ARABIE
rhe dans cette mer. Sa population qu'on évaluait ordinairement à 12,000 habitans, est estimée à 60,000 âmes par un médecin qui y a vécu assez long-temps. Rostak, dans l'intérieur, sur une colline ; c'est la résidence ordinaire de l'imam , qui habite un beau palais. Soharou Oman, ville assez commerçante , avec un port et plusieurs chantiers.
L'imam' de Mascate possède en outre, sous la suzeraineté du roi de Perse , une partie du Moghistan dans le Kerman, et les îles Kichm et Hormouz. Ce prince possède en Afrique l'île Zanzibar et quelques places sur la côte opposée de cette partie du monde.
L ' Etat de Belad-Ser, au nord-ouest de l'imamat de Mascate, dont autrefois il dépendait, et le long du golfe d'Oman et de la côte occidentale du golfe Persique. Ses habitans sont de redoutables corsaires , et la marine militaire du cheikh était, il y a quelques années, assez considérable. Seer ou Ser, petite ville, à l'embouchure du torrent de même nom, avec un assez bon port sur le golfe Persique, est le siège du cheikh et la capitale de l'état.
LE LAHSA ou HESSE {Bahrain ou Hadjar) s'étend au nord-ouest de l'Oman , le long du golfe Persique, jusque près de l'embouchure de l'Euphrate. 11 est divisé en plusieurs petits états, dont presque toute te population côtière vit de pèche et encore plus de piraterie. Ses villes principales sont :
Ras-al-Khyma, ville très florissante, lorsqu'elle était la résidence du cheikh des terribles corsaires Algivasem ou Djoasmis , et la station de leur flottille , composée de 63 gros bàtimens et de 810 barques, montés par 19,000 hommes. Tous ces bàtimens, ainsi que les vastes chantiers sur lesquels on les avait construits , furent détruits par les Anglais en 1809. Son port est le meilleur de toute la côte- El-Katif, sur une baie, ville fortifiée et protégée par une citadelle • le capitaine Sadlier ne lui accorde que 6000 habitans; c'est la place la plus commerçante de cette partie de l'Arabie. Fouf, chef-lieu du pays de Lahsa ou Lahissa ; c'est un fort avec un village ouvert, qu'entourent des champs et des plantations de dattiers; M. Sadlier porte sa population à 15,000 habitans. Grain ou Koueït, petite ville , à laquelle cependant les relations modernes accordent 10,000 liabilans, industrieux et adonnés à la pêche et au commerce. On dit que cette petite ville possède 800 barques occupées à la pêche et au cabotage.
Le groupe de Bahrain ou de Bahra forme un petit état régi par un cheikh, qui paraît continuer encore à être vassal des Anglais. Les troupes de ces derniers avaient occupé ces îles, pour empêcher leurs habitans de continuer à prendre part aux pirateries des Arabes établis sur la côte voisine. C'est dans les parages de ces îles et d'autres plus à l'orient et àl'occident que l'on fait une des plus riches pêches de perles du globe. Bahrain, qui est la plus grande du groupe , a pour capitale Menaina , petite ville fortifiée , avec un bon port et environ 5000 habitans.
LE BARRIA ou BARR-A.BAD (ou les Déserts de l'intérieur). Ce vaste espace de l'Arabie Intérieure offre deux divisions principales : le Nedjed, oc-
cupé par les Wahhabites , et les vastes déserts qui s'étendent entre l'Euphrate, les frontières ottomanes de la Syrie et les confins septentrionaux du Nedjed; les déserts sont parcourus dans tous les sens par un grand nombre de tribus. Nous proposons de conserver le nom de Nedjed pour désigner la première division, et de nommer Désert tout l'espace immense que parcourent les Arabes-Bédouins dans les confins que nous venons d'indiquer.
Le Nedjed occupe presque le milieu de la Péninsule, et est le berceau du wabhabisme, qui, par les conquêtes rapides de ses sectaires, menaça la religion musulmane d'une subversion générale, et de nos jours attira l'attention du monde politique. Les Wahhabites étaient parvenus à soumettre non-seulement toutes les tribus nomades de l'intérieur, mais à s'emparer de PHedjaz , du Lahsa , d'une partie de l'imamat de l'Yémen , et avaient porté la terreur de leurs armes victorieuses jusqu'aux portes de Damas et de Bagdad. Après les défaites qu'ils ont essuyées en 1818 et la mort de leur chef Abdallah , fait prisonnier par Ibrahim-Pacha , et ensuite décapité à Constantinople , ces sectaires restèrent soumis pendant quelque temps à l'empire Ottoman. Depuis ils ont repris de nouveau les armes contre les troupes du vice-roi d'Egypte stationnées dans plusieurs forts du Nedjed. Les villes principales de cette contrée sont:
Derréyéh ou Deriaii, située à l'entrée d'une profonde et étroite vallée , resserrée par des montagnes arides. C'était la capitale de l'empire des Wahhabites. Elle comptait 28 mosquées , 30 collèges et 2500 maisons clair-semées , bâties moitié en briques et moitié en pierres ; on portait sa population au-delà de 15,000 âmes. Les forts, les murs et les tours de cette ville , ainsi que ses établissemens publics ont été détruits par Ibrahim- Pacha , après un siège de 7 mois. En 1819 Derréyéh était déserte, quoique les géographes continuent à nous la représenter comme étant dans son premier état ; rien n'indique qu'elle se soit relevée depuis lors. Mocnfoliiah , dont les murs ont été rasés par les Turks en 1818 , pouvait contenir 2000 familles, selon M. Sadlier. Anizeh ou Aneyzeii . ville commerçante , située presque à égale distance delà mer Rouge et du golfe Persique ; elle a éprouvé le sort de Mounfouhah.
Les principales tribus du Désert sont : les Anaseh (Aenezes), qui paraissent être les plus nombreux ; ils errent dans les vastes solitudes qui s'étendent entre Alep , Damas , Bagdad et le Nedjed. Les tribus Would Aly, Szamar, Doukliy et Mehennh reçoivent une rétribution du pacha de Damas pour laisser passer la caravane de la Mecque sans l'inquiéter , et une autre des gouverneurs des provinces ottomanes limitrophes pour ne pas en molester les paisibles habitans. Les Anaseh sont régis par plusieurs cheikhs , dont quelques-uns sont très puissans. Quelques-unes de leurs branches se sont établies dans le Nedjed et entre autres à Khaïbar, où les Juifs exercèrent long-temps une grande puissance.
Les Chararal sont très misérables , mais nombreux ; ils sont gouvernés par 30 à 40 cheïkhs. Les
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Beni-Szahher, qui avec d'autres Arabes sont connus sous le nom collectif de Ahil-el-Chemoul; ils errent pendant l'été dans les déserts qui s'étendent au sud de Damas ; ils sont soumis à deux cheikhs principaux et à 20 ou 30 petits chefs, et reçoivent une rétribution du pacha de Damas. Les Maoualy, qui errent dans la partie septentrionale du désert et s'approchent souvent des environs d'Anah sur l'Euphrate ; ils sont gouvernés par un cheikh suprême, et reçoivent une rétribution des habitans des villes frontières. Nous
remarquerons avec Burckhardt , que les Aenezes. oui sont les véritables Bédouins, ne comptent pas moins de 350,000 individus, dont les lois et le régime sont aujourd'hui encore exactement les mêmes qu'au commencement de l'ère musulmane. Ces enfans du désert ont su conserver leur indépendance pendant une trentaine de siècles, au milieu des grandes monarchies qui se sont élevées autour d'eux , pour disparaître toutes l'une après l'autre.
Cette vaste région, qui embrasse les contrées élevées situées entre le bassin du Tigre et celui de PIndus, forma à différentes époques et sous différentes dynasties l'empire de Perse. L'usage lui conserve encore celte dernière dénomination, quoique depuis long-temps elle ne soit plus soumise à un même souverain , et que les rois actuels de Perse n'étendent leur domination que sur la moitié occidentale de sa vaste surface. Le partage de la Perse eut lieu à la mort de Thamas Kouli-khan en 1747. Actuellement elle compte quatre états indépendans ; ce sont : le royaume d'Iran ou de la Perse proprement dite ; le royaume de Kaboul ou des Afghans; le royaume de Kandahar ; et la confédération des Beloutchis. Chacun de ces états va former un article a part dans cet ouvrage ; mais d'abord nous devons rendre compte de la dénomination à' Iran que porte aujourd'hui l'empire du Chah. Ce mot Iran désignait sous les Darius et les Sapor toutes les contrées situées entre la Mésopotamie et l'Inde, par opposition au mot Touran par lequel on indiquait le pays des Scythes et les contrées situées au nord de POxus avec lesquels ces rois étaient souvent en guerre. C'est par un sentiment d'orgueil ridicule que les faibles monarques de la Perse actuelle ont remis en usage un nom si imposant. Pour éviter les répétitions, nous réunirons ici tout ce qui se rapporte à la religion, au gouvernement, à V industrie et au commerce des états qui se sont formés du partage de la Perse.
religions. L'Islamisme est la religion professée par la grande masse de la population. Les Tadjiks ou Persans, les
Ghelaki, les Louri ou Loures, les Hazares et les Beloutchis du district de Nourmanchir appartiennent à la secte des schyytes; les Afghans, les Beloutchis du Beloutchistan, les Turks , les Arabes et la plus grande partie des Kurdes sont sunnites.
