I.XII
INTRODUCTION
ble que, dans l'état actuel de nos connaissances sur cette vaste partie de l'Afrique , le géographe qui sait le plus est, en quelque sorte, celui qui peut le moins apprendre aux personnes avides de savoir. On voudrait connaître des divisions, naturelles, ou du moins des divisions politiques, avoir quelques notions certaines sur l'étendue , la population , l'état social des états de cette région; mais quand on veut être de bonne foi , il faut rejeter comme faux , ou du moins comme conjectural , tout ce que l'on trouve dans les meilleures géographies, quoiqu'elles abondent en détails présentés d'une manière positive , comme s'il était question de décrire un comté de l'Angleterre ou un département de la France. Guidé par ces considérations > nous n'offrons à nos lecteurs que le peu de faits qui nous paraissent avérés. Nous avons donc été très bref sur un sujet immense. Non-seulement l'intérieur est presque ignoré, mais même les côtes sont en partie mal connues. Quoi, pourra-t-on dire, la côte orientale n'est pas assez connue? Ouvrez les traités de la science , et vous y verrez même des détails. Nous nous bornerons à répondre que nous traitons de la géographie actuelle, et que, nous ne voulons pas donner comme telle, une géographie surannée , vieillie de deux ou trois siècles. Nous laissons aux compilateurs le plaisir d'offrir en 1830 et 1831, le tableau de la domination Portugaise sur la côte orientale, et les brillantes descriptions du royaume de Melinde , de la république de Brava , et d'autres états sur cette même côte , quoique les Portugais n'y exercent plus une domination générale depuis plus d'un siècle , et que l'état de ces pays ait changé , ou que l'on ignore leur situation actuelle. Nous ne suivrons pas non plus leur exemple relativement au royaume de Gingiro et autres états, dont ils parlent sans prévenir qu'on ne les connaît que par certains rapports suspects faits par des indigènes et anciens déjà de plusieurs siècles. Il en est de même de l'empire du Monomolapa, qui, dissous définitivement en 1752, n'en figure pas moins dans presque toutes les géographies et sur des cartes très récentes , comme un des plus grands et des plus puissans états de l'Afrique.
Pour la description de la partie continentale de cette division de l'Afrique, nous avons consulté Barros, Dos Santos , Lobo , Hamilton, Thomann , Sait, Saulnier de Monde-
vity Chapellier et Epidariste Colin ; ces trois derniers dans les Annales des voyages. Nous avons examiné aussi plusieurs articles publiés récemment dans les journaux anglais, les documens rassemblés par Bowdich et publiés après sa mort, et les renseignemens que nous avons pu» bliés en 1822 dans les Variétés statislico-politiques de la monarchie Portugaise.
Nous regrettons que la relation de la reconnaissance faite par le capitaine Owen sur toute fa côte orientale n'ait pas été publiée : elle encore nous aurait éclairci bien des doutes, et sauvé, peutêtre, de bien des erreurs.
L'île de Madagascar si fameuse et si importante par son étendue, sa fertilité, sa population, et parles progrès que la civilisation y a faits de nos jours, avait été jusqu'à présent presque dédaignée parles écrivains. Elle a été, pour nous, l'objet d'investigations laborieuses, et nous avons tâché de réunir, avec la plus grande concision , tout ce que sa géographie politique offrait d'essentiel. Pour atteindre ce but, nous avons eu recours surtout à Flacouj't, à Drury, à Le Gentil, aux mémoires de Fressange , du Maine, Chapellier, ainsi qu'à d'autres travaux publiés dans les Annales des voyages, ou à desdocumens plus récens insérés dans la Revue britannique. Notre savant collègue et ami, M. Thomas, qui a publié une excellente statistique de l'île Bourbon , et qui a rassemblé beaucoup de renseignemens sur Madagascar, nous a puissamment aidé dans la description de cette grande lie.
