‹ Abrege de geographieChapitre 257 sur 454 · DESCRIPTION DES DIVERS ÉTATS DE L'ASIE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES DIVERS ÉTATS DE L'ASIE

position astronomique. Longitude orientale , entre 24° et 27°. Latitude , entre 30° et 42°. Dans ces déterminations on n'a pas compté les vastes contrées de l'Arabie occupées par les troupes du pacha d'Egypte.

confins. Au nord, le détroit des Dardanelles, la mer de Marmara , le détroit de Constantinople, la mer Noire et l'Asie Russe. A Y est, l'Asie Russe et le royaume de Perse. Au sud, l'Arabie, k Y ouest, la mer Méditerranée et l'Archipel.

fusuves. Les fleuves de cette vaste contrée aboutissent à quatre mers différentes. Un grand nombre d'autres moins considérables se perdent dans les sables ou se jettent dans des lacs intérieurs , parmi lesquels on doit ranger la prétendue mer Caspienne, qui n'est que le plus grand de tous les bassins méditerranéens connus et en même temps le plus vaste lac du globe. Malgré cela , dans le tableau suivant nous le laisserons figurer parmi les mers, en suivant l'usage adopté par tous les géographes.

La MER NOIRE reçoit :

Le Tchorokh, qui prend sa source dans la chaîne du Taurus qui s'étend au sud de Trébizonde, traverse une petite partie de l'eyalet d'Erzeroum , passe par Baïbourd et au-dessous de Bathoumi entre dans la mer Noire.

Le Iechil-Irmar , qui nait dans les montagnes du Taurus au sud de Tokat, traverse l'eyalet de Sivas, passe par Tokat où il s'appelle en turk Tokat-som, c'est-à-dire rivière de Tokat, touche Amasia et au-dessous de Samsoun entre dans la mer Noire.

Le Kizyl-Irmak , qui est formé parla réunion de la branche Orientale ou de Sivas et de la branche Méridionale. Elles naissent toutes deux dans les hautes vallées du Taurus ; l'une vient des frontières de Sivas -, l'autre prend son origine sur le Hassan-dagh. Le Kizyl-Irmak passe ensuite par Osmandjik et Baffra , et se rend à la mer Noire , après avoir traversé les eyalets de Sivas et de Konieh, et touché celui d'Anadoli. C'est le célèbre Halys des anciens et le plus gpand fleuve de l'Asie-Mineure proprement dite.

La Sacaria ou Samgarias des anciens , qui nait dans une des chaînes du Taurus, traverse la partie nord-est de l'eyalet d'Anadoli , reçoit à la gaucho le Pursak qui passe par Koutaïeh et se rend dans la mer Noire.

La MER DE MARMARA ne reçoit que de petits fleuves , parmi lesquels nous nommerons:

La Nikabitza , qui est le plus grand. Il traverso le sandjakde Khodavend-kiar dans l'eyalet d'Anadoli , et reçoit à la droite le Niloufer, qui passe non loin de Brousse.

La MER EGÉE oul'ARCHIPEL reçoit:

Le Kodos ou Sarabat, qui naît dans la chaîne du Taurus nommée Mourad-dagh, traverse les sandjaks de Koutaïeh et de Saroukhan dans l'eyalet d'Anadoli , passe non loin de Magnésie et , au nord de Smyrne, se jette dans le goité auquel cette ville donne le nom.

Le Mendres, le Méandre des anciens, qui nait dans une chaîne du Taurus , passe près de Guzelhissar dans le sandjak d'Aïdin dans l'Anadoli, et après un cours célèbre par ses nombreuses tor tuosités, se jette dans l'Archipel au sud de l'île de Samos.

La MÉDITERRANÉE reçoit :

Le Sihoun, qui prend sa source dans une des chaînes du Taurus non loin de Kaïsarieh , sous le nom de Tchared-solï , traverse l'eyalet d'Adana, passe par cette ville et se rend ensuite dans la mer Méditerranée.

Le Djihan , qui prend sa source dans une chaîne du Taurus, traverse l'eyalet d'Adana, et après avoir reçu la rivière de Marach se jette dans le golfe d'Alexandrette.

L'Asi, I'Oronte ou Axius des anciens. Il prend sa source dans le Djebel-el-Chaïkh ou Anti-Liban, traverse la partie septentrionale de l'eyalet de Damas et partie de celui d'Alep, et après avoii passé par Hems , Hamah et Antakia ou Antiochb se jette dans la Méditerranée.

Le GOLFE PERSIQUE reçoit :

Le Chat-el-Arab , le plus grand fleuve de l'Asi*: Ottomane , formé comme nous l'avons dit à la page 645 parla réunion de I'Euphrate proprement dit et du Tigre. L'Euphrate proprement dit est formé lui-même par la réunion du Frat et du Mourad-Tchaï. Celui-ci, dont le cours est plus long, a sa source dans les monts Bingueul une des branches du Taurus et passe par Melazgherd; le Frat nait dansl'Ala-dagh, autre montagne du Taurus, passe peu loin d'Erzeroum et par Erzingan. L'Euphrate passe ensuite par Semisat, Racca , Ana, Hilla, Sa-

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mara, Korna. Les affluens de cette branche sont peu considérables à l'exception du Kouramas ou Kara-sou qu'il reçoit à la droite, et du Khabour qui lui apporte* le tribut de ses eaux à la gauche. Le Tigre, le Didjleh des Arabes, que les Orientaux regardent comme la branche principale del'Euphrate ou Chat-el-Arab, naît dans l'eyalet de Diarbekir par la réunion de deux branches : I'Occidentale ou Chat , qui est la plus grande , passe par Diarbekir , et I'Orientale ou Khabour -, toutes deux naissent dans les monts Taurus. Le Tigre ensuite se grossit des eaux de plusieurs rivières considérables qui descendent des montagnes des Kurdes, et passe parMossoul, Bagdad et Korna. Après sa réunion avec le Frat au-dessous de Korna ce fleuve prend le nom de Chat-el-Arab ; il passe par Bassorah , et par une seule embouchure il entre dans le golfe Persique. Un canal forme la communication entre le Chat-el-Arab et le Karoun. Le domaine de ce grand fleuve et de ses branches comprend les gouvernemens d'Erzeroum, Van , Diarbekir , Racca , Bagdad , Cheherzour , Mossoul , et partie de ceux de Marach , Alep et Damas. Ce fleuve célèbre auquel se rattachent les plus antiques et les plus vénérables souvenirs , a été proposé il y a quelques années comme le moyen d'obtenir parla navigation à vapeur une correspondance facile entre Londres et le gouvernement de l'Inde. De premières tentatives ont déjà été faites par ordre du gouvernement britannique, pour atteindre ce but important.

Le Karoun vient du territoire Persan et , après avoir communiqué avec le Chat-el-Arab par un canal, entre par cinq bouches dans le golfe Persique. La MER CASPIENNE reçoit :

Le Kour , qui naît dans l'eyalet d'Erzeroum , traverse celui de Tchildir et entre dans les provinces Caucasiennes de l'empire Russe , où il se jette dans la mer Caspienne après avoir reçu Voiras à la droite ; la source de ce dernier se trouve aussi dans l'eyalet d'Erzeroum.

BASSINS MÉDITERRANÉENS. Parmi les nombreux fleuves qui n'aboutissent à aucune mer nous nommerons les suivans :

L'Arden , le Jourdain des anciens. Il naît dans le mont Hermon dans l'Anti-Liban ou Djebel-el- Chaïkh , traverse le lac de Tabarieh (Genezareth) etla Palestine dans l'eyalet de Damas et entre dans la mer Morte nommée Oulou-Deguizi ou Babarel-Louth par les naturels.

Le Koceïk ou Koïk qui naît dans les montagnes au sud d'Aïntab, passe par Alep et se perd dans le lac Kincoin.

LeBARRADi, qui descenddel'Anti-Liban, passe par Damas et se rend dans le lac Bohaïrat-el-Mardj.

religions . L'Islamisme est la religion dominante et est professé par le plus grand nombre d'habitans, c'est-à-dire par les Osmanlis , les Turkomans , les Lazes, les Arabes, les Persans ou Tadjiks, les Bohémiens et une partie des Kurdes. Presque tous ces peuples sont sunnites, a l'exception des Moutoualis , des Arabes Kezil, des Persans et des Kurdes Bilbas

qui sont schyytes. Le Christianisme est professé aussi par un grand nombre. Les Grecs appartiennent à Y Eglise grecque, les Arméniens à V Eglise arménienne ; les dogmes de Y Eglise catholique sont professés par plusieurs Grecs, Arméniens et Kurdes , et , depuis environ un siècle , par les Maronites. L'Eglise protestante compte un petit nombre de croyans établis dans les grandes villes de commerce. V Eglise jacobitique compte un nombre assez considérable de Kurdes et quelques milliers de Grecs. V Eglise nestofienne, quoique plus répandue, ne compte qu'un petit nombre de prosélytes parmi les Kurdes et les Arméniens qu'on estime égal à celui de l'Eglise jacobitique. Le Judaïsme est professé par les Juifs , qui sont répandus dans toutes les grandes villes de cette contrée. Les Druzes , les Nosaïris, les Ismaéliens et lès Yezidis professent des religions différentes de celles que nous venons de nommer ; nous avons indiqué à la page 72 les rapports qu'ont les trois premières avec l'Islamisme , et nous y avons exposé les principaux dogmes religieux des Ye~ zidis.

gouvernement. Voyez l'empire Ottoman, aux pages 569 à 571.

industrie. On peut dire que l'agriculture est dans un état pitoyable dans cette vaste contrée , à l'exception de certains districts et des environs des grandes villes. L'industrie manufacturière y est un peu plus florissante, surtout dans les grandes villes. On peut même dire que les teintures du colon , de la soie , de la laine et des peaux surpassent ou pour le moins égalent tout ce que l'industrie européenne offre de plus parfait en ce genre. Les principaux articles des fabriques et des manufactures de la Turquie Asiatique sont : les étoffes desoiettklep, de Damas, Mardin, Bagdad et Brousse; les étoffes de coton de Mossoul , Damas , Alep, Guzel-hissar, Diarbekir, Smyrne et Manissa ; les toiles de Brousse , Tokat , Amasia, Trébizonde, Rizè, Mardin, Bagdad et Diarbekir; les draps ordinaires de Khanak-kalesi, Guzel-hissar, Hilleh ; les camelots et les châles d'Angora ; les tapis de Brousse, Kara-hissar, Pergame , Alep, Damas ; les maroquins de Konieh, Kaïsarieh, Kouskin, Diarbekir etOrfa ; le cuir de Diarbekir et Konieh ; les selles d'Aïntab ; les brides de Hilleh ; le tabac

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de Latakia ; Vopium de Kara-hissar ; la faïence de Khanak-kalesi et de Hilleh ; les savons de Damas , Bagdad et Alep ; la coutellerie de Damas ; les ustensiles de cuivre de Tokat et d'Erzeroum , et la verrerie de Mardin et d'Hébron.

Peu de contrées au monde se trouvent mieux placées que l'Asie Ottomane pour être le centre d'un commerce immense. Aussi ces belles régions, dès la plus haute antiquité et pendant tout le moyen âge, ont-elles été le siège du plus grand commerce du monde; mais par suite du manque de sûreté , de grands chemins, de canaux navigables et d'encourageraens de la part du gouvernement, leur commerce actuel est à peine une ombre de celui qu'elles faisaient autrefois. Malgré cela la position centrale de ces belles provinces placées entre l'Europe, l'Asie et l'Afrique, les riches productions de leur sol , les nombreux produits de l'industrie de quelques-unes de leurs grandes villes, et les caravanes de Damas et de Bagdad qui convoient à la Mecque les pèlerins de l'Europe et de l'Asie Orientale, contribuent à donner encore une grande activité aux relations commerciales.

On doit distinguer dans cette contrée le commerce maritime et le commerce intérieur. Celui-ci, qui est de beaucoup le plus considérable, se fait par caravanes comme dans les autres parties de l'intérieur de l'Asie. Erzeroum , Karahissar , Tokat, Angora, Brousse, Smyrne, Bassorah, Bagdad, Diarbekir , Alep , Mossoul et Damas sont les principales villes par lesquelles passent les caravanes qui viennent de la Perse , de l'Arabie et de l'Europe. Le commerce maritime se fait presque en entier par les Européens, à l'exception de celui qui a lieu par Bassorah. C'est ce qu'on appelle le commerce du Levant.

Les Anglais, les Français, les Néerlandais, les Russes et les Autrichiens , ou pour mieux dire les Vénitiens et les Triestins, font les plus grandes affaires. Smyrne, Latakia qui est le port d'Alep, Tripoli ou Tarablous, St-Jean d'Acre ou Akka en sont les places principales. Trébizonde est le principal port de la mer Noire. Les Arméniens, et après eux les Juifs et les Grecs, sont parmi les peuples indigènes ceux qui sont le plus adonnés au commerce.

Les principaux articles d'exportation sont : soie, coton, laine, cuir, tabac, cuivre, poil de chameau et de chèvre, opium, safran, noix de galle, térébenthine, storax, raisin, figues et antres fruits secs, vins de Chypre et d'autres endroits, cuirs, maroquins, tapis et autres produits des fabriques indigènes et plusieurs articles manufacturés importés de l'Inde, de la Perse et de l'Arabie. Les principaux articles d'importation sont: étoffes de soie, draps, aiguilles, montres et quincaillerie, miroirs et verrerie de Bohême et de Venise , papier , étain , objets provenant des fabriques de Nuremberg, porcelaine, denrées coloniales et une foule d'autres articles de l'industrie européenne. L'Arabie, la Perse et l'Inde fournissent une grande partie des produits précieux de leur sol, et la dernière fournit ceux de ses nombreuses manufactures.

DIVISIONS ADMINISTRATIVES et TOPO- GRAPHIE. Nous avons déjà signalé ailleurs la difficulté , pour ne pas dire l'impossibilité , où est le géographe d'offrir exactement les divisions administratives actuelles de l'empire Ottoman. Ces difficultés sont encore plus grandes lorsqu'il est question de sa partie asiatique , à cause de l'anarchie à laquelle cette région est livrée depuis long-temps. Aidé par les conseils du savant orientaliste M.

Jouannin, qui en a traversé une très grande partie, et par ceux d'autres savans déjà mentionnés , nous n'avons pas désespéré d'offrir dans le tableau suivant, sinon les divisions exactes de cette importante partie de l'Asie, du moins celles qui s'approchent le plus de ses véritables divisions administratives.

Toute l'Asie Ottomane est partagée en 20 gouvernemens ou eyalets, subdivisés en départemens , sandjaks ou livas.

Quelques-uns de ces derniers sont indépendans du pacha gouverneur de Peyalet auquel ils appartiennent géographiquement. Les gouvernemens et les départemens sont très inégaux par rapport à leur étendue et à leur population. Un grand nombre de tribus nomades ou montagnardes et plusieurs pays ne sont que tributaires; d'autres ne sont que vassaux et quelques-uns sont même toutà-fait indépendans. Par des raisons exposées ailleurs , on a réparti les grandes divisions administratives d'après les gran-

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des divisions géographiques dans lesquelles l'usage a depuis long-temps partagé ces vastes contrées ; on doit cependant faire observer qu'elles ne leur correspondent pas toujours exactement. On a mis une étoile devant tous les chefslieux de liva qui,- en 1826, étaient indépendans du pacha gouverneur de leur eyalet respectif. On a réuni provisoirement à l'eyalet de Kars la partie de la Géorgie Ottomane que le traité d'Andrinople a rendue à l'empire. Les lies de l'Archipel qui appartiennent géographiquement à l'Asie, ainsi que celle de Chypre, ne figurent pas dans ce tableau, parce qu'elles forment partie de l'eyalet Djezaïr ou Eyaleti Deria que nous avons donné tout entier à la partie européenne de l'empire à laquelle appartient son chef-lieu (voyez à la page 572); cependant le lecteur en trouvera la description dans ce chapitre d'après le plan suivi dans cet Abrégé. A l'égard des vastes territoires de l'Arabie actuellement oc-

cupés par les troupes ottomanes, nous avons cru devoir les décrire dans le chapitre consacré à l'Arabie , parce que ces pays sont regardés sous le rapport administratif comme une dépendance de l'Egypte, et parce qu'en effet ils relèvent immédiatement de son vice-roi. D'après le traité de paix qu'il a conclu avec le grand-seigneur, ce monarque lui a accordé l'administration non-seulement de tous les pachaliks et districts qui correspondent à la Syrie des géographes ; mais il lui a donné en outre la direction de la caravane de la Mecque , et il a concédé en ferme à son fils Ibrahim le Mohassil d'Adana dans l'Asie Mineure, doublement important comme position militaire et comme pays très abondant en bois de construction d'une excellente qualité. Pour distinguer ces pays de ceux qui dépendent immédiatement du sultan, on a mis deux étoiles devant leurs noms , dans le tableau suivant des divisions administratives.

Eyalets. Chefs-Lieux, Villes et Lieux les plus remarquables.

L'ASIE-MINEURE ouANADOLI comprend les eyalets et livas suivans:

ànadoli Koutaïeh; * Iznik-mid; * Brousse; Moudania ; Kidonie ou Halvali; Per-

game ; Sart; *Smyrne; * Guzel-hissar; Ayasalouk (Ephèse) ; * Antalia ou Adalia; * Kara-hissar; * Angora; * Kanghri; * Kastemouni; Sinope *Boli; Bartine ou Bartan. Plusieurs tribus de Turkomans seulement vassales. ** Adana Adana; Tarsous; Sis; Païas; Anemour; Selefkeh; * Alaiïe ou Alaïa. Plusieur? tribus de Turkornans seulement vassales.

