CLASSIFICATION DU GENRE HUMAIN
Dans le chapitre xie nous faisons observer l'inutilité de certaines divisions proposées et adoptées par tous les géographes; et, en signalant l'état encore vague et imparfait où se trouve la classification d'après laquelle on prétend partager tout le genre humain, soit en quelques variétés, soit en plusieurs espèces différentes, nous faisons sentir qu'on n'a pas encore rassemblé assez de faits bien constatés pour admettre cette importante classification dans un traité de géographie élémentaire. Dans la même chapitre, après avoir démontré l'absurdité de la classifi-
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cation qui est généralement admise sous le rapport des principales nuances de la civilisation , nous indiquons ce qui nous parait devoir être compris sous le nom de civilisation , et nous essayons de tracer les limites qui constituent les trois nuances principales de l'état social. Pour ne pas introduire des noms inusités, nous conservons les divisions déjà proposées par Malte-Brun , mais en rangeant dans un ordre nouveau et plus convenable, les nations que ce célèbre géographe avait nommées peuples civilisés, peuples barbares et peuples sauvages. Nous terminons ce chapitre en signalant l'inutilité et le vague des classifications qui ont pour base la nourriture, la position topographique, et les occupations des différentes nations du globe.
ethnographie . L'histoire et la géographie font pour ainsi dire à chaque page , mention des peuples dont l'une nous raconte le développement et les vicissitudes, tandis que l'autre nous indique leur position et nous décrit leur demeure ; mais nous ne connaissons aucun traité d'histoire et de géographie qui ait défini le mot nation. Nous avons donc commencé notre chapitre de la classification ethnographique du genre humain, par rappeler les trois acceptions différentes sous
lesquelles on prend le nom de nation; ensuite nous avons expliqué le sens qu'on doit attacher aux mots famille ethnographique, langue et dialecte, et nous avons fini par donner un résumé de la mappemonde ethnographique de notre atlas, comme le cadre général auquel doivent se rapporter les cinq tableaux que nous avons intercalés dans la géographie politique des cinq parties du monde.
religion. La religion influe sur les sociétés humaines d'une manière non moins puissante que les constitutionspolitiques, dont elle détermine souvent les formes, et que toujours elle affermit ou altère. Une classification du genre humain, basée sur les croyances religieuses, était donc de la plus haute importance. Mais celte classification, que depuis quelque temps on rencontre d'une manière plus ou moins incomplète, plus ou moins inexacte, dans presque toutes les géographies générales, se réduit pour les abrégés, à la simple nomenclature des religions, suivie de l'énumération des peuples principaux qui les professent. Nous avons cru que, pour donner une division moins vague, il fallait résumer en peu de pages les dogmes les plus essentiels des principaux cultes d'après leur ordre de génération et d'analogie.
§ II. Géographie ^
position astronomique . Chacune des descriptions générales commence par cet article, afin d'aider le lecteur à trouver sur les cartes la position de la partie du monde à laquelle elle se réfère. Dans l'état actuel de la géographie mathématique, si importante pour tous les pays hors de l'Europe, et qui laisse encore tant à désirer pour plusieurs régions de cette partie du monde, nous avons cru que l'on pouvait sans grave inconvénient négliger les fractions de degré ; en effet, autant l'indication de ces fractions est indispensable lorsqu'on veut tracer une carte, autant elle surcharge inutilement la mémoire dans un abrégé. A l'égard des parties du monde, des grandes régions, des grands états, les longitudes et les latitudes étant exposées en chiffres ronds, la mémoire les retient plus facilement. Il en est autrement, lorsqu'il s'agit de la position d'une ville ou des articles d'une transaction politique ; alors on ne doit pas se
ënerale , physique.
contenter d'une approximation; il faut donner la position aussi exacte que l'état de la science peut le permettre. Au reste, si le cadre de cet ouvrage ne s'y refusait, nous pourrions dresser un tableau comparatif des prétendues positions exactes des principaux états et des principales régions du globe, données par les traités de géographie et les cartes qu'on regarde comme irréprochables : ce tableau offrirait les disparates les plus extraordinaires. M. Klaproth a déjà signalé les différences énormes que présente la grande carte de l'Asie, publiée par Arowsmith, en 1822, avec les meilleures cartes spéciales des Russes et des missionnaires; la position de la ville de Koutché offre une différence de 4° 4' en longitude; celle d'Aksoti en présente une de 6° 5' dans le même sens. La position que Moorcroft a assignée il y a quelques années à Leh, capitale du Petit-Tibet, diffère de 3° 0' en latitude de la position donnée par les jé-
A LA GEOGRAPHIE
suites, et de 1° 19' de celle qui était indiquée par Danville. La latitude sous laquelle cette même ville est placée dans la carte que M. Elphinstone a jointe à sa description du Kaboul, n'offre pas moins de fi° 30 de différence avec celle de la carte du Tibet dressée par les jésuites.
dimensions. A la page 22, dans les principes généraux, nous définissons ce que l'on doit comprendre par dimensions de loîtgueur et de largeur, absolue ou relative. Nous ne donnons ces dimensions que pour les cinq parties du monde et pour les seuls états de l'Europe, afin d'accorder quelque chose à l'usage; mais nous les supprimons comme inutiles dans la description de tous les états des autres parties du globe.