Les Hindous des provinces autrefois dépendantes de l'Inde professent la religion de Brahma. Celle de Zoroastre ou le Magisme est suivie encore par un petit nombre de Guèbres ou Parses. Le Christianisme est professé par les Arméniens divisés en arméniens proprement dits et en catholiques romains,leur nombre a beaucoup diminué depuis • la cession de l'Arménie Persane à la Russie; quelques milliers d'individus professent les dogmes de Yéglise JSestorienne. Les Juifs, qu'on rencontre toujours dans les plus grandes villes, professent le Judaïsme, et les Sabéens, le Sabéisme, devenu un mélange monstrueux de christianisme, de mahométisme et de magisme ; ces derniers, ainsi que les Juifs et les Guèbres, sont très peu nombreux. Dans les montagnes de la province de Laghman, dans le royaume de Kaboul, domine encore I'Idolatrie.
gouvernement. Celui du royaume de Perse est le despotisme militaire le plus effréné ; le pays et les habitans sont considérés comme la propriété du souverain, qui les gouverne d'après sa volonté absolue. Tout cela ne s'applique cependant qu'aux habitans sédentaires qui forment presque les huit neuvièmes de la population du royaume , et parmi lesquels on compte les Tadjiks ou Persans , les Ghelaki et quelques milliers d'Arméniens, d'Arabes, de Guèbres et autres peuples.
Les Turks, les Kurdes, les Loures, les
Arabes et les Beloutchis dans le royaume
PERSE
de Perse, les Afghans et d'autres tribus turkes dans ceux de Kaboul et de Kandahar, ainsi que les Beloutchis du Beloutchistan, sont encore nomades et ne sont régis que par leurs khans respectifs, dont l'autorité est parfois très limitée ; ils fournissent la presque totalité des soldats aux armées de ces états , et depuis long-temps ont été la cause principale des bouleversemens qu'ils ont subis. Les Turks sont la nation dominante du royaume de Perse; les Afghans, de ceux de Kaboul et de Kandahar, ainsi que des royaumes tributaires de Herat et de Peichaouer. Le roi de Perse actuel appartient aux Katchars, tribu turke. Plusieurs de ces tribus nomades ne sont que tributaires ou vassales ; quelques-unes sont même tout-à- fait indépendantes. Le gouvernement de Beloutchistan peut être regardé comme une monarchie représentative, puisque toutes les tribus des Beloutchis jouissent du droit d'élire leurs chefs ou serdars ; mais il paraît que très souvent cette charge, une fois confiée à quelqu'un, devient héréditaire. Le gouvernement du royaume de Kaboul était une monarchie limitée héréditaire , dans laquelle le pouvoir des grands, l'organisation des tribus nomades, les usages et les coutumes des villes et des villages mettaient des bornes à l'autorité du souverain. Mais, désolé par la guerre civile et les invasions des Seïkhs, ce royaume depuis le commencement de ce siècle n'a pas de gouvernement régulier; c'est une véritable anarchie. On doit en dire actuellement autant du royaume de Kandahar et des deux autres royaumes tributaires de Herat et de Peichaouer.
industrie. La grande masse des Tadjiks, des Indiens, des Arméniens, des Guèbres et des Ghelaki s'adonne à l'agriculture et à l'industrie manufacturière. La plupart des Arabes et presque toutes les tribus des Turks , des Afghans , des Beloutchis et d'autres peuples nomades ne sont que pasteurs. Tous les Juifs, un grand nombre d'Arméniens et plusieurs Arabes s'adonnent au commerce ; les derniers infestent depuis long-temps le golfe Persique par leurs pirateries. L'agricullure , aui depuis long -temps se trouve dans la plus grande décadence, pst cependant exercée en plusieurs endroits avec beaucoup d'activité et d'intelligence, malgré les obstacles qu'op-
posent, surtout dans le royaume de Perse, la nature du sol, disposé à se couvrir d'une couche saline, le manque de rivières et l'obstruction des canaux souterrains, et, dans tous ces états, les mauvais chemins , les guerres civiles et étrangères et les oppressions de tout genre, auxquelles les laboureurs et les propriétaires sont exposés de la part d'un gouvernement presque toujours tyrannique.
Les Persans ont beaucoup de dispositions naturelles pour les arts mécaniques, et ils en ont porté quelques-uns à un grand degré de perfection. Ils excellent surtout dans la fabrication des sabres, dans la chaudronnerie, la parfumerie, la préparation des cuirs, dans la poterie, dans les manufactures de soies unies et brodées , des tapis , des feutres , des toiles peintes et des châles.
commerce. Ces états , n'ayant aucune marine militaire ni marchande, font tout leur trafic par terre ; le commerce maritime, qui n'a quelque importance que dans le royaume de Perse , est entre les mains des Arabes côtiers, ainsi que dans celles des Anglais au sud, et des Russes au nord. Le commerce intérieur n'est pas aussi actif et aussi important qu'il pourrait l'être, à cause du mauvais état des grands chemins et de leur peu de sûreté. Les principaux ports sur le golfe Persique sont : Abouchehr et Bender-Abbassi ; ce dernier est bien déchu ; Enzili et Balfrouch sont les ports les plus marchands sur la mer Caspienne. Le commerce terrestre se fait , par des caravanes, avec le Turkestan, la Turquie Asiatique, et, à travers le Turkestan et l'Afghanistan , avec la Russie , l'Inde et la Chine. Les villes qui y participent le plus sont : Tauris , Kirmanchâh, Hamadan, Kachan , Ispahan, Chiraz, Balfrouch, Mechhed et Nichabour dans le royaume de Perse ; Kaboul, Kandahar, Ghazna. Herat et Peichaouer dans les états de la Perse Orientale. Les principaux articles d'Exportation sont : perles , soie, chevaux, chameaux, poil de chèvre et de chameau, peaux d'agneaux, ammoniaque, naphte, ambre et turquoises, cuivre, soufre, ri?, garance, noixde galle, safran, raisins secs, dattes, pistaches, opium, noix, amandes, gomme adragant, salep, coton, tabac, étoffes de soie et de coton, châles, draps grossiers, tapis, feutres, maroquins et antres
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peaux préparées, eau-de-rose, assa fœtida, henneh, ouvrages en cuivre et en acier, tuyaux de pipes à tabac, etc. Les principales importations consistent en indigo , cochenille , café , sucre , rhubarbe ,
drogues, fourrures, étain, plomb, fer, porcelaine et thé de la Chine , diamans, rubis et autres pierres précieuses , ivoire , draps fins et toutes espèces de marchandises d'Europe.
Royaume de Perse ou d'Iran.
position astronomique. Longitude orientale, entre 42° et 61°. Latitude , entre 26° et 39°.
confins. Au nord, l'empire Russe (l'Arménie et le Chirvan); ensuite la mer Caspienne et le Turkestan (les khanats de Khiva et de Boukhara). A Vest , les états ou royaumes de la Perse orientale et le JBeloutchistan. Au sud, les golfes d'Oman et Persique. A l'ouest, l'Asie Ottoraane ou la Turquie Asiatique.
fi.eïtves. Aucun fleuve de l'Iran ne figure parmi les grands fleuves de l'Asie ; son sol n'est arrosé que par quelques-uns de leurs affluens. Mais le vaste plateau qui occupe la plus grande partie de ce royaume, donne naissance à plusieurs courans assez considérables , dont aucun n'arrive aux deux mers qui le baignent. Ces fleuves s'écoulent dans des lacs sans issue ou se perdent dans des sables.
Dansle GOLFE PERSIQUE se rendent:
Le Tigre , dont le cours principal ne touche pas seulement le territoire de l'Iran. Ses principaux affluensà la gauche sont : le K e ra h dit K arasou par les Turks; il passe par Kirmanchah et Hawisa ; le Keroun qui passe par Chouster ; ce dernier reçoit à la droite YJbzal, qui passe par Dizfoul, et à la gauche le Djerhai, qui passe par Dorak ou Felani.