Caramame . . . Ko nie h; Larenda ou Karaman; * Ak-cheher; * Ak-seraï; * Nikdé; Gourouk; Maden; * Kircher ou Kirchehr; * Kaïsarieh. Un grand nombre de tribus Turkomanes seulement vassales.

Marach Merach ou Marach; Albostan; Aintab; Malathia. Plusieurs tribus de Turkomans ou de Kurdes.

Sivas Si va s; Tokat;* Ouscat ou leuzgat; Amasia; Merzifoun; * Tchoroum; Ve-

zir-Pacha; Unieh. Plusieurs tribus de Turkomans. Trébizonde . . Trébizonde ou Trabezoun; Kerasun. * Le Pays des Lazes avec une partie

du Ghouria presque entièrement indépendant; on y trouve : *Irizeh, * Ba-

toum.

L'ARMÉNIE avec une partie du KURDISTAN et de la GEORGIE correspondent aux eyalets et livas suivans :

Erzeroum . . . Erzeroum-, Kamakh; Maden; Erzindjan; Kara-hissar; Gumuch-khaneh; Baïbourd; Toprak-kalah. Plusieurs tribus de Turkomans.

Van Van; * Mouch; * Betlis; Khochab; * Bayazid. Les principautés kurdes vassales de nom , mais réellement indépendantes ; on y trouve : Djoulamerk, etc. Quelques tribus de Turkomans .

Kars Kars; Ani. Plusieurs tribus de Turkomans. Ardanoudji ou Erdenoutch dans

la partie de la Géorgie qui est restée à l'empire Ottoman.

Le KURDISTAN OTTOMAN proprement dit comprend l'eyalet suivant : Chehrezour . . Kerkouk; Chehrezour (jadis siège du pacha); Erbil; Baïan. Les principautés kurdes A'Amadia, de Suleïmanieh ou Sindian, de Koi et de Kouran, seulement vassales de l'empire Ottoman. Depuis quelques années ce gouvernement relève du pacha de Bagdad.

La MÉSOPOTAMIE , ou AL-DJEZYREH avec l'IRAK-ARABI des modernes comprend les eyalets et livas suivans:

Bagdad Bagdad; Mechhed-Ali; Hilla; Mechhed-Hossein; Ana; Nisibin; Mardin;

Bassorah. ou Basrah; Korna. I ,es principauté s kurdes de Karadjolan et de Sehau vassales de nom; celle de Karadjolan est une des plus puissantes, et seshabilans, moyennant une rétribution , escortent ordinairement la caravane qui va de Bagdad à Mossoul et vice-versa. Le Pays de Sindjar ou des Xezi-

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dis et celui des Bilbas dans les montagnes appelées autrefois Zagros, sont habités par des Kurdes entièrement indépendans. Le chef des Yezidis habite dans le village de Babir. Les Arabes Mounlefik dans les environs de Korna et les Arabes Kazaïles, le long du Frat ou près de Semavat peuvent être regardés comme tout-à-fait indépendans. Les Mountefik recevaient même une forte somme annuellement pour défendre le pays contre les Wahhabites. Les Arabes Nedjedi le paraissent être moins.

Diarbekir . . . Diarbekir ou Kara-hamid; Maden; Siverek. Les principautés kurdes de Djezyreh , qui paraît être la plus puissante, de Palou, d'Agil et de Gouh avec les chefs-lieux de ce nom ne sont que tributaires.

Rakka Rakka; Orfa; Bir; Tor; Khabour. Plusieurs tribus d'Arabes, de Turkomans

et de Kurdes.

Wossoul . . . . Mossoul; Elkoch. Plusieurs tribus de Kurdes tributaires; quelques tribus de Yezidis tout-à-fait indépendantes.

La SYRIE ou SCHAM comprend les eyalets et livas suivans :

** Alep Alep ouHaleb; Killis; Alexandrette ou Scanderoun; Baïlan; Antakia ou

Anlioche; Chogr ou Djesr-chogr. Plusieurs tribus de Turkomans, $ Arabes et de Kurdes.

** Damas Hamas ou Damasc; Hamah; Hems; Tadmor ou Palmyre; Jérusalem;

Bethlehem; Kalil ou HebroniRayh ou Jériùo; Nablous ou Sichem ; Gaza; Ramla; Jaffa ou Joppe. Plusieurs tribus d'Arabes Bédouins et quelques-unes de Turkomans.

** Acre Acre ou A kk a ; Baïrout; Sidon ou Saidex Sour ou Tyr; Nazareth ou Nasra,

Tabarieh. Le Pays des Moutoualis , dont le chef-lieu est Baalbeck; ils ne sont que tributaires. Le Pays des Druzes où se trouve Daïr-el-Kamar t siège de leur grand-émir, qui n'est que tributaire.

*• Tripoli .... Tripoli ou Tarablous; Latakia. Le Pays des Nosairis qui comprend les vallées du Liban depuis Antakia jusqu'au Pays des Druzes ; ils sont tributaires , et le village de Bahloulie peut être regardé comme leur chef-lieu, étant le siège du chef ou mokaddem le plus puissant. Le Pays des Maronites également tributaires, et partagé entre le petit émir qui réside à Djebel ou Djebaïl et le gran » émir qui réside à Canobin. Le Pays des Ismaéliens , dont le cheflieu est Massiade ou Masial; ils sont tributaires.

Dans l'ASIE-MINEURE on trouve :

Koutaïeh {Cotyœum), grande ville bâtie dans une situation pittoresque, sur le penchant du Poursak-dagh, et baignée par le Poursak. C'est le siège du beylerbey d'Anadoli et d'un grand -juge ou mollah. Parmi ses édifices on observe une grande et vieille mosquée remarquable par sa singulière architecture. On porte à 50,000 le nombre' de ses habitans.

Dans ses environs immédiats est situé le village de Touncha //,avec des bains chauds renommés. Plus loin, dans un rayon de 45 milles , on trouve : Seïdi-Gazi, village ruiné, remarquable par sa belle mosquée et encore plus par le monument phrygien situé dans son voisinage et visité par M. Leake. Ce savant voyageur, d'après les mots au roi Midas sculptés sur un des côtés, croit que ce tombeau taillé dans le roc et couvert de sculptures dans le genre de celles de Mycènes , pourrait être attribué à un des rois phrygiens de la dynastie de Midas ; en admettant cette supposition, ce serait un des monumens les plus anciens de l'Asie, puisque sa construction remonterait entre 570 et 740 ans avant Jésus-Christ. Eski-cheher , petite ville, importante par ses bains chauds, dont on voit encore les restes des anciens édifices ; c'est l'ancienne Dorylœum , Turba, petit village , où l'on commence à monter le Domaoun-dagh, haute montagne, sur laquelle depuis long-temps on a établi un hospice semblable à ceux des Alpes pour secourir les voyageurs égarés dans la neige ; de gros chiens y sont entretenus pour ce pieux of-

fice. Azani , misérable village qui mérite l'attention de l'archéologue par les magnifiques ruines d'un théâtre et d'un temple de Jupiter ; M. Keppel qui les a visités il y a quelques années , dit que ce dernier égale les ouvrages grecs les plus remarquables qui subsistent encore ; on y trouve plusieurs inscriptions frecques et latines. Karaiiissar ou Afioun Kara-hissar (la forteresse Noire de l'Opium), ainsi nommée à cause de l'immense quantité d'opium qu'on y recueille et à laquelle, ainsi qu'à ses nombreuses manufactures de laine, elle doit son état florissant. Kara-hissar était le patrimoine féodal d'Othman, fondateur de l'empire; M. Kinneir lui accorde jusqu'à GO,ooo ha bitans.

Brousse {Prusa) , au pied du mont Olympe et non loin du Nilufer, que l'on passe sur plusieurs ponts , ville grande , assez bien bâtie et une des plus florissantes de l'empire par son industrie et par son commerce. Un vieux château environné de murailles, sur lesquelles on remarque encore des sculptures romaines, la domine et de vastes faubourgs l'entourent. Ses bàtimens les plus remarquables sont : la mosquée cathédrale (Ouloudjami), vaste édifice qui date de l'époque de la conquête de cette ville; les mosquées du sultan Orkhan , avec son tombeau et un collège très fréquenté, et celles des sultans Othman, Murad et Bayazid. On doit mentionner aussi

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ses nombreux et beaux caravanséraïs construits en pierre , et les magnifiques thermes décrits par un savant orientaliste, M. Jouannin , ainsi que les belles et nombreuses fontaines qui ajoutent à l'agrément de cette ville. Jadis résidence des rois de Bithynie , Brousse a été dans le moyen âge la capitale de tout l'empire Ottoman jusqu'à la prise d'Andrinople ; aujourd'hui elle est le siège d'un mollah de première classe, d'un pacha, d'un métropolitain grec et d'un archevêque arménien. C'est avec M. de Hammer que nous porterons jusqu'à 100,000 le nombre de ses habitans.

Dans un rayon de 45 milles on trouve : Moudama, sur le golfe de son nom , avec un port qui sert de débouché aux marchandises de Brousse , et par lequel cette ville reçoit toutes les expéditions de Constantinople et de l'Europe ; les fièvres y sont endémiques. Iznik (Nicée), misérable amas de huttes qui s'élèvent sur l'emplacement de la métropole de l'ancienne Bithynie, si renommée par le premier concile général que les chrétiens y tinrent en 325. Ses épaisses murailles , ses tours et ses portes sont encore assez bien conservées. On y voit encore une église assez remarquable , un aqueduc et un vaste édifice avec des souterrains immenses, nommé par les Grecs le palais de Théodore; selon M. Kinneirce serait un amphithéâtre. Iznik-mid ou Nikmid (Nicomédie), jadis une des plus grandes villes de l'empire Romain ; elle conserve encore quelque commerce. M. Fontanierlui.accorde 5300 maisons, uombre cinq fois plus grand que celui que lui assignent d'autres voyageurs modernes. Aboulioun {Jpollonie), sur un îlot du lac auquel elle donne son nom; ses 2000 habitans sont presque tous pêcheurs et vivent presque exclusivement du produit de la riche pêche qu'ils font sur ce lac , et que les cartes représentent beaucoup trop petit.

Smyrne {Izmir des Turks), au fond du golfe du même nom, bâtie en forme d'amphithéâtre autour d'une montagne au sommet de laquelle est un château en [ ruine; deux autres la défendent du côté de la terre et du côté de la mer. Sans . être belle Smyrne présente un aspect B agréable. Quelques maisons bien bâties appartiennent la plupart aux Européens \ et forment un assez joli quartier. Le s grand bazar ( bezesten ) et le vizirkhan, construits avec le marbre blanc de t l'ancien théâtre, sont les deux construcv lions qui se distinguent le plus. Ses rues )n sont étroites et sales, à l'exception de ■t eelles qui sont couvertes. Quoique Smyrne ,j n'offre aucune antiquité remarquable, on !,j peut dire qu'elle a contribué peut-être

plus que toute autre ville de l'Asie à enrichir les collections et les cabinets des antiquaires de l'Europe. Smyrne doit aux avantages de sa position le rang qu'elle occupe parmi les places commerçantes les plus importantes du monde. L'étendue et la sûreté de sa rade , la facilité de ses communications avec les parties les plus éloignées de l'intérieur , en ont fait l'entrepôt général des produits du Levant, ainsi que des marchandises européennes et des denrées coloniales importées en échange. Depuis plusieurs années cependant le commerce de la soie y est beaucoup diminué, et celui du cuivre est presque nul , s'élant concentré à Tarsous ; mais celui des fruits secs y est immense. Elle a été long-temps régie par un monssellim ou gouverneur civil nommé pour un an, et par un conseil municipal composé de huitayans ou notables. Maintenant elle forme un petit gouvernement ou eyalet régi par un pacha à trois queues. Elle est le siège d'un mollah de première classe, d'un archevêque grec et d'un archevêque arménien ; et malgré les ravages produits souvent par les incendies et par la peste, on porte sa population actuelle au-dessus dei 30,000 àuies. Smyrne", comme toutes les autres villes principales de l'empire, mais sur une plus grande échelle, offre le phénomène d'une république fédérative dans le quartier des Francs , habité principalement par des Anglais, des Français, des Hollandais et des Italiens. Leurs personnes et leurs propriétés sont affranchies de là domination turque ; en matière civile, commerciale ou criminelle , les Francs ne reconnaissent d'autres juges que les consuls des diverses nations auxquelles ils appartiennent. Le français est la langue universellement adoptée dans cette petite république, où du reste on voit régner, au milieu des mœurs et des usages de l'Orient , la civilisation de l'Europe et tous les usages, les amusemens et les occupations qui l'accompagnent. Dans le magnifique casino, fondé par souscription, on trouve tous les principaux écrits périodiques de l'Europe, et dans le théâtre, qui est très fréquenté, une compagnie d'amateurs joue des commédies italiennes. Smyrne possède en outre un collège grec où l'on enseigne les sciences et la littérature, et une gazette que l'on publie en français,

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Dans ses environs immédiats on trouve : le beau village de Bocrnabat , où la plupart des Francs onlleurs maisons de campagne ; elles sont divisées à-peu-près comme les bastides de Marseille ; et les villages de Bocdja et de Sedi-keu, remarquables par leurs belles campagnes et leur nombreuse population. Plus loin on voit Manissa (Magnesia), assez jolie ville, florissante par son commerce et par ses grandes plantations de safran ; on y voit une forteresse ruinée , de construction romaine, et les tombeaux de sultan Murad II et de sa famille ; M. Fontanier estime à 40,000 âmes sa population. Fokia, petite ville encore assez florissante par son port, bâtie sur l'emplacement de l'ancienne Phocée , si renommée par* ses nombreuses colonies fondées en Espagne et dans les Gaules, parmi lesquelles figure surtout Massilia (Marseille). Vourla, petite ville, bâtie sur l'emplacement de l'ancienne Clazomène ; c'est la résidence temporaire de l'archevêque grec d'Éphèse -, on y voit encore les vestiges de la chaussée construite par Alexandre-Ie-Grand.

Plusloin et dans un rayon de 55 milles on trouve au sud et au sud-est de Smyrne : Ayasalouk, misérable village turk , ou l'on voit encore une mosquée, un aqueduc et un château construit avec les matériaux enlevés aux ruines d'Ep hèse, situées à une petite distance. C'est parmi ces dernières qu'on a reconnu les restes du stadium, les vestiges du théâtre, les débris d'un temp le magnifique et les voûtes immenses qui soutenaient le second temple de Diane, qui, au rapport des anciens était pour le moins aussi magnifique que le premier, compté justement parmi les merveilles du monde. On regardait celui ci comme le plus grand temple construit par les Grecs ; il avait 425 pieds de long sur 220 de large ; on y voyait 127 colonnes de marbre hautes de 60 pieds, et sculptées par les plus habiles artistes de ce temps-là ; selon Xénophon la statue de la déesse était en or. Scalanova (Kouch-adasi) , ville florissante par son port et son commerce , qui avant la révolution grecque y avaient rassemblé une population qu'on portait à 20,000 âmes. P^latsiia, assemblage de quelques misérables huttes habitées par des Turks, parait correspondre à Mile t, si puissante dans l'antiquité, lorsque ses vaisseaux couvraient tout ie Pont-Euxin où elle fonda tant de colonies; on a reconnu les ruines de son vaste théâtre. Guzelhissar (Tralles) , ville florissante par ses manufactures de coton et par son commerce ; on iui accorde 30,000 habitans. Tirra, ville moderne, qu'on dit être presque aussi grande que Smyrne, quoique beaucoup moins peuplée.

A l'est et au nord de Smyrne on trouve : Cassaea ou Dirguthli , assez grande ville, à laquelle des voyageurs modernes accordent 6000 maisons. Sart (Sardes), la magnifique résidence des opulensrois lydiens, la plus riche des villes del'Asie- Mineure, que Florus appelait la seconde Piome, ■et un des sept premiers diocèses fondés par St. Jean, n'est plus qu'un misérable village habité par quelques Turks. Plusieurs ruines, les restes d'une grande église , peut-être ceux de son antique cathédrale , les débris du magnifique temi le de Cybèle , et dans ses environs le tuœului

colossal d'4lyatles\e père de Crésus, rappellent encore son ancienne splendeur. M. Cockerell en 1812, vit encore debout trois colonnes du temple que M. Leake croit avoir été construit entre 715 et 545 ans avant Jésus-Christ. Le monument d'Alyaltes, que ce dernier voyageur a visité, remonte à la même époque. C'est un cône en terre de 200 pieds de haut , dont la base formée selon Hérodote , de grandes pierres de taille, a six stades de circonférence. M. Leake le regarde comme une des antiquités les plus remarquables de l'Asie, et l'historien grec qui nous en a conservé la description , le regardait de son temps comme le plus grand de la Lydie, et seulement inférieur aux pyramides d'Egypte et aux monumens de Babylone. Le temps et l'exhaussement du sol ont entièrement recouvert la base de ce tombeau extraordinaire qui a l'apparence d'une colline. D'autres monumens semblables , mais moins grands se trouvent à une petite distance. Pergame, assez grande ville et encore la plus florissante de la vallée du Caïcus, quoiqu'elle ne soit qu'une ombre de l'ancienne résidence des rois de Pergame. On prétend qu'on y trouve d'importantes antiquités. Son magnifique temple d'Esculape , sa célèbre bibliothèque qui ne le cédait qu'à celle d'Alexandrie, et l'invention du parchemin assignent une place distinguée à cette ancienne ville, qui figure aussi parmi les septpremiers diocèses de l'Asie-Mineure. H aï v ali nommée Kidonie par les Grecs, située sur le golfe d'Adramili; véritable création du commerce et de l'industrie, cette petite république, fondée par le Grec Economos vers la fin duxvnr* siècle sous la protection de la Porte , était devenue en peu de temps une des villes les plus industrieuses, les plus commerçantes et les plus policées de l'Asie Ottomane. Mais ses nombreuses manufactures de savon, ses tanneries, ses moulins à huile, son beau collège, sa bibliothèque, son imprimerie, ses belles églises, ses30oo maisons et ses 30,000 habitans disparurent dans la guerre de l'insurrection. Depuis 1821 Kidonie n'offre plus qu'un amas de ruines.