Le reproche qui nous a été adressé par quelques savans estimables, de persister à nous servir d'une mesure linéaire que l'usage n'a consacrée qu'en Italie et qui complique les calculs, ce reproche exige que nous justifions la préférence que nous avons donnée au mille italien de 60 au degré, employé dans toutes les estimations de cet abrégé. Nous ferons d'abord remarquer que le mille dont il s'agit n'est pas exclusivement employé par les Italiens ; que c'est au contraire la mesure itinéraire qu'on pourrait appeler cosmopolite par excellence, nonseulement parce qu'il correspond exactement à la minute géographique commune à tous les peuples du globe, mais aussi parce qu'il est identique avec le mille nautique en usage chez tous les peuples maritimes de l'Europe civilisée et de ses colonies. D'ailleurs ce mille correspond exactement au tiers de la lieue marine de France de 20 au degré, qui est égale à la légua horaria d Espagne, au mille de Brabant, à la lieue marine d'Angleterre et à la lieue de Pologne ; il est égal au quart du mille Allemand, employé dans presque tous les ouvrages de géographie composés par les savans du Nord et de l'Orient de l'Europe. Tous ces motifs nous ont engagé, au début de notre carrière géographique, à adopter cette mesure pour tous nos calculs; nous n'y avons jamais dérogé, et nous n'y dérogerons jamais. Tout lecteur pourra facilement réduire nos mesures à celles qu'il croira plus convenables, à l'aide du beau travail dont M. Guérin a bien voulu enrichir cet abrégé.
users f ooz.rES, etc. Pénétré de l'importance et de la nécessité de préciser en géographie, comme dans les autres sciences , la valeur des mots par lesquels on désigne chaque partie constituante du globe , nous avons consacré à ce travail une partie de nos veilles. Dès l'année 1817, nous avons publié le résultat de nos recherches dans notre Compendio di geografia , en proposant une division aussi naturelle que méthodique de l'Océan et de ses nombreuses branches , division que nous avions déjà ébauchée bien longtemps auparavant et dès 1808, en publiant notre Géographie par bassins. Nous avons proposé même plusieurs dénominations, pour embrasser de vastes espaces que jusqu'alors les géographes avaient laissés sans nom , mais qu'il fallait enfin réunir et nommer d'une manière quelconque. Nous avons obtcaiâ ià plus belle récompense de notre travail , en voyant ces résultats non-seulement approuvés, mais même adoptés par un savant célèbre.
Mais nous n'avons jusqu'iciaucune raison pour renoncer à quelques-unes de nos dénominations et même à quelques divisions de l'Océan , que ce savant n'admet pas. Ainsi , nous conservons celle du Grand-Océan , que contre son avis .
nous persistons à regarder, avec tous les géographes, comme la plus vaste étendue d'eau qui existe sur le globe, malgré les innombrables lies qui forment la Polynésie; car ses terres, dont le nombre est prodigieux , sont presque imperceptibles, comparées à la masse d'eau qui les environne, et qui a reçu justement cette qualification contestée par un seul écrivain.
fleuves. Les fleuves jouent un rôle trop important dans la géographie physique et politique, pour qu'il nous fût permis de glisser légèrement sur ce sujet.
Sans doute , si nous avions voulu imiter nos devanciers, nous aurions pu nous épargner bien des recherches et diminuer de beaucoup le nombre de pages de notre volume ; mais cela n'aurait pu se faire qu'aux dépens de la science. Ce n'est pas faire connaître un grand fleuve que d'indiquer sommairement en quel pays il naît , près 4e quel lien il entre dans la mer, où iv.2me quelles régions principales, quelles villes importantes il baigne; il faut décrire son cours entier, non-seulement en signalant la direction de son courant principal et ses subdivisions en dif-
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ferentes branches lorsque cela a lieu , comme dans le Nil, POrénoque, le Gange, etc. ; mais aussi en traçant le cours de ses principaux affluens et même des courans du premier et du second ordre, qui grossissent la masse d'eau de ces derniers; en un mot en décrivant tout le territoire hydrographique du fleuve, ou son bassin. Pour éviter les répétitions, et pour donner au lecteur une idée précise du cours des grands fleuves qui traversent différens états , on doit nécessairement les décrire dans la géographie générale. C'est aussi ce que nous avons fait ; et une longue expérience nous a prouvé que c'était la seule méthode que l'on pût suivre avec succès dans l'enseignement. Parla manière dont nous avons décrit tous les grands fleuves dans les chapitres généraux et dans la description particulière des états de chaque partie du monde , on peut dire que cet abrégé renferme une véritable géographie par bassins. Afin de donner au lecteur une idée précise du cours d'un fleuve , on a employé des lettres capitales pour exprimer le courant principal , avec les noms divers qu'il prend quelquefois en poursuivant sa marche , soit en s'accroissant par l'union de plusieurs branches, soit en s'élargissant au point de présenter des lacs plus ou moins étendus, soit enfin en se subdivisant en plusieurs bras avant d'arriver à la mer. D'autres caractères, italiques ou romains , plus petits et plus ou moins espacés, ont été employés pour exprimer les affluens du premier, du second et du troisième ordre. Tous les fleuves de chaque partie du monde sont rangés d'après les mers principales auxquelles ils aboutissent, de manière que le lecteur peut , d'un coup-d'œil, à l'aide des articles fleuves la géographie générale ou particulière , avoir la géographie par bassins, ou d'une des cinq parties du monde , ou d'un état quelconque et comparer ensuite ces divisions naturelles avec les divisions politiques indiquées en leur lieu.