Le Div-Rocd, dont le bassin appartient au Laristan et au Mogostan, passe par Velazgherd et entre dans le golfe Persique vis-à-vis de l'île Kichm.
La MER CASPIENNE reçoit:
Le Kour, qui, depuis le dernier traité de paix avec la Russie, ne touche plus le territoire de ce royaume. Son principal affluent du côté de la Perse est Y A ras; celui-ci reçoit à la droite YOlrar qui passe par Khoï , et YJhar qui passe par Ahar.
Le Sefid-Roud nommé Kizil-Ozen dans la partie supérieure de son cours ; il traverse l'Irak Adjemi , passe par Roudbâr dans le Ghilan et ensuite se rend dans la mer Caspienne.
Le Gourgan , qui descend des montagnes du thorassan septentrional et I'Attrack (Atlruck), dont le cours est plus que double du précédent et qui a sa source dans les mêmes montagnes, ont leurs embouchures dans l'angle sud-est de la mer Caipienne. Leurs bassins ont été représentés à tortcomme une continuation de celui du Tedjen ou 'Ïfdjend que nous décrirons plus bas. L'Atîrackdans la partie supérieure de son cours trayez se le territoire des colonies Kurdes fondées
par Chah-Abbas-le-Grand, et passe non loin des places fortes de Koutchan (Koochan), Chirouan (Sheerwan) et Boudjnour (Boojnoor). Le reste de son bassin appartient au territoire desTurkomans nomades nommés Toukas et Yamouts et des Turkomans sédentaires dits Goklans. Les Toukas, dont la plupart errent dans le désert, sont entièrement indépendans.
Parmi les fleuves qui n'arrivent à aucune des deux mers, nous nommerons les suivans comme les plus importans :
Le Bend-Emir et le Kuren, qui traversent le Farsistan et aboutissent au lac Bakhteghàn qui est le plus grand lac du royaume après celui d'Ourmiah ou Maragha. C'est à ce petit bassin qu'appartiennent les importantes ruines de Pcrsépolis.
Le Zendeii-Roud , qui passe par Ispahan et se perd dans les sables.
Le Tedjen (Tedjend, dont le cours est encore très peu connu et dont la partie supérieure seulement appartient à la Perse ; il baigne Herat et poursuivant son cours dans le Khorassan, il entre dans le Turkestan , où il se perd dans les sables au lieu de se rendre à la mer Caspienne comme toutes les meilleures cartes l'ont représenté jusqu'à ces derniers temps.
divisions administratives et topographie. Selon les relations les plus récentes, le royaume de Perse est divisé en il provinces d'une étendue très différente, puisque le Farsistan est 24 fois plus grand que le Ghilan. Leurs limites ne paraissent pas être constantes, le roi qui vient de mourir ayant souvent déclaré plusieurs districts de l'Irak et d'autres grandes provinces entièrement indépendans de leurs gouvernemens respectifs.
Un beylerbey (bey des beys) est à la téte du gouvernement de chaque grande division administrative, et a sous lui différens hakims ou gouverneurs des districts. Il faut ajouter que le vali du Kurdistan , qui réside à Senneh , n'est que tributaire et gouverne immédiatement la province d'Ardelan , partie de cette vaste contrée ; que les Kurdes des tribus Mekris, Bilbas et Giaf, et les Loures de la tribu des Feïli sont entièrement indépendans, ainsi que plusieurs chefs des tribus Kurdes et turkomanes dans le Khorassan Septentrional , et plusieurs chefs d'autres districts. Le royaume de Herat,
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démembrement de la monarchie de Ka- ces dernières, nous avons trouvé tant de
boul, qui avait conservé son indépen- contradictions dans les géographes et dans
dance, est depuis 1832 non-seulement les voyageurs, que nous avons préféré
vassal, mais même tributaire du roi de donner les premières, qui sont les plus
Perse. Voici les onze provinces dans les- connues, plutôt que de nous exposer à
quelles ce royaume parait être actuelle- présenter un tableau erroné qui ne serait
ment partagé ; ce sont plutôt des divisions d'aucune utilité, parce qu'il n'offrirait
géographiques que des divisions adminis- exactement ni les divisions administraii-
tratives proprement dites. Quelques ef- ves actuelles, ni les divisions géographi-
forts que nous ayons faits pour connaître ques.
Divisions administratives. Chefs-Lieux, Villes et Lieux les plus remarquables.
Irak-Adjemi Té h ran; Ispahan ou Isfahan; Kachan; Koum; Ha/nadan; Kaz-
bin; Zendjan; Sultanieh.
Thabaristan ........ Damavend; Damegan.
Mazanderan Sari; Farhdbàd; Achraf; Balfrouch; Astrâbâd.
Ghilan Redit; Enzili; Koudbar(Dilem) ; Fomen; Lahadjan (Lahajan).
Adzerbaïdjan Tebriz ouTauris; Oudjan; Maragha; Jfiaf; Ardebil; Khoi; Selmas; Ourmiah; Sabalag.
Kurdistan Kirmanchàh; Senneyou Senneh.
Khouzistan Cliouster; Dizfoul; Khourremabad; Dorak (Felani) ; Haviza; Goban.
Fars Chiraz; Istakhâr; Mourgâb; Fesa ou Bessa; Dâràbgherd; Firou-
zâbâd; Kazeroun; Sourma; Yezdkast; Yezd; Ardjan; Bafl; Djaroun: Abouchehr ou Bender- Bouchehr; Lar, chef-lieu du Laiistan; les îles Karak; Kichm ou Djeziré-Diraz; Hormouzon Ormuz
Kerman Sirdjan ou Kermaii; Minam; Velskerd; Krouk; Khoubis ou Kebis;
Minàb; Gomrounou Bender-Abbassi; Kichm; Djask.
Kouhistan Chelieristan ou R abat-C hch eristau ; Toun; Tabs ou Tebbe s.
Khorassan Occidental . . Me ch he d; Nichabour; Kelat-, Tout bout (Hyderee); Koutchan (Koochan , Kabouclian) ; Chirouan (Sbeerwan) ; Boudjnourd (Boojnoor); les Goklans; les Yamouls, etc.
Royaume de Herat Herat; Gouroudje ; Oba.
Dans l' Ira k-Adj emi on trouve :
Téhran, au milieu d'une plaine bien cultivée , couverte de villages mais dépourvue d'arbres. Depuis qu'elle est devenue la résidence ordinaire du souverain, cette ville acquiert tous les jours en étendue et en population ; cette dernière ne saurait être évaluée actuellement au-dessous de 130,000 âmes pendant l'hiver ; en été elle est beaucoup moindre, parce que la cour et une grande partie des habitans l'abandonnent à cause de l'excessive chaleur et du mauvais air qui y régnent.
Les maisons sont en terre comme dans les autres villes de la Perse. Téhran est entourée d'une forte muraille , et dans son enceinte une autre muraille, encore plus forte, forme VAi'ag, espèce de citadelle où se trouve le palais du roi. Ce palais , sans être remarquable par la beauté de l'architecture , se distingue par son immense étendue, par ses jardins et par plusieurs corps de bàtimens qui portent des noms particuliers ; quelques-uns sont meublés avec tout le luxe de l'Orient ; dans le sandhouk-Khaneh ( la maison de la caisse ou le trésor ) le roi garde des sommes énormes en argent mon-
nayé, mais surtout en lingots d'or et d'argent et en pierreries; on y voit plusieurs trônes , parmi lesquels se trouve le fameux trône du paon enlevé par Nadir-chàh au Grand-Mogol. Les fabriques de tapis et de quelques ouvrages de fer sont les seules branches de l'industrie de ses habitans.
Dans ses environs on remarque : Nigaristan, beau château, où le roi passe le commencement de l'été. Takht-i-Katchar , maison royale de plaisance qui s'élève en amphithéâtre sur une pente de la chaîne de l'Elbourz. CnAii-ABDouLAziM,gro< village de 3 à 400 familles , bâti sur les ruines de Rei, l'ancienne Rhagès de la Bible, où se passa la seène de Tobie , et YArsacia des rois Parthes; c'était au vin* siècle, du temps du fameux calife Haroun-al-rachid, une des plus grandes villes de l'Asie ; on y voit encore d'immenses débris, et trois tours énormes sont encore debout ; dans le village se trouve une belle mosquée et le tombeau du saint mahométan dont il porte le nom. A environ 30 milles au nord-nord-est de Téhran s'élève le Pic volcanique de Damavend, une des plus hautes montagnes de celte partie de l'Asie; à ses pieds passe la route qui de Téhran mène à Balfrouch et à quelques autres villes sur la mer Caspienne.