Dans ce même rayon on trouve plusieurs îles remarquables, parmi lesquelles leur grande importance nous engage à nommer les trois suivantes : Metelin (Lesbos des anciens Grecs, Midilli des Turks), importante par sa grande fertilié, sa population assez nombreuse et surtout par ses beaux ports militaires ; on voit plusieurs restes d'anciens monumens près de Metelin, petite ville assez florissante , capitale de l'île. Chio (Chios des Grecs, Sakyz des Turks), naguère encore la plus riche et la plus florissante des îles de l'Archipel, remarquable par la civilisation, l'industrie et la richesse de ses habitans, n'offre depuis 1822 que ruines , à l'exception du district des villages où l'on recueille le mastic. Ses 100,000 habitans qui fournissaient à l'empire Ottoman les meilleurs jardiniers, sont réduits à 14,000 ; et C hio , où le commerce et l'industrie avaient rassemblé près de 30,000 âmes , et qu'on regardait comme la moderne Athènes par son célèbre collège , par sa riche bibliothèque et sa typographie , n'est plus qu'un amas de ruines. Les franchises que le grand seigneur a accordées depuis

ASIE OTTOMANE

quelque temps aux habitans de cette île ne peuvent manquer de réparer , du moins en partie , tant de désastres ; elles ont tellement modifié son administration que cette île forme pour ainsi dire un petit état vassal et tributaire. Samos (Susam ou Sisam desTurcks), importante par sa fertilité, sa population et par les vestiges que l'on y rencontre encore de son ancienne prospérité attestée surtout par les trois ouvrages suivans : la montagne percée ; c'était un canal de 875 pas de long pratiqué dans une montagne pour conduire l'eau à la ville de Samos ; cette étonnante excavation , dont on a reconnu l'ouverture, était huit fois aussi grande que la fameuse voûte de Malpas qui appartient au canal de Languedoc-, la jetée faite au côté gauche du port de Samos , haute de 20 toises; elle s'avançait à plus de 250 pas dans la mer ; le temple de' Junon Samienne situé à 4 milles de la ville , le plus spacieux édifice grec de ce genre qu'eût vu Hérodote : il était rempli de richesses, et les peuples de l'Asie et de la Grèce le regardaient comme un asile inviolable. Depuis les franchises que le sultan a accordées au prince Vogorides, qui en est le gouverneur, l'île de Samos avec les îlots qui en dépendent , forme un petit état vassal et tributaire, plutôt qu'une petite province de l'empire Ottoman.

Konieh (Iconium) , dans une plaine riche et bien arrosée , jadis résidence des sultans seldjoukides de Roum, et maintenant du pacha gouverneur de l'eyalet de son nom et d'un métropolitain grec.

Parmi ses nombreuses mosquées on remarque celle de Sélim, bâtie sur le modèle de celle de Sainte-Sophie. On doit encore citer le couvent des Mewlevis , fondé par le célèbre Djelaleddin Roumi , dans le xme siècle de notre ère. Ce couvent est le chef d'ordre de tous les établissemens du même genre répandus sur la surface de l'empire , et il jouit d'immenses richesses. Près de ia porte de Ladik on voit une sculpture que M.

Kinneir regarde comme un des plus beaux morceaux que l'antiquité nous ait légués, et une statue colossale à? Hercule; ces deux monumens ont été grossièrement restaurés par les Turks. Malgré sa décadence, Konieh est encore importante par ses manufactures, par son commerce et par ses nombreuses medressés ou collèges. On évalue sa population à environ 30,000 âmes.

Dans un rayon de 54 milles on trouve : Caraman dit aussi Larenda , assez grande ville, importante par son industrie, par son commerce et par le voisinage des ruines de Larenda , qui ont servi à la construction de ses édifices. Ak-cheuer, ville archiépiscopale et florissante, à laquelle M. Kinneir accorde 15,000 maisons , quoique Ali- Bey l'appelle une petite ville! Le medressé ou col-

lège de Bayazid et la mosquée principale sont des édifices remarquables. C'est dans ce même rayon qu'on trouve le vaste lac salé deTouzLA-, ses débordemens pendant la saison des pluies, joints à ceux d'autres lacs situés sur cette vaste plaine élevée , y forment un marais immense ; on en retire une grande quantité de sel.

Tokat , sur une branche du Kizyl- Irmak, grande ville, avec des rues étroites mais bien pavées, et dont l'apparence, selon M. Fontanier, est tout-à-fait euro* péenne. Elle a un archevêché arménien , plusieurs fabriques de toiles , d'étoffes de soie, de coton, de tapis et surtout de vaisselle de cuivre. Tokat est le point central de beaucoup de caravanes et un entrepôt de marchandises de Smyrne. En admettant les 18,500 maisons que lui accorde M. Fontanier, qui l'a visitée il y a quelques années, nous croyons qu'on ne s'éloignerait pas beaucoup de la vérité en portant à environ 100,000 âmes sa population actuelle.

Dans un rayon de 42 milles on trouve : Sivas (Sebasle), assez grande ville, chef-lieu de l'eyalet de ce nom , à la laquelle M. Gardanne accorde 4010 maisons, nombre que M. Trezel réduit à 1000» Dans ses environs on exploite de vastes mines de cuivre. Amasie (Jmasea), grande ville, qui selon M. Fontanier ne compte pas de moins de 10,000 maisons, siège d'un archevéebé arménien, et importante par son commerce et par les antiquités qu'elle renferme , mais qui n'ont pas encore été assez explorées et parmi lesquelles on doit compter une partie des murs de son ancienne citadelle et les restes d'un temple antique. La mosquée du sultan Bayazid est un édifice moderne qui doit aussi être cité , ainsi que les cavernes taillées dans le roc situées dans ses environs ; la plus remarquable est connue sous le nom de pierre du miroir.

Hors du rayon et vers l'ouest est situé Ieuzgatt, ville qui doit son grand accroissement à Tchapan-Ouglou , qui l'avait choisie pour sa résidence ; elle parait avoir beaucoup perdu depuis la mort de ce chef célèbre, dont la domination s'étendait sur presque toute la partie orientale de l'Asie-Mineure. Vers le sud-ouest on voit Kaïsarieh (Cesarée , capitale de la Cappadoce) , ville assez grande, florissante par son commerce et à laquelle on accorde 25,000 habitans, nombre bien faible comparé aux 400,000 que lui assignent les historiens à l'époque où elle fut prise et pillée par Sapor, roi de Perse, sous le règne de Valérien. Paul Lucas prétend avoir vu dans les environs d' Yrkoup, non loin de cette ville, 20,000 petites pyramides ayant chacune des portes et des fenêtres! Mais des renseignemens récens et bien autrement exacts nous représentent ce pays comme rempli de débris de monumens semblables à ceux de Babylone , de Van et d'autres villes d'aussi ancienne origine ; des briques couvertes d'inscriptions cu-

ASIE

néiformes ont été retrouvées dans des fouilles, ainsi que des objets qui rappellent l'ancien culte de Mithra.

Trébizonde, ville bien déchue de ce qu'elle était à l'époque où une branche des Comnènes de Constantinople y établit le siège d'un nouvel empire. C'est le chef-lieu de Peyalet de son nom et le siège du pacha dont relèvent les chefs héréditaires , turbulens et peu soumis qui dominent tout le pays situé le long de la mer Noire, depuis Trébizonde jusqu'à Batoum à l'embouchure du Tchorok* Cette ville est encore importante par sa rade assez fréquentée , par son industrie , par son commerce et par sa population.

Trébizonde est fortifiée; elle possède quelques édifices considérables , entre autres un grand bazar et des bains en marbre remarquables par leur élégante architecture, parmi ses antiquités il faut nommer le temple d'Apollon changé en une chapelle de forme octogone. Le cuivre et les esclaves sont les articles les plus importans du commerce d'exportation de cette ville , dont la population nous parait pouvoir être estimée à 50,000 âmes , et dont le territoire est très remarquable par sa belle position , la douceur de son climat, par sa fertilité et par l'abondance et la variété de ses productions.

Dans un rayon d'environ 50 milles on trouve : Ir.izEH ou Riza (Rhizaum), petite bourgade, siège d'un chef héréditaire , peu soumis au pacha de Trébizonde ; en dépit des géographes qui la représentent comme une ville florissante, peuplée de 30,000 habitans, nous ne lui en accordeions que 4000, sur l'autorité de M. Jouannin et de M. Fontanier. Gumuch-khané, petite ville du pachalik d'Erzeroum, dans l'Arménie, importante par les riches mines de plomb argentifère et de cuivre exploitées dans son voisinage.

L'Asie Mineure offre un grand nombre d'autres villes remarquables sous plus d'un rapport , soit dans l'intérieur , soit le long de ses côtes. Voici celles que notre cadre nous permet de citer ; elles nous fourniront l'occasion d'indiquer une foule de monumens antiques qui rappellent la richesse, la puissance et la grande prospérité de cette contrée maintenant si misérable, si faible et si déchue.

Sur la côte Septentrionale et à une distance plus ou moins considérable dans l'intérieur, en allant de l'est à l'ouest, on trouve: Martsivan (Merzifoun) , ville de médiocre étendue, à la-

quelle M. Fontanier accorde 4000 maisons, et importante par ses riches mines de cuivre. Sisopk (Sinoub des Turks), ville très déchue depuis plusieurs années, mais à laquelle son port, ses chantiers de ceastructions et son commerce donnent encore une certaine importance; on lui accorde près de 10,000 habitans. Kastamouni, autre ville déchue, à laquelle nous ne donnerons, avec M. Kinneir, qu'environ 13,000 habitans au lieu des 50,000 que lui assigne Malte-Brun en citant Hadji- Khalfah, mort en 1658. Boli , assez jolie ville, chef-lieu du liva de ce nom , et florissante par ses fabriques de cuir et d'étoffes de coton ; c'est le passage ordinaire des caravanes qui vont à Constantinople, ce qui, avec son industrie, contribua beaucoup à augmenter sa population qu'on porte jusqu'à 50,000 âmes. Angora (Ancyra), située à environ 60 milles au sud-est de Boli, dans l'intérieur, et célèbre par la grande victoire que Tamerlan remporta sur Bayazid; quoique bien déchue , elle est encore importante par ses nombreuses fabriques de camelots faits avec le poil des chèvres particulières à son district et dont la finesse égale celle de la soie. Nous remarquerons à ce sujet que dans les environs d'Angora les chèvres, les chats et les lapins ont ce poil long et soyeux qui les fait distinguer des autres individus de leur espèce. Les deux lions de grandeur naturelle , près de la porte de Smyrne , et l'inscription en l'honneur d'Auguste , sculptée sur six colonnes, restes du temple d'Auguste, et connue sous la dénomination de monument d'Ancyre, sont les antiquités connues les plus remarquables de cette ville, dont les portes, les murailles et presque tous les édifices sont construits avec le& débris de ces anciens monumens. Nous croyons qu'on pourrait réduire à 35,000 ou 40,000 âmes les 80,000 que lui accorde Malte-Brun.

Scutari a déjà été décrit à la page 577 avec les environs de Constantinople. Demonnesi ou Iles du Prince, groupe d'îlots, situé à l'entrée du Bosphore , fréquenté par les habitans de la métropole qui y vont faire des parties de plaisir ou vont y séjourner pour rétablir leur santé. La côte méridionale de la mer de Marmara (Propontide) est parsemée de ruines célèbres parmi lesquelles on doit surtout mentionner celles de Cyziqce , une des villes les plus florissantes et les plus belles de l'Asie , si renommée par la beauté de ses temples, par son prytanée réputé le plus magnifique de la Grèce après celui d'Athènes, par ses gymnases , par ses théâtres , ses stades , ses ports , ses arsenaux et par ses importantes fortifications ; on voit encore les débris de ses murs non loin de Peramo , misérable endroit sur la côte orientale de la péninsule qui s'est formée par les attérissemens qui ont réuni File de Cyzique au Continent. Marmara, la plus grande des iles répandues sur la mer de ce nom; elle est surtout importante par ses carrières de marbre. Le long de la côte Occidentale on trouve: Poungar-Bachi ou Bournar-Bachi , village que nous nommons pour indiquer l'emplacement présumé de Troie, l'ancienne Ilium , dont le siège a été chanté par Homère et qu'il ne faut pas confondre avec I'Ilium recels , qui se trouve à

ÀSIE ottomane.

quelques milles de distance. 11 ne reste aucun vestige de la première ville; mais sur un rocher voisin et qu'on croit être le Pergama, on trouve des débris de constructions en polygones irréguliers, une citerne taillée dans le roc et trois tombeaux héroïques ; quelques colonnes en marbre et d'autres débris indiquent près de Tchiblak, la position de la nouvelle ville bâtie par Alexandre, ruinée par Sylla et reconstruite par Jules César. Chemale , autre village important par les antiquités qui se trouvent dans ses environs, parmi lesquelles le docteur Clarke vit une immense colonne de granit dont le fût, quoique d'une seule pièce, a 37 pieds et 8 pouces anglais de long, et encore plus par le voisinage d'ALEXANDRiAÏROAs, ville entièrement ruinée et déserte, mais dont les magnifiques ruines attestent son ancienne magnificence; on y voit encore une partie de ses murailles et Yaqueduc construits avec d'énormes pierres de taille, une partie de la porte du côté de l'est, et surtout le prétendu palais de Priam, vaste édifice, dont les débris sont visibles à une grande distance en mer et qui parait avoir été le gymnase de cette ville ; ces ruines ont servi à la construction d'une îbule de bàtimens à Constantinople.

Sur cette même côte, mais au sud du rayon de Smyrne, on trouve : Bouoroun (Halycarnasse) , petite ville , dans une situation romantique, défendue par une assez bonne citadelle , avec un port et des chantiers où l'on construit des frégates et des bàtimens inférieurs pour la marine ottomane. Plusieurs sculptures d'un travail exquis représentant des processions funéraires et des combats entre des figures habillées et d'autres nues et encastrées dans les murailles de la citadelle, ont fait supposer à M. Beaufort que cette dernière a été construite en partie avec les matériaux du fameux mausolée, ou tombeau que la reine Artémise fit ériger à Mausole son époux. Ce magnifique monument exista jusqu'au moyen âge et fut mis au nombre des sept merveilles du monde, par ses dimensions, par la noblesse de son architecture et surtout par l'excellence des sculptures dont il était orné , travail dû aux plus célèbres artistes de ces temps. L'île de Stancho (Cos des Grecs , Istankioï des Turks) , importante par sa fertilité; on y trouve la petite ville de Cos , qui est encore assez florissante quoiqu'elle soit bien déchue de ce qu'elle était lorsque son fameux temple d'Esculape et le grand nom d'Hippocrate y attiraient des étrangers de toutes les parlies de la terre connue. Crio, misérable village, près du cap de ce uom , remarquable par les ruines de l'ancienne Gnideou Gnidus, une des villes principales de la Doride, où Vénus avait plusieurs temples dans l'un desquels était la fameuse statue de Vénus Gnidienne , chef-d'œuvre de Praxitèle, qui y attirait une foule de curieux. On y a reconnu les traces de trois théâtres , dont un de 4oo pieds de diamètre , de plusieurs temples et d'autres édifices publics et privés.