Dans le texte, nous n'avons pas manqué d'indiquer les doutes qui subsistent encore à l'égard du cours de plusieurs fleuves , et nous avons signalé aussi l'inconvénient de regarder comme courant principal une branche beaucoup moins longue que celle que l'on considère comme secondaire. V Amazone , le Mississipi, etc., en Amérique; le Ienisseï, le Kiang, etc ,
en Asie , peuvent être cités comme les exemples les plus remarquables de cette anomalie géographique , dont notre Europe n'est pas exempte. Mais si le géographe peut et doit même respecter ces vieilles erreurs consacrées par l'usage, afin d'éviter la confusion que ne manquerait pas de produire une brusque innovation, il peut et doit aussi être moins réservé à l'égard des fleuves qui n'appartiennent pas à l'Europe, surtout lorsqu'ils portent déjà plusieurs noms divers selon les différens pays qu'ils traversent. C'est à l'égard de ces grands fleuves que le géographe devrait , sans aucune exception , regarder toujours comme courant principal la branche dont la source principale est la plus éloignée de l'embouchure.
Nous devons signaler comme une autre manière erronée de considérer les fleuves, l'usage de quelques géographes, qui regardent des fleuves d'un cours très long et d'un grand volume d'eau, comme les affluens d'un autre fleuve, avec lequel ils n'ont pourtant de commun que le voisinage de leurs embouchures; nous citerons particulièrement le Brahmapoutre, envisagé comme un affluent du Gange, et le Tocantin, compté parmi les affluens de l'Amazone.
Dans le chapitre des définitions, ainsi que dans le texte de la géographie générale et particulière, nous avons indiqué les principales bifurcations que présentent les bassins de quelques fleuves, phénomènes très remarquables, mais que beaucoup d'auteurs négligent entièrement.
Nous aurions voulu donner un tableau de la superficie des principaux bassins du globe, et un autre tableau de la longueur comparative des principaux fleuves; mais nous n'avons pas eu le loisir nécessaire pour nous livrer aux longues recherches qu'exige leur rédaction. Ce qui a été publié dans ce genre est tellement rempli d'erreurs, que nous n'avons pas osé en faire usage. Quelle confiance pouvions-nous d'ailleurs avoir dans des tableaux où l'on n'indiquait ni les cartes sur lesquelles on avait fait les calculs, ni la méthode qu'on avait suivie, ni l'époque à laquelle ces estimations devaient se rapporter? Cette dernière indication est très importante à l'égard de certains fleuves de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, dont le cours n'a été exploré, en totalité ou avec quelque préci-
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sion , que depuis quelqnes années seulement. Quelle confiance pouvions-nous avoir en voyant dans les années 1825 et 1831 estimer la longueur du Danube , égale à celle du Volga; attribuer au Bahr-el-Azrek , qui nait dans l'Abyssinie, la longueur que l'on s'accorde à donner au Bahr-el-Abiad descendu des montagnes de la Lune; puis omettre parmi les grands fleuves de l'Asie , le Kiang dont le cours est le plus long après celui du Jenisseï, et indiquer cependant le Hoang dont le cours est beaucoup moins étendu; assigner enfin au Brahmapoutre un cours plus long que celui du Gange, et cela plusieurs années après l'exploration des officiers anglais, et après les savantes discussions de M. Klaproth.
îles. Ces accidenssi remarquables dans le système général du globe méritent d'être traités avec détails; mais leur description n'est pas sans difficultés, malgré les progrès de la science. Plusieurs circonstances topographiques-, généralement ignorées ou négligées, embarrassent souvent le géographe. Dans notre chapitre des définitions, on verra ce que nous entendons par une île. Nous placerons ici quelques remarques sur la classification des îles, et nous signalerons quelquesunes des anomalies offertes par certaines d'entre elles.
Plusieurs parties du territoire de l'Angleterre sont qualifiées mal-à-propos du titre d'îles; la prétendue île de Thanet, dit M. Meidinger, sur laquelle se trouvent Margate et Ramsgate, reçoit ce nom uniquement parce que le Stour, rivière d'un cours très borné, la sépare du continent de l'Angleterre dii côté du sud, et le Nethergong du côté de l'ouest; mais il s'en faut de beaucoup qu'on puisse en faire le tour par eau : ce n'est, de fait, qu'une presqu'île. Des ruisseaux environnent une partie du comté de Lincoln et forment la prétendue île d'Axholme (Isle of Axholine); d'autres deviennent des presqu'îles à la marée basse; c'est ainsi que de Vile Holy, dans le comté de Durliam, on peut passera gué sur le continent de l'Anglelerre. Dans Pile de Ceylan, sur la côte occidentale, on remarque la péninsule de Calpenteen, qui devient une île à la marée haute; on peut en dire autant de la péninsule de Jafnapatan dans la même île. Les géographes anglais regardent
comme deux îles différentes celles de Lewis et de Harris, dans le comté de Ross, qui ne sont, à proprement parler, qu'une seule île, puisqu'elles sont réunies par un isthme, qui, à la marée haute, est recouvert par les eaux de la mer. On peut appliquer la même observation aux îles de Manaar et de Ramisseran, près de Ceylan, qu'une longue série de rochers, connus sous le nom de Pont-d'Adam, réunit à marée basse. La prétendue île d'Ely (isle of Ely), dans le comté de Cambridge, est depuis long-temps réunie au continent à cause des grands dessèchemens qu'on a faits dans cette partie de l'Angleterre; malgré cela, dans le langage des bureaux et dans plusieurs géographies, cette partie du comté porte encore le titre d'île.
L'article îles, dans la géographie générale, nous a fourni le moyen de classer convenablement un grand nombre de terres d'une étendue considérable, que nous n'aurions su où placer, dans une géographie, rédigée d'après les divisions politiques actuelles, ces terres étant entièrement désertes, ou n'appartenant exclusivement à aucune des grandes nations maritimes. C'est ainsi que, dans les îles de l'Europe, nous avons pu donner la description du Spitzberg, qui n'appartient pas seulement à la Russie, mais où il se trouve de faibles établissemens faits par des Russes et par des Norwégiens. C'est ainsi que nous avons pu décrire à leur place les nombreuses îles découvertes il y a plusieurs années à l'extrémité boréale et à l'extrémité australe du nouveau continent; de même, une foule de terres éparses sur le globe ont pu être classées , d'après leur plus ou moins grand éloignement des deux continens, comme dépendances géographiques de Pun ou de l'autre.