TsPAHAiy , sur !e Zendeh-roud , jadis
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capitale du royaume. Elle n'a plus que ï'ombre de sa splendeur passée. Les 700,000 habitans qu'elle pouvait compter lorsque Abbas-le-Grand y résidait, sont réduits à environ 200,000 ; encore n'estce que dans ces dernières années qu'elle a atteint ce nombre. Il paraît qu'elle commence à se relever de ses ruines. Ispahan possède encore d'importantes manufactures d'étoffes de coton, de soie, de velours, de draps, de verre colorié pour les fenêtres, des teintureries, des fabriques de sucre, de cuir, de poterie, de fusils et de pistolets. Son commerce est très étendu et florissant. Parmi les nombreux et beaux édifices qui formaient jadis l'ornement de cette métropole, on admire encore le vaste palais royal, renfermant dans son enceinte divers palais et pavillons, tels que l'édifice nommé Tchîhl-souloun (palais de 40 colonnes), Ahn eïkhane '(palais de glace) et Talaritavile (pavillon de l'écurie) ; la salle d'audience, les peintures, les belles sculptures et les jardins du premier sont vraiment remarquables. Viennent ensuite plusieurs autres palais parmi lesquels nous nommerons celui de Seadetabad{\e séjour du bonheur) destiné aux ambassadeurs. Le palais de Pelh- Ali-châh ou Amaret-nou (nouveau palais), bâti en 1816 aux dépens du gouverneur d'Ispahan, est, selon M. Buckingham , le mieux construit et supérieur à ceux de Téhran, Tauris, Kirmanchàh et Chiraz. Parmi les mosquées on remarque la grande mosquée royale qui s'élève sur un des côtés du Meidan ; elle est assez bien conservée , ainsi que celle de Loutfallah. Mais le Meïdan , regardé par plusieurs voyageurs comme la plus grande place du inonde , reste désert, et le marché, dont les tentes remplissaient toute sa vaste enceinte, ne se tient plus qu'à une de ses extrémités. L'immense bazar dAbbas, qui offre un chemin couvert de presque deux milles de long, éclairé par des dômes et bordé de boutiques , subsiste encore ; mais on n'y voit plus le mouvement qu'il présentait, lorsque le grand prince qui le construisit avait rendu cette ville une des plus florissantes de l'Asie ; le Tcharbag, superbe avenue , qui ressemble assez à celle de Versailles , et qui se prolonge depuis le Meïdan jusqu'au pied des hauteurs à l'est d'Ispahan, ne présente plus les magnifiques maisons et les palais qui en
faisaient le plus grand ornement. A cause de leurs dimensions, on ne doit pas oublier les deux ponts en briques et en pierres de taille construits sur le Zendeh-roud. Ispahan possède plusieurs collèges ou médresse's, parmi lesquels se distingue , par le grand nombre de professeurs, celui de la mosquée royale, qu'on peut regarder comme une université mahométane. Les Juifs y sont nombreux ainsi que les Arméniens ; les premiers habitent le faubourg nommé I ahoudia, les seconds celui de Djoulfa, où réside aussi un archevêque arménien.
Les environs d'Ispahan sont des plus beaux et des mieux cultivés de tout le royaume.
Les autres villes les plus remarquables de cette province sont : Kachan, ville dontla population paraît dépasser 30,000 âmes, renommée par ses fabriques d'ustensiles de cuivre et ses manufactures de soie et de coton, avec un palais royal et un collège (médressé) magnifique , bâti par le dernier roi. Koum, ville en grande partie ruinée, mais célèbre parles tombeaux de plusieurs saints musulmans, parmi lesquels, celui de Fatime se distingue par son architecture, par la richesse des ornemens et par les trésors qu'il renferme -, il est visité annuellement par plusieurs milliers de pèlerins qui y accourent de tous les points de l'Iran. Le dernier roi, d'après un vœu qu'il avait fait à son avènement au trône, dépensait annuellement de grandes sommes pour la réparalion et l'embellissement de ce sanctuaire que les Persans mettent à côté de ceux de Mechhedet de Kerbela. Hamadan, ville encore assez grande et florissante par ses fabriques de tapis et d'autres étoffes , et surtout par ses tanneries , mais dont nous n'osons déterminer la population estimée si différemment par deux voyageurs modernes : M. Ker-Porter lui accorde 45 à 50,000 âmes, que M. Alexander réduit à 25,000. Dans ses environs immédiats, au milieu des ruines qui l'entourent et au pied de l'Elvend , s'élevait jadis la superbe Ecb a ta ne, capitale de la Médie , dont Hérodote et Polybe nous ont laissé une si brillante description. MM. Morier et Ker-Porter ont reconnu l'emplacement du palais où les monarques Persans venaient passer l'été. Sa magnificence ne le cédait pas en éclat à ceux de Suze et de Babylone. 11 était placé au-dessus de la citadelle, regardée comme une des plus fortes places de l'Asie , et avait sept stades de circonférence. Toute la boiserie était de bois de cèdre ou de cyprès ; les solives, les plafonds, les colonnes dans les péristyles et dans les cours , étaient garnis de plaques d'argent et d'or ; toutes les tuiles étaient en argent. Ces plaquesfurent enlevées par Alexandre, Antiochus et Seleucus Nicanor ; néanmoins Antiochus-le-Grand y trouva encore assez d'argent pour en faire monnayer pour près de 4000 talens. M Ker-Porter a reconnu sur la plate-
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forme, sur laquelle s'élevait ce magnifique édifice, les trous où tournaient les pivots de la porte principale. Des fragmens de colonnes et des vestiges d'inscriptions cunéiformes sont tout ce qui reste de cette ville jadis si brillante et une des plus riches de l'Asie. Des fouilles bien dirigées ne pourraient manquer de produire d'importans résultats archéologiques. Hamadan est encore , comme le dit si judicieusement M. Alexander, le grand entrepôt des médailles et des pierres gravées antiques , comme Bagdad l'est des fameux cylindres. C'est de là que sont venues en partie les nombreuses pierres gravées et autres objets du même genre , qui se rapportent au culte de Mithra , et qui ont donné lieu aux savantes et laborieuses recherches de MM. deHammer et Lajard. Nous ajouterons qu'on y montre encore le prétendu tombeau de Mardocliée et d'Esther, en grande vénération parmi les Juifs -, ou le croit élevé surl'emplacementdu véritable tombeau détruit lors du pillage qu'éprouva cette ville lorsqu'elle fut prise par Tamerlan.
Kazein, plus grande que Téhran , encore assez florissante par son industrie et son commerce, mais beaucoup moins peuplée ; on y remarque ses immenses bazars, et on porte jusqu'à 60,000 le nombre de ses habitans. Sultanieh , ville déserte, dont on admire encore les immenses ruines et où sont les restes du mausolée de Mohammed Khodabendeh- Oldjailou , un des plus beaux monumens que la Perse possède en ce genre; elle fut un moment la capitale de la Perse sous les princes tartares de la race de Gengis-khan. Tout près se trouve le principal palais d'été dix roi, autour duquel s'élève la citadelle de Sulthdnàbdd , que le dernier roi a fait bâtir. Zendjan, ville assez considérable, à laquelle on donne près de 15,000 habitans.
Dans le Mazanderan et le Ghilan on trouve: Balfrouch, que M. Fraser dit être aussi grande qu'Ispahan , et peuplée presque entièrement d'artisans et de marchands. C'est la troisième, ville du royaume. Sa population ne saurait être estimée au-dessous de 100,000 âmes. Elle a d'immenses bazars, et à une petite dislance, sur la mer Caspienne, une mauvaise rade fréquentée par les Russes.
Les autres villes les plus remarquables sont : Astérâbâd , près d'une baie de la mer Caspienne, ville importante par son commerce ; on lui accorde 40,000 habitans. Sari, dont on porte la population à 30,000 âmes. Farijâbàd , regardée généralement parles géographes comme la capitale du Mazanderan. Non loin est situé le village d' Ach raf, où l'on voit les restes du magnifique palais bâti par Abbas-le-Grand , qui voulait y établir sa résidence et les chantiers de sa marine militaire. Recht , regardée comme la capitale du Chilan ; elle possède plusieurs manufactures d'étoffes de soie ; des relations récentes lui accordent 60,ooo habitans.
Dans l' Adz erb aïdj an on trouve.
