‹ Abrégé de géographie (volume 2)Chapitre 240 sur 320 · TABLEAU MINÉRALOGIQUE DE L'OCÉANIE · texte numérisé non relu

TABLEAU MINÉRALOGIQUE DE L'OCÉANIE

1 m \ m ans. Bornéo, les royaumes de Benjernumiug » de Sambas, de Sukadaua et de Varotini. Or. Bornéo, royaume de Samba* , etc. ; Sumatra, le ci-de*ant empire de Mcnangkahou, et autres contrées de l'intérieur; Celèbes , presqu'île du Nord-Est; Lucon; Mindanao; Timor. Fvr.wif • Banka; Sumatra; Billiton; Linga ou IJngen; Celebes.

Cet VftZ. Surhatra , royaume d'Acbem ; Lucon; Timor; Celebes; Australie, Nouvelle-Galles. Plomb. Archipel des Philippines , surtout l'Ile Lucon; Australie, 'Sourcl\e-G*\\e». Fin. Billiton; Sumatra, le ci-devant empire de Mcnangkabou ; Celebes, Loubou) Bornéo; Diemenie (Terre de Diénicn), etc.

Charbon ds. tehre. Australie, Nouvcllc-GalJcs ; Diemenie (Terre de Dicmen). Su.. Java; Célèbes; Bali , etc.

végétaux. De même que pour l'Asie et l'Amérique, nous partagerons l'Océanie en plusieurs climats, dont nous examinerons successivement les productions végétales les plus dignes d'intérêt. Les petites îles parsemées sur l'immense étendue de la mer du Sud sembleraient, pour la plupart, des parcelles détachées du Continent-Américain. La nature de leurs plantes, qui ont une grande analogie avec celles du versant occidental des hautes chaînes dont le prolongement s'étend presque sans interruption du nord au sud, le long des côtes de l'Amérique, confirme notre supposition. Mais les archipels qui a voisinent la Nouvelle-Hollande, ceux qui, dans l'hémisphère boréal, se projettent vers l'Asie, participent aux végétations du littoral de ces vastes continens. C'est donc une végétation mixte et sans physionomie particulière que celle des îles Basses, Marquises, de la Société, des Amis, des Navigateurs, de la Nouvelle-Calédonie, Sandwich, Mulgrave, Marianes, Philippines, etc., etc. On a remarqué seulement qu'elle est loin d'être aussi riche en espèces que celle des continens qui correspondent à ces iles. Leur éloignement et pour la plupart la nullité du commerce qui seul pourrait y attirer des Européens, sontj il est vrai , des obstacles à la connaissance des productions qu'elles recèlent. Mais si Ton fait attention à la petitesse de chacune d'elles, et si l'on observe en même temps que plusieurs expéditions ont été tentées à une époque, où les richesses de la nature étaient explorées avec soin et discernement, et par des hommes qui en ont fait un objet spécial d'études, on sera dispose à croire que nous possédons des données bien suffisantes pour former une flore générale de toutes les iles découvertes par Cook et par les navigateurs modernes. Les Forster et J. Banks, compagnons de Cook , Commerson celui de Bougainville, en ont, pour ainsi dire, esquissé les premiers traits. Labillardière, dans la relation du voyage à la recherche de Lapeyrouse, s'est surtout appliqué à faire connaître les plantes de toutes les iles où il 4 descendu. Enfui les investigations récentes de MM. Gaudichaud , Durville et Lesson ont jeté beaucoup de lumières sur la botanique de l'Océanie.

Parmi les îles de la Société, de l'Archipel-Dangercux et des Marquises, Otahtti a été plus souvent visitée et mieux connue que les autres, qui d'ailleurs offrent avec elle une grande ressemblance dans leurs productions. Mais, dans cette Ile intéressante, une demi-civilisation a déjà force la nature à prendre plus d'homogénéité ; elle a fait disparaître une foule d'êtres inutiles à l'homme, et les a remplacés par ceux dont il fait sa

nourriture ou qui serveut à ses usages domestique». Les côtes offrent en abondance ce fameux arbre à pain {artocarpus incisa), source de vie et gage de sécurité pour le* indigènes, qui d'abord se contentaient de 3on fruit sauvage, mais qui ensuite l'ont amélioré par la culture. On sait que M. Labillardière l'a transporté aux îles de France et de Rourbou, cl qu'il y a parfaitement réussi. Dans les bois qui ombragent l'île , on trouve peu de variété parmi les arbres et arbustes qui les composent. Ce sont des eugenia , des mimosa , des palmiers et quelques autres végétaux appartenant aux genres indigènes des climats tropiques. Les hautes montagues de l'île offrent , selon leur élévation , des plantes moiu* universellement répandues. M. DurvilJe, qui les a parcourues, y a découvert plusieurs plantes nouvelles et surtout des fougères.

Les groupes d'îles connus sous le» uoms d'îles des Amis , des Navigateurs et Fidji t offrent une végétation très analogue à celles des îles de la Société; cependant on remarque déjà plus de diversité dans la végétation. Elles sont couvertes d'épaisses forêts, où domine le eorypha umbraculifera , cet immense palmier qui se trouve aussi dans tout 1* Archipel-Indien et dont les branches eu éventail servent de toit aux cases des indigènes. A l'ombre de ces bois croissent en abondance le tacca pinnatifida, le saccharum spoutaneum, le mussœnda J rondos a et Yabrus precatorius, dont les grains d'un beau rouge de corail serveut d'ornement aux peuplades sauvages.

La nature s'est montrée trop prodigue envers les ha bilans de ces contrées , el c'est peut-être la principale cause de l'état staliounaire de sauvagerie dans lequel iU sout plongés. Elle leur a fourni tout ce qui était nécessaire à la vie et aux besoins les plus urg*os, en plaçant sous leur main des végétaux alimentaires et convenables aux usages domestiques. Ils ont néanmoins senti les avantages que la culture facile de quelques plantes pouvait leur procurer, et ils ont donné la préférence aux patates [convotiulus balatas), aux ignames (dioscorea a/a (g) , aux choux -caraïbes (arum esctdentum et macro rfùtum). Quand ces végétaux ne leur suffisent pas , ils trouvent une nourriture exquise dans les fruits àuspomdias cjrtherea nommés par les voyageurs pommes de Cythére , dans ceux de Yinoc&rpm edulis, dans les écorces mucilagiueuses de plusieurs espèces d'hibiscus. C'est encore avec les écorces de ces arbres el du mûrier à papier (broussonetia papyrifera), qu'ils fabriquent leurs étoffes, mais ils ignorent (les Otahilicns exceptés) l'emploi du coton, dont uue espèce (gossjpium reUgiosum) croît spontanément dans plusieurs îles. Les belles nattes que fabriquent les indigènes de la mer du Sud sont faites avec les feuilles du vaquois (pand^njs odoratissima ). Uue boisson très usitée chez ces peuples se nomme kawa; ils la fabriquent en faisant digérer de l'eau sur les grosses racines d'un poivrier après les avoir niaehées et réduites eu boulettes. Les plantes dont nous venons de citer quelques usages, se retrouvent presque toutes dans la Nouvelle-Calédonie. Mais celle île offre des montagnes éVevees de plus de a, 400 mètres, et couséquemmeut , sa végétatiou n'est pas aussi uniforme que dans les petites îles. Malgré leur élévatiou , ces montagnes sont couvertes d'arbres jusqu'au sommet-, mais, comme partout ailleurs, on observe que les melaleuca et les autres arbres qui sont gigantesques dans les plaines , n'out que de petites dimensions sur les hauteurs. Sur le rivage, les pandanus , les Itcriticra , le barringtonia speciosa, étendent horizontalement leurs branches au-dessus des eaux. Les troncs des cocotiers , des areca , desca/r*w« urens , sont couverts d'orchidées et de fougères parasites. Parmi les autres végétaux remarquables des forêts, nous mentionnerons : le bois teck (tectona grandis), arbre précieux p*wr la construction des vaisseaux; le casuarina equisetifolia , dont la dureté lui a valu delà part des navigateurs le nom de bois de fer, et qui sert à la confection des insirumexu des sauvages ; enfin , le ejeas circinalis , ce végétal ambigu , qui semble tenir le milieu entre les graudes classes naturelles des monocotylédons et des dicolylédons. Ou le trouve fréquemment dans les bas-fonds; ses amandes grillées servent de nourriture aux sautâmes. Ceux-ci retirent de sa moelle un sagou qui est aussi un de leurs meilleurs alimens.

La grande île que les voyageurs ont désignée sous le nom de Terre-des-Papouav 00 Nouvelle-Guinée, est trop peu connut- pour qu'on puisse parler exactement des végétaux qu'elle produit:. MM. Durville el Lesson ont visité dernièrement quelques points de ce dangereux pays , et d'après le rapport de ces sa va us naturalistes, il est difficile de se faire mujuste idée de la majesté de la nature dans les antiques forêts où ils oot pénétré. Des arbres dnnl le tronc est dénué de branches jusqu'à la moitié, élèvent à plus de 5o mètre*

DESCRIPTION DE L'OCtfANlE.

cime chargée de feuilles et de fruits. Soin leur ombrage on ne voit qu'un petit nombre d'humbles végétaux que l'on retrouve dans plusieurs autres pays situés sous les tropiques. Il est à regretter que le séjour de ces savans ait été trop court pour leur permettre de reconnaître la nature des beaux arbres dont ils contemplaient les fleurs d'un œil avide et impuissant. Néanmoins, tout porte à croire que le plus grand nombre appartient à la belle famille des légumineuses , et qu'ils ont beaucoup de ressemblance avec ceux des régions équatoriales de la Malaisie ou de l'Archipel-Indien.

Nous ne dirons qu'un mol des iles Carolines, Mulgravc et Sandwich , parce que les végétaux des autres iles de l'Oréanie s'y représentent constamment , à l'exception de quelques plantes qui leur sont particulières. Ainsi , le santalum album est très commun à llavaii , une des Sandwich. Les Chinois font un très grand cas du bois de cet arbre , et l'on a vu tout récemment nn vaisseau expédié par une maison de commerce de Bordeaux, prendre daus les Iles Sandwich un chargement de bois de saudal, pour le porter eu Chine et le vendre à un prix très élevé.

Nous avons parlé jusqu'ici de pays dont chacun, considéré isolement , ofTre peu d'étendue, mais qui , dans leur ensemble, occupent l'espace le plus considérable du globe. Nous avons dû, par conséquent nous arrêter snr quelques contrées principales que nous avons considérées comme autant de centres de végétations , lesquelles cependant n'offrent pas de grandes différences entre elles, parce que, appartenant à des climats analogues, les causes influentes auxquelles elles sont soumises ne sont pas extrêmement variées. Nous allons parler d'une région encore plus homogène, c'est-à-dire, dont tous les points offrent également et au plus haut degré, le luxe et la variété daus les productions végétales. Cette région, concentrée sous l'équateur entre le Continent Asiatique et celui delà Nouvelle- Hollande, nourrit la plus grande partie des plantes de l'Inde; on dirait même qu'elle en est plus positivement la patrie, et que ces plantes atteignent leur dernières limites sur le Continent de l'Asie. Ainsi , la flore de Bornéo , de Java et Sumatra se fond pour ainsi dire dans celle de l'Inde et de la Cochinchioe. Mais ces iles sont tellement grandes et la plupart ai peu connues jusqu'à ce jour , que l'on manque de données sur la végétation de leur intérieur. D'après ce qui a été recueilli et publié par les voyageurs anglais et hollandais, et surtout par M. Blume auteur de la Flore Je Java, on doit penser que beaucoup de végétaux très curieux croissent exclusivement dans ses îles. Nous n'en citerons qu'un seul exemple , celui du rafflesia, plante parasite et surtout remarquable par la structure insolite et l'énormité de sa fleur.

Les Philippines et les Moluque* sont depuis long-temps célèbres par la beauté de leurs végétaux et la richesse de leurs produits. Le commerce des épiceries était concentré autrefois dans ces dernières, et les Hollandais en exerçaient le monopole à l'exclusion de tous les autres peuples d'Europe. Tout le monde connaît la première condition qu'ils imposaient aux petits rois des iles soumis à leur domination. Tls les obligeaient de détruire les girofliers dont la nature avait enrichi leurs domaines, et ils n'en laissaient cultiver que dans la petite île d'Atnboine; mais de courageux étrangers surent leur ravir ces biens usurpés, et depuis plus de 40 aus on cultive avec succès aux iles de France et de Bourbon , le giroflier , le cannellicr et plusieurs autres végétaux des Moluques.

Parmi les plantes les plus intéressantes qui croissent sous le beau ciel de ces îles fortunées, nous mentionnerons les suivantes : le palmier sagou {sagus rumpfiii); des pédoncules de ses régimes fraîchement coupés découle une liqueur sucrée, que l'on reçoit dans des tiges de bambou; cette liqueur épaissie donne le sucre couleur de chocolat, goult itan des Malais. Leurs bois sont remplis d'arbres {elaocarpus monogxnus) , couverts jusqu'aux branches inférieures de fleurs élégantes ; de cussonia (hyrsijlora, dont les feuilles larges et palmées sont l'ornement des forêts; de catiarium commune , le plus graud de tous les arbres de ces climats; d'/teritiera , qui se plait surtout près de la mer ; d'vugenia ftialaccensis ; d'averrftoa carambola et de diverses anonacèes, parmi lesquelles on disli •• gue surtout le coeur-de-bœuf (anona muricata). A l'ombre de ces forêts s'élève une foi;!c d'arbres et d'arbustes qui , par leur élégance, ne le cèdent en rien aux grands arbres qui les protègent. Tels sont, le buis de la Chine (murrara exotua), Vaùroma angus « . Yttrythrina coraUodetidron , Vagati grandiflora , etc , etc.

A Celebes, les rivages sont bordés de mangiïcn, de fruits à pain, de giraumnns , de

muscadiers uvtformer. Le corypha umbracidifera y forme de grandes forèU ainsi que le teck {tectona grandis) et le fromager (bombax ceiba). Des allée* de mimusops elkengï , de guilandina moringa et d'hibiscus tiliaceus , sont plantées près des habitations et dooncut un ombrage salutaire dans ces climats brûlans.

Tous les peuples des Moluques fout usage du bétel. C'est une espèce de poivrier (piper siriboa), doiil ils mâchent les feuilles avec de la chaux vivo et de la noix d'arec.

Personne n'a mieux étudié sous tous les rapports les plantes de l'Australie que M. R. Brown. Ce savant naturaliste a généralisé ses remarques dans un ouvrage publié eu 1 8 1 4 , à l'appui desquelles les voyages qui ont eu lieu récemment ont seulement fourni de nouvelles preuves. C'est donc à celle source que nous devons puiser la plupart des renseignement susceptibles d'èlre offerts à nos lecteurs.

De tout l'immense espace qui constitue la Nouvelle-Hollande, on ne connaît sous le rapport botauique qu'une partit» des cotes; mais il y a lieu de croire que la découverte de l'intérieur du pays n'amènerait pas celle d'un nombre d'espèces nouvelles proporliooelle à l'étendue des contrées que l'on visiterait. Nous savons par MM. Durviile. Lesson et Sieber qu'aux envirous du port Jackson, par exemple, la végétation d'abord très riche, s'évanouit insensiblement eu s'éloiguant des côtes, ou du moins quelle n'en diffère pas beaucoup. M. Brown a fait observer que la moitié des plantes australiennes connues a été récoltée eutre les 33 et 35° sud, cl c'est entre ces parallèles que l'on trouve les végétaux qui particularisent la Nouvelle-Hollande.

L'ile île Van-Dit meu (Diemenie) retient encore l'aspect général de la végétatiou de l'extrémité des côtes orientales et occidentales; mais déjà ou n'y trouve pas eu auasi grand nombre toutes les familles de plau:es qui en font le trait caractéristique. Cependant le genre eucalyptus, les acacias hétérophylles (apbylles par avorteraent des folioles) et \e&èpacrUécs s'y représentent en aussi grande proportion que sur le Continent- Australien.

Ou compte plus de cent espèces distinctes dans cliacuu des genres eucalyptus et acacia , et si l'on fait attention à l'immense quantité des individus ainsi qu'à leur dimeusion , on peut en conclure facilement que ces genres composent plus de la moitié de la masse végétale de ces contrées. Le feuillage de ces plantes est très particulier et imprime un cachet original à la végétal iou des forêts australiennes. Chacune des feuilles, si l'on doit nommer ainsi les pétioles dilatés des acacias hétérophylles , est dirigée verticalement , perpendiculaire à sa tige, et présente ainsi ses deux côtés à la lumière. Cette disposition est moins générale dans les eucalyptus.

La flore de l'Australie renferme environ 4,aoo espèces que M. R. Brown distribue dans iao familles naturelles; mais plus de la moitié de ces plantes appartiennent aux familles que nous allons mentionner. Les composées , les légumineuses, les eupkoràiacêes , parmi les dicotylédones; les orchidées , les graminées , les cypéracées , les fougères, parmi les monocotylédones , sont les familles les plus considérables; mais à cet égard , le nombre de leurs espèces n'est pas proportionnellement plus grand que celui de ces plantes dans plusieurs autres régions.

Le nombre des espèces de quatre familles remarquables ( les myrtacées, les protéacées , les épacridées et les restiacées) prédomine dans la Nouvelle-Hollande. Celui des myrtacées y atleiut son maximum , car ou en a trouvé beaucoup plus dans cette contrée que dans tout le reste du monde. Le genre eucalyptus, dont nous avons déjà parlé, se compose d'espèces arborescentes dont quelques-unes , comme par exemple , Y eucalyptus giobulus Labill. a quelquefois plus de 5 o mètres de hauteur, et à la base une circonférence d'environ 10 mètres. Près de Y eucalyptus se place le genre melaleuca, composé, ainsi que le met rai deros, de belles espèces arborescentes qui, à l'exception des melaleuca leucadendron ci melaleuca cajeputi , habitent exclusivement l'Australie.

Les protéacées , les restiacées et les épacridées n'existent que dans l'hémisphère austral. Les plantes qui constituent les deux premières familles sont également nombreuses , soil au cap de Boune-Espérance, soit sur les côtes de la pointe australe de la Nouvelle-Hollande; mais elles appartiennent à des genres fort différents. M. R. Brown a oiéine remarqué qu'aucune espèce de protéacées n'était commune aux deux côtes opposées du même pays.

D'autres familles moins considérables ont le plus grand nombre de leurs espèce» ôW«

la Nouvelle- Hollande. Telles sont les goodenoviers , les styUdées, les myaporinées , les diosmées , etc. Dans les familles qui habitent également les autres régions du globe, les genres de la Nouvelle-Hollande sont très distincts des autres. Ainsi , parmi les légumineuses, on distingue facilement les genres acacia, platyiobittm , bossiœa, hovea, etc.; parmi les diosmées . les genres boronia , corrta , phebalium , etc.

Le» espèces se distinguent encore plus aisément de celles qui sont indigènes d'autres contrées. On ne compte, en effet, que 400 espèces phanérogames environ qui croissent ailleurs, parmi lesquelles il y en a quelques-unes d'européennes. Il est remarquable que ces dernières sont toutes des plantes aquatiques ou qui aiment le bord des eaux , comme |»ar exemple, les Irtltrum , quelques graminées et erpéracées, le samolus talerandi , etc. Quant aux cryptogames proprement dites (sauf les fougères) , ce sont en grande partie les mêmes espèces que celles d'Europe.

Si l'on compare d'une manière générale la flore de la Nouvelle-Hollande avec celle des autres grandes contrées du monde, on lui trouve de pins grands rapports avec celle de la pointe australe d'Afrique qu'avec celle de toute autre région. Nous avons vu que certaines familles semblent confinées dans ces deux parties du globe, et qu'elles établissent une grande connexion entre elles. Cependant quelques grands genres, très communs an cap de Bonne-Espérance, comme les mesembryantlièmts , les pelargonium , n'ont qu'un petit nombre de représentant dans l'Australie; cette dernière région ne renferme aucune espèce des genres aloes, brunia, stapetia, qui caractérisent l'extrémité australe de l'Afrique.

Les végétaux de la Nouvelle-Hollande différent encore plus de ceux de l'Amérique- Méridionale. Ou observe uéanmoins des rapports multipliés entre les plantes de la côte ouest et celles du Chili et de la Terre- de-Feu. Ainsi, pour nous borner à un seul exemple frappant, dans la Nouvelle-Hollande croit une espèce araucaria , dont le type forme des forêts au Chili et dans l' Amérique-Méridionale. Réciproquement, le Chili et la pointe du littoral occidental de l'Amérique du Sud , nourrissent quelques mesembryanthemum , ainsi que des protéacëes qui, comme on sait, ont le plus grand nombre de leurs espèces rassemblées au Cap-de-ltonue- Espérance et dans la partie australe de la Nouvelle-Hollande.

Nous terminerons cet article sur les végétaux de l'Océan ie par quelques réflexions relatives à la flore de la Nouvelle-Zélande, et qui nous ont été fournies par Forstcr et Durville. Dans cette contrée la végétation a quelque ressemblance avec celle de la Nouvelle- Hollande, mais elle offre aussi quelques points de contact avec les régions magellaniques de l'Amérique-Méridionalc. On y retrouve également des végétaux appartenant à des genres européens, tels que plusieurs sisrmbrium et lepidium de la famille des crucifères. Les sauvages habilaus de la Nouvelle-Zélande, plus guerriers que cultivateurs, se contentent pour leur nourriture de plantes qui seraient rebutées de tout antre peuple moins grossier. Ainsi, leur aliment habituel se compose des racines d'une fougère (pteris escuienta ) qui est fort peu nutritive. C'est de cette région qu'est originaire le tetragonia expansa qui se mange en guise d'épinard*. Nous citerons encore comme végétal éminemment utile, le phormium tenax, connu des Européens sous le nom de lin de la Nouvelle-Zélande et qui fournit une matière textile de la plus grande solidité.

ANIMAUX. Les lois qui régissent la dispersion des êtres dans les diverses régions de cette partie du monde, subissent trois modifications du premier ordre, suivant les circonscriptions des trois grandes sous- divisions territoriales et maritimes qui constituent cette nouvelle partie du globe. Chacune d'elle a sa physionomie propre, son cachet spécial, et nous suivrons les êtres indigènes à ces terres d'après les limites «rcoirraphiques qui leur furent imposées, et comprises sous les noms de Malaisie, Australie et Polynésie,

MALAISIE. Cette région zoologique nous représente des types imposons et nouveaux de création, qui se sont avancés jusqu'au nord de l'Australie elle-même. En effet, sur ces grandes terres placées sous l'influence d'une vive chaleur, dout la surface est seruée de germes de vie, où l'homme seul , par sa laide enveloppe on par son moral plus hideux encore, fait disparate, pnllulent les animaux les plus somptueux et les plus intérrssans.

M. Desmoulin* s'exprime ainsi dans un article destiné à cet ouvrage et que sa mort a

laissé incomplet, mais dont nous conservons religieusement la substance.

- Nous avous déjà vu le tapir bicolork Malaeca , des gibbons aux longs bras dans l'Inde - Trausgangétique , le chevrvtain-memina dans les montagnes de Cevlan et du Mysoie, contraster par leurs formes étrangères avec les genres propres au continent. Les oiseaux, à qui le vide des airs ouvre, pour ainsi dire , toutes les routes du globe , vont aussi dan» l'Oréanie recevoir eux-mêmes des limites. L'air, la terre et les eaux vout s'y montrer animés de créatures sans pareilles , comme si, dans ces contrées, qui semblent nouvellement sorties du seiu des ondes , l'auteur de toutes ces i.*erveilles, en se. plaisant à civer sur d'autres plans, avait voulu y attirer et y retenir les hommes d'une autre terre par l'ai trait d'une nouveauté uuiverselle et presque inépuisable. Ce tapir, ces gibbons de Malaeca se retrouvent à Sumatra et à Romeo et, avec eux, le tigre et cet éléphant indien , dottt la taille grandit vers l'orient comme celle des arbres des forêts qu'il habite. Le bujjlc domestique ou sauvage conserve à l'Archipel Indien, de pub Formosa jusqu'à Timar, la physionomie asiatique. Mais, à ces cinq ou six espèces prés de grands quadrujKxlcs , commuuos à l'Inde et à l'Océan ie Occidentale , nous n'allons plus voir que des formes nouvelles.

« Avec une taille moitié plus petite, des cornes à proportion huit ou dix fois plus courtes , uue peau hérissée de poils courts et raides comme les soies d'une brosse usée , toute pavée d'écussons et de laquelle a disparu ce large plissement monacal qui habille le rhinocéros de l'Afrique et celui de l'Inde, Vunicorne de Sumatra, le bicorne de Java ne rappellent plus leurs cougéuères que par leur goût pour la solitude dans les plus épaisses forêts de Java , de Sumatra et de Bornéo.

« Là vit aussi celte antilope noire à criuiére grise, appelée cambing-untong par /es Malais. C'est aussi la patrie de ces élégans ciuvrotains napu, kanchil et pcia*d<À , nui sous une taille de quelque* pouces seulement rappelleut toutes les grâces , toutes les formes si svelles et si légères des cerfs et des gazelles. Les cimes des mêmes forêts , dont le hà est foulé par ces quadrupèdes , sout habitées par toutes ces espèces de la famille oV* ora/igs, vivant en société ou en familles, par ces gibbons, ces vouvous, ces siamangs , ers orangs enfin, à qui, malgré leur lenteur ualurelle, des bras démesurément lougs, saspeudant et balançant leur corps comme une pierre dans uue fronde, donnent uue telle immensité d'élau , qu'ils franchissent les espaces d'uue cime à l'autre avec la vitesse de l'oiseau. Dans la seule Bornéo a été trouvé jusqu'ici le pou go à tête pyramidale de la nuque au museau , et dont les mâchoires sont armées de ces vigoureuses dents canines qui rappelleut celles îles lions et des tigres^ cepongo, que la solidité de ses os, l'aspérité de leurs saillies annoncent être capable de résister a dix hommes. L'iiitel.iei-oce et la réllexion qui règlent les actions de tous ces animaux leur ont valu le nom d*ùommc (orang) chez tous les Malais. A Bornéo et aux îles Célebes vit ce bubirmiua, cochou cerf des Malais déjà in liqué par Cosmas ludicopleusles , et qui marque avec les pUalangers à pache ventrale, où se développent et s'allaitent les petits, la limite orientale % sinon de* connaissances géographiques , au moins des voyages et du commerce des anciens. Deux autres espèces de cochou également sauvages, l'une appelée babi-outan g par les Malais, peuplent les forêts marécageuses de toutes les îles entre Bornéo et la Nouvelle-Guinée, et passent à la nage de l'une à l'autre. L'une au moins de ces espères se retrouve à la Nouvelle Guinée même, et fait probablement la souche de la race qui *>v domestique dans toute l Océauic. Dans la Nouvelle-Guinée et tout l'archipel des Papous vit aussi tout-a-fait sauvage ou demi sauvage, comme les hommes iudigeues dont il es* plutôt l'associé que le domestique, ce cltieu papou, qu'un ensemble suflisant de caractère sépare de tous ses congénères, et qui semble la souche de tous les ehiciis domestiques de l 'Océan ie. La Nouvelle Liollando est aussi sa patrie à l'étal domestique et sauvage, mais il n'accompagne plus l'homme sur la Terre de Diemen. Sur les bas-fouds de la cV»f e occidentale de la Nouvelle-Hoilaude et dans l'Archipel Indien, depuis les Pbil jusqu'aux îles de la Soude vivent deux variétés de dugong, cet herbivore de& pâturage* sous-marins de l'Orient, comme le lamautin I est de ceux de l'Occident.

• Daus les Moloqucs commencent les formes propres à la création océanique. Là vivent ces phalange rs cou nus de Plularque, qui les propose à l'homme comme modèles de teu

dresse et de protection paternelles; ce» petits kangouroos d'Aroe, décrits sons le nom de philanders par Valcntyn , et confondus par Bnffon ainsi que les phalangcrs avec les sarigues, qui seuls justifieraient si bien le nom de nouveau donné an monde que trouva Colomb. Ces casoars à casques , des Moluques, sans casques, de la Nouvelle-Hollande , oiseaux condamnés à ne pouvoir marcher que comme des quadrupèdes, parce que leur* ailes seulement armécj d aiguillons de corne , ne portent même plus ces pennes de parade des autruches d'Amérique et d'Afrique ; ces oiseaux de paradis, dont le corps, flanque au-dessous des ailes par de larges parachutes de plumes, forme une sorte d'aéroitaî ; ces chauve s •souris frugivores, ers roussettes , ces céphalotes et ces galéopithètfuts , les moins aériens de tous les mammifères ailés ; tous rendus incapables de bien marcher à terre par un retournement sur l'axe de leurs membres postérieurs; ces phalangers volant , dont la peau des lianes , élargie en vastes replis, rappelle et le* parachutes des oiseaux de paradis , et ceux de ces écureuils volons , dont une espèce est propre au nord de tout l'Ancien-Contiuent , l'autre à la Louisiane, et quatre autres à ce même Archipel indien. Sur la Nouvelle-Guinée et les îles qui l'entourent vivent de nombreuses espèces de choucaris, de cassicans, gros oiseaux à forme de corbeau ou dp geai, à plumage ou tout noir ou varié de blanc et de noir et à reflets métalliques; sur la Nouvelle-Guinée et les îles a l'ouest , vivent avec des habitudes plus marcheuses encore que les faisans, des sortes do gallinacées à hautes jambes, à longs doigts, telles que le lalègaUe envier , le tnégapttdefreycinei, Y alecthclic-d' urvillc et aux Mariannes une autre espèce, le mcgapot/ffapcron.u •■, toutes deux formant un genre naguère inconnu et propre à celte partie de l'Océauie.

<• Les reptiles et les poissons par la nouveauté de leurs formes ne contrastent pi* moins que les autres animaux avec ceux du reste de la terre. Dans les Moluques vivent sur les arbres à la manière des chauves «souris ces dragons ou reptiles volaus, dont la peau des flancs s'étale eu deux larges voiles, tendues sur leurs côtes horizontalement allongées comme des vergues. Là vit aussi ce caméléon, dont le front fourchu projette deux grandes saillies au-delà de sou cez. Dans ces mêmes îles et à la Nouvelle-Hollande Yagame hérissé, plusieurs serpens d'eau , des hydrophis , dont quelques espèces oui déjà figuré dans le Delta du Gange , et ces pélamides, qui se retrouvent jusqu'à Olaïti. Dans la seule Java, deux espèces de pythons, deux de trigonocéphales , deux de bogarts , autant d'elaps, deux de dipsas, une de naja, tous à dents venimeuses et à axe creux , excepté les pi thons; quatre espèces de couleuvres, une de tortrix, une CCachrocorde , deux tropinolus de Kuhl, les plus beaux serpens de l'Orient; huit espèces d'un nouveau genre de couleuvre appelé brachiura à cause de la brièveté de la queue , jamais si longue d'ailleurs chez les serpens que chez la plupart des lézards; ces amplycéphalcs à tète de carlin, formant au moins quarante-cinq espèces de serpens, sont particulières à Java, où vit aussi ce crocodile biporcatus , que l'on retrouve dans tout l'Archipel jusqu'à Timor. Une seule espèce, la tortue molle de Java , y représente l'ordre des chelonicns; mais les batraciens y sont presque aussi nombreux que les serpens. Kuhl vient d'y trouver huit nouvelles espèces de rainette.*, un genre nouveau à la tète anguleuse, surmontée de deux cornes sur les orbites , et vivant dans les bosquets montueux loin des eaux , un autre batracien également nouveau, intermédiaire aux grenouilles et aux crapauds.

« L'énumératiou des poissons n'y montrerait pas des formes moins nouvelles, mais la richesse des couleurs surpasserait encore la nouveauté des formes. Il eu faudrait dire antaut de ces crustacés^ de ces insectes , de ces mollusques, de ces méduses , pour la représentation desquelles le dessin semble u'avoir pas assez d'ombres et de lignes, la peinture assez de couleurs et de nuances. Mais il suffit d'avoir montré la distance et l'opposition des contrastes dans les animaux des classes plus élevées, où pourtant les espèces et les genres ou été créés sur des modèles définitivement réductibles à un assez petit nombre de types. Iiès-lors on peut dans les invertébrés , où lé squelette n'est plus une cause nécessaire d'uniformité et de constance , se figurer la multitude innombrable de formes dont les dégradations, divergeant eu tous sens, produisent l'infini dans la figure, la structure et les instincts des animaux, ainsi que le ciel nous le découvre aussi dans l'espace, et les astres dans la grandeur et dans les nombres. »

AUSTRALIE. Si la botanique est remarquable par elle-même et si elle donne à la Nouvelle-Hollande une physionomie spéciale, le règne auimal lui imprime encore un

caractère plus étrange et plus étounaut peut-cire. Totis les animaux du globe uc soul pat, on le sait , façounés sur le même type ; mais les espèces vulgaires où celles plus nouvelles, bien que distinctes, appariienueut souvent à des genres plus ou moins analogues. A la Nouvelle-Hollande au contraire rieu de cela n'existe; tous les animaux qui y vivent, qu'ils soient carnassiers, rongeurs, etc., qu'ils affecteut les formes corporelles les plus opposées, tous se ressemblent |wr un seul caractère, qui est une double poche ou la marsupiilité : ce caractère semble même former pour la Nouvelle-Hollande une véritable loi zoologique, dont on ne doit excepter que trois ma m m itères seulement, qui sont une roussette de la partie interiropicale, les phoques et le chien de la Nouvelle-Hollande, qui a suivi les misérables peuplades lors de le;ir émigration sur ce continent appauvri. On ne ron« naissait en effet, parmi les animaux à bourses, que quelques espèces d'Amérique et do Iles d'Asie. De tous les animaux qui vivent dans les diverses parties de l' Australie il nous Mil lira de citer les kangourous, dont quelques espèces sont les plus grands quadrupèdes du Continent-Austral; les potourous, les péramèles, les phalangers, les pétaurisies , etc. Les dasyures sont des carnassiers qui remplacent dans cet hémisphère les fouines de nos climats. Le tlrflacine, de la taille et de la forme du loup qu'il représente, est souvent mentionné dans les relations comme le loup austral. La viande des kangourous, quoique sèche, peut fournir une excellente veuaisou ; mais rien ne surpasse la bonté des «tombais, dont la chair grasse, succulente et d'un excellent goût, a presque amené la destruction de cet animal précieux , qu'il serait si important de naturaliser daus nos basses-cours. Les kangourous et les phalangers avaient leur type parmi les animaux de la Malaisie; mais rieu ailleurs ne peut donner l'idée des êtres singuliers qu'on a nommé paraJor^ur et qui sont Y ornithorhynque et Yéchidné. Le premier à corps couvert de poils, à bec de canard , i pieds garnis d'ergots vénéneux , pondant des œufs, semble être une créature fantastique jetée sur le globe pour reuverser par sa présence tous les systèmes sur l'histoire naturelle ; car ou peut souteuir avec tont autant de raison, qu'elle appartient aux quadrupèdes, aux oiseaux ou aux reptiles. Les cotes méridionales de la Nouvelle-Hullande sont remplies de taies et de havres qui servent de retraite à plusieurs espèces de phoques, dont les individus se comptent par milliers. La plus utile de ces espèces est Yéiéphant de mer, dont il se fait des tueries considérables; son huile produit au commerce anglais d'immenses avantages. Les phoques à fourrures, communs naguère, commencent à devenir rares; les phoques à crins , bien que poursuivis avec activité y sont encore nombreux; il eu est de même des cétacés, et c'est principalement dans le détroit de Bass que les baleiniers se livrent quelquefois à leur pêche. Feu de contrées ont une ornithologie aussi riche, aussi variée, aussi neuve, que la Nouvelle-Hollande. Les mêmes phénomènes de singularité que nous avons vus caractériser les quadrupèdes se reproduisent pour /es «mseaux. La plupart d'entre eux ne pouvant tirer leur subsistance des fruits dont les forêt» sont privées, n'ont que des genre* restreints de nourriture : ceux qui vivent d'insectes ont la langue organisée comme les oiseaux des autres climats; mats les perroquets, les merle* et beaucoup de passereaux obligés de pomper les sucs miellés qui exsudent descoroHes de& fleurs , ont aussi à l'extrémité de la langue des faisceaux de papilles qui ressemblent a un pinceau et qui leur permette de ne rien perdre de cette matière toujours peu a boudante. Les oiseaux de cette partie du monde varient sans doute dans les couleurs de leurs pHimages; mais la plupart sont remarquables par quelques singularités ou par des parure* éclatantes; et comme la Nouvelle-Hullande devait différer en tout des autres régions, il en est résulté que le cygne d'Europe, par exemple , qui est d'un blanc sans tache est remplacé dans l'Australie par un cygne à plumage d'un noir profond. Si les Moluques imju» out présenté un cacatoès blanc qu'on retrouve aussi à la Nouvelle-Galles, la NouveUe- Hol lande par opposition a des cacatoès noirs.

Ce serait outrepasser les bornes de cet article que de s'étendre longuement sur les espèces rares et curieuses qui peuplent cet étrange climat : nous ne pouvons nous dispesàser de citer quelques oiseaux des plus remarquables; parmi ceux qu'on) trouve en première ligne sont : ce superbe ménure dont la queue est l'image fidèle , dans les solitudes australe» , de la l\re harmonieuse des Grecs; ce loriot prince-régent, dout la livrée est nii-fNtrt»c de jaune d'or et de noir de velours; ces oiseaux satin , ces cassicans variés, ces phiïétioa* nombreux , ce scytrops dont le lire imite celui du toucan , ce ceréopsis cendré, ce c«wa^

austral, et' faucon d'un blanc île neige, ces moineaus wchongs, ces traqua* superbes, ce* perruches de toutes tailles et de toutes couleurs, ces bruyans martins-clussseurs , ce monclterolle crépitant dont le cri imile à s'y méprendre le claquement d'un fouet, et tant d'autres espèce? rares et précieuses pour l'ornithologiste et qu'il serait fastidieux de nommer.