A la page 459, nous avons fait observer que les géographes Suédois et Norwégiens ne regardent pas comme des îles proprement dites cette longue chaîne d'îlots et de véritables îles qui bordent les côtes de la Scandinavie. Nous n'avons tenu aucun compte de cette différente manière de voir; car, dans les sciences, il faut, autant que possible, préciser les idées et les généraliser en les étendant à tous les objets qui présentent les mêmes caractères distinctifs. Nous avons donné en son lieu la définition d'une île ; nous
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avons regardé et qualifié comme telle tout espace terrestre qui ntfus a paru réunir les conditions requises. Agir différemment à l'égard de choses qui depuis long-temps ont l'avantage d'avoir été définies de la manière la moins équivoque, c'eût été tout confondre gratuitement.
A la page 31, nous avons indiqué le seul principe d'après lequel le géographe doit ranger les lies comme dépendances géographiques de chacune des cinq parties du monde. Nous croyons utile d'ajouter ici, à l'appui de ce que nous disons des Açores, que cet archipel offre en outre le point de départ le plus commode pour le partage des deux hémisphères dans le tracé des mappemondes. Le fameux géographe JVîereator avait eu , dès le xvie siècle, l'heureuse idée de faire passer le premier méridien au centre de l'ile de Corvo, si remarquable par sa position occidentale et par son pic majestueux.
On s'étonnera peut-être que nous nous soyons borné à ne faire qu'une simple mention de certaines iles remarquables par leur étendue, et sur lesquelles les géographies, même abrégées, entrent dans des détails assez étendus ; mais il fallait opter entre des choses communes et des remarques importantes vraiment propres à caractériser l'état de la civilisation ancienne et moderne de certains peuples.
Voilà pourquoi nous n'avons pas hésité à exposer rapidement, dans le tableau des divisions administratives de l'empire chinois, le peu que nous avions à dire suites grandes iles de Formose et d'Haï-nan, qui n'offrent rien de bien remarquable, tandis que nous sommes entré dans quelques détails sur l'Ue de Ceylan , à cause » de ses monumens , de ses ports magnifiques, de ses riches produits et de l'importance politique , commerciale et militaire que celte ile a acquise sous la domination anglaise.
montagnes. La grande importance des montagnes dans la détermination des climats physiques , des gisemens minéralogiques, des stations propres aux végétaux et aux animaux, et le grand rôle qu'elles jouent dans les révolutions politiques des peuples anciens et modernes, nous ont obligé d'entrer dans quelques détails sur ce qui les concerne. Pour éviter les méprises et les erreurs , suites de certaines classifications erronées, nous croyons devoir présenter ici quelques observations.
Elles répandront, peut-être, un peu de lumière sur ce sujet encore très confus , et serviront d'éclaircissement aux classifications orographiques, presque toutes entièrement nouvelles, que nous donnons dans cet abrégé.
Aucun principe fixe ne parait avoir guidé les géographes et les naturalistes qui, jusqu'à présent, se sont occupés de la classification générale des montagnes»
Quelques-uns ignorent complètement le vrai sens du mot système, ou ne veulent pas l'adopter ; les uns appellent système de montagnes ce que d'autres regardent comme des groupes, tandis que d'autres appliquent celte dernière dénomination aux simples chaînes. Il ne manque pas de savans, d'ailleurs estimables, qui, étran * gers à la géographie proprement dite , viennent augmenter ce désordre par l'in troduction des classifications géologiques, assujétissant les caractères que tout géographe instruit doit regarder comme principaux à ceux qui ne doivent être pour lui que secondaires. Indépendam ment du petit nombre de chaînes dont on connaît actuellement les caractères géognostiques , circonstance qui suffit à elle seule pour faire rejeter provisoirement toute classification générale des montagnes du globe, qui serait basée sur la nature et la disposition de leurs couches, nous ferons observer que la hauteur , la position, la direction des montagnes constituent seules leur importance géographique, vu les modifications qu'elles produisent dans les climats physiques, dans la station des animaux et des végétaux et dans les relations des peuples entre eux . Partant de ce principe , qui nous parait incontestable, dès l'année 1815, nous avons réuni en massifs plus ou moins grands que nous avons nommés systèmes, toutes les principales hauteurs connues du globe ; nous y avons distingué des groupes composés de plusieurs chaînes.
Nous avons divisé celles-ci en chaînons, branches, collines, etc., etc. Dans chaque système nous avons considéré comme chaîne principale celle des points cul— minans de laquelle dérivent les grands cours d'eau considérés relativement à un grand réservoir, tel que l'Océan et les Méititerranées. Depuis notre premieressai, de nouvelles recherches nous ont prouvé la né cessité, non-seulement de conserver tous les systèmes proposés dans la première
À LA GEOGRAPHIE
édition de notre Compe?îdio, et d'en augmenter même le nombre. Si l'on persiste à considérer, d'après les plus célèbres géographes, d'un côté les Pyrénées, de l'autre les montagnes qui forment le système Hercynio-Cairpathien, comme des massifs indépendans du système des Alpes proprement dites, il faudra bien en déterminer les limites. Or, c'est en cela que consiste la plus grande difficulté de cette classification. Viendra-t-on nous objecter que la vallée du Rhin n'est pas assez large pour former la séparation entre l'Hundsruck qui se rattache aux Vosges, et le Taunus qui, par le Vogelsgebirge et le Rhôngebirge, tient au Fichtelgebirge, un des grands nœuds du système Hercynio-Carpatliien? Mais aussi nous pourrions objecter à ceux qui regardent les montagnes delà péninsule hispanique comme un massif indépendant des Alpes, que le bassin parcouru par le canal du Languedoc est trop peu large pour former une séparation entre le système hespérique et le système alpique.