Tauris ou Tebriz , grande ville, encore florissante par ses nombreuses fabriques de soie et de coton, quoiqu'elle soit bien déchue de ce qu'elle était lorsque Chardin portait sa population à 550,000 âmes, nombre que les plus récens voyageurs réduisent à 100 et même à 80,000. Presque tous les édifices qui en faisaient l'ornement ont été détruits par les guerres et surtout par des trerobleniens de terre. On voit encore les vestiges de sa grande place (?neïda?i), rivale pour l'étendue de celle d'Ispahan ; un toit de bois recouvre le fameux Kaùerieh, regardé par quelques voyageurs comme le plus beau bazar de la Perse. V Ark-Ali-châh ou la citadelle d'Àli-chàh, est ce que Tauris offre aujourd'hui de plus remarquable.
Abbas-Mirza , y avait établi un arsenal organisé à la manière européenne, où les travaux les plus importans étaient dirigés par des Francs et surtout par des Anglais : c'était le plus grand établissement militaire de la Perse. Ce prince, qui depuis plusieurs années résidait dans cette ville, avait essayé de donner la forme de bastions à plusieurs des tours qui l'environnent ; mais l'irrégularité de ses murailles rendra ces travaux d'une utilité bien douteuse pour sa défense.
Les autres villes les plus remarquables sont : Oudjan, petite ville regardée comme le lieu le plus froid de la Perse, ce qui avait engagé le roi Feth-Ali à y faire construire un palais, où il passait une partie de l'été. Ardebil, importante par ses fortifications et son commerce, et remarquable par le voisinage du majestueux pic de Sevellan dit aussi Ardebil; son édifice le plus considérable est le vaste et beau mausolée de Se fi, fondateur de la dynastie des Sefewis ou des Sophis ; on y voit aussi celui de ChâhAbbas et quelques autres encore. C'est dans une des salles de la mosquée annexée à cet édifice qu'on conservait la célèbre bibliothèque regardée comme une des plus riches de l'islamisme ; ses plus précieux manuscrits sont allé augmenter la collection de la bibliothèque impériale de Saint- Pétersbourg. Knoï, importante par ses fortifications , ses fabriques et sa population estimée à 20,000 âmes. Selmas, au nord du lac d'Ourmiah, si remarquable par son étendue et la grande salure de ses eaux , et par les variations considérables que subit leur niveau; on dit cette ville aussi peuplée que la précédente ; elle possède des eaux sulfureuses. M. Ker-Porter a découvert dans son voisinage des bas-reliefs du temps des Sassanides, analogues a ceux de Kirmancliàn Maragha , remarquable par ses souterrains taillés dans le roc et par les restes du superbe ob-
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servcttoire qu'y éleva jadis Houlagou ; on lui aceorde 15,000 habitans.
Dans le Kurdistan Persan on trouve : Kirmanchah, sur le Kerah, ville assez grande, entourée de fortes murailles en briques, avee une citadelle où réside le beylerbey. Selon M. Buckingham qui l'a visitée il y a quelques années, cette ville est très florissante et compte environ 40,000 habitans ; elle doit sa prospérité à ses fabriques , à son commerce , et surtout à la circonstance favorable d'être la résidence du gouverneur général de cette province ainsi que de celle de Chouster et d'autres districts.
Les campagnes qui avoisinent Kirmancliâh paraissent avoir de tout temps attiré les rois de Perse, par la fraîcheur des eaux et la beauté des points de vue. Le mont Bisoctoun, situé à quelques milles de Kirmancliâh et qui s'élève jusqu'à la hauteur de 1500 pieds, offre à sa base ainsi que celui de Tchihl minar, une plate-forme, où sans doute s'élevait jadis quelque somptueux édifice. Sur le flanc sont sculptés un grand nombre de bas-reliefs et des inscriptions cunéiformes. Il faudrait , suivant M. Ker-Porter, deux mois pour copier en entier les figures et les inscriptions. Le principal bas-relief représente un roi faisant conduire devant lui quelques prisonniers qui ont les mains liées derrière le dos, et en foulant un autre sous les pieds. Serait-ce ici je grand Cyrus qui fait sentir sa puissance au roi de Lydie Crésus ? Sur une autre face du mont Bisoutoun se trouve une classe de monumens d'une date moins ancienne et qui appartiennent aux princes Sassanides. Le principal groupe porte chez les Persans de nos jours le nom de thakht-i-boslan ou voûte du jardin. En effet il est placé dans deux grandes excavations taillées dans le roc, et comme dans le fond des excavations l'artiste a représenté entre autres sujets, des chasses au sanglier et au cerf , tout porte à croire que la plaine située au pied de la montagne formait un vaste jardin , ou plutôt comme disaient les anciens Persans, un immense paradis, où les rois venaient prendre le plaisir de la chasse. Ces sculptures paraissent se rapporter au temps de Kosroès Parviz et de son épouse Chirin , qui, au rapport de l'histoire orientale, montrèrent une grande prédilection pour le séjour de Kirmancliâh, etqui y firent exécuter de grands travaux. A côté des excavations se trouve un autre bas-relief représentant deux hommes portant chacun la main à un anneau ou diadème et ayant derrière eux un personnage tenant une épée élevée et ayant la tète entourée d'une auréole. Celui-ci est sans doute Ozmuzd ou un des êtres vénérés par les Mages, qui préside à l'inauguration d'un roi son serviteur.
Les autres villes les plus remarquables sont : Senney, ville médiocre , qu'on dit avoir 1 5,000 habitans- c'est la résidence tluvali du Kurdistan
régit immédiatement une grar.de partie de cette contrée pour laquelle il paie un tribut au roi de Perse. Konkovar, misérable petite ville que nous ne nommons que pour faire mention des ruines d'un grand temple de Diane, reconnues il y a quelques années.
Dans le Khouz istan , ou trouve :
Chouster, ville de médiocre étendue, bâtie au pied des monts Bakhtiary , sur le Keroun, chef-lieu de cette province et résidence d'un prince du sang. Elle fait quelque commerce, et ses habitans, qu'on estime à 20,000, entretiennent des manufactures d'étoffes de soie et de laine. On y remarque le fameux aqueduc bâti par Sapor.
Dans ses environs immédiats on voit encore quelques ruines qui marquent l'emplacement de la célèbre Scse , où les monarques persans , antérieurs à Alexandre.résidaientpendantrhiverdans un palais d'une grande magnificence , où ils gardaient une partie considérable de leurs trésors , et dans lequel le conquérant grec trouva , selon Diodore de Sicile, 9000 talens d'or monnayé et 40,000 autres d'or et d'argent en lingots. Bâtie en briques comme Babylone, tout a disparu; il ne reste plus de cette vaste capitale , dont les murs avaient 120 stades de circonférence , que des vestiges de terrasses d'un ou deux milles de circuit et quelques inscriptions à têtes de clou. C'est au milieu de ces tristes solitudes qui ne retentissent que du cri de la hyène et du rugissement du lion , que se trouve le tombeau du prophète Daniel, auquel les rabbins ont attribué beaucoupde prodiges, ctoù les Juifs vont encoreen pèlerinage. INous rappellerons au lecteur que c'est dans cette ville que ce grand prophète eut ses visions sur les quatre grandes monarchies des Babyloniens, des Perses, des Grecs et des Romains, et sur l'empire spirituel du Messie, dont le temps précis lui fut révélé ; et que c'est aussi à Suse qu'arriva l'histoire d'Esther et de Mardochée , et que Néhémie obtint d'Artaxercès Longuemain la permission de retourner en Judée pour y relever les murs de Jérusalem.
Les autres villes et lieux remarquables du Khouzistan sont : Dizfoul , florissante par son commerceet son industrie ; on y voit un des plus beaux ponts la Perse, eton lui accorde 15.000 habitans. Non loin se trouvent les ruines de C houe h, que M. de Hammer croit être l'ancienne Elymais , ville renommée dans tout l'Orient par les grands trésors que la crédulité des peuples et des princes de l'antiquité avait rassemblés dans son temple de Diane; Antiochus-le-Grand qui voulut s'en emparer, perdit son armée, battue parles habitans que sa cupidité avait mis en insurrection. Khourremâbâd, résidence du khan des Feïli , tribu qui paraît être entièrement indépendante. Dorak ou Felani, où réside le puissant chef des Sabe'ens, qui n'est que tributaire du roi dePersej so" territoire offre d'importantes ruines Goban,
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résidence du cheikh des Beni-kiàb aussi tributaires du roi de Perse.
