‹ Abrege de geographieChapitre 258 sur 454 · ARABIE · texte numérisé non relu

ARABIE

un mot tout l'Islamisme contribue à l'entretien des habitans , et enrichit par ses aumônes 8000 mendians fainéans , qui vivent, dit M. Sadlier, splendidement , traitent avec arrogance les voyageurs et leur vendent cher jusqu'à l'eau de leurs puits. Nous ajouterons que bon nombre de ces maisons, construites en pierre et de formes élégantes tombent en ruines ; que la guerre et la progression décroissante du pèlerinage ont porté un coup mortel à la prospérité de cette vieille cité, qui n'a plus pour se défendre de la misère que le tombeau du prophète.

Dans le voisinage de Medine on doit citer le biont Ohod, où le prophète essuya une sanglante défaite de la part des Mecquois ses ennemis ; le ruiTs de Bedr, où Mahomet avait d'abord remporté sur ces mêmes Mecquois une brillante victoire , et qui aujourd'hui , suivant Burckhardt , forme un bourg desoo maisons. El-Ssafra, gros village dans la vallée de ce nom , célèbre dans tout PHedjaz par sa fertilité ; c'est le grand marché de toutes les tribus voisines et Y entrepôt principal du fameux baume de la Mecque dans sa pureté naturelle. Enfin Yambo, petite ville, située sur les bords de la mer et regardée comme le port de Medine. M. Rùppell lui attribue 5000 habitans. Plus au nord, le long de la mer Rouge, on trouve : Wouciik, petite ville, dont le port, selon M. Rùppell, est le plus important de toute la côte , quoiqu'on le cherche en vain sur les meilleures cartes. Akaea {Alla ou Elath des anciens Orientaux, nommée aussi A kaba-el-Masiï ou Akaba d'Egypte pour la distinguer d'une autre Akaba qui est dans l'intérieur ) , misérable petite ville , près de laquelle était située la célèbre Asiongaeer ; c'est de son port que les vaisseaux de Salomon partaient pour aller à Ophir -, c'est aussi par cette ville que les Phéniciens faisaient le commerce avec l'Inde et l'Arabie. Le petit portd'Akaba est le rendez-vous d'une partie des pèlerins musulmans d'Egypte et de Barbarie qui se rendent à la Mecque. Vers l'ouest et sur la péninsule formée par la Méditerranée , le golfe de Suez et celui d'Akaba, s'élèvent les deux célèbres montagnes Horeb et Sinaï. C'est sur la première que Dieu apparut à Moïse et lui commanda d'aller délivrer les Juifs de la servitude d'Egypte ; et c'est sur le Sinaï que Dieu donna à Moïse les tables de la loi ; c'est aussi au pied de cette montagne qu'est situé le couvent de Ste-Calherinej semblable à une petite citadelle, et un des plus célèbres de l'Eglise grecque. La partie principale est la grande église bâtie, ainsi que tout le reste, par l'empereur Tustinien ; réparée plusieurs fois , elle conserve encore l'autel et la coupole primitifs; on distingue encore sur cette dernière le portrait de Justinien, celui de sa femme Théodora et le tableau de la Transfiguration. Un voyageur réduit à 60 ou 80 les milliers de pèlerins qui autrefois visitaient ce sanctuaire et à une trentaine le nombre de moines qu'il renferme. On y monte et 011 en descend par le moyen d'un panier et d'un cabestan. Les moines possèdent deux petites pièces de canon et sont bien fournis d'armes pour se défendre contre les Arabes. Leur bibliothèque, relativement à ces contrées, est une des meilleures

et desplus riches. *)n doit ajouter que dans les environs se trouvent plusieurs emplacemens que la tradition vulgaire a rendus célèbres, et qui sont visités par de pieux chrétiens, par des juifs et des mahométans ; tels sont le lieu où fut érigé le serpent de bronze, les tombeaux de Moïse et d'Aaron, la grotte où vécut St-Athanase, la chaire de Moïse et l'empreinte du pied de la jument de Mahomet dans son ascension au ciel.Les montagnes d'Horeb et de Sinaï offrent de plus un grand intérêt pour les physiciens; M. Gray et l'infortuné Seetzen , quand ils visitèrent ces lieux, entendirent par intervalle, sous leurs pieds, un tremblement prolongé qui ressemblait aux battemens d'une pendule et qui soulevait le sable. Déjà du temps de Justinien , l'historien Procope faisait remarquer que le point le plus élevé du Sinaï était inhabité, à cause du bruit terrible qu'on y entendait toutes les nuits. Toute la partie septentrionale de l'Arabie Pétrée, qui faisait l'effroi des voyageurs, et sur laquelle on n'avait jusqu'à ces derniers temps que des notions vagues , a été explorée, d'abord par Burckhardt, Mangles, Irby et autres voyageurs , et depuis par MM. Delaborde et Linant.