Dans l'état actuel de la géographie, on il faut renoncer à toute classification des montagnes, ce qui serait jeter la confusion dans une des parties les plus importantes de la science, ou bien il faut adopter des divisions générales susceptibles de certaines modifications. La nature se joue de nos systèmes, de nos classifications ; il faut toujours les modifier d'après des circonstances particulières. Dans la détermination des systèmes de montagnes , il y a plusieurs circonstances qu'on ne saurait négliger sans de graves inconvéniens. Nous signalerons entre autres certaines divisions généralement reçues et consacrées par un laps de temps considérable ; la direction de la ligne qui indique le principal partage des eaux ; la position des sommets les plus élevés de tout le système, et parfois même des souvenirs historiques ou des considérations politiques dont il faut tenir compte.
On peut regarder, si l'on veut , toutes les montagnes de l'Asie comme autant de rameaux d'un seul et même tronc, tant il 6emble, au premier coup-d'œil , que toutes partent de cet immense plateau qui s'élève au milieu de la surface de cette oarliedu monde. Mais dès qu'on examine avec attention les meilleures cartes, on voit que la plaine du Gange et le désert de PAdjmcr séparent les hauteurs qui ser-
pentent dans la péninsule, de celles qui appartiennent au grand système de l'Asie* Centrale. D'un autre côté , la dépression si remarquable du sol qui environne la mer Caspienne et celle d'Aral , plusieurs lacs salés et des déserts d'un niveau très bas , forment la séparation entre le massif de l'Oural et celui de l'Ail aï-Hymalaya, tandis que les déserts assez unis du nordest de l'Arabie , forment une interruption de hauteurs, suffisante pour faire regarder les derniers rameaux qui descendent du Liban, comme entièrement indépendans de ceux qui viennent du plateau central de la péninsule arabique.
Les nombreuses montagnes qui couronnent les îles offrent des difficultés non moins grandes dans leur classification. Faudra-t-il en faire autant de systèmes indépendans des uns des autres?
ou bien faudra-t-il les considérer comme des dépendances d'un système continental voisin? ou bien encore conviendra-t-il de les réunir en un système insulaire ? Nous avons regardé comme une dépendance du système alpique les montagnes de la Sicile , que le détroit de Messine sépare à peine de celles de la péninsule italienne; nous avons vu un appendice du système scandinavique, dans la longue chaîne d'Iles très élevées qui bordent la côte nord-ouest de la Norwège ; mais nous avons élevé au rang de systèmes indépendans les montagnes des lies britanniques , des lies Açores et des îles , qui , au nord de l'Europe , forment le groupe du Spitzberg. Quoique les pics élevés de la petite chaîne de la Crimée-Méridionale, soient tout-à-fait séparés des trois systèmes Slavique, Slavo-hellénique et Taurocaucasien , nous n'avons pas hésité à regarder ces hauteurs comme une dépendance de ce dernier système, tant à cause de l'extrême voisinage de la chaîne du Caucase, que du peu d'étendue qu'a le chaînon de la Crimée.
Mais l'emploi même du terme chaîne exige quelques observations. Il n'est presque aucune des grandes chaînes connues qui soit composée de montagnes absolument contiguës par leurs bases apparentes. Des vallées plus ou moins larges et profondes , des plaines élevées ou doucement ondulées séparent, à différens intervalles, ces prétendues chaînes continues. Si nous persistons à employer ce terme, c'est pour aider à l'intelligence
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des lecteurs qui s'y sont accoutumés; c'est pour éviter l'introduction de nouvelles dénominations. C'est ainsi que nous avons considéré comme la même chaîne les Kar- -pathes-Orientaux , les Karpalhes-Occidentaux, lesSudètes, VErzgebirge , le Fichtelgebirge et le Schwarz-Wald (Forêt-Noire) , malgré les grandes interruptions qui les séparent.
Après la position et la direction des montagnes, c'est la détermination de leur hauteur qui doit surtout attirer l'attention et concentrer les recherches du géographe. Si les huit ou neuf mille côtes de hauteurs que l'on est parvenu à connaître étaient réparties également sur toute la surface du globe , cette partie de l'orographie n'offrirait pas les lacunes immenses qui causent les regrets du géographe. Plus des neuf dixièmes de toutes ces hauteurs appartiennent aux parties montueuses les plus connues de l'Europe et à diverses contrées de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique , objets des explorations récentes de quelques célèbres voyageurs. Tout le reste de la terre n'offre qu'un petit nombre de sommets dont on connaisse la hauteur ; et souvent il faut même se contenter d'une simple approximation. Les géographies et les tableaux orographiques du globe donnent une foule de chiffres pour les régions les plus connues , telles que la Suisse, l'Italie, l'Allemagne , la France, la Grande-Bretagne, la Scandinavie, quelques parties de l'Inde, de l'Asie-Russe et des Etats-Unis, quelques cantons du Mexique et de la Colombie, quelques fractions de l'Afrique , enfin quelques lies de l'Océanie ; mais ces mêmes recueils de documens gardent le silence sur la hauteur des montagnes de toutes les autres régions du globe. Nous avons cru devoir traiter ce sujet d'une manière différente ; nous avons tâché d'offrir au lecteur le tableau abrégé, mais complet, de l'état actuel de cette partie de la géographie; nous avons , en conséquence , donné tous les points culminans connus de chaque système , et lorsque nous l'avons pu ceux des chaînes principales. Dans un travail semblable , il ne s'agit pas d'entasser toutes les mesures connues, mais d'en donner un certain nombre, en les choisissant parmi les plus remarquables, surtout en tâchant d'indiquer, au moins approximativement, un ou deux points culminans, sinon de chaque chaîne, du moins de
chaque système. C'est ce qui n'avait pas encore été fait jusqu'à présent.