D'affreux reptiles pullulent aussi dans ces climats; il y eu a un grand nombre d'innocens, et d'autres dont le subtil venin cause la mort en quelques minutes. La partie interlropicalc partage naturellement les productions de la terre des l'apous; auvsi trouvet-on abondamment le crocodile bicaniné des Modiques. De nombreux tizartls , diverses espèces de scinques et lïagames pullulent dans la Nouvelle- Galles ; les plus remarquables toutefois sont le gigantesque scinque noir et jaune et le plus bitarre des lacertains ; nous (Mirions ici de ceux dont la queue est faite eu forme de feuille, les phyllurcs. Quant aux serpens ils sont nombreux : on y trouve des couleuvres et des pythons de graude taille. ht serpent fil , à peine long de huit ou dix pouces, occasionne, dit-on, la mort en moins de quelques minutes; mais l'espèce la plus redoutable, sans contredit , comme la plus commune, est le serpent noir, que son terrible venin nous a fait nommer acanthophis bourreau. Lue tortue d'eau douce, Vémyde au long cou vil dans les rivières du comté de Cumberhind; les tortues franches et de grande taille viennent annuellement pondre dans les sables des ilôts de toute la portion du uord ; et le caret enliu, dont l'écaillé est si précieuse pour le commerce, se trouve en abondance dans ces mêmes parafes. Les cotes de la Nouvelle- Hollande, ses havres spacieux et les rivières qui s'y perdent, sont très poissonneux. Les espères de la partie nord sont celles des mers ebaudes et celles de la partie méridionale sont pour la plupart les grands poissons voyageurs qui tournent autour du glolie dans riiéniispbère sud et qu'on rencontre indifféremment à l'extrémité des trois grands caps; la Nouvelle- Hollande toutefois possède des espèces qui lui sont propres , et il nous suffira de citer parmi les plus remarquables le squale de phillip. C'est de la pécbe que les naturels tirent leurs principales ressources alimentaires. Les coquillages varient sur chaque côte stmnnl le degré de clialcur des eaux et les profondeurs; ceux du nord n'ont rien de remarquable; nous citeraus ces huîtres, |>ctitcs mais excellentes qui tapissent les côtes de la Nouvelle-Galles, ces pirates boudins, ces haliotidcs australes, ces parmaphores du sud , etc. Dans le détroit de Bas* navigueut les beaux nautiles k grains de riz , et les enfoncemens de toute la côte méridionale sont jonebés des espèces les plus rares et les plus estimées dans les collections; quelques-unes d'elles servent à faire des bijoux pour les babitans. Les colons de la Nouvelle-Galles du Sud n'emploient en outre que îles coquilles pour faire la ebaux, dont ils ont indispensablement besoin dans leurs constructions civiles. Les insectes sont nombreux et curieux, les papillons sont peu variés, mais il n'en est pas de même des coléoptères ; la cétoine orphéc, si brillante et si belle, vit sur les jeunes eucalyptus, le plus ordinairement par milliers d'individus; des charançons de toutes couleurs, de longs phasmes et des cigales de tailles énormes sont les espères qui frappent le plus communément les regards. On ne doit pas oublier (pie nulle contrée de la terre ne renferme un plus grand nombre de fourmis et de plus grosse»; l'étude de leurs caractères distinclifs et de leurs babitudes occuperait la vie t «litière d'un naturaliste; nous ne pcn«ons pas qu'on ail jamais mentionné avant nous une espèce de sangsue, qui vit daus les eaux de la rivière Macquarie et qu'on pourrait utiliser eu médecine. Parmi les zoophytes nous iudiquerons^urtout X holothurie trépang, qu'on trouve sur tous les récifs qui se découvrent à mer liasse sur la côte boréale de la Nouvelle- Hollande ; célèbre sous le nom de prinpe marin , elle est l'objet d'un immense commerce rie toutes les iles Malaisiennesavec la Chine, le Camboge et la Cochinchiue. Des centaines de jonques se rendent sur ks récifs pour se livrer ebaque année à la pécbe de cette substance qn'on dit être d'un grand prix pour les Asiatiques, car le pécoul vaut 45 dollars environ, et elle entre dans tous les ragoûts des gens riebes comme stimulant aphrodisiaque. Cette holothurie ou sea slugs des Malais est dégorgée avec la chaux de corail, desséebée au soleil , puis expédiée daus des paniers de roseaux. C'est au milieu des écueils qui lu rissent la mer entre la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Hollande, que Pérou a rencontré ce» pros malais évoluant en escadrilles pacifiques, occupées à ce génie de pêche lucrative- Dans ces canaux étroits pullulent les seHulairrs aux rameaux grêles, à port «J'arbui»le délicat et fragile, les méandrines , les raryphillies aux polypes en ventouses, les

ARRÉGÉ DE GEOGRAPHIE.

alcyons si richement peints, les éponges si diverti formes, s'élevant du sein des eaux , tantôt en soucoupes sveltes, tantôt en tubes rameux, bizarres, mais toujours gracieux. »

POLYNÉSIE. A mesure qu'on s'élance sur le grand Océan pour aborder ces iles plate* el basses jetées en bandelettes découpées et verdoyantes sur la uappe azurée de la mer dite* Pacifique, où s'élèvent les forêts de cocotiers au faisceau de palmes en parasol, ondulées par les brises régulières de mer et de terre, ou bien lorsqu'à l'horizou s'élève le cône vert de quelque grande île volcauique dont les pieds reposent sur les chaînes sou mari nés , on s'étonne de la notable diminution des êtres animés. Leurs espèces rares et m u nombreuses semblent confinées dans un isolement fatal à la multiplication de leurs tribus. Les mammifères y ont quelques représentans. Le clu'en , ce compagnon docile de l'homme et qui s'attache à ses pas comme l'ombre le fait au corps dont elle est l'image', existe comme commensal des deux races jaunes qui se sont partagées ce système d'îles. Mais le cochon n'existe que sur les îles où vit la race océanienne pure ; ainsi on l'a trouvé aux Sandwich, aux iles des Amis , d'O-taïli et de la Nouvelle-Zélande, mais il était inconuu aux Caroline» et au groupe des Mariannes avaut l'arrivée des premiers navigateurs. Quelques grandes chauves-souris frugivores s'avancent dans l'archipel des Caroline*, à Oualan , a Ticopia , et quelques vespertilions de petite taille sont dissémines aux Sandwich et aux îles de la Société.

Les oiseaux forment quelques-uns de ces petits genres qui tiennent aux pUilédons à langue en pinceau de la Nouvelle- Hollande, et c'est ainsi qu'aux Sandwich vivent ces riches molws au plumage vivement peint, et des héorotaires , dont un par le rouge de feu de son plumage et par son étonnante multiplication, a vu ses races presque éteintes pour faire avec ses plumes les manteaux des rois; à O-laïli roucoulent ces belles tourterelles kurukuru, olïraut dans chaque île de la mer du Sud des variétés élégantes et bien distinctes. Des merles , des coucous , des colombes de grosse taille , des poules domestique* , des oiseaux de rivages, pèlerins toujours en quête sur les grèves d'une subsistance qu'ils recueillent sans efforts, forment a- peu- près le monde volatile de la Polynésie., qui n'a rien sous ce rapport du grandiose des terres placées plus à l'ouest.

Les reptiles et surtout les voraecs et gigantesques crocodiles ne sont ni nombreux ni multipliés sur ces terres à peine sorties du sein des eaux ; le crocodile à deux arêtes, transporté par les courans s'est présenté très accidentellement sur les iles les plus occidentales , et l'on ne cite guère qu'un grand tnpinamb'u et une longue couleuvre, comme propres aux archipels avoisinans le prolongement de la Malaisie. Les tortues marine*, la franche et le caret pullulent sur tous les bas>fonds de la Polynésie. Leur chair et leurs écailles sont estimé.* des naturels, qui fout avec ces dernières parties leurs hameçons de pêche. Quelques geckos , quelques scinques aux vives couleurs se rencontrent sur toutes ces île»; on u v cite aucun crapaud, grenouille ou rainette, en un mot nuls batraciens, mais de dangereux hydrophis, à venin mortel, nagent autour des motous corail igènes baignés par les flots.

Les poissons de la Polynésie sont peu variés; ce sont ceux de la Malaisie et des grands rontinens placés sous lequateur entre les deux tropiques. Cependant on y trouve de belles espèces et des plus vivement peintes dans les labres , les girclles , les alutercs , les batistes, les chattodons , les holacanthes. De grands squales, d'innombrables variétés de murènepku nu nager vacillant et serpentiforme , fréquentent les rivages.

Les insectes terrestres n'y comptent point de genres ni d'espèces remarquables. Quelques papillons, des t rurales , de longs phasmes verts, des coléoptères bruns et de petite taille ne présentent rien de bien piquant pour l'amateur. Seulement sur toutes les latitudes entre les tropiques pullule le singulier insecte marin nommé relia oceanica , et qui court sur 1rs eaux dans le temps de calme à des dislances inouïes de toute terre.

Sur ces plages à demi découvertes par la mer, les mollusques marins doivent se multiplier dans les circonstances les plus favorables; aussi les porcelaines tigres, les tu, les mitres, \escerithcs et mille autres toutes bien couuuess'y présentent à foison. Là se rencontrent ces belles huîtres, objet de pêches lucratives, et dont les perles sont échangée» par les habilans ou servent à orner leurs oreilles. Là vi\ent ces holothuries qu'estiment tous les Malais, ces belles dolabelles, ces aplysies baveuses, ces ochotesmes charnus, ce* i'èroës gigautesques, ces méduses peintes comme à plaisir et qui forment une branche sâ riehe et encore si neuve de l'étude deszoophytes. Dans ces archipels dus aux coraliigèxws ,

DESCRIPTION DE I/OCÉANIR. 1207

les madrépores semblent être pour )a nature une mine ioéptiisaMe de fécondité. Oc sout des barrières de fer, des murs où se brisent comme une débile coquille lei vaisseaux des naxigateurs, et cependant sur ces pierres compactes, unies entre elles par une cohésion puissante , saillent des gerbes de fleurs animal i bées , des polypts bleu , a/ur, rouge de feu , jaune d'qr, qui. semblent décomposant les rasons de la lumière, se les approprier pour olïrir des pelouses animées, à l'homme qui se croit le maître de la nature, et qu'elle y jette par d'inopinés uaufrages, pour y trouver la mort.

GÉOGRAPHIE POLITIQUE

SUPERFICIE. Un peu pins grande que l'Europe et beaucoup plus petite que toutes les outres parties du, monde , la surface de l'Océanie peut être évaluée à 3, 100,000 milles carrés.

POPULATION. Nous avons vu dans le chapitre VIII des principes généraux, que la population absolue de cette partie du monde peut être estimée approximativement à 20,^00,000 âmes. Ce nombre, divisé par les 3,ioo,ooo milles carrés qui représente sa surface, donne une population relative de 6.5 habitans par mille carré. L'Océanie est donc une fois plus peuplée que l'Amérique ; elle est presque aussi peuplée que l'Afrique, environ quatre fois moins que l'Asie et dix fois moins que l'Europe. Si l'on voulait étendre ces comparaisons, on trouverait que la population totale de l'Océanie non -seulement est inférieure a celle de l'empire d'Autriche, de la France et du Royaume-Uni, mais qu'elle n'égale pas même celle de l'Italie , dont la superficie n'est pas même un trente-deuxième de la surface totale du Monde- Maritime.

ETHNOGRAPHIE. Les innombrables petites tribus , qui habitent le continent et les terres du Monde- Maritime, considérées sous le rapport des langues qu'elles parlent , peuvent être rangées en deux classes différentes : les tribus de la race Malaisienne et les tribus de la race Ncgro- Occanicnne. A part quelques exceptions produites par des mélanges entre ces deux classes de peuples très différens, on. peut dire que la classification d'après les langues correspond parfaitement à celle des variétés de l'espèce humaine. En effet, toutes les tribus qui parlent des idiomes compris dans la souche que l'Atlas Ethnographique appelle Malaisienne, appartiennent à la variété que plusieurs célèbres naturalistes appellent variété Malaise, et diffèrent entièrement des peuplades Nègres, soit par la couleur et par les formes de leur corps, soit par la différence énorme qu'on observe dans leur civilisation. Outre ces deux souches principales auxquelles appartiennent tons les peuples que l'on regarde comme indigènes de l'Océanie, il y a une troisième classe dans laquelle on doit ranger les nations étrangères, que la religion, le commerce et "la politique ont engagées à s'y établir. Le tableau suivant offre les peuples principaux de l'Océanie, rangés d'après leurs langues et subdivisés dans les trois classes que nous venons d'indiquer.

TABLEAU

DE I.A CLASSIFICATION DM PEUPLES DE l.'ochl(E d'aPR^S I.H* LAJfGLM.

pEirri.as MAi.\rsiE7i3. Disperses sur plus d'un tiers de la circonférence du globe et séparés le» uns des autres par de vastes mers et par tout le Contiucnt- Austrsd , les peuples de race malaisienne parlent tous des langues évidemment sec ors , tandis cpie plusieurs d'entre elle» possèdent depuis nn temps immémorial des alphabets, dont le* caractères diffireut au-

tant les un* des autres quo les lettres grecques différent de celles des al|»babeta sanskrit

et coréen. Des nuances presque infinies de civilisation et de barbarie , de douceur et de férocité; une foule d'usages communs à un grand nombre de tribus séparée» par d'immenses intervalles, ainsi que des pratiques singulières propres à quelques autres seulement; les superstitions les pins absurdes, accompagnées de mntitations cruelles et de sacrifices humains; des mœurs donees unies à l'usage horrible de l'infanticide et de l'anthropophagie; des traits sublimes, d'héroïsme à côté des excès épouvantables rt inouïs ailleurs de la vengeance : voilà les traits les plus caractéristiques des peuples compris dans la grande famille Malaisicune. Parmi tes 78 peuples, dont nous avons classés les idiomes dans l'Atlas Ethnographique du Globe, nous choisissons les suirans, qui sont trop ioiportans pour n'être pas admis dans cet ouvrage, malgré son cadre borné. ,Lcs Javanais ; ils nous paraissent être la. nation la plus nombreuse du Monde* Mari lime connu , puisqu'ils forment plus que le» demi tiers de la population de l'île de Java. On peut regarder les Javauais comme le peuple le plus policé de toute l'Océanie, et sa Ut térature comme la plus riche et la plus importante de tout le Monde-Maritime. Les Javanais ont été à trois époques différente» la nation prépondérante dans la Malaisie (Archipel- Indien); d'abord sous le règne d'Alit Widjiaya, vers la seconde moitié du xivr siècle, lorsque l'empire de Madjiapahit embrassait presqne toute l'île de Java, le ro van trie de Palembang dans celle de Sumatra, les petits royaumes de la partie méridiona/e de l'île de Bornéo et l'Ile de Bali; ensuite dans la première moitié du xvc siècle, sous le régne de l'empereur Augka Widjiaya, lorsqu'il étendait sa domination non-seulement sur \a presque totalité de Java , mais aussi sur les états de Sabrang, Goa . Macassar , etc. . dans l'Ile de Celehes , sur les Iles Banda, Sumbava , Ende , Timor . Soulou , Geram , nne partie de celle de Bornéo et sur le royaume de Palembang dans Sumatra ; enfin , dans la première moitié du xrrt«" siècle, sous le règne du graud-siiltan, lorsque l'empire de Matarem égala presque celui de Madjiapahit.

Les Montagnards des régences de Bantam , Batavia , Buitenzonrg , Prrangan et Chrriban ; ils occupent nn vaste esiiace de la partie de Java , nommée Sttnda par les indigènes.

Les Insulaires <U Bah ; c'est uu des peuples les plus policés de l'Océanie, quoique sans littérature originale Sa religiou et ses iustitutions nous retracent fidèlement celles qui dominaient autrefois sur toute la Malaisie civilisée et surtout à la cour de Madjiapahit.

Les Malais proprement dits. C'est la nation I» plus répandne de toutes celles qu'embrasse cette famille ethnographique , et en même temps un des peuples les pins adonnés an commerce de toute l'Océanie. Us occupent le ci-devan» empire de Menaugkabon , les royaumes de Siak , de Palembang et antres dans l'île de Sumatra , les Iles de Lingen et de Bintang, la plus grande partie des cotes de Bornéo, entre autre» les royanme» de Poutianak , de Sambas, de Bornéo et de Baujarroatsiu , et nne grande partie de celle de» îles principales des l'arcbipeU des Moluques et de Snmbava-Timor. Les Malais ont une littérature aussi riche que celle des Javanais , quoique moins originale. Outre l'empire de Monangkabou, qui embrassait anciennement In plus grande partie de l'île de Sumatra . cette nation a possédé un autre empire non moin* puissant mais plus célèbre, celui de Malacca, qui vers la fin du xute siècle, sous le règne brillant du sultan Moiummed- Cliab, embrassait presque toutes les cotes de la péninsule de Malacca, les Iles Langea et Bintang, et les district* de Campar et d'Arou dans Sumatra.

Les Battaks ou Battas , qui occupent le pays de ce nom dans l'Ile de Sumatra. fl* offrent peut-être le mélange le plus extraordinaire que l'on ait eocore observé des meenrs d'un peuple doux et assex civilisé, pratiquant des usages qu'on rencontre a peine parmi les nations les plus féroces et les plus barbares. Depuis un temps immémorial ils écrivent leur langue dans nn alphabet particulier; Je nombre de ceux qui savent lire et écrire parmi eux est de beaucoup plus considérable que eelni des individus qiri l'ignorent, et ils possèdent nne littérature originale qu'on dit assex riche, mais qui est la moins connue de toute l'Océanie. La singularité de trouver Y anthropophagie „ exercée légalement cbex ce peuple civilisé avec des circonstances extraordinaires, nous engage à répéter ce que des recueils périodiques anglais et français ont publié depuis quelque temps snr ce sujet, d'autant plus que ce sont des faits, dont on ne peut plus révoquer en doute la vérité et l'exactitude. Les Rat ta» ont un code de lois d'une haute antiquité; c'est par respect pour ces lois et pour les institutions de leurs ancêtres qu'ils sont anthropophages. Ce code condamne a être mangés vivons- : i° ceux qui se rendent coupables d'adultère ; a* ceux qui commettent un vol au milieu de la nnit; 3° les prisonniers faits dans les guerres importantes, c'est-à-dire dans les guerres d'un district contre nn autre; 4° ceux qui , étant de la même tribu, se marieut ensemble, union sévèrement défendue, parce que les eonM-actans sont censés descendre ries mimes père et mère; 5* enfin , ceux qui attaquent traîtreusement un village , nue maison ou une personne. Quiconque a commis on de ces crimes est jugé < t <ondamué par nu tribunal compétent. Après les débats, la sentence est prononcé*

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et les chefs boivent chacun un coup : cette formalité équivaut à relit* de signer, ckes nous , un jugement. On laisse ensuite passer deux ou trois jours pour donner aa peuple le temps de s'assembler. En cas d'adultère, la sentence ne peut être exécutée qu'autant que les parens de la femme coupable se présentent pour assister au supplice. Le jour fixé , le prisonnier est amené, attaché à un poteau les bras étendus ; le mari ou la partie offensée s'avance et choisit le premier morceau , ordinairement les oreilles ; les autres viennent eosuitc , suivant leur rang , et coupent eux- nui m «s les morceaux qui sont le plus à leur goût. Quand chacun a pris sa part, le chef de rassemblée s'approche de la victime, lui coupe la U te , l'emporte chex lui comme un trophée , et la suspend devant sa maison. La cervelle appartient a. ce chef on à la partie offensée; on lui attribue des vertus magiques , aussi est-elle ordinairement conservée avec soin dans une bouteille. On ne mange jamais les boyaux; mais le cœur , la paume des maios et la plante des pieds sout réputés les morceaux les plus friands. La chair du criminel est mangée, tantôt crue, tantôt grillée et jamais ailleurs que sur le lieu du snpplice, où Ton a soin de tenir prêts pour l'assaisonner des citrons , du sel et du poivre ; on y ajoute souvent du riz. Jamais on ne boit du vin de palmier, ni d'autres liqueurs fortes dans ces affreux repas ; quelques individus apportent des bambous creux et les remplissent de sang qu'ils boivent. Le supplice doit être public; le* hommes seuls y assistent, la chair humaine étant défendue aux femmes. Cepeudant on prétend que celles-ci s'eu proeurent de temps a antre à la dérobée. On dit que les Battas préfèrent la chair humaine à toute autre; mais malgré ce goût prononcé, on n'a pas d'exemple qu'ils aient cherché à le satisfaire hors des eus où la loi le permet. Quelque révoltantes, quelque monstrueuses que puissent paraître ces exécutions, dit l'auteur auquel nous empruntons cette notice , et qui en a été dernièrement témoin oculaire, il n'en est pas moins vrai qu'elles sont le résultat des délibérations les plus calmes, et rarement l'effet d'une vengeance immédiate et particulière , excepté pourtant quand il s'agit de prisooniers de guerre. Ceux-ci on ne se contente pas de les manger vivans , on les mange encore lorsqu'ils sont morts, et même enterrés. Autrefois les Battas, ainsi que les Bhinderwas mentionnés à la page 694 et autres peuples, étaient dans l'usage de manger aussi leurs parens, quand ceux-ci devenaient trop vieux pour travailler. Ces vieillards choisissaient alors tranquillement une branche d'arbre horixnutale , et s'y suspendaient par leurs mains, tandis que leurs enfans et leurs voisins dansaient en rond autour d'eux , en criant : quand le fruit est mur, il jaut qu'il tombe. Cette cérémonie avait lieu dans la saison des citrons, époque où le sel et le poivre sont aussi en abondance. Dès que les victimes fatiguées, ne pouvant plus se tenir ainsi suspendues , tombaient par terre , tous les assistant se précipitaient sur elles, les mettaient en pièces tt dévoraient lenr chair avec délice*. Cette horrible pratique, que des géographes célèbres nous représenteut encore comme subsistante parmi ce peuple extraordinaire, a déjà cessé depuis longtemps; il faut espérer qu'il renoncera aussi à celle de dévorer les criminels et les prisonniers de guerre. On a calculé que le nombre moyen des personnes mangées en temps de paix était de 60 à 100 par an.

Les Achinait) dans le royaume d'Actiern, daus l'île de Sumatra. Vers la fin du xvir siècle et jusque* à la moitié du xvur, particulièrement sous le long règne du sultan Iscandcr- Manda ou Paduka-Sri, les Achinais étaient la nation prépondérante de la Malaisie, étant alliés nu amis de toutes les nations commerçantes depuis le Japon jusqu'à l'Arabie. A cette époque brillante, où sa marine comptait près de 5oo voiles . l'empire d'Achem comprenait, outre son territoire actuel, les états d'Aron , de Dilly , de Siak sur la côte orientale de Sumatra, de Barus , Passnman, Tiku , Sileda et Priaman sur l'occidentale, et ceux de Johor, de Padang, de Kcda et de Perak dans la péninsule de Malacca. Quoique les Achinais soient bien déchus de leur ancienne puissance, depuis la fin du xvnr siècle, ils sont encore un des peuples de la Malaisie les plus adonnés au commerce et à la navigation. Les Bima , qui occupent la plus grande partie de l'île Sumbava, dont ils sont le peuple

dominant. Us sont ansai la nation la plus policée de l'archipel de Sumhava-Timor. Les Bellos et les ff'aïkenos, qui , selou M. de Freycinet, se partagent la plus grande partie de l'Ile de Timor.

Les B ou guis (Wugi ou Bugis), qui sont maintenant la nation la pins puissante de l'île Celcl>CH et la pins adonnée au commerce et la navigation de toute l'Océanie; ils forment presque tous les équipages des prahut employés daus le commerce maritime de la Malaisie. Les Boiiguis possèdent aussi une littérature. M. de Kienxi les considère comme la souche des Malais et des Javanais.

Les Macatsart ou Mangkasara . qui occupent \a péninsule sud-ouest de Celehes et dont le royaume de Macassar est l'état principal. Les Macassar* mit été pendant quelque temps , dans le xvn' siècle, la première puissance maritime de la Malaisie; les rois de Coa dotuinoieut non-seulement sur l'état de Boni, mais ils exerçaient la suprématie politique sor presque toute l'île de Cclebes , et possédaient en outre "les îles Boutong. Bongai. Baru ,

Kute et le groupe de Xulla. Ce peuple possède une littérature nationale, mais moi m rïebe que celle des Bouguis.

Les Turajas , qui occupent le centre de l'Ile Celebcs , dont ils nous paraissent être les plus anciens habitons. Ce sont les Aljbttrous de l'intérieur de cette Ile, raentiouncs par quelques auteurs. Le teint , les formes et les traits de la physionomie de ce peuple rappelèrent nu capitaine Durvillc les Ogures qu'il avait observées à Tahiti,» Tonga et à ta Nouvelle- Zélande Ces rapports lui parurent si frappans et si complets, qu'il engagea le gouverneur hollandais Merkus à faire des recherches sur leur langue. Ce savant marin n'hésite pas à regarder ces Alfourou», comme la souche de la variété d'Océaniens qu'il nomme Polynésiens (les insulaires de la ÎSonvellc- Zélande, de Touga, de Tahiti, de Sandwich, etc., etc.) dins le cas où leur idiôme présenterait plus de rapports avec le polynésien que le malais lui-même.

T.es Biadjoux , nalion nombreuse, guerrière et assez industrieuse, mais anthropophage et extrêmement féroce; elle occupe une partie de l'intérieur de l'île de Bornéo.

Les Dajraks de Bornéo , qui paraissent être identiques aux Harajoras et aux Mans de l'intérieur de cette grande Ne. Leur physionomie, leurs traits, leurs usages, leurs croyances religieuses offrent d'intimes et incontestables rapports avec les traits physiques et moraux nou-sculemcnt des peuples qui habitent l'intérieur des grandes terres des archipels des Philippines et des Moluqucs , de l'Ile Celebcs , mais aussi avec uu grand nombre de» peuplade» de la Polynésie. Cette frappante ressemblance a été aussi remarquée par un observateur habile, par M. de Ricnri. qui dans son tableau de l'Océanie représente les Dayaks comme supérieurs aux Malais. « L'Ile de Bornéo, dit M. de Rienzi, renferme le type et l'origine des différentes races australiennes et polynésiennes ». Malheureusement on ne connaît encore presque rien sur leur langue, qui , comparée a celles de ces différentes tribus, pourrait soulever, sinon en tout du moins en partie, le voile épais qui couvre tout ce qui tient à l'origine des habitans de la Polynésie et de la race malaisienne de quelque* p.irtics de l'Australie ou Oeéanic-Centrale

Le» Tarâtes y qui occupent la plus grande partie de l'Ile Luçon , savoir : les provinces de Tondo , Cavité, Valangas , Bulacau , Laguna , Batangas, Tayabas et Nneta-Fcija , ainsi que l'île Marindnquc. Ce peuple possède un alphabet particulier ; mais sa littérature n'est formée pour la plus grande partie quo de traductions d'ouvrages espagnol».

T.es Illmos (Ylocos) , qui habitent dans la province de ce nom, dans l'Ile de Locon.

Les ffissajms , qui habitent les Iles de Saroar , Leyte, Zebn , Calamiancs , Mindoro , Masbate Pauay , Ticno, Burias et autres terres moins considérables dans l'archipel des Philippines

Les Sotilous , qui occupent l'archipel de ce nom, une subdivision de celui de» Philippines. Ce sont, avec les Mindanao et les Illanos, de terribles corsaires.

Les Mindanao, qui sont la nation la plus puissante de l'ile de ce nom dans rarrhij>el d« Philippines.

Les insulaires tfEap (Yap), Vgoli et autres lies dans la partie occidentale de l'archipel des Caroliues, dont ils paraissent être le* habitans les ptus policés.

Les naturels des groupes de Guliai (Ulie). d'Jfngoleu , de Mugmug et autres Iles de /'archipel des Carolinrs , dont ils sont réputés les pins habiles navigateurs.

Les naturels de tîU d'Oualan , qui vivent dans une assez grande civilisation sons un gouvernement monarchique et ne sont pas navigateurs.

Les naturels delà Ta s manie (Nouv.-7.éIande) Ces féroces insulaires, beaucoup moins avancés dans la civilisation que plusieurs nations de la Polynésie, avec lesquelles ils ont tant de ressemblance et tant de rapports , montrent une grande aptitude pour les arl» et les métiers de l'Europe. Doués d'un tempéramment plus robuste et d'un caractère plu» énergique que les Polynésiens et que presque tous le* Malaisicns, ils n'ont appris des Européen* qac l'art de la guerre, et malgré les efforts des missionnaires et le fréquent contact avec le» Anglais, les Anglo-Américains et les Français , ils reculent plutôt qu'ils n'avancent dans la civilisation. « Mais, disait récemment un savant marin, M. Durvillc, tout donne bru de penser qu'aussitôt qu'ils s'en occuperont sérieusement, ils prendront uu essor plu» rapide que lotis les autres peuples de la Polynésie. Ainsi l'on a vu les habitans de l'Humn*- Scpteutrionale, comme les Français, les Anglais et les Allemands, à-peu-prè» sauvage» il y a vingt siècles, sortir promptement de leur état de barbarie, égaler et dépasser cnlïn \v% nations du Midi, qui les avaient si long-temps traités avec dédain pour leur ignorance. « Les Nouveanx-Zélandais conservent le souvenir des hauts-faits de leurs ancêtres par de» chants, qu'ils accompagnent de leur date guerrière.

l>s insulaires de t archipel de FUi (Fidji) , féroces et anthropophages , mais ayant des lois . des arts et formant parfois un corps de nation. Quoique la langue de ce peuple appartienne, selon M. Mariner, à la grande souche Malaisienne, il a plusieurs des traits qui caractérisent les races négro-océaniennes avec lesquelles on doit le classer, lorsqu'on le cuusidère sous le rapport de ses qualités physiques , telles que la couleur de la peau , te»

DESCRIPTION DE L'OCÉANIK.

traits , etc. M. le capitaine Dorrflle le met au premier rang ]>armi ers peuples , et vante leur habileté dans la navigation et leurs progrès dans la civilisation, avantages qu'il attribue à leur voisinage du peuple de Tonga et aux fréquentes communications qu'il» doivent avoir eues avec la race qu'il nomme polynésienne (les insulaires de Tahiti, de .Sandwich, de la Nouvelle-Zélande, etc.).

Les insulaires de Yarchipel de Tonga (archipel des Amis) , ceux de Yarchipel de Mendana (Marquises et Washington) et ceux de Yarchipel d'Hamoa (des Navigateurs), sout remarquables par les progrès qu'ils ont fait» dans la civilisation , et par leur habileté dans la navigation. Les derniers se distinguent par des formes athlétiques et par leur férocité.

Les insulaires des archipels de Tahiti , de Cook et de Hasvahii (Sandwich), qui avaient déjà fait de grands progrès dans la civilisation, viennent d'embrasser le christianisme, et offrent déjà en grande partie les mœurs et les usages qui l'accompagnent.

Les insulaires des groupes des M arque sa s et de Washington , dans l 'archipel de Mendana. Leurs femmes ont la réputation d'être les plus belles de la Polynésie. Selon M. de Roquefeuillc, les habitans de l'Ile Ocvahoa ont une espèce de bardes, qui vont dans les îles voisines chanter leurs poèmes sur des airs assez monotones, qui tienneut de notre plainebant , ce qui leur vaut de nombreux présens.

Pxcpi.es Nègrls. Des peuplades d'un noir plus ou moins foncé, presque tontes nues, ou tout au plus couvertes d'une misérable pagne ; vivant quelquefois sur les arbres ou dans le creux des rochers; n'ayant pour toute subsistance que les produits incertains de leur chasse et de leur pèche , et les productions spontanées de la terre ; ignorant les arts tes plus indispensables à la vie , et quelques-unes même l'usage de l'arc ; formant presque toutes plutôt de petites sociétés que des petits états; toutes plus ou moins féroces, superstitieuses et barbares, et plusieurs même anthropophages , tels sont à quelques exceptions près les peuples compris dans cette classe. Ces nations abruties, qui paraissent avoir jadis occupé tout l'intérieur des grandes Iles de la Malaisie, y occupent encore une grande partie de Bornéo, de Luron, do Mindanao, de Timor et d'autres Iles, et paraissent se conserver eneore dans quelques cantons de Sumatra et peut-être de Cclches. Ce sont ces Nègres qui peuplent toute l'Australie ou l'Océanic-Ccntralc . à l'exception de In Nouvelle- Zélande et de quelques lies de beaucoup moindre étendue. On peut dire sans crainte de se tromper qu'on ne connaît pas la centième partie des jargons que parlent les peuplades de la race Noire-Océanienne. On n'a donc aucun moyen pour les classer d'après les langues. Nous nous bornerons à mentionner quelques-unes des 38 nation* , dout nous avons essayé de classer les idiomes dans l'Atlas Ethnographique. Ce sont les seules que notre cadre nous permette de citer.

l,es naturels des environs de Sydney , dans le Continent-Austral. Ces sauvages sont très abrutis et montrent moins d'aptitude à s'instruire que les autres Nègres connus de l'Océanie.

Les naturels des environs de Port- Western , dans le Continent-Austral. Ils sont assez, nombreux, moins abrutis que ceux de Sydney, mais d'un caractère féroce et inhospitalier.

Les Arfakis ou Endamènes de la partie oùcnlale et de tout Y intérieur de la Papouasie (Nouvelle-Guinée) nommés aussi Aljourout.

Les Papouas proprement dits, qui occupent une partie de la Papouasie et qu'il ne faut pas confondre avec les Negro-Ma/ais ou Papouas.

Les Papouas ou Negro- Malais , établis sur le littoral des Iles Waigiou , Salvrati , Gamraen et Batenta , et le long de la côte de la Papouasie (Nouvelle-Guinée) depuis la pointe Sabelo jusqu'au cap de Dory. Selon MM. Quoy et Gaiinard qui les premiers les ont parfaitement décrits, ces nègres constituent une espèce hybride provenant, sans aucun doute, des Papouas et des Malais. Ces Negro-Malais, dit M. Lcsson, ont emprunté à ces deux races les habitudes qui les distinguent; c'est ainsi que plusieurs ont embrassé le mahométisme, et que d'autres ont conservé des Papouas le fétichisme et la manière de vivre; ces insulaires, continue ce savant naturaliste, forment donc une sorte de peuple métis, place naturellement sur les frontières de la Malaisie et de l'Australie.

Les insulaires de l'archipel de la Nouvelle- Bretagne (Bïrara) , ceux de la XauveUe-Irlande (Tombara), les naturels de l'archipel de Quiros (Santa-Cruz) et ceux de quelques-unes des îles de l'archipel de Salomon doivent être rangés parmi les peuples de cette race, qui ont fait le plus de progris dans la civilisation.

Les habitans de l'Ile élevée de Poulo-Pa (Seniavin , Quirosa , Poulou-Pct ou Ponni-Pct), dans les Carolines, féroces et bons navigateurs.

Les insulaires de la Diemenie (Terre de Dicmcn). On doit les classer avec les tribus les plu» sauvages de l'Australie parmi les peuples uègres les plus abrutis. « Ce sont probablement, dit un savant marin, les êtres les plus bornés, les plus stupides et les plus c*scuticllemriit rapprochés de la brute sans raisonnement ».

Peuples ktaatickrs. Toutes les nations comprises dans cette classe peu nombreuse appartiennent à l'Europe ou à l'Asie. Celle-ci a fourni les Minois, qui sont do beaucoup le*

plus nombreux et qui sont rrp.iodiis sur toute la Malaisie et même sor l'extrémité nordouest de l'Australie ou de l'Océauie-Centrale. Viennent ensuite le* TeUnça et quelques autres peuples de l'Inde- Méridionale; les Arabes et les Japonais. Ces derniers , jadis a«cx répandus dans la Malaisie , ne se trouvent plus aujourd'hui que dans le groupe de Mou* uin-Sima ? une subdivision de l'archipel Volcanique. L'Europe a fourni à. l'Oréaute un petit nombre de ses habitans ; ce sont des Hollandais et des Prriugais, établis depuis longtemps dans la Malaisie; des Espagnols, qui se trourent dans le nord de cette division comme dominateurs de l'archipel des Philippines ; enfin des Anglais , que l'on rencontre dans les trois grandes divisions du Monde- Maritime et dont les étab)i«*cmeas renferment des familles de presque toutes les nations de PEnrope.

RELIGIONS. En considérant les Océaniens sous le rapport des différentes religions qu'ils professent , on peut en tracer le tableau suivant: I'Islamismr est professé par le plus grand nombre d'habitans du Monde- Maritime, puisque les dogmes de Mahomet, plus on moins purs, sont suivis par presque tous les Javanais, les Malais proprement dits de Sumatra, Bornéo, des Moluques, etc., etc., les Achinais, les Siaks, les fionguis, les Macassars, les Soulous; par le plus grand nombre des habitans de l'Archipel des Moluques proprement dites; par les Mindunao et les lUunos de I'ile de Mindanao; par le plus grand nombre des habitans de Samar et par une grande partie de ceux de Leytc; enfin par quelques tribus des Lampongs et des Redjangs dans Sumatra , des Haraforas de Bornéo et de l'Archipel des Moluques ; dans ce dernier se trouve l'île de Goram , remarquable en ce qu'on peut la regarder comme le lieu du siohe le plus oriental dans lequel le culte de Mahomet soit dominant. On trouve cependant des mahométans encore plus à l'Orient, parmi les Papou a s de la partie occidentale de la Papouasie, qui sont les habitans les moins sauvages de cette grande terre; mais un plus grand nombre d'individus parmi ce peuple réunissent le paganisme à quelques rites du culte de Mahomet. Nous ajouterons que les Javanais, les mahométans les plus éclairés et les plus zélés de l'Océanie, (ont le pèlerinage de la Mecque, transportés par des navires de l'Arabie.