Sur la côte Méridionale on trouve l'île de Rhodes {Rhodus des Grecs , Rodos des Turks) , si renommée dans l'antiquité par les grandes rie liesses et la civilisation de seshabitans, et par

la sagesse des lois qui la régissaient et auxquelles elle dut la longue durée de son indépendance ; elle jeta encore quelque éclat dans le moyen âge, lorsque après la chute des colonies chrétiennes •ie Palestine , elle devint la résidence des chevaliers de St-Jean. Aujourd'hui presque déserte et inculte en comparaison de ce qu'elle était aux beaux temps de la Grèce et de Rome , cette île est encore importante par les fortifications et parles chantiers de construction de son chef-lieu actuel , qui porte le même nom, et par les grandes franchises que le sultan actuel lui a accordées. Sous le rapport administratif on pourrait ranger cette île avec celles de Chio et de Samos que nous avons vues être plutôt de petits états vassaux et tributaires que des provinces de l'empire Ottoman. R h odes moderne paraît être bâtie tout près de l'emplacement de l'ancienne Rhodes, une des villes les plus florissantes et les plus magnifiques de la Grèce ; on y admirait le fameux colosse représentant Apollon. Cette statue , qui nous parait être la plus haute dont l'histoire fasse mention, était l'ouvrage de Charès , élève de Lysippe; on la regardait comme une des sept merveilles du monde; ses dimensions étaient tellement énormes, que, quoique creuse dans l'intérieur, l'airain qu'on retira de ses débris forma la charge de 9oo chameaux , malgré le déchet que le métal dut éprouver pendant les 874 ans qui s'étaient écoulés depuis qu'un tremblement de terre avait renversé celte statue admirable l'an 222 avant Jésus-Christ. Marmoritza ou Marmara, misérable petite ville, près de l'emplacement de l'ancienne Physcus , mais importante par son port , un des plus beaux de la Méditerranée. Macri , petit endroit près d'un des plus beaux ports de la Méditerranée et non loin des magnifiques ruines de l'ancien Te lmessus, où l'on admire encore les restes du théâtre, des portiques et surtout les tombeaux-, une partie de ces derniers sont taillés dans le roc avec un art admirable, et ressemblent aux étonnantes excavations de la Perse et de l'Inde; les autres sont des sarcophages remarquables par leurs dimensions énormes et leur situation d'un accès très difficile ; ce sont probablement des restes de la domination perse dans cette contrée. Patara, jadis si florissante lorsque son célèbre oracle d' Apollon y attirait tant d'étrangers, n'offre plus que quelques pâtres qui de temps en temps parcourent les ruines de ses temples , et les restes de son théâtre assez bien conservé , ainsi qu'une partie de ses murailles et une de ses portes. L'îlot de Castel-Rosso (Megiste des anciens Grecs), remarquable par ses tombeaux taillés dans le roc , son théâtre et d'autres anciens monumens assez bien conservés. Mira , petit village , près des ruines de l'ancienne ville de ce nom , où l'on voit encore un théâtre de 358 pieds anglais de diamètre très bien conservé et quelques autres anciens édifices, ainsi que de nombreux tombeaux; dans plusieurs de ces derniers on trouve des inscriptions en caractères lyciens, de même qu'àTelmessus, Limyra et Cyana.

Adalia ou Satalie, ville assez grande, florissante par son commerce et à laquelle M. Coranccz donne 30,000 habitans. nombre qui nous parait

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exagéré, quoique nous trouvions trop faible celui de 8000 que lui accorde M. Beaufort. On y voit encore un magnifique arc de triomphe érigé en l'honneur d'Adrien. Dans un rayon de 40 milles on trouve au sud les magnifiques restes de Phaselis, dont les anciens habitans accumulèrent des richesses immenses par la piraterie qu'ils exerçaient, associésaux terribles corsaires de la Cilicie; c'est aux Phasélites que les Romains empruntèrent une sorte de bâtiment à voiles et à rames qu'ils nommèrent phaselus; un théâtre taillé dans le roc, des mausolées, une longue colonnade sont les antiquités les plus remarquables de cette ville aujourd'hui entièrement déserte. D'un autre côté vers l'est on voit Es ki- Adalia (Adalia l'ancienne), dénomination donnée par les Turks aux magnifiques restes de l'ancienne Sidéy si renommée dans l'antiquité par l'adresse de ses marins. M. Beaufort y vit le théâtrele plus vaste et le mieux conservé de toute cette côte et d'autres antiquités remarquables; et plus loin vers le nord on trouve Aylason, village bâti sur l'emplacement de Sagalassus; on y voit un beau théâtre, qui semble, dit M. Arundell , avoir servi la veille ; les restes d'un vaste portique, d'un gymnase et d'autres antiquités. An amouk, misérable château près duquel se trouvent les ruines d'A ne mu riu m , remarquables surtout par leurs nombreux tombeaux qui offrent réunis les trois genres différens que les archéologues distinguent dans cette espèce de monument. Selefkeh , petite ville , avec un port, remarquable par les ruines de l'ancienne Seleucia, parmi lesquelles on distingue d'immenses citernes, des catacombes, un théâtre et autres anciens édifices. Mezemj, misérable village, près des ruines de Soli ou Po mpéiopo lis , qui ressemblent à celles d'Antinoé en Egypte et de Djerach en Syrie; la magnifique colonnade à l'entrée de son port artificiel offre encore 44 colonnes debout.

Tarsous (Tarsus) , jadis la ville la plus puissante , la plus belle et la plus peuplée de la Cilicie, la docte rivale d'Athènes et d'Alexandrie, dont l'académie était, de l'avis de Strabon , la première du monde , est encore une assez grande ville; son commerce est assez florissant, et sa population est estimée par M. Castellane à 3o,ooo âmes; depuis quelques années elle est devenue le plus grand débouché des mines de cuivre de l'Asîe-Mineure. Dans un rayon d'environ 10 milles au nord-est se trouve: Adana, remarquable par sa population , que M. Kinneir croit être égale à celle de Tarsous, quoique cette ville soit presque déserte pendant l'été; on y voit les restes d'un beau pont en pierre et un aqueduc bien entretenu- et hors du rayon à 40 milles de Tarsous est située Sis , siège d'un patriarche arménien ; c'est une ville ruinée, qui dans le moyen âge , comme capitale de la Petite-Arménie , joua un rôle assez important. On sait que la Petite-Arménie répond n-peu-près à la Cilicie des anciens, et qu'elle fut ainsi appelée parce que, dans le xie siècle, elle servit de refuge à une partie des Arméniens que l'invasion des Turks forçait à s'expatrier. Payas ou Bayas, petite ville, sur le golfe d'Alexap.drctte.

que les pillages sur terre et sur mer du rebelle Kutchuk-Ali avaient rendu riche et populeuse il y a quelques années, mais que le châtiment de ce brigand a réduite à un amas de ruines. M. Kinneir la croit bâtie sur l'emplacement de l'ancienne Issus, qui joue un si grand rôle dans l'histoire et la géographie anciennes. Merach ou Maracii, dans l'intérieur, ville de médiocre étendue , cheflieu du gouvernement de ce nom.

L'île de Chypre (Cyprus des Grecs , Kybris dea Turks), une des plus grandes et des plus fertiles de la Méditerranée, jadis très riche, florissante et peuplée , maintenant presque déserte et remplie de villes ruinées, mais encore renommée par ses vins excellens , ses cotons et plusieurs autres productions. Nicosie (Lefkoscha des Turks), ville de médiocre étendue ; chef-lieu de l'ile ; on y voit encore quelques édifices assez remarquables ; on porte sa population de 12 à 16,000 âmes. Larnaka , petite ville, d'environ 5000 habitans, importante par son port, son commerce et ses salines; M. Dubois nous fait observer que dans ses environs l'on trouve des tombeaux portant des inscriptions phéniciennes. Baffa (Paphos), remarquable parles ruines de Paphos , où Fénus avait un temple de la plus grande magnificence, et par ses grottes sépulcrales ; Limasol , par ses vastes salines.

Dans l'ARMÉNTE on trouve :

Erzeroum, dans une vaste plaine, très élevée, et au pied d'une haute montagne, non loin du bras septentrional de l'Euphrate. C'est une grande ville très florissante par son industrie et par son commerce, surtout d'expédition et de transit, et à laquelle les voyageurs modernes s'accordent à donner 100,000 âmes. Ses armuriers ont la réputation de fabriquer les meilleurs sabres de l'empire. Parmi ses nombreuses mosquées on doit citer VOulou-djarni, qu'on dit pouvoir contenir 8000 personnes. La douane , quelques-uns de ses marchés , de ses bazars et de ses caravanseraïs sont les édifices les plus remarquables. Dan^ l'ancien couvent qui servait d' arsenal aux Turks, et qui remonte à la plus haute antiquité, les Russes ont découvert , pendant l'occupation de cette ville, des boucliers , des casques, des arcs, des hallebardes et autres armures du plus beau travail , qui paraissent avoir appartenu aux Arabes du temps des califes. Erzeroum est un des boulevards de l'empire du côté de la Russie et de la Perse, et le chef-lieu du pacha lik de ce nom ; son pacha, en sa qualité de général en chef permanent de l'armée de Perse {Iran-Seraskeri), étend sa juridiction sur les territoires soumis aux pachas de Kars , de

ASIE OTTOMANE

Bayazid, de Van, de Mouch, de Mossoul de Trébizonde et sur la partie du territoire du pachalik d'Akhal-tsikhé (Tchildir) qui est restée au pouvoir des Turks. Nous ferons observer avec M. Fontanier que son autorité est très bornée, surtout à l'égard des pachas héréditaires de Van, de Mouch, de Bitlis et de Bayazid, qui sont pour ainsi dire des princes indépendans.

Les autres villes principales de l'Arménie sont : Maden , petite ville , très importante par les riches mines de cuivre qu'on exploite dans son voisinage. Erzindjan , sur l'Euphrate, importante par la richesse et la fécondité de son territoire , par son commerce et par sa population que les auteurs nationaux portent jusqu'à 30,ooo âmes. Kars, importante par ses fortifications et son commerce -, Bayazid, par sa force , son commerce et sa population, qu'on porte au-dessus de 15,000 habitans;

I elle est le siège d'un pacha héréditaire. Mouch, assez considérable et résidence d'un pacha héréditaire. Van, sur le lac de ce nom, ville forte et commerçante, à laquelle les auteurs arméniens accordent plus de 40,ooo habitans, que nous croyons pouvoir réduire à 20,000; elle est la résidence d'un autre pacha héréditaire. La ville de Van parait avoir tenu une place encore plus importante dans l'antiquité. Moyse de Khorène, écrivain arménien du v" siècle de notre ère , nous apprend

j quelafameuseSémiramis.aprèsavoirjointl'Arménie à ses autres conquêtes, attirée par la belle situa- ' î tion de Van , voulut y fonder un résidence royale, et y exécuta des travaux dignes d'une reine d'Assyrie. Cet historien parle avec admiration d'une montagne artificielle que Sémiramis éleva au nord de la ville actuelle, et sur laquelle était placé le palais royal. 11 cite encore des châteaux , des pavillons et des jardins qui s'élevèrent comme par enchantement dans le voisinage, et qui faisaient 1 de ce pays un séjour délicieux. La vérité est que Van a de tout temps été appelée parles Arméniens Schamiramakert, c'est-à-dire ville de Sémiramis , et que la plus grande partie des monumens dont parle Moyse de Khorène subsistent

s encore. M. Schulz, qui, par ordre du gouvernement français , visitait en 1827 cette contrée, a retrouvé la colline formée d'énormes quartiers de rocher et qui supporte la citadelle actuelle. Cette colline s'étend de l'ouest à l'est l'espace d'une heure de chemin; dans l'intérieur sont d'immenses cavernes et des appartemens voûtés où sans doute Sémiramis allait l'été prendre le frais. Il n'est pas rare de rencontrer sous ces voûtes des débris de statues et de monumens antiques. Ce qu'il y a de plus intéressant, ce sont les inscriptions cunéiformes qui couvrent l'entrée et les flancs de la montagne , et qui ont été copiées pour la première fois par M. Schulz. 11 parait que les rois de Perse qui vinrent après Cyrus partagèrent le goût des antiques monarques de l'Assyrie pour le séjour de Van. Parmi les différentes inscriptions cunéiformes, la seule qu'on ait pu lire porte, suivant M. Saint-Martin . le nom de Xerxès fils de

Darius. On rapporte que Tamerlan , dans le cours de ses expéditions guerrières, voulut achever de détruire ces vénérables restes de l'antiquité; mais la patience de ses soldats fut lassée par l'étendue et la solidité de ces constructions. On trouve au reste des ruines du genre de celles de Van, non-seulement sur le territoire de cette ville, mais dans toute la contrée voisine.

Ani, une des anciennes capitales de l'Arménie, dont M. Saint-Martin , dans ses savantes recherches , a décrit l'histoire et les malheurs , a été visitée il y a plusieurs années par M. Ker-Porter. Ses ruines sont trop importantes pour que nous n'en donnions pas quelques notions. Cette ville est située sur l'Arpatchaï ; au nord et à l'est elle est fermée par un double rang de hautes murailles etde tours, dont la construction étonne. Toute la surface du terrain ne présente que chapiteaux brisés, colonnes, frises d'un travail exquis. Plusieurs églises et diverses parties delà ville conservent encore plus que des ruines de leur ancienne magnificence. A son extrémité occidentale on voit le palais des anciens rois d'Arménie ; on le prendrait pour une ville à son étendue ; il est si magnifiquement décoré au dedans et au dehors qu'une description, dit M. Ker-Porter, ne saurait donner une idée de la variété et de la richesse des sculptures qui en couvrent toutes les parties, ni des dessins en mosaïque qui ornent le sol de ses salles innombrables. Tous les restes d'édifices que renferme cette ville excitent l'admiration par la solidité de la bâtisse et l'excellence du travail.

Le KURDISTAN proprement dit, ou le Kurdistan des géographes européens n'offre que des villes d'une médiocre étendue; les plus importantes paraissent être les suivantes :

Bitlis, ville forte, résidence d'un pacha; on lui accorde 20,000 habitans, nombre qui nous parait exagéré. Djezireh , Amadia , Djulamerk et Karadjolan , sièges de principautés kurdes, plutôt vassales que sujettes de la Porte; ce sont toutes de petites villes, à l'exception de Djezireh, située sur le Tigre-, quoique beaucoup déchue, on prétend qu'elle a encore près de 20,000 habitans.

Dans la MESOPOTAMIE ou AL-DJE- ZYREH on trouve :

Diarbekir (Amida\ sur la rive droite du Tigre, qu'on y passe sur un pont en pierre, ville grande et bien bâtie, au milieu d'un territoire très fertile , qui produit des pastèques qu'on dit peser cent livres. La grande mosquée , la cathédrale arménienne , et quelques-uns des caravanseraïs et des bazars sont, avec le palais du pacha, les bàtimens les plus remarquables. Diarbekir est le siège d'un patriarche chaidéen catholique, d'un évêque de cette religion et d'un patriarche jacobite. Ses fabriques de maroquins , de poterie et d'objets en cuivre,

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d'étoffes de soie et de coton , et son commerce d'expédition et de transit la rendent florissante. On croit que sa population s'élève au-delà de 60,000 habitans.

Dans un rayon d'environ 80 milles on trouve au nord-ouest: Maden, petite ville, importante par ses mines de cuivre , regardées comme les plus riches de toute l'Asie Ottomane ; on y exploite aussi des mines de fer. Au sud se trouvent : d'un côté Mardin, assez grande ville, bâtie sur une montagne et défendue par une citadelle ; on lui accorde environ 20,000 habitans; du côté opposé, Orfa {Edesse), bâtie, selon M. Buckingham, sur les ruines d'U r, ville cbaldéenne que le patriarche Abraham quitta pour aller habiter Haran ; ce savant voyageur, qui l'a visitée il y a quelques années, la trouva bien bâtie, industrieuse et commerçante, et porte jusqu'à 50,000 le nombre de ses habitans-, elle est le siège d'un patriarche jacobite. Edesse joua un grand rôle pendant les croisades. Nissibin , ville de médiocre étendue, mais remarquable par le voisinage des ruines de l'ancienne Nisibis , dont on voit encore une partie des murailles et plusieurs autres antiquités ; c'était la place la plus importante de la Mésopotamie ; elle joue un grand rôle dans l'histoire des guerres des Romains avec les peuples asiatiques. Haran ou Charres, si célèbre par la défaite de Crassus, mais aujourd'hui en grande partie ruinée , est une ville très ancienne. C'est là que les Sabéens avaient leur oratoire principal , et que de tout temps les adorateurs des astres se sont réunis de préférence.

Moussel ou Mossoul, située dans une plaine sur le Tigre, qu'on y passe sur un pont moitié de bateaux et moitié en pierre. Cette ville dont l'intérieur est mal bâti , et les rues étroites et mal pavées, a plusieurs mosquées , parmi lesquelles on en remarque une dont une des tours est inclinée comme celle de Pise. Les manufactures de coton qui l'ont rendue si célèbre et ont donné le nom à la mousseline, ont beaucoup décliné; cependant elles sont encore importantes surtout pour les toiles de coton, dont elles fournissent toutes les provinces voisines. Mossoul est le centre d'un commerce assez étendu, de plusieurs manufactures et fabriques florissantes et le siège ordinaire du patriarche chaldéen catholique d'Elkoch. Il parait que sa population dépasse 60,000 âmes.

Dans les environs on trouve : Nounia, village sur la rive gauche du Tigre, vis-à-vis de Mossoul, remarquable comme étant bâti, selon l'opinion commune, sur l'emplacement de Ninive, dont il ne reste plus que des vestiges informes On sait que Ninive, pendant long-temps capitale de l'empire d'Assyrie , était alors la plus grande ville de l'Asie. Détruite par les Mèdes et les Chaldéens. il se forma

plus tard une nouvelle ville de ses ruines. Il es! maintenant impossible de faire la part de l'ancienne et de la nouvelle cité. Il est seulement certain qu'on trouve de temps en temps au milieu des décombres , des statues , des bas-reliefs et des inscriptions. Elkoch, montagne sur laquelle s'élève le monastère de St-Mathieu , siège apostolique du patriarche chaldéen catholique qui réside à Mossoul et dont dépendent 300 villages. Elkoch possède unmausolée qu'on dit êtreceîiu du prophète Nahum. C'est beaucoup plus loin et vers l'ouest de Mossoul que dans les montagnes de Sindjar, vivent ces féroces Yezldis la terreur de tousles pays environnans qui sont tourà-tour pillés ou mis à contribution par ces brigands indomptables.

Nous citerons encore dans cette contrée, mais hors du rayon de Mossoul : Rakka , sur la rive gauche de l'Euphrate, ville assez considérable, chef-lieu du pachalik de ce nom ; on y voit les ruines du palais du fameux calife Haroun-al- Rachid. Ana, petite ville, sur la rive droite de l'Euphrate, résidence d'un émir arabe, et rendezvous ordinaire des caravanes qui vont à Damas.