Mais quelques observations importantes , faites par un astronome célèbre , éclaireront mieux ce sujet. « Le nombre de points, dit M. Arago, dont l'élévation au-dessus du niveau de l'Océan se trouve irrévocablement fixé, est très considérable; et néanmoins, sans parler ici des contrées où les géographes n'ont pas encore pénétré, il serait difficile de dire avec certitude, pour PHymàlaya, pour le Caucase, pour les Cordillères, et même pour quelques chaînes de l'Europe, si l'on a véritablemenl mesuré les points culminans. Ce n'est pas qu'en tout lieu le voyageur n'ait dirigé son attention sur les sommités qui lui paraissaient les plus élevées; mais malheureusement en ce genre les apparences sont souvent trompeuses, et rien ne saurait suppléer à une mesure effective. L'isolement plus ou moins grand d'une montagne, l'inclinaison de ses pentes, sa distance, sa forme, la disposition et la hauteur des terrains environnans, l'état de l'atmosphère enfin, sont autant de causes d'illusion dont l'observateur le plus exercé ne saurait s'affranchir et qui disparaissent seulement devant le baromètre et les instrumens géodésiques. S'il fallait citer des exemples à l'appui de ces réflexions, ils ne manqueraient pas. Ainsi, je pourrais dire qu'au commencement du xvme siècle, on regardait généralement le pic de Ténériffe comme la plus haute montagne du glote, quoique les Alpes suisses renfermassent des sommités qui le surpassent de plus d'un tiers, quoique des milîiers de voyageurs, revenant du Pérou, eussent aperçu la grande Cordillère des Andes, et visité même des villes populeuses établies sur des plateaux beaucoup plus élevés que le pic. Je pourrais faire remarquer aussi que les Pyrénées avaient été parcourues par de savans académiciens, munis de grands instrumens, qu'on donnait encore le Canigou pour la plus haute sommité de la chaîne, tandis que nons savons aujourd'hui non-seulement que la Maladetta, le Mont-Perdu, le Cylindre, etc., le surpassent de 600 mètres; mais encore, d'après les observations récentes de M. Corabeuf , qu'à une petite distance de cette montagne, dans les limites même du département des Pyrénées-Orientales, il existe des sommités de uo mètres plus élevées, etc. ; il ne faut
A LA GEOGRAPHIE
donc pas s'étonner si, de temps à autre, certains pics descendent du rang qu'on leur avait assigné. Le Mont-Blanc luimême, depuis si long-temps en possession de la première place dans le système des montagnes européennes, a failli la perdre à la suite d'une mesure imparfaite du Mont-Rose ; aujourd'hui c'est le tour du Chimborazo. Celte montagne, si célèbre par les travaux de Bouguer, de La Condamine, et surtout par ceux de M. de Humboldt, n'est plus la plus haute sommité du globe, comme on le supposait depuis tant d'années; les mesures de l'flymàlaya l'ont prouvé; elle n'est pas même, à beaucoup près, la pins haute des Cordillères; M. Pentland vient de le reconnaître de la manière la plus évidente, dans un voyage très intéressant dont tous les amis des sciences désirent la prompte publication. »
Notre cadre ne nous permet pas d'indiquer tous les ouvrages que nous avons compulsés pour rédiger l'article montagnes dans chaque partie du monde. Nous nous bornerons à signaler ceux auxquels nous avons fait le pius d'emprunts, ou qui nous ont le plus servi pour les classifications que nous avons tracées : ce sont les ouvrages de M. de Humboldt, pour la direction et la hauteur des montagnes du Nouveau-Monde et de l'Asie-Intérieure; ceux de M. Klaprolh, pour les systèmes qui traversent l'empire Chinois et l'Asie centrale; les travaux publiés par les Anglais, pour les montagnes de l'Inde, en deçà du Gange, et le beau travail de M. Brûguièrc sur l'orographie de l'Europe.
Les faits importans recueillis il y a quelques années par d'infatigables voyageurs et d'habiles marins, nous ont aidé a remplir une foule de lacunes et à rectifier plusieurs erreurs. Ainsi, par exemple, nous devons à l'amitié de M. Simonov, professeur d'astronomie à l'université de Kazan, et employé comme astronome dans l'expédition du capitaine Beilinghausen, la mesure exacte du Pic-Egmont dans la Tasmanie (Nouvelle-Zélande), qui n'a que 1274 toises de hauteur perpendiculaire, au lieu de 2395 qu'on lui donne dans tous les ouvrages les plus estimés, d'après l'évaluation approximative de Forster.