Le Christianisme compte aussi un grand nombre de croyans dans l'Océanie, mais ils y sont partagés entre les églises suivantes. L' église catholique, à laquelle appartiennent les insulaires des Mariannes et près que tous les naturels des Philippines soumis aux Espagnols, ainsi que les Timoriens dépendant des Portugais, et quelques milliers d'individus dans les îles Sabrao, Flores et autres de l'archipel de Sumbava-Tiraor, et dans les établissemens anglais de l'Australie (Nouvelle-Hollande) et de la Diemenie (Terre de Diemen), où l'on a déporté beaucoup d'Irlandais. Un grand nombre d'habitans de l'Archipel des Moluques, particulièrement dans le groupe d'Amboyne,et quelques milliers d'individus dans les diflTérens établissemens hollandais suivent la croyance de V église calviniste. La majorité des habitans des colonies anglaises dans l'Océanic-Centralc, et quelques autres individus dans les ci-devant établissement anglais de la Malaisie appartiennent à V église anglicane , ou suivent les dogmes d'autres nuances du christianisme. Des missionnaires protestans américains et anglais viennent de convertir au christianisme le plus grand nombre des habitans des archipels de Tahiti, de Hawaii (Sandwich) et de Cook; mats leurs pieux efforts n'ont pas été couronnés du même succès dans la Tasmanie (Nouvelle-Zélande) et dans l'archipel de Tonga (des Amis). Bien différons des missionnaires catholiques et surtout des jésuites, les missionnaires prolestans défendent à Sandvrirh, le jour de dimanche, d'allumer «In feu ,

DESCRIPTION DE L'OCKANIK.

de se baigner, d'aller à la chasse, de se divertir; selon lord Byron, ils ont arraché à la culture des terres les indigènes , habitant les cantons les plus éloignés, pour les faire bivouaquer daus la capitale, où on leur apprend à lire. Les missionnaires n'ont pas été plus tolérans à Tahiti, et il est à craindre que leurs uéophy tes, dégoûtés de tant de rigueurs, nerenoncent à une religion dont ils ne peuvent apprécier la morale sublime et qui, jusqu'à présent, paraît ne leur avoir rien appris de bien utile dans les usages de la vie sociale, à l'exception de tout ce qui tient à la morale. Quelques voyageurs ont déjà remarqué la perte de plusieurs branches de leur industrie, sans avoir observé la substitution ou la pratique d'autres arts plus utiles. Le capitaine Beechey a déjà trouvé, dans sa seconde visite à Sandwich , que les chefs s'étaient émancipés de la discipliue sévère que les missionnaires leur avaient imposée.

Le Boudhismk, qui fleurit à Java depuis le milieu du xni* siècle jusqu'au milieu du xiv*, n'y est plus professé que par des étrangers. Ce sont les Chinois qui, partout fidèles à leurs mœurs comme à leur croyance, suivent la religion de fiouddah dans toutes les îles de la Malaisie où ils se sont établis. Parmi les indigènes, cette religion n'y est plus professée que par une partie des habitans de l'île de Bali.

Lk Brahmanisme, qui jadis a dominé à Java, depuis la moitié du xiv* siècle jusqu'à l'époque de sa destruction par les missionnaires mahométans, n'y est plus professé que par les Kelang, petite peuplade qui vit disséminée dans les districts de Kendal , Kalisoungu et Demak, par les Beduis, autre tribu peu nombreuse, et par plusieurs habitans des monts Teugger; la plus grande partie des insulaires de Bali et de Madtira, professent aussi le brahmanisme, mais sans la choquante distinction des castes.

Le Polythéisme le plus grossier , une espèce de Sabkisme et plusieurs espèces de Panthéisme mêlés de quelques dogmes qui paraissent avoir pris leur origine dans les antiques religions de l'Asie, se partagent toutes les autres tribus océaniennes. Quelques-unes même , telles que quelques peuplades des Haraforas de l'intérieur de Bornéo , des Aetas ou Negrillos di Monte de l'intérieur de Luçon et plusieurs tribus du Continent-Austral (Nouvelle-Hollande) et de la Diemenie (Terre deDiemen), paraissent vivre sans aucune religion. On peut dire qu'en général les races nègres les plus abruties n'offrent d'autres traces d'idées religieuses que des notions vagues touchant l'existence de malins génies toujours prêts à les tourmenter, et le sentiment confus d'une vie nouvelle qui les attend après leur mort. Parmi les différentes croyances appartenant à cette division , il faut remarquer la religion des Battas de Sumatra , qui admet une sorte de trinité, un paradis et un enfer, et dont plusieurs dogmes et quelques-uns des noms de ses dieux subalternes semblent d'origine indienne. La pratique des guruhs, ou prêtres de cette religion singulière, d'égorger des animaux pour connaître l'avenir par l'inspection des entrailles, nous rappelle ce qui se pratiquait en Grèce , à Rome et chez d'autres peuples idolâtres de l'antiquité. Cet usage se retrouve aussi parmi les naturels de Timor, des îles Poggi ou Nassau et de Tonga (archipel des Amis). Ou ne connaît pas les dogmes de la religion des Haraforas de Mùtdanaoy mais on sait qu'elle a des temples et des prêtres , et que ces derniers observent aussi le vol des oiseaux pour découvrir l'avenir. Les Rcdjangs de Sumatra, qui n'ont aucun culte, admettent la métempsycose. La religion de plusieurs tribus indépendantes

ARRÉGÉ DH GÉOGRAPHIE.

de Luçon et des autres îles de Yarcfiipel des Philippines proprement dites cousistc dans l'adoration des bons et des mauvais esprits; et, quoiqu'elle n'ait ni temples, ni autels, ni idoles, elle a cependant des sacrifices, des prêtresses et des sorciers. Les habitans de }Vaigiou et de la Nouvelle- Irlande (Tombara) ont des temples remplis d'idoles grossières auxquelles ils font des offrandes. Les Papouas de Dory portent au col des fétiches auxquels ils attribuent un grand pouvoir de protection. La croyance des Bituljous de Cclcbes paraît être une sorte de Sabéisme.

Quelques tribus des Caroline* adorent une espèce de trinité dont le» personnages s'appellent Alaelap, Lageleng et Olifat, et ceux de la trinité adorés autrefois par les Talutiens étaient Tane ou Te medoua (le père, l'homme), Oro ou Mattiou (dieu le fils, le dieu sanguinaire ou cruel}, Taroa ou manou te hooa (l'oiseau, l'esprit, le dieu créateur). Notre ami M. Lesson, qui a groupé avec un talent remarquable tout ce qui concerne l'état physique et moral des peuples du Monde-Maritime, s'exprime de la sorte en parlant de la religion des peuplades qui forment la variété qu'il appelle Océanienne , et dans laquelle il comprend tous les peuples dont beaucoup plus tard M. te capitaine Durville a fait la variété qu'il nomme Polynésienne y et qui embrasse les habitans des archipels de Tonga, de Tahiti, de Sandwich , de Mendana , ceux de la Nouvelle-Zélande, etc., etc. « Les Nouveaux-Zélandais, dit ce savant, comme tous les Océaniens , quelles que soient les variations qu'ait éprouvées leur théogonie, reconnaissent une trinité. Ils nomment Atona , Âkoua , leurs dieux, et pensent que les âmes des justes sont les bons génies (Eatottas) , et que les méchans ne deviennent point meilleurs dans un autre monde, et que, sous l'attribut de tii, ils sont investis du pouvoir de pousser l'homme au mal. Malgré des nuances légères , ne retrouvons-nous pas cet ensemble de faits dans ce que l'on sait du culte des autres peuplades ? Et, soit que Taroa, brisant la coquille qui le tenait emprisonné , s'en servît pour jeter les bases de la grande terre (Fenoanut) ou l'île de Tahiti, et en composât, avec les parcelles qui se détachèrent, les autres îles qui l'entourent; soit que Tangaloa tirât te monde (les îles de Tonga) de la mer, en péchant à la ligne, partout chez les Océaniens nous voyons établis une identité de croyance frappante, la divinisation des âmes, l'adoration de plusieurs sortes d'animaux et de certaines plantes, la puissance intellectuelle des prêtres et des augures, les sacrifices humains, les moraïs (rearaes), les idoles et l'anthropophagie , qui naquit de leurs préjugés religieux, mais qui s'est effacée de plusieurs îles abondantes en subsistances alimentaires, et qui s'est conservée intacte chez celles où la rigueur du climat et la pauvreté du sol ont fait sentir le besoiu d'une nourriture substantielle. Les îles de la Société avaient leur paradis où. se rendaient les âmes heureuses des tara/tas, que le dieu esprit ailé emportait et purifiait; celles de mataboles des îles des Amis habitaient le délicieux séjour de Bolotou , d'où étaient bannies les âmes du vulgaire, qui mouraient en entier. Les Nouveaux-Zélandais, après leur mort, ont la ferme croyance que les esprits de leurs pères planeut sur Y/*ip/>ah. qui leur donna le jour, et se rendent à l'Elysée, qu'ils nomment Ata-Mira, en plongeant dans la mer, au lieu nomme Reinga, vers le cap Nord. Ces âmes, au contraire, errent autour du PouAc- Tapou, ou montagne sacrée, et sont éternellement malheureuses, lorsque les corps qui les renfermaient out été mangés sur le champ de carnage, que leurs tetes sont restées au

DESCRIPTION DE L'OŒANIK.

pouvoir des ennemis, et qne les cadavres sont ainsi prives de Youdoapa ou sépulture de leurs pères. A ces principes d'une religion corrompue, mais dout l'ensemble ne nous est malheureusement que peu connu ; à ces restes d'un fanatisme barbare, sont liées des idées de sabéisme; et, dans leur croyance, ils placent au ciel quelques-uns de leurs organes, qu'ils transforment en météores célestes. Arracher les yeux d'uu ennemi , boire son sang, dévorer ses chairs palpitantes, c'est hériter de son courage, de sa valeur, commander à son dieu, et enfin, accroître ainsi la puissauce que chaque guerrier ambitionne. »

Avant l'introduction du christianisme dans les archipel* de Sandwich et de Tahiti, et encore à présent dans plusieurs archipels de la Polynésie, le sacerdoce est exercé par des hommes influens, dont les fonctions mystérieuses ont une puissance extraordinaire sur l'esprit «les insulaires. Le roi ou chef suprême chez ces peuples est considéré dans chaque état, comme le premier pontife, et, après lui, les dignités les plus élevées sont distribuées aux diverses classes de la société, suivant l'importance des fonctions. Les prêtres, dans l'opinion de ces insulaires, jouissent de la science la plus surnaturelle: lire dans l'avenir, annoncer les volontés des dieux, interpréter les songes, guérir les maladies les plus invétérées, demander des offrandes, sont leurs attributions les plus ordinaires et leurs occupations journalières. Honorés, respectés, leur personne est généralement sacrée dans les combats; car ces Calchas, h l'exemple des anciens prêtres de Mars, unissent l'encensoir au glaive, et, après s'être battus sur un champ de carnage, ils adressent aux dieux les prières de la tribu victorieuse.

La religion des habitant de l'archipel de Tonga (des Amis) a un culte public et une foule de divinités, et leurs Tooitonga et leur Veaehi sont une espèce de grands pontifes qui rendent des oracles. La religion des des Mogemug, Eap et Ngali, dans l'archipel des Carolines, a aus;>i un culte public avec des temples et des sacrifices, circonstance remarquable dans cette partie de la Polynésie-Occidentale, où la religion des naturels n'a aucun culte public. Les habitans des lies Mulgrave (Hadack) se contentent d'offrir à la divinité des fruits qu'ils suspendent aux arbres. Dans Vile d'Oualan , qui est cependant très civilisée, on n'a aperçu encore aucune trace de culte ou de superstition. Dans la plupart des rdigions de la Polynésie et dans plusieurs autres de l'Océanie-Occidentale, on trouve la pratique affreuse des sacrifices humains ; et de barbares mutilations sont pratiquées d'un bout à l'autre du Monde-Maritime. C'est encore à M. Lesson que nous empruntons ce qui regarde les sacrifices humains qu'on faisait autrefois à Tahiti ; ce que ce savant en dit s'applique, avec quelques petites modifications, à presque toutes (es autres îles de la Polynésie et à la Tasmanie (Nouvelle-Zélande), où cette pratique affreuse a été observée, et est malheureusement encore en usage. « Ces offrandes humaines étaient presque toujours prises dans la classe du peuple : ce n'était que dans des circonstances rares qu'on sacrifiait des femmes enceintes; et l'on dit même que les chefs ou le roi avaient soin de choisir des individus qui , sans amis ou sans parens, n'excitaient les regrets de personne, et dont la mort ne pouvait occasionner de troubles. Souvent aussi on reservait cette sorte de vengeance publique pour ceux qui s'étaient fait remarquer par leur turbulence ou par des actes criminels. C'est au milieu des ombres de la nuit qu'on entourait la maison de la victime : on l'appelait, et à peine mettait-

AKRÉGÉ DE GÉ1M-KAPHIE.

elle le pied sur le seuil de la cabane qu'elle était mise à mort. D'autres Ibis des hommes vigoureux s élançaient sur elle, et alors le patient, resigné à son sort , et encore religieux adorateur du dieu qui ordonnait sa mort, faisait ce que les Tahi tiens appelaient hpapa, c'est' à-dire, qu'il se couchait et attendait avec calme le coup de casse-téte qui devait lai briser le crâne. Mais les odieuses divinités qui inspirèrent aux Tahitiens, doux par caractère, des superstitions anssi barbares, ne se bornaient point a voir arroser les marches des marais avec le sang humain ; elles leur inspirèrent la pensée, tant leur aveuglement sacrilège les asservissait au culte affreux d'Or», que le plus pur encens, que les offrandes les plus chères aux dieux, étaient les angoisses de la douleur, les tortures d'un être souffrant et la longue agonie d'un malheureux se débattant contre des tourmens sans cesse renaissant jusqu'à ce qu'un trépas vivement attendu vînt l'y soustraire. Ainsi les victimes étaient souvent attachées aux arbres des moraïSf et là , elles étaient frappées avec des bâtons pointus, couvertes de blessures mortelles, et expiraient dans une lente agonie en adressant aux cieux des cris de douleur et de rage. »

GOUVERNEMENT, Le Monde Maritime , comme l'Ancien et le Nouveau-Monde , offre toutes les nuances de gouvernement, depuis les peuplades nègres les plus abruties de l'Australie et des grandes terres de la Malaisie et les tribus sauvages des Haraforas de Bornéo, et de l'archipel des Modiques, parmi lesquelles chaque famille isolée forme une petite société dont le chef ne reconnaît aucun supérieur, jusqu'aux confédérations aristocratiques des Bouguis, aux monarchies limitées de Soalou, de Mindanao, de Bornéo, et aux empires despotiques de Souracarta et de Djocjocarta, dans l'île de Java, où le pouvoir suprême et les institutions politiques se présentent sous mille formes différentes. Mais un trait caractéristique de cette grande division du Globe , c'est d'être régie duo bout à l'autre par un gouvernement qui est toujours plus ou moins féodal; gouvernement que l'on voit adopté par presque toutes les nombreuses tribus de race Malaisienne, dans l'Oceanie, et qu'elles ont porté avec elles en Asie (presqu'île de Malacca) et en Afrique (île de Madagascar ). Dans la Malaisie (Archipel Indien), cette espèce de gouvernement prend les formes des monarchies électives, dont le chef est choisi par une aristocratie héréditaire, qui en restreint beaucoup l'autorité; elle ressemble singulièrement au feudalisme qui régnait autrefois dans la plus grande partie de l'Europe. Dans la Polynésie, on retrouve ce même gouvernement, mais avec de plus grandes nuances, et la noblesse, qui y forme une caste à part, y est d'une. fierté incroyable, et tient lo peuple dans un abaissement dont on ne saurait se former une idée. La plupart des h a bilans policés des îles Celebes, Sumatra, Bornéo et Mindanao, sont gouvernés par des rois électifs, qui ont très peu d'autorité, de même que les chels des Passummahs et des Redjaugs, à Sumatra, ceux des insulaires de Timor, et ceux des ha bilans de Rotuma, des îles Mendana ( Marques*» et d'autres parties de la Polynésie, tandis que les naturels des archipel* de Radack (Mulgrave), des Carolines, de Pelew, de Sandwich, do Torca (des Amis), de La Pérouse (Santa-Cruz) , de Salomon, de la Société „ et autres fies, jouissent du plus grand pouvoir, et sont traités avec les plw> grands égards. A. Oualan , le peuple ne les approche qu'en s'agenotiîîlaat* èt ou dit que les barques qui passent à la vue de l'île Mogemug, si»*^e? di.

chef suprême du groupe de ce nom dans l'archipel des Carolines, doivent plier leurs voiles en signe de respect. Le gouvernement des Achinais, essentiellement féodal, flotte sans cesse entre le despotisme et l'anarchie. Celui du sousounan ou de l'empereur de Souracarta , ainsi que celui du sultan de Djocjocarta, était, il n'y a pas long-temps, despotique, et la puissance de ces deux monarques n'était limitée que par certains usages auxquels le peuple est si attaché que le priuce n'osait pas y déroger. A Java, de même que dans l'Hindouslan, chaque village, avec son district, forme pour ainsi dire un petit état à part, régi par un chef élu par le peuple. Le trône de Soulou est héréditaire, mais l'autorité du sultan est bornée par celle des tlatus ou nobles héréditaires, qui composent le conseil d'état; par le Maha-Radja-Lela, qui est une espèce de censeur chargé de surveiller la conduite du sultan et des datus, et par le Orang-Kaï-Mallik , qui est une espèce de représentant du peuple, dont le devoir est de défendre ses droits. On peut regarder tous les états de Celebes comme autant de républiques aristocratiques, dont le pouvoir suprême réside dans une noblesse héréditaire qui choisit le roi, auquel elle n'accorde que très peu d'autorité, et qu'elle a même le droit de déposer. On pourrait comparer le souverain de Louhou à l'ancien doge de Venise , qu'environnait une grande pompe, mais dont l'autorité était presque nulle. Les huit petits rois de Bali, ainsi que les chefs qui dominent dans l'archipel de Salomon , régnent au contraire dêspotiquemcnt sur leurs sujets. On doit encore ajouter que quelques peuplades de la race nègre dans l'Australie et dans la Malaisie ( Archipel Indien ), et quelques tribus des Uaraforas , dans cette dernière division , sont régies par des chefs qui jouissent d'une assez grande autorité; et qu'une tribu des environs de Botany-Bay, plus nombreuse et plus robuste que les autres , parait avoir été en possession du privilège singulier d'arracher une dent aux jeunes gens des tribus limitrophes.

Pendant le premier siècle du mahométisme dans l'île de Java, les prêtres musulmans y formaient une véritable hiérarchie qui avait la prérogative de choisir le souverain, et qui ne fut détruite que lorsque la puissante famille de Mataran parvint à rendre le trône héréditaire en elle. Les prêtres, parmi les Nouveaux-Zélandais, jouissent d'une autorité presque aussi grande que celle des chefs ; et le Schaou, ou le chef suprême élu à chaque ai0 lune par les chefs héréditaires des 24 districts de Retourna, la plus importante des Sporades, joint le sacerdoce au faible pouvoir qu'on lui accorde. Le Tooitonga semble avoir été jadis dans l'archipel des Amis ce qu'était autrefois au Japon le Daïri, et de même que le souverain pontife japonais , à la lin du xvi" siècle, a été privé de ses prérogatives politiques par un général adroit, de même le pontife océanien, après avoir vu diminuer peu-à-peu son autorité, la vit entièrement annulée par le sage successeur de l'adroit et habile Finow Ier.

A la page 121 5, nous avons signalé la grande puissance dont jouissent encore les prêtres dans la Polynésie, et le pouvoir immense dont ils étaient investis dans les archipels de Sandwich et de Tahiti , avant l'introduction du christianisme.

Dans les îles soumises aux nations de l'Europe, le gouvernement a pris les formes régulières et modérées qui régissent les peuples de cette partie du monde, et il a subi des modifications plus ou moins grandes, selon 1«&

rapports plus ou moins fréquens et les liaisons plus ou moins intimes qui se sont établies , dans les autres îles ù quelques Européens se sont fixé» on sont parvenus à introduire lenr religion et leurs usages. Les deux archipels de Sandwich et Tahiti offrent parmi ces pays les changemens le* plus grands. Les missionnaires, en mettant sur le trône le fils de Pommare II, Agé de quatre ans, ont organisé un gouvernement complet. D'après leur constitution, les 27 districts dont se composent Tahiti et l'île voisine d'Eiméo, ont chacun leur gouverneur et leur juge, l'un choisi pur le parlement , l'autre élu par le peuple; les pouvoirs législatif et exécutif sont , en apparence, séparés entre le roi et les députés, et, en réalité, réunis dans les mains des missionnaires : ni roi, ni député, dit un voyageur récent, ne conserverait sa place , s'il encourait leur déplaisir. On pourrait croire, dit M. deMorineau, que le gouvernement des Sandwich est despotique : tout appartient au roi, il hérite de tout, dispose de tout; cependant son pouvoir est limité, et des lois conservées par tradition représentent 4a coustitution de ces îles, où l'influence européenne dans l'administration a jusqu'à présent produit beaucoup moius de changemens que dans l'archipel de Tahiti.

INDUSTRIE. Sous le rapport de l'industrie , le Monde Maritime présente dans (es deux variétés principales de ses habitans et leurs subdivisions, les différences les plus marquées. Tandis que la race nègre vit presque partout dans les bois à côté des orang-outangs, dont elle ne diffère pour ainsi dire que par l'usage de la parole, et que ses tribus même les moins abruties, à un très petit nombre d'exceptions près, ignorent encore les arts et les métiers les plus indispensables à l'état social, les nombreux peuples de la souche malaisienne ont presque tous atteint une certaine civilisation, et les plus policés s'adonnent même avec succès à l'agriculture, à la navigation, à la pèche, et, en quelques endroits même, à l'exploitation des mines. Cependant l'art du potier, rocounu des Polynésiens les plus civilisés, est pratiqué par les Papouas de Dory. Les Célebiens, les Bouguis , les Redjangs, les Javanais , les Ylocos , les Camarinas , et les Malais proprement dits, sont les tisserands les pftts habiles de la Malaisie ( Archipel Indien). Dans la Polynésie , les Sandwichiens font les étoffes les plus remarquables avec l'écorce du mûrier. I^es Nouveaux-Zélanda.s confectionnent de beaux manteaux avec leur fameux phormium tenar. Les Caroltns sont les seuls Polynésiens qui fabriquent de vrais tissus. Les habitans de Ko t cm 1 ma font de très jolies nattes. Dans cette dernière division du Monde-Maritime, la Polynésie , les habitans des archipels de Viti (Fidji), de Tonga (des Amis), de Tahiti (de la Société), et de l'île Rouroutou (Ohiteroa) dans le groupe de Touboaai , se distinguent aussi par leur industrie.

Plusieurs nations civilisées de l'Occanie- Occidentale, comme les tribus policées de l'Asie et de l'intérieur de l'Afrique , montrent une grande habileté à travailler des bijoux, des ornemens en or et en argent, et surtout les ouvrages en filigrane. Les naturels de Manado, les Achinais, les Meiiangkabous,lesRedjangs et les habitans dePadang, dans l'île de Sumatra, surpassent tous les autres dans la confection de ces derniers ouvrages. Les naturels de la petite île de Dao, dans l'archipel de Snmbava -Timor, se distinguent aussi dans cette branche d'industrie, et sont les orfèvres et les bijoutiers de toutes (es îles voisines. Les Malais de Bornéo et les Javanais

DESCRIPTION DE L'OCEÀNIE.

savent tailler et polir le diamant et autres pierres précieuses, et les seconds, qui travaillent le bois avec une habileté remarquable, fournissent à tous les Européens del'Archipel des Indes tous les meubles dont ils ont besoin.

Nous ne saurions quitter ce sujet sans signaler à nos lecteurs le gont et les dispositions pour la sculpture que montrent dans les ornemens de leurs pirogues, de leurs pagayes, de leurs tambours, et même, chez quelques tribus, dans ceux de leurs cabanes, non-seulement les Nouveaux-Zélaudais, les Tahitiens, les S.mdwichiens , les naturels des îles Pelew, des Carolines et d'autres îles de la Polynésie, mais même quelques-unes des tribus nègres de l'Australie, particulièrement les habitans des archipels de la Nouvelle-Bretagne et de Salomon, dont les sculptures sont par lois des chefs-d'œuvre d'élégance, singularité que nous avons eu occasion de remarquer en parlant des tribus sauvages qui habitent la côte occidentale de l'Amérique du Nord.

COMMERCE. Le véritable siège du commerce du Monde-Maritime est dans la Malaisie (Archipel Indien); c'est ici qu'avant les temps historiques, les Javanais, les Malais, les Bouguis et les Macassars paraissent l'avoir exercé avec plus ou moins d'étendue, selon les circonstances particulières dans lesquelles ces grandes nations de l'Océan se sont trouvées. Maintenant, les peuples qui s'y adonnent le plus, sont, outre les nations susmentionnées, lesTagalcs, les insulaires de Bali et de Loin bock. On doit ajouter que les Bouguis sont la première nation marchande de l'Océanie, et que parmi eux, les habitans de I état de Wajou sont en possession de la plus grande partie du commerce étranger. Cette tribu a des colons établis dans tous les ports de la Malaisie, depuis Achcm jusqu'à Manilla, et fournit presque lotis les matelots aux prohas des Bouguis qui naviguent dans ces parages. Presque tous 1rs princes et les chefs des nations maritimes de la Malaisie, et leurs principaux officiers font le commerce pour leur compte, et dans quelques étals ils le font même exclusivement.

^)ans l'Australie, le commerce parmi les indigènes, est pour ainsi dire nul , et dans la Polynésie il n'y a que les Carolins occidentaux et les habitans de l'Archipel de Sandwich, qu'on puisse regarder comme des peuples commerçons. Depuis i8o5, une flotille composée de plusieurs voiles, part d'tililea, de Setoan et autres îles de l'archipel des Carolines, se réunit À Lnmurek, et va régulièrement tous les ans, à Guam dans les Mariannes, où elle commerce avec les Espagnols. Le gouverneur d'Agana emploie souvent ces mêmes bâtimens pour entretenir sa correspondance avec les autres îles soumises à son administration, et quelquefois même avec Manilla dans les Philippines. Le port de Hanarourou , dans l'archipel de Sandwich, est déjà devenu le rendez-vous des bâtimens qui se rendent en Amérique, aux Philippines et à Canton.

parmi les étrangers, les Chinois sont ceux qui font le plus d'affaires, et leur commerce surpasse d'un tiers celui même des Anglais. Ils sont dans l'Archipel, ce qu'étaient les Juifs en Europe au moyen âge, et ce qu'ils sont encore dans une grande partie de l'Asie, de l'Afrique et dans quelques contrées d'Europe. Mais plus actifs et plus industrieux que les Juifs, outre Je commerce en gros et en détail p tr mer et par terre, on les voit partout exercer le métier de jardinier, de tailleur, de cordonnier, de peintre, de distillateur et de potier; ils font aussi toutes les fournitures pour les ctablissemens civils et militaires; ils perçoivent les taxes, les impôts fonciers

AliRÉGÉ DE GÉOGRAPHIE.

et les droits d'entrée et de sortie; ils exploitent les mines et dirigent ou exécutent les travaux dans les hôtels de monnaie.

La position insulaire de presque toutes les tribus Océaniennes en fait des marins aussi habiles qu'intrépides, et a contribué sans doute à porter à un si haut point de perfection Part de construire leurs pirogues et leurs corocorvs ou barques de guerre. Les Achinais et les Siaks de Sumatra , les Macassars et les Bouguis de Celebes, les Tagales de Luçon et les naturels de Mindanao, de Soulou et de Bali excellent plus que les autres peuples de la Malaisie (Archipel Indien), dans la construction de leurs bàtimens. Ceux des Achinais, des Siaks, des Soulous et des Mindanao sont les plus grand* et sont garnis de canons. Les pirogues à balanciers, légères, rapides et propres à la navigation des côtes et des mers trauquilles, se trouvent en usage parmi les Timoriens, les habitans de la côte nord-est de 1* Australie ( Nouvelle -Hollande), parmi ceux des archipels des Mariannes et des Carolines, et chez presque toutes les peuplades de la Polynésie. Les Carolins, particulièrement ceux du groupe de Gouliai (Ulea, Ulie), sont les navigateurs les plus expérimentés et les plus intrépides de cette partie de la Polynésie; leurs pirogues qu'on a appelées volantes, sont les plus rapides et les plus parfaites que l'on connaisse. Nous avons déjà mentionné le voyage qu'elles font aux Mariannes; nous rappellerons ici l'intéressante observation faite par Malte-Brun, sur les renseignemens que M. Gaimard lui avait fournis; c'est que ces insulaires divisent la rose des vents, précisément comme le faisaient, d'après Timosthènes, les Grecs et les Romains depuis Alexandre jusqu'à Claude. A l'autre extrémité de la Polynésie, les naturels des îles Paumotou, qui habitent également des îles basses ou altolcs, possèdent de grandes pirogues doubles dans la conduite desquelles ils se montrent aussi habiles navigateurs. Les nouveaux Zélandais possèdent de superbes pirogues de guerre sans balancier; mais ils ne s'éloignent jamais hors de vue de terre comme les Carohns et les Paumotous qui se dirigent d'après les astres. On retrouve chez tous les pleuples nègres, épars depms le nord de la Papouasie (Nouvelle-Guinée), sur ces chaînes de grandes îles, une forme assez générale de pirogues. Ceux du Port-Praslin (Nouvelle- Irlande), de la Nouvelle-Bretagne, de l'île d'York, dcBouka et autres ont des embarcations sveltes, légères, formées de bordages assemblés et cousus , et dont les joints sont bouchés par un mastic tenace , dont les deux extrémités se relèvent et sont le plus souvent surmontées de quelque attribut. Mais toutes ces pirogues, dit M. Lesson, n'ont point de balancier, tandis que celles qu'on retrouve sur le pourtour boréal des îles dites des Papouas, et qui sont destinées aux besoins ordinaires , sont, sans exception, à deux balanciers; celles de guerre, toutefois, ressemblent aux précédentes. Nous ajouterons aussi par opposition à ces insulaires si habiles dans la construction et la direction de leurs embarcations, que les pirogues des Australiens des environs du Port Jackson , ne sont faites qu'avec une longue écorce d'eucalyptus solidement liée aux extrémités ; que dans la région intertropicale du Continent Austral, un tronc d'arbre creuse en tient lieu ; que plus à l'ouest , dit M. King , à la baie de Hanovre , c'est un radeau formé de tiges vieilles et légères de manglier; qu'enfin, dans l'archipel de Daropier et autres parties de l'Australie (Nouvelle Hollande), l'intelligence des Australiens n'a pu s'élever pour passer les rivières ou traverser les baies et les golfes au-dessus d'un simple tronc d'arbre flottant!

DESCRIPTION DE L'OCKAMK.

Qu'il nous soit permis de dire encore un mot sur ces embarcations des Océaniens qui ont excité l'admiration de tous les navigateurs européens qui ont eu occasion de les observer, et qui ont été jusqu'à ces derniers temps l'objet sur lequel ces insulaires déployaient toutes les ressources de leur industrie. « Les pirogues simples, dit M. Lesson, creusées dans un tronc d'arbre , peuvent se reproduire ailleurs; mais il n'en est pas de même des pirogues doubles ou accolées deux à deux, qu'on ne rencontre nulle part chez les peuples d'une descendance étrangère aux Océaniens. Nous vîmes a Tahiti, des pirogues doubles qui arrivaient des îles Paumotou : c'étaient de vrais petits navires propres à faire de longues traversées et capables de contenir des vivres en proportion déterminée pour l'équipage qui est logé dans une banne en bois, solidement lissée et disposée sur le tillac. La coque de chacune des deux pirogues , est calfatée avec soin, enduite de mastic, et de fort madriers solidement liés les unissent. Leur gouvernail est remarquable par un mécanisme ingénieux que nous ne pouvons point indiquer ici. Ces pirogues étaient anciennement chez les Tahitiens, décorées de sculptures qu'on retouve encore aujourd'hui sur les embarcations sveltcs des Nouveaux-Zélandais. Ces reliefs, débris des arts traditionnels que ces peuples ont conservés, et dont le fini étonne lorsqu'on examine l'imperfection des instruirons qu'ils employaient, sont toujours identiques par leurs représentations. Ils les négligent depuis que les Européens leur ont porté le fer : les idées nouvelles qu'ils ont reçues, feront bientôt disparaître les traces de ces ingénieux travaux, qui s'effaceront avec le sens mythologique qu'on y attachait, et que remplace déjà chez plusieurs une imitation plus ou moins grossière de nos arts et de nos procédés. Les pirogues doubles sont usitées à Tahiti et dans les archipels voisins, aux Sandwich, aux îles Marquises et jusqu'à Rotuma. Nous ne les avons pas vues à la Nouvelle-Zélande, mais la nature des baies nécessite des embarcations plus légères; il paraît cependant qu'ils s'en sont par fois servis. Toutes les pirogues Zélandaises ont leur avant surmonté d'une tète hideuse tirant la langue, ce qui est chez eux le signe de guerre et de gloire; et l'arrière est terminé par une pièce sculptée, haute de quatre pieds, représentant un dieu et des cercles sans fin , dont la signification est entièrement symbolique. »

A l'égard des Océaniens qui doivent en tout ou en partie leur civilisation aux Européens, nous ferons observer que les Tagales et autres peuples de la souche malaisienne de Luçon ou Manille, sont employés presque universellement dans la Malaisie comme canonuiers et timoniers, qualités qu'ils (>ossèdcnt dans un degré éminent. Nous remarquerons aussi que les tiabitans de îles Sandwich et de la Nouvelle-Zélande prennent quelquefois service comme matelots sur les bàtimens anglais et anglo-américains qui vont à Canton et à la côte nord-ouest d'Amérique, ou qui font la pèche de la baleine dans le Grand-Océan.

Au milieu de tous ces peuples navigateurs, l'Océanic offre peut-être un plus grand nombre de corsaires que tontes les autres parties du monde. Les peuplades les plus renommées par leurs pirateries sont les Achinais et le Siaks de l'île Sumatra, les insulaires de Lingen, les habitans de Kali et Tuli-Tulisur la côte nord-ouest deCclebcs, lcsTedongs, tribu desDayaks et les habitans du royaume de Sambas dans Bornéo, les Mindanao, les Illanos et les Soulous dans l'archipel des Philippines. On doit cependant

avouer que depuis quelques années le nombre de ces forbans a beaucoup diminué, grâces aux croisières anglaises et hollandaises. Il n'y a que les cotes des Philippines qui soient encore ravagées presque tous les ans par les corsaires de Soulou, de Mindanao et de Bornéo, malgré les bateaux armés et les canonnières que les Espagnols entretiennent dans ces parages. Les colonies anglaises de déportation ont répandu dans l'Australie et même dans la Malaisie quelques déserteurs, tant des établtsscmens coloniaux que des navires du commerce; jusqu'à présent il n'en est pas résulté d'associations de pirates européens dans ces deux sections de l'Océanie ; mais quelques points da Contiuent , plusieurs îles et surtout les petites iles du détroit de Bass, ont reçu un grand nombre de matelots révoltés et de convicts évadés, qui menacent derenouveller les régences barbaresques. Des croisières habilement dirigées peuvent encore détourner le péril.

L'esclavage, que les lois reconnaissent et sanctionnent dans toute la Malaisie, à l'exception de l'île de Java et peut-être de quelques autres, la férocité de certaines tribus et la faiblesse et l'abrutissement de plusieurs autres, donnent naissance, dans cette partie de l'Océanie, à tous les abus, à toutes les violences et à ces atrocités que le commerce d'esclaves produit encore en Afrique. Toutes les nations que nous avons signalées ailleurs comme adonnées plus que les autres à la piraterie, font cet abominable commerce, qui ici, comme en Afrique, reçut une grande augmentation par les demandes des Européens, et surfout par celles des Hollandais. Les féroces Miudanao sortent régulièrement tous les ans de leurs ports pour aller à la traite tics esclaves dans l'archipel des Philippines. Les îles de Celebes, Poulo-Nias, Bali et quelques autres, sont les contrées de l'Océanie qui fournissent le plus grand nombre de victimes à la cruelle avidité des marchands chinois, bouguis et achinais, avec lesquels rivalisent même quelques marchands européens.

Les principaux articles d'exportation du Monde-Maritime sont ; noix muscade, clous de girofle, caoclle, poivre, café, riz, étain, or, diamans; perles, ivoire, nids d'oiseaux, bois de sandal, bois de marqueterie, indigo, cire, sucre, coton , tabac, bois de construction surtout de tek, camphre, térébenthine, bétel, ambre gris, charbon de terre, blé, chevaux, fourrures, lin et laine de la plus belle qualité, huile et fanons de baleine, écailles de tortue, holothuries «oiseaux de paradis, cocos, gingembre, sagou, joues, rotlins, noix d'arec, bambous, arbre à pain. Les princi/Mucx articles d'importation sont: opium, sel, toiles ordiuaires, soieries, objets de mode, porcelaine, cuivre, huile, savon, vins, liqueurs, armes blanches et à feu , poudre , et un grand nombre d'articles provenant des fabriques et des manufactures de l'Europe.

Les principales places commerçantes de l'Océanie sont : Batavia, Samarang, Sourabaya , Riow (Khio) , Amboinc , Coupang et Macttssar dans l'Océanie-Ilollandaise; Manille dans l'Espagnole; Sydney, Mobart-T'own et déjà Stvan-Rivcr dans l'Anglaise; Bornéo, Âchcru, Bcvan dans la MalaUie- Indépendante. Dans la Polynésie nous nommerons : la Baie des Iles et Houkianga dans la Nouvelle Zélande; Matavae et Papciti dans Tahiti ; Hanarourou dans les îles Sandwich; lestles Fui et les tics Mendana pour le bois de sandal; les iles Paumotou pour les perles et les trepangs. En outre, nous ferons observer que toutes ces mers sont fréquentées pour la pèche des cachalots et toutes les îles australes pour la chasse des phoques.