Dans le Fars on trouve : Chiraz, sur le Roknàbàd, dans une vallée aussi fertile que délicieuse , mais dont on a exagéré extraordinairement la beauté du climat.
Ses rues sont étroites et mal pavées comme dans presque toutes les villes de l'Orient. Le palais du gouverneur avec des jardins magnifiques ; la mosquée principale ou d'Atabeg-châh ; celle du Vakil ou du Régent , bâtie par Kerim-khàn ; les magnifiques bains qui en sont voisins, et le bazar-i-vakil, regardé comme un des plus beaux de l'Orient, étaient les plus remarquables édifices de cette ville , avant le terrible tremblement de terre qui en 1824 y exerça de tels ravages que, suivant M. Alexahder, pas un de ses dômes et de ses minarets ne resta debout. Chiraz est encore très industrieuse et assez commerçante ; elle possède onze collèges et parait avoir environ 30,000 ha bilans. Les Persans , faisant allusion au goût que ses habitans ont toujours montré pour les lettres , appellent celte ville le séjour de la science.
Dans ses environs immédiats, qui sont assez bien cultivés et où l'on récolle le meilleur vin de la Perse , se trouvent les tombeaux de Sa'di et de Hhafyz, auteurs dont les écrits foni encore les délices de l'Orient. Ces deux monumens, restaurés par Kerim-khan , sont environnés de beaux jardins; celui de Sa'di, qui est le plus voisin, estle rendez-vous ordinaire des promeneurs de Chiraz. On admire aussi les fameux jardins construits par ce grand prince, si remarquables par leur belle verdure, leurs canaux, leurs cascades artificielles et leurs-maisons de plaisance ornées de belles et riches peintures, de marbres et de meubles superbes ; mais ces beaux lieux , presque abandonnés à eux-mêmes, dépérissent tous les jour s. On doit aussi mentionner le fameux puits, taillé dans une roche très dure et remarquable par sa grande profondeur qui a été extraordinairement exagérée par Chardin.
Plus loin et dans un rayon d'environ 60 milles ou trouve des restes de monumens antiques trop importans pour ne pas nous engager à sortir de notre cadre en les faisant connaître au lecteur. Ces monumens , à la différence de ceux de Ninive , de Babylone et de Séleucie , dont nous avons parlé aux pages 687 et 688 , ayant été construits en marbre fort dur ou taillés sur le roc , portent encore la trace de leur destination primitive. On peut dire sous ce rapport que le Farsistan est la terre classique de la Perse. 11 paraît que ce pays , berceau de la famille de Cyrus , devint sous les rois ses successeurs une espèce de territoire sacré, où ces princes venaient se faire investir de la sou-
veraine puissance, et où était leur sépulture. Après la conquête de la Perse par Alexandre, d'autres goûts et d'autres souvenirs transportèrent ailleurs l'attention des monarques persans. Mais en 227 de notre ère Artaxercès ou Ardechir , qui se disait issu du sang de Cyrus , s'étant rendu maître du trône, affecta une espèce de prédilection pour le Farsistan-, et ses successeurs, jusqu'à la conquête du pays par les musulmans, tinrent à honneur d'y laisser une marque de leur souvenir. On retrouve encore sur les lieux le» restes des monumens élevés à ces diverses époques. Guidé par M. Reinaud , nous commencerons par les ruines appelées du nom générique de Persépolis. Ces ruines sont situées à quelque distance au nord-est de Chiraz et s'étendent jusqu'à plus de 20 milles vers le nord. Sur leur emplacement se trouvent des campagnes fertiles et plusieurs villages, dont lesprincipaux sont Merdaciit et Mourciiâb.
Près deMerdacht, au pied d'une haute montagne de marbre gris, on remarque une espèce de plate-forme taillée dans le roc et dont les quatre côtés répondent aux quatre points cardinaux. Ce lieu est appelé par les Persans modernes Tchihl-minarou les quarante colonnes, et parait répondre au palais qui en partie fut brûlé par Alexandre , lorsque ce prince, égaré par l'ivresse, voulut signaler à jamais la chute de l'empire de Cyrus. L'ensemble présente la forme d'un amphithéâtre et de plusieurs terrasses élevées les unes au-dessus des autres. On monte d'une terrasse à l'autre par des escaliers si commodes que dix cavaliers pourraient y passer de front. Au haut de chaque terrasse sont des restes de portiques et des débris d'édifices avec des chambres qui paraissent avoir été habitées. Enfin, vers le fond, contre le rocher auquel cet immense édifice était adossé se trouvent deux tombeaux taillés dans le roc, dont il a jusqu'ici été impossible de découvrir l'entrée. Les escaliers, les portiques et lesappartemens sont construits en marbre , sans chaux ni mortier, et cependant les pierres sont si bien liées, qu'il faut une extrême attention pour en distinguer la jointure. Ce qui rehausse infiniment l'intérêt de ces constructions, c'est que les mûrs sont couverts de bas-reliefs et d'inscriptions, et que la sagacité de nos savans est parvenue à soulever un coin du voile qui en faisait jusqu'ici un mystère pour la docte Europe. Parmi les voyageurs qui ont décrit ces monumens et ceux du même genre dont il est question dans cet ouvrage , il est juste de citer Chardin, Niebuhr, MM. Ker-Porter et Alexander; et parmi les savans qui ont fait de ces débris l'objet de leurs investigations, nous nommerons MM. Silvestre de Sacy, Grotefend, Saint-Martin, de Hammer,etc. Quelques bas-reliefs représentent le souverain donnant audience aux grands de sa cour , ou s'acquittant de quelque cérémonie envers la divinité; plus loin sont des espèces de processions. En d'autres endroits on voit des combats d'animaux, soit entre eux, soit contre des hommes; et ces animaux sont en général fabuleux , étantun composé de divers animaux réels dont la patrie originaire est le pays situé vers les sources de
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POxus , entre la Boukharie et le Tibet; tels sont le griffon, la martichore, la licorne, etc. Pour les inscriptions , elles sont en forme de clous et quelques-unes sont répétées trois l'ois, mais d'une manière différente, apparemment parce qu'elles appartenaient à des langues diverses. Surla moins compliquée de toutes et où les mots sont séparés entre eux par un coin ou clou posé obliquement, M. Grotefenda lu les noms de Darius fils d'Hystaspe et de son fils Xcrxès. Il parait évident que ces imposans monumens furent élevés sous les premiers successeurs de Cyrus; les figures d'animaux ainsi que les cérémonies du culte rappellent la doctrine de Zoroastre qui, comme on sait, prit naissance dans la Baclrianc et qui sous cette puissante race avait force de loi.
A quelques milles au nord de Tchihl-minar est une autre montagne, dans laquelle on a pratiqué quatre tombeaux presque en tout semblables aux deux premiers. M. Ker-Porter, qui a pénétré dans l'un d'entre eux, y a reconnu les traces de la violence qu'il avait fallu faire pour en forcer l'entrée. Mais dans le voisinage sont six bas-reliefs plus modernes qui appartiennent à la dynastie des Sassanides, à partir du nie siècle de notre ère. Sur l'un on aperçoit Ormuzd , le génie du bien dans la religion des Mages, qui présente à Artaxercès fondateur de la dynastie des Sassanides, un anneau duquel pendent les bandelettes et qui doit être l'emblème de l'autorité royale. Deux inscriptions en pehlvi et une en gr ec , qui en est la traduction , ne laissent aucun doute sur l'objet de cette précieuse sculpture. Un second bas-relief représente une princesse recevant ce même anneau d'un personnage qui parait être le roi son mari. On voit sur un autre un monarque à cheval , saisissant les mains d'un personnage qui est à pied. Auprès de celui-ci est un homme à genoux en posture de suppliant. Comme ce même sujet est représenté sur les monumens de Chapour, et que là l'homme à pied et l'homme à genoux portent le costume romain , il est à croire qu'il est question, sur l'un et sur l'autre, de l'infortuné empereur Valéricn qui tomba au pouvoir de Sapor Ier. Nous regrettons que notre cadre ne nous permette pas de nous étendre sur des monumens aussi curieux et aussi peu connus jusqu'à ces dernières années. La montagne où sont sculptés les quatre tombeaux et les six bas-reliefs, porte dans le pays le nom de Nakchi-Rostam ou figure de Rostam, parce que le peuple a cru y reconnaître l'image de cet ancien héros delaPerse. Un troisième endroit, peu éloigné de Nakchi-Rostam, et qui estappelé Nakchi-Redjeb, porte trois bas-reliefs également taillés dans le roc représentant l'un un roi à cheval, suivi de neuf personnes et dont plus tard les musulmans , par fanatisme religieux , ont mutilé la tête ; les deux autres, deux personnages qui ont l'air de vouloir s'arracher un diadème. Une inscription en pehlvi et en grec, nous appprendquela figure du personnage à cheval est Sapor Ier.
