autre pavillon était consacré à V éclair, au tonnerre et à la foudre ; il était

tout lambrissé d'or. Le pavillon suivait! était dédié à V arc-en-ciel, doot l'image était tracée sur uue des murailles ; on l'avait sculptée au naturel sur les plaques d'or qui la recouvraieut. Le cinquième et deruier pavillon était destiué au grand sacrificateur et aux autres prêtres qui desservaient le temple, et qui tous devaient être de la famille des Incas. Cet appartement, enrichi d'or, du haut eu bas comme les autres, leur servait seulement de salle d'audience; ils y délibéraient sur les sacrifices qu'il fallait faire et sur toutes les autres choses qui concernaient le service du temple. » Les célèbres vierges du soleil u'babi latent pas dans le temple, comme ou le croit communément, ni même dans ses environs, mais elles occupaient un vaste bâtiment qui eu était très éloigné, et travaillaient pour fournir des habillemens aux lu cas et à leur nombreuse famille; cet immense cou» veut , dit Garcillasso , renfermait ordinairement i ,5oo vierges. Ou sait combien était terrible la punition infligée à celle qui manquait an vœu de chasteté.

Les faubourgs de l'ancien Cuzco offraient pour aiusi dire une miniature de tout l'empire des Incas. Ces monarques avaient obligé nue partie des sauvages, qu'ils avaient soumis, à s'y loger , conformément aux lieux d'où ils étaient sortis, de sorte que les tribus de fOrient devaient demeurer à l'Orient , celles de l'Occident à l'Occident et ainsi des autres. A mesure que les conquêtes agrégeaient de nouvelles nations à l'empire, on logeait ces nouveaux sujets autour des précédons et dans uue situatiou relative à la position de leur pays natal. Les curacas ou gouverneurs des provinces y faisaient aussi bâtir des hôtels pour s'y loger quand ils allaient à la cour. Chaque peuple devait conserver ses habillemens et sa manière de vivre. L'ancienne résidence des Incas offrait encore une autre construction très remarquable; c'était sa célèbre citadelle, qu'on doit regarder comme la construction la plus massive du Nouveau-Monde. On admire surtout les dimensions énormes des pierres qui composent ses murailles ; ou est embarrassé pour expliquer comment les Péruviens ont pu remuer ces masses et les transporter de plusieurs lieues de distance, sans le secours de nos iustrumens et de nos machine?. Pedro de Cieça fait observer que dans las murailles de cette forteresse on voyait une quantité de pierres, qui surpassaient en grandeur toutes celles des autres bàtimens qu'il avait vus, quoiqu'il en ait mesuré une à Tihoanaco qui avait 38 pieds de long, 18 de large et a d'épaisseur. Les pierres ne sont pas taillées à la régie; elles sont de formes irrégulières, mais elles sont si bien ajustées sans l'aide d'aucun ciment, qu'elles paraissent enchâssées les unes dans les autres, et forment uu tout, véritable chef-d'œuvre inimitable, qui joint à une grande solidité une apparence qui plaît beaucoup à la vue. La forteresse de Cuzco avait une triple muraille d'enceinte. On y entrait par une grande porte, que l'on fermait avec une pierre de la même grandeur, que l'on otail toutes les fuis qu'on voulait ouvrir. Un espace de a5 à 3o pieds séparait l'une de l'autre ces trois murailles, dont chacune avait son parapet. Au dedans de la troisième enceinte ou trouvait une place étroite et longue , où il y avait trois tours , placées en triangle; la principale était celle du milieu , nommée Moyoc-Marca (Forteresse- Ronde), parce que sa forme était ronde. Elle était d'une grande magnificence, parce qae c'était le lieu de repos des Incas quand ils allaient à la forteresse. Tous les murs intérieurs étaient eurichis de plaques d'or et d'argeut, sur lesquels on voyait des animaux et des plantes représentés au naturel. Les deux autres tours étaient carrées et servaient à loger les soldats. Le dessous de ces tours qui communiquaient ensemble, était rempli de lo^eineu* disposés avec beaucoup d'art. Il y avait une quantité de petites rues qui se croisaieut et qui aboutissaient à diverses portes. Les chambres y étaient presque toutes de la même grandeur et formaient une espèce de labyrinthe, d'où l'on avait de la peine à se tirer. Cette magnifique citadelle était à peine achevée , lorsque les Espagnols envahirent l'empire ; ils eu démolirent une grande partie; sa construction avait duré plus de 5o ans.