£TAT social DXS OC£ANi£9ïs. Depuis Forstcr, qui le premier traça d'une main habile le vaste cadre des productious et des ha bi tans de ia Polynésie et de l'Australie, de nombreux voyageurs parcoururent dans toutes les directions le Grand-Océan et la mer des Indes, et publièrent une foule de faits qui servirent à la classification des peuplades éparses sur le Continent-Austral et sur les îles innombrables qui en dépendent. Nos lecteurs connaissent déjà les voyageurs célèbres qui , depuis les mémorables circumnavigations de Cook, ont décrit les Océaniens sous le double rapport physique et inoral. Ici, nous nous bornerons à citer quelques auteurs, dont les savantes recherches ont été notre guide principal , dans la détermination des différens foyers de civilisation indigène du Monde Maritime. Citer les noms de Marsden , de Raffles, de Leyden, de Wenthworth , de King, de Nicholas, de Dillon, tic Chamisso, de Collins, de Cuninghain , de Kendal, de Kotzcbue, de Krusenstcrn, de Langsdorf, de Perron, de Freycinet, de Duperrey, et les doctes auteurs des Polyncsian Researches, c'est rappeler au lecteur des hommes, dont les travaux aussi sa vans que consciencieux ont mérité une juste célébrité. Mais notre franchise nous impose le devoir de lui signaler surtout deux ouvrages classiques, que quelques littérateurs exploitent depuis quelque temps, en y puisant, à peu de frais , une vaste érudition qui ne leur appartient pas, et auxquels nous nous faisons un plaisir et un devoir d'avouer les nombreux emprunts que nous leur avons faits ; ces ouvrages sont : the History ofthe Indian Aixhipelago, par M. Cravrfurd, et Y Histoire Naturelle de l'Homme, par M. Lesaon. C'est dans le premier que nous avons puisé presque tout ce qui concerne la civilisation indigène de la Malaisie ; c'est le second qui nous a fourni les faits curieux et intéressaus à l'aide desquels nou3 avons pu compléter la classification de tous les autres peuples de l'Océanie. Nous devons aussi déclarer que plusieurs communications importantes nous ont été faites par nos savan*.arnis MM. Garnot et Gaimard, MM. Ernest et Jules de Blosseville, ainsi que par un voyageur célèbre qui revient de la Malaisie , par M. de Rienzi.

Maintenant que le lecteur connaît les sources auxquelles nous avons puisé et quels sont nos guides principaux, nous allons essayer de classer les principales nations du Monde-Maritime, d'après les foyers de civilisation «jui nous paraissent pouvoir être regardés comme indigènes, en signalant ensuite la part de civilisation qui paraît devoir être attribuée aux peuples de l'Asie et à ceux de l'Europe.

En comparant l'état social, où furent trouvées les innombrables U'ibtis de l'Océanie, on voit d'abord qu'elles présentent pour ainsi dire deux branches principales de civilisation indigène très différentes entre elles. La première, qui comprend les grandes nations de la Malaisie (Archipel-Indien) , parait devoir son origine à un peuple inconnu, qui, selon M. Crawfurd , parlait le graud polynésien; evi le foyer que nous proposons de nommer javano-malaitien, à cause des deux nations qui peuvent élres regardées comme ses branches principales; car les Javanais et les Malais sonl incontestablement les deux nations indigènes qui , indépendamment de toute influence étrangère, se sont élevées le plus haut dans l'échelle des peuples civilisés de cette partie du monde. La seconde branche, qui comprend tous les autres peuples de l'Océanie, offre une civilisation incomparablement inférieure à la première. Ou peut y distinguer trois nuances principales, qui nous paraissent pouvoir être regardées comme autant de foyers distincts, que nous proposons de nommer foyer australien , foyer carolinien et foyer polynésien , dénominations qui désignent les pays où vit le plus grand nombre de tribus civilisées que chacun d'eux embrasse

AKRKGÉ DE GÉOGRAPHIE.

Les ingénieuses et savantes recherches de M. Crawfurd, sur le foyer javano-malais'un , ont démontré que cette civilisation s'est développée dans la Malaisie, indépendamment des natious de l'Ancien et du Nouveau-Monde. Cette civilisation semble avoir suivi , dans sou développement pendant une longue série de siècles, une marche toute particulière, et avoir même étendu sou influence depuis Madagascar , sur les côtes orientales de l'Afrique, jusqu'à l'île de Pâques , vers les rivages de l'Amérique. Ici , comme dans l' Ancien- Continent, on retrouve partout les traces d'une nation antique, qui a influé puissamment sur la formation de la langue, sur les institutions sociales, politiques et religieuses, sur les mœurs et les usages d'un grand nombre de peuples, mais dont on ne saurait déterminer l'époque précise de l'existence, ni indiquer exactement le lieu de la demeure primitive. Le peuple, qui parlait ce que les savans philologues Marsden et Crawfurd appellent le grand-polynésien, est pour les nations de l'Océauie ce que le sanscrit est pour les nations Indo-Germaniques de l'Ancien-Contincnt. C'est à ce peuple qu'il faut attribuer cette civilisation autochtone , qui est la souche de l'état social dans lequel on a trouvé les innombrables tribus de la Malaisie, et dont ou reconnaît quelques vestiges chez les peuplades répandues sur les deux tiers environ de la circonférence du globe, phénomène unique dans l'histoire de l'homme, surtout lorsqu'on pense au peu de moyens que ce peuple devait avoir pour étendre ses colonies à d'aussi immenses distances. La comparaison et l'aualysc des langues parlées dans ce vaste espace par les nombreuses tribus de race nudaisienne , la comparaison et l'analyse de leurs mœurs , de leurs usages, de leurs institutions politiques et religieuses, de leurs histoires nationales et de leurs traditions populaires, tout nous montre de la manière la plus évidente un foyer de civilisation indigène, sur laquelle s'est pour ainsi dire entée la civilisation étrangère, apportée ensuite à des époques très différentes par les Hindous, les Arabes, les Chinois , et plus tard par les Européens. Ces mêmes considérations portent à conclure que ce peuple inconnu, mais dont l'existence ne peut être raisonnablement révoquée en doute, après les faits réunis avec tant de sagacité par M. Crawfurd, avait, de temps immémorial et indépendamment de toute influence étrangère, fait des progrès dans l'agriculture; qu'il connaissait l'usage du fer, de l'or et de l'étain ; qu'il savait travailler ces métaux; qu'il possédait l'art de tisser des étoffes faites de la partie G brou se d'une plante indigène; qu'il avait apprivoisé le buffle et la vache, et les employait dans l'agriculture et dans les transports, ainsi que la poule , le canard et le cochon , qui servaient à augmenter ses moyens de subsistance; qu'il s'était donué un gouvernement régulier ; qu'il avait établi des loi r es et des marchés , qui se tenaient à des époques déterminées ; qu'il avait un calendrier civil et un calendrier agricole; qu'il possédait déjà un système d'arithmétique assez étendu; et qu'il * était même élevé jusqu'à l'invention d'un véritable alphabet. Ces mêmes considérations rendent aussi extrêmement probable l'hypothèse proposée par M. Crawfurd, que c'est a Java, qu'il faut placer l'existence de ce peuple inconnu, et que c'est dans cette île par conséquent qu'il faut placer le noyau priucipal et primitif de toute la civilisation indigène de l'Oceanic ou du Monde-Maritime.

Les principaux peuples qui appartiennent au joytr javano-malaisien sont : Ws Javanais et les Malais proprement dits, dont nous avons indiqué la demeure a la pa^e iao8 ; les montagnards de Java qui habitent la partie de cette île nommée Sunda , les Battas, les Achinais, les insulaires de Bali, les Rima de Sumbava, les Ronguis et les Macassars de Celebes , les Tagales , les Rissayos , les Soulous et les Mindauao de l'archipel des Philippines.

Un trait qui caractérise la civilisation de ce foyer et qui la distingue le plus de celle de tous les autres peuples policés du globe, c'est la multiplicité des alphabets différer» s qu'on y trouve en usage parmi des peuples placés dans les circonstances les moins favorables pour en rendre riuvention facile, ou même nécessaire. Les Battas, les Redjaugs et les Lampongs, nations qui parlent des langues moins différentes entre elles que ne le sont entre eux le français, l'espagnol et l'italien, et vivant toutes les trots dans la même île. emploient , pour exprimer leurs idées, des caractères aussi différens les uns des autres qu* leurs idiomes différent de ceux des peuples les plus éloignés. Ce même phénomène , unique dans l'histoire de l'homme , se répète encore dans d'autres parties de rOcéauic-Oevïdenlale , lorsqu'on compare entre elles les langues des Suuda , des Tagales , des Bourra et

des Javanais, qui appartiennent à. une même souche , celle dont dérivent les trois nation» précédentes, et dont les alphabets respectifs diffèrent aussi entièrement de ceux des Bat ta s, des Redjangs et des Lampongs. C'est peut-être ici le lieu de faire observer que les Routants , comme autrefois les Chinois et autres peuples , se servent encore de cordelettes auxquelles ib font des nœuds , lorsqu'ils ont besoin de se ressouvenir de quelque chose.

Les foyers australien, carolitiien et polynésien offrent , dans leur développement , une marche bien plus lente que le foyer javano-malaisien ; on peut dire même que depuis longtemps elle est slatioonaire. Mais, tout inférieure qu'est celte civilisation comparée a celle de la Malaisie, elle ne laisse pas de nous étonner, surtout lorsqu'on pense aux circonstances peu favorables où l'homme s'est trouvé dans cette partie du globe, pour sortir de l'état sauvage. Privé du secours des animaux domestiques , ignorant l'uSage des métaux les plus utiles, dissémiué sur une mer immense , on ne le voit pas moins exercer une sorte d'agriculture; se réunir sous un gouvernement régulier ; se diviser en castes, jouissant chacune de certains privilèges; avoir une religion avec des rits, des prêtres et des sacrifices; observer, à l'égard des chefs héréditaires, une étiquette qui, pour la rigueur et les détails , peut être comparée à celle en vogue dans le sud-est de l'Asie; se bâtir des cabanes commode* adaptées aux circonstances locales; se couvrir de véritables étoffes , ou bien de nattes artistement travaillées; élever quelques monumens grossiers; construire enfin, avec une intelligence étonnante, des pirogues qui ont mérité les éloges des plus grands marins, et sur lesquelles, guidé par les étoiles et la connaissance des vents, on le voit croiser dans toutes les directions le plus vaste des océans.

Si l'on voulait mettre ensemble les traits principaux qui nous ont servi à tracer la ligne de démarcation entre ces trois foyers de civilisation indigène, et assigner à chacun les peuples qui lui appartiennent, on pourrait les résumer de la sorte :

Le foyer australien embrasserait les peuples nègres les moins abrutis. On ne connaît jusqu'à présent qu'uu petit nombre de peuplades qui puissent lui être assignées. A la tête de toutes, il semble qu'où doit placer les insulaires de la Nouvelle-Irlande, de la Nouvelle-Bretagne, de Santa-Cruz, de quelques-unes des iles de l'archipel de Salomon, et quelques-unes des peuplades du groupe de la Papouasie (Nouvelle-Guinée) et des iles qui en dépendent. Ces peuples connaissent l'usage de l'arc et des flèches , ignoré des peuples des branches carolinicniic et polynésienne; quelques-uns savent même fabriquer de la poterie , et tous ont un goût prononcé et une grande adresse pour les sculptures , dont ils ornent leurs pirogues et les portes de leurs maisons. Mais ici , nous devons signaler deux particularités remarquables propres à ces peuples, et dont la connaissance est due à M. Lesson. A Waigiou, à Dory , ce naturaliste trouva chez les naturels l'usage tioreiU lers en bois , travaillés et représentant le plus constamment et avec plus ou moins de perfection deux têtes de sphinx , attribut égyptien ; plusieurs de ces objets , comparés en France avec ceux qu'on a trouvés sous la tête des momies d'Egypte découvertes dans les tombeaux , n'ont offert aucune différence sensible. Au port Praslin ce même savant trouva, chez les naturels, l'usage de Ve'pinctte divisée en trois lamelles effilées, qui se placent dans la bouche comme la nôtre, et, ce qui est encore plus singulier, la Jlùte à Pan ou le syrinx , composé de huit notas dont cinq appartiennent à la gamme et trois sont répétées à l'octave en-dessous, ce qui porta un musicien distingué à faire remonter aux temps les pfns recules l'invention de cet instrument.

Le foyer carotinien embrasserait nonsculemeut tous les peuples de race malaisienne de l'archipel des Carolincs, mais aussi les anciens habilans de celui des Mariannes , les insulaires de l'archipel de Palaos et ceux qui forment le gronjie que nous avous nommé Archipel-Central- Tous ces peuples formeut la branche que M. Lesson a nommée rameau Mongol-Pélngien. Plusieurs traits particuliers à ces peuples les isolent des autres Océaniens. D'abord le manque de toute sorte de culte; quoiqu'ils possèdent le dogme consolant d'une autre vie , ils n'ont aucune cabane servant de temple, ni aucune idole. Ces peuples, à quelques exceptions prés, ne su i veut fias l'usage infâme des Polynésiens, de prostituer leurs filles ou les esclaves enlevées à leurs familles. Jaloux au contraire de leurs épouses, ils paraissent serti puleux de conserver intacte la fidélité conjugale, et redoutent le commerce de leurs femmes avec les étrangers. • La construction de leurs pirogues, dit M. Lesson , est depuis lorîg-terops célèbre; elle ne ressemble en rien à celle de* Polynésiens. Ici , on ne peut se dis-

penser de reconnaître des insulaires essentiellement navigateurs, observateurs exacts du cour» des astres, possédant une sorte de boussole , instrument que l'on sait exister depuis long-temps en Chine et au Japon , quoique les babitans de ces pays soient loin d'être aujourd'hui d'habiles marins. La marche de leurs pros peints en rouge et frottés avec quelques substances qui leur donnent l'a>pcct d'un ouvrage vernissé, est vraiment remarquable, quoiqu'elle soit loin de légitimer ce qu'en ont dit quelques navigateurs , et surtout Ansoo ; elle est de cinq à six milles par heure au plus. M-isavec quelle adresse on fait changer indistinctement à ces pirogues l'avant en arrière, par un simple reuvcrsenicnt de voile! et ces fragiles embarcations conservent toutes un genre de construction qui ne varie dans aucune ile, et que nous eûmes occasion de voir sur la plupart de ces tangue* chaînes d'archipels. Adonnes à la guerre, poursuit ce savaut, parce que l'homme y est naturellement porté, les Carolins ont aussi conservé ou su faire un grand nombre d'ins* trumens de destruction. Cependant nous ne les trouvons pas en possession de l'arc el des flèches, réservés à la race nègre, ni du casse- tète , ni des longues javelines, plus particulièrement usitées chez les Océaniens (Polynésiens). Des frondes, des pierres, des bâtons pointus et garnis d'os et d'épines de poissons, des haches de coquilles, voilà les armes les plus habituelles el celles dont ils se servent plus généralement. • Mais une industrie qui est essentiellement propre à ces peuples , c'est la confection des étoffes. Les Australiens et les Polynésiens les plus civilisés emploient, pour leur fabrication, des ècorces battues et amincies sous forme de papier; les Carolins au contraire se servent d'un petit métier, seul débris, dit M. Lesson, des arts de leurs pères, pour assembler les (ils et composer une toile par un procédé et par des instrument parfaitement analogues à ceux dont se servent les Européens. «On ue peut, dit ce naturaliste, eu voyant ces tissus formes de fils soyeux de bananier teints en jaune , en noir , ou en rouge , entrelacés sur un métier élégant, ornés de dessins qui nnnoucent du goût, que faire remonter la source d'un art ainsi perfectionné à une race plus anciennement civilisée et depuis long-temps établie en corps de nation. Pourquoi , d'ailleurs, les Carolins n'ont- ils jamais eu recours à l'écorce de l'arbre à pain si commun sur la plupart de leurs îles, et qu'ils n'avaient qu'à battre avec un maillet pour la convertir en étoffe? Cela lient à ce qu'ils ont retenu par la tradition les principes d'uu art très perfectionné dans leur patrie primitive , et que leur industrie a sa en conserver l'usage pour confectionner les seuls ajusteroens réclamés par le climat qu'ils habitent. - Ce véritable phénomène dans la civilisation, encore si arriérée des ces peuplades de l'Océanie, est trop important pour que uous ne nous arrêt ious encore un instant. Voici de quelle manière s'exprime sur ce sujet un observateur habile, quille premier établit des relations amicales entre l'équipage de la Coquille et les iusulaires d'Oualaa. « Uu certain intérêt , dit M. Jules de Blosseville, s'attachera peut-être à la description minutieuse et même technique de l'art du tisserand, chez un peuple de l'Océanie qui , abandonné à ses seuls moyens, nous a presque fait oublier les belles draperies d'ècorce des Hawaiiens et des Tahitiens , les nattes fines et jolies de Rotouma , les manteaux soyeux de la Nouvelle-Zélande et les pagnes renommées de Madagascar. Cet intérêt s'accroît «l'on réfléchit que dans l'Ancien-Monde la fabrication des tissus remoule à la plus haute antiquité, mais que dans l'Amérique entière et dans toutes les îles de la Polynésie, l'invention d'un métier était au-dessus de la portée des esprits. Certes, il y a loin du caritwrïon navette volante et des métiers à tisser mécaniques au katap ou navette simple , et au paout* des Carolins; mais les merveilles de notre industrie paraissent moins surprenantes poux celui qui voit à quel degré de perfection, à quelle élégance de travail étaient parvenu, sans modèle et avec une grande simplicité de moyens, des iusulaires industrieux ignores du reste du globe. »

Le foyer polynésien embrasserait non-seulement 1ns babitans des archipels de Tonça (des Amis) , de Hamoa (des Navigateurs) , de Cook , de Tahiti (de la Société) , de Mendana (Marquises) , de Hawaii (Sandwich) el ceux des Spot ades qui appartiennent à la race malaisieune , mais aussi les iusulaires de la Tasmanie (Nouv.-Zélande) , et les peuplade* uègrtsi qui habitent l'archipel de "Viti (Fidji). Parmi ces peuples, ceux de Tahiti, de Tonga et de Hawaii avaieut fait le plus de progrès dans la civilisation avant l'arrivée des Européens. Toutes les tribus policées comprises dans cette division fabriquent «le» étoffes fines avec l'écorce de l'aouté {broussonetia papyriftra) et des toiles plus gro»-

«ères avec le liber de l'arbre à pain {artocarpus incisa). C'est avec un maillet quadrilatère et strié sur ses quatre faces, qu elles les façonnent en frappant sur les érorces ramollies et invisquées avec un gluten. Chez toutes on retrouve les mêmes procédés de fabrication, ainsi que l'art de les enduire d'une sorte de caoïit-chouc pour les rendre i m perméables à la pluie. Certes de tels rapprochement ne sont point le résultat du hasard ; ils doivent dériver des arts pratiqués jadis par la souche de ces peuples. Tous les Polynésiens préparent et font cuire leurs alimens dans des fours souterrains, à Faide de pierres chaudes ; ils se servent de feuilles de végétaux poor leurs besoins divers; ils convertissent le fruit à pain, la chair du coco, le laro, en bouillies; tous boivent le knva ou l'ava , suc d'un poivrier qui les éuivie et les délecte. Avant l'arrivée des Européens dans leurs îles , ces peuples étaient esclaves de la terrible superstition du tabou , qui leur imposait une foule de privations et qui a coûté la vie à tant de malheureux innoeens. Celte loi barbare défendait aux femmes, sous peine de la vie , de mander du cochon , des bananes et des cocos , de faire nsage du feu allumé par des hommes , et d'entrer dans l'endroit ou ils mangent. Le prédécesseur du fameux Tatnehameha I était tellement tabou, qu'on ne devait jamais le voir pendant le jour, et que l'on menait à mort impitoyablement quiconque l'aurait vu un instant , ue fût-ce que par hasard. Cette institution, qui est un des traits principaux qui dislingue les Polynésiens des autres nations de rOeéanie, mérite quelques détails que nous emprunterons à un article public récemment par M. le capitaine Durville, sur le tabou en usage chez les Nouveaux Zélandais ; il ne diffère que par quelques petites modifications de celui qui est pratiqué Chez les autres peuplades de ce* te partie du monde.

Sans nul doute , dit ce savant marin , le but primitif du tabou fut d'apaiser la colère de la divinité et de se la rendre favorable , en s' imposant une privation volontaire proportionnée à la grandeur de l'offense ou à la colère présumée du dieu. Quiconque porterait une main sacrilège sur un objet soumis à uu pareil interdit , provoquerait le courroux de VAtoua (Dieu), qui ue manquerait pas de l'en punir en le faisant périr, non-seulement lui-même , mais encore relui ou ceux qui auraient établi le tabou , ou en faveur desquels il aurait été institué. Mais le plus souvent les naturels s'empressent de prévenir les effets du courroux céleste en punissant sévèrement le coupable. S'il apparlient à une classe élevée, il est exposé à être dépouillé de toutes ses propriétés et même de son rang, pour être relégué dans les dernières classes de la société. Si c'est un homme dn peuple ou un esclave, il peut arriver que la mort seule puisse expier son offense. Un root du prêtre , un songe, ou quelque pressentiment involontaire donne-t-il à penser i un naturel que son dieu est irrité , soudain il impose le tabou sur sa maison , sur ses champs , sur sa pirogue, etc., etc. , c'est-à-dire qu'il se prive de l'usage de tous ces objets , malgré la gène et la détresse auxquelles cette privation le réduit. Tantôt le tabou est absolu et s'applique à tout le monde , alors la personne ne peut approcher de l'objet taboue sans encourir les peines les plus sévères. Tantôt le tabou n'est que relatif, et n'affecté qu'une ou plusieurs personnes déterminées. L'individu soumis personnellement à l'action du tabou est exclu de toute communication avec ses compatriotes, il ne peut seseivir de ses mains pour prendre ses alimens. Appartient-il à la classe noble, un ou plusieurs serviteurs sont assignés à son service, et participent à son état d'interdiction ; n'est-il qu'un homme du peuple , il est obligé de ramasser ses alimens avec la bouche, à la manière des animaux.

« On sent bien, dit M. Durville, que le tabou sera d'autant plus solennel et pins respectable, qu'il émanera d'un personnage plus important. L'homme du peuple, sujet à tous les tabous des divers chefs de la tribu , n'a guère d'autre pouvoir que de se l'imposer à lui-même. Le rangotira (rbef), selon son rang , peut ossujétir à son tabou ceux qui dépendent de son autorité directe. Euûn la tribu tout entière respecte aveuglément les tabous imposés par le chef principal. D'après cela, il est facile de prévoir quelle ressource les chefs peuvent tirer de cette institution pour assurer leurs droits et faire respecter leurs volontés. C'est une sorte de veto d'une extension indéfinie , dont le pouvoir est consacré par un préjugé religieux de la nature la plus intime. Aux siècles d'ignorance, les foudres spirituelles du Vatican n'eurent pas des effets plus rapides, plus absolus sur les consciences des chrétiens timorés, et leurs décrets n'obtenaient pas une obéissance plus

explicite que ceux du tabou i la Nouvelle-Zélande. A défaut de lois positives pour sceller leur puissance, et de moyens directs pour appuyer leurs ordres, les cbeb n'ont d'autres garanties qûe le tabou. Ainsi , qu'un chef craigne de voir les cochons , le poisson f les coquillages, etc., manquer à sa tribu par une consommation imprévoyante et prématurée de la part de ses sujets , il imposera le tabou sur ces divers objets , et cela pour tel espacr de temps qu'il le jugera convenable. Veut-il écarter de sa maison , de ses champs , des voisins importai», il taboue sa maison, ses champs. Desire-t-il s'assurer le monopole d'oa na viro européen mouillé sur son territoire, uu tabou partiel écartera tous ceux arec qui il ue veut point partager un commerce aussi lucratif. Est-il mécouteut du capitaine , et a-t-il résolu de le priver de toute espèce de rafraiebissemens , un tabou absolu interdira l'accès du navire à tous les hommes de sa tribu. Au moyen de cette arme mystique et redoutable , et en ménageant adroitement son emploi , un chef peut amener ses sujets à une obéissance passive. Il est bien entendu que les chefs et les arikis ou prêtres savent toujours se concerter ensemble pour assurer aux tabous toute leur inviolabilité. D'ailleurs les chefs sont le plus souvent arikis eux-mêmes , ou du moins les arikis tiennent de très près aux chefs par les liens du sang ou des alliances. Ils ont donc un intérêt tout naturel à se soutenir réciproquement. »

Rien, ou presque rien dans l'Océanie ne nous rappelle l'Amérique , tandis que quel ques animaux el quelques plantes utiles à l'homme, des idées religieuses et des traditions, des jeux et des amusemeus , plusieurs usages et quelques arts, et jusqu'à une certaine aualogie dans les formes grammaticales des laugues que parlent ses nattons les plus policées décèlent de loin eu loin une origine asiatique, et les communications qu'à des époques différentes les peuples océaniens durent avoir eu avec ceux de l'Asie.

Les Hindous, et particulièrement les Telinga, les Arabes et les Cltinois sont les trois nations asiatiques qui contribuèrent à la civilisation de la Malaisie ou de l'Océanie-Occidentale (Archipel-Indieu); les deux premiers guidés par le fanatisme religieux; les Chinois, poussés par leur iniatigablc industrie. Les ruines imposantes, dont la partie orientale de Java est pour ainsi dire parsemée ; le kavci , ou l'ancienne langue littéraire des Javanais, encore en usage dans l'île de Rali ; les religions de Rrahma et de Bouddah encore dominantes dans cette dernière île et dans quelques cantons montueux de celles de Java et de Madura ; les noms que portent le cuivre, l'argent et autres objets utiles et ceux de tous les nombres supérieurs, sont des traces évidentes des relatious qui existèrent de bonne heure entre les nations Malaisiennes et celles de l'Iude. Le niaboinct isonprofessé par presque tous les peuples policés de la Malaisie , plusieurs lois civiles et criminelles , l'alphabet en usage parmi les Malais proprement dits , une grande partie de la littérature nationale et un grand nombre de termes abstraits répandus dans leurs idiomes, attestent visiblement l'influence qu'exercèrent les Arabes sur la civilisation de cette partie de l'Océanie. Quelques usages et le grand nombre de Chinois répandus et établi» dans presque toutes les îles principales de ce grand archipel, sont uue preuve incontestable des antiques relations commerciales qui eurent lieu de bouuc heure êl cooliuuent encore entre ses habitans et ceux de la Chine.

Si l'on considère l'influence qu'ont eue les Européens sur la civilisation des Océaniens, on est forcé de convenir que ces étrangers , au lieu d'améliorer le sort de ces peuples par riutroduction de nouveaux arts ou par le perfectionement de ceux qui étaient déjà connus, n'ont contribué au contraire, du moins jusqu'au commeucement du xix" siècle, qu'aies faire reculer sous le triple rapport de la richesse , du pouvoir et de la civilisation. Les Anglais, dit M. Crawfurd, sembleut avoir exercé moins d'influence que les autres Européens sur les mœurs des peuples malaisiens au milieu desquels ils se sont e(ablis; car dans toutes les contrées de celte partie du globe où les Portugais, les Espagnols cl les Hollandais ont fondé des étahlissemens , on remarque plusieurs coutumes el usages que les indigènes leur ont empruntés. Ici nous devons même remarquer que ces modification» n'ont été nulle part plus grandes que dans l'archipel des Philippines. Ce groupe d'îles est même la seule exception favorable qu'on puisse citer de l'influence de la civilisation européenne sur l'état social des iudigèues. Eu effet, une graude partie de ses iiouibreus habitans, presque tous sauvages lors du premier établissement des Espagnols parmi eu\, non-seulement sont devenus par la suite policés et assez industrieux sous leur domina-

DESCRIPTION DE L'OCEANIE.

lion , mais de l'aveu même de M. Crawfurd , ils se sout élevés à un degré de civilisation supérieure à celle de tous les autres Océaniens. Ce phénomène est dû en grande partie aux soius paternels et i la pieuse industrie des missionnaires catholiques, qui ont apporté à ces peuples les vérités du christianisme avec les arts qui suivent partout ceux qui le professent. D'autres missionnaires, depuis quelques années, travaillent avec le plus grand succès dans la Polynésie , et déjà les archipels de Hawaii , de Tahiti et de Cook offrent dans plusieurs de leurs îles une partie des mœurs et de la civilisation de l'Europe, tandis que les colonies pénales fondées par les Anglais dans le Continent-Austral cl daus la Diemenic, présentent , au milieu des peuplades abruties de l'Australie, tous les prodiges de la civilisation européenne et la propagent dans le reste de l'Océauie.

« L'établissement des Anglais aux Terres-Australes, dit l'éloquent auteur de l'histoire de ces colonies, M. Ernest de Ttlosscville , a entraîné pour la cinquième partie du monde des résultats bien imprévus. Au mue terre aujourd'hui ne peut rester étrangère à la grande famille européenne. Des brigs , anglo-américains pour la plupart, montés par des équipages de toutes les nations , sillonucut dans tous les sens les mers de l'Océanie. Les points les plus ignorés de la Malaisie , les îles de la Polynésie les plus éloiguées de la route des vaisseaux ont reçu de bizarres missionnaires de la civilisation : ici un déserteur prussien ou suédois, là uu malheureux Lascar, plus loin un Américain de demi-sang abandonné par ses compagnons de pèche, ou un convia échappé du port Jackson dans une fragile nacelle. Tour-à-tour recueillis et abandonnés par les navires qui traversent ces rians archipels, tantôt interprètes utiles, tantôt matelots turbtilens, ils promènent d'ile eu ile leur vagabonde insouciance. Souvent le même équipage, recruté par le hasard le plus capricieux, réunit le catholique et le presbytérien , le mahométan cl l'idolâtre; les peuples mêmes de l'Océanie concourent à ce mélange des nations, et l'on voit des Tahitiens et des Nouveaux- Zélandais , des naturels des îles Sandwich et des Marquises , chercher des rivages nouveaux. La plupart do ces fugitifs ou de ces marins oubliés périssent dans leurs tentatives; mais quelques-uns , guidés peut-être par la Providence, échappent i tous les dangers , et s'arrêtent dans des îles charmantes. Du dernier rang du monde civilisé, ces hommes illettrés, ces eu ne rois du travail , montent , par le seul ascendant de l'intelligence et de l'industrie, ou plus souvent par la supériorité de nos arts destructeurs, au premier rang dans le monde de la uature. De naïfs insulaires admirent en eux des puissances surnaturelles, et des coupables, bannis de leur foyer natal, sont accueillis comme des divinités bienfaisantes : les filles des rois et des chefs briguent leur alliance; des sérails sont formés pour eux ; des nations se font la guerre pour se les enlever , et leur prééminence réelle est encore accrue dans Topiuion des peuples par les récits merveilleux d'ignorans admirateurs. Si l'activité européenne pouvait suspendre pendant un siècle son mouvement progressif; si nos navires cessaient de sillonner les mers de l'Océanie, bientôt la riautc mythologie de ses peuples aurait créé des êtres fantastiques dans le rebut de notre moude; des fables ingénieuses feraient descendre du ciel les bannis de l'Angleterre, et les enfans d'une race mélangée deviendraient le pur sang des dieux -.

En faisant des rapprochemens sur l'état social dans lequel on a trouvé les nations policées des différentes parties du Monde-Maritime, on ne peut s'empêcher d'éprouver un sentiment de surprise en voyant les peuples de la Malaisie , qui avaient fait d'aussi grands progrès dans la civilisation , et qui s'étaient même élevés jusqu'à l'invention de plusieurs alphabets, manquer presque entièrement de goût pour l'architecture. D'un bout à l'autre de la vaste Océanie rien ne décèle le goût pour les mouuraens, dont toute P Asie-Méridionale et la longue vallée du Nil en Afrique sout parsemées, goût qui parait avoir été dominant chez les nations de Mexique , du Guatimala et du Pérou , inférieures sous certains rapports à celles de l'Océanie- Occidentale, car aucune ne possédait un véritable alphabet. Quel espace immense n'y a-t-il pas entre les grossiers monumens de Tinian et de Saypan, les statues colossales et informes de l'île de Pâques , les hideuses idoles qu'on trouve daus les raoraîs de la Polynésie et les sculptures fioies de Prudung, de Kali- Bening , de Brambanan , les belles statues colossales de Sioghasari , de Kobudalam , de Chaud-Sewu , de Penatava , et les temples magnifiques de Brambanan , de Boro-Bodo , de Sioghasari , de Prudung et autres ! Cependant on ne peut raisonnablement attribuer aux Océaniens que les premiers monumens, puisque les costumes, les physionomies.

les emblèmes , les végétaux et les animaux représentes dans les seconds , si supérieur! aux autres pour l'exécution du travail, par leur nombre et par leurs dimensions, drmontrent une origiuc évidemment étrangère. Sous ce point de vue , l'île de Java , et |«rticulièremenl sa partie orientale, est pour l'Océanie ce que les régions du Nil et de I Allas sont pour l'Afrique; mais avec la ditféreure, qu'une grande partie de» superbes roouuniens de la région du Nil sont incontestablement dûs à des Dations indigènes» tand.s que ceux de Java portent les traces évidentes d'une origine asiatique.

Un gcire d'ornement généralement pratiqué par tous les Polynésiens et par les NooveauX'Zélaudais , le tatouage , mérite de nous arrêter quelques iustans. Ces dessins, dit M. Lesson, que l'art grave sur la peau d'une manière indélébile, qui la révèrent et voilent en quelque sorte sa nudité , paraissent étrangers à la race nègre, qui ne 1rs pratique que rarement , toujours d'une manière imparfaite et grossière , et qui les remplace par les tubercules douloureux et de forme conique que des incisions y fout élever. Cette opératioti , dont le nom v:;rie. chez les divers peuples , est employée non-seulement comme on orn émeut de fantaisie ou hiéroglyphique , mais parait avoir pour objet la designattoo des classes ou des rangs. Le soiu cl la fidélité que ces insulaires apportent à reproduire ces dessins, sont une forte présomption, pour croire que des motils qui nous soi il inconnus, ou des idées dont la tradition s'est effacée, y attachaient un sens. Les insulaires des Paumotous (Iles nasses) se couvrent le corps de ûgures tatouées; leurs voisins , les Tahitieus , en ont beaucoup moins , et surtout n'en placent jamais sur le visage, et se bornent avec ceux de Tonga à y dessiner quelques traits légers, tels que des cercles oo des étoiles; tandis que plusieurs des naturels de l'archipel de Saudwich, et la masse des peuplades de celui de Mendana et du groupe de la Nouvelle-Zélande ont le tisage entièrement recouvert de traits toujours disposés d'après des principes reçus et significatifs. Les mères, dans l'archipel de Sandwich, dit M. Morineau, se chargent de tatouer leurs enfans. Le tatouage de bas âge a pour but d'indiquer l'extraction de l'individu. Ces marques , qui nous semblent si bizarres, font d'abord connaître k quelle tribu , à quelle famille il appartient ; plus tard d'autres dessins servent à perpétuer un lait glorieux on tout autre événement. Les marques les plus ordinaires sont des raies en zig-zag sur le» bras et les jambes. Beaucoup d'hommes de moyen âge portent à la poitrine ou sur un bras le nom de Tamehameha. Les femmes ont toutes un damier autour de la jambe droite, et très souvent l'intérieur d'une main garnie d'étoiles , d'anneaux , de croissait* et d'autres figures ; plusieurs même ont la langue tatouée. Le» chèvres jouent un grand rôW dans le tatouage moderne ; beaucoup dludiens eu ont de dessinées sur toutes les parties du corps et même sur le front , les joues et le nez. Du reste, continue ce marin , cet usage commence à s'affaiblir d.tus cet archipel; le roi n'est point tatoué, et le» jeunes gens de sa suite ne le sont que fort légèrement. On conçoit , dit M. Lesson, que leur aspect doit acquérir un caractère de férocité remarquable, et que cet usage, né du désir d'inspirer une grande terreur à l'ennemi ou de blasonner des titres de gloire , s'est eoo servé par la suite comme le témoignage de la patience du guerrier à endurer la doalew qui accompagne toujours une pratique qui blesse les organes les plus sensibles de la périphérie du corps. Les femmes à la Nouvelle-Zélande, comme dans l'archipel de Mes*dana.se font piquer des dessins à l'angle interne des sourcils el aux commissures des lèvre» et souvent sur le menton. A Tahiti, dit M. Jules de Blosseville, le tatouage (rate offrait des dessins particuliers pour les sept classes d'Arreoys. Il rappelait quelquefois &r deuil ou des souvenirs historiques, lorsqu'il n'était pas un simple ornement. Souvent» cocotier était représenté sur les jambes, tandis qu'on voyait sur la poitrine des constate des exercices , des récoltes de fruits , des armes, des animaux, un sacrifice humain parv» au moraï. En général, dit M. Lesson, le tatouage des peuples appartenant au foyer de civilisation polynésienne se compose de cercles ou demi-cercles, opposés ou bordé**» dentelures, qui se rapportent au cercle sans fin du monde de la mythologie indien o« Cependa ut celui des naturels de Rotouma diffère assez essentiellement , puisque le du corps est recouvert de dessins délicats, de traits légers de poissons ou autres obre** tandis que celui qui revêt l'abdomen , le dos et les cuisses , est disposé par masses itmlts* et éparscs. Le tatouage des peuplades comprises dans le foyer de civilisation catnoliniev diffère de celai en usage chez les autres Polynésiens, en ce qu'il est placé géncrwlciar*

par larges masses sur le corps, et que chei divers de ces insulaires il couvre le tronc en entier eu formant aiusi une sorte de vêtement indélébile, mais arbitraire par les détails.

L'absence des grandes plaines couvertes de végétaux exclut , dans l'Océanie , l'exigence de la Me pastorale, qui forme un liait caractéristique d'une grau de partie de l'Ancien- Contincnt. Les tribus les moius policées du Monde-Maritime sout toutes de chasseur* on de pécheurs. Leur positiou insulaire en fait nécessairement des navigateurs intrépides et les nageurs les plus adroits du monde. I.e manque de contiguïté et les vastes intervalles de mer qui séparent un peuple de l'autre rendent très difficile* ces grandes révolutions , qui ont changé tant de fois la face de l'Asie. Comparés aux colossales monarchies de l' Ancien-Coutinent , les plus grands empires du Monde Maritime, m» états les plus considérables , ne sont que de petits royaumes ou des provinces d'une médiocre étendue. Les prohas et les pirogues sout ici ce que le cheval et le chameau sout pour les uomades de l'A ncicu-M onde, et les féroces pirates de Sumatra, de Celebes , de Bornéo , de Souluu et de Mindauao jouent, dans la Malaisie (Archipel-Iudien), le rôle que les Arabes Bédouins, les Maures, les Kalmoucks, les Mongols et les Kôurdes jouent daus les déserts et les' vastes solitudes de l'Asie et de l'Afrique.

