MINÉRAUX , VÉGÉTAUX , ANIMAUX
INTRODUCTION
N'ayant point cultivé spécialement les trois branches principales de l'histoire naturelle, nous n'avons pas eu la témérité de traiter nous-mème ces sujets vastes et difficiles. Nous avons confié la rédaction des articles végétaux et animaux des cinq parties du monde , à deux savans naturalistes , MM. Guillemin et Lesson.
L'équité et la reconnaissance exigent une autre déclaration de notre part : c'est qu'une partie des mammifères avait été précédemment rédigée par un troisième naturaliste non moins distingué, notre ami Desmoulins , qu'une mort précoce a enlevé à la science. Comme nous n'avons envisagé les minéraux que sous le seul rapport qui doit intéresser le géographe, c'est-à-dire, sous celui des produits extraits de l'intérieur de la terre , qui sont les plus utiles à l'homme , et qui figurent, par conséquent, parmi les principales ressources d'un pays , nous n'avons eu qu'à fouiller dans nos cartons, pour en tirer des faits importans et peu connus. D'après le mode de rédaction que nous avons adopté pour les tableaux minéralogiques des cinq parties du monde , le lecteur peut, d'uncoup-d'œil, et sans faire aucune recherche préliminaire, trouver les pays où abondent les minéraux les plus utiles. Dans ce travail , à-la-lois spécial et d'ensemble, nous avons évité certaines erreurs trop répandues. Ce n'est pas sans surprise, en effet, qu'en parlant des mines de l'Italie , nous voyons citer les mines de fer de la Sicile et de la Sardaigne, sans faire nullement mention de celles de l'île d'Elbe, du Bergamasc, du Brescian , etc., etc., qui sont néanmoins les plus riches et les plus importantes. Dans le texte nous avons donné tous les éclaircissemens nécessaires pour faire apprécier cette nouvelle manière d'envisager un sujet trop souvent négligé ou traité avec des détails étrangers à la géographie proprement dite.
Mais quelques observations nous paraissent indispensables pour justifier la place que nous avons assignée dans les tableaux minéralogiques des cinq parties du monde, à certaines contrées, sur la richesse minérale desquelles on a propagé les idées les plus erronées. Ces tableaux ont été rédigés d'après des documens officiels ou semi-officiels, pour tous les pays qui entrent dans le domaine de la statistique, et quant au reste sur
des conjectures extrêmement probables , résultat définitif de longues recherches entreprises pour composer notre tableau statistique des principales mines du globe. C'est donc d'après les quantités connues de métaux , de charbon de terre , ou de sel , fournies par ces mines pendant les années 1824-1828, que nous avons assigné la place convenable à chaque pays respectif. Dans l'article sel, on a compris , nonseulement le sel gemme , mais aussi celui qu'on retire par l'évaporation ou par l'ébullition des eaux de la mer et des source» salées.
L'exploitation des mines dans les différens états offre des anomalies et des changemens non moins remarquables que ceux que nous avons signalés dans leur population et dans leurs revenus. L'Espagne, qui jusqu'à ces dernières années, ne retirait de ses mines qu'une médiocre quantité de plomb, que M. le comte de Laborde estime à 12,000 quintaux, se place aujourd'hui, immédiatement après l'Angleterre. Elle doit cet heureux changement à la création de la compagnie Ibérique, composée d'Anglais et d'Espagnols. Dès l'année 1826, le produit de l'exploitation ouverte par cette association au sein des montagnes des Alpujarras dans la province de Grenade, s'éleva à près de 500,000 quintaux, semme qui dépasse de beaucoup la quantité de ce métal qu'on retire de toutes les mines de l'Europe, celles de l'Angleterre seules exceptées. Ces dernières, qui, selon les plus célèbres statisticiens, ne rapportaient que 300,000 quintaux, en ont produit 923,000 en 1828; sur cette somme énorme, les deux seuls petits comtés de Denbigh et de Flint, dans le nord de la principauté de Galles, en ont donné 240,000, ce qui dé passe de beaucoup tout le plomb que la France, la monarchie Prussienne, l'empire d'Autriche, les royaumes de Saxe, de Hanovre et Sarde réunis retirent annuellement de leur sol respectif. Une révolution à-peu-près semblable a eu lieu, de nos jours dans la confédération Anglo- Américaine, à l'égard de l'exploitation du fer, de la nouille et du plomb. Nous ne parlerons que de cette dernière; en 1826 elle ne s'élevait encore qu'à 15,600 quintaux; elle était de 68,000 en 1827; de 128,000 en 1828; elle montait déjà à 220,000 en 1829. Les progrès de l'exploitation du fer en Angleterre sont vraiment
A LA. GEOGRAPHIE
étonnans. En 1796, le Royaume-Uni ne retirait de toutes ses mines que 120,000 tonneaux; ce produit s'est élevé à 250,000 en 1806, à 400,000 en 1820, à 580,000 en 1825, et à la somme énorme de 700,000 en 1827. Le seul comté de Stafford en a donné dans cette dernière année 226,000 tonneaux, et la partie méridionale de la principauté de Galles 272,000. Ces faits positifs comparés à d'autres faits non moins authentiques que nous avons sous les yeux, nous démontrent que le Royaume-Uni retire plus de fer de ses entrailles à lui seul que l'empire Russe et l'empire d'Autriche, la France, la monarchie Prussienne et le royaume de Suède réunis.
Nous dirons plus : le pays de Galles produit plus de fer que tout l'immense empire Russe, ou que toute la France, et son exploitation égale celle de la monarchie Prussienne, du royaume de Suède et de l'empire d'Autriche réunis. Depuis longtemps l'Angleterre est justement regardée comme le pays de l'Europe qui produit le plus d'étain; depuis quelques années elle est devenue celui où Ton extrait la plus grande quantité de cuivre. En effet, le produit des mines de ce dernier métal qui se trouvent en Angleterre, a pris une telle extension depuis le commencement de ce siècle, que le seul comté de Cornouailles fournit aujourd'hui plus de cuivre que n'en donnent ensemble l'empire Russe, l'empire d'Autriche, la monarchie Norwégiéno-Suédoise, la monarchie Prussienne, la France et le royaume de Hanovre. Tout le monde sait que l'Angleterre a été le premier pays où l'on sut employer utilement le charbon de terre comme combustible; mais ce qui n'est pas généralement connu, c'est qu'aujourd'hui le produit des mines de houille de la Grande- Bretagne dépasse de beaucoup celui de toutes les mines connues, malgré les rapides progrès qu'a faits cette utile exploi-
tation en Belgique, en France, dans la monarchie Prussienne, dans l'empire d'Autriche, et dans les Etats-Unis de l'Amérique-du-Nord. •
Les mines et les lavages d'or et les mines d'argent présentent des changemens non moins remarquables. Si, en dépit des géographes et des statisticiens qui reproduisent en 1820, 1826 et 1832 des évaluations relatives aux années 1780 et 1788, la Hongrie a vu diminuer, presque de moitié, la quantité d'or ei d'argent qu'elle extrayait à cette époque, la Transylvanie offre au contraire une grande augmentation dans le produit de ses mines et de ses lavages d'or, et la Bohême, dans ces dernières années, a vu doubler le produit de ses mines d'argent par l'exploitation de celles de Przibram et de Miess. L'Oural, qui, jusqu'en 1814, ne devait sa célébrité qu'aux immenses quantités de fer et de cuivre qu'il livrait tous les ans au commerce, doit maintenant être rangé parmi les contrées métallifères les plus riches du globe; non-seulement il fournit de beaux diamans, un millier de marcs d'argent retirés du plomb et du cuivre, mais par ses mines et par ses lavages d'or, il assigne à la Russie une des premières places parmi les contrées d'où l'on retire ce précieux métal. Quant à la monarchie Prussienne, au Royaume-Uni, à la France, et à quelques autres états, que nos lecteurs pourraient s'étonner de nous voir ranger parmi ceux qui produisent de l'argent, nous ferons observer, que la quantité de ce métal retiré du plomb dans ces pays est trop considérable pour être négligée dans le tableau minéralogique de l'Europe. En effet, en 1826, la quantité d'argent retirée des mines de plomb, de cuivre, etc., s'éleva à 20,171 marcs dans la monarchie Prussienne, à près de 12,000 dans le Royaume-Uni et à 4971 en France.
§ III. Géographie générale , politique.
ETHNOGRAPHIE , RELIGIONS , etC. Api èS
avoir signalé dans les principes généraux toute l'importance que doivent avoir pour le géographe les articles ethnographie , religion et gouvernement , non-seulement nous leur avons consacré de longs développemens dans la description générale des cinq parties du monde, mais nous avons cru devoir revenir sur quel-
ques détails du même ordre dans celle des états et des régions géographiques de l'Europe. Les recherches auxquelles nous avons dû nous livrer pour rédiger V Atlas ethnographique du globe , et les tableaux statistiques des religions et des langues qui forment la seconde partie de cet ouvrage, nous auraient fourni les moyens d'offrir les chiffres approximatifs
INTRODUCTION
auxquels nous croyons pouvoir nous arrêter, pour la population de chaque état distribuée d'après les croyances religieuses et d'après les languès; mais n'ayant pas assez d'espace ni de loisir pour justifier nos évaluations , nous nous sommes borné à la simple exposition des rapports approximatifs qu'ont entre elles ces fractions de la population de chaque partie du monde ou de chaque état.
Nous ne pouvons relever ici toutes les erreurs qui se sont malheureusement accréditées, concernant l'ethnographie, les religions et les gouvernemens. Le lecteur peut les découvrir facilement, en comparant nos classifications avec celles des autres auteurs. Il est vraiment inconcevable qu'après les savantes publications de MM. Klaproth , Abel Remusat , Jaubert, de Hammer et autres célèbres orientalistes , on puisse encore confondre des peuples turcs avec les Mongols , des nations de race persane, avec des nations de race turque, faire des Somaulis une tribu d'Arabes mahométans , et dire que la langue japonaise est un dialecte de la langue mongole !