Dans l'intérieur de l'Hedjaz on doit remarquer surtout certaines tribus de Juifs indépendans, mentionnés dans le xue siècle par Benjamin de Tudela , sous le nom de Rechabites, et que M. Wolf a retrouvés dans les environs de la Mecque. Selon ce dernier voyageur, les enfans de Rechab sont au nombre de 60,000, vivent sous des tentes comme leurs ancêtres et dédaignent la culture des champs. Ils sont circoncis, professent le judaïsme pur, et ne possèdent que le Pentateuque, les livres de Samuel, des Rois, d'Isaïe, de Jérémie et des prophètes du second ordre. Ils furent vaincus, mais non domptés par Mahomet. Ces Juifs montrent quelquefois la plus grande hardiesse. A l'exemple des autres tribus de l'Arabie, ils lancent à la rencontre des caravanes un des leurs , qui vient exiger le tribut accoutumé ; si elles refusent, il part comme un trait, et bientôt après, une nuée de cavaliers vient fondre comme la foudre sur ces voyageurs.

Plus au nord et vers le sud de la mer Morte on trouve : El-d.iy , village principal du Ouadi- Mousa , auquel des voyageurs modernes n'accordent que 2 ou 300 maisons, mais très remarquable à cause des restes imposans encore très bien conservés de l'ancienne Petra, situés dans ses environs, visités en 1818 par MM. Irby et Mangles, et depuis par MM. Delaborde fils et Linant; la superbe avenue de tombeaux, de plus de 2 milles de long, taillés dans le roc ; le grand temple auquel elle aboutit, le théâtre, les colonnes et les immenses débris de sculptures de tout genre, ainsi que la situation romantique de ces imposantes ruines doivent les faire placer à côté de celles de Baalbeck, de Djerrach et de Palmyre. « En contemplant ces monumens , dit M. Walckenaer, ces édifices, ces tombeaux , les uns mutilés , les autres encore debout et intacts, on croit voir comme une ville qui vientd'être dévastée par l'ennemi et queseshabitansonl abandonnée momentanément. Souveraine du désert, cette forteresse dont la nature construi-

ASIE

sit les gigantesques murailles , celte antique cité placée entre l'Asie et l'Afrique , a dû avoir de l'influence sur les premiers temps delà civilisation et du commerce de ces deux parties du monde. »

A quelques milles de Petra sont : Carac ou Karek et Mont-Real ou Chaubek , qui jouèrent un grand rôle dans les guerres des Croisades. Karek est encore une petite ville assez considérable pour ces pays ; Burckliardt lui accorde 550 familles.

L'YEMEN comprend tout le sud-ouest de la péninsule. La partie le long de la mer Rouge se nomme Tehama. Cette grande division se subdivise en Yémen proprement dit et en Hadramaul. Tous les deux comprennent un grand nombre d'états indépendans.

Dans l'Yémen nous signalerons les suivans :

L'Imamat deSanaa ou de l'Yémen, qui est un des états les plus puissans de l'Arabie , quoique depuis quelque temps son importance politique soit bien diminuée, et quoiqu'il soit actuellement vassal du grand-seigneur , auquel il paie un tribut annuel de 2000 quintaux de café. Ses villes principales sont:

Sana ou Szanaa , capitale de l'état et siège de l'imam, bâtie au milieu d'une plaine fertile , ceinte de murs de briques et de tours , avec des maisons massives et bautes, quelques beaux édifices et des rues larges, mais sales et non pavées; cette ville serait, selon M. Seetzen, une de plus belles cités de l'Orient; elle est du moins une des plus anciennes, et elle joua jadis un grand rôle. Avant l'islamisme , elle possédait un temple qui rivalisait avec la Kaaba, et l'année même où IVlaliomet naquit, les peuples de Sana marchèrent contre la Mecque, voulant ensevelir la maison carrée sous ses ruines. On ne trouve aucune indication sur la population de Sana ; il est probable cependant qu'elle ne dépasse pas 30,000 âmes. Sana est défendue par un château, où se trouvent les deux palais Dar-el-Dahliab et Dar-Amer , une mosquée et l'hôtel des monnaies. Les autres villes les plus remarquables sont : Damar, chef-lieu du district de Makhareb-el-Ancs, assez grande ville bien bâtie, à laquelle on accorde 5000 maisons , et où se trouve une école célèbre, fréquentée par les zeïdites. Beït-el-Fakah, chef-lieu du district de ce nom , petite ville , d'environ 4000 âmes , remarquable parce qu'elle est le centre du commerce de café de tout l'intérieur de l'Yémen. Mokka, chef-lieu du districtde ce nom , ville fortifiée , avec un port et une rade. Quoique son commerce soit beaucoup déchu on la regardait , avant le pillage qu'elle a éprouvé il y a quelques années, comme la première place maritime commerçante de l'Arabie; nous avons vu cependant que Djidda doit être regardée comme telle ; lord Valentia lui accorde 5000 âmes.