Possessions des puissances étrangères en Afrique. Nous n'avons rien à dire sur cette partie de l'Afrique. Les pays qu'on y décrit , appartenant géographiquement aux cinq grandes régions dans lesquelles nous avons partagé cette partie du monde, le lecteur connaît déjà tous les principaux ouvrages que nous avons dû consulter. Nous ajouterons cependant que nous avons tâché de présenter véritablement l'état actuel de ces possessions, tâche difficile dans laquelle nous avonsété aidé par MM. Jomard, A'Avezac, Thomas, ainsi que par quelques-uns de nos collaborateurs dans VEssai statistique sur le royaume de Portugal et d'Algarve, et entre autres par M. Pussich, gouverneur-général des îles du Cap-Vert , qui en 1821 , nous a donné à Lisbonne une excellente statistique manuscrite de cet archipel.
Ce vaste continent, auquel l'Europe doit en grande partie sa puissance et ses richesses, avait été aperçu, dès le ixe siècle, par les intrépides Scandinaves, et, vers la fin du xive, par les frères Zeni , navigateurs vénitiens ; mais ces tentatives partielles et incomplètes étaient demeurées sans résultat pour PAncien-Monde , et ce ne fut qu'en 1492 que l'immortel Colomb, guidé par une hypothèse ingénieuse , fa-
vorisé par un heureux hasard, et soutenu par une intrépidité héroïque, réalisa cette importante découverte.
Si la géographie de l'Amérique n'offre pas les ténèbres qui enveloppent encore une si grande partie de l'intérieur de l'Asie; si sa vaste surface ne présente pas les lacunes que nous avons trouvées dans les grandes terres de POcéanie; si enfin le géographe ne rencontre pas, dans le
A LA GEOGRAPHIE
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Nouveau - Monde , les vides immenses qu'offre l'Afrique, il en est redevable à la rapide activité des premiers conquérans qui parcoururent, dans tous les sens, ce nouvel hémisphère pour y chercher des trésors, ainsi qu'à la pieuse sollicitude des missionnaires catholiques qui, conquérans d'un nouveau genre, firent marcher la propagation de l'évangile de pair avec les progrès de la civilisation et les découvertes géographiques. Plus tard, le plus célèbre des voyageurs modernes, le baron de Humboldt, eut le talent difficile d'embrasser toute la géographie du Nouveau-Monde dans la relation de son mémorable voyage. Sous sa .plume habile, on vit naître la géographie physique de celte contrée sur laquelle on n'avait encore que quelques faits isolés , mêlés à beaucoup d'erreurs; il discuta, avec un talent remarquable, tous les points encore douteux, et combla une foule de lacunes qu'offrait, avant lui, la description de l'Amérique. Son exemple ne fut pas perdu, et l'on vit naître les savantes explorations entreprises sous les auspices de l'empereur d'Autriche et du roi de Bavière, qui nous firent connaître si bien une si vaste partie de l'Amérique-Méridionale; d'autres savans entreprirent la découverte des principales régions de l'Amérique-du-Nord , tandis que les grandes explorations, ordonnées par les présidons de l'Union, dans i intérieur de l'Amérique-du-Nord, et les navigations non moins importantes faites par ordre du roi de France le long des côtes de l'Amérique-du-Sud, et par ordre du roi d'Angleterre dans les mers boréales et australes , apportèrent de nouvelles richesses au géographe et complétèrent les découvertes qui restaient à faire dans le Nouveau-Monde. La création de nouveaux états enrichit encore la géographie de la masse de documens publiés par leurs gouvernemens respectifs, par les commissaires étrangers envoyés pour examiner leur situation, et par les nombreux voyageurs qui accoururent de toutes les parties de l'Europe pour visiter les magnifiques régions qui avaient été jusqu'alors fermées à la curiosité du savant, aux investigations du politique et aux spéculations du négociant.