Nous croyons devoir faire une remarque sur les épithètes de nations nombreuses, assez nombreuses et très nombreuses, employées souvent dans cet ouvrage. Ces épithètes ne doivent pas être prises dans un sens absolu , mais dans un sens relatif à la masse de la population totale distribuée sur la partie du monde à laquelle se rapportent les nations qu'on veut qualifier ainsi. Une nation du Nouveau-Monde qui compte de 15 à 20,000 individus, est une nation très nombreuse, surtout lorsqu'il s'agit des peuples nomades de PAmérique-du-Nord.
Malgré les exagérations absurdes de plusieurs voyageurs , des géographes et de quelques prétendus statisticiens , nous «onnaissons peu de nations nomades de l'Amérique, qui comptent un plus grand nombre d'individus. Nous référant toujours à ce que nous disons aux pages 60 , 61 et 62, nous avons employé l'expression souche , qui , dans cet abrégé , doit toujours être regardée comme synonyme de «elle de famille linguistique ; car ne voulant rien décider sur la question délicate et difficile de la variété des races humaines , nous n'avons basé nos observations que sur les langues.
INDUSTRIE, GOBXaraaCE, AGRICULTURE .
Les économistes de l'école d'Adam Smith ont prouvé par des argumens invincibles, mais que nous ne reproduirons plus, parce qu'ils sont tombés dans les lieux communs de la science, que ces trois modes du travail humain sont également productifs, et par conséquent également recommandables. A cette démonstration, on a joint quelques observations relatives à l'importance du travail intellectuel ou de l'industrie qui ne s'exerce point sur la matière, ainsi qu'à l'utilité du commerce de réserve que l'on flétrissait autrefois du nom odieux de monopole. Une école nouvelle a fait ressortir les inconvéniens de la concurrence illimitée ; elle a surtout insisté sur les perles que le commerce de détail fait éprouver à la société, vu l'inutile multiplicité des agens, la complication des moyens et la facilité des fraudes de toute espèce. A celte dernière exception près, le principe de l'égale utilité des trois branches de l'industrie générale est demeuré intact. Le géographe statisticien doit donc une égale attention aux trois ordres de faits, industriels, agricoles et commerciaux. Il doit s'étendre soit dans la géographie générale de chaque partie du monde, soit dans la description particulière de chaque état, lorsque son cadre le lui permet, sur tout ce qui concerne ces trois sources principales de la production, et par conséquent de la richesse des états. Nous démontrons à la page 59, dans les principes généraux, que tous les peuples civilisés et barbares exercent avec plus ou moins de perfection l'agriculture et certains arts, selon leur état plus ou moins avancé dans la civilisation. Malgré le crédit qu'ont trouvé quelques fables concernant l'ignorance de certaines population de l'Europe en agriculture, dans les arts et les manufactures, nous n'hésitons pas à assurer qu'il n'y a pas un seul pays compris dans la grande famille européenne qui ne possède maintenant des méthodes agricoles et des manufactures déjà perfectionnées. M. de la Roquette a démontré toute la fausseté de ce que Ton a publié à cet égard sur l'Espagne; M. le comte de Tournon, sur l'ancien département de Rome; M. Schnitz- 1er, sur l'empire Russe, et notamment sur les gouvernemens qui forment la Grande- Russie ; les tableaux des exportations de l'empire d'Autriche ont mis au grand jour les progrès étonnans que l'industrie
A LA GEOGRAPHIE
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a faits en Autriche et en Bohème, depuis le règne mémorable de Joseph II ; et personne n'a encore donné un démenti aux faits nombreux que nous avons opposés aux calomnies débitées sur les Portugais. Il est donc ridicule ou pour le moins inutile de répéter, dans la description de chaque pays , qu'il nourrit beaucoup de bœufs, de chevaux, de brebis, etc.; qu'il produit beaucoup de blé, d'avoine, d'orge, etc.; beaucoup de fruits, de vin, de bière, etc. ; qu'il y a des fabrique de toile, des verreries, des tanneries, des forges, des manufactures d'armes, et une foule d'autres choses semblables, qui remplissent bien des pages dans les traités de géographie, et qui n'apprennent rien à personne. Voulant éviter, autant que possible, d'inutiles répétitions , nous avons pensé que nous pourrions faire connaître les principales productions d'un pays en rédigeant, dans la géographie générale de chaque partie du monde, les articles minéraux, végétaux et animaux, de manière à signaler les contrées où tel minéral abonde le plus, cl celles où tel végétal, tel animal, sont le plus communs. Dans l'article indusli-ie, nous nous sommes borné à indiquer les branches qui , dans chaque pays, occupent réellement le plus de bras et de capitaux. L'indication des principaux objets d'importation et d'exportation, qui forme une des parties principales de nos articles commerce, mon tre d'un ccdip-d'œil au lecteur, soit les branches les plus florissantes de l'industrie d'une contrée ou d'un état, soit les principaux produits de l'agriculture, soit enfin, ceux que le travail de l'homme tire des entrailles de la terre ou du règne animal. Car, à l'exception du commerce d'entrepôt et de transit exercé par certaines places , il est évident qu'un pays n'exporte que ce qu'il ne peut consommer et par conséquent les objets qui y sont le plus abondans; et vice versa, il n'importe que les objets dont il manque absolument, ou du moins dont il ne possède pas la quantité nécessaire à sa consommation. Ainsi, tout lecteur qui voudra lire notre ouvrage avec méthode et en suivant l'ordre dans lequel les sujets sont traités,
y trouvera tous les renseignemens de statistique économique que l'on peut demander à un livre élémentaire.
état social. Nous ne dirons ici que peu de chose des esquisses que nous avons données sur V état social des Africains, des Américains et des Océaniens. Ces articles, fruit de longues recherches et de bienveillantes communications, trouvaient naturellement leur place dans une géographie, où tout ce qui tient à l'homme est traité avec beaucoup plus de détail qu'on ne le fait généralement dans les ouvrages de ce genre. D'ailleurs il importait de grouper, en un seul faisceau , les traits caractéristiques de la civilisation primitive des principaux peuples qui habitent ces parties du globe, ainsi que les phases diverses qu'elle a subies à différentes époques. Ce travail nous a paru d'une utilité urgente; car les traces qui restent de l'état primitif de la plupart de ces peuples sont, à quelques exceptions près, bien fugitives; et dans quelques années, il ne sera plus possible d'en saisir l'ensemble , d'en apercevoir les contours. Les monumens éternels de la région du Nil, et quelques débris imposans des constructions de l'Amérique et de l'Océanie, resteront seuls pour attester l'antique civilisation de ces pays; mais dans dix ans d'ici peut-être, où trouvera-t-on un seul vestige de la civilisation des races indigènes qui ont peuplé jadis une si grande partie de l'Amérique-du-Nord , englobées ou perdues aujourd'hui dans le rapide développement de la population Anglo- Américaine? Dans l'Océanie, dans l'Amérique-du-Sud, tout cède également devant la marche rapide de la civilisation importée d'Europe. Mais ces esquisses auront en outre le précieux avantage, grâces au soin que nous avons mis à leur rédaction et aux lumières dont nous nous sommes entouré, de redresser une foule d'erreurs répandues par des voyageurs de mauvaise foi ou amis du merveilleux, et accréditées ensuite par des géographes peu soigneux ou peu instruits. Au reste ces esquisses, destinées à faire partie du Tableau physique , moral et politique des cinq parties du monde (*), ont déjà reçu d'honorables sanctions; les directeurs d'un
(*) Dans le cours de cet Abrégé nous avons fait être le complément de X Atlas ethnographique tic nombreux emprunts à ce Tableau, qui doit du globe, publié à la lin de 1826. Mous n'avons
INTRODUCTION
recueil qui jouit, à .juste titre, d'une haute réputation, la Revue britannique , se sont empressés de les publier dans leurs livraisons, et l'accueil flatteur que le public a fait à ces articles, est pour nous un sûr garant de leur exactitude.
On nous reprochera peut-être de n'avoir pas exécuté le même travail pour l'Europe et pour l'Asie. Nous le déclarons ici avec franchise, nous ne nous sommes pas cru compétent pour embrasser une semblable tâche, qui est plutôt du domaine de l'histoire, de l'archéologie et des hautes sciences morales et philosophiques. Nous n'avons pas osé aborder les questions délicates et encore indécises relatives à ces théogonies aussi bizarres que diverses qui ont tour-à-tour dominé l'Asie , et qu'on peut regarder, jusqu'à un certain point, comme les sources les plus anciennes et les plus fécondes de la civilisation primitive ; à ces invasions et à ces migrations multipliées qui, à différentes époques et avant les temps historiques, ont tant de fois changé la face de cette partie du monde. Comment aurions -nous été assez téméraire
pour entreprendre de débrouiller le chaos que présente la population primitive de la vieille Europe, de suivre, dans toutes leurs phases, les longues perturbations qu'elle a subies , de nous identifier avec les époques brillantes de la Grèce et de Rome , de pénétrer ensuite dans la nuit du moyen âge, et d'arriver enfin jusqu'à notre époque, en traversant les longs orages qui ont accompagné la renaissance des lettres et des arts? Non, nous n'avions fait ni les études préparatoires ni les recherches immenses qu'exige la détermination de l'état primitif et actuel des Asiatiques et des Européens. Néanmoins, à chacune des éditions de notre ouvrage, éditions qui s'enrichissent toutes d'améliorations successives, nous ajoutons quelques traits caractéristiques des mœurs, des arts et de l'histoire des peuples civilisés; tous ces traits réunis composeront enfin une esquisse propre à tenir, en quelque sorte, la place du tableau que nous ne saurions peindre.