L'état d' Abo u- Arich , le long de la mer Rouge, entre le grand-cherifat de la Mecque et l'imamat de l'Yémen. Depuis la chute de l'empire des Wahhabites, cet état paraît être rentré dans ses anciennes limites. Abou-Arich, dans le Tehama, petite ville, est la résidence duchérif. Ses environs abondent en fruits et possèdent des mines de sel gemme.

Le P a y s de K 0 b a ï 1 ou H a c h i d - e 1 - B c k i 1 ,

entre le Nedjed et l'imamat de l'Yémen , habité par plusieurs tribus sédentaires, très belliqueuses. Elles forment une espèce de confédération et fournissent des soldats à plusieurs états de la péninsule. Ce sont les Suisses de l'Arabie. Le Pays d'Aden , à l'extrémité sud-ouest de la péninsule et au sud de l'imamat de l'Yémen. Ses principales villes sont : Lahijadj , petite ville, sur le Meïdan, résidence du sultan. Aden, autrefois place forte et la plus opulente ville de l'Arabie; quoique en grande partie ruinée, elle est encore assez importante par son port et par son commerce.

L'H adramaut s'étend à l'est de l'Yémen proprement dit le long delà côte de l'Océan-Indien jusqu'à l'Oman. On ne connaît point ses limites dans l'intérieur. Une partie de ses habitans ,de même que les Suisses , les Tyroliens , les Auvergnats, les Savoyards, les Galiciens et autres montagnards de l'Europe, émigrent pour aller dans les villes maritimes de l'Arabie, en Egypte et jusque dans l'Inde, exercer plusieurs métiers ou pour y servir comme soldats, et reviennent au bout de quelques années dans leur pays natal pour y jouir du fruit de leurs épargnes. L'état imparfait de la géographie de cette partie de l'Arabie et notre cadre ne nous permettent de citer que les villes suivantes :

Makalla, siège d'un petit sultan, ou pour mieux dire d'un cheïhk indépendant, dont la puissance s'étend sur une douzaine d'autres villes du voisinage. Comme les autres chefs entre lesquels est partagée la côte méridionale de l'Arabie, il est souvent en guerre avec ses voisins , et comme eux il exerçait la piraterie, à laquelle les Anglais ont mis un terme. Makalla est une assez grande ville , avec des maisons à trois étages et avec un bon port, où il se fait un commerce important. Terim, dans les montagnes, ville qu'on dit être grande et populeuse. C'est le siège d'un petit sultan ; on y fabrique une espèce de châles de soie mêlée d'or. Chiban , dans les montagnes, et résidence d'un autre petit sultan -, on la représente comme plus grande et plus peuplée que Terim. Doan, non loin de la mer, et dans une vallée profonde, ville de médiocre étendue, résidence d'un cheikh indépendant.

Le Pays de Mahrah parait être un vaste plateau, traversé dans tous les sens par des tribus nomades. C'est une des parties encore les moins connues de l'Asie.

L'OMAN comprend l'extrémité orientale de là péninsule. Son intérieurest très peu connu. Parmi les nombreux états entre lesquels il est partagé , nous citerons les suivans :

L'Imamat de Maskat. C'est un des plus puissans de l'Arabie. Assisté par les Anglais, il a pu résister aux Wahhabites et conserver son indépendance. Ses villes principales sont : Maskat ou Mascate , entourée de jardins et de plantations de dattiers , avec un bon port et des fortifications assez considérables pour résister à des troupes asiatiques. C'est la capitale de l'état et l'entrepôt de toutes les marchandises , qui de l'Inde sont amenées dans le golfe Persique; elle est aussi le centre du grand commerce des perles qu'on pé-

Page 1