Dans riRAK-ARABY on trouve :

Bagdad, sur les bords du Tigre, mais principalement sur la rive gauche de ce fleuve. Ornée de très beaux bazars et de quelques maisons assez bien bâties, Bagdad à l'aspect d'une ville persane plutôt que turque. Ses rues sont très étroites et malpropres. Une forte et haute muraille, entourée de fossés larges et profonds, et une citadelle bien fournie d'artillerie la défendent. Cette citée si vantée et jadis si magnifique lorsqu'elle était la résidence des califes , parait ne renfermer qu'environ 100,000 habitans. Elle est cependant toujours une des plus industrieuses et des plus commerçantes de l'Asie Ottomane, et le centre du' commerce de cette région avec la Perse, le Turkestan, l'Arabie et Tlnde. V arsenal, le palais du pacha, la douane , le tombeau de Zobeïde femme d'Haroun-al-Rachid et celui du cheikh Abdoul-Kadir- Ghilani sont avec ses beaux bazars , les édifices les plus remarquables. Un pont de bateaux de 620 pieds de long réunit le faubourg situé à l'ouest du Tigre à la ville proprement dite.

Les environs de Bagdad sont jonchés de débris de villes grecques , romaines, persanes et arabes, confondues ensemble dans le même néant. On y voit encore les traces d'anciens canaux ; on y rencontre des idoles , des ustensiles, des pierres gravées et même on y voit des ruines d'anciens édifices. Ces vieux débris rappellent des souvenirs siimposans, que nous ne pouvons nous dispenser de sortir un moment des limites de notre cadre, pour les signaler à l'attention du iecteur. C'est

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encore notre savant ami M. Reinaud qui nous servira de guide dans leur description.

La contrée qui avoisine Bagdad, arrosée parle Tigre et l'Euphrate , est représentée dans nos livres saints comme le berceau du genre humain. La s'élevèrent les célèbres villes de Babylone , de Séleucie, de Ctésiphon, de Bagdad, qui furent successivement les capitales des empires de Babylone, d'Assyrie, de Syrie, desParthes, des Arabes. Situées en quelque sorte au centre de l'Ancien-Continent, elles devinrent, soit par mer au moyen du Tigre et de l'Euphrate, soit par terre à l'aide des caravanes, l'entrepôt des marchandises de la Perse, de l'Inde et de la Chine , ainsi que de l'Asie Occidentale, de l'Afrique et de l'Europe. C'est là ce qui explique l'importance que présentent successivement ISinive , Babylone , Séleucie , Ctésiphon et Bagdad ; et cette importance durerait encore si le commerce du monde n'avait pas pris d'autres voies. Malheureusement la nature du sol ne permettait pas de construire les édifices en pierres ou en marbre. On n'avait à sa disposition que l'argile qui , séchée au soleil ou cuite au feu, servait à faire des briques, et le bitume ainsi que la chaux, qui se convertissaient en mortier. Ces masses de briques, d'après le témoignage unanime des écrivains de l'antiquité, étaient susceptibles de produire l'effet le plus imposant ; mais elles ne comportaient pas les détails délicats de la sculpture, et sans doute on n'y vit jamais briller ces bas-reliefs et ces sujets figurés qui font encore le principal intérêt des monumens grecs, romains, égyptiens et persans. D'ailleurs par la facilité du transport et du travail , quand une ville tombait, ses matériaux servaient à celle qui la remplaçait , et quelquefois une immense cité laissait àpeine quelque trace de son existence.

Commençons par les ruines de la grande Babylone. Babylone qui par ses superbes quais , sesporlesde bronze, ses jardins suspendus , son temple de Bélus , sa formidable et vaste enceinte et ses nombreux palais , était regardée par Hérodote, qui cependant avait vu l'Egypte, comme la première ville de l'univers , n'offre plus que d'informes débris; ses ruines même n'ont commencé à être bien étudiées que dans ces dernières années. Elle était située sur les deux rives de l'Euphrate et avait 480 stades de circonférence. Sur la rive orientale on distingue parmi des monceaux de décombres une colline appelée par les Arabes du pays alcasr ou le palais , et qui paraît répondre au palais bâti par Nabuchodonosor et où Alexandre-le-Grand rendit le dernier soupir. A côté l'on remarque des pans d'un mur qui semblent avoir servi de fondement aux jardins suspendus, et où subsiste encore un arbre enté surun vieux tronc. Ces divers débris offrent de longs corridors et des chambres qui servent de retraite aux lions et autres bêtes féroces. Pour la colline , elle forme un carré dont le côté est d'environ 2000 pieds , et elle diminue chaque jour parce qu'on ne cesse d'en retirer les briques. Celles-ci sont delà plus belle espèce. Cuites au feu et parfaitement moulées , elles offrent une inscription sur la face qui est au-dessous Quoique le ciment

n'ait pas une ligne d'épaisseur, les couches en sont si bien liées qu'on a une peine extrême à en détacher quelque chose. A côté des monceaux de briques se trouvent mêlés des fragmens de vases d'albâtre , des pots de terre, de tables de marbre et de tuiles vernies.

Le débris le plus imposant qui se soit conservé sur la rive occidentale, est une espèce de colline située à plusieurs milles du fleuve , et que les habitans appellent Birs-Nembrod, du nom de Nembrod dont il est parlé datïs la Bible. Ce débris, selon M. Ker-Porter qui le premier l'a examiné avec attention , a 2000 pieds de tour , et 20a pieds de haut; au-dessus est une tour tronquée qui est haute de 35 pieds. On distingue encore trois des huit terrasses qui probablement en couronnaient jadis le sommet. Tout porte à croire que c'est ici la tour de Babel, le premier édifice imposant dont les hommes aient conservé le souvenir, et qui, sous le nom de temple de Bélus, occupait encore une place immense au temps d'Alexandre. Les parties qui sont encore debout n'ont pour habitans que les bêtes sauvages. Ainsi a été accomplie la parole du prophète Isaïe : «Cette grande Babylone, cette reine entre les royaumes du monde , qui faisait l'orgueil des Chaldéens , sera détruite et ne sera plus rebâtie dans la suite des siècles. Les Arabes n'y dresseront pas même leurs tentes , et les pasteurs n'y viendront point faire reposer leurs troupeaux. Les bêtes s'y retireront. Les hibous hurleront à l'envi l'un de l'autre dans ses maisons superbes et les dragons habiteront dans ses palais de dé lices. »

Les inscriptions imprimées sur les briques se composent de caractères cunéiformes, c'est-à dire en forme de clous ou de coins ; mais ces caractères ne paraissent pas être les mêmes que ceux qu'on rencontre à Persépolis, à Van, à Kirmanchah, quoique le trait en forme de clou se rencontre dans toutes les inscriptions des monumens qui furent élevés par les Assyriens, les Chaldéens, les Mèdes et les Perses. 11 paraît que c'était l'écriture primitive de ces peuples; seulement, comme elle était d'un usage peu commode, l'on en avait imaginé une autre pour les besoins courans de la vie , et celle-là ne servait que pour les monumens publics. Les principaux cabinets d'Europe , par exemple celui du roi à Paris, ren^ ferment des briques et d'autres débris babyloniens. Ces briques portent ordinairement des in scriptions , et quelquefois des figures d'animaux réels ou fantastiques.

Babylone , étant la capitale de la Chaldée , perdisa plus grande importance, lorsque la Chaldée devint une des provinces de l'empire Perse. Alexandre annonça l'intention d'en faire la capitale de ses immenses conquêtes et de la rendre plus brillante qu'elle ne l'avait jamais été. Mais il mourut, et Séleucus, un de seslieutenans, étant devenu maître de la Mésopotamie, fonda, dans le voisinage, sur le bord occidental du Tigre, la ville de Séleucie qui s'éleva aux dépens de Babylone. Plus tard les rois parthes bâtirent en face de Séleucie, sur la rive orientale du Tigre, In ville de Ctésiphon qui porta un nouveau coup à

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Babylone Cependant , lorsque Trajan parcourut en vainqueur l'Orient , Babylone était encore debout, et ce prince put contempler la chambre où Alexandre était mort. Mais bientôt la ville se dépeupla entièrement, et les bètes féroces y accourant de toutes parts : elle devint comme un vaste parc , où les monarques persans allaient de temps en temps prendre le plaisir de la chasse. Quant aux villes de Séleucie et de Ctésiphon, elles se maintinrent jusqu'au vu* siècle , au commencement de l'islamisme. A cause de leur voisinage , les Arabes les appelaient du nom commun de Madaïn ou les deux villes par excellence; les Arabes, sous le calife Omar, étant sortis de leur désert, l'une et l'autre tombèrent en leur pouvoir, et par la fondation de Bagdad et d'autres villes dans le voisinage, elles se réduisirent à rien. 11 reste encore à Ctésiphon un des côtés du palais des Cosroès; c'est une espèce de mur en briques, percé de fenêtres et de niches, et ayant au milieu un grand portique haut de 85 pieds, large de 76 et profond de 148. C'est pour cela que les Arabes appellent cet édifice du nom de Takht-i-Kosrou ou voûte de Cosroès. C'est probablement la même que leurs anciens auteurs nomment Eïvan-Kesra ou portique des Cosroès, et qui, à les en croire, se fendit la nuit où Mahomet vint au monde. Aux environs !e voyageur français Michaux découvrit en 1783 une espèce de caillou de plus d'un pied de haut et en forme d'œuf , que l'on conserve maintenant au cabinet du roi ; cette pierre , couverte de figures et de caractères à têtes de clou , parait se rapporter aux anciens dogmes religieux des peuples du pays. Millin en a publié les dessins. Hager etMunter en ont examiné les sujets. Espérons que quelque savant en donnera une explication satisfaisante. A côté des grands noms de Babylone, de Séleucie et de Ctésiphon , le géographe n'a plus à citer, si l'on excepte Bagdad que nous avons déjà décrite, que les noms vulgaires de Hilleh ou Hillah, sur la rive droite de l'Euphrate, petite ville d'environ 7000 âmes, remarquable par son industrie, mais surtout par le voisinage des ruines de Babylone. Mechhed-Hossein , ou lieu du martyre de Hossein , ville ainsi appelée parce qu'elle a été bâtie à l'endroit où l'imam Hossein , fils du calife Ali et petit-fils de Mahomet, fut tué; cet endroit s'appelait originairement Kerbela. La ville actuelle est arrosée par un bras de l'Euphrate et entourée de jardins et de campagnes assez bien cultivées. La mosquée de Hossein est visitée annuellement par un grand nombre de pèlerins; les trésors immenses que la piété des musulmans y avait assemblés, furent enlevés parles Wahhabites en 1801. On estime à près de 10,000 âmes sa population permanente.

A quelques milles plus loin et au sud de Hillah on doit citer : Mechhed-Ali , petite ville , remarquable par la superbe mosquée où se trouve le tombeau du calife Ali > visité annuellement par plusieurs milliers de pèlerins venant principalement de la Perse. Les trésors qu'on y conservait ont été transportés dans la mosquée d'Imam-Moussa à Bagdad, pour les soustraire au pillage des Wahhabites. Dans ses environ?

on voit une espèce de rotonde, qui d après les naturels serait le tombeau du prophète Ezéc hiel ; et près de l'Euphrate se trou vent les ruines de Koufa, une des villes les plus remarquables dans les annales des Arabes et renommée pour sa savante école. Koufa a donné son nom à l'écriture koufique qui est l'écriture monumentale des Arabes, et qui est employée pour les monnaies et les monumens des premiers siècles de l'Islamisme.

Bassorah , grande ville fortifiée et encore très commerçante, quoique peu peuplée et très déchue en comparaison de ce qu'elle était au temps des califes. Elle est située sur la rive droite du Chat-el- Arab, qui y est navigable pour des vaisseaux de 500 tonneaux. Des jardins et des plantations coupés de canaux d'irrigation que la marée montante nettoie , occupent une grande partie de l'intérieur de la ville. Ses rues sont irrégulières, très sales et ses maisons sont en terre ou en briques. Les bazars, remarquables par leur étendue et les riches produits qu'on y étale , ne le sont nullement par leur architecture. Il parait que le plus beau bâtiment de Bassorah est celui de la factorerie anglaise. L'air de cette ville est malsain à cause des vases que la marée couvre et découvre alternativement.

Seshabitans, dont le nombre parait s'elever au-dessus de 60,000, sont sujets à des fièvres dangereuses.

La SYRIE, que tant de souvenirs historiques ont rendue si célèbre , offre une foule de lieux qui sous plus d'un rapport intéressent vivement le géographe , l'historien , l'archéologue et le théologien.

Nous en grouperons les plus remarquables autour de ses cinq villes principales, en commençant par Alep, regardée comme la capitale de la Syrie.

Alep (Berœa ; Haleb-el-Chahba des Orientaux), bâtie dans le style asiatique sur plusieurs hauteurs baignées par le Koïk, et ceinte d'une muraille environnée de fossés. Cette ville,, qui dans tout l'empire Ottoman n'était inférieure qu'à Constantinople et au Caire pour l'étendue, la population et la richesse, qui leur était même supérieure sous le rapport de la salubrité, de l'élégance et de la solidité de ses bàtimens particuliers, ainsi que de la propreté de ses rues, n'offrait encore naguère qu'un amas de ruines. Les deux tremblemens de terre qui eurent lieu en 1822 en ont détruit plus de la moitié, et ont ruiné ou considérablement endommagé

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ses plus beaux édifices. Avant cette terrible catastrophe son commerce la mettait au premier rang parmi les villes asiatiques et l'avait fait appeler la moderne Palmyre; la grande caravane de Bagdad et de Bassorah lui apportait les productions de la Perse et de l'Inde , tandis qu'elle recevait par Latakia et Alexandrette celles de l'Europe et de l'Amérique, et que de fréquentes communications avec Diarbekir et Damas la rendaient le grand marché de l'Arménie , de la Mésopotamie, de la Syrie et de l'Arabie. Sa population, beaucoup exagérée par Tavernier et d'Arvieux, nous parait s'être élevée à près de 200,000 âmes avant 1822, mais en comprenant dans ce nombre celle de ses environs immédiats. V aqueduc , dont la construction remonte à l'origine même de la ville, restauré d'abord par la mère de Constantin et plus lard en 1218, était le plus ancien monument d'Alep ; venait ensuite l'ancienne cathédrale convertie en mosquée principale. Cette ville est le chef-lieu de l'eyalet de son nom , et la résidence d'un mollah de première classe, d'un patriarche grec, d'un évêque arménien, et de deux autres, l'un maronite et l'autre jacobite. Toutes les principales nations de l'Europe y tiennent des consuls.

Voici les lieux et les villes les plus remarquables qu'on trouve dans un rayon de 74 milles : Duboul, petit endroit dans la vallée de Sel, ainsi nommée d'un vaste marais où l'on recueille tous les ans une quantité considérable de sel. Sermein, autre petit endroit que nous citons à cause de ses nombreuses citernes taillées daas le roc et de plusieurs excavations habitées aujourd'hui par des paysans. Edlip, petite ville, environnée d'oliviers , à laquelle Burckhardt accorde looo maisons. Reuia, beaucoup plus petite, mais remarquable par les ruines de l'ancienne Re i ha ou II ou ia et celles de Be nin , situées à quelques milles de distance. Famieh , sur l'Oronte, petite ville , qui remplace la célèbre Apamea, où les rois de Syrie avaient établi leur haras principal et où ils entretenaient 500 éléphans; ses riches pâturages y attirent encore beaucoup de Bédouins , et l'abondante pèche qu'on fait dans le lac d'El-Taka, qui communique avec l'Oronte et qui , selon Burckhardt , produit au gouverneur près de 3000 livres sterling, lui donnent encore une cerlaine importance. Hamah, sur l'Oronte, grande ville, florissante par son industrie et par le commerce alimenté par les riches produits de ses belles campagnes, regardées comme le grenier de la Syrie. C'est le séjour de plusieurs grands seigneurs turks qui y vivent retirés des affaires ou disgraciés. On y voit

une machine hydraulique, dont la plus grand» roue n'a pas moins de 70 pieds de diamètre. Sans adopter l'estimation exagérée d'Ali-Bey qui lui donne 100,000 âmes, ni celle trop faible de Burckhardt qui les réduit à 30,000, nous croyons qu'on pourrait lui accorder de 45 à so.ooo habitans.