C'est M. de Rienzi qui nous a mis en état d'indiquer la hauteur du Pic-Cavayan dans les Philippines et de YAmba- Hadji dans l'Abyssinie. C'est encore d'a-
près MM. Ferry et Terletzky que nous réduisons à 574 toises et demie le plus haut point de cette chaîne, tandis que depuis long-temps on s'accorde à donner 1037 toises au Pavdinskoïkamen, qui cependant, ne passe point pour être le point culminant de l'Oural. Enfin, d'après les mesures prises par des voyageurs Russes, nous portons à 2700 toises la hauteur de VArarat, montagne à laquelle on n'assigne encore généralement que 1600 ou tout au plus 2000 toises. Nous ferons même observer à propos de cette dernière montagne, que, dans notre Essai sur la statistique du royaume de Perse, publié en 1826, nous l'avions déjà estimée approximativement au moins à 2500 toises, d'après l'idée que nous nous étions faite de sa hauteur, sur la description puisée dans les auteurs Arméniens que nous en avait donnée M. Saint-Martin. La mesure exacte, prise par M. Parrot (ils, dans son ascension, a confirmé ces conjectures, et a assigné à cette montagne une place parmi les plus hautes de l'Asie. Nous avons cité ces exemples, que nous pourrions faire suivre d'un grand nombre d'autres, afin qu'on ne regardât pas comme des erreurs des évaluations positives ou approximatives, résultat de longues et difficiles recherches, parce qu'elles diffèrent beaucoup d'autres estimations regardées généralement comme exactes et admises comme telles dans tous les tableaux orographiques du globe. Nous devons aussi avertir que nous avons ajouté un point d'interrogation après les mesures douteuses, et deux après toutes celles que nous avons calculées nous-mêmes suivant des méthodes approximatives, et en tenant compte de toutes les circonstances qui doivent entrer comme élémens dans ces sortes de calculs.
Quelques critiques nous reprocheront peut-être de n'avoir pas assigné une place parmi les principales hauteurs de l'Amérique, aux chaînes connues sous le nom de Cerros de Alta-Gracia et del Bergantin, entre le méridien de Caracas et celui de Cumana; à la chaîne qui, dans le district des Missions et dans la ci-devant province Cisplaline du Brésil, s'étend entre les 28° et 34° 30' de latitude, en séparant les versans de l'Uruguay de ceux de la côte orientale; à une autre suite de. hauteurs considérables que l'on repré-
INTRODUCTION
sente dans le centre de l'Amérique-du- Sud, comme formant la séparation entre les eaux tributaires de l'Amazone et celles du Rio de la Plata, ainsi qu'à une autre chaîne de PAmérique-du-Nord, qui sépare les bassins du Saskatchawan et de la Rivière Rouge (du Winnipeg), de ceux du Missouri et du Mississipi. Toutes ces chaînes, nous dira-t-on, sont figurées sur des cartes assez généralement estimées et récemment publiées; pourquoi les passer sous silence? Pour toute réponse nous ferons observer que les explorations de MM. de Humboldt, Oifers, Spix et Martius, Pohl, Eschwege, Long et autres voyageurs célèbres ont, depuis assez long-temps, démontré que ces hauteurs étaient purement imaginaires. Déjà, sur quelques cartes publiées à Paris, à Berlin, à Vienne et à Londres, par de savans géographes, des plaines entièrement unies ont pris la place des chaînes d'Alta-Gracia et de Bergantin, et des collines ou des plateaux peu élevés et légèrement ondulés, ou bien un simple relèvement de deux contrepentes dans les plaines, ont remplacé ces prétendues chaînes de montagnes.
Pour éviter les répétitions, et en même temps pour ne pas séparer des choses qui doivent être réunies, nous avons tracé la direction des chaînes principales de chaque système et indiqué leurs points culminans dans le chapitre consacré à la géographie physique générale de chacune des cinq parties du monde. Nous n'avons donné ensuite, dans la description particulière de chaque état de l'Europe, que l'indication des points les plus élevés des systèmes dont les chaînes principales ou secondaires traversent le territoire de ces états. Le lecteur sait déjà pourquoi nous n'avons imposé qu'avec une extrême réserve des noms nouveaux, aux nouveaux groupes que l'état actuel de la science nous obligeait de former.
Nous devons encore prévenir un autre reproche Vomissions graves qui pourrait nous être adressé par des juges peu compétens. Nous avons cru pouvoir passer entièrement sous silence quelques prétendues hauteurs prodigieuses , telles que la montagne de Hickershill dans les Florides , le Coïmbatorine MU du Nilgherry dans l'Inde, et les montagnes très élevées de la Terre des Etats, à l'extrémité de l'Amérique -Méridionale.
En effet, nous savons, d'après les renseignemens que nous a donnés le major Poussin, que la plus grande élévation des Florides n'est que de 240 pieds anglais , chose qui rend tout-à-fait inconcevable Pépithète de montagnes prodigieuses que lui donne le révérend évêque de Mobile. Nous lisons dans le East-tndia Gazetteer de M. Hamilton , à l'article Coïmbaloor, que la prodigieuse élévation du Coïmbatorine Hill n'est que de 6548 pieds anglais au-dessus de l'Océan. Enfin un capitaine anglais , qui en 1829 a visité Vile des Etats n'estime qu'à 2000 pieds la hauteur de ses rochers. Si l'on voulait ranger parmi les montagnes toutes les inégalités du sol, qui, dans les différens pays, surtout ceux qui consistent en vastes plaines, reçoivent le litre pompeux de mont, on verrait reproduire sur les cartes une foule de hauteurs très peu considérables et quelquefois même entièrement imaginaires , dues soit au peu de connaissance que les voyageurs ont de la langue du pays qu'ils parcourent, soit à la manière inexacte dont s'expriment les indigènes. Ainsi, par exemple, le mot monte, synonyme en Espagnol de forêt a fait tracer sur les cartes de l'Amérique un grand nombre de montagnes qui n'ont jamais existé. Les Canadiens dit M. M'Grégor, nomment montagnes, des collines qui ne dépassent jamais 340 pieds, et dont l'élévation moyenne est de 83 à 1 00 pieds; les habitans de la vaste forêt de Bialowicza, située dans les gouvernemens de Bialystock et de Grodno , disent qu'ils vont à la montagne quand ils vont à la Bialowicza, quoique le terrain de cette forêt soit presque entièrement plat.