Mais si la géographie proprement dite de l'Amérique n'offre presque plus de lacunes importantes à remplir, il n'en est pas de même de la topographie ni de la
statistique; et, si l'on veut être sincère, il faut convenir qu'à l'exception de la partie orientale du sol de l'Union, c'est-à-dire des vingt-quatre états, du district fédéral et des trois territoires organisés, tout le reste de cette puissante confédération, ainsi que du continent américain , est, à quelques exceptions près , resté en dehors du domaine de la statistique et même de la topographie. Les guerres intestines qui continuent à désoler les nouveaux états élevés sur les débris des colonies espagnoles et portugaises, n'ont pas encore laissé à leurs gouvernemens le loisir de rassembler des documens officiels. Tout ce que l'on possède jusqu'ici se réduit à des généralités pour chaque état , encore sont-elles bien loin d'être exactes et complètes. Si l'on veut éviter les erreurs et les méprises, il faut renoncer à reproduire les détails minutieux dans lesquels les géographes se complaisent ordinairement.
Les longues et difficiles recherches auxquelles nous nous sommes livré pour la rédaction de la Balance politique du globe, jointes à nos relations personnelles avec quelques-uns des chefs des principales républiques, avec plusieurs diplomates distingués et avec quelques administrateurs habiles de ces nouveaux états, nous ont convaincu de cette vérité; tout cela même a contribué, comme nous l'avons déjà fait observer, à nous faire renoncer au plan d'après lequel nous nous étions proposé de décrire tous les états de cette partie du monde.
Les Etats-Unis sont la première puissance du Nouveau-Monde; leur marine marchande n'est inférieure qu'à celle de la monarchie Anglaise ; leurs monumens , leurs canaux , leurs établissemens scientifiques et littéraires rivalisent avec les constructions et les établissemens correspondans de l'Europe ; leur population, déjà considérable par elle-même, l'est encore plus lorsqu'on la compare avec celle des autres états de l'Amérique, sur lesquels elle influe doublement par sa masse et par l'entreprenante activité de son gouvernement; les Etats-Unis enfin sont à la tête de la civilisation qui marche rapidement d'un bout à l'autre de celle partie du monde. Tels sont les motifs qui nous ont engagé à traiter cette partie de l'Amérique d'après le plan adopté par nous dans la description des états de l'Europe et des grands empires de l'Asie. Nous
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avons décrit tous les autres états d'après le plan suivi dans la description de l'Océanie et de l'Afrique, mais sur une échelle un peu plus large à l'égard de l'empire du Brésil et des principales républiques.
Etats-Unis. La confédération Anglo -Américaine est sans contredît la partie de l'Amérique la mieux connue. Nous avons déjà dit qu'elle est aussi la seule comprise dans le domaine de la statistique; nous ajouterons que c'est la partie du Nouveau-Monde sur laquelle on a publié le plus grand nombre d'ouvrages. Au milieu de tant de richesses, ii semble tout naturel de croire que sa description n'offre aucune difficulté au géographe. Mais ici un élément d'un genre nouveau vient rendre sa tâche plus laborieuse. Les progrès extraordinaires de la population, le développement prodigieux que présentent l'agriculture, les fabriques et le commerce, la fondation de nouvelles villes , l'ouverture de nouveaux canaux, la construction de nouvelles routes, et les nouvelles divisions du territoire rendues nécessaires par tant de progrès et par l'affluencede sa population dans des terrains encore vierges, sont autant de causes d'erreurs pour le géographe le plus consciencieux, surtout lorsque c'est en Europe qu'il rédige sa description; des villages et même de simples hameaux deviennent en quelques mois des villes importantes par la construction d'un chemin de fer, par l'ouverture d'un canal, ou par l'exploitation d'une mine nouvelle; tel état qui ne comportait que 30 à 40 comtés peut, dans le court espace de deux ou trois ans, en avoir un quart, un tiers et jusqu'à la moitié de plus. Nous engageons ceux de nos lecteurs à qui notre assertion pourrait paraître exagérée, à comparer la description des différens états de l'Union , donnée par notre abrégé , avec la description correspondante offerte dans l'Atlas des deux Amériques, rédigé et publié en 1825 , par M. Buchon , d'après les ouvrages nationaux les plus récens. Ils verront peutêtre avec surprise que , tandis que l'Atlas accorde seulement 18, 48, 67 et 59 comtés aux états du Mississipi, du Ténessée, du Kentucki, et de l'Ohio, nous avons porté le nombre respectif de leurs comtés à 26, 62, 83 et 73. L'atlas sous les yeux, ils y chercheront en vain la description particulière de chaque état , les grands canaux de la Pennsylvanie , de l'Ohio et d'autres contrées , que nous avons indiqués à l'article où nous avons tracé le cours de ces grands moyens de communication: il n'y trouveront pas non plus l'indication (fun seul des nombreux chemins de fer pratiqués sur plusieurs points de l'Union ; ils n'y trouveront pas davantage les villes florissantes que nous avons décrites ou simplement indiquées dans le voisinage des riches mines de charbon exploitées dans la Pennsylvanie, ni les villes fondées récemment à l'embouchure des nouveaux canaux.