Dans une autre direction on trouve : Antakieii. la vaste, la magnifique Antiociie {Antiocha Magna), où les rois Séleucides faisaient leur résidence ordinaire, où plusieurs empereurs romains fixèrent leur séjour, si riche, si florissante lorsque saint Pierre en était le premier évêque avant de transférer son siège à Rome, n'est plus qu'une ville presque déserte. Les différens sièges qu'elle a soutenus contre les Sarrasins, les Perses et autres nations , les fréquens tremblemens de terre qu'elle a éprouvés , et surtout les ravages qu'y fit pendant les croisades le sultan Bibars, lorsqu'il l'enleva aux chrétiens, ont ruiné les beaux édifices qui la rendaient la rivale de Rome; une partie de ses vastes et solides murailles et ses aqueducs ont seuls survécu à tant de désastres. Ces G à 700,000 habitans nous paraissent pouvoir être réduits à environ 10,000, malgré l'estimation exagérée d'Ali-Bey qui lui en accorde 18,150. Antioche conserve encore ses célèbres sources thermales ; elle fait quelque commerce et est le siège titulaire de plusieurs patriarches qui résident en d'autres villes ; celui des Grecs vit à Damas, celui des Grecs-Unis dans un couvent du mont Liban, le patriarche catholique à Rome et celui des ÎNestoriens à Mardin. Kepse, village remarquable par |e voisinage des ruines de l'ancienne Se le ucia Pieria ; on admire encore les débris de ses fortifications et ses excavations extraordinaires. Beilan, si importante dans l'antiquité sous le nom de Porte de la Syrie, est bien déchue depuis quelques années -, c'était le séjour d'été d'un grand nombre d'Européens établis dans le Levant. alexaisdrette {Iscanderoun des Turks), petite ville , bâtie au milieu de marais pestilentiels ; son port est le débouché principal des marchandises qu'Alep expédie dans l'Occident ; sa célèbre poste aux pigeons , à l'imitation de laquelle on en a établi dans les Pays-Bas et entre Paris et Londres, n'est plus en activité depuis long-temps. Elus , ville d'environ 12,000 habitans , florissante par ses nombreuses manufactures et son commerce; Aïntab, dans le pachalik de Mcrach dans l'Asie-Mineure , également florissante et mieux bâtie , à laquelle on accorde 20,000 habitans; Bir, petite, mais importante parce qu'elle est le* passage ordinaire de l'Euphrate, et par le voisinage de Membig, dont l es murs encore debout attestent l'ancienne grandeur de Mabog ou Hierapolis t ville consacrée au culte d'Astarte; cette déesse, qu'on représenrait sous une image monstrueuse, moitié femme et moitié poisson, y avait un temple magnifique, desservi par 300 prêtres et rempli de riches offrandes ; son pillage procura des sommes énormes à Marcus Licinius Crassus.

Tripoli ( Tripolis ; Tarabolos des Orientaux ) , ville de médiocre étendue , mais selon MM. Irby et Mangles la mieux

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bâtie de la Syrie, environnée de jardins et de campagnes bien cultivées, non loin de l'embouchure du Nahr-el-Kadich. Une citadelle la défend. Son port, son industrie et son commerce assez actif ajoutent à l'importance que lui donnent une population d'environ 16,000 âmes et la résidence du pacha qui gouverne l'eyalet de ce nom; depuis 1828 ce dernier relève de celui d'Acre. Tripoli est aussi le siège d'un évéché grec.

Dans un rayon de 48 milles on trouve : Batrouh , petite ville , sur le territoire des Maronites , importante par sa rade et son commerce. Kanorin , très petite ville, remarquable par sa position romantique et parce qu'elle est regardée comme la capitale des Maronites, montagnards régis par leurs propres lois et seulement tributaires des Turks ; leur patriarche réside dans un vaste couvent , dont Y église a été bâtie par Théodose-lc- (îrand. Non loin , sur la pente du Liban ; on voit quelques cèdres remarquables par leur antiquité, que les naturels l'ont remonter jusqu'au temps de Salomon. Baaldek , très petite ville, ruinée par les guerres et par les révolutions de la nature-, on peut la regarder comme le chef-lieu des Moutoualis, montagnards féroces, tributaires, mais non sujets de la Porte. Elle occupe une partie de l'emplacement de l'ancienne Hf.liopolïs , dont on voit encore, au milieu d'une foule de débris, le château et le temple du Soleil ; ce dernier est mieux conservé que le premier ; on y admire ses colonnes colossales , son portique, les belles sculptures de son immense portail, mais surtout la muraille qui environnait toutes ces constructions , à cause delà grandeur prodigieuse des blocs dont elle est composée. Burckhardt, qui en mesura plusieurs, trouva que le plus grand avait 61 yards de long, 4 d'épaisseur et autant de largeur ; le docteur Richardson les regarde comme les masses les plus pesantes que la main de l'homme ou les machines aient encore mues.

Zahle , petite ville , dont la population croissait rapidement du temps de Burckhardt , époque où elle dépendait de Bechir, émir desDruzes; non loin est situé B ezommar , le plus beau et le plus riche couvent du Kesrouan , bâti sur une haute montagne; Burckhardt y trouva le vieux patriarche Youssouf, quatre évêques , plusieurs moines et un collège où étaient élevés plusieurs jeunes gens de différentes villes du Levant. Baïrout (Berytus) , une des anciennes villes de la Phénicie, où Justinien fonda une école de droit, et qui conservait encore une grande importance du temps des croisades. Le capitaine Mangles lui accorde encore 10,000 habitans, quoique son port ait été détruit par Facardin. Massiade ou Masiat, très petite ville, qu'on peut regarder comme le chef-lieu des célèbres Assassins les {Ansariéh ou Ismaéliens des Orientaux) , montagnards, dont la guerre a beaucoup diminué le nombre; ils ne sont que tributaires des Turks.

Le long de la côte on trouve : Tortosa (Orthosia des anciens , Tartous des Orientaux), misérable petite ville, importante par ses antiquités et surtout par le voisinage des excavations extraordinaires qui ont appartenu à l'ancienne république d'dradus ; c'est sur l'îlot désert de liuad, vis-à-vis de Tortosa, que s'élevait la ville d'Jradus, dont les maisons avaient 5 à 6 étages et où le commerce et la liberté avaient rassemblé une immense population. Hors du rayon et toujours le long de la côte, nous mentionnerons encore deux petites villes : Gebile (Byblos ou Gabald), remarquable par ses antiquités, ses tombeaux taillés dans le roc et par sa mosquée de sultan Ibrahim, renversée il y a quelques années par un tremblement de terre-, Latakia (Laodicea), par son arc de triomphe encore presque entier , et surtout par son port qui , dans ces derniers temps, est devenu un des débouchés d'Alep.

Acre (Aco et plus tard Piolemaïs ; Akka des Orientaux), ville fortifiée et de médiocre étendue , située sur une baie.

Après avoir joué un grand rôle dans l'histoire des croisades , elle était tellement déchue vers le milieu du xvm* siècle , qu'elle était presque déserte. Le cheikh Dalier , émir arabe qui s'en empara par surprise, y ramena le commerce et la navigation. Ce chef habile , qui dominait sur toute l'ancienne Galilée, eut pour successeur le fameux tyran Djezzar-Pacha qui l'embellit et la fortifia , surtout depuis la résistance qu'il y opposa au général Bonaparte. Parmi ses monumens dont aucun n'est ancien , mais qui tous sont construits avec les débris d'édifices antiques, on remarque le palais du pacha; la mosquée , bâtie par Djezzar, enrichie de superbes colonnes de marbre recueillies dans toutes les villes voisines, surmontée d'une superbe coupole et ornée de belles arabesques; deux bazars avec de grandes voûtes ; des bains publics, réputés des plus beaux de l'empire Ottoman, et la superbe fontaine en marbre blanc près du palais du pacha. Acre est le chef-lieu de l'eyalet de ce nom et l'entrepôt du commerce de coton de la Syrie ; les principales nations commerçantes de l'Europe y entretiennent des consuls ; sa population parait s'élever à près de 20,000 âmes.

Dans les environs immédiats de cette ville s'élève le mont Carmel , fameux dans les annales de la religion par le séjour qu'y ont fait les prophètes Elie et Elisée, et par celui des nombreux religieux chrétiens qui dans le moyen âge vivaient dans les grottes dont il est percé ; l'ancienne église qui s'élevait sur son sommet a été dé-

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molie , à cause de l'insurrection grecque , en J821 ; mais , d'après la réclamation de Charles X , elle a été rebâtie avec les matériaux de l'ancienne et avec les secours envoyés par ce prince et par les fidèles de la chrétienté. Plus loin et dans un rayon de 54 milles on trouve le long de la côte : • Tyr {Thor des Syriens, Tsour des Juifs, Sour des Orientaux), la reine des mers dans l'antiquité, le berceau du commerce, la capitale de la riche et florissante Phénicie, ne comptait dans la seconde moitié du xvine siècle qu'une dizaine de chétives cabanes, asile de quelques misérables pêcheurs. Agrandie au commencement du siècle actuel aux dépens de Seïde, M. Buckingham la trouva, en 1816, changée en une petite ville, bien bâtie, comptantdéjàsoo maisons en pierre, une mosquée, trois églises, des bains publics et trois bazars; il estime sa population pour le moins à 8000 âmes ; M. Connor qui la visita en 1820 réduit ce nombre à environ 1500. L'immense digue construite par Alexandre pendant le mémorable siège de la seconde Tyr qui était au milieu delà mer, et changée par les atterrissemens en un isthme,nousparaî t être la seule antiquité que cette ville célèbre puisse encore offrir à l'attention du voyageur. Seïde ou Saïde (Sidon), \amère de toutes les villes phéniciennes, est encore une ville assez considérable, bien qu'elle ait beaucoup déchu depuis quelques années-, le beau palais, bàlidansle goût italien par l'émir Facardin (Fakhreddin) , tombe en ruines; son port est comblé et ses monumens ont disparu ; mais dans ses environs subsistent encore les tombeaux creusés dans le roc, que Hasselquist appelle.ete.r anciens rois de Syrie; la plupart sont ouverts et servent d'asile aux bergers. Nous rappellerons que c'est près du mont Mar-E lias- Jlza , tout près de Seïde, que depuis quelques années vit la célèbre lady Esther Stanhope , nièce du fameux Pitt. M. Lamartine qui l'a visitée dernièrement a donné un brillant portrait de cette femme extraordinaire, si remarquable par sa naissance, par sa beauté , par ses richesses et far ses idées , mélange bizarre des rêves de l'astrologie et des doctrines de cinq ou six religions différentes. Sa maison est située près de Djioun, village druse-, c'était originairement un ancien couvent, que le fameux pacha d'Acre Abdalah lui assigna. Elle y bâtit plusieurs petites maisons, séparéesles unes des autres par de petites cours ou de petits jardins et entourées d'un mur d'enceinte semblable à nos fortifications du moyen âge. «Elle y créa, dit ce grand écrivain , artificiellement un jardin charmant, à la mode des Turks: jardins de fleurs et de fruits , berceaux de vignes, kiosques enrichis de sculptures et de peintures ara besques ; eaux courantes dans des rigoles de marbre, jets d'eau au milieu des pavés des kiosques; voûtes d'orangers, de figuiers et de citronniers. Là lady Stanhope vécut plusieurs années dans un luxe tout-à-fait oriental, entourée d'un grand nombre de drogmans européens ou arabes; d'une suite nombreuse de femmes, d'esclaves noirs, et dans des rapports d'amitié et même de politique soutenus avec la Porte, avec Abdalah pacha, avec l'émir Béchir souverain du Liban, et surtout avec les chérifs arabes des déserts de Svrie et de Bagdad. »

On doit ajouter qu'avant de s'être établie à Djioun, 40 à 50,000 Arabes, rassemblés dans les environs de Palmyre, l'avaient proclamée reine de cette ville célèbre. M. Lamartine remarque que depuis quelque temps sa fortune a beaucoup diminué et avec elle son influence sur les peuplades qui l'environnent ; sa cour n'est plus aussi nombreuse , etson revenu se trouve réduit à 30 ou 40,000 francs, somme qui suffit encore au train quelle est obligée de conserver. Kaïsarieh {Césarée de Palestine) , fondée par Hérode-le-Grand en l'honneur d'Auguste, et devenue en quelques années une des plus belles et des plus magnifiques villes de l'Orient , si célèbre dans les premiers temps du christianisme et si importante pendant les croisades, n'a pas un seul habitant; mais la conservation de ses remparts, de son port et de ses monumens, dit M. le comte de Forbin, inspire une surprise indéfinissable ; on y trouve des rues , des places . et en rétablissant les portes de ses hautes et terribles murailles, il serait facile de l'habiter et de la défendre. Nous rappellerons que c'est dans cette ville que s'élevait le magnifique temple dédié à Auguste et orné de la statue colossale de ce prince, imitation de celle de Jupiter Olympien, et que l'on admirait dans son môle superbe, un des plus grands ouvrages hydrauliques de l'antiquité ; la plupart des pierres employées à sa construction avaientjusqu'à 50 pieds de long , 18 de large et 9 d'épaisseur, et l'endroit où se firent plusieurs jetées avait jusqu'à 20 brasses de profondeur. Jaffa (Joppé) . petite ville de 4 à sooo habitans, importante par son port où débarquent les pèlerins qui vont à Jérusalem ; quoique mauvais , c'est un des plus remarquables, étant le plus voisin de Jérusalem, et un des plus anciens du monde; la tradition populaire y fait construire l'arche deNoé, et la Bible nous informe que le prophète Jonas s'y embarqua pour aller à Tarchich, et que c'est par ce port que Salomon recevait les matériaux employés à la construction du temple. Un tremblement de terre attribué aux volcans souterrains qui rejettent la poix venant de la mer Morte , a , dit-on , anéanti cette ville le 1er janvier 1837. La ville deTabarieh, décrite ci*après , a éprouvé le même sort, ainsi qu'un grand nombre d'autres lieux de moindre importance.

D'un autre côté, dans l'intérieur, on trouve: Safed oii Saffad, petite ville, bien bâtie et assez florissante , à laquelle Burkhardt accorde 6oo maisons. C'est une des quatre ville s que les Juifs regardent comme sacrées, et d'où ils envoient des missionnaires quêter pour leurs co-religionnaires pauvres ; ils y ont une espèce d'université et une typographie ; tout près se trouve la prétendue maison de Jacob , magnifiques tombeaux taillés dans le roc, que les Turks regardent comme l'ancienne demeure de ce patriarche , et la citadelle qui paraît être une des plus anciennes constructions de la Palestine-, ses murailles sont d'une force et d'une épaisseur extraordinaires ; il en est souvent question dans l'histoire des guerres des Croisades. Cette ville a été presque entièrement détruite par le tremblement de terre qui a renversé Jaffa et

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Tabarieh , et dont les effets se sont fait sentir à Beryte, à Seïde et à St-Jean-d'Acre. Deir-el- Kajuar , petite ville , regardée comme la capitale du pays des Druzes , montagnards qui n'ont jamais été entièrement soumis aux Turks, dontils ne sont que tributaires; elle paraît s'être beaucoup agrandie depuis que Volney l'a visitée, puisque Burckhardt lui accorde 1200 familles et le capitaine Leight 5000 habitans. Tout près se trouve Bettedin, où l'émir Béchir habite un beau palais construit dans le goût italien; ce prince par son adresse et par sa politique jouit d'un grand ascendant sur tous les montagnards du Liban. Beaucoup plus loin se trouve lecouvent de Mar-H anna- C houair, duquel dépendent cinq couvens de religieuses ; il est célèbre dans tout l'Orient par sa typographie arabe , où furent imprimés plusieurs ouvrages.

Du côté opposé , mais toujours dans le rayon , est située la fameuse plaine d'Esdrelon , qui était la partie la plus fertile de la terre de Chanaan , et couverte des plus riches pâturages. C'est là que Barac défit Sisara, et que Josias, roi de Juda, combattant contre Necao roi d'Egypte, tomba percé de flèches ; en général dans toutes les guerres qui ont eu lieu dans cette contrée, depuis Nabuchodonosor roi d'Assyrie , jusqu'à l'expédition des Français en Égypte , la plaine d'Esdrelon a servi de campement aux armées : Juifs , Gentils, Sarrasins, Croisés, Égyptiens, Persans, Druzes, Turks, Arabes, Français, tous y ont déployé leurs étendards. Nazareth ou Nasra , petite ville , à laquelle des voyageurs modernes accordent 3000 habitans ; le couvent latin est un vaste bâtiment, et X église de V Annonciation est la plus belle de la Palestine après celles du Saint-Sépulcre à Jérusalem et à Betlilehm ; une autre église audessous de la première renferme plusieurs grottes changées en chapelles , où la croyance populaire place la cuisine, la chambre à coucher et autres parties de la demeure de la Sainte-Vierge; non loin on montre l'emplacement où , d'après d'autres traditions , l'ange Gabriel lui apparut, ainsi qu'une partie de l'atelier de St-Joseph, et l'école où Notre-Seigneur venait avec les enfans de son âge humilier sa divine sagesse. Dans ses environs on trouve Cana, joli petit village d'environ 300 habitans, remarquable par le miracle qu'y opéra Jésus-Christ; le mont Thabor, par la brillante victoire qu'une poignée de Français remporta sur les Arabes , et plus encore parla tradition qui place sur son sommet la scène delà Transfiguration de Notre-Seigneur Jésus-Christ; on y voit une grotte où l'on a construit trois autels en mémoire des trois tabernacles que St- Pic-rre proposa d'y élever -, tous les ans des pères latins y célèbrentla messe le jour de la Transfiguration. C'est encore dans les environs de Nazareth qu'on rencontre plusieurs lieux où Jésus- Christ opéra des miracles : le champ des épis , l'endroit de la multiplication du pain et des poissons, le mont des béatitudes sont les plus remarquables; tous les ans les moines y vont en procession chanter l'évangile le jour de leur commémoration.

Tabarieh (Tiberias), petite ville d'environ 4000 âmes, une des quatre regardées comme saintes par le Talmud , remarquable par la beauté de sa situation sur le bord occidental du lac de son nom , dit aussi de Galilée et de Genesareth , par la résidence qu'y firent pendant 350 ans les principaux docteurs juifs après la ruine de Jérusalem, par l'école qu'ils y fondèrent, devenue si célèbre pendant le moyen âge et remplacée depuis longtemps par un collège qui subsiste encore; enfin par le voisinage des bains d'E m ma us , si fréquentés aux temps des Romains ; on en voit encore les restes; ils n'ont rien perdu de leur efficacité et attirent encore bien des étrangers à Tabarieh. On dit que cette ville a été entièrement détruite par le dernier tremblement de terre. Un peu plus loin, vers le nord-est, élailCapharna um, ville entièrement ruinée, mais dont l'emplacement ne saurait être passé sous silence, ayanl été la demeure la plus ordinaire de Jésus-Christ pendant les trois dernières années de sa vie mortelle , et le lieu où il guérit la belle-mère de St. Pierre, la paralytique, le fils du Centcnicr, celui où il ressuscita la fille de Jaïre, etc. Bisan , misérable village d'environ 200 habitans, qui remplace la ville de Betusan delà Bible, la ScïTnoroLis des Grecs et des Romains; c'était la plus grande de laDécapolis; on y a reconnu un théâtre , plusieurs tombeaux dans les environs , et sur la colline les traces de son acropolis.