divisions. A la page 103 de cet ouvrage, nous montrons qu'il est impossible de tra-
pu encore livrer à l'impression cette seconde partie de notre grand ouvrage , parce que nous devions auparavant poser les bases de notre nouveau système de géographie, et établir divers tableaux de statistique comparée. Les matériaux sont presque tous réunis ; mais leur ordonnance et les points de vue entièrement nouveaux, sous lesquels nous nous proposons de les présenter, demandent encore de longs calculs et de pénibles recherches que nous avons dû interrompre pour nous occuper d'abord presque exclusivement des additions à cette troisième édition de YAbrégé, et ensuite de la rédaction de Y Essai statistique sur l'empire d'Autriche, comparé aux principaux états du monde, et précédé <f un Tableau statistique de la Terre, ouvrage, où l'on discute et où l'on offre lesélémens qui doivent servir de base à toutes les comparaisons de statistique physique, morale et politique que uous y ferons. Bien loin de vouloir rien retrancher du cadre du Tableau physique, moral et politique des cinq parties du monde, que nous avons tracé à la fin du discours préliminaire du premier volume , nous lui avons fait subir au contraire d'utiles augmentations en y ajoutant quelques tableaux de géographie et de statistique générales du plus haut intérêt, mais d'une composition très difficile. Voici les titres de quelquesuns : Tableau météorologique du globe; Tableau orographique delà Teire, offrant les points culminans de tous les systèmes montueux connus et ceux de leurs chaines principales , ainsi que les plateaux les plus remarquables , avec l'in-
dication d'un grand nombre de villes situées ù une grande élévation au-dessus du niveau de la mer; Tableau des principales cascades du globe, avec la désignation de leur hauteur et de leur largeur ; Tableau des bains et des eaux minérales, avec l'indication du degré de leur température et de la qualité de leurs eaux ; Tableau des terrains ignivomes du globe-, Tableau statistique des principales mines du globe; Tableau statistique des produits du règne végétal et des animaux domestiques de tous les états de l'Europe et de quelques états des autres parties du monde; Tableau des monumens anciens et modernes les plus remarquables, offrant la comparaison des pyramides, des tours, des flèches et des coupoles les plus hautes, les dimensions des principaux temples et celles des plus grandes statues ; Tableau des importations et des exportations des principaux états et des principales villes du monde; Tableau statistique des religions; Tableau statistique des langues; Tableau de l'état social des Africains, des Américains et des Océaniens, etc. ; Tableau statistique du globe vers la moitié du xve siècle, dans les années 1789 , 1813 , 1826 et dans l'année de la publication de l'ouvrage; Tableau statistique des prisonniers, des criminels, des pauvres, des suicides, des en fans illégitimes, des écoliers, etc. , etc. , de presque tous les états de l'Europe et de quelques états des autres parties du monde.
A LA GÉOGRAPHIE
cer des divisions naturelles de l'Europe ({in correspondent exactement à ses divisions politiques. Nous avons signalé d'autres difficultés relatives au même sujet dans diverses parties de' cet ouvrage. Ici nous devons nous arrêter sur un point , qui est le plus important de toute la géographie politique; car il ne s'agit de rien moins que de la classification des principaux pays du globe. A la page 22, dans les principes généraux, nous voyons ce que c'est qu'un état, définition qu'on cherche en vain dans les traités de géographie, malgré la confusion et les erreurs graves qui résultent de cette lacune. Pénétré de cette vérité, dès l'année 1816, nous nous sommes empressé de la mettre à la tête des définitions de la géographie politique. Mais quelques observations sont indispensables pour démontrer la justesse et les inconvéniens du silence que gardent, à ce sujet, des géographes connus pour marcher à la téte de la science.
Tous les pays qui forment la monarchie Anglaise et la monarchie Prussienne, l'empire d'Autriche et celui de Russie, n'ont qu'un seul pouvoir suprême qui réside dans leurs capitales respectives; toute contrée qui fait partie de ces états, quels que soient d'ailleurs son étendue, son importance et le titre dont elle est décorée, n'en est pas moins une partie intégrante qui reconnaît le pouvoir suprême résidant a Londres, à Berlin, à Vienne, à Saint- Pétersbourg, et ne peut et ne doit jamais figurer de son côté parmi les étals politiques.
Ce principe, qui ne devrait être méconnu par aucun géographe, n'est pas toujours respecté. Il en résulte la plus grande confusion. Non-seulement toute division politique devient vague quand il ne s'agit plus de l'Europe, maison trouve une foule de contradictions et d'erreurs, même dans celte partie du monde, dont la description offre encore aux véritables savans tant de lacunes et d'incertitudes. Ne voyonsnous pas des traités de géographie très estimés publiés dans ces dernières années, accorder une place principale à la Corée, au Tibet, à la Mongolie, à V Arabie avec le titre de principaux états de l'Asie. N'avons-nous pas trouvé dans ces mêmes ouvrages un tableau statistique où , parmi les principaux états de l'Europe, figurent V Islande et la Laponie? Mais la Corée estun royaume tributaire delaChine et du Japon; le Tibet et la Mongolie sont
des régions géographiques, qui, depuis long-temps, peuvent être regardées comme comprises dans l'empire Chinois; l'Arabie n'est pas un état, mais une région géographique subdivisée en un grand nombre d'états de différente étendue et gouvernés différemment; l'Islande appartient géographiquement à l'Amérique, et forme sous le rapport politique une partie intégrante du royaume de Danemark; la Laponie n'a jamais été un état et n'est qu'une grande région géographique, partagée aujourd'hui entre la monarchie Norwégiéno-Suédoise et l'empire Russe. En admettant de semblables divisions politiques, l'auteur aurait pu compter avec autant de raison parmi les états.actuels de l'Europe, la république de Venise et celle de Gènes, la péninsule Hispanique et la péninsule Italienne, et les nombreux états ecclésiastiques Allemands qui ont cessé d'exister aucommencementdu xixe siècle.
En adoptant la définition de Y état telle que nous l'avons donnée, cette confusion disparaîtrait; mais il resterait toujours quelques doutes, conséquence des anomalies qu'offrent le gouvernement et les relations politiques de certains petits états comparés avec d'autres états beaucoup plus considérables, ou bien des grands privilèges que d'anciens traités ou des Chartres ont accordés à certains territoires. Quelques exemples aideront le lecteur à se former une idée précise de ces anomalies politico-géographiques.
Tous les géographes s'accordent maintenant à classer parmi les étals la république des Iles-Ioniennes, parce que sou existence politique a élé reconnue par le congrès de Vienne. Mais l'indépendance de cette république, que quelques géographes nomment Etats-Unis des Iles-Ioniennes, est plutôt nominale que réelle; car le protectorat qu'y exerce le roi d'Angleterre par l'intermédiaire du lord hautcommissaire, est une véritable souveraineté. Tous ceux qui voudront se donner la peine d'examiner, d'une part les attributions accordées à ce fonctionnaire, et, de l'autre, les privilèges dontjouissent les intéressantes peuplades qui habitent le Saterland dans le grand-duché d'Oldenbourg et l'Ile ftlielgoland, annexe du Royaume-Uni, n'hésiteront pas à accorder à ces deux petits pays l'honneur de figurer parmi les états de l'Europe, à côté de la République sept insulaire,
INTRODUCTION
privilège auquel ils ont même plus de droit que cette dernière, car leur administration est, de fait, indépendante des deux royaumes dont ils sont censés faire partie.
Nous avons vu il y a quelques années un savant sortir de la routine, en accordant une place dans le tableau général des états de VlLuropeklaprincipauté de Monaco, que, mal-à-propos les géographes et les auteurs d'almanachs politiques et statistiques s'accordent à classer parmi les souverainetés médiatisées. Mais, pourquoi, ayant fait cette utile innovation à l'égard d'un si petit état, ne l'a-t-il pas étendûe à la république d'Andorre? L'existence de ce pays indépendant, entre la France et l'Espagne, avait déjà été signalée à l'attention des géographes, dès l'année 1823, par la Revue encyclopédique. Pendant la dernière guerre de la péninsule Hispanique, nous avons vu la poursuite des soldats de la Foi par l'armée des Cortès, être considérée comme une violation du territoire de cette république, que la France regardait comme un état neutre.
La petite redevance que les Andorrans payaient aux autorités françaises résidant dans le ci-devant comté de Foix, en France, et à l'évèque d'Urgel, dans la Catalogne, ne saurait être alléguée contre son indépendance, puisque tous les géographes s'étaient accordés à classer parmi les états indépendans la république de Raguse, malgré la redevance de trois mille ducats que, tous les trois ans, elle payait à la Porte-Ottomane.
Des transactions récentes ont assuré l'indépendance politique du nouvel état de la Grèce et des trois principautés de Servie, de Valachie et de Moldavie, naguère encore regardées comme faisant partie de l'empire Ottoman; mais plusieurs autres contrées de cet empire, même en Europe, pourraient être considérées comme des pays indépendans, sinon de droit, au moins de fait: tels sont le Monténégro, le vaste territoire des Mirdiles, qui compte plus d'habitans que certains états de l'Europe, etc., etc. Plusieurs motifs nous ont empêché de faire cette innovation; mais nous avons cru indispensable de signaler au lecteur l'indépendance de ces pays, tout en les décrivant comme parties intégrantes de l'empire Ottoman, de peur qu'il ne les confondit avec les pays complètement soumis. Et, puisque nous en sommes sur ce sujet, nous mentionnerons
aussi en Espagne la vallée de Roncal, dans la Navarre, quia un gouvernement presque démocratique, et la ville et le territoire de Cazar de Caceres, dans PEstramadure, qui jouissait de tant de privilèges qu'on pouvait presque la regarder comme une république démocratique; enfin, dans le grand-duché de Mecklembourg-Schwerin, la ville de Ro~ stock qui, à cause de ses privilèges, peut être regardée, dit M. Stein, plutôt comme une république vassale que comme une ville soumise au grand-duc.
Nous nous sommes souvent demandé pour quelle raison les géographes et les auteurs de statistique, dans leurs traités élémenlaireset leurs tableaux, s'accordent à décrire, avec les plus grands détails, jusqu'aux plus petits états indépendans de la Confédération-Germanique, tandis qu'ils ne décrivent qu'en masse, et comme no formant qu'un seul état, les vingt-jieux cantons de la Confédération - Helvétique.
Cependant ces derniers pays sont tout aussi indépendans les uns des autres que le grand-duché de Bade l'est à l'égard du royaume de Wurtemberg, ou ce dernier état à l'égard de la Bavière. Nous avons senti l'inconséquence d'une semblable méthode, et dans le chapitre de la Confédération-Suisse nous avons indiqué tons les étals différens que comprennent ses vingt-deux cantons.