Les nations de la variété Malaisienne offrent, dans le Monde-Maritime , à l'égard de la variété Noire-Océanienne, le même phénomène que les nations de la \ariétc Blanche présentent dans l'Ancien et le Nouveau-Monde à l'égard des peuples des variétés Noire- Africaine et Cuivrée. Partout la eivilisation accompagne les Blancs. Partout ils ont gagné un ascendant extraordinaire sur les races Noire et Cuivrée, de tous cotés subjuguées ou refoulées par eux dans les forêts et les montagues. De même partout où ils se sontéiablis, les peuples Malais, qui sont les Blancs du Monde Maritime, ont fini par détruire ou soumettre les peuplades nègres, ou les chasser dans les bois et les positions les plus inaccessibles. Ces peuples noirs ont déjà disparu entièrement de Java , et sont réduits a uu très petit nombre à Sumatra et à Celebes. A Bornéo, à Mindanao , à Luçon et autres îles, ib se sont retirés dans l'intérieur, cédant les côtes à ces nouveau-venus. L'Océan ie-Centrale est encore la seule partie qu'on puisse regarder comme possédée par cette race, que nous avous tu avoir été retrouvée presque partout daus le dernier état de dégradation morale et d'affaiblissement physique, et dont l'état social contraste singulièrement, à quelques exceptions près avec celui de toutes les nations raalaisicnnes.

L'usage affreux de manger la chair humaine ne se trouve nulle part plus répandu que dans le Monde-Maritime. Non-seulement on peut dire que presque tous les peuples de la Polynésie sont caunibales, ainsi que plusieurs tribus malaisiennes et nègres de l'Océanie- Occidentale (Archipel-Indien), et de l'Océanie-Ceo traie (Nouvelle-Hollande, Nouvelle» Zélande, etc.), mais on doit même faire observer que l'anthropophagie y est établie chex des peuples qui sont déjà assez avancés dans la civilisation, et qu'elle y est exercée pas d'autres avec des circonstances qui la rendent encore plus horrible. Parmi les nations qu'oo peut regarder comme anthropophages , nous nommerons, dans la Malaisie : les naturels de l'île d'Ombay, le* tribus nègres de Timor, les Dayaks de Bornéo, les H ara foras de Mindanao et les Bat tas de Sumatra. Aux pages iao8 et 1209, nous avons donné les détails de celte horrible pratique chez ces derniers. Les habitans de Nonssa-Laut, dans le groupe d'Amboine , étaient encore anthropophages au commencement du siècle dernier. Selon M. Crawford , il n'est pas rare de voir les Celebiens et même les Javanais manger le cœur de leurs ennemis; il ajoute même qu'on trouve à peine, parmi les premiers , un guerrier fameux qui n'ait goûié de cet horrible met dans quelque circonstance de sa vie. Dé us l'Océanie- Centrale, on retrouve l'anthropophagie parmi les naturels les plus abrutis des environs du Port-Western, parmi ceux qui vivent dans le voisinage des montagnes Bleues et antres lieux du ContiuentlAustral, ensuite parmi les nombreuses peuplades de la Tastnanie (Nouv.-Zélande) et parmi les tribus noires de la Nouvelle CalëJonie et de» archipels de Salomon et de Quiros (Nouvelles-Hébrides) et à la Louisiade. Dans la poljnesie, les cannibales les plus féroces sont les naturels de l'archipel de Viti (Fidji), surtout ceux de l'île Navihi Levou , et les naturels des archipels de llamoa (Navigateurs), et de M endana (Marquesas). Dans ce dernier, non-seulement les habitans de Noukahiwa dévorent leurs prisonniers, mais, ce qui les distingue de presque tous les anthropophages connus , c'est qu'en temps de disette, ils dévoreut leurs parens âgés, leurs enfans et juv-

qu'à leurs propres femmes! Les naturels de Malilegotot, dans le groupe orieotal de l'archipel des Carolincs, cl ceux des groupes de Hepith-Urur et de Palliser , compris dans les archipels Central et de Paumoloii , sont anthropophages , ainsi que paraissent l'être les habitans des archipels de Touga (des Amis) et de Pelew (Palaos), malgré les beaux tableaux que les capitaines Cook et Wilson ont tracés de leur caractère. M. Jules de Blosseville uous fait observer que les îles mêmes de la Société ont offert il y a de longue» année» des exemples bieu constates d'anthropophagie.

la cruelle superstition qui porta V homme à sacrifier son semblable pour plaire à la diviui'é, et que les monutnens et l'histoire nous démontrent s'être conservée long-tempt <lans rAncien-Conliuent parmi les peuples les plus avancés en civilisation , tels que les Egyptiens, les Indiens, les Carthagiuois , les Grecs et les Romains, même du lenijis de l'empereur Claude, et, dans le Continent-Nouveau, les Mexicains, les Péruviens et antres nations, cette superstition atroce règne aussi chez plusieurs tribus des trois grandes divisions du Monde-Maritime. C'est surtout dans la Polynésie où elle exige le plus de victimes , et particulièrement dans les archipels de Tonga (des Amis), de Hawaii (Sandwich) et de Tahiti (de la Société). Heureusement que le christianisme a fait cesser ces horreurs dans les deux derniers. Autrefois, dans le royaume de Sonnebaya à Timor, on avait la coutume d'enfermer dans le tombeau du roi deux esclaves vivans, et , encore dernièrement, les rois de Coupang, dans la même île, lors de leur avènement an trône, après avoir fait des offrandes aux crocodiles rassemblés sur le rivage dont ils se disent les fils, leur offraient une jeune esclave parée de fleurs et d'autres ornemeus, et l'exposaient sur le bord de la mer , où elle ne lardait pas à devenir la proie de ces monslres. Dans Pile de Rali, l'usage barbare, de brûler les veuves sur le bûcher funéraire de leurs époux, est porté a un excès inconnu même dans le pays où il a pris naissance. Le même usa^e / tarait encore subsister dans l'île Lombock. Parmi quelques tribus de l'île Cclcbes, on sacrifie une jeune vierge sur le tombeau du radjah, lorsqu'un mois après son enterrement sa veuve quitte la maison voisiue de la tombe qu'elle a habitée pendaut cette période. Souvent, dans l'archipel de Viti (Fidji), l'épouse, à l'occasion de l'enterrement de sou mari, se donne spontanément la mort, et un usage semblable se trouve dans la famille du Teoiionga dans l'île Tougatabua de l'archipel de Tonga (des Amis).

Nulle part peut être les hommes n'offrent un mélange si extraordinaire de civilisation e4 d'usages bizarres, de moeurs douces et d'atrocité. Aux pages 1227 et iaa8, nous avons déjà fait connaître les lois barbares du tabou, qui régnent encore chez un si grand noniUre de peuples de l'Occanie. D'après un nuire usage, non moins barbare, qui , par bonheur, a cessé dans l'archipel de Hawaii , et qui malheureusement subsiste encore dans d'autres parties du Monde-Maritime, il y a dei familles du peuple, dont quelques individus ont l'obligation singulière de se tuer lorsque tel ou tel iudividu de la famille royale et quelquefois même de celles des principaux nobles vient à mourir. Un des chefs des îles Salomon punit inexorablement de mort le sujet qui marche sur son ombre. Dans l'infâme société des Arrcoys de l'archipel de la Société, lorsque les femmes devenaient enceintes, elles étouffaient l'enfant au moment de sa naissance, pour ne pas être interrompues dans leurs débauches. Celte société abominable, ainsi que les sacrifices-humains, viennent d'être abolis par l'introduction du christianisme. L'infauticide se trouve établi chez un grand nombre de tribus. La mère, chez les doux babitans de la chaîne de Radack, tue sans pitié tous les eufans qu'elle met au monde quand elle en a déjà trois ; elle se défait de même de tous ceux qui naissent faibles ou mal conformés. Cet usage cruel, dû à la disette qu'éprouvent ces îles, est inconnu dans la chaîne de Ralick, où la fertilité du sol le reud iuutile. Les habilans de Ticopia qui, selon le capitaine Dillon, se distinguent par la douceur de leurs mœurs et par leur sociabilité, étranglent dès leur naissance tous les enfaus mâles, à l'exception des deux aînés. Ils donnent pour raison de cette atrocité que la population de leur petite île est si graude, que sans cette mesure ses produits seraient iusufiisans pour nourrir ses habitaus. Les tribus abruties des environs de Rotany-Bay enterrent vivant , dans la tombe de la mère , l'enfant qu'elle allaitait encore. Le sageTameharaeha Ier étrangla de ses propres mains deux de ses fils devenus amoureux de Kahomanou sa favorite. Plusieurs tribus de la Malaisie , et entre autres les Ris* sayos des Philippines et lesPapouas ou Igolotes de la province de Pangasinan dans Pile

Luçon, vendent assez souvent leurs fils. Les Timoriens les vendent même quelquefois pour se mettre eu état d'augmenter le nombre de leurs femmes. Les jeunes gens , parmi les Hiadjous ou Dayaks , les Haraforas et les Idau de Bornéo, ne peuvent se marier avant d'avoir coupé soit une tête, soit les parties viriles d'un ennemi. La faveur des jeunes filles coûte , parmi les Alforèses de Ceram , cinq ou six têtes d'ennemis, que l'amant doit apporter aux pieds de sa belle; cette horrible coutume règne aussi parmi les Haraforas ou Alforèses d'autres îles des Moluques, et les Haraforas de Mindanao, qui sout cependant les moins abrutis de toute cette race.

On peut dire que la polygamie règne ou est tolérée dans toute l'Océanie , quoiqu'il n'y ait réellement que les gens riches et les nobles qui la pratiquent. Le peuple , à Java , à Sumatra , à Celebes et autres îles, ainsi que dans toute la Polynésie, est monogame. Il y a même des nations entières qui n'admettent pas du tout la polygamie, comme les naturels des îles Nassau ou Poggy et de Sawou, les Haraforas de l'intérieur de Mindanao, les cruels Alforèses de Ceram, et plusieurs peuples de la partie des Philippines indépendantes du joug espagnol. Dans l'archipel de Mendana (îles Marquesas) , une sorte de polyandrie se trouve en usage dans toutes les familles riches, puisque dans ces familles chaque femme a deux maris, dont l'un remplace l'autre en cas d'absence; mais ce substitut n'est en réalité qu'un premier serviteur. Selon d'anciennes relations dans la société des Arreoys dans l'archipel de Tahiti (de la Société), et dans celle des Uriloys dans celui des Carolines, composées toutes les deux d'un grand nombre de nobles de deux sexes , les femmes étaient communes à tous les hommes et étaient forcées de tuer tous leurs en fans dès leur naissauce.

L'Océanie , plus que toute autre partie du monde , présente uue grande variété d'usages bizarres relativement au mariage et au traitement des femmes. Les Sumatriens, et surtout les Redjangs, paraissent avoir épuisé toutes les manières dout ce lieu peut être contracté. Ce dernier peuple a trois modes différens de mariage. Par le premier , nommé jour jour, le mari achète sa femme en donnant une somme convenable; alors elle devient sa propriété ou son esclave; il peut la vendre et en disposer. Par le second, nommé ambelanack , le mari est adopté par le père de sa femme; il travaille pour lui , reste, ainsi que sa moitié, sous la puissance de son beau-père, et devient, comme ses eufans, la propriété du chef de famille. Par le troisième, appelé le simando, la mari donne et reçoit, la femme est sur le pied d'égalité avec l'époux, et cette sorte d'union ressemble beaucoup à celle qui a lieu chez les peuples d'Europe, mais malheureusement elle est très rare. L'usage de servir pendaut quelque temps, ou de faire de riches présens au père de la future, qu'on rencontre chez les naturels des Philippines et autres peuples de race malaisienne, subsiste encore chez les Tagaleset les Bissayos qui ont embrassé le christianisme, cl rappelle ce qui se pratiquait jadis chez les Juifs. Les mariages, chez plusieurs tribus Australiennes, se font par rapt; chez les peuplades abruties de la Nouvelle-Galles-Méridionale , lorsque les garçons veulent obtenir la main d'une femme, ils épient sou passage, et, la jetant par terre ù coups de bâton, ils la conduisent baignée de saug à leur tribu , où ils achèvent la cérémonie nuptiale. Ces peuples sauvages, de même que les hordes les plus abruties des autres parties du monde, dédaignent leurs femmes, auxquelles les travaux les plus rudes sont dévolus, tels que ceux de préparer la nourriture dont elles et leur famille ne reçoivent que les débris rejeté» par leurs époux , ou de porter les ustensiles de leur ménage et leurs enfans sur le dos, tandis que l'homme chemine n'ayant qu'une légère javeline à la main. Bien que chez presque tous les peuples compris dans le fo>er de civilisation polynésienne les femmes soient considérées comme des êtres impurs et comme tels il leur soit défendu de manger en préseuce des hommes, elles jouissent toujours de beaucoup de considération ; elles succèdeut par-fois à leurs maris, et les enfans héritent d'une considéraliou d'autant plus grande que le rang ou la noblesse, du côté de la mère , est plus pur ou plus ancien. Les beaux hommes du groupe nommé Lagoun, daus l'archipel de Pauinotou, traitent très bien leurs femmes; ceux de Oualan et d'autres iles de l'archipel des Caroliues en font autant.

Chez aucune nation , les Européennes civilisées seules exceptées, les femme* ne jouissent d'aussi grandes prérogatives que celles que les lois et les usages leur accordent parmi plusieurs tribus malaisiennes de l'Océanie , particulièrement chez les Bouguis et les Macassars. Daus l'état de Wadjo à Celebes , elles prennent une part très active aux affaires publiques,

et y jouissent de droits entièrement égaux à ceux des hommes. Les états de Lawo rf de Lipukosi, dans la même île, sont régis par deux femmes. Dans quelques royaumes de Timor, et particulièrement dans celui d'Atnakong, tes femmes, au défaut d'héritiers mâles , peuvent monter sur le trône. La célèbre Batara-Toja , nommée reioe de Boni à Celebes en 1714, céda la couroune à son frère; celui-ci ayant été dépossédé, et Batara élue de nouveau , elle la céda pour la seconde fois à uu autre de ses frère*. En 1 6a 3, la célèbre Waudan-Sari , fille du sultan de Mattaram, habillée en guerrier, harangua les troupes, cl marchant à leur tète, contribua beaucoup, par sa valeur et par son exemple à la prise de Giri , devant laquelle son mari avait été défait. Les femmes à Bali, i Java et en d'autres îles, sont presque égales en tout aux hommes et jouissent d'un de-ré de considération qui étonne dans des contrées où la polygamie est en vigueur; elles y jouissent d'une grande liberté, et les princes mahométans de l'Archipel Indien, bien différens sur ce point de leurs coreligionnaires d'Asie. d'Afrique et d'Europe, permettent aux étrangers de distiuction de présenter leurs respects à leurs femmes dans leurs harems. Les cruels Dayaks de Bornéo et les Alforèses de Ceram, les féroces pirates de Soulou el de Mindanao, et les belliqueux habitaus de l'archipel de Tonga (des Amis) traitent avec douceur leurs femmes, tandis que chez les Bal tas , les Tagatcs el Bissayos des Philippines, les naturels des archipels de Hawaii (Sandwich), de Mendana ( Marque»»), de Hamoa (des Navigateurs), de Viti (Fidji), et autres parties de l'Océanie, elles sont surchargées de travaux , et traitées par leurs maris comme des esclaves. Les femmes des naturels de la chaîne de Radark.daus l'archipel Central (îles Mulgrave), suivent leurs maris et leurs amans à la guerre , et se tenant derrière eux, elles lancent des pierres aux ennemis.

DIVISION* Dans le chapitre vin*\ nous avons exposé que/les sont les bases sur lesquelles le géographe, à la hauteur de la science, peut et doit baser les grandes divisions du globe et la classification des îles qui en dépendent, considérées sous le rapport géographique. Nous avons signale, dans un autre endroit de cet ouvrage, les inconvéniens qui découlent des classifications proposées par des savans estimables, d'après les langues ou d'après les différences observées dans la couleur, les traits et la constitution physique des nations. Partant du principe inaltérable et qui , jusqu'à préseut", n'a encore été contesté par aucun géographe célèbre, que la configuration et la position des grandes terres doivent être la base de toute classification géographique, nous trouvons qu'il n'y a aucun motif qui puisse justifier les innovations que l'on a proposées dernièrement pour la classification des terres de l'Océanie. Les trois grandes divisions du Monde- Maritime, tracées d'une main habile par le célèbre Malte-Brun, retouchées et légèrement modifiées depuis par M. Walckenaer et par nous, sont trop fortement tracées par la nature elle-même, pour n'être pas suivies par le géographe. C'est ce qui nous engage à les retenir, en y intercalant toutes les petites terres dont les explorations faites dans ces dernières années ont enrichi la géographie. Ces trois divisions sont : la Malaisie, l'Acstbalie et la Polynésie. La première est comme depuis long-temps sous le nom à* Archipel Indien, et depuis quelques années sous les dénominations impropres à' Archipel d'Orient et de Grand- Archipel Asiatique. C'est notre savant ami M. Lesson , qui , voyant des nations de race raalaisieooe occuper presque sans exception toutes les côtes des grandes terres de cette partie de l'Océanie, a eu l'ingénieuse idée de proposer le nom aussi sonore que convenable de Malaisie; ou pourrait aussi l'appeler Ocê.vwie- Occidentale, eu égard à sa position, relativement aux deux autres subdivisions du Monde-Maritime. L'Australie, ou le Contiheut-Austral r avec ses dépendances ; c'est la partie appelée Notasie par plusieurs géographes ; ce dernier nom nous paraît moins propre que le premier, que

nous adoptons, en lui donnant pour synonyme celui d'OcÉAiriE-O.ïtTRÀLE. Enfin la Polynésie ou I'Océahie-Orientale, qui comprend tous les archipels et les Sporades disséminés sur l'immense surface du Grand-Océan , à l'est de l'Australie ou de l'Océanie- Centra le.

Nous avons rangé sous ces trois grandes divisions toutes les terres connues de cette partie du monde, en combinant autant qu'il était possible les divisions géographiques avec les divisions politiques actuelles, et en offrant dans le tableau statistique qui complète leur description les principaux états du Monde-Maritime. Nous avons cru devoir y ajouter, sous les noms d' Océa nie- Hollandaise f à* Océanie-Espagnolc , d' Ocranic- Anglaise et d'Océanic- Portugaise , tous les pays qu'on doit regarder comme occupés par des Européens, ou comme formant partie des monarchies Hollandaise, Espagnole , Anglaise et Portugaise. De cette manière, les nombreuses fractions de pays, dont se composent les possessions de ces quatre puissances, forment un ensemble qui permet de pouvoir en mesurer l'étendue et l'importance.

OCEANIE-OCCIDENTALE ou MALAISIE.

POSITION ASTRONOMIQUE. Longittule orientale, entre 930 et i3a* (précisément i3i° 3o'). Latitude, entre iaw (précisément ia° 3o') australe et ai° boréale.

DIVISION. A la page ia34 , nous avons vu que cette grande section de l'Océanie comprend les belles contrées connues sous le nom de Grand- Archipel Asiatique , et $ Archipel Indien. Il nous semble qu'on pourrait la partager de la manière suivante :

Groupe de Sumatra.

Nous proposons de réunir sous cette dénomination la grande île Sumatra et plusieurs autres, beaucoup moins étendues, qu'on peut regarder comme ses dépendances géographiques- Partant de ce principe, nous distinguons dans le groupe de Sumatra deux divisions principales, savoir :

L'ILE SUMATRA, où il faut distinguer la Partie Indépendante et la Partie Hollandaise. La Partie I s dépek d a rte est partagée en plusieurs états, dont les principaux sont actuellement : \

Le Royaume d'Achem (Achin), qui n'embrasse aujourd'hui que l'extrémité septentrionale de l'île. Vers la fin du xvi1' siècle et jusqu'à la moitié du xviic , les Achinais ont été la nation prépondérante de la Malaisie , étant les alliés de tous les peuples commerçons depuis le Japon jusqu'à l'Arabie. A cette époque brillante leur marine comptait près de 5oo voiles , et l'empire d'Achem s'étendait sur presque la moitié de l'île Sumatra et sur une grande partie de la péninsule de Malacca. Depuis quelques années ce royaume est en proie à l'anarchie, et l'autorité du sultau parait ne s'étendre actuellement qu'à la ville capitale et à ses envirous immédiats, tous les chefs de districts étant dç fait indépendans. Acbkm (Achin), assez grande ville est regardée comme la capitale du royaume. • Située, dit M. Walckenaer , en citant Marsden , à la pointe nord-ouest de l'île , à une lieue de la mer, cette ville se trouve en quelque sorte enveloppée d'une forêt de cocotiers , de bambous, d'ananas , de bananiers, au milieu de laquelle passe une rivière couverte de bateau*, qui en sortent lorsque le soleil se lève et y rentrent quand il se couche,

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et qui sont dans une activité continuelle. Huit mille maisons, la plupart bâties en bambous, élevées sur pilotis, pour se préserver de l'inondation, sont é panes dans cette forèl et y forment tantôt des rues , tantôt des quartiers séparés entre eux par des prairies ou des bois. Tout cela se trouve caché par de grands arbres qui bordent le rivage , de sorte que quand on est dan* la rade on n'y aperçoit aucune apparence de ville ; mais les hauteurs qui entourent la vaste plaine on Achin est située, forment un vaste amphithéâtre qui étale aux veux des champs cultivés, des plantations régulières, des groupes de deux ou trois maisons propres et élégantes, de petits villages avec de blanches mosquées construites sans maguificeuce, mais avec goût. » Le palais où réside le su Iran est une espèce de forteresse grossièrement bâtie et défendue par plusieurs canons d'une dimension extraordinaire ; un fossé large et profond l'environne. L'anarchie qui désole ce pays a anéanti presque entièrement le commerce florissant qu'on y faisait , et a sans doute diminué sa population qu'où s'accorde assez généralement à porter à 4 0,000 âmes , nombre qui nous parait exagéré de plus de la moitié.

Les autres villes les plus remarquables sont : Telosaîicaoeay , petite ville sur la côte nord-est de l'île ; on la regardait il y a quelques années comme la résidence ordinaire dn sultan. Pxdir , petite ville; c'est le second port du royaume et le centre d'un commerce assez considérable. Morxxi , bourgade remarquable par la riche mine de cuivre exploitée dans son voisinage.

Le Royaume de Siak. Cet élat occupe la partie moyenne de la côte orientale et est traversé par le fleuve de ce nom. Depuis quelques aunées il est en proie à l'anarchie. Presque tous les chefs de districts sont iudépendans. Ceux dont le territoire longe la mer exercent la piraterie. Il n'y a pas long-temps que ce royaume possédait la marine indigène la plus nombreuse de la Malaisie. Siak , petite ville située sur le fleuve de re nom, est la résidence du sultan dont l'autorité est très bornée ; son commerce est beaucoup déchu depuis les troubles qui agitent le pays. Casifar est le port principal pour le commerce. Les îles Roupat , Pantiottr et autres sont ceusces faire partie de ce royaume , dont en 1833 les radjas de Langkat et de Batu-Baru se disaient vassaux. Le prince dn premier . réside à Lasg&at, petite ville, importante par son commerce et par les >oo prwvs on petits navires marchands qu'elle possédait à celle époque ; Batu-Bara , autre petite ville, est le siège du radja de la seconde principauté; elle possède aussi une nombreuse marine marchande.

Le Pays des Bottas ou Batak, le long de la côte occidentale et dans l'intérieur. Cet état confine avec le royaume d'Achcm , le ci devant empire de Meuangkabou et le gouvernement hollandais de Padang. C'est nue espèce de confédération formée par un grand nombre de chefs de districts. Celui qui réside à l'extrémité nord-ouest du grand lacToba parait être le principal. Babovs (Varuç) , sur la côte occidentale peu loin de la mer ; c'est le marché principal du camphre, ce qui lui a valu dans tout l'Orient le nom de Kafour-Barons. TArrkvovvi , gros village , remarquable par la magnifique baie à laquelle il doune le nom, et qu'on regarde comme une des plut belles qià existent sur le §lobe ; c'est la seconde place commerçante du Pays des Baltas. Aux pages iao8 et 2209 nous avons signalé les singuliers usages de ce peuple extraordinaire.

La Partie Hollandaise comprend les pays su i vans :

Le Gouvernement de P adn n g , formé d'un vaste territoire autour de Padang et de plusieurs postes le long de la côte occidentale, dont les principaux sont Natal et Poktchakg-Catcbil , dit communément TArrAwocLt, parce qu'il est siiué sur une petite île dans la baie de Tappanouli. Ces deux derniers, ainsi qoe Bencouleu, ont été cédés par les Anglais en 1824 en échange de Malacca et de quelques établissemens peu importau6 que les Hollandais possédaient dans l'Inde. Padasg est une ville de médiocre étendue , mais importante par son commerce ; quelques maisons de négoce hollandaises s'y sont établies depuis 18 16 et ont donné une grande activité aux affaires. D'ailleurs c est la résidence du gouverneur, dont relèvent tous les établissemens cédés parles Angfcùs. On croit que sa population y compris ses environs immédiats peut s'élever à 10,000 âmes. Le Fort Marlborocgh , naguère chef-lieu de toutes les colonies anglaises dans Sumatra. La ville de Behcoulek, qui est dans son voisinage , est un séjour malsain ; on estime à environ ;r>,ooo âmes sa population ; elle est fortifiée mais son commerce est beaucoup déclin.

On peut regarder comme des dépendances de ce gouvernement les pays saivans , occupés par les troupes hollandaises :

Le ci-devant Empire de Menangkabou (Menacabow , Menancabau ), situé presque au centre de l'île: dans le temps de sa splendeur il étendait sa domination sur presque toute la surface de Sumatra. Depuis 1780, cet état, dont les frontières avaient été beaucoup rétrécies , était gouverné par un triumvirat de sultans. Les troubles excites dans le pays par la secte mabométane des Padri, dont le chef, qni était en même temps le radja de Passaman , résidait à Bakgsa , y ont attiré les Hollandais. Ceux-ci , après avoir battu ces fanatiques, ont conservé la suzeraineté sur cette contrée. Paiidjarraschckg et Mixamgkabou sont les villes principales. Cette dernière a été pendant long-temps la capitale de l'empire et est encore regardée par tous les mahométans de Sumatra comme un des principaux sanctuaires de l'islamisme. On doit aussi nommer Priaïioan à cause du voisinage des eaux thermales nommées Pantchouran-Toudjouh, fréquentées par les naturels qui vont s'y baigner depuis un temps immémorial.

Le Royaume de Palembang, sur la côle orientale dans la partie méridionale de l'île , était naguère un des principaux états indépendans. Vaincu par les Hollandais à la suite des disputes occasionnées lors de la rétrocession de ces pays faite par les Anglais , le sultan de Palembang a été déposé, et depuis i8ax ses états forment la résidence de Palembang. Palimbahg , sur le Mousi , non loin de son embouchure, ville bâtie sur pilotis, est la capitale du royanme. Le Dalan ou palais du sultan et la mosquée principale bâtis en pierre, sont les édifices les plus remarquables. Le commerce y est considérable surtout avec Java, Bornéo, la Chine, Riouw, Si n ça pore et Malacca ; ou estime a a5,ooo le nombre de ses habitans. L'intéressant district montueux de Passoummah, habité par une race d'hommes à formes athlétiques, et le Pays des Redjangs, sont divisés entre plusieurs chefs , reconnaissaient la suprématie du sultan de Palembang et se disent maintenant vassaux des Hollandais.

Le Pays des Lampongs, jadis vassaf du sultan javanais de Bantam , reconnaît aujourd'hui la suzeraineté du résident hollandais de Bantam. C'est une des parties les plus dépeuplées de la Malaisie, ne consistant presque entièrement qu'en marais couverts d'immenses forèls. Toul-mig-Bacwahg , sur la rivière du même nom , en est le cheflieu ; un fort le défend. Telou-Bitong est l'autre lieu le plus remarquable.

A vaut de quitter cette grande terre de l'Océanie, nous rappellerons au lecteur, que la haute montagne nommée Gunobtg Pasasiax par les Malais, et Most Oruia , par les Européens , étant placée justement sous l'équateur , est pour l'Océanie ce que, à la page 1084 , nous avons vu être le Cayambé pour l'Amérique, c'est-à-dire un de ces monumens éternels par lesquels la nature a marqué les grandes divisions du globe. C'est encore dans cette île que M. Arnold a découvert la raflesia; sa fleur immense, qui en bouton a beaucoup de ressemblance avec un chou, présente lorsqu'elle est épanouie un développement dont le diamètre est de trois pieds; clic pèse i5 livres et sou tube contiendrait 12 pintes; c'est sans doute la plus grande fleur que l'on connaisse , puisque Varistohcliia cordiflora , qui passait naguère comme la plus grande n'a, selon M. deHumboldt, qu'un diamètre de 16 pouces. Nous ajouterons enfin que M. de Kienzi assure avoir vû lui-même, près de la baie des Lampongs, des hommes à très petite taille qui appartiennent à la variété qu'il nomme pygmées , dans son travail sur la classification des différentes races qui habitent l'Océanie. Voilà donc, sur les plages brûlantes que traverse l'équateur, une peuplade dont la taille peut être opposée à celle qu'on attribue aux Lapons, aux Samoyedes, aux Esquimaux et autres peuples qui vivent au milieu des glaces et des frimais de la zone boréale. Cet infatigable voyageur ■ a vu aussi dans la partie sud-est de celte île quelques individus qu'on appelle gougongs; ils venaient, dit-il, de l'état de Menangkabou. Ces hommes appartiennent à la race qu'il propose de nommer pythèomorphes ou à formes de singes, parce qu'ils offrent quelques ressemblances avec les maudrils par leur corps couvert de longs poils , l'os frontal très étroit et comprimé en arrière , la conformation de leur glotte et leur peu de conception ». A ce sujet M. de Rienzi ajoute : « II* ne surpassent guère* les singes en intelligence, mais enfin ils sont hommes et, comme l'observe profondément Pascal , l'homme n'est nulle part ni ange ni brute. »

Les ILES qui dépendent geographiquetnent de SUMATRA. Elles sout presque toutes

régies par un ou plusieurs chefs ou radjahs indépendans ; quelques-uns se reconnaissent vassaux des Hollandais. Les îles principales le long de la côte occidentale sont : E n gano; le groupe de Poggi (Pagi, Poggy ou Nassau); les îles Porah (Si-Pora) ; Si-Birou (Montawaï , Becroo , Bira) ; Batu (Mintaou) , dépendante du radjah de Buluaro qui réside dans celle de Nias; Nia s, régie par 5o radjahs, dont le plus puissant parait être celui de Buluaro; le groupe de Baniak, dont les îles principales sont Baniak et Babi (île des Cochons, Hog, etc.)

Les îles les plus remarquables le long de la côte orienlale sont : Rupat, Pandjour et autres qui dépendent du royaume de Siak; Lingan (Liugin ou Linga), Bintang et autres îles beaucoup plus petites forment le royaume de Lingan , dont le sultan réside dans l'île de ce nom et recouuait la suzeraineté des Hollandais. Ce souverain a cédé dernièrement à un prince de sa famille les territoires de Djohor et Pahang sur la péninsule de Malacca, et aux Hollaqdais l'ilot de Taujong*Pinang , moyennant une rétribution annuelle de 60,000 florins hollandais. Tanjong-Pinang, îlot qu'un canal étroit sépaie de l'ile de Bintang , et remarquable parce qu'on y trouve : Rioim (Rhio), petite ville , dont la population est estimée à 6,000 âmes. C'est le chef-lieu de la résidence de ce nom. Sou port déclaré libre , dit M. le comte de Hogendorp, est très avantageusement situé pour devenir un grand entrepôt de tous les produits propres à alimenter le commerce hollaudais dans la Malaisie , et celui qui s'y fait avec la Chine et le comment d'Asie. Riouw n'est devenu de quelque importance qu'après la cession de Malacca ; et quoique peu éloignée de Singapour , dont à la page ?44 nous avons signalé l'étonnante prospérité , cet établissement a éprouvé un grand développement. Banco, la plus grande de toutes les îles dépendantes géographiquement de Sumatra, est mal peuplée, mais 1res importante par ses riches mines d'ttain , dont les produits sont très estimes dans toute l'Asie et surtout à la Chine; elle forme, avec celle de Billiton, la résidence hollandaise de Banca. Mchtoh (Mintao), petite ville de a,5oo habitaus, avec un fort bâti dans le voisinage et sur un terrein élevé , en est le chcMieu ; seize ou dix -sept cents mineurs sont constamment employés à l'exploitation des mines. Billiton^ importante par ses mutes de fer; les Hollandais y ticuneut quelques employés et une petite garnison pour empêcher les habitans, qui sont de hardis marins, de se livrer à la piraterie. M. le baron Van der Capcllen a eu le bon esprit, lorsqu'il était gouverneur général de tous les établissemt-ns hollandais dans cette partie du monde, de tirer parti de l'habileté de ces insulaires pour la construction des navires, en faisant construire chez eux les kruispraawven ou petits bàtimens croiseurs, qui, sous son administration à jamais mémorable dans ces contrées, ont rendu de si grands services aux marins de toutes les nations qui naviguent dans ces mers peuplées de corsaires. Les iles de Banca et de Billitun jusqu'eu 1 8 ia formaient partie du royaume de Palcmbang.

Très loin, et presque à égale distance de Sumatra et de Java, se trouve le p?ut groupe de Keeling (iles de Corail) vers le ia° latitude australe, où dans la plus grande , nommée New- Selma, le capitaine anglais J. C. Ross vient de fonder un petit établissement nommé PoRT-Aiarox. Cette colonie ne peut manquer de prospérer à cause de sa position et de son mouillage.

Groupe de Jaha.

Nous proposons de réunir sous cette dénomination la grande et florissante île de Java et plusieurs autres d'une beaucoup moindre étendue, qu'on peut regarder comme des dépendances géographiques de cette grande terre. Nous distinguons, dans ce groupe, deux divisions principales, savoir :

L'ILE DE JAVA. Cette grande ile forme le noyau des possessions hollandaises dans l'Océanie, en même temps qu'elle est la contrée la plus peuplée et la pins florissante de cette partie du monde. Depuis les derniers arraogenvens pris par les HoMandais à * l'égard des princes indigènes, on pourrait regarder Java comme entièrement soumise à leur domination , sans la guerre sanglante avec le chef Dipo-Negoro qui paraît devoir se terminer bientôt. Aussi la trouvons nous parlagée en ao régences dans le tableau sta-

DESCRIPTION DE L'OCKANIE.

tistique que nous avons sous les yeux et qui a été rédigé en i8ft5 à Batavia même , par un de nos correspondais les plus distingués et que nous offrons au lecteur. Nous devons cependant le prévenir que depuis lors quelques changemens ont eu lieu , par lesquels les résidences de Buitenzoorg et de Krawang ont été réunies à celles de Batavia , et celle de Crissé à la résidence de Sourabaya. Mais comme ces changemens ont subi plus tard d'autres importantes modifications , nous avons cru convenable de laisser subsister le ta» bleau tel que nous Tâtons reçu , en attendant que nous puissions connaître l'organisation définitive qu'où aura donnée à cette superbe colonie.

Non DIS RÉSIDENCES OU CnEFS-LlEUX , VlLI.ES ET LlEUX LES I>LtLS

Paovrscis. remarquables.

Batavia Batavia; Plie Ont us t (Poul ou Kappa!) ; NoorJwjk ; Rjrswjk ;

ff'eltevreden.

Bantam Ccram (Sirang); les ruines de Bantam; Ptlo du Prince; le Pays

des Lamport gs , dans l'Ile de Sumatra décrit a la page 1287. Buintenzoorg. . . . . Buttenzoor g; Parong, Jassinga, Tji-linong, Tjt-baroussa.

Préangers Tjflnjor, Bandotig , le volcan Gounong- Gounttmr, Soumadang,

(Preaugaa). Lùnbangan, Krawang. Wanaijassa, Krawang, Touban.

Cheribon Clieribou (Tji-riboun); Indramajro; Madja, Galo, Bengawan-

H'eltan, Kouningan.

Ta gai Ta gai, Brebes, Pamalang.

P ekkalongang. .... Pek ka ! on^a ng, Batang, Karang-Kobar.

K adou Maguclan, Mmnreh, Prapag ; les ruines de Boro-bodo.

Sa marang. Satnarang; Damak, Kendal, Banjrukuning.

la para I a p a r a ; Koudous, Patrie, Joanna.

Rembang Rembang; Touban (Tubang), Bantjar, Radjakwessie, Blora.

G ris s è G r i s 3 c (Grissie) ; Sidajo.

Sourabaya Sourabaya, V japon, Lanwngang, Fort- Orangi-, les ruines de

Madjapahit.

P as s arouang. Paasarouang; BangU, Malang ; les ruines de Singasarj.

Besukie B e s n k i c ; Prabolingo ; Panamukan.

B a njrouw angui. . . . . Banyou wangui. Cette province est presque déserte , et presque entièrement couverte de forêts» où l'on trouve un grand nombre de tigres.

Souracarta Souracarta (Soura-Kirta ; Solo); Cartasura, ville abandonnée

depuis 174a; Banjroumal; Brantbanan ?

Djocjocarta Djocjocarta (Yougyac.irta , Dscbiockjakarla , Dschukscbu-

karta, Jococarta , Youdgia-Kirta) ; Panaraga ; Kadiri.

JJadura et Su m a n ap. S u m a n n p , Pamakassan et Bangkalan, chefs-lieux

des trois princes indigènes vassaux et tributaires des Hollandais, et qui se pirUujcnt le territoire de Pile de Madura.