Sedasta , pauvre petit village , qui remplace Samarie , la capitale des rois d'Israël , détruite entièrement par Salmanasar , et la magnifique Seraste, rebâtie par Hérode-le-Grand en l'honneur d'Auguste , où l'on admirait une place de trois stades et demi de tour au milieu de laquelle s'élevait le grand temple d' Auguste, aussi remarquable par ses dimensions que par la beauté de son architecture. 11 ne reste plus rien de ses vastes murailles; mais une colonnade encore debout, un grand nombre de colonnes renversées et plusieurs autres débrisattestcntla magnificence de cette ville , où les prophètes Elie et Elisée menacèrent en vain les rois d'Israël de la colère de Dieu, et opérèrent leurs miracles en la présence de tout le peuple. Naplouse (le Sichem de l'Ancien-Testament, le i'yehar du Nouveau, la Neapolis des anciens Grecs et Romains , le Nabolos des Arabes et autres Orientaux), à différentes reprises capitale de l'ancien royaume de Samarie, et encore la métropole de la secte des Samaritains, rappelle des souvenirs historiques de 3000 ans. Elle est dans une vallée fertile et agréable, formée par le mont Ebal au nord, et le monl Garizim au sud; c'est encore une ville considérable par son industrie , son commerce et par sa population qu'on porte à 10,000 âmes. Une tradition populaire" y place les grottes sépulcrales de Joseph, de Jacob et de Josué, ainsi que le fameux puits creusé par ce dernier; tous ces monumens existent encore. C'est sur le mont Garizim qu'était bâti le temple fréquenté par les anciens Samaritains et rival de celui de Jérusalem ; et c'est sur cette même montagne que les Samaritains adorent encore Jchovah.

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Jérusalem {J eruschalaïm des Hébreux; Hierosolyma des anciens Grecs et Romains ; Elkods des Arabes ; Koudsi- Cherifùes Turks, c'est-à-dire la Sainte par excellence) est peut-être la plus célèbre ville du monde, puisqu'elle est le berceau du judaïsme et du christianisme, le second sanctuaire de la religion mahométane et qu'elle fut le but de ces guerres religieuses qui , sous le nom de Croisades , ont exercé une si grande influence sur les destinées de l'Europe. Cette ville occupe aujourd'hui le bas du mont Sion , le mont d'Acra, celui de Moria et le Calvaire. Elle est entourée de murs très élevés en pierres de taille et flanqués de tours, et le torrent El Kedron coule tout près. Les maisons des habitans n'offrent rien de remarquable, mais quelques-uns de ses édifices publics sont trop importans pour être passés sous silence. Nous nommerons d'abord la mosquée d'Omar , appelée El Haram ou la Sacrée, assemblage de plusieurs mosquées et chapelles qui s'élèvent au milieu d'une vaste enceinte fermée et dont les deux principales sont : celle que l'on nomme El-Aksa ou la reculée , par opposition aux mosquées de la Mecque et de Médine, qui pour les Arabes sont plus rapprochées ; elle est divisée en sept nefs soutenues par des piliers et des colonnes ; la nef centrale, surmontée d'une coupole, a 160 pieds de long sur 32 de large; l'autre, nommée El-Sakhra ou la roche, est de forme octogone, a 160 pieds de diamètre et s'élève sur une plate-forme d'environ 460 pieds de long sur 339 de large , pavée de marbre blanc et exhaussée de 16 pieds ; elle est terminée par un dôme de 47 pieds de diamètre, de 93 de haut, et soutenu par 4 piliers et 12 colonnes magnifiques; la porte principale est ornée d'un superbe portique supporté par 8 colonnes d'ordre corinthien; son intérieur est décoré avec un goût exquis et la plus grande richesse , et est constamment éclairé par plusieurs milliers de lampes. Au milieu se trouve une roche en forme de segment de sphère d'environ 33 pieds dans sa plus grande dimension ; c'est la sakhra-halah (la roche sacrée) qui est l'objet de cet édifice , sur laquelle on dit que le patriarche Jacob reposa sa tète; la tradition populaire prétend même y reconnaître l'empreinte du pied de Mahomet qui , disent les musulmans ,

monta de là au ciel et fait garder la pierre par 70,000 anges qui se relèvent tous les jours. Vient ensuite la mosquée qu'on dit être bâtie au-dessus du tombeau de David. Parmi les édifices consacrés au christianisme , nous nommerons surtout Y église du Saint - Sépulcre , que l'impératrice Hélène fit construire sur l'emplacement qu'on lui désigna comme le lieu où fut élevée la croix de Jésus- Christ , et celui où son enveloppe visible fut déposée; un incendie, en 1811, a réduit en un monceau de ruines ce temple magnifique , où se trouvaient aussi les tombeaux très simples de Godefroi de Bouillon et de Baudouin, les héros de cette immortelle épopée, l'une des gloires littéraires de l'Italie ; les flammes ont épargné le tombeau de Jésus-Christ , et le couvent catholique qui est auprès , ainsi que les chapelles des huit nations ou branches du christianisme; ce temple a été rebâti en 1812 aux frais des moines grecs soupçonnés d'avoir été les auteurs de ce désastre. Nous rappellerons que le couvent catholique du SainUSauveur est la résidence d'un évêque in partibus et le chef-lieu de 17 hospices répandus dans la Palestine, la Syrie, l'Egypte et Pile de Chypre ; ils forment ce que l'on nomme la Mission de Terre-Sainte; l'église de ce couvent possède des ornemens sacrés d'une richesse extraordinaire , des candélabres et autres objets précieux envoyée en dons par les rois de l'Europe, on dit que leur valeur monte à plus de 8 millions de fr. Un grand nombre de pèlerins visitent tous les ans les lieux saints; c'est la ressource des religieux des couvens. Celui des Arméniens a, dit-on, mille cellules pour loger autant de pèlerins. Toutes les principales églises chrétiennes ont des représentai à Jérusalem, depuis que l'Angleterre et la Prusse y ont récemment fondé en commun un évêché anglican. Lesprin-r cipaux articles de l'industrie consistent en reliques, rosaires et autres objets ornés de nacre de perle; Jérusalem est aussi un point stratégique important, mais sa population, inférieure à celle de Gaza, arrive à peine à 1 2,000 âmes sans la garnison.

Les environs immédiats de Jérusalem offrent plusieurs localités trop remarquables pour être passées sous silence. Nous nommerons : le Mont Olivet , ainsi nommé des oliviers dont il était couvert et qui le couvrent encore en partie ; c'est du haut de celle colline que le Rédempteur prédit

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à Jérusalem sa destruction ; c'est de là aussi qu'il monta au ciel eu présence de ses disciples. On prétend y retrouver encore la trace du pied gauche du Seigneur; c'est sur cet emplacement remarquable que l'impératrice Hélène avait fait bâtir une église et un couvent dont on voit les ruines; un grand nombre de pèlerins, dit M. Richardson, y accourent encore pour prendre l'empreinte du pied de J.-C, avec de la «irfc ou du plâtre et l'emporter chez eux. Au bas de cette colline était Geths emani , où il y avait un jardin dans lequel J.-C. se retirait quelquefois , où il ht sa prière la nuit de la Passion «•t où il fut livré par Judas à ses ennemis. Un peu plus loin, vers l'est, est sûuè B e thany, petit village , où la tradition commune veut encore reconnaître la maison de Lazare , son tombeau , la maison de Simon le lépreux , celles de Marie-Madeleine et de Marthe , et le figuier qui fut maudit par J.-C. La Vallée de Josaphat , située entre le mont Olivet et une des collines sur lesquelles est bâtie Jérusalem , sert encore de cimetière aux Juifs actuels comme à leurs ancêtres. Une tradition vulgaire veut que cette vallée reçoive tout le genre humain au moment du jugement dernier. Dans un rayon de 45mi11esontrouve.BETHLEHEM, petite ville ou pour mieux dire gros village; c'est le lieu où le Sauveur vint au monde ; on y voit une belle église bâtie par l'impératrice Hélène , ornée avec les dons de toute l'Europe, et où se I rouve la fameuse chapelle de la Nativité x vaste grotte creusée dans le roc et pavée en marbre. D'après la tradition populaire ses trois autels , constamment éclairés par de superbes lampes d'argent , indiquent, l'un, le lieu où naquit le Sauveur ; le deuxième , la place de la crèche , et le troisième, l'endroit où Marie offrit le nouveau-né à l'adoration des Mages. Les habitans, qui peuvent s'élever à 7ou800 , dessinent sur les coquilles de nacre apportées de la mer Rouge les diverses scènes de la Passion , ou bien façonnent ces coquillages en forme de croix et les vendent aux pèlerins; c'est avec les chapelets et autres tfbjets semblables l'article le plus important de leur commerce. Peu loin de Betlehm , vers le sud , on voit encore les fameux étangs de Salomon; ce sont trois réservoirs remarquables par leur étendue et par la solidité de leur construction qu'on attribue à ce monarque ; ils fournissent l'eau à l'aqueduc de Jérusalem. Santa Saba, monastère remarquable par sa situation romantique sur une hauteur, non loin du torrent Kedron; on voit dans ses environs un grand nombre de grottes qu'on dit avoir été habitées par plus de 10,000 moines à l'époque à laquelle St-Saba introduisit la vie monastique en Palestine. A quelques milles, vers l'est , et non loin de la mer Morte était Massade {Massada), la plus forte place de la Judée, remarquable par les immenses travaux qu'Hérode-le-Grand y avait fait exécuter pour augmenter ses fortifications naturelles -, ce monarque y avait fait aussi construire un palais de la plus grande magnificence et d'une solidité extraordinaire.Nous rappellerons à propos de la mer Morte, que les observations faites il y a quelques années par des voyageurs intelligms ont mis hors de doute

ce que les auteurs anciens et modernes rapportaient de la gravité spécifique de ses eaux qui est telle , que des personnes qui ne savent pas nager flottent sur sa surface , que ses rivages sont affreusement stériles et entièrement dépourvus de végétation, et que ses eaux paraissent ne nourrir aucun poisson. Riiiah ou Rayh, misérable village d'environ 50 cabanes, remarquable par le voisinage de l'ancienne Jéricho, si souvent nommée dans l'Ancien et le Nouveau-Testament à l'occasion des faits importans qui s'y passèrent ; Hérode-le-Grand y mourut dans un beau palais qu'il y avait fait bâtir. La vallée de Jéricho , si vantée par les anciens pour l'abondance de ses eaux et sa prodigieuse fertilité, est aujourd'hui d'une aridité affreuse; les dattes exquises si recherchées des Grecs et des Romains , les roses rouges d'un parfum si suave , le baume si précieux qu'elle produisait en si grande quantité dans une étendue de 70 stades de long sur 20 de large, ont absolument disparu.

Naplouse, Sebasta et Jaffa , comprises également dans le rayon d'Acre, ont déjà été décrites aux pages 691 et 692. D'un autre côté on trouve : Ramla {Rama ou Jrimathia) , jolie petite ville , à laquelle Ali-Bey accorde 2000 familles , nombre réduit à 2000 habitans par M. Berggren ; le couvent des Latins est regardé comme V hôtel de tous les voyageurs chrétiens qui passent par cette ville en allant à Jérusalem ou en en revenant. Ascalon , si importante au temps des Croisades , est aujourd'hui entièrement déserte malgré ses débris imposans; ses remparts avec leurs portes sont encore debout , dit M. le comte de Forbin ; des rues vous conduisent à des places ; on y voit de toutes parts des débris de palais , de grandes églises et ceux d'un vaste temple de Fénus orné de 40 colonnes de granit rose de la plus haute proportion. Razze ou Gazza , petite ville, encore assez florissante , à laquelle on accorde dè 2 à 5000 habitans El-Kualil ou Kalil {Carialh-Arbe et plus tard Hebron) ; cette ville, qui a été pendant quelques années la capitale du royaume de David et qui figure parmi les plus anciennes du monde , est devenue, selon M. Berggren, qui l'a visitée il y a quelques années, un repaire affreux de malfaiteurs , composé de 4 à 5000 Turks etdequelques Juifs originaires de Russie; la magnifique église bâtie par l'impératrice Hélène sur l'emplacement que la tradition populaire désignait comme l'endroit où fut enseveli Abraham , a été changée en une mosquée , desservie avec une grande magnificence; son entrée n'est 1 permise qu'aux seuls musulmans; on y voit les pré- g tendus tombeaux de ce patriarche cl de plusieurs | membres de sa famille recouverts avec des étoffes I de soie verte richement brodées en or et renou- r velées de temps en temps par le grand-seigneur, j Ilébron possède de petites verreries, où l'on fa- j brique ces anneaux dont les Bédouins ornent J leurs bras et leurs jambes.

Damas (D amas eus ; Demechk ou Dimichk-al-Cham des Orientaux) , une des plus anciennes villes du monde, puisqu'elle est mentionnée dans l'histoire

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d'Abraham. Plus fortunée que ses contemporaines, Ninive, Babylone, Memphis et autres vastes cités, Damas, sans avoir jamais atteint ni la célébrité ni l'étendue de ces anciennes capitales, non-seulement leur a survécu, mais elle est encore restée une des villes les plus belles et les plus florissantes de l'Orient. Elle est bâtie au milieu d'une vallée arrosée par le Barrady et ses branches ; elle est fameuse par l'abondance de ses vergers et des fruits exquis qu'ils produisent, ce qui l'a fait regarder par les Arabes comme un de leurs quatre paradis terrestres. Damas, avec ses vastes faubourgs, occupe une grande étendue et offre une population qui s'élève probablement au-dessus de 140,000 âmes. Ses rues sont bien pavées et garnies de trottoirs de chaque côté ; ses maisons, bâties en terre et en briques, simples à l'extérieur, mais d'une grande magnificence au dedans, ont presque toutes des jets d'eau ou des fontaines dans L'intérieur. Malgré sa haute antiquité, elle n'offre aucun monument ancien remarquable. Parmi ses édifices publics dignes de fixer l'attention, on doit citer surtout la mosquée principale , qui est l'ancienne cathédrale dédiée à SI- Jean ; c'est un des plus beaux temples que les premiers chrétiens aient élevés ; on admire surtout ses grandes dimensions, son beau dôme et ses minarets. Les grandes réparations faites par le calife Valid ont fait croire qu'elle a été bâtie par les Arabes. Viennent ensuite le bazar destiné à recevoir les caravanes ; c'est une vaste rotonde a colonnes, surmontée d'une élégante coupole ; le milieu est orné et rafraîchi par une belle fontaine ; le serai ou palais du pacha; le Khan d'Asadpacha et celui de Soliman-pacha. Damas se distingue surtout par le luxe et la beauté de ses cafés, dont plusieurs bâtis sur pilotis dans la rivière , sont une curiosité du Levant; un art ingénieux, en exhaussant le lit du Barrady à quelques toises en amont, a fait les frais d'une petite cascade, dont le bruit et la fraîcheur procurent pendant la chaleur du jour des sensations délicieuses aux consommateurs qui se reposent sur des sièges garnis de riches coussins. Damas est le rendezvous général de 30 à 50,000 pèlerins qui s'y rassemblent de tous les points de l'Europe et de l'Asie Ottomane , et même de la Perse et du Turkestan pour aller en

caravane à la Mecque. Le séjour plus ou moins long qu'y font plusieurs milliers d'entre eux, a donné un grand essor à son commerce et l'a rendue une des villes les plus commerçantes de l'Asie. Outre cette grande caravane qui part à la fin du mois de Ramadan, il y a trois autres caravanes qui vont trois fois par an à Bagdad ; celle d'Alep part deux ou trois fois par mois. Si sa célèbre fabrique de sabres à justement perdu sa renommée depuis que Tamerlan a transporté en Boukharie ses fabricans, cette ville se distingue encore par un grand nombre d'autres fabriques , parmi lesquelles or. doit citer surtout celles d'ouvrages en nacre, véritables chefsd'œuvre en ce genre. Burckhardt regarde Damas comme la ville de l'Orient où l'on fait le plus grand commerce de livres manuscrits. Damas est le chef-lieu de l'eyalct de ce nom, la résidence d'un mollah de première classe et du patriarche grec d'Antioche, dont relèvent 42 archevêques et évêques de cette communion.