Nous avons fait tout ce qui dépendait de nous pour donner un calque fidèle du pays. L'espace nous manque pour indiquer toutes les précieuses
ressources dont nous nous sommes entouré pour écarter toute erreur. Nous nous bornerons à citer les auteurs auxquels nous avons fait le plus d'emprunts, etles savans estimables qui ont bien voulu nous aider. Nous nommerons parmi les premiers: Morse, Pitkln, Seyberi, Lewis et Clark y Long et Kealing , Sidon , Mellish , Tanner, Darby , le duc Bernard de Saxe- Weimar, Schoolcrafl, Basil Hall, B élirami, etc. , etc. Nous devons une foule d'indications excellentes à nos deux savans amis, M. Varden, attentif à suivre tous les changemens que subit la géographie d'une contrée sur laquelle il a publié une statistique supérieure à celle de tous ses devanciers , et M. le docteur Constancio qu'un séjour dans les Etats-Unis comme chargé d'affaires du Portugal, a mis à même de connaître parfaitement cette puissante confédération. La reconnaissance nous fait aussi un devoir de nommer M. Milbert, le savant auteur de l'itinéraire pittoresque d;i fleuve Hudson , auquel nous devons plusieurs éclaircissemens; ainsi que MM. Varden et Constancio , il a bien voulu revoir les épreuves de celte partie de notre ouvrage. Malgré tant de ressources , nous n'aurions jamais pu peindre sous ses véritables couleurs ce pays extraordinaire , sans un heureux hasard qui conduisit en Europe M. Worcester, auteur de la meilleure géographie élémentaire publiée en Amérique, et M. le major Poussin, aide-de-camp du général Bernard. Ces deux savans, qui venaient à peine de quitter le sol de l'Union, dont ils possédaient la topographie dans ses moindres détails, ont eu l'extrême obligeance, non-seulement de revoir nos épreuves, mais d'y ajouter une multitude d'indications précieuses.
Nouveaux états de la ci-devant Amérique- Espagnole. Depuis quelques années tous les regards de l'Europe se portent vers les états indépendans qui se sont élevés sur les débris 8es magnifiques colonies de l'Amérique-Espagnole. Plusieurs rivalisent pour l'élendue avec les plus grands empires du monde; leur population collective, quoique très faible relativement au sol sur lequel elle est distribuée, est néanmoins très considérable lorsqu'on la compare à celles des autres puissances du Nouveau-Monde , surtout si l'on pense qu'elle dépasse les deux cinquièmes de la population totale de ce vaste continent; les villes principales de ces nouveaux états rivalisent pour leur beauté avec les capitales de l' Ancien- Monde, et, sous le rapport du nombre de leurs habitans, elles figurent parmi les plus grandes de l'Amérique; enfin le produit des mines de quelques-unes de ces contrées, quoique considérablement diminué depuis quelques années, est encore si important , que , sous ce rapport , leur richesse dépasse celle de tous les autres pays du globe. Tous ces motifs nous ont engagé à élargir un peu notre cadre lorsqu'il s'agissait de les décrire.
Nos guides principaux ont été les voyages et les ouvrages du baron de Humboldt, de Word, Bullock, Lyon, Hardy, Beltrami, Mol lien, Thompson, Rengger et Longchamp, JVunez,
À LA GEOGRAPHIE