Enfin au nord de Nakchi-Rostam et de Nakchi- Redjeb, dans la plaine qui porte le nom de Mourgbâb , on rencontre un petit édifice carré avec un piédestal de marbre blanc d'une grandeur énorme
Le peuple appelle cet édifice Mechhed mader-i- Soleyman ou le tombeau de la mère de Salomon, par une suite de l'habitude où sont les Orientaux d'attribuer au grand Salomon les monumens dont ils ignorent l'origine. Comme cet édifice répond par sa forme à la description que Diodore de Sicile a faite du tombeau de Cyrus , M. Ker-Porter n'a pas hésité à voir ici le mausolée de ce grand prince, et la plaine où il est placé lui a paru être Passargade.
Tel est le court tableau des merveilles qu'offre le sol de Persépolis , et qui ne peuvent qu'augmenter d'intérêt par les nouvelles recherches auxquelles elles donneront lieu. On doit ajouter qu'une partie de ces monumens , par leur situation au pied des montagnes , est encore ensevelie sous les décombres , et que dans les plaines et les vallées on rencontre çà et là des fragmens de colonnes , des débris d'inscriptions , des vestiges de bas-reliefs. Nous devons dire également qu'à côté de ces magnifiques débris de la vénérable antiquité, se trouvent quelques inscriptions arabes; elles appartiennent les unes au règne des princes Bouidcs qui jetèrent pendant quelque temps un grand éclat en Perse , d'autres à un petit-fils du grand Tamerlan ; et comme si le spectacle de tant de grandeur déchue ne suffisait pas pour faire faire à l'homme un retour sur sa propre faiblesse, ces inscriptions insistent principalement sur l'instabilité des choses humaines.
D'un autre côté, vers le golle Persique, est situé Kazroun , petite ville, naguère encore assez florissante , mais que M. Alexander trouva presqne entièrement ruinée par les tremblemens déterre. Elle est importante parles ruines de Chapour, situées dans son voisinage. M. Morier, qui le premier a examiné avec quelque attention celte ville bâtie par Sapor Ier, et qui se maintint avec éclat dans les premiers temps de la domination musulmane, y a reconnu les restes d'une citadelle, plusieurs bas-reliefs sculptés sur le roc et offrant des sujets très variés; quelques figures lui ont paru supérieures sous le rapport de l'art à celles de Persépolis. M. Alexander en porte le même jugement. Dans les environs de Chapour on trouve un souterrain qui donne entrée à des grottes et à des excavations immenses , qu'aucun voyageur européen n'a encore explorées. M. Johnson vit dans le souterrain une statue colossale renversée et brisée , qu'un savant regardait en 1818 comme la seule statue en ronde bosse que l'on eût jusqu'alors trouvée en Perse.
Hors du rayon de Chiraz nous nommerons aussi les villes suivantes en commençant par celles qui sont situées dans l'intérieur du Farsistan , dont les limites sont déterminées très différemment par les géographes européens et nationaux : Iezd ou Yezd , importante par sa population qu'on porte à 60,000 âmes, par ses florissantes manufactures de soie , de draps, et par son commerce qui est très étendu à cause de sa position centrale et des grandes routes qui y aboutissent; on y trouve encore quelques Guèbres. Iezdikhast, petite, mais remarquable par ses fortifications naturelles , par les nombreuses grottes taillées dans le roc qui servent de demeure à une partie
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«le ses habita us, et renommée dans toute la Perse par la blancheur et la bonté de son pain. Sourma , Fesa et Dârâbgherd, petites villes , presque entièrement ruinées , selon M. Alexander et autres voyageurs modernes ; nous les nommons pour redresser l'opinion erronée répandue par les géographes qui les représentent encore comme des villes florissantes et considérables. A Fesa, on voit encore le cyprès auquel du temps de Pietro délia Valle on accordait 1000 ans d'existence, et la mine d'argent qui depuis long-temps n'est plus fxploitée; près de Dàràbgherd se trouve la fameuse source de moum ou naphte , qui appartient au roi ; et on voit sur une montagne des sculptures représentant le roi Sapor à cheval avec des Romains à ses pieds. FirouzâbId, qu'on dit être aussi grande que Chiraz , mais très dépeuplée ; on y fabrique la meilleure eau de rose de toute la Perse -, on y voit une immense colonne de 150 pieds de haut et les ruines d'un fameux temple de Guèbres. Lar, chef-lieu du Laristan , regardé par plusieurs géographes comme une province séparée ; quoique très déchue de son ancienne splendeur, elle possède encore plusieurs manufactures et contient à ce qu'on dit plus de 15,ooo habitans.
Le long de la côte on trouve : Aboucheiir ou Bender-Bouchehr , ville de médiocre étendue, bâtie à l'extrémité d'une péninsule ; c'est maintenant le premier port marchand du royaume sur le golfe Persique; la Compagnie anglaise des Indes-Orientales y a une factorerie. M. Morier y vit la carcasse du seul vaisseau de guerre que Nadirchàh fit construire avec le bois du Mazanderan transporté à grands frais à travers la Perse dans ce port. On portait encore il y a quelques annéesjusqu'ài2, 15 cl même 20,000 âmes la population de cette ville , que l'on dit maintenant réduite à 1500 par la peste , la guerre et autres calamités. Nous nommerons encore les îles suivantes : Karak, remarquable par la pêche de perles, que M. Morier dit être aujourd'hui plus riche que celles qu'on fait dans les parages du groupe deBahrain sur les côtes de l'Arabie; Kichm ou Djeziré Diraz , régie par un cheikh dépendant de l'imam de Mascate en Arabie, mais aussi tributaire du roi de Perse ; Hormouz ou Ormuz, avec environ 100 habitans et un fort gardé par 200 soldats de l'imam de Mascate ; c'est sur ce rocher couvert de pierres salines, sans eau potable et presque sans végétation, qu'avant la découverte du cap de Bonne-Espérance et dans le commencement de la domination portugaise dans les Indes, le commerce entassait les trésors de l'Orient.
Dans le Kerman on trouve : Kerman ouSirdjan, assez grande ville, importante par ses manufactures de châles, de tapis et d'armes, et à laquelle on donne 30,000 habitans; elle est te chef-lieu delà province de son nom. Minam , formée à ce qu'on dit par 3 à 400 grottes creusées dans une montagne et habitées par des pasteurs attachés aux dogmes de Jlioulliahs, sectaires mahométans ; Velskerd , à laquelle on accorde 10,000 habitans; Krour, remarquable par la fertilité de son territoire et par sa population qu'on estime à 15,000 âmes ; Kiioubis ou Kebis, au milieu
d'une oasis du désert; elle est presque entièrement habitée par des brigands qui attaquent les caravanes qui passent tout près pour aller delezd a Kandahar; Minab, chef-lieu de la partie du Mo* ghistan dépendant de l'imam de Mascate; ce dernier paie pour elle un tribut au roi de Perse ; Goji» roun ou Bender-Abbassi, encore assez peuplée pendant l'hiver; sous le règne d'Abbas-le-Grand c'était l'entrepôt général du commerce du golfe Persique.
Dans le Kou histan nous ne nommerons que CiiEnERisTAN ou Kabat-Cheheristan , chef-lieu de cette province , et Tabs ou Tebbes, remarquable par sa citadelle , jadis la principale forteresse des Assassins.
Dans la partie du Khorassan que dépend du roi de Perse on trouve : Me chhed , ville bien déchue, niais très importante par son industrie et son commerce ; on y voit le tombeau de l'Imam Ali, fils de Moussa, regardé comme le patron de la Perse ; il est visité tous les ans par un grand nombre de pèlerins.
Le magnifique groupe d'édifices qu'offre ce sanctuaire, dans la construction duquel les artistes de l'Asie ont épuisé leurs talens et où la superstition a prodigué les trésors des Persans , est regardé par M. Fraser comme le bâtiment de ce genre le plus beau et le plus magnifique qu'il ait vu en Perse. Nous réduirons avec cet intelligent voyageur à 32,000 les 100,000 habitans qu'on s'accorde à donnerà cette ville.