Nous n'avons pas été peu surpris devoir quelques savans estimables nous reprocher d'une part le silence que nous avons gardé, dans la Balance politique du globe, relativement au duché de Saxe- Gotha et à la principauté de Reuss-Lobenstein , et de l'autre la place que nous avons accordée à la seigneurie de Kniphausen parmi les états de la Confédération-Germanique. Ces critiques nous ont cité, à l'appui de leurs observations , des géographies et des tableaux statistiques publiés en France et ailleurs, en 1826 et 1827, dans lesquels les deux premiers états figurent encore parmi les membres de la Confédération, tandis qu'on y cherche en vain le troisième. Notre justification a été bien facile. Nous n'avons eu que la peine d'ouvrir les cahiers des Ephémérides géographiques de Weimar, où l'on voit que, dès l'année 1824, la principauté de Reuss-Lobenstein, et dès l'année 1825 , le duché de Saxe-Gotha , ont été réunis à d'autres états par la mort de
A LA GEOGRAPHIE
leurs princes respectifs décédés dans ces mêmes années, sans héritiers mâles. Un autre article de ce même journal donne l'historique des longs débats entre le comte de Bentink, seigneur de Kniphausen, et le duc de Holstein-Oldenbourg, qui prétendait être son suzerain , débats qui ont fini par l'admission à la Confédération-Germanique du chef de la maison de Bentink comme seigneur de Kniphausen.
Mais les contradictions et les lacunes dont est semée la géographie politique de l'Europe, ne sont rien en comparaison des innombrables et inconciliables incohérences que nous offrirait la géographie politique des autres parties du monde, si nous voulions examiner quels motifs déterminent les géographes dans le choix des pays qu'ils nous présentent comme des états, c'est-à-dire, comme des contrées tout-à-fait indépendantes. Ainsi, presque tous décrivent comme des pachaliks ou des iaudjaks, ou comme des provinces turques, les territoires de Bayazid, Mouch , Van, Djoulamerk, Amadia, Souleïmanieh, Kar;j-Djolan, et Zahou ou Séhau dans le Kurdistan, tandis que M. Jaubert, quia traversé ces pays, nous a dit positivement, qu'à rcxception de Van, le grand-seigneur n'en est le souverain que de nom. Ne voyons-nous pas tous les géographes donner encore Balkh, Koulm, Khoundez ou Khoundouz, kachemire et autres vastes contrées au schah de Kaboul, et ôler au roi de Siani le droit de suzeraineté sur les petits royaumes de la péninsule de Malacea, en les représentant comme toutà-fait indépendans? Mais d'après un excellent article publié en 1825 par le Siiigapoura-Clironicle, ']0UY\\di\ que, pour ces régions éloignées, on peut citer comme autorité, tous ces prétendus états ne sont réellement que des principautés vassales de la cour de Siam. Le Kachemire, en 1819, est passé sous la domination de Uandjit-Singh, qui du plus puissantehef i le la confédération des Seikhs, en est devenu le roi, en réunissant toutes les principautés rivales dont elle était composée en une puissante monarchie. Au contraire, le pays de Khoulm avec Balkh et celui de Khoundez, non-seulement sont, de fait , indépendans , mais paraissent même jouer maintenant un rôle important dans cette partie de l'Asie. Myr-Kalitch-Ali-khan a su, non-seulement soustraire à la dépendance immédiate du
schah de Kaboul le territoire de Khoulm, mais encore y réunir celui de Balkh. Les derniers renseignemens nous représentent le souverain de Khoundez comme un guerrier très entreprenant. En 1820 et 1821, il parait avoir soumis à sa domination une grande partie des khanats que le voyage à Boukhara de M. de Meyendorf nous représentait comme des états indépendans.
Notre abrégé , ainsi que toute géographie élémentaire, étant destiné à présenter les points culminans et la partie positive de la science, nous nous sommes borné à classer parmi les états du Turkestan-Indépendanl , de la Perse , de l'Arabie et des autres grandes régions géographiques de l'Asie, ceux qui paraissent avoir le plus de stabilité , et sur la situation politique desquels nous avions trouvé le moins de contradictions dans les rapports les plus récens des voyageurs et des journaux de l'Orient. A la page 609 nous citons l'opinion d'un savant célèbre à l'appui de notre manière d'envisager les Etals Barbaresques, qu'on regarde à tort comme des parties intégrantes de l'empire Ottoman. Nous verrons, en parlant de la Nigritie, quels sont les principes qui nous ont guidé dans le choix des étals de cette vaste partie de l'Afrique. Des renseignemens précieux sur POcéanie hollandaise nous ont mis à même de rayer de la liste des états , l'empire de Menangkabou et d'autres contrées que les géographes regardent comme indépendantes, mais qui ne sont que de simples principautés vassales de la monarchie Hollandaise. Cette soumission est le résultat des victoires remportées il y a quelques années par les troupes néerlandaises sur différais peuples, et particulièrement sur les Padri. Cette secte de Mahométans fanatiques , dirigée par des chefs aussi adroits que belliqueux, voulant convertir à ses dogmes le peuple de l'empire de Menangkabou , commença par en déposer les chefs, et finit par'y établir son oligarchie théocratique. Depuis 1825 , les anciens souverains , rétablis par les Hollandais sur le trône de leurs ancêtres, reconnaissent la suzeraineté du roi de Hollande , et les Padri, retirés dans un district des frontières de cet empire, pratiquent tranquillement les rites de leur religion et observent les stipulations convenues.
Mais devra-t-on classer parmi les états
XXXVI il
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politiques les territoires plus ou moins étendus , occupés par les Cricks et les Tcherokis, qui ont fait de nos jours de si grands progrès dans la civilisation; par les Moquis, les Cazas-Grandes et les Araucans, qu'on nous représente comme si supérieurs sous ce rapport aux autres peuples de l'Amérique , parmi lesquels ils conservent encore leur liberté entière?
Que dirons-nous des vastes espaces que parcourent les belliqueux et terribles Sioux, les Apaches, \esArrapahoes, les MarépizanoSj les Manitivitanos , une foule d'autres peuples indépendans répandus d'un bout à l'autre du nouveau continent, et qui ne reconnaissent d'autre autorité que celle de leurs chefs? A notre avis, il n'y a pas de géographe qui puisse leur refuser la qualité dont il s'agit ; mais nous avons suivi à leur égard la méthode adoptée pour les contrées semblables de l'Asie , de l'Afrique et de l'Océanie r en leur accordant les seuls détails que notre cadre comportait.
Les nouveaux états, qui se sont élevés au-delà de l'Atlantique sur les débris des colonies espagnoles , portugaises et françaises, n'ont pas encore pris cette attitude calme qui succède tôt ou tard aux agitations politiques. Ni la forme de leur gouvernement, ni leurs divisions administratives ne sont encore bien consolidées. Noos avons vu ie Mexique passer
de la monarchie à la république , et constituer enfin une confédération. Le Chili , au contraire, après avoir été une confédération , est maintenant une république.
La république de Colombie, après avoir beaucoup souffert par les discordes intestines, parait s'être définitivement partagée en trois républiques , pour ne former qu'une fédération. On sent bien qu'il nous est impossible, en arrivant à ces états livrés à la guerre civile et à l'anarchie qui en résulte, d'atteindre à une parfaite exactitude dans leur description , et surtout dans l'indication de leurs confins et de leurs divisions administratives , malgré nos nombreuses relations, et malgré les secours multipliés que nous avons reçus d'un grand nombre d'hommes distingués appartenant à ces régions lointaines.
On ne doit chercher dans cet abrégé ni V empire du Grand-Mogol, ni Vempire d'Abyssinïe , ni celui du Monomotapa , ni la Confédération des Maharattes , ni les Possessions hollandaises en Asie, etc. , etc. Les trois premiers états n'existent plus depuis long-temps ; la Confédération des Maharattes a été dissoute dans ces dernières années par les Anglais ; et d'après le dernier traité conclu entre l'Angleterre et les Pays-Bas, la Hollaude n'a plus de possessions territoriales en Asie.
§ IV. Géograyliie particulière.
titres des états. Il serai t à-peu-près inutile, ou du moins de peu d'intérêt , de discuter tous les titres employés pour désigner les différens états décrits dans cet abrégé. La géographie extra-euro- ])éenne oifre seule , sous ce rapport , des difficultés véritables. Cependant le géographe qui raisonne ne sait pas s'il doit , d'après les traités et les actes officiels, donner le titre Etats-Unis des îles Ioniennes à la République des iles de ce nom , ou bien , si d'après la forme de leur gouvernement, il ne doit pas leur conserver cette dernière qualification. Selon nous , celle-ci leur convient beaucoup mieux. En effet, ces îles forment une république et non une confédération comme l'indique le titre & Etats-V nis des iles Ioniennes. C'est pourquoi nous avons préféré employer le titre de République des lies Ioniennes dans la Balance poli-
tique du globe et dans notre abrégé. En outre , il est nécessaire de dire un mot sur le titre de monarchie , employé si souvent dans cet ouvrage. Nous l'avons constamment donné à tout état formé par la réunion de plusieurs royaumes et autres souverainetés , ou dont les possessions s'étendent dans différentes parties do monde ; nous avons conservé celui de royaume à tout état homogène qui a un roi pour chef. Faute d'adopter cette distinction , tout est confusion dans la géographie politique, ou bien il faut employer à chaque instant de longues périphrases. Comment distinguer autrement la totalité des pays soumis au roi de Prusse, de ceux qui forment la Prusse proprement dite? En appelant monarchie- Prussienne les premiers . et royaume de Prusse les seconds , toute confusion disparait. C'est ainsi que nous avons nommé
A LÀ GEOGRAPHIE
m on archie-An glaise, monarchie-Espagnole, l'ensemble des contrées soumises aux rois d'Angleterre et d'Espagne, et que nous avons réservé au noyau même de ces états, la qualification particulière de Royaume-Uni, et de Royaume d'Espagne. Nous n'avons donné le titre d'empire qu'aux états qui l'ont réellement. Cette qualification est cependant très vague , lorsqu'on sort des confins de l'Europe. DeVoos-nous conserver le titre d'empire aux pays gouvernés par les sultans iudépendans d'Achem, de Bornéo, de Mindanao et de Soulon, ou même à ceux qui sont gouvernés par les sultans de Souracarta, de Djocjocarla, de Menangkabou, de Ternate, de Tidor, de Batchian , et autres vassaux des Hollandais dans l'Océanie? Devons - nous conserver encore aux contrées gouvernées par les princes qui résident à Ségo,à ( ioumassie, à Kouka , les titres d'empires de Bambara , dAchanti et de Bournou? En cela, le meilleur parti que nous eussions à prendre nous a paru être de maintenir les qualifications consacrées par l'usage et par les rapports les plus récens. .