Au sortir de Cuzco on trouvait deux immenses chaussées de cinq cents tieues de long qui aboutissaient à Quito; l'une traversait le pays plat en longeant la mer; Tautre allait à travers les montagnes. Pour la construction de cette dernière les anciens Péruviens durent rompre des rochers, combler des vallées et des précipices de i5 à ao toises de profondeur. Au plus haut du chemin de la montagne il y avait de part et d'autre des platesformes, avec des escaliers eu pierre de taille, afiu que ceux qui portaient llnca dans sa chaise à bras, y pussent monter plus à l'aise et s'y reposer pendant que le roi aurait le plaisir d'étendre sa vue sur les montagnes et sur les vallons, où la neige paraissait d'un

côté et la verdure de l'autre. Le chemin qui longeait la mer avait , selon Augustin de Zarate, près de 40 pieds de largeur ; à l'issue des vallées on avait planlé des pieux qui indiquaient la roule à travers les sables. C'est surtout le long de la route sur le dos des montagnes qu'on voyait se succéder les arsenaux distribués par intervalles, les hospices toujours ouverts aux voyageurs , les forteresses et les temples. De toutes ces admirables constructions il ne reste plus que des débris ; le temps et les guerres ont presque tout détruit. M. de Humboldt qui en a vu les restes imposans dans les hautes plaines de l'Assuay , au llano del Pullal dans la Colombie, et près de Caxamarca, dans cette république, dit que cette admirable chaussée , bordée de grandes pierres de taille , située à des hauteurs qui surpassent de beaucoup celle de la cime du pic de Téuériffe , peut être comparée aux plus belles routes des Romains, qu'il a vues eu Italie , en France et en Espagne.

Dans le département de Cuzco nous citerons encore Abahcay, petite ville, d'environ 5,ooo âmes, importante par ses sucreries, et Usuiiamba, à laquelle on accorde 4,000 babitans.

Dans le DÉPARTEMENT D'AYACUCHO : Huamahga , assez grande ville, bien bâtie, florissante par son industrie et par son commerce. Elle est le siège d'un éveché et possède une université fondée ia ans avant celle de Cuzco. Sa population, qu'on nous dit s'élever à 39,000 âmes, nous parait arriver à peiuea a5,ooo. Huancabelica , petite ville, autrefois chef-lieu de l'intendance de ce nom, remarquable par sa grande élévavation , étant située à x,Qa5 toises au-dessus du niveau de la nier , et très importante par sa riche mine de mercure; depuis 1 570 jusqu'en 1 789 elle a fourni la somme de 1 ,040,45a quintaux de ce métal. Mais la grande mine de Santa- Barbara, qui a produit presque toute cette immense quantité de mercure, a été abandonnée à cause de l'éboulemeut qui eut lieu par l'imprudence d'un iutendant, qui Ct eolever les piliers pour augmenter les produits de la mine. Avant ce désastre, un de ses puits , nommé Hojro-Negro , étaità a, 159 toises au-dessus du niveau de la mer. Voilà, dit M. de Humboldt, des mineurs qui travaillaient dans un point , qui est de 5oo mètres plus élevé que la cime du Pic de Téuériffe. Depuis l'éboulement sus-mentionné , tout le mercure, que Huancavelica fournit aux mineurs du Pérou, provient des gîtes de minerai qu'on exploite dans ses environs, surtout près de Sillacasa; leur produit de 1790 à 1 800 a été année moyenne d'environ 3,5oo quintaux. On nous assure que Huancavelica a près de ia,ooo babitans.