Voici les villes et les lieux les plus remarquables de celte florissante colonie : Dans la résidence de Batavia on trouve : Batavia, bâtie sur l'emplacement de Paucienne ville de Jaccatra, sur les bords de la rivière Tjiliwong. Quoique très déchue de sou ancienne splendeur, cette ville est encore très importante , comme la capitale de toutes les possessions hollandaises dans l'Océanie, et la première ville commerçante de cette partie du monde, car elle est incontestablement le centre du commerce que les Hollandais font avec la Chine, le Japon, l'Inde et les autres iles de la Malaisie. On peut dire que la ville actuelle a été bâtie de nos jours, puisque la plupart des édifices qui ornaient Batavia ont été démolis sous l'administration du gouverneur général. Daendels, qui avait eu l'idée de l'abandonner entièrement à cause de son insalubrité , et de faire de Sourabaya la capitale des possessions orientales de la monarchie Hollandaise. En effet, la ruine el l'abandon de la ville proprement dite datent du temps de ce gouverneur; le château, les remparts et tous les ouvrages extérieurs furent ravés par son ordre ; les murs seuls du fort de Meester Cornelis furent épargnés, pour scrvir'd'euceilite à la prison que Pou y trouve encore maintenant. Contrarié dans son plan favori de transférer i Sourabaya le siège du gouvernement , le général Daendels n'en discontinua pas moins la destruction de Pancienna

AfifiÉGÉ DE GÉOGRAPHIE.

ville , el il fit bâtir de superbes casernes avec des habitations commodes et élégantes pour tes officiers de la garnison, dans l'intérieur à la hauteur de Weltevreden. U s'y fixa luimême, et y fit élever un palais spacieux destiné aux gouverneurs généraux. Les habitant européens uu peu fortunés suivirent l'exemple du gouverneur; ils désertèrent la ville pour occuper des maisons bittes sur un plan plus convenable au climat de ces contrées , le long du Moolenvtiet, du canal de Rijswijk et à Weltevreden, et quelques années plus tard le long du vaste Konings Plein et sur le chemin de Meester Cornelir. Pendant l'occupa liou anglaise les nouvelles bâtisses s'élevèrent sans aucun plan fixe ou régulier, et les maisons des Européens se trouvèrent disséminées dans l'intérieur au milieu des villages ou campagnes des indigènes. La ville proprement dite tomba de plus en pins en décadence, les plus beaux quartiers furent démolis les uns après les autres, et en iStô elle n'était plus habitée que par les Chinois, les Portugais descendans des anciens colons européens primitifs et par quelques vieux colous hollandais. On y voyait en outre quelques bureaux du gouvernement , les comptoirs et magasins des marchands, les uns et les autres occupés seulement pendant sept à huit heures de la journée. Pendant l'administration à jamais mémorable du gouverneur général van der Capellen , l'ancienne viJJe recouvra uue partie de ses habitans et vit réparer quelques-uns de ses édifices; car cet habile administrateur sut apprécier toute l'importance de sa situation favorable au commerce , tout en visant à faire disparaître les causes principales qui en rendaient le séjour si èxoinemment malsain. En effet par le dessèchement de quelques canaux, par le enrage de quelques autres, par l'éloiguement des cimetières et des voiries, par l'élargissement et la propreté des rues il parvint à diminuer tellement l'iufluence du mauvais air, que les tableaux Je la mortalité de ces dernières années placent Batavia à côté des autres vi//es de l'île de Java. Cependant avant toutes ces améliorations le séjour de cette tilie était justement réputé un des plus malsains du monde entier, comme le prouvent les faits iu coules tables que nous avons cités à la page 1 192.

Mais afin que le lecteur puisse se former une idée de cette ville dont la construction générale diffère tant de celles de notre Europe, nous allons lui tracer l'itinéraire dans les quartiers européens donné par M. le comte de Hogendorp. • En débarquant au port, dit cet habile et savant administrateur, ou comme on l'appelle sur les lieux, au Boom. on a devant soi l'ancienne ville, on la traverse en prenant par trois ou quatre rues a*sei fréquenlécs pendant la matinée, mais tout-à-fait désertes pendant le reste du temps. Au bout de l'ancien faubourg ou Buiten Ncuw-poort-straat, un peu plus habité que le reste, on arrive aux quartiers modernes , c'est-à-dire, à une file de jolies habitations entourées de jardins plus ou moins grands, sur les bords du canal de JÛoolenvliet et de Jti/sayit , sur une longueur d'environ trois quarts de lieue. A l'issue de ce cauat on a devant soi une grande plaine carrée pareillement entourée de maisons européennes; c'est Weltevredrn . ou le quartier militaire ; en prenant à la droite , on voit une autre plaine à-peu-près carrée, nommée le Konings-Plein aussi entourée de charmantes habitations particulières. En traversant Weltevreden on se retrouve sur la grande route menant à Buitrozoorg , le long de laquelle les habitations d'une architecture moderne se succèdent de nouveau , pendant une bonne lieue et demie, jusqu'au-delà du fort de Meester Cortielis. Ajoutez à cela quelques allées latérales aboutissant au canal ou aux carrés dont nous venons de parler, comme le Prinsen-Laan , le chemin de donnons Sa/tarie , le chemin de Tanaabony etc., et l'on pourra se faire une idée de la capitale de nos possessions orientales telle qu'elle est aujourd'hui. Entre et derrière ces différens quartiers européens se trourent les quartiers des habitans Asiatiques et des Chinois; le quartier principal de ces derniers, ou camp chinois est hors de l'enceinte et à l'ouest de l'ancienne ville, dont elle formait comme un vaste faubourg; mais, à la longue, ils se sont glissés parfont et on les voit maintenant établis de tous côtés, surtout dans les bazars situés entre les quartiers que je viens de citer. »

La rade de Batavia est aussi sûre que belle, et parsemée d'une quantité de petite* îles ; la plupart sont inhabitées maintenant , mais presque toutes avaient été utilisées autrefois par l'ancienne Compagnie des Indes, ptfur y placer des chantiers, de* magasins, des hôpitaux ou des ateliers. La principale de ces iles est On rust (Poulnu Kappjl des Malais) sur laquelle la Compagnie avait de magnifiques chantiers, où les plus

grands vaisseaux pouvaient être réparés et même carénés ; des magasins complets de munitions et autres choses nécessaires à l'équipement des vaisseaux ; un grenier de réserve, pouvant conteuir a,ooo coyans ou prés de i,:5o tonneaux derù; de fort belles habitations pour les emplo\cs ; enfin deux moulins à vent et une église; plus de 600 ouvriers européens , outre les Loulis (homme* de peine indigène») y étaient constamment employés. En i8a3, M. Van der Capellen fit renaître en partie ce bel établissement miné pendant la guerre et l'occupation anglaise , mais après son départ les ateliers nouvellement établis paraissent avoir été abandonnés; a la lin de 1826 , on fit même une tentative inutile de le donuer en ferme a des Chinois.

Les bâti mens auciens et nouveaux les plus remarquables qu'offre Batavia sont : les magas'ms de la marine avec les bureaux du commissaire du port ; ce sont de beaux bâtimeus anciens, encore eu très bon état; les vastes lombongs ou magasins construits en bois et élevés de quelques pieds au-dessus du niveau delà mer, destinés à contenir les récoltes de café; l 'hôtel- de-ville ; Yéglise luthérienne , regardée comme le plus beau temple de la ville; Y église catholique ; le grand hôpital militaire de Weltevreden , qu'on peut comparer à ce qu'il y a de mieux en ce genre en Europe; la maison où l'ou a établi Ira bureaux et les magasins de la factorerie de la société de commerce des Pays-Bas; c'est un ancien édifice restauré en i8a5; le grand et superbe bâtiment nommé Harmonie , érigé sous l'administration du général Daendels sur le coin du canal de llijswijk et de Moolcnvliet; il est composé de quatre grandes et belles sales contigtic* , dont cbacuue peut contenir 35o personnes. On y doune les grandes fêtes publiques, ainsi que les bals et le» com crU de souscription; une salle y est ouverte tous les jours aux abonnés pour y faire la partie et pour la lecture des journaux, etc.; Y hôtel de la société des arts et des sciences bâti à côté du précédent; le théâtre, dout l'intérieur offre une salle élégante et du meilleur goût; des amateurs y donnent de temps eu temps des représentations; Yhôlrl du 't gouverneur général , qui u'est qu'uue grande et belle maison , située à Bijswijk, dans la partie la plus salubre et la plus recherchée de Batavia; enfin le nouveau palais de Weltevreden y bâtiment immense, qui forme un grand corps-dc- logis à trois étages , avec v deux ailes sur le même alignement ; destiné primitivement pour loger le gouverneur général , cet édifice est resté long-temps inachevé, à cause des frais énormes qu'exigeait sa . construction ; ce n'est qu'en 1827 qu'il fut terminé d après un plan plus simple et moins

dispendieux; on y a établi tous les bureaux civils et militaires de Batavia. , * La capitale de l'Océanie-Hollandaise n'offre pas beaucoup d'établissemens littéraires ,

mais elle possède en revanche la société des arts et des sciences, qui est le premier corps savant établi par les Européens dans l'Orient; ses sa vans mémoires lui ont mérité une juste célébrité; une bibliothèque assez riche esl placée dans le bel édifice où elle tient ses séances. Parmi les écoles nous ne citerons que Y école primaire du gouvernement fondée à Weltevreden en 18 17 ; c'est le principal établissement de ce genre, auquel la plupart des familles européennes envoient leurs enfans. La population de Batavia , que des outrages récens estiment au-dessus de la population actuelle de toute la province dont elle est le chef-lieu , ne s'élevait en 1 8a 4 , d'après un recensement exécuté avec la plus grande précision qu'à 53,8Gr âmes, non compris les officiers de tout grade, leurs familles, les militaires et tout ce qui appartient à la garnison de Weltevreden ; dans ce nombre a 3, 108 étaient Javanais ou Malais, 14,708 Chinois , 12,4 19 esclaves , 3,oa5 Européens et f>oi ... Arabes. Quarante-trois navires, dont 7 du port de plus de 400 tonneaux, et un bâtiment à vapeur sont fa propriété des armateurs et des maisons de commerce de cette ville, , qui tient aussi un rang distingué par son industrie, dont les branches principales sont les distilleries d'arak, |es briqueteries, les chau fouine ri es , les tanneries, les teintureries, les fabriques de chandelle , de poteries et de cartes à jouer.

Dans la résidence de liantam, où la civilisation et l'agriculture ont fait, depuis , vingt ans des progrès étonuans , grâce à la déposition du sultan qui, par sa tyrannique administration , entravait la prospérité de l'industrie manufacturière et agricole, nous ne citerons que Ckhax, assez jolie petite ville , où réside le gouverneur de la province, ; mais qu'on cherche en vain sur des caries modernes assez détaillées , et qu'on repré- : sente comme les meilleures , tandis que ces mêmes cartes offrent, écrit en gros caractères, • ' le nom de celle de Baittam, ville, a la vérité, jadis graude et fort peuplée , capitale du

royaume de ce nom , el célèbre dans l'histoire de Java , mais qui , depuis lonr temps, «r presque enlièrement abandonnée n cause des miasmes putrides qui y régnent, et i cause du commerce qui s'est transporté à Ratavia ; mais ce qui étonnera encore plus nos lecteurs, c'est d'apprendre que cel amas de maisons tombant en ruines et presque* déserte! , est décrit, dans des ouvrages qui viennent de paraître, comme la résidence actuelle do sultau de Ban tain , environné encore de toute la splendeur de sa cour et de sa garde composée de femmes, lorsqu'il est notoire que depuis plusieurs années ce potentat de l'Orient a cecsé de régner el n'est plus qu'un simple particulier pensionné des Hollandais'

Dans la résidence de B ttiten zoorg : Buitekzooeg, beau château; reconstruit en graude partie en 1 8 16 avec beaucoup de goût et une noble élégance, ce lieu est devenu un des plus beaux séjours de la zone torride. Les jardins antiques et roi des ont été changés en plantations anglaises; et le baron Van der Capellen, voulant joindre l'utile a l'agréable, en destina une partie aux sciences, en y établissant un jardin botanique, confié d'abord à la direction du savant professeur Reinwardt , et plus tard au docteur Blu me. On y trouve déjà rassemblés , non-seulement tous les végétaux que produit le sol fertile de Java , mais encore une multitude de plantes de* Moluques, du Bengale , du Brésil , de la Chine, du Japon et de l'Australie.

Daus la résidence des P rè an g ers , qui occupe à elle seule près des deux neuvièmes de la superficie de Java, et qui est partagée entre plusieurs princes indigènes très soumis aux Hollandais : Tjaujor , joli et gros bourg habité par des Javanais, que nous décrirons en détail d'après M. le comte de Hoçendorp pour que le lecteur pui<sc se former une idée de cette classe de petites villes de l'Orient. « Les rues sont de larges allées tirées au cordeau , bordées de charmilles et de barrières de bambous arrangées avec simplicité, mais avec beaucoup de goût. Par-dessus ces barrières s'élèvent des arbres fruitiers et à fleurs odoriférantes, qui entourent , là comme ailleurs , les maisons des Javanais. Les ruelles sout des sentiers également propres el ombragés. Les moiudrcs habitations sont aussi soignées et d'une élégance aussi simple que celles d'une plus grande dimension : tout y respire l'abondance et le bien-être général. Au centre du bourg , on trouve un joli bazar. Le résident baron Van der Capellen y avait établi des ateliers , où ne travaillaient que les indigènes; on y faisait des ustensiles pour l'agricultnre, sur des modèles encore ignorés dans le pays , afin d'en faire connaître l'usage aux habitans de l'intérieur , des charretlcs pour faciliter les transports, etc. En même temps cet utile établissement servait à former des artisans adroits , et à répandre parmi les naturels du pays le goût des métiers et des arts utiles. »

Dans la résidence de Pc k a lo ngan , l'une des plus peuplées de l'aie : Pr**- LOHGAïf , joli bourg indigène, où se trouvent établies quelques familles arabes el chinoises fort riches; il fait un grand commerce avec Batavia, et possède une vingtaine de petits navires catioticrs.

Dans la résidence de Ch cri bo n : Cheriboic , petite ville , jadis assez considérable, dont le commerce a enrichi plusieurs de ses habitans', surtout des Arabes et dos Chinois; elle possède encore quelques familles européennes; on y trouve un ancien fort de peu d'importance , el dans les environs \e tombe au àu célèbre Ch eik Mo m la n «, qui fut le premier propagateur de l'islamisme à Java. Sur les limites de cette province, qui est une des parties les plus peuplées de l'île, s'étend la vaste »oh»t de Datoo-Loc- Houa de cinquante milles anglais de loog; elle sépare à l'ouest les possessions hollandaises de celles des princes vassaux. Les bois n'y sont pas continus, mais disposé* par groupes; dans les intervalles sont des lande* sans culture et sans aucun végétal; les parties boisées se composent d'arbres qui joignent leurs branches à une asseï grande hauteur, et forment des voûtes de verdure tellement épaisses qu'elles sont impénétrable!» à la lumière du soleil; de sorte que dans le milieu du jour on est obligé de s'éclairer par des torches. Selon uu voyageur récent, on ne traverse jamais cette forêt sans se faire accompagner d'une suite nombreuse. « Il n'existe pot ut de spectacle plus étrange et pf *i> sublime que ces précipices affreux , ces ravins profonds, ces rivières limpides, ces moots. ces rochers, et ces masses de verdure ainsi éclaires par une multitude de torches qui ae meuvent avec rapidité le long de la route. Lorsque les rayons du soleil percent à travers quelques branches et rencontrent la lumière rougealrc de ces flambeaux , il en résaaJtc»

des effets que la plume ta plus habile s'efforcerait eu vain de décrire, et qu'aucun pinceau ne saurait rendre. Quand on sort de ces voûtes obscures sous lesquelles on a marché pendant plusieurs heures, qu'on revoit tout-à-coup le bleu azuré du ciel, les monts agrestes, les champs cultivés, et la nature entière partout resplendissante des brillantes émanations du soleil, l'étonnemenl et l'admiration font naître des sensations ineffables et tellement subites qu'on en est comme accablé. Le voyageur s'arrête, malgré lui, pour accoutumer ses yeux à cet éclat inattendu , et pour contempler à loisir le spectacle magnifique et varié qui se présente à ses regards. »

Dans la résidence de Kadou%s\ importante par sa population très condensée , par la fertilité de son sol et par sa florissante agriculture : Macuelak, grand et joli bourg , habité par des Javanais.

Dans les limites de cette province, mais près de la frontière du côté des étals de l'empereur de Djocjocarta , se trouvent les ruines célèbres de Boro-bodo. « On y voit , dit Jd. Walckenaer, les débris d'un temple qui couronnait une petite colline, et qu'où croit avoir été construit dans le commencement du vu' ou du xic siècle. Ce temple forme un carré long, qui a sept murs ou sept enceintes, décroissant à mesure que Ton gravit la colline, et qui est surmonté par qu dôme qui recouvre le sommet de l'édifice : ce dôme a environ 5o pieds de diamètre ; chaque côté du carré extérieur est d'environ 620 pieds, et un triple rang de tours, au nombre de 72 , accompagne les murs de cette dernière enceinte. Ces tours et ces murs ont des niches pratiquées dans leurs parvis, où l'ou voit des ûgures sculptées, plus grandes que nature; elles représentent des personnes assises avec les jambes croisées; il y en a prés de 400. On a trouvé dans ces ruines une statue mutilée, que M. Raffles a cru , à tort, être celle de Bramha ; on a découvert encore une statue de harpie, et diverses autres antiquités curieuses. Le temple ressemble beaucoup à celui de Boudh, qui est à Gay-ia, daus l'Indoustun; et les noms de Boro-bodo sout peut-être dérivés de ceux de Bara-boudah, le grand Boudah. »

Dans la résidence de Samarang : Samaravg, assez grande ville, bitieplusou moins à l'européenne dans le genre de l'ancienne Batavia avec des rues régulières et un port formé par l'embouchure de la rivière de Samarang, mais obstrué eu partie par un banc de vase. L'école militaire qu'on y avait établie en 18 18 , vient d'être dissoute à cause des mesures d'économie devenues nécessaires dans les derniers temps. Samarang possède une bonne école primaire, est le siège d'un conseil de justice, dont relèvent les résidences de Tagal, Pekalongan , Samarang , K.adou, Djocjokarta, Sourakarta , Japara et Rembang, et est le chef-lieu de la division militaire qui embrasse les mêmes résidences. Son commerce est assez florissant; on porte sa population à 36 ou 3 8, 000 Ames. Bantokohiiig, village remarquable par les tchandis ou temples antiques situés dans son voisinage ; ils ont été bâtis sur des terrasses coupées dans la montagne et qui s'élèvent successivement les unes au-dessus des autres.

Mais avant de quitter celte résidence, qu'il nous soit permis de dire un mot sur le choUra-morbus , qui a donné à Samarang une bien triste célébrité daus toute la Malaisie. C'est de cette ville où, à ce qu'on assure, il fut importé de l'Inde-Transgangétique en 18 19, qu'il se propagea d'abord le long de toute la côte septentrionale de Java, ensuite dans l'intérieur de l'île , emportaul sur son passage plus de cent mille habitans. Samarang le revit en 182 1 ; c'est dans ce port et à Batavia qu'il a frappé le plus de victimes. Ici , nous remarquerons que depuis la terrible peste noire qui , au milieu du xiv* siècle, enleva, d'après les chroniques contemporaines, plus de la moitié de la population de l'Ancien-Continent, jamais épidémie aussi dévorante ne s'étendit sur une aussi vaste surface de terres en frappant un égal nombre de têtes. Du delta du Gange, où le choléra est endémique , ce fléau exterminateur étendit sa maligne influence sur toute l'Asie méridionale et orientale, sur une grande partie de l'Asie moyenne et de la Malaisie; dans cette dernière, il moissonna de nombreuses victimes jusqu'aux extrémités orientales de l'archipel des Moluques. Après avoir ravage les îles de Ceylan, Maurice et Bourbon, lo choléra envahit l'Arabie, pénétra en Perse , en Syrie et en Egypte. De la Perse , il passa en Russie pour désoler dans toutes les direclious cet empire immense, en remontant lo Volga comme en descendant le Don. De Moscou et de Pélersbourg , frappant dans sa marche rapide d'innombrables victimes , le choléra suit en Pologne les mouvement des

ABRÉGÉ DE GÉOGKAPHIF.

armées belligérautes , fléau guidé par un autre fléau. De là, il s'étend d'un côté dans la Gallicie, pour se propager bientôt dans la Hongrie, l'Autriche, la Moravie et la Bohème; de l'autre, dans la Pologne prussienne, pour envahir la Prusse, le Brandebourg, la Silésic et la Saxe ; pendant ces deux invasions , il enlève beaucoup de moude dam ITsthonie, dans la Livonie, dans la Finlande, et jusque dans les solitudes glaciales du gnuvernemeut d'Arkhangel. De Hambourg, l'épidémie s'élance brusquement à Stinderlaod, dans l'Archipel Britannique: Londres, Liverpool, Edimbourg, Glascovr, Dublin et Cork sont les principaux théâtres de ses ravages. Du Royaume-Uni , l'inexplicable fléau vitut subitement éclater dans la capitale de la France, d'où il se propage à travers les départeroens, en suivant le cours des fleuves, et franchissant l'Atlantique il annonce déjà ses lavages dans le Nouveau-Monde par les nombreuses victimes qu'il frappe dans la capëtale du Ras-Canada. Au moyen âge, une épidémie aussi épouvantable eût suspendn toutrs les relations de peuple à peuple, toutes les affections de famille; mais dans l'état actuel de la civilisation et de la médecine, les nation» de l'Europe n'ont connu qu'une partie des horreurs de la peste noire ; et si des populations ont été décimées, au moins l'humanité n'a point à rougir; les secours et les consolations n'ont pas manqué aux mourans. L'Europe doit ces avantages inappréciables à d'illustres médecins. Nous nous bornerons à nommer les Markus, les Rauch, les Dyrsen, les Langh, etc., etc., en Russie; les Stifft, les Gunihntr, les Czermak , les Vivenot, etc. , etc. , en Autriche ; les Piefjenbach , les Otto, etc., etc., eu Prusse; en France, nous ue nommerons personne, car il faudrait nommer toute la Faculté. Eclairés par ces savaus, les gouvernemens et les peuples ont repoussé toute crainte de contagion : les nations n'ont pas élevé entre elles d'infranchissables barrières; les mères n'ont point abandonné leurs enfans, les épouses leurs maris; et les citoyens épargués par ce terrible fléau . en vaquant comme à l'ordinaire à leurs occupations et prenant part aux plaisirs iuuoccns d'une civilisation avancée, trouvèrent dans les unes et dans les autres de puissantes ressources et ces diversions, dont le manque absolu aggrava si cruellement la triste condition de nos ancêtres.

Dans la résidence de Hemban g , si importante par ses belles et vastes forêts de jattie et par ses nombreux chantiers, nous nommerons : Rems abc, petite ville, commerçante, avec une des meilleures rades de l'Ile , de beaux chantiers; elle possède 17 navires, dont 5 mesurent plus de 3oo tonueaux.

Dans la rés idence de Grissé : Gbissk, assez jolie petite ville, commerçante; 26 navires caboteurs, la plupart d'une assex grande capacité, y sont la propriété de plusieurs maisons arabes fort riches. Elle possède une bonne école primaire et est la retraite que choisissent de préférence les familles européennes, dont les chefs se sont retirés dn service ou du commerce.

Daus la résidence de Soura baya, qui est une des plus peuplées et des plus florissantes par l'activité agricole et commerçante de ses habitaus : Socbabaya, située à l'embouchure du Kediri dit aussi Soura baya; c'est après Batavia la ville la plus peuplée, la plus commerçante et la plus florissante de Java. Sa rade est aussi belle que sûre. On y remarque uu bel arsenal maritime, de beaux cftantiers, la monnaie pour frapper le cuivre, uue fonderie de boulets , une école primaire comparable à celles de Weltevredeti et Samarang. Elle est le siège d'un conseil de justice dont le ressort embrasse toutes les résidences orientales de Java , et le chef-lieu de la division militaire qui comprend ces eaètm> provinces. Ou estime à 5o,ooo le nombre de ses habitans.

C'est au milieu des immenses forêts de tek , qui couvrent la partie occidentale de cette province, qu'était située Maojapahit, l'antique capitale des Javanais, dans les tetnr*. florissansde leur empire. Ses ruines sont éparses sur un espace de plusieurs milles le lonç du Kediri ; plusieurs temples eu briques et les débris des portes subsistent encore. Depuis l'emplacement de eelte ville célèbre, dit M. Walckenaer, jusqu'à Po bol m go vers l'est, ou aperçoit à chaque pas diverses constructions anciennes en briques. Il est dilCrt* de bien détermiuer l'étendue de Madjapahit , parce que le sol est actuellement recouvrit d'arbres de tek d'une hauteur prodigieuse; mais les murs de son étang, bâtis en briques miles, subsistent encore ; ils ont 1,000 pieds de long sur 1 a de hauteur. Dans un village adjacent , nommé T rangw oui an f on voit le magnifique mausolée d'un prince maha- ■uélau, avec les tombeaux de la priucesse sa femme et de sa nourrice; il porte la dair

de x 3ao sculptée eu relief et en anciens caractères mahométans; tout à côté sont les tombes de neuf autres chefs. Tous ces monumens sont religieusement gardés par des prêtres. Dans le district de Djapan et dans une des parties les moins accessibles d'une immense forêt de tek, on voit les ruines de Mbhdaug-Kamoulai» , aussi ville ancienne, célèbre dans les annales de Java.

Daus la résidence de P as tarouang : Passa rouakg , gros bourg de Javanais, où s'étaient autrefois établies plusieurs familles européennes , dont les descendans y demeurent eucore et contribuent à rendre ce lieu un séjour assez anime. « Dans le district de Gratté se trouve, dit M. le comte de Hogendorp, le lac Rakou, remarquable par la douceur des crocodiles qui l'habitent , et qui vivent, à ce que l'on assure , pacifiquement avee les Javanais, demeurant daus le voisinage. Ces derniers ne craignent point de s'y baigner habituellement, tandis que des indiques étrangers au canton, en s'y baignant, ont souvent payé de leur vie cette témérité. Les étrangers qui visitent cette partie de Java, ajoute cet estimable auteur, ne manquent pas d'aller voir ce lac , et les habitans de Gratté s'empressent de leur procurer un genre de spectacle assez extraordinaire et dont on peut jouir sans danger, en se rendant daus un petit pavillou placé au-dessus de l'eau à une cinquantaine de pieds du rivage. Les acteurs se jettent en foule dans le lac , en poussant devant eux un petit radeau sur lequel ils ont attaché quelques poules : ils appellent à grands cris les crocodiles, que l'on voit s'avancer vers le déjeuner qui leur est offert, sa us paraître teu tés d'attaquer les nageurs, qui retournent paisiblement à terre. »

Dans le district de Malang sont les célèbres ruiues de Siwga-sart. Ou y voit, dit M. Walckenaer, un tcliandi , ou temple , dout la principale entrée à l'ouest a 3o pieds de hauteur, et au-dessus de laquelle est sculptée une téte énorme de Gorgone; il y a d'autres sculptures à l'entour de l'édifice; elles ont été mutilées; on en a trouvé d'intactes en s'avancant dans la forêt , eutre autres une d'un taureau nandi. Celte statue a 5 pieds de long. On a vu aussi contre un arbre une magnifique statue avec quatre tètes ; une autre de Mahadewa, avec son trident , accompagnée d'une inscriplion en caractères devauagari; un souria , ou char du soleil avec ses sept chevaux, qui ont leurs queues rejetées en arrière , et dans l'altitude d'une course rapide. A 5o toises de là est une superbe statue colossale de Ganesa , avec sa trompe d'éléphant , ses gros bras et ses jambes énormes. Celte figure parait avoir été primitivement placée sur une plate-forme ou dans un temple, car tout à l'entouron Toit une quantité considérable de pierres; enfin , en s'avancant encore un peu plus dans le bois , on trouve deux de ces statues colossales, qui représeutent desgardieus ou portiers placés ordinairement à l'eutrée des temples; ces figures, taillées dans un seul bloc de pierre, avaient la pieds de haut quoiqu'elles fussent assises. En se dirigeant au sud par Malang, on arrive aux ruines de Sourrr-ouRAxc , connues sous le nom Kotali- ftedah , ou le Fort démoli ; c'est là que se retirèrent les habitans de Madjapahit après la ruine de leur ville. A sept milles anglais au sud-est de Malang on trouve encore d'auires ruines. A Kedal sont les* restes d'un magnifique temple en pierres ; il est sur la limite de la forêt ; quatre fions sculptes soutiennent la corniche, et il y en a deux autres à l'entrée. A Djagow, et dans l'intérieur de la forêt , sont d'autres ruines plus considérables; Védifice principal est un des plus grands de tous ceux dont les ruines sont éparses dans cette partie de l'île; on y a trouvé une statue de divinité indoue, dont la têle avait été enlevée par un résident hollandais; au dos de cette statue est une inscription antique en caractères devauagari. L'édifice a trois étages , et les intervalles de chacun sont ornés de bas-reliefs représentant des batailles, entremêlés de figures d'oiseaux et d'autres animaux. Toutes ces ruines, dit M. Walckenaer eu citant Raffles, sont les restes de l'antique tille de Doegelaxd , dont il est souvent fait meution dans l'histoire des Javanais.

Les résidences de Djocjocarta et deSouracarta sont régies immédiatement par des princes javanais, qui sont les descendans des empereurs de Ma tara m, si puissans vers la fin du xve siècle, lorsqu'ils dominaient sur presque toute l'île de Java; mais leurs possessions sont tellemeut enclavées les unes dans les autres qu'on ne saurait indiquer avec précision les pays qui appartiennent à chacun d'eux. C'est vers le milieu du siècle passé, à la suite de la guerre termiuée en 17 55, que la Compagnie Hollandaise des Indes-Orientales partagea I'enfire de Matera* (Mataren) entre f empereur de Mata.

ram ou Sousounan , et le sukan de Djocjocarta. Dans cette circonstance, la Compagnie, pour se ménager des partisans, établit à chacune de ces deux cours une branche de princes apanages , avec le titre de pangerang ; et en les dotant richement , elle les plaça daus une position indépendante du prince régnant. Les événement prouvèrent 1* habileté de celt** manœuvre : car, dam les derniers troubles qui ont agité et agitent encore cette l*rlie de l'île, ce sont les pangérans Manko-Nogoro. conuus auparavant sous le nom de Prang Wedono, à Souracarta, et Pakou-Alam, à Djocjocarta, qui se sont signalés par Jear dévoùmeut au gouvernement hollandais. Selon Raffles, la surface réunie de ces deux états vassaux et actuellement dépendant du gouverneur-général, est de n,3oo millet carrés anglais, el leur population de 1,657,934 Ames , dont 972,717 vivaient dans les état* du sousounan ou empereur de Souracarta, et 685,207 dans ceux du sultan de Djocjocarta. Cette partie de Java , où s'élèvent le Merbabou, le Sindoro, et WSoumhing, regardés comme les plus hautes montagnes de l'île , et où l'on trouve ses plaines les plus belles et les plus fertiles, e>l aussi celle qui doit iuspirer le plus d'intérêt par les ruines d'anciennes ville*, par les débris d'une foule de monumens de tous genres, qui nous révèlent la gloire et la puissance d'un peuple, dont l'histoire nous a été jusqu'ici inconnue, et dont les mœurs et les usages, ici plus qu'ailleurs, ont conservé leur caractère national. Malheureusement pour le géographe, la topographie en est encore très peu counue , mais le savant ouvrage de Raffles, si bien analysé par M. le baron de Walckenaer. dan* son Monde-Maritime, a jeté tant de lumières sur les importantes antiquités qui attestent sou ancienne splendeur, que nous croyons devoir sortir un peu de notre cadre, pour faire connaître au lecteur ces merveilles, après lui avoir indiqué ses deux capitale* modernes qui, malgré leur forte population, n'offrent rien de remarquable. Quant aux antiquités , notre tâche sera de résumer le beau et savant travail de M. de WaldLenaer.

Soc a a c a a ta , grande ville, asseï bien bâtie à la manière des Javanais; le crut tan on palais impérial, où réside le sousounan, est très grand et se compose d'une foule de batimens ditféreus. Le quarlier habité par les Européens est bien construit el détendu par uu fort, où il y a toujours une garnison hollandaise. En 181 5 on estimait vaguement à 10 5, 000 âme» la population de cette ville, qui est plutôt un assemblage de nombreux villages qu'une ville proprement dite dans le sens que l'on donne à ce mot en Europe. djocjocarta, autre grande ville, située au sud-ouest de la précédente, à environ i5 milles anglais de l'Océan. C'est la résidence du sultan de Djocjocarta , descendant du rebelle Mancobumi, reconnu comme prince indépendant de l'empereur par les Hol landais en 1758. M. Ilamilion estime à 100,000 âmes sa population pour l'année 18 1 5. Sa construction ressemble à celle de Souracarta.

Voici les monumens les plus remarquables qu'on a découverts depuis le commencement du xixe siècle : A Brambarav, village dans la province de Matareno, entre Souracarta et Djocjocarta, on voit plusieurs temples rainés, dont il reste encore debout une partie des murailles et plusieurs colonnes. Dans les ruines du temple de Koboadalam , on voit deux statues colossale! , renversées et en partie rompues , représentant les deux gardiens du tchandi ou temple. Les tchandi de Loro - Djong rang se coraj>osaieut de vingt édifices différens, tous avec des enceintes et des entrées particulières ; le plus grand avait 90 pieds anglais de hauteur. Sur le frontispice de la porte d'entrée on a trouvé la stass* de Loro Djongrang , de 6 pieds de haut ; selon Raffles c'est la même divinité que Baltawani , la même que Devi ou Dourga do l'Indoustan; elle a sous ses pieds an Uiitlr et est pourvue de huit ou dix bras; elle saisit le vice par les cheveux et le terrasse ; les autres parties du temple renferment des statues de Gants a , de Cldva et d'autres divinités iudoues. Toutes ces immenses constructions sont en pierres de taille, sans mortier ni ciment ; cl les plantes qui ont poussé au milieu de leurs débris les couronnent de verdure , les couvrent de leur ombrage et leur prêtent des beautés pittoresques, qui a jouirai à leur aspect vénérable. A 420 toises au nord-est du temple de Loro-Djongrang 00 trouve les Tchandi-Siwou (Mille-Temples). Il est impossible de coulempler un plus grd»d nombre de colonnes, de statues, de bas-reliefs entassés sur un même terrein ; tout esi terminé et poli avec une perfection extraordinaire , et tous ces monumens prouvent beaucoup d'art, d'iuvention , uu goût pur et très exercé. Ici les statues des gardiens on portiers du temple ont 9 pieds de hauteur , quoique agenouillées ; leurs grosses facer. ont

DESCRIPTION DE L'OCÉANIF..

une expression de gailé qu'on ne retrouve pas dans les autres moouniens de l'île , ni dans ' ceux de l'Indoustan. Chacun de ces temples forme un parallélogramme qui a environ 5*o pieds anglais de long sur 5 10 de large; ils sont à-peu-près tous, construits sur le même plan, et le style de l'architecture , les costumes et les emblèmes des statues et des l»s*reliefs qui les ornent , sont en tout semblables à ceux des temples tudous ; tous sont exactement orientés, et leurs plus grands côtés fout face à l'urieut et à l'occident. La distribution intérieure, comme dans^lVs temples de Loro-Djongrang , est en forme de croix , et la plus grande de toutes les salles se trouve de même placée au centre. A Kali- Beniko , village situé sur le chemin de Brambanan à Djocjocarta, ou rencontre les restes d'un temple semblable à ceux de Tchandi-Siwou et de Loro-Djongrang; mais les orne» mens y sont exécutés encore avec plus d'art et d'habileté.

La mostagxe ns Gouwoao-btKHG (Gounong-Prahou), située au nord-ouest du mont Sindoro sur la limite des possessions javanaises et de la résidence de Pekalongau , offre des antiquités très remarquables. Cette contrée, selon les antiques traditions des Javanais , a été le séjour des dieux ; c'est l'ancien Pays d'Astina ; c'est là que demeuraient Ardjouna , Gatoutkatelia , Bima et tant d'autres dont les aventures sont racontées daus le Brata-Youdha ou le poème de la guerre des Pandous ; c'est là , en un mot , qu'est la Terre- Sainte des Javanais. Sur un plateau élevé de 600 pieds au-dessus du niveau des plaines environnantes et de 1,000 pieds au-dessus de la surface de la mer, on trouve les débris de plusieurs temples, des statues d'idoles et d'autres sculptures; l'espace nous manque pour pouvoir les décrire. On gravit sur ce plateau à l'aide de marches en pierres , entièrement bouleversées et presque ensevelies sous des amas de laves et de produits volcaniques, témoignages certains des éruptions volcaniques qui ont eu lieu depuis la construction de ces antiques édifices. Au milieu de cette plaine élevée» on voit encore quatre temples mieux conservés que les autres , et dont l'architecture est très élégante. On y a découvert plus tard les ruines de 400 temples différais, rangés de manière à former entre eux des rues ou des roules fort larges , qui se coupaient à angles droits.

A l'autre extrémité des possessions de ces princes vassaux , à l'est de la rivière Solo, on trouve une foule de ruines monumentales paiticulièrement dans le< districts de Ma- UYtm, Kirta*ai»a, Kediri et St»eWat. A Kediri on voit un temple mahométan , nommé Astana-Df>edongt qui montre d'après la régularité de sa structure, le poli et l'élégance des matériaux dont il se compose, qu'il a évidemment été construit avec les débris d'anciens tchandis javanais. Les fondemens des maisons, les restes de murs et d'édifices qu'on trouve encore dans celte ville , prouvent que tous les anciens monumens ont été détruits et abattus exprès, et même avec beaucoup de travail et de peine, lors de l'introduction de l'islamisme. Toutes ces ruines sont des restes de l'antique ville de Dara , dont il est souvent fait mention daus les annale» jatauaises. Au pied de la colline de A l o t o c k , qui est une prolongation du mont Willis , à 1 milles anglais à l'ouest de Kediri , sont des chambres creusées dans le roc vif, ornées de statues, de bas-reliefs et de sculptures. A Sentait/, à l'est de Kediri , ou voit au milieu d uue antique forêt un petit édifice construit avec uue rare élégance ; les entablatures des murs qui l'environnent sont ornées dans l'intérieur par des sculptures finies avec le plus graud soin : au sommet de l'édifice est un réservoir d'eau d'une assez grande dimension , et sous ses fondations ou a creusé une chapelle souterraine; il parait avoir été un tombeau. Aux environs de Gidah, village peu éloigne de celui de Blitar, est un temple en brique , dont les ornemens sont en pierre; la construction et les sculptures sont exécutées avec une surprenante habileté. Eu s avançant vers le nord-est un contemple les antiquités de Penataran , rangées parmi les plus considérables et les plus curieuses de Java. Le plan de ces édifices démontre qu'ils étaient destinés à des usages pieux et à l'habitation d'un assez grand nombre d'individus ; ils occupent un espace de forme obiougue, qui se trouvait partagé en trois parties distinctes et entouré d'un mur extérieur ; l'entrée principale est gardée pur deux statues colossales. Une figure de Retclia, à quatre visages, supérieurement Unie, est placée dans un petit temple, qui par la grâce , la multitude et le poli des ornemens , paraît surpasser eucore tous ceux dout nous avons parlé.