Dans le but de réunir en un seul groupe tous les pays , qui dépendent d'un même état , ce qui est de la plus haute importance pour la géographie politique , nous avons formé à la suite des grands états de l'Asie, de l'Afrique, de l'Océanie et de l'Amérique, d'autres divisions qui leur "crvent d'appendice, et dans lesquelles nous rangeons, sous les noms (Y Asie française, anglaise, clc. d'Océanie anglaise , hollandaise et d'Amérique française , anglaise , etc. , etc. , tous les pays que les Français, les Anglais et d'autres nations possèdent en Asie , en Afrique , en Amérique, et que les Anglais et les Hollandais occupent dans l'Océanie.
confins. La détermination des limites des états de l'Europe n'offre aucune difficulté ; celle des états de l'Amérique ne présente d'autres obstacles que les résultats naturels de la guerre civile qui désole ces nouvelles républiques. Mais il en est bien autrement lorsqu'il s'agit de déterminer les confins des états des autres parties du monde. C'est une des plus grandes difficultés qu'on ait à vaincre dans la rédaction d'une géographie générale. Comment se flatter de tracer des limites entre des états que séparent des déserts arides
ou des steps parcourus par des hordes nomades? Comment suivre tous les changemens produits par l'esprit belliqueux et entreprenant de certains chefs , par les dissensions et l'anarchie qui désolent et dissolvent certains états? Comment suivre les altérations non moins importantes qu'apportent, dans les contrées les plus éloignées , la politique des puissances européennes, et bien souvent la marche paisible, mais toujours progressive de la civilisation? Les peuples nomades peuvent quitter si facilement le pays où ils errent, que la prétendue domination de leurs chefs est , on ne peut plus incertaine et variable. N'avons - nous pas vu de nos jours un grand nombre de tribus turkomanes se soustraire au vasselage du khan de Boukhara, pour passer sous celui de l'entreprenant Rahim , khan de Khiva , qui parvint en outre à étendre sa domination sur les Araliens , sur les Karakalpaks, et sur la plus grande partie des nomades qui parcourent les solitudes de l'isthme des Turkomans , entre la mer Caspienne et la mer d'Aral? Le court espace de quelques années n'a-t-il pas suffi au khan de Khokand, pour soumettre le Turkestan et le Tachkend ; à l'infatigable vice-roi d'Egypte, pour mettre fin à la vaste monarchie des Vahabiles et pour porter ses frontières jusqu'à l'Abyssinie? N'est-ce pas aussi de nos jours que l'entreprenantet astucieux chef des Seikhs, Randjit-Singh, est parvenu à fonder un puissant état sur les bords de l'Indus,avec des lambeaux du royaume de Kaboul ; en même temps que le politique Radama décuplait le petit héritage que lui avait laissé son père , par la conquête de la plus grande partie de la vaste lie de Madagas car, et que Finow et Tamehameha Ier abrégeaient à leurs royaumes, celui-ci tout l'archipel de Hawaii (Sandwich), et celui-là presque toutes les îles qui composent les archipels de Tonga et de Viti (Fidji).
pays. On ne peut saisir complètement l'équilibre actuel des différens états politiques, si l'on ne remonte aux derniers cvènemens à la suite desquels ils se sont constitués, si l'on ne se rend compte de la marche qu'a suivie l'agrégation des diverses provinces de chaque état, et si l'on ne connaît enfin la situation antérieure de ces provinces elles-mêmes. Nous avons rassemblé, dans les articles intitulés^^y^
INTRODUCTION
tous les renseigneinens de cette nature qui nous ont paru indispensables. Ils suppléent en partie aux chapitres spéciaux qui auraient pu être consacrés à l'histoire.
CANAUX, CHEMINS DE FER. Ull l)On
chemin ou un canal destiné à faciliter le transport des marchandises est en réalité une des machines les plus efficaces pour économiser le travail , réduire le prix des objets qui viennent de loin, donner une plus grande valeur à ceux du pays, multiplier les échanges et accélérer la production dans toules les branches de l'industrie, avantages de la plus haute importance, et qui équivalent de fait à une plus grande fertilité de la terre. Nous avons donc accordé, dans la description de plusieurs états, une place remarquable aux canaux et aux chemins de fer, qui, plus que tout autre moyen , facilitent les communications. Dans cette troisième édition, nous sommes même entré dans quelques détails sur les chemins ordinaires de la France, de l'Angleterre et de plusieurs autres états. Des juges compétens ayant vu ce que notre abrégé renfermait sur cette matière, le regardaient déjà comme le résumé le plus complet qu'on eût encore fait sur les canaux et les chemins de fer du globe. Nous nous efforçons de mériter de plus en plus cet éloge en perfectionnant et en complétant notre travail, à mesure que nous recevons des documens nouveaux relativement aux voies de communications qui s'établissent sur différons points de l'Europe et de l'Amérique. Nous n'avons pas été peu surpris en voyant des traités de géographie volumineux ne faire aucune mention des canaux de la France, et des ouvrages allemands, publiés en 1831, ne dire presque rien sur les canaux et les chemins de fer de la confédération Anglo-Américaine.
DIVISIONS ADMINISTRATIVES. PoUl'tOUt
géographe qui est à la hauteur de la science, les divisio/is administratives des états de l'Europe n'offrent, à un très petit nombre d'exceptions près, aucune difficulté. Les descriptions les plus récentes données par les géographes nationaux, les almanachs des cours et des gouvernemens suffisent pour éviter toute erreur. C'est par une négligence impardonnable que des ouvrages, présentés comme classiques et publiés même récemment, font figurer encore le gouvernement de Viborg
parmi les grandes divisions administratives de l'empire Russe, tandis que, depuis 1817, ce gouvernement a cessé d'exister, ayant été réuni à la grande principauté de Finlande, qui a une administration particulière et jouit de grands privilèges. En parcourant ces ouvrages, nous y lisons, avec surprise, que l'empire d'Autriche est partagée en 13 états, que la Dalmatieest partagé en 5 cercles, et que ceux de Carlstadt et de Fiume relèvent du gouvernement de Laybach, dans le royaume d'Illyrie. Mais depuis 1815, toute la monarchie Autrichienne est partagée en 15 gouvernemens d'une étendue très inégale ; depuis 1822, le cercle de Macarsca, en Dalmatie, a été réuni à celui de Spalatro; ceux de Carlstadt et de Fiume, séparés du royaume d'Illyrie, font depuis lors partie de celui de Hongrie, le premier, comme dépendance de la Croatie, et la plus grande partie du second, comme un sous-gouvernement hongrois sous le titre de Morale Ungarico.
Dans ces mêmes traités, on décrit encore la régence de Clèves, qui n'existe plus depuis 1821 , époque de sa réunion à celle de Dusseldorf ; on partage la monarchie Prussienne en dix provinces , au lieu de huit, d'après son organisation définitive; on énumère encore, en 1827, les 18 divisions administratives des états de l'Eglise , fixées par le motio proprio de Sa Sainteté en 1816, et réduites à 14 par un décret de 1824. De même, des cartes de l'Espagne et du Portugal , publiées à Paris en 1821 , et qu'on regarde comme les meilleures , donnent encore Olivença et son territoire au Portugal, qui les avait cédés à l'Espagne par le traité de Badajoz daté de 1801 !
Nos travaux sur la monarchie Portugaise ont redressé une foule de méprises relatives aux divisions administratives de cet état ; mais ces erreurs n'en sont pas moins reproduites dans plusieurs écrits tout récens. M. de Humboldt a signalé la confusion introduite dans les travaux des géographes modernes par l'incertitude où ils étaient à l'égard de la division judidicaire de l'île de Cuba. Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est l'ignorance de quelques auteurs quant aux divisions administratives des monarchies Norwégiéno- Suédoise et Danoise. Même après la publication de l'excellente carte de Hagelstam, qui aurait pu leur faire éviter ces
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erreurs, certains géographes persistent encore à donner pour le royaume de Suède les divisions administratives, tandis qu'ils indiquent pour celui de Norwège, ouïes divisions ecclésiastiques, ou les divisions judiciaires, qui sont cependant bien différentes des premières.
Mais la difficulté devient plus grande lorsqu'il s'agit d'indiquer les divisions administratives des états de l'Asie, de l'Afrique, de l'Océanie, ainsi que celles d'une grande partie des nouvelles républiques de l'Amérique et des possessions des européens dans ces régions éloignées. Ici le manque d'ouvrages originaux , les contradictions ou les méprises des voyageurs, les changemens produits par les guerres, les révolutions, et surtout la rareté des communications rendent l'exactitude presque impossible. Notre Essai statistique et historique sur le royaume de Perse signale les incertitudes qu'offrent au géographe les subdivisions de ce royaume.
En tout ce qui concerne l'Asie, nous n'oserions nous croire infaillible, quand les plus célèbres orientalistes ont commis, de leur propre aveu, tant d'erreurs. Mais nous avons fait tout ce qui dépendait de nous pour connaître la vérité.