Jauja et Ogofa, petites villes, situées dans la belle vallée de la Jauja, si remarquable par sa fertilité, malgré sa grande élévation ; elles sont commerçantes et on leur accorde de 14 à i5,ooo babitans. Ocopa est en outre importante par ses haras, et Jauja possède les plus Belles casernes de cavalerie de tout le Pérou. On doit uommer encore : Lucanas , très petite ville, importante par sou commerce et par ses mines d'argent; et Ayacucho , emplacement célèbre par la victoire remportée en i8?4 par le général colombien Sucre sur les royalistes; elle décida du sort de la campagne, et mit un terme à la domination espagnole dans V Amérique-Méridionale ; Ayacucho donne le nom au département.

Dans le DÉPARTEMENT DE JCNIN : Hcakcco, petite ville , qui n'est plus qu'une ombre en comparaison de ce qu'elle était sous la domination des Incas; mais qui cependant n'est pas un misérable village comme le prétend quelque géographe. Elle est le cheflieu de ce département. Le grand chemin de Cuzco à Quito y passait. On y voit encore les ruines de quelques-uns de ses anciens édifices, entre autres du palais des Incas et du temple du soleil. Lauricocha, petite ville, importante par sa mine d'argent, qu'à la paye io63 nous avons rangée parmi les plus riches du monde; on lui accorde de 6 à 8,000 babitans. Tau ma , autrefois chef-lieu de l'intendance de ce nom ; on estime à près de 10,000 âmes sa population. Je» in, misérable village d'environ 3oo habitans, remarquable par la victoire remportée par les républicains sur les royalistes ; il donne renom au département. BaNos, village remarquable par les bains chauds construits par le» Incas et plus vastes que ceux de Caxamarca, ainsi que par les ruines d'un grand monument appelé le palais de Clnca ; ce dernier est construit en pierre , et ressemble à ceux de Callo et de Canar décrits aux pages 1084 et 1086. Il ne reste plus que les fondation» du bâtiment et quelques fragmens de ses murs, tous de pierres taillées avec une telle précision, ou peut-être tellement rapprochées en frottant les côtés ensemble, que les sépara-

A15RLCÉ DE GÉOGRAPHIE.

tionf sont presque imperceptible». Près du palais sont les ruines d'un temple de fbrn>e circulaire; et sur le haut de deux montagnes, situées de chaque cote de la rivière, on voit les restes de deux forteresses ; plusieurs ouvrages sont taillés dans te roc vif.

Dans te DÉPARTEMENT DE LLVERTAD : Tscxillo, assez jolie ville, de médiocre étendue, siège d'un évéché. avec un mauvais port et ta à 14,000 habitant; c'est uuedes plus «nriennes de l'Amérique, ayant été fondée par François Pizarreen i533. Ou voit dans ses environs les ruines d'anciens monument péruviens , où l'en a trous é, dit-on, des trésors cousidérables. Cxxamarca, jolie petite ville située à M64 toises au-dessus du niveau delà mer, dans la charmante vallée traversée par la Caxamarca. Ses rues spacieuses se coupent à angles droits ; sa vaste place au centre de la ville, les aiguilles et les dômes de ses églises , ses maisons construites avec soin et com rrti-s de tuiles, tout contribue à réjouir les yeux et augmente l'intérêt qu'inspire celte ville, si célèbre dans l'histoire dn Pérou et théâtre des souffrances et de l'assassinat de l'inca Atahualpa. Ses principaux bâti mens sont : X église appelée la Matris , brl édifice en pierres , construit avec goût, et l'église du monastère de la Ccncepcion. Parmi les édifiées appartenant à des particuliers, on doit citer le palais du cacique Jitapilco, qui prétend descendre en ligne droite de l'iuforluné Atahualpa; il offre une partie du palais, où ce monarque fut ax-assiné. On y voit encore la vaste chambre , où il fut détenu prisonnier pendant trois mois, et où il fil une inarque sur le mur, promettant de remplir la chambre d'or et d'argent jusqu'à celle hauteur pour payer sa rançon. Nous rappellerons à ce propos, que l'ou a exlraordinairement exagéré les trésors gagnés par les Espagnols. M. de Liumboldt , qui a traité ce sujet comme tant d'autres avec un talent remarquable, n'évalue pas au-delà de 80,000 marcs d'or le produit des butins faits dans les conquêtes du Mexique et du Pérou. La rançon de l'inca , qu'un voyageur portait encore rcremmeut , sur l'autorité de Zarale , à 498,000 onces d'argent et à 1,599,000 onces d'or, ne s'est élevée, selon Garcilasso , qu'à 4 1,987 marcs d'or et à 1 i5,5o8 mares d'argent, ce qui fait 90,149,80) livres tournois, somme que M. de Humboldt parait adopter. Nuus avons signalé dans d'autres parties de cet ouvrage plusieurs butins dont la valeur a surpassé de beaucoup la fameuse rançon de l'inca; le seul argent comptant, trouvé dans la Qavsabah d'Alger, est plus que double de la somme répartie entre les compagnons de Pi* zarro à Caxamarca. Dans la chapelle dépendante de la prison ordinaire , qui faisait autrefois partie du palais, on voit un autel élevé sur la pierre où Atahualpa fut étranglé pur les Espagnols, et sous laquelle il fut ensuite enseveli. On remarque encore pré» de la fontaine, sur la place, les fondations en pierre de la petite batterie élevée par Pixarre en face de laquelle Valverde adressa sa fameuse harangue à l'inca , et d'où il commanda aux soldais espagnols de massacrer les Indiens. M. Stevenson porte à 7,000 âmes la population de celte ville, qui possède un collège et qui est aussi importante par son commerce et par son industrie. A 3 milles environ de Caxamarca se trouvent les fameux bains chaud s; ce sont deux grandes maisous bâties en pierres ayant chacune un bain très vaste : c'était à ces bains que le malheureux Atahualpa avait établi sa résidence lorsque Pizarre arriva à Caxamarca. Ils sont très fréquentés encore de nos jours. Plus loin on voit aussi une pierre appelée Inga rirpo ou la pierre de repos de Cinca, ressemblant à celle que nous avons décrite à la page 1087.