Dans les environs immédiats de Mechhed on voit les ruines de la ville de THOus, l'ancienne capitale du Khorassan, confondue par bien des géographes avec la précédente ; elle était sous les premiers califes une des principales cités de l'Asie; le grand Haroun-al-rachid y mourut. Plus loin cl dans un rayon d'environ CO milles on trouve . Nichabour, une des plus anciennes villes de la Perse, pendant long-temps capitale de la dynastie des Seldjoukides-, quoique environnée de ruines et ne comptant plus , selon M. Fraser, que 2000 maisons, elle se trouve au milieu d'un territoire que ce voyageur dit être le mieux cultivé et le plus peuplé de cette province ; dans son voisinage sont les célèbres mines de turquoises.
Tourbout (Toorbut, Hyderee), siège d'un chef, soumis il y a quelques années par Abbas-Mirza ; il pouvait armer 6000 hommes; Koutchah (Koochan, Kabouchan), une des plus fortes places de la Perse, et siège d'un chef Kurde très puissant soumis par Abbas-Mirza en 1832; il pouvait armer 8000 hommes. C'est aussi à cette province qu'appartiennent les territoires desTurkomans vassaux de la Perse nommés Goklans et Yamouts.
Dans la partie du Khorassan qui forme le Koyaume de Herat vassal et tribu-
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taire du roi de Perse , nous nommerons : Herat, ville fortifiée, bâtie au milieu d'une superbe vallée, très peuplée et très bien cultivée ; elle a une citadelle, de vastes faubourgs et environ 100,000 habitans , selon l'estimation de M. Christie. Ses rues sont étroites et irrégulières, et ses maisons sont bâties en briques. Le palais du ci-devant gouverneur est un édifice ordinaire, mais ses jardins sont superbes. On doit encore citer la mosquée de Gâtais -eddin- Mohammed- Sam, et celle qui porte le nom de Mesdjid-Djouma ou mosquée principale, le tombeau de Kodja-Abdollah-Ansaris et la medressé ou le collège du sultan Hussein, nommée Baïkara. Ce Hussein était un descendant de Tamerlan, qui résidait à Herat à la fin du xve siècle, et
qui s'acquit une grande réputation par la protection éclairée qu'il accorda aux lettres. A sa cour fleurirent les historiens Mirkhond et Khondemir , le poète Djami , etc. Herat est le centre d'un grand commerce, et ses fabriques sont nombreuses et florissantes ; l'eau de rose qu'on y prépare est plus estimée même que celle de Chiraz. C'est aussi dans' cette ville qu'on fabrique les fameux sabres dits de Khorassan.
Les autres villes les plus remarquables du royaume sont :
Gol'roudje , petite ville importante par les eaux thermales et les mines de 1er et de plomb qu'on exploite dans son voisinage-, Oba, par ses beaux bains minéraux et par ses carrières de marbres. Voyez le tableau des divisions administratives pour les autres lieux les plus remarquables.
Etats et Royaumes de la Perse- Orientale.
position astronomique. Longitude orientale, entre 57° et 70n. Latitude, entre 28° et 36°.
confins. Au nord, le royaume d'Iran ou de la Perse Occidentale et le Turkestan. West, le royaume de Lâhorc. Au sud , ce même royaume et le Beloutchistan. A Vouest, le royaume de Perse ou d'Iran.
fleuves. Un seul se rend directement à l'Océan-Indien et proprement dans le golfe d'Oman ; tous les autres ne sont que des fleuves qui se perdent dans les sables ou bien se rendent dans des lacs sans écoulement.
L'OCÉAN-INDIEN reçoit:
L'Indus, qui, après les pertes faites par ce royaume , ne fait plus que toucher une petite partie de sa frontière vers le nord-est , dans la province de Laghman. Son principal affluent dans cet état est \e Kaboul à la droite ; celui-ci descend de l'Hindou-Koh, passe par Kaboul etDjelalàbâd. Les principaux affluens du Kaboul sont : le Logar (Logur)à la droite -, il passe àGhaznah, et Logar ; le Kama, à la gauche-, il baigne Kouner.
Parmi les fleuves qui n'aboutissent à aucune mer nous nommerons r
L'Hf.lmend ou Hirmend , qui , après YIndus, est le plus grand courant de tout le royaume ; son bassin est encore très peu connu. Il prend sa sourcedans le royaume de Kaboul à quelques milles à l'est du haut pic de Koh i-Baba , traverse l'Afghanistan proprement dit et le Sedjistan où il se jette dans le lac Zerrah, nommé aussi Lukh par les naturels. Ses principaux affluens à la gauche sont: Y Urghendâb qui reçoit le Tarnak (Turnuk) grossi par PUrghessan et leChorudan , jet le Lora qui ne lui apporte le tribut de ses eaux que pendant l'hiver; en été cette rivière se
perd dans les sables. Le Kachroud (Khauisli) est le principal affluent à la droite.
Le Farrahroud, qui traverse la province de Far rah et se jette dans le lac Zerrah.
divisions politiques et ADMINISTRA- TIVES. Depuis 1800 , époque où Zemanchàh a été détrôné par son frère Mahmoud, le royaume de Kaboul est livré à la guerre civile et à toutes les horreurs de l'anarchie. Le belliqueux et habile Randjit- Singh, roi de Làhoreetchefdela ci-devant confédération des Seïkhs , profitant de la faiblesse des souverains du Kaboul, s'empara à différentes époques de ses plus riches provinces : le Kachemir, le Peichaouer, le Tchotch, l'Hazareh, et le Moultan avec ses dépendances , les provinces de Leïa , de Dera-Ismaïl-khan et Dera- Ghazi-khan en furent détachés. Les khans du pays de Balkh , et celui du Beloutchistan ainsi que les princes du Sindh se sont soustraits au vasselage du Kaboul et sont devenus entièrement indépendans. D'après l'importante exploration que le capitaine Burnes a faite dans l'Asie intérieure et selon les notices les plus récentes , le royaume de Kaboul est divisé en trois parties très inégales, dont la septentrionale, qui est aussi la principale , forme le royaume de Ka * boul proprement dit ; la partie méridionale forme le royaume de Kandahar ; et la plus petite, le royaume de Peichaouer. Ces trois royaumes sont régis par trois frères, très souvent en guerre
PERSE
les uns contre les autres. Nous avons déjà districts relèvent immédiatement de leurs
vu que le royaume de lierai, seul reste chefs , qui sont les khans des tribus à
des vastes états naguère dépendans de demi ou entièrement, nomades. Nous in-
Mahmoud-chàh et de Soudja-chàh, rois diquerons dans le tableau ci -dessous
détrônés , a perdu son indépendance et les trois grandes divisions politiques
est devenu en 1832 vassal et tributaire des pays qui formaient naguère la
de celui du roi de Perse. Nous verrons puissante monarchie Afghane. Nous y
plus basque le royaume de Peichaouer avons ajouté les divisions administrati-
est depuis quelques années vassal et tri- ves de chacun, autant que le comporte
butaire de celui de Làhore. On ne sait rien l'état encore si imparfait de la géogra-
sur l'état politique actuel du Sed.jistan ; phie de cette partie de l'Asie. Nous y
il est probable que les deux princes tri- avons aussi indiqué les tribus les plus
butaires du roi de Kaboul ont profilé de nombreuses, parce qu'elles forment une
la faiblesse de ce royaume pour devenir partie trop importante de la population
entièrement indépendans. Eu égard à de ces royaumes pour pouvoir être en-
toutes ces pertes, et aux dernières non- tièrement négligées. Il est cependant pro-
velles, le royaume de Kaboul actuel parait bable que plusieurs de ces dernières sont
ne plus comprendre que la partie septen- aujourd'hui tout- à-fait indépendantes
trionale de l'Afghanistan proprement dit. malgré la place qu'on leur a assignée
Ce royaume, ainsi que celui de Kandahar dans les divisions administratives aux-
est subdivisé en provinces régies par quelles ces tribus sont censées appar-
des gouverneurs ou hakims ; plusieurs tenir.
Régions et Provinces. Chefs-Lieux des Provinces, Villes et Tribus les plus remarquables.
AFGHANISTAN ou ROYAUME DE KABOUL.
Kaboul Kaboul (Caboul) ; Logar; Safaïd-Kouh au pied du haut pic de ce nom.
Lachman Dir, résidence du plus puissant khan des Jousoffeï; Balchaour, siège
du chef des Rohdlar, mélange de plusieurs tribus différentes. Djelalàbàd Djelalàbàd. Les Kfieïber, tribu nombreuse de Berdourani; ce sont
de terribles voleurs.
Ghazmah Gbaznali ou Ghizneh; Sourmoul, résidence du chef d'une nombreuse
tribu de Ghildji.
Bamun Bamian (Bameean); De h-Sendji; De h- Ko undi et Tchagouri, petits
bourgs ou gros villages où résident des khans des Hazareh.