Il y a cependant des inexactitudes qu'on ne saurait pardonner au géographe: ce sont celles qu'il commet à l'égard des pays sur lesquels des voyages ou des travaux récens ont déjà jeté un grand jour. C'est ainsi qu'il n'est plus permis d'ignorer maintenant les divisions administratives générales des vastes contrées dont l'ensemble forme l'empire Chinois ; qu'on ne peut plus, sans passer au inoins pour négligent, diviser en sept états la confédération de Guatemala ; qu'enfin il serait absurde de compter encore parmi les territoires organisés de la confédération Anglo-Américaine, le Missouri-Occidental, le JSord-Ouest, et VOrégan. Mais il y a bien des parties sur lesquelles les incertitudes, le vague et même quelques erreurs seraient excusables.
Les évêchés et les archevêchés, étant les principales divisions ecclésiastiques, doivent être nécessairement indiqués dans une géographie. Ce sujet qui parait n'offrir aucune difficulté, a été pour nous l'occasion de longues et fastidieuses recherches, à cause des changemens que ces divisions ont subi de nos jours, non-seulement dans l'église catholique, mais aussi
chez les luthériens , les anglicans et les grecs. Pour la première, nous avons suivi. Valmanacco délia corle di Roma, des années 1830 à 1834 ; la lecture de plusieurs ouvrages spéciaux et de plusieurs voyages, et les renseignemens que nous devons à quelques-uns de nos collaborateurs, nous ont aidé dans la désignation des diocèses des autres églises.
topographie. Dans cet article, nous donnons la description développée de la capitale de chaque état, avec un aperçu des autres villes et lieux les plus remarquables. Nous y avons suivi le même ordre que dans le tableau des divisions administratives, ou au moins une disposition par régions que nous avons préalablement exposée. Notre plan dans celte partie est tout-à-fait différent de celui qu'on a depuis long-temps adopté dans les traités et les dictionnaires de géographie.
Dans une géographie générale, quelque volumineuse qu'on veuille la supposer et plus encore dans un abrégé, il est impossible, et il serait absurde, nous ne dirons pas de décrire, mais même d'indiquer toutes les villes , les bourgs et villages de chaque état. 11 faut donc nécessairement faire un choix, et c'est justement, ce choix qui constitue une des plus grandes difficultés qu'on ait à surmonter. Plusieurs circonstances concourent à rendre une ville remarquable : tantôt c'est la place qu'elle occupe dans les divisions administratives, judiciaires, ecclésiastiques ou financières de l'état; tantôt c'est le nombre de ses habitans , l'étendue de l'enceinte, la magnificence ou la beauté de quelques édifices, la sûreté du port ou l'importance des fortifications ; tantôt l'industrie, le commerce local, le voisinage d'un canal navigable , d'un chemin de fer, ou celui d'une école célèbre, d'un établissement agricole ou industriel considérable , ou bien encore celui d'une mine, de bains ou d'eaux minérales renommées; tantôt ce sont de nobles souvenirs historiques ou de vénérables traditions qui attirent tous les ans un grand nombre de pèlerins, concours qui change ordinairement un simple hameau en une brillante foire ; tantôt enfin ce sont de grands monumens, quelques débris d'anciens édifices, ou bien le voisinage d'un volcan, d'une cascade remarquable, d'une haute montagne, ou de toute autre curiosité naturelle. Un misérable fort au-delà du 7ue
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parallèle , un port fréquenté à la latitude de 70° 36', trois ou quatre cabanes dans les immenses solitudes de l'Àsie-Boréale , dans celles de l'Amérique-du-Nord et de l'Amérique- du-Sud , une petite oasis , véritable port dans les vasles mers de sable de P Afrique-Intérieure ou de l'Asie- Moyenne, sont des localités qui , malgré leur peu de grandeur absolue, acquièrent une importance relative aux yeux des géographes.
Les épithètes de grande, très grande, fortifiée, forte, très forte, industrieuse, commerçante, très industrieuse, et très commerçante et autres qualifications semblables , n'ont pas été données par nous au hasard, comme elles paraissent l'avoir été dans bien des ouvrages , où l'on trouve Sena, dans la capitaineriede Mozambique, désignée comme une ville populeuse, lorsqu'elle compte à peine 1500 habitans ; où Guilford, qui n'a pas 4000 âmes, est nommée une grande ville, et cela en Angleterre, presque aux portes de Londres ! Dans ces mêmes ouvrages , Brescia , Padoue , Brody, etc. , dans l'empire d'Autriche; Breslau, dans la monarchie Prussienne ; Brème, Francfort, Giessen, etc., dans la Confédération Germanique; Girone, etc. , en Espagne , et une foule d'autres villes dont les fortifications n'existent plus, et d'autres mêmes qui n'ont jamais été fortifiées, sont indiquées comme des villes fortes! mais c'est surtout hors d'Europe que cette désignation offre les méprises les plus ridicules. Quant à nous , nous espérons que notre livre, considéré sous ce point de vue, peut être consulté avec une entière confiance , car des militaires, qui ont fait plusieurs campagnes dans les diverses parties du monde, ont revu nos manuscrits et ont redressé nos jugemens, lorsqu'ils étaient inexacts.
Nous nous plaisons à, nommer M. le général Chasteler, M. le général Santander, ancien vice-président de la Colombie, M. Pedraza, ancien premier président de la Confédération du Mexique , et M. le major Poussin, aide-de-camp de M. le général Bernard.
Mais il ne suffit pas d'avoir fait un choix judicieux des lieux les plus remarquables sous tous ces rapports, il faut s'être tracé un plan de description raisonné, qui soit en harmonie avec le plan Général de l'ouvrage et au niveau de l'é-
tat actuel de la science, si différent de ce qu'il était à la fin du dernier siècle. Nous croyons avoir atteint ce double but, en décrivant d'abord toutes les capitales avec des détails proportionnés tant à leur importance qu'à celle des états auxquels elles appartiennent; ensuite , sur une moindre échelle , un petit nombre de villes , regardées incontestablement comme les principales de Pétat, nous bornant à quelques désignations pour les endroits de second et de troisième ordre, ou même à la simple mention de leurs noms dans le tableau des divisions administratives. Les lieux passés entièrement sous silence sont beaucoup moins intéressans, sous tous les rapports, que ceux qui sont classés dans ces quatre catégories. Puis afin d'aider la mémoire du lecteur à retenir une foule de localités remarquables, nous en avons rattaché la description à celle des principales villes. C'est ainsi qu'en décrivant Paris, Lyon, Strasbourg , Lille, etc., en France; Vienne, Milan, Venise, etc., dans l'empire d'Autriche; Berlin, Cologne, Aix-la-Chapelle , etc. , dans la monarchie Prussienne, nous avons mentionné une foule de lieux d'une médiocre population, qui se recommandent cependant soit par leurs établissemens industriels , commerciaux ou littéraires, soit par leurs souvenirs historiques ou leurs édifices remarquables. Tous ces lieux se trouvent situés dans la périphérie d'un cercle que nous avons tracé autour de la ville principale, en prenant un rayon d'autant plus étendu que celleci était plus grande; ce rayon varie de 12 à 60 milles environ. De cette manière, nous avons pu donner, sans sortir du cadre que nous nous étions tracé, une foule <!e détails topographiques que, malgré leur importance, on cherche en vain dans ies géographies les plus volumineuses et les plus estimées.
Dans ces descriptions , nous avons supprimé presque toutes les généralités vagues qui ne peignent rien , qui ne laissent rien de positif dans la pensée , pour indiquer de préférence ces faits caractéristiques, ces détails spéciaux qui constituent éminemment la physionomie locale, et sont, pour ainsi dire , le cachet d'un pays ou d'une ville. Nous avons taché de faire connaître l'état plus ou moins avancé de la civilisation d'un pays , non-seulement par l'indication des universités quel-
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q'ie petites que fussent les villes où elles ont été établies, et des écoles spéciales de médecine, de jurisprudence , d'arts, etc., etc. ; mais aussi par une mention accordée à d'autres écoles moins considérables ; par la désignation des principales académies ou sociétés savantes , en signalant aussi les bibliothèques publiques les plus riches, les jardins botaniques , les musées, les observatoires , et les collections les plus remarquables, et quelquefois en indiquant le nombre d'écrits périodiques qui se publient dans chaque localité. Nous regrettons que le temps et l'espace ne nous permettent pas d'exposer toutes les idées que ces objets différens réveillent dans notre esprit. Quelles conséquences une imagination féconde et logique ne peut-elle pas tirer d'un établissement scientifique!
Nous avons exclu toute discussion étymologique comme étrangère à une géographie élémentaire ; nous avons même rejeté certaines notions historiques qui, dans des traités semblables , sont d'une utilité très contestée. En effet, nous avons pensé que l'indication d'une école supérieure, d'une académie ou société savante, d'une bibliothèque , d'un jardin botanique, d'une grande forge, d'un grand établissement agricole , était bien autrement importante pour nos lecteurs que l'origine du nom de M Hait , ou le lieu natal du peintre Vattloo . de l'abbé Poule, du savant Abauzif, et d'une foule d'autres personnages également célèbres. Au lieu de signaler le théâtre du moindre combat, de la moindre négociation politique, nous avons cru employer plus utilement un espace précieux , en désignant une foule de localités remarquables par des phénomènes naturels , ou par des restes imposans de la plus haute antiquité, traces d'un ordre social entièrement différent de l'ordre actuel, et quelquefois même antérieur aux temps historiques. C'est ainsi que dans les environs de Quito nous avons décrit ces colosses si remarquables par leur hauteur et si célèbres dans l'histoire de l'astronomie ; que dans les environs de Bagdad nous avons rappelé les merveilles de Babylone, la splendeur de Séleucie et de Ctésiphon ; que dans ceux de Damas nous avons décrit les magnifiques ruines de Gérasa, de Philadelphie et de Palmyre , et que , près de Modica , en Sicile , nous avons donné la description de la val-
lée d'Ipsica, qui offre des vestiges d'une ville des Troglodytes.
L'état des beaux arts chez un peuple étant un indice certain et frappant du degré de sa civilisation, nous nous sommes attaché à donner quelques détails sur les principaux monumens de l'architecture,de la sculpture et de la peinture des temps anciens et modernes, nous étendant particulièrement sur ceux des peuples dont les mœurs différaient davantage des nôtres. Nous avons fait tous nos efforts pour être exact. Malheureusement peu de voyageurs donnent des descriptions satisfaisantes. Il arrive même quelquefois qu'après avoir consulté tous ceux qui parlent d'un même objet, on en possède rarement la connaissance claire et complète.