A environ 20 milles géographiques à l'est de Souracarta , et dans le voisinage du village de Sovxov , on voit d'intéressantes ruines sur une des collines qui entourent la

hase du majestueux mont Lawou. Une des constructions principales consiste en une pyramide tronquée , qui s'élève sur le sommet de trois terrasses superposées les unes audessus des autres} il y a des obélisques, des colonnes et des sculptures en partie reutersécs , près de cette pyramide. La longueur des terrasses est d'environ 1 57 pieds ; la première a 80 pieds de hauteur, la seconde 3o et la troisième r3o pieds; la porte d'entrée de ce temple est aussi eu pyramide; eufin les figures sculptées et les bas-reliefs que Ton y voit , ressemblent à ceux qu'on a trouvés en Egypte. C'est un monstre qui dévore un enfant et qui nous rappelle le cruel Typhon ; c'est un chien qui nous fait ressouvenir du dieu Anubis; c'est une grue qui ressemble beaucoup à l'ibis sculpté si fréquemment sur les mouumens égyptiens; c'est le palmier, le pigeon, lepervicr, le serpent, symbole» communs de l'antique Egypte. Il est remarquable aussi que ce temple est parfaitement orienté. On voit parmi ces ruines une statue gigantesque d'homme , avec des bras ailés comme des chauve-souris , et souvent la même ligure se trouve sculptée en bav-rcitef avec quelques variations. Dans d'autres endroits sont des statues avec un trident a chaque main ; d'autres avec des massues ; une autre avec un phallus de six pieds de longueur , sur lequel se trouve une longue inscription. Toutes ces sculptures sont travaillées avec inoins d'art, et moins bien exécutées que celles de Boro-Bodo, de Malang ou de Branhanan, décrites aux pages ia43 , ii^5 et 1246; elles nppartieuuent évidemment à une autre époque. Il n'existe à cet égard aucune tradition dans le pays , mais deux inscription* découvertes parmi ces ruines portent les dates de 1 36 1 et de 1 36a.

ILES qui dépendent géographiqueroent de JAVA. En négligeant une foule d'ilols peu imporlaus, ces iles se réduisent aux suivantes tMadura, qui forme une des vingt régences de Java ; sou territoire est partagé entre trois princes iudigènes, qui gouvernent , sous la suzeraineté des Hollandais , les trois districts de Bangkalan , de Pamakamm , et de Sumanap. Le panumbahan , ou prince de Sumanap, a été élevé à la dignité de sultan, en iKa5, par le gouverneur-général Van der Caprlleu, en récompense des services èminens qu'il avait rendus au gouvernement hollandais. Baiigk.ai.an, Pamakas&aji el SuMAX&r , trois petites villes, sont les résidences de ces trois princes iudigènes.

L'ile de J3aiit dite aussi Pet ite- Java, divisée en huit petits royaumes indépendans, dont les principaux sont les suivans : Carrang-assem (Karang-Assem), qui est le plus puissant , et dont dépend l'île de Lombock; Giangur, qui vient après lui pour la puissance ; Tabanan , BleUing (Bliling) et Kloug-klvug ;cc dernier dominait jadis sur toute l'ile; leurs chefs- lieux respectifs portent le même uom. Il y a sur la côte sud, à Badongt une baie ouverte , où mouillent les navires hollandais. BaU est une des parties les plus peuplées et les plus intéressantes de rOcéauie , par la belle race d'hommes qui l'habite, doiil In reiigiou et les institutions furent autrefois celles de U plus grande partie de la Malaisie civilisée.

L'ile de Lombock , régie par un radjah tributaire de celui de Garrang- Assem ; ses babitaussont très civilisés et bons agriculteurs; le priuce réside dans la petite ville de Matar.au, située sur le détroit de Lombock. EnOn I'Ilb ou Priuce et autres iies moins étendues dans le détroit de la Sonde.

Archipel de Sumbava- Timor.

Nous proposons de réunir sous cette dénomination plusieurs îles, don: les suivantes sont les principales :

SUMBAVA (Sumbauwa , Sumbhawa) divisée en plusieurs petits royaumes dont les pnacipaux sont : Bissa, Do m 1*0, Sumbava , Tossaoao, Perat et Saxgar. Celui de Rima , qp» occupe sou extrémité orientale, est de beaucoup le plus puissant, et exerce une espèce «*e suzeraineté, non-seulement sur presque tous les autres, mais il domine aussi sur l'ile «k Mangçaray, et sur la partie occidentale de celle de Flores. Bima, petite ville avec un boa port, est la résideuce du sultau, qui est vassal lui-même des Hollandais. Le volcan Tombe** dans le petit royaume de ce nom , jouit d une funeste célébrité, surtout depuis la terrible éruption de 181 5 qui fit périr un cinquième de la population de ce canton. MANGOi- RA.Y (Magary , Comodo), petite ile dépendante du sultan de Bima ; elle est placée «ht Bima el Flores.

DESCRIPTION DE L'OCÉAME.

FLOUES ( Ende, OEnde , Floresfica , Floris, Grand-Solor ou Manggaray ). La partie occidentale dépend du sultan de Bima ; tout le reste de Pile paraît divisé entre plusieurs petits souverains indépendant. Quelques-uns de ces derniers étaient naguère vassaux du gouverneur portugais résidant à La m h tous, a (Larantuca), dans l'extrémité orientale ; mais ou peut regarder aujourd'hui cet établissement comme abandonné par cette nation. Un beau port sur la cote méridionale de cette île, appartient à une colonie de Bouguis, qui refusent de reconnaître la suzeraineté des Hollandais, tiennent ensuite les îles SOLOR (Petit Solor) , divisée entre plusieurs radjahs qui paraissent indépendant, mais que les Portugais regardent comme leurs vassaux , ainsi que celui d'Adinara. SABRAO (Adenara, Adinara); régie par un radjah qui réside à Amstara. LOMKLEM, divisée entre plusieurs radjahs qui semblent être tout-à-fait indépendans. PANTER et OMBAY, habitées par des peuplades guerrières, barbares et roénu» anthropophages.

TIMOR. C'est la plus grande de tout ce groupe : elle est partagée entre 63 petits royaumes , presque tous vassaux des Portugais ou des Hollandais. Ceux que possèdent les tribus des Bellos sont vassaux des premiers ; ceux qui sont peuplés par les tribus des Vaikenos reconnaissent la suprématie des Hollandais.

Di lt.r (Diely), petite ville d'environ aooo habitans, avec un port sur la côte norJ • est, est le résideuce du gouverneur portugais. Luxa , sur la côte méridionale du pays des Bellos, et Samoro, dans le centre, sont les deux chefs-lieux des royaumes de ce nom , regardés comme les plus puissans de cette division.

Coofavg, dans la partie méridionale de la superbe baie de ce nom, avec un port que les Hollandais ont déclaré franc pour faire tort à la colonie anglaise du Port-RafHVs dans l'Australie C'est dans le fort Concordia que demeure le résident hollandais, dont reléveut les postes de Solor, Savou , Rotti, Simao, e! les petits royaumes des Vaïkcnos vassaux.

Nous citerons parmi les états des Vaikenos, le royaume nx Vxalr , qui, selon M. de Freycinet, est le plus puissant; celui de Coupa vo, sur le territoire duquel se trouve la ville de ce nom; le roi réside sur l'île Simao dont il est le souverain; le royaumt. d'Amahouraxo, dont le roitelet prend le litre pompeux d'empereur : en i8?o * à la tête de aooo cavaliers, il osa combattre les Hollandais pour soutenir son indépendance. Dans l'intérieur de l'île, il y a quelques chefs qui sont entièrement iudépeudans.

On doit aussi nommer les îles suivantes d'une petite étendue et situées dans le voisinage de Timor, savoir: SIMAO, dépendante du radjah ou roi de Coupang; on y admire un arbre d'une grandeur extraordinaire; ROTTI (Rottie), divisée entre 1 5 radjahs vassaux des Hollandais; celui de Termano est le plus puissant; DAO, très petite Ile, renommée dans tout ce groupe pour les beaux bijoux en or et pierres précieuses travaillés par ses orfèvres; SAVOU, partagée entre 4 radjahs vassaux des Hollandais.

Enfin l'île de SU MBA (Tchindaua, Sandelbosch, Sanddlwood, etc., etc.), une des plus grandes de ce groupe; elle est partagée entre plusieurs chefs, qui depuis une trentaine d'années ont secoué le joug des Hollandais.

Archipel des Moluques.

Ce vaste Archipel se compose d'un grand nombre d'îles presque toutes dépendantes soit médiatement soit immédiatement des Hollandais. Nous proposons de réunir toutes ces îles dans les trots groupes sutvans :

GROUPE D'AMBOINE. C'est le principal sous le rapport politique ot administratif , puisqu'il comprend l'île de ce nom , où réside le gouverneur général dont relèvent nonseulement toutes les îles de ce groupe soumises aux Hollandais, mais même l'extrémité orientale de la péninsule septentrionale de Celebes, où se trouvent les élablissemem de Maria Jo et de Coronlalo.

Le groupe d'Amboiue se compose de onie îles, dont voici les principales: Amboin r (Amboynaou Amboun), petite, mais très importante sous le rapport politique. C'est le centre de la précieuse culture des girofliers. Ce précieux végétal est actuellement cultive dans les districts à'Amboinc, de Harouko, de Larique, de Sapa roua et de £tit a. Ils sont subdivisés en cantons placés sous la surveillance de chefs natifs, ayant le

ARRÉGÉ DR GÉOGRAPHIE.

titre de raJjaJu ou pattis, mais plus généralement connus sons celui de à'Orang Kaija. Daus ces cantons, les parcs ou jardins, nommé» en malais tanah dati , con tenant un certain nombre de girofliers, se trouvent sous la garde des chefs subalternes , nommés orang touak (anciens); ceux-ci dirigent toutes les plantations, l'entretien des parcs et la récolte des fruits. Cette dernière, qui se fait vers le milieu du mois d'octobre et dure souvent deux ou trois mois, peut être estimée, anuée moyenne, à a5oou 3oo,ooo livres du clous de giro/le. La récolte de 1819 et 1830 a dépassé de beaucoup celte quantité , mais celle de 1821 n'a pas atteint 100,000 livres. Ou assure que le produit moyen d'un giroflier *'4tee a 5 ou 6 livres de clous, quoique l'ou en voie donner jusqu'à a5 livres. Amboike , au fond d'une baie profonde, qui divise l'île en deux presqu'îles, celle à'hùou et celle de Ler t'unor. C'est une petite ville, régulièrement bâtie, avec plusieurs rues larges et litières, et des maisous en briques d'une propreté toute hollandaise. Elle est assez marchande, et la résidence du gouverneur général des Moluques. On y remarque les bazars , les marchés, le campong chinois, VhôteL-de-vilie , Y hôpital, les deux église* chrélien ues, le jardin et dans les environs la maison de campagne du gouverneur, à Batou-Gaija. Le Fort Viltoria , bâti par les Portugais, est encore en bon état. Sa population peut s'élever à 7,000 âmes.

Uarouko (Haroeko), Alanipa, Saparoua (Saparoca) et Nusta-Laut sont quatre îlots soumis immédiatement aux Hollandais.

Ce ra m (Siraug) , la plus grande de toutes les Moluques aptes Gilolo ; elle est partager entre plusieurs chefs , dont ceux de la partie occidentale relèveut du résident d'Am- Ixûne , et ceux de la partie orientale du résident de Banda. Une portion considérable de l'île dépend immédiatement du sullan deCeram, vassal des Hollandais. Pour mettre un terme aux pirateries auxquelles les habitans de ces contrées se livrent si volontiers , Je gouvernement, en x8a5 , a accordé une pension au nouveau sultan de Ceram , Radja Djilolo, et l'a placé sur un point de la côte septentrionale, où l'on a construit une redoute et placé une garnison ; cette mesure a déjà produit des résultais très favorables au commerce. Plusieurs chefs dans l'intérieur sout toul-à-fait indépeudau*. et les peuplades qu'ils régissent sont féroces, barbares et belliqueuses; Saway (Sawa) et Waoc jiaraiv sent ses ports principaux. Les Hollandais ont établi dernièrement un poste à Axiusro , près de Saway.

Bourou (Booroo) , une des plus grandes de ce groupe. Cajcli est soo port principal , où réside dans un petit fort le gouverneur ou sous-résident hollandais. Bourou est par tagée entre plusieurs chefs presque tous indépendant.

Goram, petite île , remarquable comme un des points les plus avancés vers l'Orient, où ait été portée la religion de Mahomet. Voyez à la page ta n.

GROUPE DEBANDA, formé par un grand nombre d'îles toutes dépendantes plu» ou moins du résident hollandais qui réside à Nassau. Nous conserverons les divisions doo uées par les plus célèbres géographes de l'Allemagne, qui distinguent dans ce groupe les trois divisions suivantes :

Groupe db Barda, proprement dit, compocé de dix îlots, tous plus ou moins malsains et sujets à de fréquens et terribles treroblemeits de terre. Parmi ces îlots ceux de Dan da , de Lo n t h oir et de A ij (Poulou-Aij) sont très importans en ce qu'ils sont exclusivement réservés à la culture du muscadier, devenu pour ce groupe ce que le giroflier est pour celui d'Amboine. La manière dont se (ait la culture du muscadier dans ces îles diffère entièrement de celle du giroflier à Amboine; elle a plutôt quelque ressemblance avec ieproeexie employé daus les colonies des Antilles, où ce travail est fait par les esclaves. Depuis la soo mission de Banda-Neira et de Lontboir. en 16a t , et la destruction entière de leurs habi tans, des cotons européens ont été établis dans ces îlots et ïe sol a été partagé entre eux sous de certaines restrictions, dont la principale était la livraison exclusive des épiceries à la Compagnie Hollandaise, pour un prix fixe. A cette époque, il y avait à PouIou-Ajj 3i parcs, à Lonthoir 34 et à Neira 3 parcs, chacun de a 5 âmes de terre (zielen landV. Par la réunion de quelques-uns de ces parcs, il ne s'en trouve plus aujourd'hui que »5 à Lonthoir, 6 à Poulou-Aij et 3 à Neira. On prétend que cette singulière dénomination fut donnée à la quantité d'arbres qu'un esclave était censé pouvoir entretenir, en ai van: égard à la différence des terres plus ou moins avantageusement situées. Depuis la c*->sa-

tion de la traite, le gouvernement a envoyé à Banda les indigènes condamnés par les tribunaux compélens à un bannissement pour un loug terme , afin de donner aux perkeniers (colons propriétaires) , le moyen de les engager et de les faire travailler dans leurs parcs à la place des esclaves, qu'ils ne peuvent plus se procurer. On calcule le produit annuel , moyen d'un arbre, i 5 ou 6 livres de noix; il en est cependant qui eu donnent jusqu'à i5 et ao livres. Quoique le muscadier porte des fruits pendant la majeure partie de Tannée , la grande récolte se fait en août , et une seconde en novembre et décembre. La récolte moyenne annuelle de ce groupe est estimée à 5oo,ooo livres de noix muscade et i5o,ooo livres de macis. Ce dernier n'est pas, dit M. le comte de Hngcndorp, comme quelques personnes le croient encore, la fleur du muscadier, mais l'enveloppe iuterne de la noix; elle se trouve comme uu tissu entre celle-ci et le brou ou écorce verte extérieure. Voici les îles principales du groupe de Banda :

Banda (Banda-Neira, Neira) est la plus grande du groupe; on y trouve Nassau , petite ville d'environ 1,000 habitat» , on demeure le résident ou gouverneur hollandais. Les forts Belgicael Nassau protègent avec celui de Holiandia, situé sur l'île de I.oolhoir, Ventrée de la baie superbe formée par ces deux îlots et celui de Gounong-Api; mais leurs fortifications exigent des réparations considérables.

LontUoir et Poulou-Aij, dont nous avons déjà signalé l'importance agricole malgré leur petite étendue. Gounong-Api (montagne de feu), remarquable par la terrible activité de son petit volcan.

Chaîne nu sud-ouest, composée de plusieurs îles, régies par des chefs vassaux des Hollandais. Les priucipales sont: Letti; Moat une des plus grandes; Lackar; Sermatta ; Kissir, habitée par une population féroce, au milieu de laquelle se trouve un poste hollandais ; Wettcr, la plus grande de la chaîne, mais mal peuplée. Nous remarquerons que sous le rapport géographique cette chaîne devrait faire partie de l'archipel Sumba va-Timor, décrit aux pages ia48 et ti4o.

Chaîne du scn-BST,dont presque toutes les îles sont également régies par des chefs vassaux des Hollandais. Les îles principales sont : la Grande- Key, où se trouve El/, gros village. On y fait un grand commerce alimenté par les Bouguis. La a rat; Timorlaut, la plus grande de tout le groupe de Banda et habitée par des tribus pacifiques.

GROUPE DES MOLUQUES proprement dites qu'il vaudrait mieux nommer groupe de Gilolo, à cause de l'île de ce nom, qui en est la plus grande terre. Ce groupe comprend 1 3 îles priucipales et un grand nombre de moindre étendue. Nous ne citerons que les plus importantes.

Gilolo (Almaheira, Halamahera). Cest la plus grande de toutes les Moluques; ses découpures offrent la répétition sur une plus petite échelle des quatre péninsules de l'île Celebes. La partie centrale de Gilolo est régie par plusieurs chefs iudépeudans. Gilolo dans la partie moyenne , Bit jolie dans la partie soumise au sultan de Ternate, et Galela dans celle dépendante du sultan dcTidor, paraissent les lieux les plus remarquables. A Bitjolie et à Galela depuis 1824 ou a établi des gouverneurs hollandais ou sous-résidens.

Te ma te , très petite, mai» remarquable par son haut pic volcanique et plus encore parce qu'elle possède la capitale du rovaume le plus ancien de toute la partie orientale de la Malaisie. Ses rois, dans les xiv* et xva siècles, ont dominé sur presqtie toutes les îles du vaste archipel des Moluques. Réduit à la conditiou de vassal des Hollandais , le sultan de Ternate est encore un des principaux princes de ces contrées , puisqu'il étend sa domination sur une partie des îles Gilolo et Celebes et sur celle de Morlay. Ternate , petite ville d'environ 5,ooo habitans , en est la capitale ; elle est jolie et assez bien bâtie, en forme d'amphithéâtre sur le bord de la mer. Comme le sol s'élève rapidement, on peut, en ^'avançant à quelques milles dans l'intérieur, se trouver à une hauteur assez considérable et y jouir de l'air si pur des montagnes, ainsi que d'une température presque pareille à celle des contrées de l'Europe. Le dalem ou palais du sultan , dit M. de Hogendorp, est aussi vaste que magnifique; il est bâti entre la ville de Ternate et le fort Orange. Un résident ou gouverneur hollandais réside dans cette ville , où l'on a établi aussi un conseil de justice ou cour de justice civile et criminelle. Sous l'administration de la Compagnie, rétablissement de Ternate était considéré comme fort ira-

portant pour le maintien du commerce exclusif des épiceries des Moluques. M. le baron Van der Capellen a mis fin en 1824 au monopole par lequel la Compagnie faisait arracher et détruire à grands frais , souvent les armes à la main , tous les muscadiers et girofliers, au-delà du nombre nécessaire pour produire la quantité d'épices qn elle pou u il vendre. Pour exécuter nue pareille dévastation , la Compagnie a dû commettre bien des violences, entretenir des garnisons coûteuses, l>âtir des forts, payer des pensions a as princes, enfin se priver de tous les autres revenus de ce pays. Encore, dit M. le comte d'Hogendorp , si ce* résultats avaient assuré des béuéfiees considérables ! mais jamais die n'a pu vendre, année commune en Europe, pour plus de deux millions de florins de clous de girofle, de noix de muscade et de macis, tandis que pour les obtenir elle dépensait souvent plus de trois millions , tout eu ruinant ces belles contrées dout elle aurait pu retirer d'immenses avantages >ous une bonne administration. Non content d'avoir fait cesser ce système qui a valu taut de justes reproches aux Hollandais, cet administrateur habile et philanthrope a encouragé la culture des épices en fixant des prix très raisonnables paur les clous de girofle, le macis et le* noix muscades, que les habitons livreront au gouvernement, savoir : à 1 o sous hollandais par livre de clous, 1 1 sous par livre de macis et 8 sous pnur la même quantité de muscades. On doit ajouter que rétablissement de Tcruateest de la plus haute importance pour la Hollande, non-seulement pour son commerce eu général dans la Malaisie, mais aussi comme point militaire propre à la défense de ses possessions lointaines.

TiJor, plus petite que la précédente , mais encore mieux peuplée et également remarquable par nui pic élevé. Sa capitale est Tidor , petite ville à laquelle on accorde prés de 5, 000 habitans; c'est la résidence du sultan de ce nom , vassal des Hollandais. L'ilc Mysol, une partie de Gilolo et de la côte septentrionale de la Papouasie (Nouvelle. Guiuée), ainsi que les îles des Papouas, dont SaJIwatty et "Waigiou sont les princU pales , dépendent de ce prince.

Mo tir et Ma te hait (Mankian ou Makian) , petites et régies par deux sultans vassaux des Hollandais. Motir et Matcmam , petites villes , en sont les capitales respectives. Les habitans de Pile Motir exercent le métier de potiers, et fournissent les îles environnantes de leurs poteries en terre rouge, qui, sans être d'une forme élégante, sont cependant d'un bon usage.

Il a te h ian , une des plus grandes de ce groupe. Bvtchia* , petite ville d'environ 4,000 habitans, est la résidence du sultan vassal des Hollandais; les îles voisines de Mandoly , Tavally et Dam m e r, celles plus éloignées d'O^r, Typa et Mrc, en dépendent; mais celles de Ceramlaut t\ de Goram ne reconnaissent pins sa domina tiou.

G r attelé Oly, régie par plusieurs chefs, vassaux du sultan de Katchian.

Mysùl, une des plus grandes de ce groupe. Elle esl régie par plusieurs chefs, vassaux du sultan de Tidor.

Popo, la principale du petit groupe de ce nom . soumise à un sultan qui parait è\re indépendant; ce prince domine aussi sur le groupe voisin de Bo.

Mortay (Morintay), une des plus grandes de ce groupe, mais peu peuplée; etk dépend du sultan de Teruate.

Salibabo. Celte île donne le nom à un petit groupe partagé entre plusieurs c&efs; ses îles les plus remarquables sont Tolttry, Salibabo et Kabroang. Elles sont très ferliks et assez peuplées.

M en gis (Meangis) groupe formé de trois îles principales, savoir: Namusa , Korotta et Karkarlang ; il dépend du sultan de Mindanao dans l'archipel des Philippines.

Avant de quitter cette partie de l'Océanie nous ferons observer que les Mottxpie pourraient devenir une des plus grandes pêcheries de la baleine de tout le globe , car la mer qui les baigne , surtout la partie comprise entre cet archipel et la côte du Continent-Austral, esl extraordinairement abondante en cachalots. Que de trésors pourrait en retirer la nation qui les possède, sans courir les chantes des mers orageuses et <Jr» climats froids el brumeux des contrées polaires où l'on fait encore cette pèche !

DESCRIPTION DE LOCÉANIE.

Groupe de Celebes.

Nous proposons de réunir sous cette dénomination în grande île de Cclebcs et quelques autres beaucoup plus petites qui en dépendent géogr aphiqueruent. Nous distinguerons doue dans ce groupe :

L'ILE DE CELEBES. Ses échancrures extraordinaires la partagent en quatre gnandes péninsules. A l'exception des parties les moi us cultivées, on peut regarder cette île comme soumise aux Hollandais. Considérée sous le rapport politique et administratif noua la partagerons de la sorte :

Possessions immédiates dis HoLi.AirDAis. Celle partie de Celebcs forme ce que les Hollandais nomment le Gouvernement de Macassar, qui se compose des pays su i vans : le petit district de Macassar, fraction du royaume de ce nom. C'est le district où, selon les géographes, est située la prétendue \ille de Macassar, qui n'existe plus depuis long-temps , mais sur l'emplacement de laquelle , selon M. de Hogcndorp, ils ont bâti le Fort de Rotterdam et la ville de Vuxanmoa», où demeurent encore aujourd'hui les fonctionnaires et les babilans européens au nombre d'ensiron 800 , non compris la garnison. Aux environs de la ville sont trois bourgs (hoof negoryen) nommés Campong Baron , MaUiyo et Bouguis. La rade de Macassar est aussi belle que sure. Toute la population de ce district, que les géographes se plaisent à exagérer, ne s'élève qu'à i5,ooo âmes* ils en accordent de 10,000 a 100,000 à la seule prétendue ville de Macassar!! C'est du gouverneur de Macassar que relèvent les résidensdes provinces nommées les Districts Méridionaux (Zuider Dislricleu) à l'extrémité méridionale de la Péninsule Occidentale ; la résidence de Bonthain , où îe trouvent les petites ville» de Boui.ecomba et Bowthaiw ; la résidence de Maros , dont le chef-l;eu est Maeos; pendnnt les dernières guerres et surtout pendant celle que les Anglais, lors de l'occupation de ces établissemens , firent au roi de Boni, plusieurs districts de celte résidence , qui est la plus peuplée, se sont détachés de la juridiction européenne pour se joindre aux états de Tanelte et de Boni ; les Hollandais viennent de les reprendre. A la page nous avons dit que la résidence de Manado relève immédiatement du gouverneur dea Moluques. Mais ici l'ordre géographique exige que nous indiquions les pays dont ella se compose. Cette importante possession, où la civilisation et l'industrie ont fait de grands progrès depuis une quinzaine d'années , comprend l'extrémité nord est de la- Péninsule Septentrionale de Celebes; on y trouve Makado, petite ville, siège du résident hollandais; Kxma , où l'on fabrique d'excellens cordages pour la marine , dont on exporte pour des sommes considérables ; Cohontalo , résidence d'un sultan , qui administre sous la suzeraineté des Hollandais le fertile et riche district de re nom.

PossrssioksmédiatzsdesHollakoais. Elle* comprennent la plus grande partie de l'île. Elle est divisée en un grand nombre de petites souverainetés , gouvernées par des rois ou princes indigènes qui , la plupart , ont fait des traités d'alliance avec l'ancienne Compagnie Hollandaise des Indes Orienta'es, et qui se sont placés sous sa protection, en s'engageanl à ne pas faire de guerre enlre rnx sans le consentement du gouvernement hollandais; à lui être fidèles dans tontes les circonstances ; enfin à soumettre à son approbation , lors du décès des princes . le choix qui aura été fait de leurs successeurs. Par ces mêmes contrats, les princes indigènes s'étaient aussi engagés à ne pas permettre à Jeurs sujets de naviguer sans papiers hollandais. Le grand nombre de principautés de celle île provient de la coutume qu'ont les princes de concéder en forme d'apanages des portions de leurs étals à leurs enfans lorsqu'ils se marient , et de leur en abandonner les revenus. Presque tous les nombreux royaumes de celle grande ile forment depuis long-temps une espèce de confédération, dont le gouverneur général Ih>1 landais est regardé comme le premier nUié. Les principaux membres de ce corps politique sont : les états de Boni, Oitojou (Waju), Louhou (Loehoe) , Sidin ring , Mand/tar, Panete, Sop'wg (Sopeng), Uhcuila et Goa. Voici les détails que noire cadre nous permet de donner sur celle importante partie de Celebes :

Le Royaume de Boni (Bonij, Bon y). Il est fort peuplé, mais pauvre; selon un rapport officiel il peut armer 40,000 hommes. Les prétentions de son souverain à la suprématie sur les autres états ont été la cause de plusieurs graves disputes. On peut le re-

garder comme le plus puissant. Sa capitale actuelle est Batoa ; petite ville, dont on porte à environ 8,000 âmes la population. Les chefs des populations qui habitent les presqu'îles Râlante ou Orientale et du Sud-est paraissent être vassaux du roi de Boni. On doit ajouter que le pays de Tello est administré en ce moment par une reine, qui reconnaît aussi sa suzeraineté.

Le R oy a urne de Ouadj ou (Wadjo , Toadjo) occupe le centre de Pîle. Les Bouguis , ses habitaus , sont renommés par leur adresse dans le commerce et la navigation ; on les retrouve dans tous les ports de ces mers depuis Siam jusqu'à l'Australie (Nouvelle* Hollande), et ils forment presque tous les équipages des prohas employées dans le cornmerce maritime de ces régions. •

Le Royaume de Louhou (Lulu, Loehoe), situe aussi dans la partie centrale de l'île et sur le golfe de Boni , passe pour être l'état le plus ancien et un des plus puissans. Ses habitans sont aussi des Bonguis.

Le Royaume de Macassar, qui ne possède qu'une très petite portion des vastes contrées sur lesquelles il étendait sa domination dans le xvn* siècle, lorsqu'il était la première puissance maritime de la Malaisie (Archipel Indien). Goa (Goak), petite ville, dont les fortiGca lions ont été démolies en 1778 , est la résidence du roi. Nous avons déjà vu a la page ia53 que c'est sur une partie de son ancien territoire que se trouve le petit district sur lequel s'élève (e chef-lieu des établi&semens hollandais dans celte Ile.

Nous citerons encore : le Pays de Mandhar, partâgé entre sept princes alliés entre eux ; il est encore peu connu ; le Royaume de Tan et te , dont Tsirarrc , pelite ville sur la côte occidentale, est la capitale; P Etat de Soping, qu'on dit être aussi peuplé et aussi étendu que celui de Ouadjou; Y Etat de Sidereeng, presqne au milieu de ta partie ceutrale de Pile; le Pays de Ton rat te, à f'eilreinité méridionale de la péninsule occidentale et au sud du royaume de Macassar; il est régi par trois princes autrefois vassaux de celui de Boni , devenus indépendans depuis la guerre que les Anglais lui ont faite en 1814. D'un autre côté et dans la partie septentrionale , nous citerons, sur la côte occidentale, le Pays d' Uncuila, dont Palos (Parlovr), petite ville située sur la belle baie de ce nom, est le chef-lieu ; on y fait un commerce assez actif. Dans la Péninsule Septentrionale, nous avons déjà nommé, i la page ia53, les états du sultan de Gorontalo; on nous assure qu'une autre assez grande partie de cette péuinsale, telle que les pays de Campadan et de B ottlan, sont tributaires du sultan de Teroate LES ILES qui dépendent géographiquement de CELEBES. Ces îles sont en graud nombre , mais presque toutes très petites et mal connues. Nous nous bornerons à indiquer la plus importantes, en commençant par le nord :

Savoir, à lao milles au nord de l'extrémité de la péninsule de Manado. Cet te île, ée médiocre étendue , dépasse de beaucoup toutes celles qui forment le petit groupe auquel elle donne son dom. Elle a un volcan, et est partagée entre différens chefs qui parussent être entièrement indépendans.

S 1 a o, au sud de la précédente. Elle est très petite et paraît avoir un votcan .

B a h c a, très petite, mais très fertile. Elle a un bon port et est habitée par de* Hongùs

Le Groupe de Xouli.a, dont X oulla-Man gala parait être la pha grande; celle Xoulla-Bessy a un petit fort avec un poste Hollandais.

Le G r o u r e de Boutoh, assez bien peuplé. Il est composé de Pile B o u t o m. où se trouve la petite ville de Kalla-Sousoso, siège d'un sultan vassal des Hollandais ci dont dépendent les chefs qui dominent sur les autres îles de ce groupe, celle de P « «gansane et celle de Cambyna.

Le G a o ir r s de Salatir CCalaur) , dont Pile principale est Saler er , pan» gée entre quatorze chefs vassaux des Hollandais.

Groupe de Bornéo.

Nous proposons de comprendre sous cette dénomination l'immense îW de Bornéo et plusieurs îles incomparablement plus petites, que leur voisinage de la grande terre autorise a classer parmi ses dépendances géogrnphiqucs. Dans ce groupe, comme clans les autres, nous distinguerons

La grande ILE DE BORNÉO , dont on ne connaît encore qu'imparfaitement les côtes et encore moins l'intérieur. Selou M. Hamiiton, les naturels la nomment VÀRODNI , selon M. de Rienzi, KL KM AT AN. Voici quelques importantes observations sur les diverses races qui habitent cette grande terre; nous les devons à l'obligeante amitié de M. de Rienzi qui a visité dernièrement une partie de Roméo. Elles compléteront ce que nous avons dit sur ses habilans dans l'article ethnographie, « Les aborigènes de l'intérieur de Bornéo ont reçu plusieurs noms; celui de Dajraks tu sud et à l'ouest, d'Idaans au nord, et de Tidouns dans la partie orientale ; mais tous appartiennent à la race primitive des Alforèses. Ceux-ci sont indigènes dans la plupart des îles de la Malaisie et de l'Australie, et on les trouve quelquefois mêlés avec les Pa nouas ou Noirs océaniens. Mais les Alforèses sont moins noirs et surpassent les Papouas en force, en intelligence, en vivacité. Ils sont divisés en un grand nombre de tribus. Les Dayakx sont cultivateurs, mineurs, constructeurs et commercans. Leurs formes corporelles sont supérieures à celles des Malais. Ils adorent diouata (l'ouvrier du monde) et les mânes de leurs ancêtres; ils professent la plus grande vénération pour certains oiseaux qui leur servent d'augures, ainsi que la plupart des habitans de la Polynésie. Après eux , il faut nommer les Biadjous et surtout ceux qui habitent la côte nord-ouest , et enfin les Tidouns qui vivent dans l'état sauvage. Dans la partie nord-est de l'île, ce sont d'intrépides marins; ils se livrent à la piraterie et quelques-uns sont anthropophages. An sud de la sultanie deBourni (Bornéo), on trouve aussi les tribus sauvages des Kajans, des Dousoums, des Marouts , etc. Enfin il existe dans cette grande région, foyer de tant de races diverses, une variété de Biadjous qui parcourt Celebes, Bornéo et les Philippines, et qui sont uu mélange de différent peuples tels que les Chinois aux cheveux longs et plats et aux yeux obliques, les Japonais sans barbe et les Mangkassars aux dents noires et luisantes. Semblables aux Amantes ou Schypetars do la Turquie-d'Europe, ils invoquent Jésus ou Mohammed, suivant leur» intérêts. On trouve enfin dans l'île Kiematan, ou Bornéo, de véritables Papouas, type des Papouas de la Nouvelle-Guinée et de l'Australie. -

L'île de Bornéo est partagée en un grand nombre de petits étals. Parmi ceux qui sont situés le long des côtes, les uns sont vassaux des Hollandais , les autres du sultan de Soulou; tous les antres conservent leur indépendance.

Dans la Partie Irdrfsrdartr de toute influence européenne, noua nommerons les états suivans, regardés actuellement comme les plus pnissans:

Le Royaume de Bo rne'o (Bourni), qui dominait autrefois sur la plus grande partie de l'île, ne parait posséder aujourd'hui qu'une lisière le long de la côte nord-ouest. Cependant depuis quelques années cet état a repris une partie de ses anciennes possessions au sultan de Soulou. Boaivao, sur le Bornéo, bâtie sur pilotis, est la résidence du sultan. Selon M. de Rienzi , qui la visitée dernièrement, elle a de petits canaux au lieu de rues, ce qui lui donne quelque ressemblance avec Venise. Celte ville, dont on a ex* traordinairement exagéré la population et l'étendue , parait ne contenir qu'environ s 0,000 habitans, dont une partie demeure constamment sur des bateaux. Elle est la plus commerçante de l'île; quarante vaisseaux bornéens entrèrent en 1825 dans le port de Singapoura , avec lequel elle fait actuellement ses plus importantes affaires

Le R oraume de P as sir et le Roy au m e de Col t i , sur la côte orientale , sont |KMsédés par deux sultans malais , qui résident à Passir et à Corn. Leurs sujets . ainsi que ceux àm Bornéo, sont de terribles corsaires.

Le territoire soumis au sultan de Soulou comprend une grande partie de l'extrémité nord-est de Bornéo; on y trouve les petites villes maritimes de Mallovdou, Paytar, Abay et Talafar. Selon d'autres reuseignemens récens, dout l'exactitude nou* a été confirmée par M. de Rienzi, la partie occidentale de ce territoire ainsi que les île» qui l'avoisinent dépendent du sultan de Bornéo. Cette contrée fiasse pour être la partie la plus peuplée et la mieux cultivée de Bornéo.

Le territoire occupé par les Biadjous, nation indigène, nombreuse, guerrière et assez industrieuse, mais anthropophage et extrêmement féroce.