En traçant un rayon de 68 milles autour de Damas on n'embrasse que des villes absolument désertes , d'autres peu remarquables , ou bien celles que nous avons Qéjà décrites. C'est ainsi que d'un côté on trouve : Seïde, Tyr, Safed, Tabaiueh et autres comprises dans le rayon d'Acre et décrites aux pages 691 et 692 ; vient ensuite Bostra , petite ville , capitale du Hauran , remarquable par les antiquités qui rappellent son importance et sa splendeur, lorsque embellie et fortifiée parTrajan et Alexandre Sévère , elle était la métropole de la province de l'Arabie romaine. Djerrach (Gerasa), ville entièrement déserte, mais une des plus remarquables par ses restes imposans découverts par Seetzen, visités par MM. Irby etMangles'en 1818, et depuis par MM. Desmazures et Champmartin. Les monumens de cette ville magnifique appartiennent à la plus belle époque de l'architecture romaine. Bâtie sur les deux côtés d'une vallée , traversée par une rivière , elle paraît avoir été composée de deux grandes rues qui se croisaient au centre, à angles droits, et que décorait un double rang de colonnes, les unes d'ordre ionique et les autres d'ordre corinthien. Plus de 200 colonnes sont encore debout, mais le nombre de celles qui sont renversées est bien plus considérable. Le pavé est encore en très bon état , avec des trottoirs pour les promeneurs. On découvre aussi sur le pavé les marques des roues des anciens chars. Les temples , les théâtres , les bains, les tombeaux et les restes d'anciennes murailles inspirent l'admiration. Rabat Amman [Philadelphie) , autre ville entièrement abandonnée depuis plusieurs siècles ; on y voit les ruines d'un palais considérable,un amphithéâtre magnifique, vaste et bien conservé , un temple avec un grand nombre de colonnes encore debout, et sur le som-

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met de la colline un autre temple en rotonde, dont tes colonnes sont d'une grandeur extraordinaire. Dans une autre direction on trouve : Deir-el- Kamar, Baïrout, Baalbeck, Kanodin et Tripoli déjà décrites dans le rayon de cette dernière ville aux pages 689, 690 et 691 ; et vers le nord-est Hems (Emesa) , assez grande ville , sur l'Oronte , importante par les produits de son agriculture, assez florissante, par ceux de ses nombreuses manufactures et par sa population, qui paraît dépasser 20,000 âmes. Malgré sa haute antiquité et les nombreux édifices qui l'embellissaient lorsqu'elle était la capitale du petit royaume de son nom, Hems n'offre aucun monument assez important pour être mentionné dans cet Abrégé; mais hors du rayon, vers l'est, au milieu du désert, et au centre d'une oasis extrêmement fertile et abondante en eaux excellentes, s'élève Palmyre, bâtie par Salomon sous le nom de Tadjior , dénomination par laquelle la désignent encore ses habitans actuels. Située entre l'Euphrate et la Méditerranée, Palmyre devint dès la plus haute antiquité l'entrepôt principal où se rendaient par terre les marchandises de l'Orient et de l'Occident. Ce riche commerce ne tarda pas à en faire une des villes les plus opulentes de l'Asie ; mais c'est sous les règnes brillans d'Odénatetde

la célèbre Zénobie que cette ville magnifique , qui osa se croire la rivale de Rome , parvint à sa plus grande prospérité. Prise et saccagée par Aurélien, restaurée et fortifiée par Justinien, prise et reprise dans les différentes guerres qui ont désolé cette région , Palmyre n'est plus qu'un misérable village habité par quelques centaines de familles arabes ; mais ses vastes et imposantes ruines sont là pour attester son ancienne splendeur. On y admire surtout le magnifique temple du Soleil converti en mosquée ; il est environné de colonnes colossales et d'une vaste enceinte carrée formant une immense double colonnade intérieure -, les quatre énormes colonnes de granit situées en obélisque au centre de l'avenue-, les débris de cette même avenue, qui offrent une colonnade d'un mille de longueur; les restes d'un arc de triomphe; ceux des sépulcres, espèces de tours carrées en marbre à plusieurs étages , sans ornement dans la partie extérieure , mais couvertes de sculptures et embellies de colonnes dans l'intérieur. Ces magnifiques ruines , inférieures seulement à celles de Baalbeck et de Thèbes sous le rapport des dimensions des matériaux employés dans leur construction, doivent être rangées parmi les plus imposantes que l'antiquité nous ait léguées.

position astronomique. Longitude orientale, entre 30° et 57° Latitude , « ntre 12° et 34°.

confins, kwnord, la partie de l'isthme de Suez qui dépend du vice-roi d'Egypte et l'Asie Ottomane. A Yest , le golfe Persique et le golfe d'Oman. Au sud, ce dernier golfe et rOcéan-lndien. A Y ouest , la mer Rouge.

fleuves. Peu de contrées sur le globe sont aussi privées d'eau que l'Arabie. Elle n'a aucun fleuve 'considérable, à l'exception du Meïdam et du Chabb, qui descendent du plateau de l'Yémen pour se rendre dans la mer des Indes ; ce sont les seuls fleuves connus qui paraissent avoir un cours permanent ; tous les autres courans de cette vaste contrée ne sont à proprement parler que des torrens nommés ouadi, ou vallons. Ils descendent des montagnes et se dessèchent quelque temps après la saison des pluies, avant d'arriver à la mer. L'Euphrate ne saurait être regardé comme un fleuve appartenant à l'Arabie , parce que les tribus nomades qui errent sur ses bords peuvent être rattachées à cette contrée, ou comprises dans l'Asie Ottomane, selon qu'elles sont vassales de l'empire Ottoman , ou qu'elles

parviennent à recouvrer leur indépendance. L'aftan, ou la rivière de Lahsa, qui joue un si grand rôle sur nos cartes, a été reconnue par M. le capitaine Sadlier en 1819 comme un torrent qui se dessèche en été.

religion. L'Islamisme, qui a pris naissance dans cette contrée , est la religion professée par la grande majorité de ses habitans , quoique partagée en plusieurs sectes. Les Zeïtes, sont assez nombreux dans l'Yémen, les Abadites, dans l'Oman ; les Chiites , sur la côte du golfe Persique, et les Messeckhilites dans l'Hedjaz. Les Wahhabites , secte nouvelle dont nous avons indiqué les doctrines à la page 73, après s'être répandus sur presque toute la péninsule, sont aujourd'hui renfermés dans le pays où ils prirent naissance ; on en trouve cependant encore parmi quelques tribus nomades.

La Religion de Moïse est professée par un nombre assez considérable de Juifs , dont les Rechabites sont les plus remarquables par leur antiquité et par l'indépendance qu'ils ont su conserver

gouvernement . Tous les états de l'Arabie offrent les formes d'un gouvernement modéré * comme dans les imamats

AKABIE.

de l'Yémen et de Mascate et dans le grandeherifat de la Mecque. Plusieurs des innombrables tribus nomades présentent même les formes d'un gouvernement toutà-fait patriarcal , et quelques-unes sont de véritables républiques , tantôt démocratiques , tantôt aristocratiques. Nulle part le despotisme ne pèse sur les habitans de cette contrée. L'empire des Wahhabites offrait naguère un singulier mélange de théocratie, de monarchie, d'aristocratie et de démocratie.

industrie. Les fabriques et les manufactures de l'Arabie sont presque nulles. Ce n'est que depuis peu que les Banianes (c'est ainsi qu'on appelle les Indiens établis dans cette contrée), ont fondé quelques manufactures de coton.

commerce. Quoique le commerce de l'Arabie ait beaucoup diminué en comparaison de ce qu'il était avant la découverte du Cap de Bonne-Espérance, il est encore assez considérable. Les caravanes qui se rendent à la Mecque, les ports de Yambo, ùeDjiddah, de Kamfidia, de Moka, à'Aden, de Mascate, iïEl-Katif et de Gran sont les places les plus considérables.

On peut dire que presque tous les objets d'habillement sont fournis par l'Inde, ceux de luxe par l'Europe , et les armes par la Perse et par l'Asie Ottomane. Les principaux articles exportés sont : le café, qui est le plus important de tous ; viennent ensuite les perles , les dattes sèches , les peaux , les chevaux , les feuilles de sené , l'indigo , la gomme, en outre une grande quantité de benjoin , d'encens et de myrrhe qui viennent de l'Afrique , quoique danà le commerce ces articles passent pour des produits de la péninsule. Les principaux articles d'importation sont, outre les trois que nous venons de nommer , les étoffes, le sucre et autres productions de l'Inde , acier, fer, canons, plomb , étain, cochenille , toiles, perles fausses , armes blanches et à feu , et une foule d'objets provenant des fabriques et des manufactures de l'Europe.

division et topographie. Depuis la chute de l'empire éphémère fondé par les Wahhabites, on peut regarder toute la péninsule comme partagée en un grand nombre de petits états indépendans les uns des autres. Les Arabes modernes ne connaissent pas les dénominations inexactes A'Arabie-Péirée , Arabie- Heureuse et Arabie- Déserte. Leurs

écrivains ne s'accordent pas non plus dans la division de leur pays , et les divisions données par Niebuhr diffèrent de celles qu'ont proposées d'autres savans. Nous croyons qu'on pourrait partager cette vaste contrée, en combinant les grandes divisions géographiques en usage chez les naturels, avec ses divisions politiques actuelles, dont nous ne donnerons cependant que les principales. Nous ferons aussi observer que les Ottomans ont depuis quelques années recouvré la puissance qu'ils exerçaient en Arabie, depuis les vastes conquêtes du sultan Selim. Voyez aux pages 568 à 571 et Y Afrique Ottomane. Depuis les grands succès obtenus par les troupes de Mehemet-Ali, on peut regarder la plus grande partie de cette région comme une dépendance politique de la monarchie fondée par cet homme extraordinaire ; car il n'y a que l'imamat de Mascate, parmi les états les plus étendus, qu'on puisse regarder comme absolument indépendant.

HEDJAZ. Cette division comprend l'Arabie-Pétiée de nos cartes et toute la côte orientale de la mer Rouge jusqu'aux frontières de l'Yémen. Ses principaux états sont :

Le Grand-Cherifat de la Mecque, qui comprend la partie que les Arabes nomment Beli:d-el-Haram ou le Pays Sacré. Depuis l'expulsion des Wahhabites et du cheikh d'Abou-Arich, cet état peut être regardé comme une dépendance politique du pacha d'Egypte , dont les troupes occupent toutes les places fortifiées et les ports. Ses villes principales sont :

La Mecque , située dans un vallon stérile , au milieu des montagnes, et à deux journées de marche de Djiddah. C'est la capitale du grandcherifat. Ses rues sont assez régulières , et ses maisons sont bâties en pierre. La ville est ouverte, mais elle est défendue par trois citadelles. La Mecque a beaucoup perdu dans ces dernières an nées parle pillage auquel elle a été exposée pendant l'occupation des Wahhabites, et par la diminution du nombre de pèlerins qui annuellement la visitaient , et qui la rendaient le centre du commerce de l'Arabie avec l'Europe , l'Asie et l'Afrique. Depuis quelques années elle a commencé à réparer ses pertes. Sa population, qui de 100,000 avait été réduite à 18,000 âmes à l'époque où Ali-Bey la visita, s'élevait en 1814, lorsque Burckhardt y était, à près de 34,000; mais elle monte au-delà de 80,ooo à l'époque du pèlerinage ou du hadji. Pendant ce temps-là , dit M. de Larenaudière , la Mecque offre l'aspect d'une grande et belle « foire, avec prières du jour, prières du soir, illumination de la grande mosquée , illumination des tentes des pachas et des seigneurs , courses à l'Arafat , jeux et divei tissemens , feux

d'artifices et nombreuses salves d'artillerie. Alors si les gens pieux font leurs affaires avec le ciel , d'autres gens, et ce n'est pas le plus petit nombre , font leurs affaires avec la terre. Les Hindous, les Malais musulmans les Cachemiriens, les hommes de Boukhara et de Samarcande , de la Tartarie, delà Perse, des côtes de Melinde, de Mombaze et de tous les points de l'Arabie , se mettent en rapport avec les hommes de l'Occident, avec les peuples de l'Afrique septentrionale et intérieure , avec les Egyptiens , avec les Turks , les Albanais , toute l'Asie-Mineure et même avec les Grecs et des Arméniens qui se mêlent partout. Il faut reconnaître qu'aujourd'hui les spéculations lucratives du commerce sont le principal mobile du voyage du Hedjaz. m La Mecque est célèbre pour avoir donné le jour à Mahomet , et ' pour avoir été, suivant la remarque de M. Reinaud , le principal berceau des traditions musulmanes. A en croire les mahométans, c'est à la Mecque qu'Adam et Eve , après leur péché et leur pénitence, obtinrent leur pardon de Dieu. C'est également à la Mecque qu'lsmaêl , fils d'Abraham , fuyant avec sa mère Agar , la jalousie de Sara, vint s'établir, et donna naissance à l'illustre tribu des Koraïschites à laquelle appartenait Mahomet. Abraham, ajoutent les musulmans, y visita plusieurs fois son fils chéri, et y éleva le temple de la Kaaba, qui depuis ce moment n'a pas cessé d'être l'objet de la vénération des fidèles. La Kaaba, ainsi appelée à cause de sa forme presque carrée , est un édifice de 34 pieds de haut sur 27 de large , et couvert d'une immense étoffe de soie noire sur laquelle se trouve brodée en caractères d'or la profession de foi musulmane , consistant dans ces mots : // n'y a pas d'autre Dieu que Dieu ;Mahome test l'envoyé de Dieu. C'est le grand-seigneur qui , depuis la chute des califes de Bagdad et des sultans mamelouks d'Egypte , fait présent de cette étoffe au temple ; il Tenvoie par la caravane du Caire. Les portes de la Kaaba ne s'ouvrent que trois fois par an , une pour les hommes, une pour les femmes et la troisième pour la nettoyer. A l'extérieur, vers un des angles, est encastrée la fameuse pierre noire; tout autour sont le puits de Zemzem où les pèlerins viennent se purifier , et diverses coupoles, chaires et autres lieux de station où les pèlerins s'acquittent de leurs cérémonies. Le tout estenfermé dans une vaste galerie carrée appelée du nom général de almesdjid-alharam ou de mosquée sacrée , et dans laquelle on entre par la porte nommée Bab-alsa-am ou porte du salut. La Mecque n'a d'autre industrie que celle d'une quantité d'ouvriers qui font des chapelets. Le célèbre baume de la Mecque ne vient pas dans le voisinage de cette ville, mais dans l'intérieur de la péninsule. Selon Burckhardt les sciences y sont dans un grand déclin. Les collèges et autresétablissemens, jadis consacrés à l'enseignement public, avaient été convertis en hôtelleries pour les pèlerins; les habitans, livrés auluxe et à une grande corruption de mœurs , ne s'occupaient que de leurs plaisirs. Ils n'avaient d'ailleurs presque plus de rapport d'origine avec les anciens maîtres du pays.Rurckhardt assure qu'il restait à peine dans

la ville quelques hommes de la tribu des Koraïschites, et que tout le reste avait péri à la suite des guerres intestines et des disettes , ou s'était transporté ailleurs.

Dans les environs de la Mecque on doit citer d'abord les lieux qui sont à une légère distance de la ville, et qui ont été consacrés par la religion. Tels sont le mont Arafat et la vallée de Mina , où les pèlerins sont obligés de faire des stations et de réciter des prières. Telle est encore la montagne de H ira , où se trouve une caverne dans laquelle le prophète, quelque temps avant sa prétendue mission , avait coutume de se retirer pour méditer sur les choses célestes, et où l'ange Gabriel lui apparut pour la première fois.

Plus loin , dans un rayon de 55 milles et sur les bords de la mer Rouge , se trouve Djiddah , que M. Rùppell regarde comme la ville la plus belle et la plus riche de toute la mer Rouge , et à laquelle il accorde 40,000 habitans, nombre huit fois plus grand que celui que des voyageurs précédens lui assignaient; Burckhardt ne l'estime que de 12 à 15,000 en temps ordinaire et peut-être au double pendant les mois d'été , qui correspondentaux moussons.On considère Djiddah non-seulement comme le port de la Mecque ^mais comme le grand entrepôt maritime du commerce de l'Egypte, de l'Inde et de l'Arabie. Djiddah est fortifiée et a une nombreuse garnison de troupes égyptiennes , commandées par un pacha , qui maintenant relève directement du vice-roi d'Egypte. Dans l'intérieur des terres est la ville de Taief, célèbre par son territoire arrosé d'eaux courantes et planté de palmiers, de vignes et d'herbages; elle fournit des légumes et des fruits à la Mecque. Medine, située dans un lieu creux , entre des montagnes arides, et arrosée par un ruisseau appelé Aioun-Zarkeh ou sources bleues. Grâce à son château assis sur une éminence rocailleuse, à ses casemates à l'épreuve de la bombe, à ses murs épais, hauts de 90 pieds, flanqués de 40 tours, cette ville passe pour la principale forteresse de l'Hedjaz et pour une place imprenable. Cette ville se nommait originairement Yatrf,b. Son nom de Medine est arabe et signifie ville; il est pour Medine t-Jlnébi ou ville du prophète , à cause du îvfuge qu'y chercha Mahomet lorsqu'il fut obligé d'abandonner la Mecq ue , sa patrie, et du séjour qu'il y fit jusqu'à sa mort. La principale de ses mosquées est celle. qui fut originairement construite sur l'emplacement de la maison où le prophète était mort, et où l'on remarque encore son tombeau, ainsi que ceux des deux premiers califes Abou-bekr et Omar. Les musulmans vé lièrent de plus la mosquée que Mahomet con struisit à sa première arrivée à Medine , et qui , à ses diverses reconstructions près, peut passer pourle/7/w^ ancien temple musulman.Trenle collèges ou écoles sont ouverts dans Medine pour l'instruction. Les habitans de cette ville, trop nombreux pour les denrées que produit son territoire , subsistent surtout des dons envoyés parles musulmans des autres pays, qui demandent des prières faites en leur nom. Les pèlerins font aussi des présens , et le grand-seigneur envoie tous les ans une somme considérable ; en

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