Parmi le grand nombre d'exemples que nous pourrions citer, nous nous bornerons à la fameuse tour dite de porcelaine, à Nanking. Quoique ce soit un des monumens d'architecture qui aient été le plus fréquemment cités, sa description nous a offert bien des difficultés. Le père Lecomte, qui s'en est bien acquitté selon le père Bourgeois , dit que cette tour forme un octogone dont chaque côté à 15 pieds d'étendue, tandis que le père Bourgeois, de son côté, porte cette dimension à 130 pieds. Peut-être le dernier a-t-il voulu par cette mesure indiquer l'étendue de chacun des côtés de la galerie qui entoure le rez-de-chaussée de la cour, tandis que l'autre missionnaire parlait d'un des côtés de la tour même. Le fameux pont qui joint Lspahan au faubourg de D joui fa a été décrit par Chardin, Sanson, JeanThévcnot et Daulier-Deslandes:
chacun en donne des mesures différentes, malgré l'extrême facilité de ce toisé. Les contradictions que nous avons trouvées dans des voyageurs également célèbres et presque contemporains, et l'impossibilité de nous livrer aux recherches nécessaires pour découvrir lesquels avaient raison , nous ont engagé à supprimer presque toujours les dimensions des édifices mentionnés dans cet abrégé. Au reste ces contradictions qu'on remarque si souvent dans les voyageurs n'ont rien d'extraordinaire, lorsqu'on se donne la peine d'analyser les circonstances particulières dans lesquelles chacun d'eux s'est trouvé. Un voyageur ne peut, ou ne sait pas tout examiner. Une multitude de causes influent sur la manière dont les hommes
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INTRODUCTION
voient et entendent. Le résultat naturel doit être des témoignages variés à l'infini sur les mêmes objets. Non-seulement un homme ne voit pas et ne sent pas comme un autre, mais encore, à différentes époques de sa vie il diffère également de luimême.
En décrivant l'Egypte, les Etats Barbaresques, l'Asie-Mineure, la Syrie, la Perse, la Grèce, l'Italie, l'Inde, le Mexique, le Guatemala, le Pérou, Bolivia , .lava, et autres contrées, nous nous sommes arrêté à contempler d'imposantes ruines, des débris de sculpture, des tombeaux recouverts de peintures, témoins muets d'une civilisation toute différente de la nôtre et de celle de nos ancêtres. Comment, en effet, pouvions-nous espérer de donner une idée exacte du séjour de l'homme sans indiquer l'emplacement de ces cités populeuses, qui, dans la suite des âges, furent tantôt l'une après l'autre, et tantôt plusieurs à-la-fois, les capitales politiques et commerciales du monde. Signaler l'emplacement de Thèbes, de Memphis, de Babylone , de Ninive, de Sardes, de Tyr et de Jérusalem, c'est rappeler la puissance de Sésostris, de Nabnchodonosor et de Semiramis, les richesses de Crésus, la splendeur du commerce phénicien et la gloire de Salomon. Décrire les ruines de Suse, de Persépolis, tfEcbatane, de Carthage, de Syracuse, de Rhodes et A' Athènes, c'est indiquer les cités rivales, qui, plus tard, remplacèrent les premières, dans la prépondérance politique, commerciale et littéraire. Alexandrie , Séleucie , Palibothra, Rome, Consta?ttinople, Clésiphon, Bagdad, Karakhorin , malgré sa petitesse, Samarcande, Pêking, Ispahan et Schiraz, rappellent dans l'ancien continent la puissance d'Alexandre et de ses successeurs, la monarchie universelle des Césars, la prépondérance politique des Parthes, la domination des califes, les empires immenses de Gengiskhan et de Tamerlan , et la splendeur des Sophis.
Nous avons pensé que , tout en déroulant aux yeux de nos lecteurs le tableau imposant de l'état actuel du globe , nous devions leur rappeler de temps en temps les nations qui furent jadis ce que sont de nos jours l'Angleterre , la France , la Russie, l'Autriche et la Prusse, et les cités populeuses que remplacent, de nos
jours , Londres , Paris , Saint-Pétersbourg, Vienne et Berlin, destinées sans doute à être remplacées à leur tour.
Un des plus grands obstacles qu'on ait à surmonter dans la partie topographique d'un traité élémentaire de géographie, c'est le défaut de documens contemporains. La géographie est nécessairement composée de choses qui sont et de choses qui ont cessé d'être. Il est extrêmement difficile de décrire un pays, même sous les rapports essentiels , en ne présentant que des choses qui existent simultanément. Pour une ville considérable, il est même presque impossible d'éviter le mélange de notions qui appartiennent à des temps différons. Comment s'y prendre pour être seulement instruit de tous les changemens qu'éprouvent , dans l'espace de quelques années, les capitales de l'Europe? Que faire pour connaître ceux qui ont eu lieu dans les métropoles de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Océanie? Les descriptions spéciales ne sont pas toujours assez fréquemment renouvelées pour qu'elles puissent indiquer les changemens qui surviennent. Paris , Londres, Vienne, Berlin, Munich, Manchester , Liverpool , Edimbourg , Glasgow, Saint-Pétersbourg ne sont, pour ainsi dire , pas reconnaissables , tant le court espace de 15 ans a vu s'élever dans leur enceinte de nouveaux quartiers et de magnifiques édifices. Il faudrait donc, pour composer une géographie qui offrit le tableau du globe à telle époque , des documens certains et tous de la même date : ce qui ne s'est jamais trouvé et ne saurait s'obtenir. Mais cette impossibilité d'une entière exactitude n'excuse pas les négligences impardonnables qu'on rencontre à chaque page dans certains livres. Dans des géographies récemment publiées , à notre grand étonnement , nous trouvons encore la description du clocher de la cathédrale de Cambrai , renversé par un ouragan depuis bien des années : ici, dans la description de Baie, on parle encore de la fameuse danse des morts, détruite en 1805; là, dans celle de Londres , on cite Carlton-house et ses magnifiques collections, tandis que, depuis quelques années, cette maison royale a été démolie, et que son emplacement offre la belle place de New-Carllon Square, formée par trois nouveaux bàtimens d'une élégante architecture. Des traités très en
A LA GEOGRAPHIE
vogue et publiés depuis peu , nous apprennent l'existence d'universités, ou qui n'ont jamais exislé , ou qui ont été supprimées depuis long-temps , tandis que les auteurs de ces ouvrages ne mentionnent seulement pas d'autres établissemens de ce genre , qui figurent justement à côté des plus anciens et des plus célèbres : nous nommerons les prétendues universités d'Agrain , de Klauseubourg, de Kascnau, de Madrid, etc., etc. ; nous signalerons l'université de Latidshut, transférée depuis quelques années de cette villè à Munich, et l'impardonnable omission de celle de I adoue , aujourd'hui une des plus florissantes et où professa le célèbre Galilée. L'espace nous manque pour signaler d'autres inexactitudes dans des qualifications aussi hasardées qu'ambitieuses données aux villes , soit d'après quelques découvertes que leurs habitans prétendent avoir eu lieu dans leur enceinte, soit d'après quelques produits du sol et de l'industrie, qu'à tort on leur attribue, qualifications qui n'en sont pas moins reconnues comme des vérités incontestables, puisque quelques - unes ont même eu l'honneur de devenir proverbiales. Aidé par nos savans collaborateurs, nous avons eu soin d'éviter ces méprises ou ces trivialités , et lorsque nous avons été abandonné à nos propres forces , nous avons mieux aimé ne rien dire que d'induire en erreur par des indications hasardées.
synonymie. L'addition des synonymes pour la France, l'Italie, l'Angleterre et d'autres contrées de l'Europe occidentale n'offre presque pas de difficultés. Mais il en est bien autrement pour presque tous les pays de l'autre moitié de l'Europe, pour quelques provinces de la monarchie Prussienne et pour plusieurs contrées de l'empire d'Autriche. Dans les pays hongrois de ce dernier état, presque tous les lieux ont deux noms et quelques-uns jusqu'à cinq , savoir : en hongrois , en allemand , en valaque , en slavon et en latin hongrois. On sent bien que, dans un abrégé, on ne pouvait les mettre tous; nous avons cependant indiqué ceux qui nous paraissaient les plus importans, et qu'on nous assurait être le plus en usage. On peut dire la même chose de l'empire Ottoman et du nouvel état de la Grèce. Dans celui-ci, il y a presque toujours trois dénominations pour chaque lieu : le
nom classique ancien, le nom actuel en grec moderne et le nom turc. Pour l'archipel , nous avons eu un guide excellent; c'est le tableau des lies de la Mer-Blanche (archipel) que M. Jouannin a publié il y a quelques années.
Que dirons-nous des régions hors de l'Europe? là tout est désordre, et sans une abondante synonymie, il est vraiment impossible d'étudier la géographie sur les cartes; car les noms indiqués dans un texte quelconque ne se rencontrent que très rarement sur les cartes, et vice versâ.
Nous prions le lecteur de ne pas perdre de vue ce que nous avons dit aux pages xmxvi, en parlant de l'orthographe. Plusieurs des remarques que nous" y avons faites pourraient s'appliquer à la synonymie.
Nous ajouterons que , parmi les synonymes que nous donnons, il y en a quelques-uns que nous savons cire des erreurs dues aux premiers traducteurs des ouvrages originaux; d'autres erreurs proviennent de la négligence des copistes, quelques-unes même de celle des typographes. Nous avons cependant dû conserver ces synonymes ; car tout erronés qu'ils sont eux-mêmes, ce sont justement ceux qu'on trouve marqués sur les meilleures cartes françaises, allemandes et anglaises. Leur suppression totale aurait offert un grave inconvénient pour beaucoup de lecteurs, sans être d'une bien grande utilité pour la science.