A i5 milles environ et sur la Caxamarca on trouve J «sus, village remarquable par les restes d'une ville péruvienne très curieusement bâtie. Plusieurs maisons sont encore entières ; elles sont construites en pierre et entourent une petite colline; le rez-dechaussée a des murs d'une épaisseur étonnante. Il y a des pierres de i« pieds de long sor 7 de baul , formant tout le côté d'une chambre ; une ou plusieurs pierre* mises en travers forment le toit. On avait construit de la même manière une rangée de maisons au-dessus de celle-là , dont les portes d'entrée étaient derrière , et uue seconde raugée adossée à la mpulagne. Le toit de la seconde rangée avait été couvert eu pierres sur le devant . et probablement formait une promenade ; un second rang de chambres èlait ainsi établi sur le toit du premier, qui était au niveau avec les chambres du second rvng De cette mauière on était parvenu à établir une double rangée de chambres habitables, construites Tune au-dessus de l'autre, jusqu'à la hauteur de sept rangs. Sur le haut de la ville un voit dos ruines qui paraissent être celles d'un palais ou d'uue forteresse. Tout i'ers«emb*«

de ce$ singuliers batioiens pouvait contenir, selon M. Stevenson, au moins 5,ooo famille. Ce voyageur croit qu'il servait de résidence au chimu de Chicama , lorsqu'il résidail dans l'intérieur de son territoire avaul de devenir sujet de l'inra Pacbacutec. I.a coupe , le traoaport et lu mi\c en place de ces pierres énormes supposent une adresse extrême de la pari des constructeurs de ce vaste édifice.

Les autres lieux les plus remarquables de ce département sont : Miccifampa , petite ville, importante par ses riches mines d'argent; c'est une des plus hautes du Nuu\ eau-Monde , étant silure à 3,6i8 mètres au-dessus du niveau de la mer; Etes, importante par ses étoffes de coton; Lambayeque, par son industrie et sa population; Piura , remarquai) e par sa population et par la bonté de son climat; un la regarde comme la plus ancienne ville du Pérou; Sechura, au milieu du désert, auquel elle donne son nom ; Payta , avec un port , dont les navires font le cabotage entre les ports du Pérou et ceux de Pauama et de Guayaquil dans la Colombie.

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