La partir sou mi sa aux Hoi. lardais forme les deux résidences ou provinces suivantes nommées de la sorte dans les chancelleries et les ouvrages hollandais :

Résidence de la cote occidentale de Bornéo (West Kust van Bornéo),

dont les principaux districts , en allant du nord au sud, sont : z° Les états du sultan de Sambas; la partie septentrionale de ce pays, située au-delà du cap Dali (Tanjong Dati;, est occupée par quelques petits princes exerçant le métier de pirates, et se soumet tant même difficilement aux ordres du suitao. Dans l'intérieur se trouvent les cantons i mines de Semini et de Lara. Sambas, sur la rivière de ce nom, petite ville, avec on fort hollandais, est la capitale de cet état vassal. a° Le pays de Èiumpawa ; il s'étend fort loin dans l'intérieur et renferme les mines d'or de Montrado et de Mandor, estimées les plus riches de toute l'Océanie. Le district de Moutrado (Montrodok, Tradok) est habité presque exclusivement par des colons Chinois , qui s'y sont établis peu-è-peu comme mineurs; ils forme rent par la suite plusieurs associations (Kougsies), se nom nièrent deschefs» et ne voulurent plus obéir qu'à ceux-ci ; aussi ne tardèrent-ils pas à devenir redoutables aux princes indigènes, qui dernièrement encore eurent recours aux Européens pour maintenir l'ordre et pour les faire rentrer dans l'obéissance. Mostraoo, petite ville d'environ 6,000 hahttans presque tous Chinois, eu est le chef-lieu. 3° Le royaume de Pontianak , fondé «ers le milieu du xvuT siècle par un arabe uommé Abdul Rachman, qui, reconnu et assisté par la Compagnie Hollandaise, devint par la suite très puissant, eu agrandissant ses états aux dépens de ses voisins; il envahit le territoire du sultan de Matan , ravagea de fond eu comble la ville de Succadana, et, plus tard , il plaça son fils aîné Kassûn à la tète du pays de Miimpawa. Abdul Rachman mourut en 1808 et Kassim lui succéda. Postiasa* , petite ville, située près de l'embouchure du Pontianak, avec un fort et peut-être 3,ooo habitant, est la résidence du sultan et du gouverneur hollandais, dont dépendent tous les ctahlissemens de cette résidence. 4° Le pays de Landak et celui de Sangvu, situés ainsi que tous les sut vans dans l'iutérieur et par conséquent à l'est de ceux que nous venons de mentionner; le pays de Landak est renommé dans tout l'Orient par ses riches mimes de Mamans. C'est de ces mines que l'on a tiré, il y a environ cent ans, on des plus gros dia- 1 qui existent; en 18 x5 , il était en la possession du sultan de Matan; sans être taillé, 36; carats; ?il était poli

il pèse 36; carats; s'il était poli et taillé, il n'en pèserait que i83 et demi. D'i recherches que nous avons faites sur ce sujet curieux, dont nous nous réservons de publier les résultats dans le Tableau Physique, Moral et Politique des cinq parties da monde, nous autorisent à donner à ce précieux diamant le troisième rang parmi les plus gros dont on ait encore eu connaissance. 5° Le pays de Simpang, appartenant à on prince (panum bahan) vassal de Matan. 6° Les états de Matan ou l'ancien empire de Succadana, dont le trône fut long-temps occupé par des princes d'origine javanaise, tous feudataires des rois de lointain, dont nous avons parlé a la page 1*41. Sa capitale actuelle est dans l'intérieur sur les bords du Katappan ; autrefois c'était la ville de Succadana, assez connue par son commerce étendu et les relations fort avantageuses que la Compagnie-Hollandaise y avait formées dans les premiers temps de son existence. 70 Le territoire du prince de Kanda*>angan , autre vassal du sultan de Matan. Tous les pays que nous venons de nommer touchent, dans l'intérieur de l'île, à une multitude de petit* cantons, habités par des tribus de Dayacs presque iodépendans ou vassaux de nom, des princes cités plus haut Nous croyons inutile de faire observer, qu'ici comme dans les autres parties de l'Océanie, les pays soumis aux Hollanduis doivent être ranges en deux classes distinctes partie entièrement soumise ou administrée immédiatement par des employés hollandais, et partie vassale, ou administrée par des princes indigènes; cette dernière est, à Bornéo ainsi qu'à Celebes et aux Moluques, beaucoupmlus considérabk que la première.

Résidence des côtes méridionale et orientale (Zuid en oost Kuspi 00 de Banj ermassin g. Cette résidence est formée par les états du sultan Benjermasaiu:; et par les districts appartenant au gouvernement hollandais. Cette possession date de l'époque où la Compagnie mit fin à la guerre civile qui depuis plusieurs années désolait cette partie de Bornéo, en soutenant les droits, au trône de Banjermassiug, du grandpère du souverain actuel. Ce prince, par reconnaissance d'un service si éminent , s'engagea, en 1 -87, à faire un nouveau traité en lui cédant en pleine souveraineté tousses élan ; il ne les reprenait d'elle que comme un fief héréditaire , à l'exception de quelques districts sur la côte et la moitié du Douson , que la Compagnie se réserva. Elle se « temps de l'administration des douanes et des

DESCRIPTION DE LOCÉANIE.

gés entre elle el le sultan, à l'iwreption cependant des minrs de Doukou Kanang et de Dukou Kirie, qui restèrent exclusivement au prince. Il est bon de rappeler que vers !a fin du xiv* siècle , époque où Hérissait à Java l'empire de Madjapabit t Banjermassing en était uue dépendance régie par des princes javanais tributaires de cette vaste monarchie, et dont descend le sultan actuel. "Voici les différens pays dont se compose cette résidence. Sur la côte on trouve le pays de Komaay, le long de la rivière de ce nom, qui sépare Banjermassing du pays de Kottaringiu , qui eu faisait partie, mais qui par la suite s'est rendu indépendant; les pays de Pamhouan, de Mandawa, le Grand ti le Pcïu-Dayac, Banjer et la presqu'île formée par l'extrémité sud-e*t de Bornéo , portant le nom de Tanah-Laut. Dans l'intérieur , on doit citer les districts de Tatas , Marta-Poura, Karang- Intang, Doukou-Kanang , Doukou-Kirie , ainsi que le Douson, nom qui est donné en général au pays situé dans l'intérieur, sur les deux bords de la grande rivière. Kakjermassiho (Banjarmassin), petite ville, dont on nous assure que la population n'arrive pas à 7,000 âmes, est le chef-lieu de la résidence; elle est située sur les rives du Banjermassing et fait un commerce assez actif, surtout depuis quelques années.

Les ILES qui dépendent géograpliiquemeut de BORNEO. Elles sont toutes très petites; nous ne citerons que les plus importantes , savoir :

La Grande Natusja , qui est la principale du groupe de ce nom. Les Aaamras , qui sont très peu connues, qui ont de bons ports et dont la Grande- A nambas est la plus importante et peut-être la seule habitée. Carimata, très petite, avec un pic; elle est déserte, mais remarquable parce qu'elle donne le nom au détroit qui sépare Bornéo de l'île Rilliton- Toutes ces îles soot à l'ouest de Bornéo.

Au sud de Bornéo : Grawd-Solombo , au milieu de la mer de Java , et jadis dépendante du royaume de Banjermassing. Elle est très petite, mais tristement renommée comme un repaire de pirates. Poolo-I^ot , que plusieurs cartes modernes représentent encore comme formant partie de Bornéo, dont elle est cependant séparée par un bras de mer très étroit. Il s'y est établi une colonie de Bouguis.

A l'estde Bornéo : Maratouba, la plus grande du petit groupe de ce nom, située dans la merde Celebes. Nous ferons observer que la plus grande partie de Y archipel de •Soulou pourrait être rangée avec ces iles. Toyez à la page 1260.

Au nord de Bornéo : C a o a y a h (Cagayan Jolo , Soulou) ; c'est File principale du groupe de ce nom, qui dépend du sultan de Soulou. Elle est habitée par des Bissagos, et sert de repaire aux pirates qui infestent ces parages.

Balahrakoast, petite, mais avec un port excellent, et renommée par la destraction des deux établissement anglais fondés en 1774 el *8o3.

Archipel des Philippines.

Nous proposons de subdiviser de la manière suivante les nombreuses îles, que depuis quelque temps les plus célèbres géographes s'accordent à désigner sous cette dénomin ation :

ARCHIPEL DES PHILIPPINES proprement dites , nommé archipel de Saint-Lazare par Magellan et par plusieurs anciens géographes. Il se compose d'environ un millier d'îles 1 parmi lesquelles neuf sont remarquables par leur étendue. Toutes ces iles sont plus ou moins dépendantes des Espagnols et forment la capitainerie générale des Philippines , dans laquelle sont aussi comprises les Mariannes, un des archipels de la Polynésie décrit aux pages 1271 et 127a. Voici les iles principales de ce grand archipel.

MAifiLLAouLuço»;sasui face égale presque celle de toutes les autres îles réunies de cet archipel. Dans cette grande île il faut distinguer : la partie soumise aux Espagnols el la partie entièrement indépendante.

La Partie soumise aux, Espagnols est divisée entre les i5 alcades ou provinces suivantes :

Alcades. Chefu-Lieux , Yilles et Lieux les plus remarquables.

Tondo Ma Mlle (Manilb), Maria Kina , JUatheo.

Cavité. Cavité.

Alcades. Cairs-LtEUx, Vtixi» bt Lieux lu plus kuaiquailii.

V alangas. . . . V a l a n g ■ le aie de Manbele et le volcan Amjnet. Bu lac an. Bulacani Pablo.

Laguna Passanbas.

B atangas. Datingis; Mahaje au pîed du mont Nahajne; S.-Pablo.

Tajrabas Ta y a bat.

Pampamga. Bocolor (Cabessera de Racola) ; les lavages d'or de l'intérieur. Zambales. . . . Licon.

Pangatinan. Lingayen; les musions svr le Paoaqtii et le Yoay. Ylocos V i g a a.

Cagajan. Ylagan; NnevaScgovia les missions rues les Ratine*.

ffueva-Ecjia.. Valert.

Cam a rines. iïaga; Nucva-Caetrcs ; Mambulao.

Albay. Albay; le 'volcan Albaj ou Najvn ; l'île CatanJuanes.

Voici quelques détails sur les deux seules villes que notre cadre nous permet de décrire dans cette partie de Luçon.

Manille (Manille), située non loin de l'embouchure du Passig, au fond de la vasie et belle baie à laquelle elle donne son nom. « L'activité, dit M. Perrotet, et le moBTemeot continuel des embarcations parlant d'une rive i l'autre, la quantité innombrable de batimens de commerce qui sont mouillés dans la rade, tout respire grandeur et richesse. Jjl superbe rivière, qui coule au milieu de la ville, la divise en deux parties , dont Tune est appelée la Fille de Guerre et l'autre la FiUe Marchande. Cette dernière est beaucoup plus étendue que l'autre , où cependant le gouverneur fait sa résidence. Dans la ville de guerre, les édifices sont plus grands, plus solides et généra femenf foutes les maisons y sont mieux bâties que dans la ville marchande. Tout y est d'une propreté remarquable. Le fort est bien tenu et forme une espèce de fer à cheval. On communique des deux parties de la ville au moyen d'un superbe pont en pierre, dans le genre de ceux de Paris; il est même beaucoup mieux pavé , ainsi que les rues adjacentes , que les pont* et les rues de la capitale de la France. Les maisons sont bâties en pierre de taille, et sont toutes entourées au premier étage d'une galerie fermée de châssis en écaille de narre, qui sont construits de manière à ce qu'en les ouvrant , on puisse les glisser sur les cotés. Cette galerie est encore fermée extérieurement par des jalousies. C'est un lien de proaaenade très agréable lorsque le mauvais temps empêche de sortir. Les rues sont droites et fort larges ». Le palais du capitaine général, la cathédrale et deux des principaux eourtns sont les plus heaux édifices. Plusieurs églises sont très richement décorées. Selon M. Perrotet , devant ces édifices ou sur le côté est une espèce de grotte taillée dans le roc, dans laquelle se trouvent plusieurs rangées de tètes de morts. Manille est le siège d'un archevêché et d'une cour d'appel; elle a un tlteatre, un collège, plusieurs écoles et une société patriotique fondée en 1781. Elle possède plusieurs fabriques et quelque-» manufactures, et sou commerce d'échange est très important. Les Chinois et antres babitaus des lies environnantes viennent y verser les divers produits de leur sol et de leurs manufactures. Les Européen* en font autant de leur côté pour obtenir en échange les objets que leur refuse leur patrie. Mais ce sont surtout les Chinois qui exploitent cette branche de l'industrie ; on pourrait presque dire qu'ils font exclusivement le commerce intérieur tant en gros qu'en détail. • Les voitures , dit le savant voyageur qué nous venons de citer , sont encore plus communes à Manille qu'à Java. On ne sort presque jamais a pied. La promenade a lieu depuis six heures du soir jusqu'à la nuit et {dus tard. Les promenades pour les carosses sont en dehors de la ville de guerre. On les voit couver les à certaines heures, comme les Champs Elysées et le bois de Boulogne, de toute sorte d'équipages ». On ne saurait indiquer d'une manière positive la population de cette grande ville , parce que l'on ne connaît pas exactement la délimitation de ses vastes faubourg» ; c'est ce qui rend admissibles les opinions les plus disparates entre des auteurs estimables, qui ne lui accordent que 10,000 âmes en ne comptant que la ville propre ment dite, ou la ville de guerre, et M. Hamilton qui la porte jusqu'à 1 75,000 en y comprenant ses vastes faubourgs. D'après des calculs approximatifs que nous avons faits sur des document que nous avons sous les yeux , il nous semble qu'on ne s'éloignerait pas beaucoup de la vérité en estimant à près de 1 40,000 le nombre de ses babitans. En admettant cette e*-

KM

timation , Manille serait la ville la plus peuplée de toute rOcéanie. Cavité, petite ville d'environ 6,000 habitans, importante par ses beaux chantiers, où l'on construit beaucoup de vaisseaux» par sou arsenal, par ses grands magasins, et par son beau port, qui est aussi celui de Manille pendant six mois de Tannée.

La Partie di Luçon Indépendants est occupée par différentes peuplades régies par divers chefs; quelques-unes sont très féroces et entièrement sauvages. Cette partie comprend la côte orientale de l'Ile et presque tout l'intérieur. Ses limites sont, au nord la province de Cagayan , à l'ouest celles de Pangasinan et dTlocos , et au sud celles de Nueva-Ecija et de Paropanga.

S a m a a , une des plus grandes de l'archipel. Tout l'intérieur est habité par des peuplades entièrement indépendantes. Dans la partie soumise on trouve Cabalunga, siège de l'alcade, dont parait dépendre aussi l'île Capul (Abac).

Litti, dont les Espagnols ne possèdent que la côte occidentale, où se trouve Lette, siège de l'alcade. Le reste de l'île est habité par des tribus mahométanes et indépendantes.

Zebu et Ho u 01., soumises aux Espagnols; elles forment la province de Zebu, où se trouve Zebu , petite ville , résidence de l'alcade et de Pévèque , avec un fort et environ a, 000 habitans. Dans l'intérieur de Bohol , où se trouvent de hautes montagnes, vivent plusieurs peuplades de Bissagos qui conservent leur indépendance.

Nigros, dont les Espagnols ne possèdent qu'une partie des cotes, sur lesquelles se trouve Ytoc, siège de l'alcade. Le reste de File, très peu connu , est habité par des peuplades indépendantes.

Panât; c'est une des plus grandes de l'archipel. Son intérieur est occupe selon les géographes par des Papou as indépeiidans , selon M. de Rienzi par des Dayaks; le» cotes seules appartiennent aux Espagnols. Celles-ci forment les trois provinces d'Antique (Antigua) , d' Yloilo et de Capi s (Caspis) ; dont les chefs»lieux respectifs sont : Antique , Yloiio avec un bon port assez fréquenté, et Capis. Dans l'ai rondissement de Yloilo on trouve en outre les deux villes de Molo et de Xabo , que M. de Rienzi range parmi les plus populeuses et les plus commerçantes de cet arrhipel.

Le Groupe des C a z. ami a nés, dont les Iles principales sont: Bu s<vagan% qui est la plus grande, et Calant tan a, ou se trouve le village de Ccjlionc, siège de l'alcade de cette province , dont dépend aussi le petit établissement voisin fondé par les Espagnols sur l'île Paragoa ou Palaouan. Voyez & la page 1260.

M 1 n do a o, encore très peu connue; une très petite partie seulement est soumise aux Espagnols. On y trouve Cal a pan, siège de l'alcade de cette province. Le reste est occupé par des peuplades entièrement indépendantes. Nous ferons observer que c'est dans cette grande île que les premiers marins prétendirent avoir trouvé des hommes fournis d'une longue queue , fable répétée par plusieurs géographes et même par des naturalistes.

Masbate, Marinduque, B u r i a s et autres îles moins considérables, situées dans la mer intérieure formée par les côtes des Iles Luçon , Samar , Levte , Zebu , Panay et Miudoro, sont habitées par des indigènes qui conservent encore leur indépendance.

Toutes les iles que nous venons de nommer, à l'exception de Luçon ou Manille, sont appelées Bissajcs, du nom de leurs principaux habitans.

Le petit Groupe des Babutanes au nord de Luçon. Il dépend des Espagnols; Babujan et Calayan en sont les îles principales.

Le Groupe de Bacbi (Bashee ) situé au nord du précédent et sur les confins de l'Océan ie et de l'Asie. Il est formé par plusieurs petites îles, régies par des» chefs indépendaus, à l'exception de celle de G r a/ton, où les Espagnols ont un petit établissement. Bayât (Orange), Batan (Monmouth) et Bachi (Bashee, Chèvre, Goat), sont les autres îles principales.

L'ILE MINDANaO (Magindanao, Mclindeno), une des plus grandes de la Malaisie et la seconde, pour l'étendue, de cet archipel. Nous proposons de la partager de la manière suivante :

La Partie Espagnole, qui comprend trois petits terriloires séparés l'un de l'autre et qui forment trois petites provinces, dont les alcades sont immédiatement sous les ordres du gouverneur de Samboangan. Les chefs -lieux de res districts sont : Sauboan- *iAN, sur la poiute sud-ouest de l'Ile, petite ville, la mieux fortifiée des Philippines

après Manille, avec un fort et environ 1,000 habitant. C'est le Heu de déportation pour les criminels de cet archipel ; Misa m», presque au milieu de la côte septentrionale , et sur la baie de Paitguil; et Caraoa , sur la côte orientale.

I*a Partie Ikdéfrndaktr compreud presque toute l'île ; il faut y distinguer :

Le R oy a urne de Mi n danao % qui embrasse presque toute la côte orientale et U plus grande et la meilleure partie de l'ile, et dont dépend aussi le petit groupe de Menais daus l'archipel des Muluqucs. Selahgan , sur le Pelandgi , est actuellement la rtsideuce du sullau. Sa population , y compris le peu d'habitans qui demeurent encore dan.* l'ancienne Miudnnao, située de l'autre côté de Pclaudgi et presque entièrement abandonnée, peut s'élever à 10,000 Ames. Pollor (Sugur) , pelite ville marchande, est remarquable par son beau port, un des meilleurs de l'archipel. Les habita»* de ce royaume, ainsi que ceux de la confédération des Illanos, sont des corsaires très entreprenant.

La Conjèdèration des Illanos , formée par les possessions de seize petits sultans et de dix-sept chefs; son territoire s'étend à l'ouest du royaume de Miodauao. Mahargav, Tafaah et Tagulo, sont de gros villages, dont chacun a un port.

La Partie Indépendante de la côte occidentale; celle partiedeilic est occupée par des tribus sauvages.

L'ARCHIPEL DE SOULOU, formé par un grand nombre d'iles; il est subdivisé en trois groupes « qui prennent chacun le nom de leur île principale. Son eusemble forme le royaume de Soulou, dont le sultan règne aussi sur le groupe de Cagayan, sur l'extrémité septentrionale de l'île de Bornéo et sur uue grande partie de l'île Paragoa. Ou peut regarder cet état comme Y Alger de l'Océanie : tous ses hatptans sont adonnes à la piraterie. Les trois groupes de cet archipel sont :

Le Groupe dr Souloo, où daus l'île de So u lo u on trouve Brkav t petit* ville, avec une rade et environ 6,000 habitans; c'est la résidence du sultan.

Le Groupe de Taouitaoui (Tawitawi), où se trouve l'ile de Taauitaoui avec Taouitaoui.

Le Groupe de Bassilak,où daus l'ile de B as s ilan, qui est la plus grande de tout l'archipel de Soulou , est située Bassilan , petite ville , chef-lieu de ce groupe.

L'ILE PARAGOA ou PALAOUAN (Palawau). C'est une des plus grandes de Parchspel , mais aussi une des moins counues. Tout l'intérieur est occupe par des peuplades indépendantes; une grande partie des côtes est soumise au sultan de Soulou ; les Espagnols n'y possèdent qu'un petit district sur la côte nord-est où se trouve le poste de Tat-tat avec uue prison. Ce district dépend de l'alcade du groupe des Calamianes indiqué à U page 1259.

AUSTRALIE ou OCEA NIE- CENTRALE.

FOSmOV A8T&OVO«QUS. Longitude orientale , entre 76* et 181. Latitude, entre i* boréale et 55M australe. Dans ces calculs on a compris les îlots volcaniques de Saint-Pierre ou Amsterdam et de Snint-Panl.

DIVISIONS. Dans l'état actuel de la géographie et en attendant que de nouvelles explorations vienrtent lever les doutes et remplir bien des lacunes, nous proposons de partager en plusieurs groupes géographiques cette grande partie de l'Océanie.

Australie ou Continent Austral.

L'Australie proprement dite, nommée communément Nouvelle- Hollande est, comme nous l'avons dit ailleurs, trop grande pour élre rangée parmi les îles ; nous en avons fait un continent que uous avons propose de nommer Continent Austral. On ne connaît encore que les côtes et une petite partie de son intérieur. Les Anglais sont les seuls Européens

DESCRIPTION DE L'OCÊANIE.

qui y aient fai! des établissemens. Ils n'ont d'abord proclamé que la moitié orientale de ce continent, comme formant partie de leur vaste monarchie, mais aujourd'hui ils ne disconviennent pas de l'envahissement tout entier, et ils viennent d'occuper encore des territoires près des extrémités nord-ouest et sud-ouest. Nous croyons qu'on pourrait distinguer , dans l'Australie proprement dite, les parties suivantes, à chacune desquelles nous rattacherons, comme des dépendances géographiques, les îles qui en sont les plus voisines.

La COTE ORIENTALE ou la NOITVELLE-GALLES-DU-SUD , qui s'étend du cap York sur le détroit de Torres à celui de Wilson sur le détroit de Rass. Nous proposons de la partager de la sorte: le territoire occupé réellement par les Anglais, ou la Partis Anglaise, et le territoire sur lequel errent encore sauvages les tribus des indigènes, ou la Partie Ivdépeh dahte. Nous avons déjà vu que ces tribus doivent être rangées parmi les peuples les plus abrutis du monde. Ils offrent aussi , selon un savant médecin , noire estimable ami M. le docteur Garnot, la variété humaine dont l'angle facial est le plia aigu , ne différant presque pas de celui de l'oraog-ontang.

Dans le Partie Anglaise on doit distinguer : les Colonies dont les arrondissemens respectifs se touchent , et les Colonies isolées qui se trouvent à de grandes distances l'une de l'autre. Les colonies dont les arrondissemens respectifs se touebent sont actuellement divisées en dix comtés nommés Cumberland, Campden, Argi le , H'estmoreland , Nor* thumberland, Roxbiugh, Londonderry , Durham , AyreX Cambridge. 'Sous ne citerons avec détail que les trois comtés soi va us, où se trouvent les villes les plus importantes; ces comtés sont :

Le Comté de Cumberland, où l'on remarque Svdsey (Sidney), ville bâtie dans une position magnifique, sur une petite anse du port Jackson, un des plus beaux du monde. Fondée par Phillip en 1788, cette ville est déjà la plus peuplée de toute l'Océanie-Cenlrale, puisque on porte à près de 10,000 le nombre de ses babitans. Dix huit-cents maisons, à peu-près toutes à un ou à deux étages et généralement construites en pierres de taille , occupent une surface de terrein considérable. La principale rue , George' s strcet a plus d'un mille de longueur à partir de la rade; elle est coupée à angles droits par les rues qui se développent sur les coteaux ; les autres lui sont parallèles. A l'est est le quartier le mieux habité ; à l'ouest le quartier des Rocks renferme le plus grand nombre de vieilles maisons et de cabarets. Sjdney est une ville bien éclairée pendant la nuit ; elle n'est arrosée que par un mince filet d'eau , et renferme beaucoup de citernes. Vhôtel du gouverneur est l'édifice le plus remarquable ; il ne manque pas d'élégance. Ou doit citer ensuite X église principale , les magasins et les casernes ,' le théâtre et les prisons. Ou observe que beaucoup d'édifices ont été construits dans le style gothique a d'après des mono mens d'Angleterre sous le gouvernement de Macquarie. Avant les dernières années il n'y avait presque pas de fortifications ; elles sont encore peu considérables. V école de commerce, la société philosophique , celles $ agriculture et d'horticulture et le jardin botanique sont ses principaux établissemens littéraires. Ce dernier, habilement dirigé par le savant botaniste Frazer , a rendu à la colonie les services les plus signalés. Presque tous les végétaux utiles de l'Europe se sont facilement acclimatés sous le ciel de l'Australie; plusieurs même y ont acquis des qualités nouvelles, et à peine eu a-t-on vu quelques-uns dégénérer. Les tributs offerts par les tropiques out obtenu moins de succès; cependant le goyavier, l'ananas, le hauauier et le cafier sont naturalisés dans la colonie, et la canne à sucre réussit vers le nord. Sydney est la métropole de toute l'Oecanie Anglaise et le chef-lieu du gouvernement de la Nouvelle-Gai les-du-Sud , qui comprend tous les établissemeus anglais dans cette partie du monde , à l'exception de ceux de la Diemenie et de la Rivière des Cygnes. Malgré sa faible population, elle possédait déjà ciuq journaux: il y a quelques années. Sous le rapport religieux , ceux de ses babitans qui professent la religion anglicaue relèvent du diocèse de Calcutta. Sydney renferme deux paroisses aoglicanes, deux chapelles catholique et méthodiste. Celte capitale jouit de tout le luxe des plus grandes villes d'Europe ; elle a comme les plus riches cités anglaises ses bals par souscription, ses rouis, ses soirées d'enfans, ses courses de

chevaux et ses sociétés de chasseurs ! Il règne une grande activité dans le mouvement du port Jackson , où aborde continuellement un grand nombre de navires. On y trouve deux banques, plusieurs fabriques et manufactures, et de beaux chtxntien sur lesquels on construit beaucoup de vaisseaux marchands. Déjà , dit M. Ernest de Blosse ville, plusieurs maisons de commerce de Londres ont établi des correspondances avec l'Australie, et entretiennent desageusà Sydney. L'Angleterre y importe, sur de nombreux navires, pour une valeur annuelle de plus de 400,000 livres sterling*, ses étoffes de coton, de lame et de ûl ; de l'argenterie et des porcelaines , des objets d'eoharnacheinent , des liqueurs spirilueuses, des épiées, du savon, du beurre même et du fromage, et une foule de ces produits manufacturés que l'Europe est en possession de fournir au monde entier. L'Iode , et surtout Calcutta, coucoureol à ce commerce; la confédération A nglo- Américaine et Talparaiso entretiennent aussi des relations fréquentes avec Sydney. Le Cap de Bonne- Espérauce y envoie ses vins, le Brésil ses produits indigènes , la Chine ses naukins, ses soieries, sou thé et sa vaisselle de terre; la Polynésie et la Nouvelle Zélande, le bois de sandal, le nacre, des salaisons, l'anowroot et ie phormium tenax ou le lin. Des ruauons de cette ville ont établi des comptoirs à Houkianga , sur la côte ouest de la Nouvelle-Zélande, pour y faire construire de petites goélettes, et recueillir des salaisons, du phormium, des planches et du bois de mâture. Nous terminerons cette description de Sydney en signalant cette ville comme un des lieux du globe qui offrent le plus grand mélange des races huraaiues. • En effet, dit M. Ernest de Blosseville, non-seulement X Irlande , Y Angleterre et même YÊcosse y ont envoyé leurs fils; mais des Français et des Espagnols, des Italiens et des Allemands , entraînés dans ces belles contrées par des malheurs ou par un esprit aventureux, s'y sont fixés pour toujours; YAmérique-du-JVord comme YAmérique-du-Sud a ses représentaus à ce rendez-vous général des nations, où les in- ' digèiies de la Nouvelle-Galles assistent , dans leur ignorance et dans leur nudité , au spectacle de la civilisation. Des Chinois ont formé des alliances avec des Européennes : Sydney voit dans son enceinte nousclle des habilans des divers archipels de la mer du Sud, dans toute la naïveté de leurs mœurs, dans toute la variété de leurs costumes ; des enfausde la voluptueuse Olahili ; de noirs Africains, jadis esclaves dans les Antilles; de Nouveaux-Zélandais souriant encore à leurs souvenirs d'anthropophages; des pirates Grecs coudamnés par des tribunaux de Malte, complètent la singularité d? ce tableau visant. -

Dans les environs de Sydney on voit un grand nombre de jolies maisons de campagne habitées par les gens aisés de cette ville. On ne saurait quitter les alentours de la métropole de l'Océan ie-An glaise sans parler de Paeahatta , fondée sous le nom de Jtose- Bill, et située dans le comté de Cumberland, sur la crique du même nom ; c'est une petite ville remarquable par sa grande manufacture de draps, par un bétel du gouverneur , par sa foire de bestiaux, par V école instituée pour Véducation et la civilisation des indigènes, et par le bel observatoire fondé dans ces dernières années par le général Brisbane. gouverneur, et cou fié aux soins d'un célèbre astronome, M. Rumker. 0 "Le Comte' de Roxb urgh , où se trouve Bathubst sur le Macquarie , à l'ouest des Montagnes-Bleues ; c'est la première ville fondée dans l'intérieur. Elle possède déjà une société littéraire et un collège, où l'on enseigne, outre la littérature, plusieurs sciences , surtout celles qui sont uéeessaires pour le commerce. Sa population s'élère à environ 2,000 habitans.

Le Comté de Northumb erland, où se trouve Newcasixe, petite ville sur la rivière de Hunier , avec un port. Elle est très importante à cause de ses riches mimes de houille. Celait d'abord une faible station pénale.

Nous devons mentionner encore pour mémoire dans les divers comtés , les noms des villes naissantes de Livertooi. et de "Windsor ; ceux même de CsMr»E<.i.-TOWH , Wic-

BCRFURCE, PlTT , CaSITARJUGB et RjCHMOJfD.

Les établissemens isolés situés le long de la cote sont, au nord de Sydney : les colonies du Poet-Sté raavs sur les bords du Karruay , où la culture a pris une rapide extension , et du Port-Macqcarie , où s'élève déjà une ville bien percée avec un port à l'embouchure du fleuve Hastings; celle de la Baie-Mobbtow , à l'embouchure de la rivière Brisbaue , occupée par une station pénale, et le petit poste du Port-Cchtis. An sud de Sydney on trouve les petits postes de la Baie-Jabvis et de la Baie-Batmaic. Les

autres colonies dé|rendautes de Sydney seront iudiquées daus les subdivisions géographiques auxquelles elles appartiennent.

La COTE MÉRIDIONALE, subdivisée en : T e 1 1 1 ui Ciait, une des parties les moins désertes de ce continent ; on y trouve le petit établissement du Port-W ester* fondé dernièremeut dans le détroit de Bass. Terre de H a v d i h ; Terre de Fluide as, qui s'ouvre pour former lei golfes de Saint-Vincent et de Spencer, à l'entrée desquels se trouve Vile Je Kangourous et eu dedans le Port- Lincoln; Terre de Ndyts,oùcsI située la petite colonie du PoaT du Roi George, un Jet plus beaux Ju mon Je. C'e»t un point très important pour servir de relâche aux navires destinés pour la Nouvelle Galles ou pour la Dienieuie, ainsi que pour ceux qui vont k la rivière des Cygues. Cette colonie fut fondée vers la An de i8a6 par 5a personnes envoyées de Sydney, et reçut le nom de Fredsrice-Towv, dénomination qui , n'ayant pas été adoptée daus les actes officiels, a été peut-être remplacée k cette heure par quelque autre que nous iguorons encore,

La COTE OCCIDENTALE , subdivisée en : T e a a a de L e x u w i * , où les Anglais viennent de fonder, sur la rivière des Cygues, une colonie pour laquelle on a proposé le nom peu convenable de Nouvelle- Hespé rie. Déjà un grand nombre de colons y sont débarqués, des familles chinoises y sont appelées, et quatre villes naissantes, dout deux ont reçu les noms de Freemaxtlb et de Pertb et dont les deux autres doivent recevoir ceux de Guilford et d'AucusTA , comptent quelques édifices achevés. La colonie possède un temple pourvu de cloches, une institution littéraire, une bibliothèque fondée par souscription et un comité d'association religieuse. Des projets de musée et de jarJin botanique doivent être avant peu mis à exécution. De cette cote dépendent les iles Rottenest , Buacfte et la baie du Géographe. Terre d'Ediii et Terre n'BnDRACiiTtoùestla vaste baie des Chieds-Marins. Cet deux divisions offrent une des parties les plus stériles de l'Australie. C'est dans la Terre d'Endracht que M. le capitaine Freycinet et ses savans compagnons de voyage virent une des peuplades les plus misérables du monde , au développement et au perfectionnement de laquelle un sol affreux semble s'opposer.

Nous regardons comme une dépendance géographique de cette partie du Continent- Austral les deux petites Iles volcaniques et désertes , nommées Sa in t- Paul et Saint Pierre ou AmsterJam , parce qu'elles sont plus près de l'Australie que de l'Afrique , bien que les géographes s'accordent à les placer dans cette dernière partie dn monde. L'ile Saint-Paul, si remarquable par son volcan et par sa configuration, a été l'objet d'uue confusion singulière, signalée depuis long-temps par Malte-Brun , et néanmoins reproduite sur des cartes anglaises, françaises et allemandes , et dans les géographie* et dictionnaires géographiques publiés de nos jours, en appliquant à l'île Amsterdam, qui est la plus septentrionale, le nom et la description qui appartiennent à celle de Saint- Paul. Ce petit groupe est situé à près de 1,000 milles à l'ouest de la Terre de Leeuwin, à la longitude orientale de 75° a8' (ile Saint*Paul) et à la latitude australe de 38° 4a*.

La COTE SEPTENTRIONALE, subdivisée en Terre de Witt, qui occupe toute la partie occidentale et devant laquelle se développent les deux arclùpeis Je Dompter et de Bonaparte, composés d'îles sablonneuses et désertes; Terre de Va h Di aatair du Nord , près de laquelle sont situées les iles Bathurst et de Metville. C'est sur le détroit d'ApsIey, formé par ces deux iles, que l'on a fondé en i8a4 la colonie du Port-Cocebueh transportée ensuite au Port-Ravel es. Cet établissement deviendra peut-être d'une grande importance pour le commerce du trepang, dont les Chinois font une grande consommation. Terre d'Arhheim, qui occupe la partie moyenne de cette cote ; et Terrr de Carpevtarie, qui forme la plus grande partie de la cote orientale du grand golfe de Carpentarie.

Groupe de la Papouasie.

Nous proposons de réunir sous cette dénomination la grande terre conuue depuis long-temps sous le nom impropre de Nouvelle- Guinée > auquel, en suivant les conseils de notre ami M. Jules de Blosseville,

nous substituons celui de Papouasie, dérivé du nom de la partie la plus importante de ses habitnns, les Papouas. Nous y rattachons ensuite, comme dépendances géographiques, à cause de leur voisinage, plusieurs îles beaucoup plus petites. De cette manière le groupe de la Papouasie offre les deux divisions suivantes :

La PAPOUASIE ou la TERRE DES PAPOUAS (Nouvelle-Guinée). (Test la plat longue et une des plus grandes (les du monde ; elle est habitée par un grand nombre de peuplades nègres , outre plusieurs tribus Haraforas el de race malaisienne. Ces Papouas sont une assez belle variété des nègres Océaniens; quoiqu'ils aieut des membres grêles , leur taille est moyenne et leur peau d'un noir luisant ; leur chevelure, très épaisse et très frisée , leur donne un aspect repoussant ; M. de Rienzi nous assure qu'ils ressemblent beaucoup aux Noirs Changalas de l'Abyssinie. Ces sauvages sont moins abrutis que les autres ; ils montrent une grande adresse a gouverner leurs belles pirogues ornées de sculptures élégantes , et assez d'industrie dans la fabrication de leurs armes, de leurs cabanes et de quelques objets les plus indispensables à la vie. Us sont aussi, arec les Papouas de Waigiou, de la Nouvelle-Irlande et de l'archipel de La Pérouse(Saula-Cruz), les seuls Nègres connus du Monde-Maritime qui aient des temples et de nombreuses idoles , auxquelles ils adressent des offrandes. Les corocores malais et les jonques chinoises visitent fréquemment la partie nord-ouest de la Papouasie, dans le but d'en retirer des peaux d'oiseaux de paradis, des trépangs, des loris vivans, de l'écaillé de tortue, du tabac et surtout des esclaves. Cette vaste terre est partagée en un grand nombre de petits territoires gouvernés par des chefs indépendans, à l'exception de la petite partie qui est soumise au sultan de Tidor , dans l'archipel des Molnques. I*s montagnes sont peuplées par une autre race plus barbare nommée Àrfak'u ou Kndaméaes ; ces nègres se livrent cependant à l'agriculture et à la chasse. Les roars Do s. y et de PAt-

GUADE , la BAIE OE GeELWIHE , le GOLFE UE MaC-ClUER , la BAIE DE Hl'HROUlT , le GOLFE

ou rivière Dourga près du cap Walsh et la baie nu Tritoh sont les localités les plus remarquables. C'est dans celle dernière , à la latitude australe de 3° 33' , qu'un établissement hollandais a été formé en i8a8; on y a bâti un fort , qui a été nommé le fort no Bus ; le terrein au pied de la montagne Lancentsijsie où sera élevée la colonie , a déjà reçu le nom de Mekeus. Plusieurs tribus des indigènes de cette partie de la Papouasie sont de race papouas, professent le inahométisme . commercent avec les îles Moluques et celles d'Arrou , et parlent , outre leur propre langue , celle de Ceram ; quelques-uns prient en outre le malais.

Les ILES qui dépendent géographiquoment de la PAPOUASIE. Nous nous bornerons à nommer les suivantes comme les principales :

Gubbé (Goby) , presque sous t'équateur. Elle est petite , mais fertile et assez bien peuplée ; elle possède un bon port. Ses insulaires sont depuis long-temps dans l'habitude de fréquenter les îles situées vers Test , dans le voisinage de la Papouasie pour enlever des esclaves ou acheter les prisonniers que les tribus se font entre elles.

Le Groupe desîlesoesPafouas, dont les îles principales sont : W ai g ion, où se trouvent les rades de Roiu-Saiiu , de Rawar et les ports* d'OFFAX . de Piafis el de Charroi.; Sallwattf; Gamen et Dattanta. Ce groupe est bien peuplé et dépe»4 du sultan de Tidor dans l'archipel des Muluques. Nous rappellerons que c'est dans l'ik Waigiou , ainsi qu'à Dory et autres localités plus à Test habitées par des Papouas , qu'on a trouvé les oreillers en bois mentionnés à la page nt5.

Le petit Groufeoe Frrewi ll, que M. le capitaine Duperrey vient de prcmvt-r élre identique avec celui de Saint-David, décrit dans toutes les géographie*. Il e*t habité par des tribus de race malaisienne.

Le Groupe nu Geelwihr, devant la vaste baie deGeelwtuk, dont les ï'>«principales sont Misory (Schouten) et Dj'oùie.

Le petit Archipel ukDampier, dans le détroit de Dampicr, remarquable par scs volcans ; ses îles principales sont Rook et Longue.

Le netit Archipel de Scbovtiv , dont les îles V uleain , R ai ss- . Durville , etc. sont les plus importantes.

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