ARRANGEMENT TYPOGRAPHIQUE. L'eX-
périence nous ayant appris que plus oit parle aux yeux , plus on pénètre aisément jusqu'à l'esprit du lecteur, nous avons pensé que nous faciliterions l'intelligence des sujets différens traités dans cet abrégé, par l'emploi de différens caractères, dont la grandeur serait toujours proportionnée à l'importance relative de ces mêmes sujets. C'est ainsi que, dans le tableau des langues et des religions, leurs divisions principales et leurs subdivisions ont été clairement exprimées par un mécanisme typographique très facile à saisir. A la page xxi, nous avons déjà indiqué le moyen employé pour représenter typographiquement le bassin d'un fleuve. De même, on a fait usage de plusieurs caractères différens et d'une certaine graduation d'espaces pour faire voir au lecteur l'ensemble des divisions administratives d'un état , chacune de ces divisions ellesmêmes , leurs subdivisions et leurs chefs-
INTRODUCTION
lieux respecufs. C'est encore ainsi que, dans les articles montagnes, on a adopté, pour les systèmes orographiques, des caractères différens de ceux qu'on a employés pour les chaînes principales, les chaînes secondaires et les points culminans des unes et des autres. Dans la description des villes, on a toujours écrit en italique les objets les plus remarquables; et dans celle des endroits qu'embrasse leur rayon, on a employé des caractères plus petits, afin de signaler la dépendance dans laquelle ceux-ci sont placés relativement aux chefs-lieux.
tableaux statistïques. Dans les chapitres vme et ixe des principes généraux et dans ceux qui précèdent les tableaux statistiques des cinq parties du monde, nous sommes descendu dans une foule de détails sur tout ce qui concerne les parties de la statistique qui, comme nous l'avons vu à la page iv, entre dans le domaine du géographe. Il fallait mettre sous les yeux du public ces pièces , d'après lesquelles tout lecteur instruit pourra juger par luimême de l'état réel des deux sciences dont il s'agit. Nous avons donc résumé dans ces chapitres, qui sont au nombre de sept, les résultats obtenus durant près de vingtcinq ans de recherches longues et pénibles pour déterminer la superficie, la population, les forces et les ressources des principaux états du globe , et le nombre approximatif des hommes actuellement vivans sur la terre. Nous osons nous lîatter d'avoir le premier répandu quelque lumière sur ces sujets importans, et d'avoir contribué à faire disparaître bien des erreurs regardées naguère comme des vérités démontrées. Et puisque le sujet nous a ramené à parler des populations et des finances, nous ne pouvons nous empêcher d'ajouter encore ici quelques observations qui s'y rapportent.
N'est-il pas étonnant de voir le JSorthern-Traveller , guide excellent pour les voyageurs qui veulent parcourir la Nouvelle-Angleterre et le Canada, n'accorder en 1828, au Bas-Canada, que 200,000 habitans? N'a-t-on pas raison de s'étonner encore plus en voyant l'annuaire Thebrilish empire, pour 1829, publié à Londres, ne donner encore aux deux Canadas que 250,000 âmes , et cela quelques années après la publication de plusieurs ouvrages importans sur ces provinces, dans lesquels on porte presque au
triple leur population, après les documens authentiques présentés au parlement, qui démontrent que, dès l'année 1825, ces deux provinces comptaient 581,171 habitans, et lorsque déjà les journaux anglais avaient annoncé que plusieurs milliers d'émigrés quittaient annuellement le Royaume-Uni pour aller s'y établir. A la page il 06, nous signalons au lecteur l'état florissant de ces contrées, que certains géographes regardent en- " core comme de vastes solitudes, n'offrant tout au plus que du bois de construction et de riches fourrures. Ignorent-ils donc que cette portion prétendue déserte du Nouveau-Monde offre une augmentation de population supérieure même à celle des Etats-Unis? On sait, en effet, par des documens officiels, qu'en 1790 le nombre d'habitans de la confédération Anglo-Américaine s'élevait à 3,921,328, tandis qu'à la même époque il ne montait qu'à environ 210,000 dans l'Amérique- Anglaise -du -Nord. Or, nous savons, maintenant, par le dernier recensement, que les Etats-Unis en 1830 avaient 12,856,171 habitans; d'un autre côtelés recensemens antérieurs, les nombreuses émigrations qui ont eu lieu pendant ces dernières années, et des inductions très probables basées sur le mouvement de la population, ont démontré que le Canada doit avoir eu dans la même année au moins 1,200,000 âmes. Le rapprochement de ces faits, fait voir que la population ayant un peu moins que quadruplé dans la confédération Anglo- Américaine, elle a presque sextuplé dans PAmérique-Anglaisedu-Nord.
Les statisticiens allemands les plus célèbres estiment à une valeur très peu élevée les revenus de l'état du pape, et M. le baron de Malchus, que nous n'hésitons pas à regarder comme le premier d'entre ces savans, ne les portait en 1830 qu'à 6,500,000 florins du Rhin, équivalant à 14,000,000 de francs. Déjà dans la Balance politique du, globe, d'après plusieurs faits positifs qu'on nous avait communiqués, nous les avions portés à 30,000,000 de francs. Le budget détaillé qu'un de nos correspondans nous a envoyé et que nous avons publié dans une des Revues de Paris, avec les budgets du grand-duché de Toscane et du duché de Lucques, les portait à 43,400,000 francs pour l'année 18 17. Désirant approfondir
A LA GEOGRAPHIE
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point important de la statistique, nous avons profité de la bienveillance dont nous honore M. le baron deGérando, pour nous mettre en rapport avec les hommes qui, comme lui, ont laissé de si honorables souvenirs durant leur administration dans les départemens romains. Les communications obligeantes que nous devons à M. le baron Janet, intendant-général des finances dans les deux départemens du Tibre et du Trasimène, nous ont prouvé que cette seule partie des états du pape avait en 1813 un revenu brut de 24,000,000 fr. Les faits importans que M. le comte de Tournon, ancien préfet de Rome, a publié dans sa statistique du département qu'il a administré, concordent avec l'estimation précédente. Nous savons, par les budgets du ci-devant royaume d'Italie, combien rapportaient les départemens situés de l'autre côté des Apennins. C'est d'après tous ces faits que nous avons porté en 1826, à 45,000,000 le revenu brut de la totalité des pays soumis au pape.
POIDS, MESURES et MONNAIES. On pOS-
sède plusieurs traités plus ou moins estimés sur les monnaies, les poids et mesures des divers états de l'Europe; ceux de Kruse, de Kelly et de Lohmann embrassent même les systèmes monétaires et métriques des principaux peuples de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique et de l'Océanie. Mais, outre le prix élevé, le format incommode et le volume considérable de ces ouvrages, l'ordonnance des matières dans les uns, la complication des tableaux dans les autres, suffisent pour rebuter, à l'ouverture du livre, celui qui a le plus besoin d'y puiser des renseignemens. 11 faut, en quelque sorte, une étude préliminaire pour apprendre à se servir de ces ouvrages, dont le principal mérite, après l'exactitude, devrait être la clarté et la précision.
Quant aux tables et notices particulières qui accompagnent certains traités spéciaux publiés en France sur la géographie et la statistique, elles sont discréditées par l'absence de toute critique et par le défaut d'autorité. D'ailleurs l'arrangement de ces sortes de tables, le peu de détails qu'elles renferment, surtout pour la métrologie, mettent dans l'impossibilité de distinguer la nature des mesures, leurs subdivisions et les rapports qu'elles ont entre elles. A l'égard des monnaies réelles, les auteurs de ces notices se bornent à re-
produire, au moins en grande partie, le tableau de comp avais on répété chaque année par V Annuaire du bureau des longitudes , sans même indiquer cette source et sans parler des monnaies de compte dont la connaissance est si importante.
Personne peut-être plus que nous, qui nous sommes const amment occupé de recherches statistiques, n'a reconnu l'insuffisance des documens qui existent sur les monnaies, les poids et mesures des divers états de l'Europe et des autres parties du globe; et c'est parce que nous étions convaincu depuis long-temps de l'immense utilité d'un travail consciencieux sur cette matière, que nous avons cherché à nous en procurer un qui pût être joint à notre géographie. La difficulté était de trouver un travailleur judicieux et opiniâtre qui, possédant des connaissances spéciales et . familiarisé avec les ouvrages de cette nature, consentit à entreprendre des recherches longues et pénibles, des calculs fastidieux. Nous désespérions de la réussite de nos démarches, etnous nous voyions réduit à nous servir des documens imparfaits qui étaient à notre disposition , lorsque le hasard nous apprit que M. Guérin de Thionville s'occupait d'un ouvrage de ce genre, auquel il a déjà consacré beaucoup de temps. Aucun soin, aucun sacrifice n'a été épargné par lui pour se procurer des rapports exacts entre les mesures étrangères et celles de France. Il a consulté et comparé tous les ouvrages modernes. Des renseignemens officiels recueillis dans un grand nombre de recueils périodiques étrangers, et les communications particulières qui lui ont été faites, ont concouru à rendre son travail aussi complet et aussi parfait que le permet l'état présent des connaissances sur cette partie importante de la statistique générale. Ayant témoigné à M. Guérin le désir de joindre à notre livre une métrologie nouvelle, plus complète et plus digne de confiance que celles qui accompagnent d'autres géographies, il a eu l'obligeance d'extraire de son grand ouvrage les tableaux qui forment l'appendice de cet abrégé. Ce savant estimable a bien voulu y ajouter, à notre prière, un travail fort intéressant sur le système monétaire et, métrique des principaux peuples de l'antiquité.
Le précieux avantage de ces tableaux
INTRODUCTION
de comparaison est de présenter d'ensemble, au premier coup-d'œil, la division et l'évaluation des monnaies, des poids et mesures des principaux pays et des principales villes du monde. Grâces à l'ordre a Iphabétique suivi pour les états de chaque partie du monde et à l'ingénieuse idée de placer la réduction des unités étrangères en valeurs françaises dans des co-
lonnes distinctes , dont la tête indique la nature des mesures, on se trouve dispensé de toutes les recherches pénibles que nécessitent les autres ouvrages de ce genre. Nous pouvons dire, avec une entière assurance , que rien de plus complet , rien de plus exact , et en même% temps d'un usage plus facile, n'a encore été publié en France sur cette matière.