plateaux, u L'étude de ces masses saillantes de notre globe, dit M. Lamouroux, est indispensable au géographe chargé de tracer les limites des empires, au géologue qui veut pénétrer les mystères des anciennes révolutions du globe, au minéralogiste qui cherche à connaître la composition des montagnes , par les débris que les eaux entraînent ; enfin, à l'ingénieur qui doit diriger de grands travaux hydrauliques. »
Malgré leur grande importance, ces portions de terre sont entièrement négligées dans les traités de géographie , ou bien n'y sont indiquées que d'une manière superficielle ou erronée. Nous pourrions citer tel prétendu plateau, qui, non-seu-
A LÀ GEOGRAPHIE
lement n'est pas plus élevé que les plaines de la partie du monde à laquelle il appartient , mais qui est même une des régions les plus basses. Ayant senti toute l'importance de ce trait principal de la géographie physique, nous avons tâché de grouper dans chaque partie du monde, tous les terrains qui nous paraissent pouvoir être regardés comme de véritables plateaux, et nous osons nous flatter d'offrir, dans cet abrégé, sinon un travail complet, du moins un essai dans ce genre, aussi neuf qu'étendu.
volcans. « Les détails que la plupart des voyageurs nous ont transmis sur les volcans sont incomplets et très vagues.
Aux yeux de l'un, toute portion de terrain ; d'où il s'élève un peu de fumée ou sur i laquelle on aperçoit quelques étincelles, i est un volcan ; l'autre n'accorde ce nom qu'aux moMagnes qui lancent incessamment des torrens de laves, de matières incandescentes et de cendres. Le premier inscrira dans son catalogue les flammes légères de Pietra-Mala, de Barigazzo, de Velleïa, de la Perse, de la Caramanie ; le second rangera Santorin lui-même dans la classe des solfatares. Il faut joindre à cette première difficulté , la difficulté plus grande encore d'établir quelle distance doit séparer deux cratères pour qu'ils soient l'indice de deux volcans distincts. A Ténériffe, l'éruption de 1706 se fit par une bouche éloignée de deux lieues du pic; celle qui détruisit Garachico était du côté opposé, dans un point distant du même pic, d'une lieue et demie; il y avait donc trois lieues et demie entre les deux bouches , sans que personne ait songé à les considérer comme appartenant à deux volcans distincts. Mais maintenant regarderons-nous Plie de Palma, où il y eut une éruption de laves en 1699, comme renfermant un volcan séparé de Ténériffe? La destruction du tiers de l'Ile de Lancerote , en 1730, devra-t-elle être considérée comme l'effet d'une éruption latérale du volcan du pic, ou comme l'indice d'un volcan particulier? Quel est le laps de temps que l'on doit admettre pour regarder un volcan comme éteint? Celui de Ténériffe s'était reposé quatre-vingt-douze ans, lorsque, le 9 juin, il commença subitement l'éruption de 1798. Le sommeil du Vésuve avait été encore bien plus long, lorsque son cratère se rouvrit en l'an 79 après Jésus-Christ, et ensevelit les villes
d'Herculanum, de Pompeïa et de Stabies.
Après avoir brûlé pendant un millier d'années, ce volcan parut s'être totalement éteint, à tel point qu'en 1611, la montagne était habitée jusque près de son sommet, et qu'il existait un taillis et de petits lacs dans l'intérieur du cratère. Cependant depuis lors, son cratère se rouvrit de nouveau, et le Vésuve est actuellement regardé comme un des volcans les plus actifs. »
Ces remarques judicieuses , dues à M. Arago, doivent être étendues aux volcans sous-marins de l'archipel proprement dit , à ceux des lies de Lipari , des Açores, des Aléoutes, de l'Irlande, et de la mer des Indes. Pour ne parler que d'un seul volcan de cette espèce très peu connu , nous citerons l'éruption qui eut lieu, en 1757, à trois lieues de Pondichéry ; elle a été vue et mentionnée par Prior. Depuis lors on n'en a pas observé d'autres dans ces parages.
La multiplicité des langues que parlent les indigènes de l'Amérique méridionale , doit être regardée comme la source inépuisable d'une foule de méprises qui tendent à multiplier le nombre des volcans de cette partie du monde. Bien souvent une même montagne y porte , chez différentes tribus limitrophes ou peu éloignées , des noms tout-à-fait différens. Le voyageur est donc exposé à croire à l'existence de deux ou trois montagnes ignivomes , au lieu d'une seule qmî existe réellement.
vallées , déserts , etc. Nous n'avons aucune remarque à faire sur les articles vallées et plaines , déserts et sleps , et climats. Nous avons déjà dit tout ce qui était nécessaire dans les principes généraux et dans les chapitres respectifs de la géographie générale des cinq parties du monde. Il ne nous reste rien à dire non plus sur l'article enfoncemens, après ce que nous avons exposé à la page 657; mais nous réservons pour un autre ouvrage l'indication de quelques dépressions du sol, sinon aussi étendues et aussi profondes, du moins très remarquables, que nous avons reconnues, et qui ont échappé encore à l'attention des géographes et des géologues , mais dont la démonstration exige des calculs et des recherches que nous n'avons pas le loisir d'entreprendre pour le moment.